HADOPI, une mésentente ?
Je crois en effet que tout le monde est à peu près d’accord sur le fond : le piratage est illégal. Et répréhensible. Mais la répression ne doit pas se faire n’importe comment, en dépit du bon sens, et ouvrant la porte à de potentielles dérives. Ni se faire sans chercher à adapter la société et surtout les entreprises concernées à ce nouveau mode de vie et de consommation qu’a apporté internet.
Car quand je vois que certains artistes de gauche se fendent d’une lettre ouverte à l’encontre du parti socialiste (qui a rappelons le fait échouer le vote de la loi à l’Assemblée Nationale le 9 avril dernier), je me dis qu’on ne parle pas de la même chose. Que ceux qui sont contre Hadopi soient accusés d’être en faveur “du capitalisme débridé contre les droits des artistes à l’heure du numérique” me paraît tout simplement un peu fou et surtout grossièrement généraliste…
D’autant plus qu’il est bon de rappeler que les points soulevés par le PS concernent les interrogations que l’on peut avoir à le lecture du projet de loi. Personne ne cautionne le piratage. En revanche, on peut s’inquiéter de certaines dérives :
- sanction reposant sur le relevé de l’adresse IP (paramètre facilement piratable)
- système de mouchard payant que l’utilisateur devra installer sur sa machine (compatible Mac ? Linux ?)
- présomption d’innocence très largement mise à mal sans ce fameux mouchard
- possibilité de filtrage du web (pour un web censuré à la chinoise ?)
- double peine (coupure de l’abonnement, mais l’abonné devra continuer à payer)
- administration (Hadopi donc) qui aura des fonctions judiciaires (prononcer la sanction de coupure de l’abonnement), or l’Hadopi n’est en aucun cas une juridiction
- loi qui risque d’entrer en conflit avec le droit européen…
- … et qui n’apportera aucun revenu supplémentaire aux artistes
Cette liste est malheureusement bien incomplète, mais je vous évite les points les plus techniques (technologiques, juridiques ou constitutionnels).
Tout ça pour dire qu’on ne parle pas de la même chose. Être contre Hadopi, ce n’est pas être pour le piratage, c’est simplement s’inquiéter de certaines dérives potentielles, et qui pourrait bien aller à l’encontre de certaines libertés fondamentales…
Il serait pourtant tellement plus simple de promouvoir certains offres légales, en les multipliant (je pense notamment à Deezer, Wormee ou Spotify qui sont tout simplement pour moi les armes quasi-absolues pour la lutte anti-piratage), plutôt que taper à peu près aveuglément sur les internautes… Encore faut-il pour cela accepter le fait que les artistes ne soient pas nécessairement rémunérés par les auditeurs/spectateurs, mais plutôt pas d’autres entités (annonceurs, publicité, etc…). Mais cela n’est-il pas déjà le cas à la radio ou la télévision ?
Malheureusement les maisons de disque ont choisi de ne pas s’y intéresser, de ne pas s’adapter, et de faire appel à la loi pour garder leurs privilèges…
Si vous voulez en savoir plus, vous pouvez sans hésiter vous diriger vers le site PCInpact qui suit l’affaire de près (vous l’aurez deviné si vous avez consulté certains des liens contenus dans cet article).
Et pour finir, un petit résumé humoristique de cette loi Hadopi (qui rappelons le signifie Haute Autorité pour la Diffusion des Oeuvres et la Protection des droits sur Internet) :
“HADOPI, une mésentente ?”