Des nouvelles du Tibbar, de Timothée Rey

Posted on 22 août 2011

Profitons donc du fait qu’une des nouvelles de ce recueil (« Suivre à travers le bleu cet éclair puis cette ombre », dont il était déjà sujet, entre autres choses, ICI) vient d’être récompensée du prix Rosny-Aîné 2011 pour une approche un peu plus complète du-dit recueil.

 

Quatrième de couverture :

Voici, en exclusivité, des nouvelles fraîches du Tibbar Occidental. Sur ce bout de continent, jadis, des dieux fantasques, depuis longtemps repartis, ont éveillé les deux sortes de magie, la haute et la basse. Depuis, ce monde a développée une civilisation, où l’on envoie des aérohamsters postaux ; où l’on cuisine du dragon (le plus raffiné des mets, quoiqu’on le déguste à ses risques et périls) ; où l’on tente de se vacciner contre des sortilèges-virus par l’écoute de musiques prophylactiques ; où l’on dérobe l’avatar d’un dieu tomate à ses féroces zélateurs ; où l’on va demander de l’aide au gardien d’une forêt du Carbonifère, nichée à l’intérieur d’un énorme diamant… En douze récits tour à tour narquois, baroques ou émouvants, partez à la découverte du Tibbar ! Ils sont contrôleurs d’autobus, profs de magie, bouffons, barmen, gardiens de musée, moines fanatiques, pirates, V.R.P, bâtisseurs de digues, ninjas, musicologues, ouvriers textiles, directeurs de casino, sibylles, nobles désoeuvrés, bûcherons débardeurs… Ce sont les protagonistes d’un imaginaire entre contes de fées et satire sociale, servi par une écriture riche, précise, qui ne dédaigne pas à l’occasion de rendre hommage au western spaghetti, au cinéma de Hong Kong ou à celui de l’âge d’or d’Hollywood.

 

Rafraîchissant et dépaysant, ce Tibbar !

Quelle belle découverte ! Timotée Rey nous fait découvrir un monde foisonnant, empli de toutes sortes de créatures diverses et variés (aussi bien animales, que végétales ou même magiques). Il utilise pour cela beaucoup de néologismes, sans donner plus d’explications ni descriptions, ce qui surprend au début, mais finalement donne de la consistance à ce monde. Dans le pire des cas, ça peut quand même tourner à la démonstration, d’où ce sentiment de monde un peu impersonnel qui peut ressortir… Personnellement je ne l’ai pas ressenti comme tel, mais je peux comprendre car voir un tnufle chevaucher un ivrug à travers une forêt de pipompins, sans autre explication, ça peut surprendre…

Du côté des nouvelles, elles sont toutes très bonnes, et j’aurais bien du mal à faire un classement. On peut quand même dire en préambule que quand on lit la quatrième de couverture on s’attend à des nouvelles burlesques ou parodiques, mais il n’en est rien, bien au contraire, ou plutôt pas seulement. L’humour reste présent (sans être l’ingrédient principal des nouvelles) mais malgré l’exubérance du Tibbar (le continent sur lequel se passe toutes les nouvelles), on tire bien souvent vers des fins amères, voire parfois tristes…

Le recueil s’ouvre avec « Sur la route d’Ongle », parfaite introduction puisqu’on suit une foule hétéroclite à bord d’un bus monté sur pattes à travers le pays d’Ongle, peuplé de créatures improbables. C’est ça le Tibbar !
Signalons également les excellentes « Lacnae B’asac » au froid réalisme, « Dans l’antre du Sanguinaire » et « Magma Mia », deux courtes nouvelles qui nous montre de manière un brin parodique deux aspects des dragons du Tibbar, la westernienne « Le Tronc, la Grume et le Fluent » (dont l’influence western ne se ressent pas que dans le titre), la nouvelle plus typée aventure et espionnage et récit d’une utopie « Suivre à travers le bleu cet éclair puis cette ombre » (la fameuse nouvelle primée), la très amusante « Le jardin de nains du Ninja Radin » qui au delà de son titre accrocheur nous montre que parfois des talents plutôt… particuliers peuvent s’avérer bien utiles, ou bien les deux exceptionnelles dernières nouvelles « Mon père, ce bouffon au sourire si torve », pleine de tendresse, d’émotions, et d’amertume (sans doute la meilleure nouvelle du recueil), et « Deux hougôlouns dans le vent du soir », pas tendre avec le genre humain.
Et n’oublions pas tirer notre chapeau à l’auteur pour réussir à nous faire trembler sur le devenir de quatre truands, voleurs d’une… tomate géante qui chante (!!), avatar d’une divinité (!!!) ! C’est dans la nouvelle « Ce qu’il advint des ravisseurs de la Tomate chantante », et c’est très fort, sans jamais tirer du côté parodique (ce qui au vu du sujet n’est pas une mince affaire…) !

Après tout ce que je viens d’énoncer, je tiens à tirer mon chapeau à l’auteur pour l’inventivité de ses titres de nouvelles, absolument réjouissants !

Enfin, cette petite critique ne serait rien sans parler du livre, objet magnifique : couverture avec rabats, souple et douce au toucher, avec cartes détaillées et illustrations avant chaque nouvelles, et une superbe qualité de papier. Il vaut son prix incontestablement. Comme d’habitude avec les Moutons Électriques.

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