La Zone du Dehors, de Alain Damasio

Posted on 29 août 2011

Après « La Horde du Contrevent », voici ma chronique du premier roman de l’auteur, Alain Damasio. Brouillon d’avant chef d’oeuvre, ou roman déjà remarquablement maîtrisé ? En tout cas, Damasio ne fait pas dans la demie mesure, tant au niveau du style, que de l’engagement politique…

 

Quatrième de couverture :

2084. Orwell est loin désormais. Le totalitarisme a pris les traits bonhommes de la social-démocratie. Souriez, vous êtes gérés ! Le citoyen ne s’opprime plus : il se fabrique. A la pâte à norme, au confort, au consensus. Copie qu’on forme, tout simplement. Au coeur de cette glu, un mouvement, une force de frappe, des fous : la Volte. Le Dehors est leur espace, subvertir leur seule arme. Emmenés par Capt, philosophe et stratège, le peintre Kamio et le fulgurant Slift que rien ne bloque ni ne borne, ils iront au bout de leur volution. En perdant beaucoup. En gagnant tout. Premier roman, ici réécrit, « La Zone du Dehors » est un livre de combat contre nos sociétés de contrôle. Celles que nos gouvernements, nos multinationales, nos technologies et nos médias nous tissent aux fibres, tranquillement. Avec notre plus complice consentement. Peut-être est-il temps d’apprendre à boxer chaos debout contre le swing de la norme?

 

Un sacré coup d’essai !

« La Horde du Contrevent », deuxième livre de l’auteur mais premier dans mon ordre de lecture donnait dans le philosophique. Et m’a littéralement subjugué.

Celui-ci fait dans la SF politique. Changement de ton donc, mais on découvre également un Damasio au style plus… brouillon si l’on peut dire. En effet on sent les prémices de ce qui fera date avec son deuxième roman : la polyphonie stylistique, des néologismes en veux-tu en voilà, des signes typographiques prépondérants, etc… Sauf qu’ici c’est moins maîtrisé que dans « La Horde ».

Quant au propos, là soyons clair, on est dans du très engagé. On nous décrit une société où la vie des citoyens est contrôlée sans que ceux-ci s’en aperçoivent (ou ne veulent s’en rendre compte, car au fond, peut être sont-ils vraiment heureux ?…), « contrôle optimal avec une impression de liberté totale » dixit le Président de Cerclon, cette ville bâtie sur un astéroïde. Société image de la nôtre, finalement, volontairement exagérée (les citoyens ont des noms reflétant leur statut social : plus il est court, plus le citoyen est important), mais qui sait, peut être pas tant que ça…
L’auteur s’engage intelligemment, en pesant bien le pour et le contre. Tout n’est pas rose chez les anarchistes regroupés au sein de la « Volte », et qui veulent changer la société, faire la « volution », et les questions éthiques ne manqueront de faire débat… Faut-il utiliser la violence ? La fin justifie-t-elle les moyens ? Autant de thèmes traités avec justesse, et passion. Car on sent la passion qui anime l’auteur, son sang qui boue. Il ne s’en cache d’ailleurs pas dans la postface du roman.

Là où le bât blesse, c’est que parfois l’auteur oublie qu’il écrit un roman, et certaines parties en souffrent, tant la démonstration vire à l’essai philosophique, nouvelle faille qui sera totalement gommée dans « La Horde du Contrevent »… Lors de ces périodes, mieux vaut avoir l’esprit bien éveillé, sous peine de perdre le fil très rapidement. La confrontation entre Capt et le Président A en est un bon exemple.

L’ouvrage est donc passionnant (la dernière partie utopique du roman, très réussie), mais parfois difficile d’accès, palpitant (la scène de l’attaque de la tour de télévision, absolument géniale !) mais parfois confus. Avec un peu plus de maîtrise, on tenait là encore un chef d’œuvre, mais en gardant à l’esprit que Damasio a écrit ce premier roman à l’âge de 30 ans, on pardonne bien des choses… Et de toute façon le chef d’œuvre est arrivé avec le roman suivant…

Chronique réalisée dans le cadre du challenge « Summer Star Wars Episode V » de Lhisbei.

  
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