Janua Vera, de Jean-Philippe Jaworski

Posted on 20 octobre 2011

Sans doute l’auteur français qui monte… En l’espace d’un recueil de nouvelles et d’un roman, Jean-Philippe Jaworski a su se forger une réputation d’esthète de la langue française, de star montante de la littérature de l’imaginaire francophone. Et j’ai bien peur d’être incapable de dire le contraire avec le recueil « Janua Vera », lu il y a déjà quelque temps… Chronique express.

 

Quatrième de couverture :

Chaque nuit, Leodegar le Resplendissant se réveille en hurlant dans son palais. Quelle est donc l’angoisse qui étreint le conquérant dans son sommeil ? S’agit-il d’un drame intime, ou bien de l’écho multiple des émotions qui animent le peuple du Vieux Royaume ? Désenchantement de Suzelle, la petite paysanne, devant la cruauté de la vie ? Panique de maître Calame, le copiste, face aux maléfices qui somnolent dune ses archives ? Scrupule d’Aedam, le chevalier, à manquer aux lois de l’honneur ? Hantise de Cecht, le housekarl, confronté aux fantômes de la forêt ? Appréhension de Benvenuto, le maître assassin, d’être un jour l’objet d’un contrat? Ou peurs primales, peurs fondamentales, telles qu’on les chuchote au Confident, qui gît au plus noir des ténèbres… A travers dix destins se dessine une géographie du vieux royaume, de ses intrigues, de ses cultes, de ses guerres. Et de ses mystères, dont les clefs se nichent, pour beaucoup, dans les méandres du coeur humain.

 

De la grande fantasy !

Autant tuer le suspense tout de suite : j’ai été conquis par ce recueil de nouvelles !

Je ne vais pas faire un revue de détail, mais j’ai été subjugué par « Mauvaise Donne » (on retrouvera d’ailleurs Benvenuto, le personnage principal, dans « Gagner la Guerre ». Il me rappelle un peu bien sûr Locke Lamora, avec moins de gouaille mais un peu plus de témérité), « Un Jour de Guigne » (dans laquelle la prose de Jaworski est la plus exubérante) très drôle et parodique (et pourtant, je ne suis pas très friand de fantasy humoristique), la tristesse qui ressort de « Une Offrande très précieuse », la noirceur de « Un Confident ». « Montefellone » est une superbe nouvelle jetant le lecteur au coeur de batailles moyenâgeuses, avec toujours cette langue ciselée comme rarement. Étourdir le lecteur par la beauté de la langue, lorsque qu’on parle de manoeuvres militaires, ce n’est pas si courant !
Même la critiquée nouvelle éponyme (« Janua Vera » donc) m’a bien plus. Il y une sorte d’atmosphère mystique qui s’en dégage et qui correspond bien à un événement situé dans un lointain passé (alors que toutes les autres nouvelles se passent bien plus tard, et dans un intervalle de temps restreint).

Mais mon incontestable coup de cœur revient au « Conte de Suzelle » qui, d’un ton léger au début, sombre peu à peu dans une terrible mélancolie. Pas étonnant que certain(e)s en aient les larmes aux yeux. Bouleversant, tout simplement. A elle seule, elle justifie l’achat du livre, rien que ça.
Ma seule déception concerne « Un Amour Dévorant », plus proche du fantastique, avec une fin qui m’a laissé sur ma… faim.

En tout cas, un grand bravo à Jean Philippe Jaworski (quelle plume sublime !) qui réussit à travers ces quelques nouvelles toutes d’un style différent à créer un monde cohérent et mystérieux à la fois. Les personnages des différentes nouvelles se croisent, les références et clins d’oeil d’une nouvelle à l’autre sont nombreux et contribuent à rendre ce « Vieux Monde » consistant. La chronologie apporte un plus également. On y perd en mystère (dans l’édition précédente, les annexes n’existaient pas, la chronologie non plus) ce qu’on y gagne en précision. Pas forcément un mauvais calcul quand on décide de créer un monde pour y situer plusieurs œuvres.

Vivement la suite, Sieur Jaworski !

Chroniques à lire également chez Gromovar, Nébal, Cédric Jeanneret, Tigger Lilly, Efelle, Arutha, Hugin & Munin, Endea.

  
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