Blade Runner, de Ridley Scott

Posted on 18 janvier 2012

Une fois n’est pas coutume, parlons d’un film. Mais pas n’importe lequel, puisqu’il s’agit de rien de moins que Blade Runner, sans doute LE chef d’œuvre de Ridley Scott, mais aussi film fondateur du genre cyberpunk au cinéma. Bien évidemment, pour un film aussi célèbre, quel intérêt de publier une nouvelle chronique, noyée dans la masse, à propos d’un film que tous les visiteurs de ce blog connaissent (vu le public cible) ? Je crois qu’il n’y en a que très peu. Comme ce billet s’inscrit dans le cadre du challenge « Adapte-moi si tu peux« , autant aller au bout du concept, et s’attarder sur ce qui en fait une adaptation : les différences entre le film et le roman duquel il est adapté : « Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?« .

Fan art de John Alvin

En effet d’après moi, pour faire une bonne adaptation, il ne suffit pas de transcrire le roman de base de manière exacte sur le grand écran. C’est même plutôt une erreur de procéder ainsi, les contraintes entre roman et film n’étant pas les mêmes, ce qui passe très bien par écrit peut ne pas fonctionner du tout à l’écran. Ridley Scott l’a bien compris, et a choisi de nous proposer sa vision personnelle de l’histoire écrite par Philip K. Dick (à partir d’un scénario déjà quelque peu différent du roman originel, mais tenant compte des remarques de l’auteur).

Ainsi, les différences sont nombreuses : le thème des animaux électro-mécaniques est presque totalement absent du film (hormis la référence à une chouette dans les bureaux de la Tyrell Corporation) même si la symbolique animale est elle très présente (cherchez par exemple le serpent, le loup, la colombe, le raton-laveur, et bien sûr la fameuse licorne), l’aspect religieux porté par Mercer dans le roman est également absent du film, de même que la boîte à empathie ou l’orgue d’humeur. Du côté des personnages, le héros Rick Deckard, n’a pas la même situation (marié dans le roman, divorcé dans le film), tandis que Roy Batty, le leader des « réplicants » (terme utilisé dans le film, en remplacement d’androïdes dans le roman), passe d’un statut de second rôle à celui de véritable némésis du héros dans le film. Et pour revenir sur Rick Deckard, le questionnement sur la véritable nature du personnage est beaucoup plus importante dans le film que dans le roman (mais à titre personnel, je regrette que la scène du commissariat de police, un des sommets du roman, ne soit pas présente à l’écran). Je n’en dirai pas plus sur ce sujet précis, les débats continuent toujours aujourd’hui, même si Ridley Scott lui-même a donné sa version… Et je ne parle là que des différences importantes, il y en a encore beaucoup d’autres…

Fan art de Drew Struzan

Il y aurait donc beaucoup à dire sur la fidélité du film par rapport à l’œuvre d’origine, mais malgré ces différences, le fond reste finalement très similaire. Les questionnements sur ce qui fait la nature d’un être humain notamment, sont au centre du film comme du roman. Certains fans à l’époque criaient pourtant au scandale, certains journalistes également (Philippe Manoeuvre…), alors que Dick lui-même avait apprécié ce qu’il avait vu du film (il est décédé en 1982, moins de quatre mois avant la sortie du film). Au final, au vu de la qualité globale du film, difficile de faire la fine bouche. Les changements faits au roman ne sont là que pour aller à l’essentiel, permettant de ne pas perdre le spectateur dans de multiples et trop longues explications, et d’installer une atmosphère particulière (là encore différente de celle de l’œuvre écrite : dans cette dernière, les villes sont dépeuplées, la plupart des humains ayant quitté la Terre devenue quasi invivable. Dans le film, c’est tout le contraire : les villes sont surpeuplées, tout aussi invivables, mais surpeuplées !).

Fan art de Richard Davies

Ridley Scott a donc réussi là une superbe mise en image du roman de Dick, changeant au passage de nombreuses choses, tant sur le plan purement esthétique que sur le plan des personnages, simplifiant également l’intrigue pour la recentrer sur le thème principal du roman pour obtenir une réussite totale, un film devenu culte, précurseur d’un nouveau genre, et œuvre majeure du cinéma, tous genres confondus, rien que ça !

 

Chronique réalisée dans le cadre du challenge « Adapte-moi si tu peux« , de A.C. de Haenne.

  
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