Forteresse, de Georges Panchard

Posted on 11 avril 2012

A quelques jours de la sortie d’Heptagone, il était temps de se jeter dans cet avenir sombre et passionnant à la fois, issu du cerveau de Georges Panchard, un auteur suisse. Plongée donc dans le premier roman de l’auteur, Forteresse, situé dans le même univers que sa suite sus-nommée.

 

Quatrième de couverture :

Adrian Clayborne est le chef de la sécurité de Haviland Corporation, une des plus importantes compagnies de la planète. En 2039, Clayborne est informé que l’Union des États bibliques américains a décidé d’assassiner Brian Mannering, le puissant président de Haviland, dans sa forteresse andalouse de Castell One, un des sanctuaires high-tech les mieux protégés du monde. Il ignore tout des modalités de l’opération, mais il connaît son nom de code : Ghost.

Fantôme.

Lorsqu’il apprend qu’un système offensif indétectable vient d’être dérobé dans un laboratoire suédois, que ce système a été baptisé Fantôme par son concepteur, et qu’un mercenaire allemand qui a déjà travaillé pour l’Union est impliqué dans l’affaire, il fait le rapprochement. Mais quelle relation cela peut-il avoir avec le suicide, deux ans plus tôt, d’un modeste peintre d’Oklahoma City, spécialisé dans l’imagerie biblique, et obèse comme quatre-vingt-neuf pour cent de ses compatriotes ?

Un thriller haletant dans un avenir dur, noir et brillant. A lire deux fois.

 

Thriller helvétique cyberpunk d’anticipation

Certes, le titre ci-dessus peut paraître un peu ronflant, mais il représente assez bien le roman, tout en omettant un détail : il est politiquement incorrect. Faisons le point.

Dans un avenir proche (dans les années 2030), le monde a été fortement ébranlé par plusieurs évènements qui ont bousculé la géopolitique mondiale. En Europe tout d’abord, les gouvernements successifs, de plus en plus faibles, prônant l’acceptation de l’autre à tout prix, sombrant à l’extrême dans une ouverture totale des frontières et un excès de tolérance, se sont vus renversés par une guerre civile, opposant les autochtones européens aux immigrés musulmans. Les populations européennes « de souche » ont remporté cette guerre, aidées par les forces de l’ordre qui se sont retournées contre leurs donneurs d’ordre, ce qui a conduit au massacre des musulmans, et leur éviction totale du territoire européen. De l’autre côté de l’Atlantique, ce sont des extrémistes chrétiens qui ont pris le pouvoir. La nation américaine, dont 90% de la population est obèse, est cependant amputée de deux états qui ont fait sécession : l’état de New-York et la Californie. Enfin, toujours du côté religieux, les juifs ne sont pas en reste puisqu’ils sont divisés et s’expliquent à coup d’attentats, sauf sur le territoire d’Israël.

Voilà donc la situation géopolitique. Crédible, adoptant un point de vue européen sur les problèmes actuels (comme cela fait du bien de changer du sempiternel point de vue américain opposant USA et Japon, Chine, etc… !), et n’hésitant pas à appuyer là où ça fait mal, le roman de Georges Panchard part sur des bases solides et très intéressantes, que cela plaise ou non. Car oui, la situation et les évènements qui y ont conduit ne plairont pas à tout le monde (alors que tout le monde en prend pour son grade), mais c’est un des gros atouts du roman.

Mais l’histoire tient-elle la route ? Oh que oui ! Mené comme un thriller, le roman captive le lecteur pour ne plus le laisser s’échapper. Adam Clayborne lutte pour déjouer le complot qui pèse sur son employeur, le PDG de Haviland Corporation, énorme multinationale dont l’ennemi tout désigné semble être les Etats Bibliques d’Amérique depuis que la société a quitté le territoire américain suite à la prise de pouvoir des chrétiens. Gianna Caprara, flic italienne, enquête sur le meurtre d’un scientifique en Suède. De nombreux autres personnages interviennent, parfois sans que l’on saisisse toujours le rapport avec l’histoire principale, alors que tout est lié…

Récit éclaté, avec différentes lignes narratives, mélangeant les trames temporelles pour semer le doute, mais sans jamais être obscur, c’est tout le talent de l’auteur que d’avoir réussi ce joli tour de force. Le lecteur doit se creuser les méninges pour assembler ce légo littéraire, jusqu’à cette fin mystifiante qui démontre à quel point les faux-semblants sont maîtres en ce monde. Cette fin peut paraître un peu expéditive, pas forcément très claire non plus (la quatrième de couverture annonce qu’il faut lire le roman deux fois. Peut être une deuxième lecture dans l’ordre chronologique éclaircirait les choses ?) tant je ne suis pas vraiment sûr d’avoir réussi à tout remettre en place dans ma tête.

Néanmoins, j’ai pris un énorme plaisir à la lecture de ce roman, qui restera comme une lecture marquante. Je crois même avoir été « addict » à ce roman, j’avais du mal à décrocher. Est-ce dû à son scénario machiavélique ? Au style de Georges Panchard, direct, sans fioritures et surtout très efficace ? Ou bien à ce futur imaginé, d’une redoutable et effrayante crédibilité ? C’est sans doute la conjonction de tout ces éléments qui font de « Forteresse » un cocktail hautement recommandable (mais certainement pas sa repoussante couverture…). Et je vais pouvoir avoir ma dose avec le prochaine « Heptagone »

Voir également les avis de GromovarAnudar, Xapur, RSF Blog, Tigger Lilly.

 

  
Facebooktwittergoogle_pluspinterestmailFacebooktwittergoogle_pluspinterestmail