Des astres et des ombres, de George R.R. Martin

L’excellente impression laissée par le recueil « Chanson pour Lya » ne pouvait que m’engager à continuer mes lectures de George R.R. Martin. Et pour rester dans une certaine continuité, j’ai opté pour un autre recueil, « Des astres et des ombres », constitué de neuf nouvelles écrites entre 1971 et 1974, c’est à dire dans la même prolifique période que les nouvelles de « Chanson pour Lya ».

 

Quatrième de couverture :

A la frontière du rêve et de la réalité, la bataille est âpre, sans merci. Bien souvent, les tenants d’un univers solide, terne, scientifique, l’emportent sur les rêveurs, les promeneurs oniriques, les adeptes du merveilleux et de l’irrationnel. Et pourtant, ils continuent à se battre et à espérer des jours meilleurs : Johnny, le chasseur solitaire d’araignées-rêves ; Pete Van Dellinore, qui consacrera l’intégralité de sa fortune à la construction du vaisseau spatial de ses souvenirs d’enfance ; Sharra, qui glisse de monde en monde pour défier les Sept ; ou encore Bryl, qui s’est inventé une nouvelle vie en modelant ses souvenirs. Ils se battent, mais vacillent, les défenseurs de l’imaginaire, car la passion est leur seule arme…

 

Martin(e) écrit de la SF (bis)

On le sait maintenant, Martin sait à peu près tout faire. Fantasy bien sûr (via le fameux « Trône de fer ») mais aussi science-fiction et fantastique. Et il a écrit finalement beaucoup de science-fiction, même si ces écrits ne font pas partie des plus connus de l’auteur. Et dans ce recueil, de la même manière que dans « Chanson pour Lya », il est beaucoup question de science-fiction. Et de romantisme, comme le dit lui-même l’auteur dans la préface (écrite en 1977). Car une fois encore, l’écrivain montre qu’il est très à l’aise dès qu’il se situe dans le registre de l’amour et de l’expression des sentiments.

Ainsi, il démontre toute sa sensibilité dans « La tour de cendres », nouvelle mettant en scène Johnny, un homme exilé qui fait découvrir son environnement à son ex-petite amie et son nouvel amant. Tout ne se passera bien sûr pas comme prévu, mais Johnny est-il bien sûr de ce qu’il a vécu ? Martin décrit (dans la préface) cette nouvelle comme étant ce qu’il a écrit de meilleur. Et il est clair que la qualité est au rendez-vous.

Cette sensibilité s’exprime tout aussi pleinement dans « Un luth constellé de mélancolie », nouvelle au romantisme exacerbé, ou la superbe nouvelle post-apo « … Pour revivre un instant » qui constitue sans doute pour moi le sommet de ce recueil. Après la Conflagration, un petit groupe de survivants qui s’étaient volontairement mis à l’écart de la société avant la catastrophe, tente tant bien que mal de reprendre une vie normale, aidé par les soirées animées par Keith, un chanteur-guitariste. Mais celui-ci a bien du mal à oublier son histoire d’amour. Superbe nouvelle sur le temps qui passe, emplie d’une terrible mélancolie, qui pourrait bien avoir inspiré une partie du « Flashback » de Dan Simmons (avec la chronine, drogue qui permet de revivre des souvenirs), il est bien difficile de rester insensible à ce superbe récit.

Mais Martin est tout aussi à l’aise dans les courtes nouvelles à chute (« Les fugitifs »), les utopies issus de la douce folie jusqu’auboutiste d’un seul homme (« Saint Georges ou Don Quichotte »), la sombre anticipation politique matinée d’action aérienne (« La nuit des vampyres », traitée à la fois dans la tête d’un pilote de chasse et sur le ton d’un reportage télévisuel), la folie et le fanatisme religieux de certains hommes (« Sept fois, sept fois l’homme, jamais ! », quel terrible récit !), voire même dans les nouvelles sans intrigue visible, se contentant de décrire une tranche de vie de dockers du futur (dans la captivante « Equipe de nuit »). Un seul petit bémol avec « La bataille des Eaux-Glauques » (écrite en collaboration avec Howard Waldrop) qui, bien qu’agréable à lire, peine à réellement passionner le lecteur à cause d’une intrigue un peu trop gentillette et un twist final un peu trop prévisible.

Ce recueil constitue donc une nouvelle preuve (mais en fallait-il vraiment une ?) que George R.R. Martin un est un des grands écrivains contemporain de la littérature SFFF. J’en veux encore, et ça tombe bien, il me reste plein de choses à lire venant de lui ! A suivre !

 

Chronique écrite dans le cadre du challenge « Summer Star Wars, épisode VI » de Lhisbei.

  
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