Le fleuve des dieux, de Ian McDonald

Posted on 4 octobre 2012

Après la lecture ébouriffante de « Desolation Road » et avant la sortie prochaine du nouvel ouvrage de Ian McDonald, « La maison des derviches », je souhaitais me plonger dans ce roman fleuve (ha ha !), lauréat de nombreux prix (British science fiction 2004, finaliste du prix Hugo 2005, et en France lauréat du prix Bob Morane 2011 et du Grand Prix de l’Imaginaire 2011), et décrit par la quatrième de couverture comme étant le roman de SF le plus important de ces quinze dernières années, pas moins !

 

Quatrième de couverture :

Tous les Hindous vous le diront, pour se débarrasser de ses péchés, il suffit de se laver dans les eaux du Gangâ, dans la cité de Vârânacî.

Et, en cette année 2047, les péchés ce n’est pas ce qui manque : un corps aux ovaires prélevés glisse doucement sur les eaux du fleuve ; des intelligences artificielles se rebellent et causent de tels dégâts qu’une unité de police a été spécialement créée pour les excommunier.

Gangâ, le fleuve des dieux, dont les eaux n’ont jamais été aussi basses, se rue vers un gouffre conceptuel, technologique, évolutionnaire – ou peut-être tout cela à la fois.

A travers le kaléidoscope de neuf destins interconnectés, Ian McDonald dresse le portrait d’une Inde future, mais aussi d’une Terre future, où tout n’est que vertige. Souvent considéré outre-Atlantique et outre-Manche comme le roman de science-fiction le plus important des quinze dernières années, « Le Fleuve des dieux » a reçu le British Science Fiction Award et a été finaliste du prestigieux prix Hugo.

 

Un long fleuve pas si tranquille

J’ai pris le temps avant de me plonger dans cet épais roman de 600 pages bien tassées (dédicacé au festival « Etonnants Voyageurs 2011 » de Saint Malo) ! Je savais par avance que c’était un livre exigeant  à ne lire qu’une fois bien décidé. Et en effet, les débuts se sont révélés un peu difficiles : le roman est dense, touffu, foisonnant, complexe, l’intrigue démarre très doucement et l’écriture de Ian McDonald est très précise, très fouillée, détaillée, presque chirurgicale, rendant la lecture parfois ardue. Nul doute que ce livre laissera un certain nombre de lecteurs au bord de la route, mais disons le tout net : il récompensera au centuple ceux qui persévéreront.

Car avec un brin d’acharnement, c’est une véritable immersion, pleine de dépaysement dans une Inde futuriste que nous propose l’auteur. Il s’est visiblement beaucoup documenté sur ce pays, ponctuant son texte de nombreux termes indiens (dont un bon nombre ne sont d’ailleurs pas présents dans le glossaire de fin de volume…). Cela peut sembler superflu, le fait de jongler entre le récit et le glossaire hachant la lecture, et cette profusion de détails sur le contexte du roman ayant tendance à ralentir l’intrigue. Mais on s’aperçoit que malgré certains obstacles (nombreuses expressions indiennes, culture inconnue, etc…) cela renforce le contexte global, donnant une réelle consistance au récit. On y trouve neuf personnages principaux : Nanda le flic « krishna » chargé de détruire les IA « rebelles », sa femme Pârvati en mal d’amour, Shiv une petite frappe qui fait dans le trafic d’organes, Shahîn Badhûr Khan le conseiller musulman de la première ministre du Bhârat (morceau indépendant d’une Inde morcelée), Nadja une journaliste en quête de scoop, Tal un « neutre » ni homme ni femme, Vishram héritier du service R&D de l’entreprise de son père et Lisa Durnau et Thomas Lull, deux scientifiques.

L’histoire démarre lentement, très lentement. L’auteur prend le temps de développer l’intrigue de chacun des personnages, des histoires qui semblent indépendantes mais qui finiront forcément par se croiser et se rejoindre. A vrai dire, il faut même attendre la page 300 pour voir le récit s’emballer un peu, mais le final explosif vaut vraiment le détour, ouvrant des perspectives science-fictionnesques assez vertigineuses.

Les thématiques abordées sont nombreuses, contenant bon nombre de sujets « classiques » de la SF : espace, IA, univers parallèles, cyberpunk, divinités, début de post-humanisme, le tout accompagné dans son aspect « speculative-fiction » de réflexions géopolitiques, sociologiques, technologiques. Et il faut bien avouer que ce qui aurait pu ressembler à un vaste mélange brouillon et indigeste se révèle au final comme un jalon dans la littérature de science-fiction. Car ce melting pot fonctionne à merveille ! L’Inde présentée par McDonald est criante de réalisme (même si j’avoue ne pas connaître ce pays, je ne suis donc pas le mieux placé pour juger de cela), le déroulement de l’intrigue est superbement mené, hormis le ronronnement inévitable du début, conséquence de la longue exposition des nombreux personnages, personnages qui s’en trouvent par ailleurs et c’est tant mieux particulièrement travaillés, et tous les sujets abordés de près ou de loin par l’écrivain sont parfaitement ajustés. L’imagination de l’auteur est une fois de plus (après le très barré « Desolation Road ») débridée : le récit foisonne d’idées ou de concepts remarquables.

Je n’aborderai pas plus en détail l’intrigue du roman, car en dévoiler la teneur serait déflorer totalement le récit. En effet elle ne se révèle qu’avec parcimonie, dans un puzzle dont les pièces sont constituées par les personnages eux-mêmes, pour former un vaste panorama d’un futur hypothétique.

Ian McDonald a écrit là un roman important, difficile de dire le contraire. Roman le plus important des quinze dernières années ? Je ne saurais le dire, en revanche je peux affirmer que Ian McDonald est devenu un élément incontournable de la SF actuelle. Un roman qu’il faut avoir lu, à mon avis. Il n’est certes pas exempt de défauts, notamment son début difficile à appréhender, sa longueur peut-être, encore que je ne saurais reprocher à l’auteur d’avoir voulu entrer dans le détail, tant ce choix d’écriture est un choix jusqu’au boutiste mais compréhensible au regard de ce qu’il a voulu présenter à son lectorat. « Le fleuve des dieux » est un roman démesuré, d’une incroyable ampleur, extrêmement ambitieux mais largement à la hauteur de ses ambitions. Époustouflant. Ou en d’autres termes : une bonne grosse baffe.

Lire aussi chez Viinz, Blackwolf, Khatovar, Laurent Kloetzer, Nick, Psychovision, Gromovar.

  
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