Bifrost 68, spécial Ian McDonald

Posted on 2 novembre 2012

Nouveau numéro de Bifrost, cette fois consacré à un écrivain majeur de la SF moderne et que j’apprécie beaucoup, Ian McDonald. Avant d’en venir au coeur de ce numéro, passons rapidement sur le traditionnel cahier critique (livres et revues) qui décortique les sorties plus ou moins récentes des littératures de genre. Du bon et du moins bon, mais la livrée présente ne sera pas un crève-portefeuille. Tant mieux, remarquez !^^ Je note quand même que je ne me suis toujours pas procuré « Points chauds » de Laurent Genefort, il faudra y remédier un jour.

Nous avons droit à un article sur la librairie Omerveilles, située à Grenoble. On sent que le libraire est motivé et connaisseur du genre SF-fantasy, ça fait plaisir à voir !

Et bien évidemment, comme toujours en clôture de la revue, l’article de vulgarisation scientifique de Roland Lehoucq. Un article assez ardu sur le fameux boson de Higgs, qui a certainement dû perdre plus d’un lecteur, moi y compris. Sans doute le sujet était-il difficile à résumer simplement, mais j’ai connu le professeur Lehoucq plus accessible…

Venons-en au gros morceau de ce numéro : le dossier consacré à Ian McDonald. On commence par une longue et passionnante interview (une lecture très instructive sur l’auteur, j’en redemande !), suivi d’un panorama critique sur ses oeuvres (où l’on constate qu’un certain nombre d’entre elles ne sont malheureusement toujours pas traduite en français) qui me permet de choisir mes prochaines lectures de McDonald (« Etat de rêve », « Roi du matin, reine du jour », la novella « Tendeleo » et bien sûr son tout nouveau roman « La maison des derviches »). Ce panorama oublie volontairement le chef d’oeuvre « Le fleuve des dieux » qui a droit à un excellent article de Patrice Lajoye, particulièrement éclairant (et montrant que je suis passé à côté d’un certain nombre de détails, notamment sur les parallèles avec la religion hindoue), à lire absolument pour ceux qui ont lu le roman. D’ailleurs, une des dernières phrases de l’article (« McDonald parvient ainsi (…) à se hisser au niveau d’un Resnick (pour ses romans « africains » (NDA : « Kirinyaga »), ou mieux, d’un Zelazny, qui fit une exploitation aussi impressionnante, quoique suivant une tout autre voie, de la mythologie indienne dans « Seigneur de lumière ».) met en exergue et en parallèle trois des derniers gros coups de coeur lus tout récemment. Les grands esprits se rencontrent !^^

Et enfin, les nouvelles. La plus courte, « Pluies sombres », signée Thierry Di Rollo, est très efficace et emplie d’une noirceur et d’un désespoir dont l’auteur est coutumier. Sur une Terre dévastée, un homme âgé de 60 ans, pour ne pas se faire liquider par les milices de régulation démographique, décide de se faire cloner à plusieurs reprises, ce qui au bout de vingt cycles lui permettra de s’envoler dans l’espace vers les colonies flottantes pour y finir sa vie. Mais ce ne sera pas si simple… Sans surprise mais prenant. La deuxième, la plus longue, « La petite déesse » de Ian McDonald, retrace la vie d’une « kumari », une de ces petites filles népalaises censées être l’incarnation vivante d’une déesse. Ainsi, vivant dans une prison dorée d’où elle ne sort pratiquement jamais, et forcée de suivre les traditions (ne pas marcher sur le sol considéré comme impur, toujours s’habiller de rouge, ne pas parler en dehors du palais, etc…), le retour à la vie normale une fois que la déesse l’a quittée (une fois que le sang de la jeune fille a coulé, le plus souvent lors des premières règles, mais ce sera différent dans la nouvelle…) s’avère bien difficile. Il s’agit bel et bien d’une nouvelle de SF, se situant dans l’avenir de l’Inde imaginé par l’auteur dans « Le fleuve des dieux ». Et c’est un pur récit « McDonaldien », écrit dans ce style si particulier, qui peut rebuter. Et pourtant, ce nouveau développement de son univers laisse imaginer toutes les histoires qu’il est possible de raconter dans cet univers. Superbe histoire très personnelle, mais toujours avec un important fond sociétal, « La petite déesse » est une grande réussite qui laisse augurer du meilleur pour le recueil « Cyberadad Days » qui doit sortir chez Denoël Lunes d’Encre en 2013 (et qui contiendra cette nouvelle).

 

  
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