Les ailes de la nuit, de Robert Silverberg

Posted on 15 avril 2013

Parmi les grands écrivains, que dis-je, les maîtres de la SF, Robert Silverberg est en bonne place. Pourtant, je restais bloqué sur une seule et unique lecture (très bonne, au demeurant), « Les monades urbaines ». Il était temps de découvrir une autre facette de l’auteur, ce qu’un petit détour sur le marché de l’occasion m’aura permis. Place donc à ces « Ailes de la nuit ».

Attention : si vous ne connaissez pas le livre, ne lisez pas la quatrième de couverture ci-dessous, qui dévoile rien de moins que la quasi-totalité du roman…

 

Quatrième de couverture :

Le vieux Guetteur, Avluela la Volante, et Gormon, un Elfon, revenaient vers Roum, la ville aux sept collines. Le Guetteur était las d’avoir usé ses yeux et ses sens à détecter l’invasion extraterrestre dont la Terre se croyait menacée. Il avait fini par perdre la foi dans le principe fondamental de sa Guilde.
Tout son univers allait pourtant basculer quelques heures plus tard. Sa jeune protégée Avluela était remarquée par le Prince de Roum qui abusait d’elle. Gormon, l’Elfon sans Guilde, reconnaissait soudain être un émissaire déguisé des envahisseurs qui apparaissaient bientôt au Guetteur au cours de sa veille. La Terre allait être conquise.
Désorienté, ses veilles de guet devenues vaines, le Guetteur gagna d’abord Perris où il ne rencontra qu’intrigues et luxure, puis tenta le pèlerinage de Jorslem. C’est là qu’il retrouva Avluela la Volante et que, de la Terre vaincue, naquit un nouvel espoir.

 

Les ailes de l’espoir

silverberg les ailes de la nuitL’histoire que nous conte Robert Silverberg se situe dans un lointain futur dans lequel la Terre n’est plus ce qu’elle était. L’humanité semble avoir subit les contrecoups d’une catastrophe dont elle se remet très difficilement. La société humaine, regroupée en castes, tente tant bien que mal de recouvrer sa gloire passée, sans grand espoir. Le contexte est donc un mélange de futurisme et de moyen-âge. Nous suivons les pas d’un homme appartenant à la caste des Guetteurs, chargés de scruter le ciel à la recherche d’une soit-disant inéluctable invasion (prophétie dont l’origine s’est perdue dans les limbes du temps) et de prévenir les autorités le cas échéant. Accompagné de Avluela, une Volante (caste d’êtres génétiquement modifiée) et de Gormon, un Elfon (un groupe de sans-caste, eux-aussi génétiquement modifiés mais méprisés par le reste de la société), ils arrivent en vue de la cité de Roum. C’est ici que le Guetteur verra la prophétie s’accomplir, changeant sa vie et le destin de l’humanité toute entière.

Divisé en trois parties bien distinctes, ce roman (fix-up de trois nouvelles) parvient en peu de mots à nous plonger sur cette Terre déchue du futur. Restant malgré tout bien mystérieuse (malgré des noms de lieux pas totalement inconnus : Roum, Perris, Jorslem le ville sainte, Marsay, etc…), il faudra attendre pour que se dévoile la superbe histoire de l’humanité imaginée par l’auteur, et comprendre ce qui l’a conduite à sa chute. On pourrait croire qu’une nouvelle fois en science-fiction, l’auteur ne fasse pas vraiment confiance en l’intelligence de la race humaine, trop vaniteuse, trop sûre d’elle, trop arrogante. Et pourtant, en suivant le cheminement du Guetteur, qui se retrouve sans raison de vivre après l’invasion (sa caste n’a plus de raison d’être), passant de caste en caste (chez les Souvenants tout d’abord, les équivalents de nos historiens), de ville en ville (Perris, Jorslem), croisant quelques personnages au travers desquels sa vision de lui-même et des autres changera, c’est l’humanité qui suit son chemin de croix, jusqu’à une potentielle nouvelle vie et une ultime rédemption.

De manière surprenante, « Les ailes de la nuit » est un roman finalement résolument optimiste. Alors que la fin du roman aurait pu s’avérer d’une terrible mièvrerie, Robert Silverberg parvient à garder l’équilibre et nous livre un épilogue d’une grande beauté. Porté par le style très fluide du romancier, « Les ailes de la nuit » se lit tout seul, quasiment d’une traite. Un roman de science-fiction qui a confiance en l’homme, c’est plutôt rare. J’aurais du mal à le classer parmi les grands chefs d’oeuvre de la science-fiction, mais c’est incontestablement un roman qui fait du bien.

 

Voir d’autres avis chez Lhisbei, Anudar, Val, Lexounet, le blog des bouquins, culture SF.

  
Facebooktwittergoogle_pluspinterestmailFacebooktwittergoogle_pluspinterestmail