Only God Forgives, de Nicolas Winding Refn

Posted on 28 mai 2013

Après un éblouissant « Drive » (film qu’avec un peu de recul je ne peux m’empêcher d’adorer), j’avais hâte de retrouver le cinéma de Nicolas Winding Refn. Même acteur principal (Ryan Gosling), même compositeur (Cliff Martinez), c’était pour moi la promesse non pas d’un « Drive » bis (il était évident que le réalisateur n’irait pas dans ce sens), mais d’une nouvelle expérience cinématographique. Plus dure fut la chute !

only god forgives afficheCar en effet ce film d’une heure trente bien tassée n’a malheureusement pas grand chose à raconter. Le réalisateur a tout de même gardé la recette de « Drive » (c’est peut être sa recette personnelle mais je ne connais pas assez sa filmographie pour me prononcer sur ce point), mais l’a appliquée à l’extrême, à un point tel que le film en devient vide. Donnant la totale priorité à la forme, à l’esthétique du film, le réalisateur a oublié deux choses essentielles, deux choses qui « font » le cinéma, qui « font » un film.

Tout d’abord, pas (ou peu…) d’histoire. On peut se demander si le scénario n’a pas été écrit sur un coin de table au restaurant, sur un ticket de métro plié en quatre. Un homme viole et et tue une fille de 16 ans. Le père de cette dernière, encouragé par un mystérieux policier, massacre le meurtrier. La mère du violeur arrive en Thaïlande pour récupérer le corps de son fils, et reproche à son autre fils de ne pas avoir vengé son défunt frère. Elle décide de s’en occuper elle-même, mais le policier « expéditif » ne se fera pas descendre facilement. Voilà, c’est à peu près tout, pas d’intrigues parallèles, et un scénario minimaliste qui dans tout autre film aurait pu être traité en une demie-heure, tendant vers une fin que l’on devine depuis le début…

L’autre gros manque du film : pas d’émotion. Aucune empathie envers les personnages, et la direction des acteurs est pour le moins… froide ! C’est bien simple : tous font la même tête du début à la fin !

 

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Ces deux défauts étaient déjà présents dans « Drive », mais le scénario était tout de même un peu plus touffu, et surtout il y avait de l’émotion, portée par une histoire d’amour ici inexistante et par une actrice qui illuminait toute scène dans laquelle elle apparaissait (Carey Mulligan et son sourire…). Rien de cela ici, et les techniques cinématographiques de Refn (là aussi appliquées à l’extrême : bruits de pas amplifiés, ralentis nombreux, etc…) aussi réussies soient-elles, ne parviennent pas à insuffler ce petit truc qui fait l’étincelle. C’est à la vision de ce « Only God Forgives » que je m’aperçois que « Drive » était sur le fil du rasoir, mais Refn avait réussi à maintenir ce fragile équilibre qui en faisait un grand film. Ici, à trop vouloir faire un film ultra-esthétisant (ce qui est totalement réussi, soyons honnêtes, chaque plan est minutieusement pensé, l’ambiance est somptueuse, la photographie est à tomber, etc… Ce film est d’une beauté formelle époustouflante !), maniant de nombreux symboles parfois un peu lourdingues (mère/fille/femme, complexe d’Oedipe, etc…), j’ai eu l’impression de regarder un joli documentaire, avec ça et là quelques dialogues. Sauf que je n’étais pas venu voir un reportage de la BBC, mais un film…

 

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Il est amusant de constater que ce film a été projeté au festival de Cannes, lieu dans lequel peut apparaître de manière flagrante la cassure entre la critique professionnelle et le grand public. Là ou le consensus avait été atteint avec « Drive », j’ai bien peur qu’il n’en soit pas de même ici… « Only God Forgives » est sans aucun doute un film à montrer dans toutes les écoles de cinéma, un beau film (au sens premier du terme), mais ça n’en fait pas un bon film pour autant. Dommage, j’en attendais tellement… Et moi qui avais l’intention de regarder « Valhalla Rising », autre film de Nicolas Winding Refn, je suis maintenant bien moins pressé…

 

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