Pacific Rim, de Guillermo del Toro

Posted on 22 juillet 2013

Attendu de longue date, « Pacific Rim » arrive enfin sur nos écrans ! J’avais été franchement emballé par les premiers trailers qui semblait matérialisé un rêve de gosse : voir « en vrai » des combats de robots et de monstres géants, le genre de truc qu’on ne voyait qu’en manga ou en anime (« Goldorak » en étant le représentant le plus connu), on qu’on simulait avec nos jouets d’enfants. Bref, un truc qui fait appel à la fibre nostalgico-geek, mais pas que… Et c’est peu de dire que voir Guillermo del Toro, réalisateur un brin atypique à l’univers si particulier, mélange d’imaginaire débridé et de considérations très humaines, diriger ce film permettait d’y croire très fort. Et le résultat est à la fois à la hauteur et à la fois décevant.

Pacific Rim afficheAllons tout de suite à l’essentiel et débarrassons nous de l’évidence : oui, visuellement, c’est à tomber par terre. C’est un peu la même rengaine à chaque blockbuster, mais pourtant il faut bien avouer que l’échelle des combats des Jaegers (les robots géants pilotés par un couple d’humains) contre les Kaijus (les monstres) est réellement impressionnante. On a maintenant l’habitude des scènes urbaines de destruction massive, mais voir un robot combattre un monstre en utilisant un bateau pétrolier comme batte de baseball, ou bien utilisant un « réacteur de coude » pour donner plus de puissance à un coup de poing, ça fait son petit effet !

La photographie du film est elle aussi superbe, à la fois sombre et brillante, jouant à merveille sur l’atmosphère de ces combats titanesques. Pluie, obscurité, on est loin de combats clinquants et bien propres, l’ambiance s’en trouve magnifiée ! Malheureusement, la lisibilité des combats s’en ressent, je les ai trouvés particulièrement peu lisibles. Voir ces monstres s’affronter et rendre compte de leur taille n’a pas dû être une mince affaire, et le résultat à l’écran n’est pas optimum, c’est bien dommage.

 

Pacific Rim 1

 

En revanche, là où je suis un peu moins enclin à pardonner, c’est sur les clichés que véhicule le film. Je pensais pourtant pouvoir les éviter avec del Toro aux commandes, mais ce n’est qu’en partie vrai. Un réalisateur mexicain, une action qui se passe en grande partie à Hong-Kong, un genre qui fait plus qu’ouvertement référence à la culture japonaise (avec en plus la jolie Rinko Kikuchi en pilote de Jaeger), tout cela augurait d’un joli renouveau dans le petit monde un peu vicié des blockbusters américains. Alors certes on évite la mise en avant des États-Unis (encore que, qui sauve le monde ?…), mais le trop grand nombre de clichés (qui semblent malheureusement devenus un passage obligé dans les films à gros budgets) m’ont passablement énervés. On va du traditionnel discours de motivation des troupes au sacrifice du soldat au grand coeur, du pseudo-suspense sur la fausse mort du héros au jeune pilote doué mais arrogant, du duos de scientifiques un peu fous au ciel joliment bleu après la bataille. Tout un tas de poncifs déjà vus mille fois, parfois même illustrés avec tellement d’emphase que ça en devient lourdingue (le soldat qui vient de sauver une petite fille, sortant du Jaeger sur fond de lever de soleil, au secours !! Surtout que l’identité du-dit soldat se devine à des kilomètres…). On peut penser que tout ça est une référence et un hommage à la pop-culture, aux comics/mangas, etc… Mais c’est déjà vu tant de fois que ça devient grotesque. « Pacific Rim » est un film pop-corn qui s’assume, aucun doute là-dessus, mais on peut faire du pop-corn sans toujours tomber dans les mêmes poncifs, non ?

 

Pacific Rim 2

 

La casting remplit son rôle, pas de grosse tête d’affiche, mais certains acteurs sortent du lot comme Rinko Kikuchi ou bien Idris Elba qui fait ici preuve d’une belle autorité. Les personnages ne sont pas d’une folle complexité (et sont parfois très caricaturaux, comme le jeune pilote égocentrique ou les scientifiques timbrés, ou très transparents comme le héros incarné par Charlie Hunnam, véritable coquille vide), mais le tout reste sympathique à suivre. Citons tout de même l’apparition marquante de Ron Perlman, l’acteur fétiche du réalisateur, en caïd du marché noir des organes de Kaijus, à la fois drôle et iconique. del Toro et Perlman font la paire, pas de doute là dessus !

 

Pacific Rim 5

 

Côté scénario, il y a du bon dans la densité du background, qu’on devine bien plus important que ce ne montre le seul film (ce que semblent confirmer la sortie d’un comics et l’existence d’une « bible » sur l’univers du film), et l’introduction est un modèle du genre : elle pose le contexte et les enjeux rapidement, efficacement, pour mieux embrayer sur l’intrigue en elle-même. L’intrigue qui, elle, en revanche, n’est pas bien épaisse, mais on s’y attendait un peu. Et j’ai envie de dire que si on va voir « Pacific Rim », c’est pour voir des robots et des monstres géants se foutre sur la tronche. Mission accomplie de ce côté-là, mais dommage que certaines idées du film ne soient pas plus explorées, comme la Dérive (relevant clairement du « Inception » de Christopher Nolan), autrement dit le fait que les deux pilotes d’un Jaeger partagent leur esprit alors que c’est justement dans une scène qui développe cet aspect que l’émotion monte d’un cran (en insistant sur les cauchemars d’enfants, etc…). Et la meilleure actrice du film se trouve justement dans cette scène : mention très bien à la petite Mana Ashida.

 

Pacific Rim 6

 

Donc c’est vrai que j’en sors un peu déçu, par certains côtés que j’espérais gommés par le réalisateur. Mais même si ça n’a pas été le cas, je suis bien obligé de reconnaître qu’on en prend plein la tête, que c’est un rêve de gosse, un fantasme de geek qui se voit transposé sur grand écran, et que malgré les maladresses je ne peux qu’avoir une grosse dose d’affection et de tendresse pour ce film, que j’apprécie finalement autant pour ses qualités que pour ses défauts. N’oublions pas non plus qu’il ne s’agit pas d’une sempiternelle suite d’une franchise déjà (trop) installée, sans tête d’affiche pour faire venir les foules, avec un univers et des références à un genre qui peut laisser de marbre nombre de spectateurs. C’est incontestablement un pari risqué, et qui mérite d’être salué comme il se doit. En bref, c’est bourré de clichés, mais qu’est ce que c’est bon !

 

Pacific Rim 4

 

Lire l’avis d’A.C. de Haenne.

  
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