Silo, de Hugh Howey

Posted on 24 juillet 2013

Les éditions Actes Sud se lancent dès la rentrée 2013 dans la science-fiction et la fantasy ! Et pour lancer cette nouvelle collection, baptisée « Exofictions », l’éditeur a choisi un roman au parcours atypique, « Silo » de Hugh Howey. Parcours atypique car issu de l’auto-publication, ce roman qui n’était au départ qu’une simple nouvelle mais que l’auteur, devant le succès, a développé en roman avant de se voir approché par de nombreux éditeurs américains arrive aujourd’hui dans nos contrées sous deux formes différentes. Tout d’abord sous forme d’épisodes numériques, dont le premier sortira le 4 septembre, puis un autre chaque semaine, le dernier arrivant le 2 octobre, en même temps que le livre papier.

 

Quatrième de couverture :

Dans un futur postapocalyptique indéterminé, quelques milliers de survivants ont établi une société dans un silo souterrain de 144 étages. Les règles de vie sont strictes. Pour avoir le droit de faire un enfant, les couples doivent s’inscrire à une loterie. Mais les tickets de naissance des uns ne sont redistribués qu’en fonction de la mort des autres. Les citoyens qui enfreignent la loi sont envoyés en dehors du silo pour y trouver la mort au contact d’un air toxique. Ces condamnés doivent, avant de mourir, nettoyer à l’aide d’un chiffon de laine les capteurs qui retransmettent des images de mauvaise qualité du monde extérieur sur un grand écran, à l’intérieur du silo. Ces images rappellent aux survivants que ce monde est assassin.
Mais certains commencent à penser que les dirigeants de cette société enfouie mentent sur ce qui se passe réellement dehors et doutent des raisons qui ont conduit ce monde à la ruine.

 

Le silo c’est la vie

Silo-Howey

Je dois dire qu’après plusieurs essais délicats, le monde de l’auto-édition/auto-publication me fait un peu peur. Et pourtant, l’immense succès de ce roman prouve bien que des perles peuvent émerger. Car oui, « Silo » est un excellent roman. La preuve : j’ai lu ce beau pavé de plus de 500 pages en trois jours, phénomène très rare chez moi (c’était un week-end prolongé, certes, mais quand même^^). On est en plein dans le post-apo dystopique, un monde qui a chuté pour d’obscures raisons, un monde dans lequel l’humanité s’est retranchée dans un immense silo souterrain de 144 étages, entièrement auto-suffisant et très organisé : un shérif fait respecter la loi, un maire administre cette mini-société, tout en bas se situent les machines génératrices d’énergie pour le silo, le DIT s’occupe de la partie informatique, et on trouve bien évidemment des serres et autres fermes hydroponiques pour subvenir aux besoins de toute la population. Mais puisque j’ai parlé de dystopie, c’est que tout ne tourne pas si rond, à commencer par l’interdiction absolue de ne serait-ce que parler du monde extérieur, sous peine de se faire expulser du silo, tout en ayant « l’obligation » de nettoyer les capteurs diffusant dans le silo des images de monde mort et très toxique. Une telle condamnation, sans possibilité de retour, c’est évidemment la mort assurée.

La construction de ce roman est assez surprenante de prime abord. Son origine d’auto-publication en épisodes se fait fortement ressentir, notamment sur les deux premières parties, réellement indépendantes, mais qui finalement se fondent extrêmement bien dans le récit global. J’avoue ne pas savoir si l’auteur avait pensé dès le début à son intrigue globale, mais si ce n’est pas le cas, on peut dire qu’il a vraiment bien rattrapé le coup, ces deux premières parties faisant finalement office de grains de sable qui vont enrayer la machine bien huilée du silo.

Derrière toute bonne dystopie se cache un discours un peu engagé, c’est aussi le cas ici à travers ce fameux silo dont la forme reflète finalement très bien le statut social de ses habitants. En haut, les « dignitaires », maire et shérif en premier lieu, en bas, les travailleurs de l’ombre, les besogneux, qui ne rechignent pas à la tâche, mais qui sont pourtant bien peu considérés par le reste de la population. Pourtant, certains des personnages du roman transcendent cet état de fait pour mieux y ajouter des zones de gris. Les personnages antipathiques ont des raisons précises à leurs agissements, aussi liberticides puissent-ils paraître… Ceci dit, l’auteur ne parvient pas toujours à éviter la caricature, mais il n’y a rien de rédhibitoire. La censure, le contrôle de l’information voire même la réécriture de l’histoire sont aussi au cœur du récit. Dystopie, oui, définitivement !

L’auteur n’oublie pas d’ajouter à tout cela l’origine bien mystérieuse du silo, pourquoi il existe, dans quel but, etc… Hugh Howey a incontestablement le sens du récit, ne dévoilant son jeu que petit à petit. J’ai tout de même ressenti comme un petit manque ici ou là, sur le fonctionnement du silo. J’aurais aimé en savoir un peu plus, ça manque de détails, aussi bien sur le plan technique que sur le plan purement sociétal. Dommage également que le sort de certains personnages reste bizarrement en suspens à la fin du récit, sans que l’on sache ce qui leur arrive. Mais l’essentiel y est. Et quand le lecteur voit enfin une partie du voile se lever, c’est pour mieux se rendre compte qu’il y a encore énormément de matière pour développer cet univers. Et ça tombe bien puisque Hugh Howey est en train de finaliser le troisième tome de ce qu’il faut maintenant appeler une série. Autant vous dire qu’au sortir de la lecture de ce premier volume, j’espère vraiment voir arriver la suite en France. Voilà en tout cas un beau début pour cette nouvelle collection !

 

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