Arachnae, de Charlotte Bousquet

Avant toute chose, je dois remercier les éditions Mnémos. Je n’ai eu de cesse, un peu sous forme de boutade mais au fond réellement demandeur, de réclamer en commentaire, sur les chroniques que je lisais, une sortie au format poche des romans de Charlotte Bousquet. Liste non exhaustive : ici, ici, ici, ici, ici, ici, ici, ici, ici. Bref, j’ai crié, hurlé.

Et finalement, peu de temps après avoir découvert avec joie la mise en route d’une collection poche chez Mnémos (avec « Arachnae » prévu dans les premières sorties), quelle ne fut pas ma surprise de me voir contacté par Mnémos et Charlotte Volper en particulier qui souhaitait m’envoyer ce roman en dédommagement de l’usure de mon clavier ! Un joli geste. Encore merci à Mnémos et à Charlotte Volper.

 

Quatrième de couverture :

Des ténèbres des bas-fonds aux éclats de la cour royale, la cité d’Arachnae se livre dans toute son horreur et ses excès : une ville sale et sordide où s’assouvissent les vices les plus abjects, entre meurtres, vénalité, commerces humains et autres réjouissances. Afin de résoudre des crimes en série, Théodora, une jeune bretteuse de talent, libertine et tueuse implacable, est obligée de s’allier à l’austère capitaine de la milice…

Entre complots politiques, divination, combats à l’épée, orgies et rites occultes, se laisseront-ils engluer dans la toile mortelle de la destinée ? Commence alors un récit captivant, mêlant aventure, mystère et érotisme dans une enquête qui prend aux tripes.

 

La fantasy à la dure

Arachnae-BousquetDur. Voilà un mot qui résume assez bien ce roman. Il est dur avec les personnages, dur avec le lecteur.

Dur avec les personnages car ils sont maltraités, violentés, physiquement comme psychologiquement. Charlotte Bousquet a choisi d’établir son intrigue dans la cité d’Arachnae, cité qui possède ses palais, ses quartiers riches, mais aussi ses lieux sombres et sordides, ses quartiers pauvres et miteux dans lesquels la population tente de survivre. Et tous les moyens sont bons, y compris les pires. Et parmi la fange de cette ville, dans le quartier d’Inferna, mieux vaut ne pas savoir ce qui se trame…

Et dur avec le lecteur car Charlotte Bousquet ne lui épargne rien. Les descriptions sont crues, la violence est jetée à la face du lecteur, de quoi retourner l’estomac des plus sensibles, tant il est difficile de ne pas tenter de visualiser les choses. Mais l’auteur atteint aussi son but sans violence, quand au détour d’une scène le lecteur finit avec effroi par comprendre ce qui va arriver. Des non-dits éloquents…

Ainsi la fantasy de Charlotte Bousquet est sale. A l’image de notre monde finalement, où la violence est quotidienne. L’auteur met le lecteur mal à l’aise, et dénonce des injustices malheureusement parfois devenues tellement quotidiennes que bien peu s’en émeuvent. « Arachnae » démontre avec brio que lorsque la fantasy est maniée par des auteurs talentueux, elle est tout aussi porteuse de réflexion que la science-fiction. Loin de moi l’intention de relancer cet éternel débat, mais il fallait que ce soit dit. On ne sort pas indemne d’Arachnae, à l’instar des personnages.

Le monde d’Arachnae est original à plus d’un titre, la prédominance des femmes dans la société décrite décrite par l’auteur en étant un bel exemple, et rare qui plus est. Porté par Théodora, une héroïne forte, elle qui finit pourtant par se sentir handicapée par son manque d’empathie, le roman se permet de jouer sur plusieurs front : roman féministe et roman noir, scènes d’actions, intrigues de cour, scènes crues (sexe, torture, viol…) ou plus douces (les rares instants plus légers, ou Théodora peut enfin se poser, heureuse l’espace d’un instant), Charlotte Bousquet semble à l’aise sur tous les tableaux. Avec une plume délicate, ses descriptions font merveille (et parfois froid dans le dos) tout en laissant l’imagination du lecteur travailler. Une belle leçon de narration, tout en justesse et en finesse. L’intégration au fil du récit de jolis poèmes n’y est d’ailleurs pas pour rien.

La construction du récit est également réussie. Se permettant même une sorte de climax aux deux tiers du récit, la romancière parvient tout de même à relancer la machine grâce à ses multiples fils d’intrigue tissés ici ou là, qui finissent toujours pas se croiser à un moment ou un autre. Si on ajoute de nombreux personnages, on obtient un cocktail marquant. Le tout sur 350 pages, c’est une incontestable réussite, loin de la fantasy classique, sans doute un peu exigeante, mais qui saura récompenser ceux qui se laisseront prendre dans la toile d’Arachnae.

 

Lire aussi les avis de Tigger Lilly, Efelle, Gromovar, Lhisbei, Xian Moriarty, Titepousse, Mystral, Lune Mauve.

 

  
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