L’homme qui n’existait pas, de Roger Zelazny

Posted on 22 avril 2014

Quand on a lu « Morwenna », on ressent forcément l’envie de se replonger dans la SF des années 70. Et l’un de mes auteurs fétiches de cette époque reste Roger Zelazny. Certes j’ai bien conscience d’avoir déjà lu ce qu’il a écrit de meilleur, notamment « Seigneur de lumière » et « L’île des morts » (tout en gardant en réserve la saga des « Princes d’Ambre » que je n’ai jamais lue, hé non ! Mais j’attends une hypothétique vraie et belle édition ultime, chez Lunes d’Encre par exemple puisque c’est Denoël qui en détient les droits il me semble. 2015 étant l’année des 20 ans de la mort de Zelazny, ce serait l’opportunité, c’est beau de rêver…), mais même un Zelazny mineur reste agréable à la lecture. Démonstration avec cet « Homme qui n’existait pas ».

 

Quatrième de couverture :
Existait-il ou non ? Telle était la question car ses pseudonymes étaient innombrables, ses missions toujours impossibles. Pour son premier contrat, il eut à détecter, puis à détruire les saboteurs présumés d’un projet atomique hautement controversé. Vraiment une drôle d’affaire, car il devait lui-même s’anéantir en cours de route.

Après, on le chargera de disculper une troupe de dauphins domestiques accusés d’homicide. Ensuite, il lui fallut organiser la destruction d’un téléfacteur presque humain revenu sur terre pour tuer ses quatre programmateurs. Sa vie : un voyage sans fin au cœur de l’enfer.

 

Mon nom est Légion, car nous sommes beaucoup.

L'homme qui n'existait pas - ZelaznyRevenons un instant sur la traduction du titre VO « My name is Legion ». On y voit bien sûr une réappropriation d’une phrase célèbre de l’évangile selon Saint Marc, démontrant une nouvelle fois que Zelazny n’aura de cesse de s’inspirer de mythologies ou religions diverses. Ce titre VO s’adapte en outre particulièrement bien à ce roman (ou plutôt ce fix-up de trois nouvelles reprenant le même personnage principal) qui met en scène un homme qui vit en dehors du système, un système dans lequel tout le monde est fiché, suivi, identifié via tout un tas de moyens. L’homme dont il est question ici a d’ailleurs travaillé pour la mise en place de ce système, jusqu’à ce qu’il se rende compte qu’il ne souhaite pas y vivre. Il décide alors de disparaître, et pour subvenir à ses besoins, travaille de temps en temps « en off » pour un grosse agence de détectives. Boulot dangereux, donc bien payé. Suffisant pour mener le vie qu’il souhaite. Tout cela est détaillé dans la première nouvelle, « La veille de Rumoko ».

Ce premier récit voit cet homme (qui n’aura jamais de nom dans le roman, hors noms d’emprunt pour ses enquêtes) enquêter sur une tentative de sabotage d’un gros projet visant à solutionner au moins en partie le problème de surpopulation. Sur le ton d’un récit d’espionnage, rondement mené, il découvrira que le bon côté ne se trouve pas forcément là où on le pense. Plutôt bien rythmée, cette histoire oscille entre la mission de notre homme, et son histoire personnelle qui l’a mené là où il en est aujourd’hui.

La deuxième nouvelle, « Kjwalll’kje’k’koothailll’kje’k » (oui vous avez bien lu), prend cette fois le ton d’un récit policier pour tenter d’élucider un double meurtre dans un parc aquatique. Les meurtriers tout désignés ne sont autres que des dauphins ! Evidemment l’affaire, sur fond de trafic de diamants, s’avère plus compliquée que prévu, avec l’apparition d’un élément purement fantastique sur la fin du récit (malheureusement pas le truc le plus réussi du récit…). Bien menée là encore mais peut-être un peu longue même si l’écriture de Zelazny reste toujours aussi fluide. Pas désagréable mais la plus faible des trois.

Et enfin arrive « Le retour du Bourreau », qui a obtenu, excusez du peu, le prix Hugo 1976 et le prix Nebula 1975 de la meilleure novella. Une machine révolutionnaire, développée en vue de l’exploration spatiale mais qui a disparu en mission alors qu’elle semblait s’être éveillée à la conscience (chose qui était prévue et même voulue par ses concepteurs) revient sur Terre et semble animée d’un esprit de vengeance envers ses concepteurs. Notre homme sera donc chargé de les protéger. Par certains côtés, ce récit peut faire penser à l’excellent « Le temps d’un souffle je m’attarde », mais si les thèmes sont similaires, le point de vue narratif n’a rien à voir. Avec ses réflexions sur l’intelligence artificielle qui s’éveille pleinement à la conscience, sur ce qui fait un être humain, sa construction, son éducation, et sur le cheminement qui l’amène à cette révélation ainsi que les réactions postérieures à cette prise de conscience, on a là en effet un récit très réussi. L’auteur aurait par contre peut-être dû s’abstenir de dévoiler certains aspects techniques qui sont bien datés aujourd’hui. Mais peu importe, toujours bien rythmé, avec des dialogues nombreux, intéressants et faisant avancer le récit, difficile de s’arrêter avant d’avoir le fin mot de l’histoire.

Au final, pas question de faire de « L’homme qui n’existait pas » un chef d’oeuvre de l’écrivain américain, et pourtant j’ai éprouvé beaucoup de plaisir en cours de lecture, enivré par un rythme très soutenu qui me fait dire que Roger Zelazny avait toutes les cartes en main pour écrire des thrillers. Certes les trois récits sont construits de la même manière (briefing-enquête-conclusion provisoire-retournement de situation), mais pas de quoi assombrir le tableau outre mesure puisqu’ils sont tous plaisants à suivre. Pas son oeuvre la plus connue donc, mais sans doute pas la moins bonne non plus.

 

Lire aussi les avis de Nanet, Vicklay.

 

  
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