Royaumes d’ombre et de lumière, de Roger Zelazny

Posted on 25 août 2014
Nouvelle incursion dans l’imaginaire de Roger Zelazny avec ce roman, intégré au recueil « Seigneurs de lumière » chez Denoël aux éditions Lunes d’Encre (recueil dont j’avais déjà chroniqué l’excellentissime « Seigneur de Lumière » (sans le « s » donc). Après les divinités hindoues, place aux egyptiennes.

 

Quatrième de couverture :

Mondialement connu pour sa saga d’AmbreRoger Zelazny ne s’est pas contenté de réinventer la mythologie celtique, comme le prouvent brillamment les trois romans au sommaire de ce volume, tous proposés dans des traductions révisées.

Dans « Seigneur de lumière » (prix Hugo 1968), sans doute son roman le plus ambitieux, Zelaznyrevisite le panthéon hindou et replace la quête mystique de Siddhartha sur une planète extraterrestre dirigée par une caste d’immortels.

Dans « Royaumes d’ombre et de lumière », il décrit loin dans le futur la lutte d’Osiris et Anubis, la vengeance d’Horus et les visions d’apocalypse d’Isis.

Dans « L’Oeil de Chat », un de ses romans les plus sous-estimés, il lance un pisteur navajo à la poursuite de la plus dangereuse des créatures intelligentes – Chat – un extraterrestre télépathe capable de changer de forme à volonté.

Roger Zelazny (1937-1995) a reçu six prix Hugo et trois Nebula pour ses romans et nouvelles. Sa disparition a privé la science-fiction d’un de ses plus grands stylistes.

 

Rivalités égyptiennes

Seigneurs de lumière - Roger ZelaznyDans un lointain futur indéterminé, Anubis et Osiris règnent respectivement sur la Maison des Morts et la Maison de la Vie. Mais voici que le Prince Qui Fut Mille vient à les menacer. Les deux dieux dépêchent donc chacun un émissaire charger d’éliminer leur ennemi. Anubis envoie Wakim, son serviteur depuis mille ans, alors qu’Osiris envoie son fils Horus. Le premier qui parviendra à éliminer le Prince s’assurera la loyauté des immortels disséminés dans les Mondes Intermédiaires (l’univers connu, dans lequel vivent les hommes), et ainsi la suprématie sur l’univers dans son ensemble.

Mais c’est sans compter sur l’arrivée du Général d’Acier, défenseur des causes perdues, qui fut tué à plusieurs reprises mais ne cesse de combattre, sur Isis la Sorcière Rouge, ou bien sur les immortels Vramin le poète et Madrak le prêtre-guerrier qui ont eux aussi leur mot à dire, alors que Wakim n’est peut-être pas celui qu’il croit être…

Cette ébauche de début de résumé est volontairement obscure mais elle reflète bien l’effort que devra faire le lecteur pour s’approprier le récit. Car il n’est pas aisé d’entrer dans celui-ci, alors que Zelazny réunit de nombreuses divinités égyptiennes (Osiris, Anubis, Isis, Toth, Horus, Seth…) mais aussi certaines références à la mythologie grecque (Typhon qui est d’ailleurs le pendant grec de Seth, Cerbère, le Minotaure) dans une histoire qui, elle, ne doit rien à la mythologie. Entendez par là qu’il ne s’agit pas de la réécriture d’un mythe mais bien d’une histoire inventée par l’auteur, quand bien même il réutilise certains détails mythologiques, comme certaines rivalités ou les liens de parenté. Ces derniers sont d’ailleurs plutôt complexes, car la plupart des protagonistes entretiennent un lien de parenté, parfois même assez particulier quand l’un d’entre eux est à la fois le fils et le père d’un autre après une manipulation temporelle…

Toutefois, si on accroche, et ce fut mon cas à la puissance mille, il faut reconnaître que Roger Zelazny n’a pas son pareil pour mettre en scène et sur un piédestal ces êtres pourtant déjà divins (pour lesquels, au contraire de « Seigneur de lumière », on ne saura dire s’ils sont effectivement de « réelles » divinités ou bien des hommes ayant accédé à des technologies relevant du divin pour le commun des mortels) : abondance de majuscules (Prince Qui Fut Mille, Chose Qui Hurle Dans La Nuit), duels épiques, titanesques et destructeurs (à l’image du duel en fugue temporelle entre Wakim et le Général d’Acier), emphase stylistique, etc…

D’ailleurs l’auteur, bien connu pour cela, use d’un style particulièrement recherché dans ce roman. C’est sans doute ce que j’ai lu de lui de plus ambitieux. On est parfois plus proche de la poésie en prose que du roman, alors que deux chapitres relèvent d’ailleurs de la poésie tout court. Zelazny ne s’arrête pas là puisque qu’entre multiples petites saynètes et un chapitre final sur le mode de la pièce de théâtre, il utilise tous les artifices pour faire de son récit quelque chose d’extrêmement recherché, ambitieux, très « poseur » aussi, très théâtral en somme.

Nul doute qu’un certain nombre de lecteurs pourront trouver tout cela un peu extrême, voire même pompeux, maladroit peut-être (ce qu’il est sans doute avec ses digressions qui semblent n’avoir ni queue ni tête, ses ruptures narratives déstabilisantes, etc…) j’ai pour ma part trouvé cela fascinant et renversant. Et « Royaumes d’ombre et de lumière » a donc toute sa place dans le recueil « Seigneurs de lumière », au sein duquel il a finalement beaucoup de points communs avec le roman « Seigneur de lumière » (encore une fois sans le « s », vous suivez ?^^) écrit deux ans auparavant.

D’aucuns qualifieront ce roman d’expérimentation littéraire, de poème science-fictionnel, et ce sont des qualificatifs qui lui siéent d’ailleurs fort bien. Mais l’auteur n’oublie pas, sous cette couche de vernis stylistique et ce maquillage mythologique parfois confus, de nous livrer un histoire. Assez simple au demeurant, puisqu’il n’est question que de vengeance. Il n’en reste pas moins que j’ai pris un immense plaisir à la lecture de ce récit sans doute trop méconnu dans la bibliographie de Roger Zelazny, un de ceux que je place parmi les plus grandes réussites de l’écrivain américain.

 

Lire aussi les avis (sur le recueil Lunes d’Encre en entier) de Nebal, Viinz, Efelle, Yozone.

Chronique écrite dans le cadre des challenges « Morwenna’s list » de Cornwall et « Summer Star Wars, épisode II »  de Lhisbei.

Morwenna Jo Walton challenge  Summer Star Wars, épisode II

 

  
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