Les faucheurs sont les anges, de Alden Bell

Posted on 27 octobre 2014
Ceux qui me connaissent le savent : moi et les zombies, ça fait deux. Ces récits ne m’attirent pas particulièrement. Oui mais, il existe une facétieuse blogueuse nommée Cornwall qui m’a enrôlé d’office dans un challenge de lectures zombies. Certes, je lui ai soufflé l’idée, j’avoue. Me voilà donc lancé dans un challenge a priori contre-nature. mais qui sait, il pourrait peut-être me faire revoir mes préjugés… Première étape : « Les faucheurs sont les anges », écrit par Alden Bell.

 

Quatrième de couverture :

Temple a quinze ans. Elle ne peut se souvenir du monde tel qu’il était avant, il y a vingt-cinq ans… Avant que les morts ne reviennent à la vie, avant de se retrouver seule ou presque, sans personne d’autre qu’elle-même pour assurer sa survie. Heureusement, elle semble faite pour ça, et son périple sur les routes des États-Unis lui permet de se nourrir chaque jour de la beauté du monde. Pourquoi, dès lors, éprouver le moindre ressentiment pour les autres : les limaces, les sacs à viande… les zombies.

Avec « Les faucheurs sont les anges » Alden Bell signe une œuvre forte et originale, un récit poignant et humain qui, entre « La route » de Cormac McCarthy et « Walking Dead », donne une nouvelle dimension au mythe du zombie.

Alden Bell vit à New York où il enseigne au lycée et est professeur adjoint à la New School. Il est marié à Megan Abbott, auteur de romans noirs et lauréate du prix Edgar Allan Poe.

 

Saint Matthieu cède sa place à Sainte Temple

Les faucheurs sont les anges - BellIl y a 25 ans, la civilisation s’est écroulée quand les morts se sont relevés. Depuis, les vivants survivent tandis que les morts, cadavres animés par un seul besoin, se nourrir, sont légion. La résistance, qui s’était mise en place au début de la catastrophe, a volé en éclats. Fin de notre belle société. C’est dans ce monde perdu qu’évolue Temple, jeune fille de 15 ans (qui n’a donc pas connu le monde d’avant) qui porte le roman sur ses frêles épaules.

Quoique frêles, pas tant que ça. Difficile de ne pas être désarçonné par l’assurance de cette ado qui ne s’en laisse pas compter. Elle est forte, fière, lucide sur le monde qui l’entoure, et ses réactions sont dignes d’un être qui a déjà bien baroudé tout au long de sa longue vie. Sauf que Temple n’a que 15 ans. Alors oui bien sûr, le monde est dur, ne pardonne pas aux faibles, et comme Temple n’a connu que cette époque peuplée des sacs à viande, on peut estimer qu’elle a été obligée de grandir à vitesse grand V. Pour autant, j’ai eu un peu de mal à m’y faire.

Et puis, au fur et à mesure, on apprend à découvrir Temple. Ses failles, ses fractures qui la travaillent de l’intérieur. Temple s’avère être un personnage très intéressant, tout en nuances de gris, donnant tout pour la survie, tout en restant humaine avec les besoins bien naturels d’une jeune fille fille de 15 ans. En résultent des réactions qui peuvent surprendre mais qui m’ont tout de même paru crédibles venant d’une ado forcée d’être adulte avant l’âge, tout en gardant sans doute une certaine part de naïveté enfantine. Elle est surtout loin d’être le personnage féminin que l’on voit trop souvent : parfois faible, en pâmoison devant un beau mâle ou bien vivant à travers un homme, etc… Non, rien de tout ça, Temple est tout l’intérêt du roman. Sans Temple, point de roman.

Et l’histoire dans tout ça ? Pas si importante que ça au final, elle se dévoile au fur et à mesure des pérégrinations et des rencontres de la jeune fille, restant prétexte à s’intéresser aux personnages du roman, qu’ils soient droits et honnêtes quitte à aller jusqu’au bout, qu’ils vivent dans un monde clos comme si rien de ce qu’est devenu le monde n’existait (avec parfois de lourds secrets), ou bien qu’ils tentent de reconstruire un début de société.

On l’aura vite compris, les zombies restent au second plan, servant uniquement à installer un contexte post-apocalyptique propre à développer des personnages complexes soumis à des situations parfois difficiles. Zombies, virus mortel, guerre nucléaire, tout ça c’est bonnet blanc et blanc bonnet. De mon point de vue, ce n’est pas plus mal ! Surtout quand l’auteur en profite pour nous proposer des personnages consistants, comme c’est le cas ici.

Un bonne introduction à la littérature zombies finalement ! Ceux qui attendent un roman insistant sur le phénomène zombie avec une aventure pleine d’action en seront pour leur frais, mais c’était justement ce que je voulais éviter. Objectif atteint donc avec ce roman qu’on ne peut pas classer en inoubliable de la SF (la faute à un « worldbuilding » qui manque de logique : comment expliquer qu’après 25 ans d’invasion zombie, l’électricité soit toujours disponible même dans des coins paumés, avec des pompes à essence toujours fonctionnelles et prêtes à remplir le réservoir de la voiture de l’héroïne ? Il y a toujours des équipes de maintenance qui gèrent les centrales électriques et les réseaux de transport d’énergie dans ce monde déchu ? La suspension d’incrédulité en prend un coup…), mais qui m’a donné un récit bien plus profond que ce à quoi je m’attendais.

 

Lire aussi les avis de Lune, Johanne, Cachou, Hiro, Avenue de l’horreur, Gromovar, Nymeria, Torospatillo, L’ivre mot, BiblioManu, ImaginR, May, Finally, Des bulles et des mots, Squeletor, Sybille, Lorancbs, Le chat du cheshire, Le sentier des mots, Sylvain Johnson, Mandy, Blackwolf, A little matter whatever, Ptitetrolle, La tête dans les livres, et bien d’autres…

Chronique rédigée dans le cadre du challenge « Zombies challenge » de Cornwall.

zombies challenge

 

  
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