Bifrost 76, spécial J.R.R. Tolkien

Posted on 6 novembre 2014

Cela faisait un certain temps que je n’avais pas acheté un numéro de Bifrost. Mais je ne pouvais pas rater l’arrivée d’un spécial Tolkien, doté d’une somptueuse couverture illustrée par le fameux John Howe.

Passons rapidement sur le traditionnel cahier critique (livres et revues) qui permet de noter quelques lectures intéressantes, moins nombreuses que d’habitude tout de même (j’en possède déjà certaines il est vrai). Donc à retenir : « La fille-flûte » de Paolo Bacigalupi, « L’éducation de Stony Mayhall » de Daryl Gregory ou bien encore « Les résidents » de Maurice G. Dantec.

Traditionnel également, l’entretien avec un libraire, ici Charles Trécourt de la librairie Trollune à Lyon. Au rayon interview, nous avons également droit à Mathias Echenay pour les dix ans des éditions « La Volte ».

Bifrost 76En fin de numéro, le bon Professeur Lehoucq, accompagné pour l’occasion de Frédéric Landragin, s’intéresse à la possibilité du dialogue homme-machine. L’occasion de voir que c’est une chose bien plus compliquée qu’on ne le pense, et que le dialogue naturel n’est pas pour demain… Il est sympa le Professseur Lehoucq, mais il a quand même la fâcheuse tendance à doucher nos rêves les plus fous, non ?^^

Au rayon des nouvelles présentes au sommaire de ce numéro 76, la première, « Le récit du changelin » de Michael Swanwick, nous raconte sur un ton mélancolique et nostalgique (l’atmosphère du récit est son gros point fort) le récit d’un jeune garçon qui a quitté son village pour suivre les mystérieux elfes qui le traversaient avant de quitter définitivement le pays, vers l’ouest. Un départ lourd de conséquences, car quitter ses racines ne se fait pas aussi simplement. Un récit sur le regret donc, joliment écrit, avec ce qu’il faut de magie pour entretenir une belle atmosphère de fantasy. Un joli hommage à Tolkien.

Xavier Mauméjean nous offre quant à lui une courte nouvelle, difficilement classable, sur des éléments étrangement communs entre Freud et Tolkien, à quelques années d’écart. Fascinant, érudit, je ne sais tout de même pas dire ce qu’il restera de cette nouvelle dans quelques jours/semaines…

Et enfin, Thomas Day nous donne du Thomas Day ! La plus longue nouvelle de ce numéro nous propose un récit de fantasy âpre, rugueuse. Pas de combats, de batailles rangées et autre facilités fantasyesques, mais un atmosphère sombre, lourde, et des personnages intéressants qui sentent le stupre et la sueur. J’avoue que certains passages un peu trash ne me paraissent pas forcément nécessaires, mais au-delà de ce seul récit, j’avoue être réellement attiré par cet univers que l’auteur semble avoir développé à travers d’autres récits que j’espère voir publiés bientôt.

Et enfin, le gros dossier de ce numéro consacré au célèbre philologue d’Oxford. On commence avec un article biographique écrit par Isabelle Pantin, forcément succinct en si peu de pages mais clair, avant que Jean-Philippe Jaworski ne s’attarde en profondeur sur « Le seigneur des anneaux ». Un article très pointu (mais pouvait-il en être autrement avec Jaworski ?) sur les raisons du succès de l’oeuvre. Passionnant. Francis Valery s’intéresse quant à lui à l’histoire éditoriale du roman en France, avant que l’article suivant (par Damien Bador) ne se penche sur l’un des éléments les plus remarquables de l’oeuvre de Tolkien : les langues. Là aussi un article intéressant mais qui demande il me semble une certaine connaissance de l’oeuvre pour l’apprécier pleinement. Enfin, Bertrand Bonnet nous guide dans la série de livres qui s’adressent avant tout aux exégètes de l’oeuvre de Tolkien, « La formation de la Terre du Milieu ». Intéressant mais ces livres ne s’adressent pas à moi. Et pour clore ce vaste dossier, un épais guide de lecture qui me conforte dans l’idée d’acheter un jour la biographie de Tolkien, écrite par Humphrey Carpenter ainsi que les « Lettres », sélectionnées par le même Carpenter.

Alors bien sûr, s’agissant de J.R.R. Tolkien, on peut se demander à qui s’adresse ce dossier. Avec un nombre impressionnant de livres analysant l’auteur et son oeuvre à leur disposition, les spécialistes ne trouveront sans doute pas ici de grandes révélations (encore que l’article de Jaworski mérite vraiment le coup d’œil). Quant aux simples amateurs, ce numéro leur permettra de se pencher d’un peu plus près sur ce monstre de la fantasy, avant éventuellement d’aller plus loin avec les nombreux ouvrages présentés ici. C’est sans doute ce qu’il pouvait faire de mieux avec moins de soixante pages à sa disposition.

 

  
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