Interstellar, de Christopher Nolan

Posted on 8 novembre 2014

** Article garanti sans spoilers ! **

Christopher Nolan a atteint un statut tel que chacun de ses films est maintenant attendu comme un nouveau jalon dans l’histoire du cinéma. J’exagère à peine. Mais j’avoue être client du réalisateur, et sans forcément attendre ses réalisations comme des Graals successifs, je ne peux m’empêcher de m’y intéresser de près. Et quand le réalisateur s’attaque à de la SF type « space-opera », forcément, j’ai le palpitant qui accélère !

 

Interstellar 6

 

Le pitch de « Interstellar » est simple, voire même assez classique : la Terre se meurt, les cultures dépérissent les unes après les autres, le blé a été ravagé, seul le maïs semble encore pouvoir pousser correctement. Des tempêtes de poussière toujours plus nombreuses signent l’agonie de la planète, et avec elle l’agonie de l’espèce humaine qui a bien du mal à remplir son assiette. L’avenir est donc pour le moins morose. Joseph Cooper, ancien pilote de la Nasa reconverti en cultivateur, garde la nostalgie d’une humanité conquérante. Et lorsque qu’il tombe par hasard sur un projet secret de l’agence spatiale américaine, il va être forcé de faire un choix déchirant : rester auprès de ses enfants sur un monde qui ne sera bientôt plus, ou prendre part à une entreprise folle qui pourrait décider du sort de l’humanité entière, en partant vers une galaxie éloignée grâce au passage à travers un trou de ver

 

Interstellar 3

 

Je ne vous cache pas que cette chronique est assez délicate à écrire, pour la simple raison que je ne veux pas trop en dire sur ce film qui mérite vraiment d’être découvert aussi « vierge » que possible (d’où les images présentées ici restant assez « génériques »), alors que justement la substantifique moelle du film réside dans les concepts dont je ne veux pas trop parler. Pas simple… Commençons donc par les généralités. « Interstellar » est un pur film de science-fiction. De la science-fiction comme on n’en fait plus depuis longtemps : oubliez les grosses bastons, les super-héros, les robots géants, les aliens très très méchants. Le film tient sur une base scientifique solide (le physicien Kip Thorne a activement participé à la réalisation du long métrage), et dans le genre « films sérieux », en appelle à quelques-uns de ses plus glorieux prédécesseurs, « Contact » et « 2001, l’odyssée de l’espace » en tête. Premier défaut qui découle de ce sérieux scientifique : le film ne sait pas s’y tenir tout du long. C’est bien beau de vouloir représenter un trou noir le plus fidèlement possible (encore qu’il semblerait qu’on puisse trouver à y redire), mais quand on laisse de côté les forces de gravitation pour permettre à un vaisseau d’y pénétrer, on ne plus prétendre à un sans faute scientifique… Soit, il faut faire avancer le scénario alors passons. Car malgré cet écueil, il faut bien avouer que le film sait faire naître ce fameux « sense of wonder » cher aux amateurs de SF dont je fais partie. Et au vu du résultat, on pourrait sans peine croire qu’Arthur C. Clarke en personne, si tant est qu’il soit encore parmi nous, est à l’origine du scénario. C’est dire qu’un amateur de SF en prend plein les mirettes.

 

Interstellar 5

 

Puisqu’il faut bien citer les autres défauts, je me dois de regretter que les personnages n’aient pas été un peu plus travaillés. Il y a un certain manque de profondeur à ce niveau, puisque ceux-ci ne font essentiellement que rester « fonctionnels » pour faire avancer le scénario. Alors bien sûr, ils ont leurs failles, leurs défauts (rien que du très classique là-dedans), mais rien de transcendant, d’où une certaine froideur générale. Heureusement, pour le personnage principal, Joseph Cooper, Nolan a fait appel à un monstre : Matthew McConaughey. Cet acteur, longtemps cantonné aux rôles de beau gosse, explose depuis quelques années dans des rôles variés qui lui permettent de montrer tout son talent (« Mud », « Dallas Buyers Club », « True Detective »…). Ce n’est pas « Interstellar » qui lui demandera le plus de travail d’acteur, mais il faut constater qu’il dévore littéralement l’écran, éclipsant tous les autres au passage. McConaughey est beau, a une vraie gueule, et est bigrement charismatique. Il le démontre en magnifiant certaines scènes qui pourraient passer pour anodines, tout en étant parfaitement juste dans les scènes d’émotion.

 

Interstellar 4

 

Autre défaut assez gênant : la longueur du film, 2h50. je ne suis pas sûr que cela se justifie totalement. L’intro avant le départ dans l’espace est longue (nécessaire aussi puisqu’elle permet à Nolan de placer des pions importants mais tout de même), à tel point que certains passages auraient peut-être mérité quelques coups de cisailles, surtout s’il s’agit de s’intéresser à des personnages qui sont littéralement jetés à la poubelle en fin de long métrage… De même, une fois l’intrigue réellement lancée, certaines longueurs persistent. Disons pour faire passer la pilule qu’on en a pour notre argent. Dommage également que le film soit si américano-centré : les astronautes sont tous américains, le projet de voyage semble être du seul fait de la Nasa.

 

Interstellar 2

 

Mais alors, « Interstellar », c’est bien ou pas ? Je dirais que tout dépend du public. Soyons clair, pour les fans de SF, c’est tout simplement un passage obligé. Franchement, un film dans lequel on parle sans détour de trous noirs, de forces et de lentilles gravitationnelles, d’effets de marée, de distortions temporelles, et autres joyeusetés liées à la relativité, ça fait vibrer mon petit coeur d’astrophysicien en herbe ! Pour le grand public, c’est plus discutable, entre une intrigue résolument SF, avec certaines théories scientifiques qui, bien qu’expliquées rapidement, peuvent dérouter les néophytes, il y a de quoi être perdu. Mais il faut tout de même compter sur un vrai souffle qui parcourt le film, la belle maîtrise de Nolan à la caméra (qui certes a tendance à recycler ses méthodes : intrigues parallèles, récit éclaté, etc…), entre trouvailles que je ne dévoilerai pas ici et hommages appuyés à ses ancêtres (« 2001, l’odyssée de l’espace » en tête avec ces passages planants dans l’espace sur une musique douce, l’occasion de souligner la partition de l’increvable Hans Zimmer qui fait du Hans Zimmer efficace mais qui sait aussi faire preuve de sensibilité), une vraie identité visuelle (le robot TARS, le vaisseau Endurance) qui va au-delà des effets spéciaux au demeurant très réussis et des thèmes universels.

 

Interstellar 7

 

« Interstellar » est donc une vraie et grande aventure spatiale comme on n’en avait pas vu depuis longtemps, ambitieuse dans sa réalisation comme dans ses concepts ou ses messages véhiculés (« Gravity », aussi cher soit-il à mon coeur, ne peut prétendre à la même ambition), un voyage dans l’espace qui fait rêver, tout simplement. Comme j’aimerais que cette SF revienne sur le devant de l’écran, elle qui s’est faite éclipsée par trop de SF spatiale bas de gamme… Alors non « Interstellar » n’est pas un chef d’oeuvre, oui le film à ses défauts, oui il ne réussit pas tout ce qu’il tente, mais pour les efforts qu’il déploie, les défauts méritent bien d’être éclipsés. J’ai vu (je ne sais plus où) que le film avait été qualifié de « blockbuster d’auteur ». Je ne saurais mieux dire, car c’est clairement ce qu’il est, profond et divertissant à la fois, avec le risque de ne plaire ni à ceux qui attendent un blockbuster de plus, ni à ceux qui recherchent un vrai film d’auteur… Un risque de plus que Nolan a pris le parti de courir, et je suis prêt à courir avec lui.

 

Interstellar 1

 

Interstellar affiche

 

Chronique écrite dans le cadre du challenge « RVLF » de Lune, parce que bon, tout est relatif mais quand même… 😉

ChallengeRVLF-Retourverslefutur

 

 

  
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