Zapping cinéma et séries TV, épisode 16

Posted on 16 mars 2015
Après un épisode 15 entièrement consacré aux séries TV, il n’était que justice de revenir au cinéma. Et les salles obscures nous offrent justement de belles choses en ce moment. Entre batteur de jazz, acteur sur le retour, et tireur d’élite dans l’armée américaine, petit tour d’horizon.

 

Whiplash - afficheWhiplash, de Damien Chazelle

« Whiplash » ou l’histoire d’un jeune batteur de jazz qui voulait devenir le meilleur. Il intègre une prestigieuse école, et se retrouve confronté à un professeur pour le moins tyrannique. Commençons par l’aspect le plus gênant : l’histoire du film n’amène guère de surprise. Non pas qu’on sente venir les choses, mais l’intrigue reste assez classique. Là où ça s’améliore vraiment, c’est du côté de l’interprétation, avec un Miles Teller en batteur plus vrai que nature (et il a vraiment bossé le côté musicien, lui qui fut batteur de rock a dû tout réapprendre pour devenir batteur de jazz) dans le rôle du jeune et ambitieux (et ses compétences sont à la hauteur de ses ambitions) Andrew Neyman et surtout un incroyable J.K. Simmons qui n’aura pas volé son Oscar 2015 du meilleur second rôle en incarnant Terence Fletcher, ce professeur persuadé que ses méthodes tyranniques et humiliantes aident à tirer le meilleur de ses élèves.

Si on aime la musique (sans forcément connaître le jazz, cette musique exigeante que j’aimerais vraiment apprivoiser mais pour laquelle je ne sais pas vraiment par où commencer…), le film regorge de fulgurances musicales enlevées et jouissives. Un pur plaisir pour les oreilles ! La mise en scène est à la hauteur, et la photographie particulièrement soignée magnifie les musiciens et leurs instruments (les cuivres sont à l’honneur !).

« Whiplash », grâce à son rythme enlevé, se regarde sans que le spectateur voit le temps passer, emporté par le swing de la musique qu’il incarne. Un film qui n’est pas sans défaut, mais que j’ai regardé avec un énorme plaisir, du genre de ceux que je sais ne pas être des chefs d’oeuvre mais qui occupent une place tout particulière dans mon coeur. Une vraie réussite.

 

Birdman - afficheBirdman, de Alejandro G. Iñárritu

Au delà du nom du réalisateur qui est de ceux qui sont les plus difficiles à écrire avec un clavier (merci le copier-coller !^^), « Birdman » est un film complexe. Complexe mais passionnant. « Birdman », à travers la trajectoire d’une ancienne star du cinéma qui a incarné un super-héros dans une trilogie une vingtaine d’années auparavant (faisant évidemment écho à la carrière de Michael Keaton, magistral dans ce film, et qui fut Batman dans deux longs métrages de Tim Burton en 1989 et 1992), aborde de multiples thèmes, de la soi-disant plus grande valeur culturelle du théâtre sur le cinéma, au rôle des critiques dans la vie d’une pièce de théâtre, eux qui sont à même de détruire des carrières avec de petites phrases toutes faites, en passant par l’égo de certains acteurs, la schizophrénie de certains autres, hantés par d’anciens rôles desquels ils ne peuvent plus se détacher, la différence entre « vrai » acteur et célébrité, ce qui fait une carrière avec les moyens d’aujourd’hui (réseaux sociaux…), etc… Une richesse thématique parfois un peu trop appuyée, mais bel et bien présente, et illustrée de belle manière (de la voie off très forte et grave du personnage de Birdman qui hante l’acteur Riggan Thomson, incarné à la perfection par un Michael Keaton qui signe là un retour au sommet, jusqu’à certains super-pouvoirs qu’il croit détenir, le voile entre réalité et illusion semblant régulièrement se fissurer, etc…).

Difficile de ne pas parler de la mise en scène, impressionnante et transformant le film en un long plan séquence sans coupure ou presque. On suit tous ces personnages dans les méandres d’un théâtre de Broadway, la caméra virevolte pour passer de l’un à l’autre, apportant une vraie fluidité à ce qui pourrait ressembler à du temps réel (ce qui n’est pas le cas, grâce à quelques artifices très réussis). La bande originale porte bien son nom puisqu’elle est essentiellement constituée de morceaux de batterie signées Antonio Sanchez, batteur de jazz (décidément !), représentant l’état d’esprit de Riggan. Du côté des acteurs, c’est un sans faute également avec un grand Michael Keaton, je l’ai déjà dit, mais également les très belles prestations de Edward Norton qui bouffe l’écran quand il apparaît, ainsi que Zach Galifianakis qui sort enfin de ses rôles comiques et prouve qu’il a bien d’autres choses à offrir, ou Emma Stone en ex-junkie, bien loin de la gentille Gwen Stacy de « Spider-Man ».

Faisant parfois penser au « Black Swan » de Darren Aronofsky dans ses thématiques (certains allant même, de façon un peu provocante, dire que « Birdman » est un « Black Swan » pour les garçons), « Birdman » est un film étonnant, virtuose par certains côtés, obscur et lourdaud sur d’autres, mais qui ne laisse pas indifférent. Un film riche en tout cas, et un très bon moment pour moi.

 

American sniper - afficheAmerican sniper, de Clint Eastwood

Le voilà donc ce film qui a tant fait polémique ! Certains y voient en effet une apologie de la guerre, de l’interventionisme américain en Irak. Avec Clint Eastwood aux commandes, réalisateur ouvertement républicain et un brin réactionnaire sur les bords, on pouvait avoir peur de ce genre de discours. Et ce n’est pas le début du film qui contredira cette assertion : un chant de prière, « Allah akbar », puis le bruit de chenilles et l’image d’un char roulant dans des rues dévastées… Premières cibles de Chris Kyle, le fameux sniper, puis flashback sur son histoire personnelle avant son engagement. On a alors droit au jeune texan cowboy un peu benêt (et un Bradley Cooper à côté de ses pompes), éduqué par un père qui prône la loi du talion, puis la Bible, puis… N’en jetez plus, la coupe est pleine !

Mais le film opte pour un revirement, petit à petit. En s’intéressant de près à Chris Kyle (par l’intermédiaire d’un Bradley Cooper retrouvé après ce début de film laborieux), ce soldat qui pousse le patriotisme jusqu’à mettre sa famille en danger. Le film ne s’attarde pas sur la facette politique du conflit. Il suit les hommes du terrain à la semelle, sans éluder le côté traumatisant de la guerre, côté civil (les terroristes ne font pas de distinction entre civils et militaires) comme militaire (syndrôme post-traumatique notamment, duquel Chris Kyle ne s’exonérera pas).

Le film mériterait sans aucun doute plus de quelques lignes pour être analyser, il y a beaucoup à en dire, et Clint Eastwood, en réalisateur rusé comme il est, ne se prive pas de brouiller les lignes en proposant ce film volontairement ambigu et récupéré par tous les bords. A chacun de se faire son idée, mais avant de crier au loup, il faut sans doute avoir vu ce long-métrage pour lequel, au-delà du propos qui peut être discuté, on ne peut pas nier l’efficacité de la mise en scène, nerveuse comme rarement. Venant d’un réalisateur de 85 ans, ça force le respect.

 

  
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