Le monde de la fin, de Ofir Touché Gafla

Posted on 23 mars 2015
Je ne vais pas cacher que la simple lecture de la quatrième de couverture de ce roman m’avait déjà à demi conquis. C’était la promesse d’un univers original, et d’une histoire hors du commun. reste à savoir si le contenu du livre est à la hauteur de son pitch.

 

Quatrième de couverture :

Ben Mendelssohn gagne sa vie en imaginant des fins pour les auteurs en mal d’inspiration. C’est donc en connaisseur qu’il apprécie d’ordinaire les ultimes rebondissements et les finales inattendus. Mais, déformation professionnelle ou irréparable chagrin, il ne se résigne pas au décès absurde et prématuré de Marianne, sa femme. Persuadé qu’un autre dénouement est possible, il est prêt à tout pour la retrouver, même si cela signifie rejoindre l’au-delà. Une balle dans la tête plus tard, Ben se retrouve dans l’autre monde, où il découvre des villes étranges dans lesquelles les défunts de tous les temps vivent une seconde existence, et des forêts peuplées d’arbres de vie gardés par des hommes qui n’ont jamais vécu sur Terre. Mais aucune trace de Marianne. Il engage alors un détective privé, sans savoir que sa quête aura d’irréversibles conséquences dans le monde des vivants.

Tout à la fois roman de fantasy, polar métaphysique et fascinant mélodrame, « Le Monde de la fin » réinvente avec facétie et profondeur le grand épilogue de nos vies. Publié en 2005 en Israël, où il est rapidement devenu culte, l’ouvrage a remporté le prix Geffen dans la catégorie du meilleur roman fantasy/science-fiction en 2005 et le prix Kugel de littérature hébraïque en 2006.

 

La vie après la mort

Le monde de la fin - GaflaAutant le dire tout de suite : ce roman est surprenant ! Surprenant car Ofir Touché Gafla et son imagination débordante inventent un monde riche et plein de surprises : l’Autre Monde, celui de la vie après la mort, celui dans lequel atterrit Ben Mendelssohn, épiloguiste de son état (chargé de conclure les récits de toutes sortes si l’auteur peine à écrire une fin satisfaisante), après son suicide pour tenter de retrouver sa femme morte quelques mois plus tôt, un décès qu’il ne peut supporter. Problème : à son arrivée dans l’Autre Monde, pas de trace de Marianne. Il se décide donc à engager un détective pour retrouver sa bien-aimée.

L’Autre Monde est un lieu très particulier : les maladies ou handicaps n’existent plus, les résidents se comprennent tous sans problèmes linguistiques, avec cette nouvelle vie infinie il est désormais possible de rendre visite à qui l’on veut quelle que soit sa date de décès, il est possible de revivre sa vie d’avant en temps réel grâce aux « vie-déos », les enfants morts-nés qui n’ont donc pas eu la chance de vivre dans le monde réel sont ceux qui régissent cet Autre Monde, notamment en cultivant les arbres de vie, incarnations physiques de nos arbres généalogiques, etc… C’est foisonnant d’inventivité, et encore je ne fais qu’effleurer tout ce que l’auteur à inventé !

Mais le roman ne doit pas sa saveur à ce seul univers, puisqu’il bénéfice du savoir-faire de l’auteur qui a mûrement réfléchi son intrigue. Elle se déroule en effet sur plusieurs plans, alternant entre notre monde et l’Autre Monde, présentant de multiples personnages, tous humains et crédibles (ça va de deux amis fans de Salman Rushdie s’éprenant l’un de l’autre via internet, à l’infirmière se faisant un devoir de faire partir en douceur ses patients les plus désespérés, en passant par Mad Hop, cet enquêteur auquel fait appel Ben pour retrouver sa femme, ou bien encore l’oncle de Ben, bon vivant vaincu par le sida mais qui poursuit sa vie dissolue dans l’Autre Monde, j’en passe et des meilleurs…) et se croisant tous au fil du récit. Un récit clair et bien narré où rien n’est laissé au hasard, même le chapitre se déroulant du point de vue d’une photo (!!) ayant un sens.

Ofir Touché Gafla conte son histoire, qui aurait pu facilement sombrer dans le pathos, sur un ton finalement assez léger, parsemant le récit de pointes d’humour, mais n’hésitant pas non plus à offrir quelques scènes émouvantes. C’est un des points forts du roman, on passe parfois assez rapidement du rire aux larmes, et Gafla parvient à maintenir un joli équilibre, tant jongler entre ces sentiments opposés n’est pas toujours chose facile. Récit sur la vie, la mort bien sûr, mais aussi et surtout sur l’amour, « Le monde de la fin » est une belle surprise signée d’un auteur israélien inconnu jusqu’ici en France, et qui, en bon épiloguiste, à l’instar de son personnage principal, parvient à une belle conclusion, particulièrement touchante. Un roman rythmé et difficile à lâcher qu’il serait injuste de laisser de côté. « Le monde de la fin » pourrait d’ailleurs tout à fait constituer ce que les éditions Actes Sud ont sorti jusqu’ici de plus convaincant dans leur collection dédiée à l’imaginaire, « Exofictions ».

Original, décalé et inventif, un ouvrage tout à fait recommandé et recommandable.

 

Lire aussi les avis de Philémont, Lune, Acr0Emilie, Anudar, Lelf.

 

 

  
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