Saga de Gíslí Súrsson

Posted on 13 avril 2015
Deuxième incursion dans les sagas islandaises après « Saga d’Eiríkr le Rouge/Saga des Groenlandais ». Plus longue que cette dernière, et un seul récit, voyons si l’intérêt perdure avec cette « Saga de Gísli Súrsson ».

 

Quatrième de couverture :

Gísli est un Viking hors du commun ; habité de généreux idéaux, fils respectueux, frère fidèle et mari aimant, il se trouve bien malgré lui dans une situation compliquée. Victime d’un destin impitoyable, il doit choisir entre venger son frère ou perdre son honneur.

Vengeance, jalousie, trahison, tous ces ingrédients sont rassemblés pour nous offrir une histoire de vaillance, d’amour et de mort dans le monde rude des fiers guerriers vikings.

 

Une tragédie grecque nordique

La saga de Gisli SurssonJe ne vais pas revenir ici sur ce qu’est une saga islandaise, j’ai déjà fait un petit laïus sur le sujet dans l’article consacré à « La saga d’Eiríkr le Rouge ». « La saga de Gísli Súrsson », bien que tout à fait semblable sur la forme (une saga reste une saga : style sans lyrisme aucun, très concis, très factuel, où la litote règne en maître, pas d’ébauche psychologique des personnages qui se définissent par leurs actions, débauche de détails généalogiques, etc…), est en revanche bien différente sur le fond. Ici, nul récits de voyages dans un lointain pays inconnu, il est simplement question d’un homme qui semble lancé dans un enchaînement d’événements tragiques que rien ne semble pouvoir arrêter.

Gísli Súrsson a pourtant tout pour être heureux : une bonne situation, une famille aimante. Mais une phrase malencontreuse prononcée par une femme, et c’est un engrenage qui se met en route, implacable. Le thème du destin est un thème qui revient régulièrement dans les sagas, il est ici au centre du récit, Gísli connaissant le sien à travers des visions prophétiques, et tentant de faire ce que lui dicte son honneur avant l’issue funeste. Dès lors, crimes, trahisons et autres coups fourrés ne manqueront pas de se dresser sur sa route. Je ne sais pas s’il faut voir dans ce récit quelques références à d’illustres tragédies grecques, pourtant le ton est là.

Mais cette saga ne manque pas non plus d’humour à travers un personnage qui rate tout ce qu’il fait. Des passages qui, tous laconiques qu’ils sont (et c’est peut-être ce qui leur donne un peu plus de poids), parviennent encore à faire sourire, quelques siècles après leur écriture, un joli tour de force… Le récit éclaire aussi sur de nombreuses coutumes de l’époque : mariage, enterrement, honneur, justice, divorce (oui les femmes avait tout à fait le droit de divorcer et de récupérer leur dot), etc…

Malgré la sécheresse du style, c’est un récit plein de bravoure, d’amour et de vengeance que nous offre cette saga, peut-être moins connue que celle d’Eiríkr le Rouge, mais sans aucun doute beaucoup plus humaine avec ce Gísli Súrsson tiraillé entre son destin et son sens de l’honneur, ses liens familiaux et ses liens tissés dans le sang d’une cérémonie riche de sens.

Encore un bonne pioche donc, toujours à moindre frais puisque publié dans la collection « Folio 2€ », et sans aucun doute la porte d’entrée idéale vers les sagas islandaises, plus encore que « La saga d’Eiríkr le Rouge » puisque tellement plus humaine. Seul bémol, mais c’est pour chipoter : puisque les notes de bas de page sont très nombreuses (110 notes, toujours intéressantes et éclairantes et signées Régis Boyer, qui fait autorité dans le domaine en France, pour un récit d’à peine 110 pages), il est bien dommage de les avoir reléguées en fin de volume. J’aime quand les notes de bas de page sont en bas de page (c’est le cas dans « La saga d’Eiríkr le Rouge »). Un détail donc. Pour le reste, si le genre vous attire, et si vous savez dans quoi vous mettez les pieds (notamment par rapport au style d’écriture, les sagas étant des textes médiévaux), vous pouvez foncer.

Eyjolfr vient alors de terminer de compter l’argent, et Audr dit : «  En aucune façon, l’argent n’est ni moins abondant ni moins bon que ce que tu m’en as dit. Et tu admettras que j’aie le droit d’en faire ce que bon me semble. » Eyjolfr accueille ses paroles avec satisfaction, et la prie en effet d’en faire ce qu’elle veut. Audr prend donc l’argent et le verse dans une grande bourse, puis elle se lève et jette la bourse avec l’argent dedans sur le nez d’Eyjolfr, si bien que le sang en jaillit, et elle dit : « Reçois donc cela pour ta crédulité, et tout le mal avec. Il n’y avait aucun espoir que je te livre mon mari, à toi, mauvais homme. Reçois cela, et reçois avec honte et couardise à la fois. Tant que tu vivras, misérable, tu te rappelleras qu’une femme t’a châtié. Et tu n’obtiendras pas davantage ce que tu voulais. »

 

  
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