Nous entrerons dans la lumière, de Michèle Astrud

Posted on 4 janvier 2016
Du post-apo presque « blanc » (entendez par là qu’il lorgne plus qu’ouvertement sur la littérature générale), ça se tente, histoire de confirmer que la science-fiction utilise le futur pour parler de l’humain au sens large. Plongée dans une France en souffrance, à une époque malheureusement peut-être pas si lointaine…

 

Quatrième de couverture :

« Je suis le guetteur de la nuit, le gardien des hautes cimes. Je surveille l’arrivée du désert, l’avancée des tempêtes… »
Dans un monde détruit, chacun lutte férocement pour sa survie. Chaque jour, Antoine se bat contre l’oubli, en photographiant son environnement en train de disparaître. Seul, il n’a plus que Chloé, sa fille traumatisée, qui réside dans une institution. Sonia, son amour de jeunesse devenu documentariste, réapparaît alors, pour terminer le film qu’ils avaient jadis commencé. Antoine décide de partir sur la route avec Chloé, dans l’espoir de sauvegarder l’œuvre de Sonia, et de les sauver eux-mêmes.

Roman initiatique, réflexion sur la mémoire et la filiation, Nous entrerons dans la lumière emporte ses lecteurs dans une atmosphère des derniers jours où l’obscurité gagne, dans une errance où l’oubli croît. Ensemble, Chloé et Antoine parviendront-ils à retrouver la lumière ?

 

Où le post-apo fait tapisserie

Nous entrerons dans la lumière - Astrud - couvertureMais une tapisserie, c’est joli (enfin pas toujours mais passons…), et ici, même si on ne peut pas dire qu’un monde en déliquescence soit joli à voir, ça apporte une plus-value au récit, lui qui se trouve essentiellement axé sur les personnages. En bref, le post-apo c’est pour le contexte, mais le roman ne s’y intéresse pas plus que cela. D’ailleurs on n’est pas dans un post-apo post-nucléaire ou un truc désatreux et résolument « futuriste » de ce genre, mais plutôt dans un monde qui ressemble au nôtre, un monde en train de changer sans que l’on en sache trop les raisons (je soupçonne un basculement climatique et les mouvements chaotiques et migratoires qui vont avec, mais c’est une interprétation qui en vaut une autre).

Le récit suit les traces d’Antoine, un ancien professeur qui ne parvient pas à quitter sa région pour différentes raisons affectives, la moindre d’entre n’étant pas le fait que sa fille, Chloé, soit internée dans un institut spécialisée après un traumatisme que je le laisse le lecteur découvrir par lui-même. Deux éléments remettre en question ce statu-quoi qui dure depuis quelques années pour Antoine (alors que sa femme est parti dans un autre pays pour subvenir au besoin de la famille, un moyen peut-être détourné pour ne pas avoir à supporter le poids de cette fille devenue « encombrante ») : l’institut qui abrite Chloé va fermer, et Sonia, un amour de jeunesse d’Antoine et cinéaste avec plus ou moins de succès, le recontacte car elle souhaite terminer un film laissé à l’abandon depuis de nombreuses années. C’est le point de départ de ce qui va se transformer en road-movie, avec à la clé l’approfondissement (ou plutôt est-ce la vrai début ?) de la relation père-fille entre Antoine et Chloé.

J’ai eu un peu de mal à entrer dans l’histoire, du mal à situer le contexte (il ne faut pas chercher à trop en savoir en fait, mais je voulais des réponses et cela m’a un peu bloqué), du mal avec le style (beaucoup de phrases courtes, de descriptions de petites saynètes comme des flashes sur la vie de tous les jours dans ce monde en train de sombrer, peignant le décor par petites touches mais sans trop savoir où tout cela allait me mener), d’autant plus que même si le livre est court (300 pages avec une typographie assez aérée) il faut passer le premier tiers avant que tout cela ne décolle vraiment (même si tout ce qui précède est nécessaire à la caractérisation et à l’histoire passée des personnages, mais ce n’est pas toujours passionnant…).

Mais un fois sur la route, quand l’auteur se sert vraiment de son décor pour s’attaquer à l’étude de ses personnages dans un monde qu’ils ne comprennent plus vraiment, j’ai raccroché les wagons. Oui il y a quelque chose de touchant entre le père et sa fille aux réactions parfois étranges, imprévisibles. On sent un vrai amour paternel, quand bien même certaines réactions du père peuvent paraître surprenantes, ou en tout cas en décalage avec l’histoire dramatique de sa fille.

Soyez prévenus : ceci n’est pas un roman d’aventures, n’attendez pas ici de vivre un grand huit fait d’action et de retournements de situation, mais c’est un roman certes pas sans défaut mais finalement assez fin sur la relation délicate entre deux êtres liés mais que leur histoire personnelle menace parfois d’éloigner. Avec ce roman au titre par ailleurs fort évocateur, Michèle Astrud offre un joli moment. Et n’est-ce pas ce qu’on est en droit d’attendre quand on ouvre un livre ?

 

Lire aussi l’avis de Val, Cornwall, Mariejuliet.

Chronique rédigée dans le cadre des challenges « Dystopie » de Val et « Francofou 3 » de Doris.

dystopie  Challenge-Francofou-300x300

 

  
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