Zapping cinéma et séries TV, épisode 26

Posted on 8 février 2016
« Black Mirror », rien que le nom doit faire frémir d’aise les amateurs de SF. Un petit côté geek aussi avec le biopic sur Steve Jobs, le tout entrecoupé d’une petite balade avec un groupe d’ados, voici le programme du jour.

 

Black mirror - afficheBlack Mirror, saison 1, 2 et Christmas Special, de Charlie Brooker

Waouh, quelle série ! J’en avais entendu parler depuis bien longtemps, et son arrivée sur Netflix fut l’élément déclencheur pour m’y mettre enfin. « Black Mirror » est une série anglaise composée, pour le moment de deux saisons de trois épisodes, et d’un épisode spécial sorti à Noël 2014. C’est donc court et facile à regarder. Chaque épisode est indépendant, les personnages et les histoires n’ont rien à voir, on est sur le format de l’anthologie.

Mais de quoi ça cause ? Mais de SF bien sûr ! Et de la bonne en plus ! Série d’anticipation, remettant en question l’avancée des technologies (pas si éloignées que ça d’ailleurs) et surtout l’utilisation que l’humanité en fait, chaque épisode est un bonheur de réflexions intelligentes.

Le Premier Ministre britannique est sommé d’avoir une relation sexuelle avec une truie sans quoi la Princesse sera exécutée. Il tente de faire taire l’affaire, mais les médias et les réseaux sociaux s’emparent de l’affaire. Ça c’est pour l’excellent premier épisode. Dans le deuxième, on se retrouve dans une société où les gens pédalent pour gagner de l’argent, ce qui peut leur permettre, une fois la somme requise de passer devant des millions de spectateurs et tenter de montrer leur talent dans un show TV aux règles implacables (on a donc ici du Cory Doctorow mélangé à une version future de « La France a un incroyable talent »). Le génial et terrifiant troisième épisode nous place à une époque où tout le monde ou presque a une puce implantée dans la tête permettant d’enregistrer tout ce que l’on voit et de rediffuser toutes les images de sa vie sur n’importe quel écran. Le personnage principal de cet épisode a des doutes sur la fidélité de sa femme.

Je n’en dis pas plus, mais chaque épisode est une merveille, souvent pleine de noirceur. L’humanité en prend pour son grade, tant elle parvient toujours à utiliser les avancées technologiques pour créer l’injustice, le mal, ou bien se mettre dans des situations désagréables, bien loin du but premier qu’elle aurait pu lui apporter. C’est sans doute ce que j’ai pu voir de plus réussi en SF « réflexive » ces dernières années, une série comme on en fait et on en voit trop rarement. Incontournable.

Netflix prépare une nouvelle saison pour cette année, espérons que la prise en main du réseau américain de VOD et la longueur prévue (douze épisodes) ne nuisent au propos de la série en le diluant un peu trop. J’ai hâte en tout cas.

 

Stand by me - afficheStand by me, de Rob Reiner

Un groupe de quatre jeunes adolescents apprennent que le corps d’un jeune homme heurté par un train se trouve dans la campagne environnante. Ils décident de le trouver, pour devenir célèbre. C’est bien sûr une manière comme une autre de s’évader de leur triste quotidien, l’un est un enfant battu, l’autre subi également les accès de rage de son père (son oreille a été brulée contre un poêle à bois), un autre est délaissé par ses parents depuis la mort de son frère, etc…

« Stand by me » est un film sur l’adolescence, le passage à l’âge adulte, porté par quatre jeunes acteurs qui sentent bon l’innocence et la spontanéité (ils depuis fait carrière : Will Wheaton dans la série « Star Trek : The Next Generation » ou « The Big Bang Theory », Jerry O’Connell dans, entre autres, la série « Sliders », River Phoenix n’aura malheureusement pas cette chance, la destructrice célébrité l’ayant emporté prématurément).

L’histoire (adaptée d’une nouvelle de Stephen King) prend son temps (histoire qui n’est qu’un prétexte d’ailleurs), et on suit les adolescents dans leur escapade (qui leur prend plusieurs jours) qui sera pour eux l’occasion de réfléchir sur eux-mêmes, leur avenir, leurs liens, etc… Tout cela manque cependant d’une peu de nervosité, l’ennui m’a pris à quelques reprises, c’est un peu dommage pour un film qui dure à peine 1h30… Bref, un film qui a eu son petit succès à sa sortie mais qui ne restera dans mes annales personnelles.

 

Steve Jobs - afficheSteve Jobs, de Danny Boyle

Je me méfie toujours un peu des biopics, même si parfois les surprises sont bonnes. Mais ici, avec un tel personnage, et un film réalisé par Danny Boyle avec Aaron Sorkin au scénario (scénariste de « The social network », c’est dire s’il connait un peu le sujet), je me suis laissé tenter.

La bonne surprise, c’est la construction du film qui prend le parti de ne pas aligner les morceaux marquants de la vie de Steve Jobs. Le film s’arrête plutôt longuement sur trois éléments clés, à chaque fois quelques minutes avant une de ces fameuses keynotes qui ont rendu célèbre le personnage et la firme à la pomme (ces séquences se terminent d’ailleurs au démarrage de ces keynotes). La première en 1984 juste avant le lancement du premier Macintosh, la deuxième en 1988 pour le lancement du NeXT après que Jobs se soit fait virer d’Apple, et la dernière en 1998 peu après son retour en grâce dans la société californienne et à la veille du lancement d’un de ses grands succès : le premier iMac.

Trois phases, trois époques. Trois morceaux de film qui se déroulent lors des dernières minutes avant le début des keynotes, moments d’intense stress, de remises en cause, de doutes, de confrontations parfois. Le film, tout le film, du début à la fin, repose entièrement sur les dialogues, ça va vite, très vite, parfois même trop vite. Mais l’effervescence de ces derniers préparatifs est très bien rendue, et la réalisation nerveuse de Danny Boyle soutient tout à fait le sujet du film.

Steve Jobs n’est pas mis ici sur un piédestal. Un brin mégalomaniaque, désobligeant, pour ne pas dire carrément infect, on a droit à ses problèmes relationnels familiaux (notamment avec sa fille Lisa, personnage récurrent et important tout au long du film) et professionnels. Confrontations avec ses ingénieurs (Andy Hertzfeld et Steve Wozniak en tête), ses dirigeants, actuels ou anciens (grosse présence de John Sculley, incarné par Jeff Daniels), volonté absolue de fermer les systèmes qu’il fait développer, Steve Jobs est montré ici comme un homme certainement difficile à vivre, mais aussi visionnaire (la conclusion du film le rappelle bien avec l’évocation de l’iPod). Il sent les choses, même si parfois son jusqu’au boutisme lui coûte cher (l’épisode du Macintosh conduisant à son éviction de Apple). Un personnage complexe donc, fort bien campé par un Michael Fassbender qui ne pousse pas le mimétisme au niveau de Ashton Kushter dans le précédent film dédié à Jobs, mais qui habite tout de même son personnage dans toute son ambiguïté. Kate Winslet (j’adore !) n’est pas en reste dans le rôle d’une des seules personnes capables de tenir tête à Jobs, Joanna Hoffman (elle a d’ailleurs remporté un Golden Globe pour ce rôle et est nommée aux Oscars).

Fourmillant de petits clins d’œil à ceux qui connaissent l’histoire d’Apple et de son créateur, comme le « vol » de la souris et de l’interface graphique à Xérox, le fait que Joanna Hoffman ait remporté des trophées en interne chez Apple pour être la seule à tenir tête à Jobs, mais ne s’attardant à aucun moment sur les détails techniques pouvant être rébarbatifs, le film offre un point de vue intéressant sur un homme complexe et qui, quoi qu’on en pense, a beaucoup pesé sur ce qu’est devenue l’informatique moderne. Une réussite.

 

  
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