Indian creek, de Pete Fromm

Posted on 13 juin 2016
Voilà l’un des avantages des blogs : faire des découvertes. Si JULIEN n’avait pas parlé de ce roman sur son blog, je serais à coup sûr passé à côté. C’eût été dommage de rater ce joli séjour solitaire dans l’Idaho.

 

Quatrième de couverture :

Le garde commença à parler de bois à brûler. Je hochais la tête sans arrêt, comme si j’avais abattu des forêts entières avant de le rencontrer.
— Il te faudra sans doute sept cordes de bois, m’expliqua-t-il. Fais attention à ça. Tu dois t’en constituer toute une réserve avant que la neige n’immobilise ton camion.
Je ne voulais pas poser cette question, mais comme cela semblait important, je me lançai :
— Heu… C’est quoi, une corde de bois ?

Ainsi débute le long hiver que Pete Fromm s’apprête à vivre seul au cœur des montagnes Rocheuses, et dont il nous livre ici un témoignage drôle et sincère, véritable hymne aux grands espaces sauvages.

Indian Creek est un captivant récit d’aventures et d’apprentissage, un Walden des temps modernes. Ce classique contemporain a établi Pete Fromm comme une des grandes voix de l’Ouest.

 

Lost in Idaho

Indian creek - Fromm - couverture« Indian creek » est un roman autobiographique qui relate les longs mois d’hiver que l’auteur a passé en solitaire dans les Montagnes Rocheuses pour surveiller des oeufs de saumon. Un job qu’il a pris un peu sur un coup de tête suite à un concours de circonstance. Passer l’hiver seul dans le fin fond de l’Idaho est déjà quelque chose d’un peu fou, mais le faire quand en plus on est un jeune étudiant insouciant qui n’a pas vraiment conscience de ce à quoi il va être confronté, c’est encore pire. Et pourtant, Pete Fromm va se découvrir lui-même.

Ce roman fait vraiment dans ce mouvement appelé le « nature-writing », c’est à dire une littérature centrée sur la nature, avec des considérations philosophiques sur la solitude, etc… Pourtant, n’allez pas vous imaginer de longues considérations un peu barbantes sur la beauté de la nature opposée à la vacuité des préoccupations humaines. Car ce roman ne manque d’humour (à l’image du passage cité en quatrième de couverture) ! C’est d’ailleurs une chose à laquelle je ne m’attendais pas vraiment, mais l’auteur n’hésite pas à rire de ses nombreux ratés durant ces mois de survie (chasse, pèche, conservation de la viande, quand on n’a pas d’expérience dans le domaine, on apprend à la dure, alors que cette période de l’année ne tolère pourtant guère les erreurs, par des températures souvent vers les -20°C), ces mois qui seront finalement un long apprentissage avant d’arriver à apprécier cette nature au départ sauvage et de s’y sentir chez lui. Bref, Pete Fromm nous gratifie d’une plume alerte, et c’est une bonne surprise.

Alors bien sûr, il ne manque pas non plus de nous offrir de jolies descriptions de paysages, mais dans les Montagnes Rocheuses enneigées, pouvait-il en être autrement ? Passage obligé certes, mais passage réussi car je me souviendrai longtemps des descriptions de ces montagnes sous la pleine lune ou durant une éclipse solaire. Et comme l’auteur, on atteint durant ces moments un état de sérénité absolue, on ressent sa solitude comme une barrière nous protégeant du monde un peu fous des hommes.

Sa solitude n’est pourtant pas totale, car Pete Fromm est régulièrement visité par des chasseurs ou des gardiens du parc, voire même des touristes de passage. Cette sensation de se faire « voler » son petit coin de nature est d’ailleurs particulièrement bien écrit pas l’auteur, et le retour à la vraie solitude devient ainsi un retour à la vie normale, la vie qu’il aime, lui qui ne savait pas où il mettait les pieds en arrivant. Mais il n’oublie pas pour autant d’où il vient et ses contacts épistolaires avec sa famille et ses amis sont de vrais moments de bonheur, l’occasion de découvrir qu’il suffit de peu de chose pour être heureux, et que le contact humain, même au travers d’un simple courrier, est d’un grand réconfort dans les moments difficiles (car il y en a forcément). On le voit, le romancier ne donne pas de leçon et n’érige pas la vie d’ermite en pleine nature en vérité absolue vers laquelle l’homme doit tendre. Un équilibre bienvenu.

Et puis vient la fin. Le retour à la vie « normale », pas forcément évident, mais surtout très touchant. « Indian creek » est donc une petite merveille, pleine de justesse, de moments de grâce, de finesse mais aussi d’humour et de légèreté. Un cocktail savoureux, qui fait penser au film « Into the wild » bien sûr (sans les aspects revendicatifs et dramatiques même si un passage lors de la visite de sa famille est un peu éprouvant), mais qui surtout donne l’envie (pour peu que l’on aime la nature) de s’isoler et de se ressourcer en se repliant sur des choses essentielles. Une odyssée personnelle moderne, simple et belle et qui laissera de profondes traces dans la vie de Pete Fromm. Merci pour la découverte Julien. 😉

 

Lire aussi les avis de Julien, Yan, Claudialucia, Coralie, Choco, Emmanuel Gedouin, Miscellanées.

 

  
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