Angle Mort #10

Posted on 5 octobre 2016
Comme je ne fais rien comme tout le monde, je vais à rebours et donc après (ou avant, c’est selon…) le NUMÉRO 11, voici venir le numéro 10 de la revue « ANGLE MORT », les deux numéros ayant été achetés en même temps. Cinq nouvelles au compteur, en plus d’un édito et d’un article.

 

angle-mort-10-couvertureCommençons avec un édito qui insiste sur les inévitables changements qui s’opèrent tout au long de la vie d’une revue. « Angle Mort » n’échappe pas à la règle et profite de ceux-ci pour modifier son accroche, passant de « éclats d’imaginaire » à « épreuves de réalité ». Passons également rapidement sur l’article qui conclue la revue, posant la question de savoir si la science-fiction doit continuer à se voir comme une littérature « à part », en dehors du circuit mainstream. Un débat intéressant, qui demanderait sans doute d’être un peu plus approfondi.

Le coeur de la revue maintenant : les nouvelles.

La première, signée Fanny Charasse, très dickienne, s’intéresse à la perception de la réalité du narrateur, nommé Phil (on voit la référence ! 😉 ). Un jour, il repère une tache sur un mur. Cette tache semble grandir de jour en jour, puis il commence à en voir un peu partout. Et il semble être le seul dans ce cas. L’interview de l’auteure qui suit le récit l’éclaire de manière intéressante avec ce concept de « contre-nuit », qui est de faire passer des choses présentes mais qu’on ne voit pas (par habitude ou parce qu’on ne s’y intéresse pas), c’est à dire en contre-jour, vers le fait de se rendre compte de leur existence et d’avoir l’impression qu’elles sont partout. Ceci dit, le texte garde la mystère sur l’état d’esprit du narrateur, à chacun de se faire son idée, j’aime assez, même si dans le fond il n’y a rien de réellement science-fictif dans ce récit.

La deuxième nouvelle, sans doute la meilleure de ce numéro, est l’oeuvre de Nina Allan. J’y ai retrouvé la Nina Allan que j’ai grandement apprécié dans son excellent recueil « Complications » (que je n’ai malheureusement pas chroniqué sur le blog, lu à une période où j’avais du mal à écrire des articles). Une écriture très humaine, très douce, et un texte qui s’intéresse de manière subtile tour à tour à la transformation de l’être humain en « autre chose » pour accomplir un but plus grand, les liens familiaux, la recherche du souvenir, les liens mère-fille, etc… Le tout en laissant les éléments science-fictifs (la conquête spatiale et la procédure Kushnev qui semble être une sorte de mise en stase) en retrait, sans que cela ne gène aucunement. Une très belle réussite. Là encore, l’interview de l’auteur approfondit le texte (on voit dans ce numéro plus que dans le numéro 11 le réel apport de l’achat de la revue, sans quoi les interviews restent inaccessibles).

Plus anecdotiques sont les textes de Stéphane Meyer (« Moi, la forêt ») et Christopher Priest (« Futouristic.co.uk »). Le premier débute sous forme d’un road trip avant de virer en quelque chose de plus étrange, naturaliste si on peut dire. La dernière phrase reste un monument ! 😉 La nouvelle de Priest, écrite pour être lue à la BBC (donc présentée ici sous forme écrite pour la première fois) reprend de manière amusante la thématique du voyage dans le temps. Un style un peu inhabituel pour l’auteur qui s’est visiblement amusé, et nous avec, c’est l’essentiel.

Enfin, pour clore ce numéro, Stéphane Beauverger (l’auteur de l’excellent « Le déchronologue ») s’attaque au récit d’horreur, louchant ouvertement sur Lovecraft (le mot « indicible », qui n’est certes pas l’apanage du maître de Providence, est ici utilisé sous forme de clin d’oeil). Une histoire qui prend place durant la Seconde Guerre Mondiale, alors que plusieurs généraux alliés ont été tués coup sur coup dans d’étranges circonstances. Le récit en lui-même n’a rien de follement original, mais la recette fonctionne et l’hommage à Lovecraft est plutôt réussi.

A nouveau un sympathique numéro donc, notamment grâce au texte de Nina Allan, et qui montre l’intérêt d’avoir accès aux interviews des auteurs, tous intéressants. je ne m’arrêterai donc pas là, d’autres anciens numéros suivront (et les prochains aussi bien sûr).

 

Lire aussi les avis de Lune, Marcelline.

  

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