Livre de sang, de Clive Barker

Cela faisait un moment que je souhaitais découvrir la prose de Clive Barker, notamment depuis que Bragelonne publie de belles rééditions. Mais par quoi commencer ? Après une longue discussion sur Facebook, j’ai finalement opté pour « Les livres de sang », des recueils de nouvelles (car quoi de mieux que des nouvelles pour découvrir un auteur ?) dont le premier tome en poche est sobrement intitulé « Livre de sang ». Voyons donc si ce premier contact avec l’écrivain américain s’est avéré à la hauteur…

 

Quatrième de couverture :

Simon McNeal, faux médium mais vrai escroc, prétend être en contact avec l’au-delà. Il se trouve justement que, depuis leurs ténèbres, les morts cherchent à raconter leurs histoires aux vivants ; ils vont faire du corps du jeune homme leur livre de sang, réceptacle de leurs expériences, leurs frustrations, leurs souffrances, leurs perversions. Soyez donc témoins des paroles des défunts : fuyez le métro de New York, théâtre de crimes atroces ; découvrez combien la hantise est difficile pour un démon malhabile ; prenez part à l’étrange et effrayant rituel auquel sacrifient tous les dix ans deux cités… Lisez le dit des morts, et craignez leur courroux !

 

De l’horreur, mais pas que…

Livre de sang - Barker - couvertureSix nouvelles sont au sommaire de ce recueil qui, plutôt que d’être le simple assemblage de textes plus ou moins liés par une thématique, se veut en fait être un vrai concept.

Ainsi, la nouvelle qui donne son titre au recueil, « Livre de sang » donc pour ceux qui ne suivent pas, établit ce fameux concept. Simon McNeal, un faux médium qui se moque des scientifiques mais aussi des morts, joue un jeu dangereux. A tel point qu’il pourrait bien y laisser la peau, ou plutôt en faire un parchemin sur lequel les morts raconteront leur histoire, ces histoires constituant les cinq nouvelles suivantes (et celles des autres recueils). Une entrée en matière surprenante, sans doute un peu trop longue pour ce qu’elle a à dire mais l’atmosphère est réussie.

La suivante, « Le train de l’abattoir », nous plonge en pleine horreur dans le métro new-yorkais. Un métro qui mène… bien plus loin que le terminus ! Horreur pure, gore, mais aussi une forte influence lovecraftienne font de ce récit mêlant deux point de vue opposés et une révélation finale surprenante faite de créatures ancestrales une vraie réussite du genre, si on arrive à supporter certaines descriptions très sanglantes !

« Jack et le cacophone » est radicalement différent. Un démon de seconde zone est missionné par les puissances infernales : tourmenter Jack Polo, importateur de cornichons de son état. Mais ce dernier semble totalement imperturbable, et le démon, ce fameux cacophone, risque bien d’y perdre son latin, malgré son imagination débordante ! Un récit surprenant car le ton change radicalement. Ici, l’horreur pure cède le pas à l’humour et le second degré. Et sur ce terrain un peu délicat sur lequel je n’attendais pas Clive Barker, force est de constater que l’auteur s’en sort remarquablement bien. Une vraie bonne surprise !

En revanche, je suis plus réservé sur la nouvelle « La truie ». L’horreur revient sur le devant de la scène, de manière moins frontale que dans « Le train de l’abattoir » mais plus psychologique, malsaine et glauque avec cet institut pour mineurs délinquants dans lequel de sombres secrets seront dévoilés. Un style et une ambiance que n’aurait sans doute pas reniés Stephen King. Sauf que j’avoue que cette accumulation de trucs un peu énormes (et un peu ridicules aussi quand on y pense) ne m’a pas emballé plus que ça. On sent pourtant que le potentiel est là, mais ça n’a pas fonctionné sur moi.

Mais Clive Barker a plus d’un tour dans son sac et son récit fantastico-horrifique « Les feux de la rampe » remonte largement le niveau. Théâtre et morts-vivants sont au programme. J’avoue que bien souvent les récits nous plongeant dans les coulisses d’un théâtre ont tendance à m’intéresser, et là avec cette histoire d’amour macabre un brin désaxée, j’ai vite été emballé. Un théâtre semble vivre ses dernières heures mais c’est sans compter sur quelques morts-vivants bien décidés à proposer du divertissement à leurs semblables. C’est macabre, c’est décalé, c’est amusant, et c’est réussi.

Enfin, le recueil se clôt avec « Dans les collines, les cités », texte qui a obtenu le British Fantasy Award en 1985. Pas vraiment d’horreur cette fois, mais du fantastique pur avec ces créatures géantes dont je ne peux dévoiler la constitution sans spoiler outre mesure. Une chose est sûre : ce récit fait naître de grandioses images dans l’esprit du lecteur. Marquant à nouveau, avec un petit quelque chose de mythologique qui m’a rappelé, dans un genre totalement différent, « Les pantins cosmiques » de Philip K. Dick.

Étonnant recueil donc, que j’attendais plus marqué par l’horreur pure mais qui finalement a le grand avantage d’offrir des plaisirs variés et montre que Clive Barker a plus d’une corde à son arc. De l’horreur donc, mais pas seulement, humour, fantastique, érotisme (voire un peu plus pour ce dernier thème) parsèment aussi le recueil. Une belle entrée en matière donc, sans doute à ne pas mettre entre toutes les mains tout de même (âmes sensibles s’abstenir), et je ne manquerai pas de continuer à explorer les univers de l’auteur qui semble avoir de bien belles choses à offrir, en nouvelles comme en romans.

 

Lire aussi les avis de Nebal, Chaperon Rouge, les pages qui tournent, Sophie Schweitzer.

 

  
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