Quelques nouvelles… (9) Focus Estelle Faye

Posted on 29 octobre 2018
Un article un peu particulier aujourd’hui, puisqu’il revient sur certaines de mes lectures, et ce pour une autrice en particulier, j’ai nommé Estelle Faye. Pour quoi donc, me direz-vous ? Tout simplement parce qu’à deux reprises dernièrement (« Hoorn » et « Les anges tièdes »), ses récits m’ont plus que convaincu. Et je me suis dit : « Estelle Faye, c’est bizarre, je suis sûr de l’avoir déjà lue mais l’index du blog n’en fait pas mention… ». Une petite recherche m’a amené à m’apercevoir que j’avais en effet lu trois de ses textes précédemment, sans en faire de mention particulière, à peine quelques mots. Après une relecture de ces trois nouvelles, il est temps d’y revenir un peu plus en détail.

 

« Gypsy nuke », de Estelle Faye

J’avais fait un article sur ce dix-huitième numéro de la revue « Fiction ». Mais pas un mot sur ce texte se déroulant en Ukraine, dans un futur indéterminé dans lequel des gitans sont les dernières personnes à entretenir les centrales nucléaires à bout de souffle. Irradiés, détruits, ils poursuivent pourtant leur travail. Parallèlement, une jeune et riche ukrainienne, génétiquement modifiée, est à la recherche de sensations fortes, elle qui ne peut les ressentir par elle-même à cause de (ou grâce à, dans ce monde dur et en fin de vie…) ses implants.

Un environnement pollué mais adouci par une neige cotonneuse, l’enthousiasme et l’innocence de la jeunesse (jolie trouvaille que cette référence aux comics et aux « Children of the atom »), une certaine poésie et beaucoup de sensibilité définissent ce texte à la fois noir et doux.

 

« La maison des vignes », de Estelle Faye

Cette fois, j’en ai dit quelques mots :  » « La Maison des Vignes » est d’une superbe justesse et d’une belle sensibilité, reprenant le mythe de Dionysos, sous un jour à la fois inquiétant et intrigant. ». Que rajouter ? L’histoire est simple : un jeune homme à qui on a demandé d’effectuer un travail documentaire sur l’histoire de la vigne dans les Causses semble changer de comportement au fil de ses recherches. Une amie s’en inquiète et va donc le voir dans sa petite maison de location, perdue au milieu des vignes.

On a là un récit assez classique se déroulant à notre époque en un lieu situé en plein coeur de la nature, dans lequel les forces ancestrales, païennes, n’ont pas perdu toute influence, voire restent bien présentes. Cachées mais toujours là, toujours puissantes. Et toujours armée de sa belle plume, Estelle Faye nous montre, par petites touches, que l’envers du décor reste terriblement attirant… Inquiétant et intrigant, oui.

 

« Et in Arcadia ego », de Estelle Faye

Avec cette nouvelle, publiée à l’origine dans le numéro 19 de la revue « Fiction », nous revoilà dans Arcadia, le jeu online dont Estelle Faye avait déjà parlé dans « Les anges tièdes ». Mais cette fois, on se situe durant la fameuse grande guerre qui a totalement transformé la société, tel que nous le raconte la narratrice des « Anges tièdes ». La forte attirance que peut exercer un univers online dans lequel tout est possible, de grands exploits comme de grandes découvertes, face à un monde réel totalement désenchanté et ravagé par la guerre n’a rien de très original. Mais encore une fois, le traitement d’Estelle Faye, qui sait particulièrement bien mettre en valeur l’enthousiasme (l’addiction ?) d’un joueur qui se retrouve dans un univers où tout reste à faire, est particulièrement brillant.

Il est intéressant de lire les deux nouvelles l’une après l’autre. Arcadia est encore un jeu dans « Et in Arcadia ego », c’est pourquoi il est attirant face à un monde en guerre. Il a perdu ces attraits dans « Les anges tièdes », s’est aseptisé, et c’est pourquoi, à nouveau et d’une manière totalement différente, il est tellement attirant pour des citoyens d’un monde en paix mais effrayés par l’éventualité d’une nouvelle guerre. Un joli contrepoint pour deux excellents récits.

 

Alors bon, je l’ai déjà dit hein, mais qu’est-ce que j’attends pour lire « Les seigneurs de Bohen » au lieu de tourner autour du pot ? 😉

 

  
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