Zapping cinéma et VOD, épisode 48

Posted on 8 mars 2019
Encore des rattrapages au menu du jour, deux ans après tout le monde. Bon OK, j’exagère un poil, d’autant que l’un de ces films n’est pas paru en salle… Mais bref, place au zapping du jour. Ces films ne font donc plus l’actualité, mais ce n’est pas l’actualité qui va me dicter ce que je regarde, hein ? Bon et puis de toutes façons il y a une petite fille à la maison qui fait que l’actualité passe largement au second plan… Donc voilà : deux ans après tout le monde… 😀

 

Fahrenheit 451, de Ramin Bahrani

L’oeuvre culte de Ray Bradbury a bénéficié en 2018 d’une nouvelle adaptation, commandée par la chaîne américaine HBO, après celle, bien connue, de François Truffaud (mais que je n’ai pas vue…) en 1966. Reprenant le coeur du récit de Bradbury tout en le modernisant, le film jouit d’une esthétique réussie, basée sur une modernité reprenant les codes de ce que notre monde actuel connaît déjà. Ainsi on retrouve réseaux sociaux omniprésents, retransmissions et réactions en « live », réalité virtuelle, caméras dans tous les coins, assistants personnels envahissants, etc… Mais cela ne s’avère pas suffisant pour en faire un bon film.

La faute à un rythme défaillant. Oui on s’ennuie parfois ferme devant un déroulement qui ne parvient guère à faire monter une quelconque tension. J’ajouterais qu’outre un changement du mode de pensée du personnage principal (Montag) un peu trop rapide pour être pleinement crédible, la faction rebelle a tendance à lui faire confiance là aussi un peu trop rapidement. Enfin, tout le film (ou du moins l’intrigue opposant les rebelles et l’autorité) repose sur un mot prononcé par une femme qui s’immole et qui aurait mieux fait de s’abstenir puisque ce faisant elle a singulièrement compliqué la tâche de ces fameux rebelles. Mais si elle avait gardé le secret, il n’y aurait pas eu de film…

Pourtant les acteurs sont convaincants, notamment Michael B. Jordan qui fait le job et un Michael Shannon toujours aussi inquiétant dès qu’il fronce les sourcils. C’est d’ailleurs son personnage, plein de contradictions, qui s’avère être le plus intéressant. Mais tout ça ne fonctionne donc pas complètement, et on finit par suivre le film de manière un peu trop détachée pour y trouver un réel intérêt. Dommage…

 

Ghost in the shell, de Rupert Sanders

Ah là là ! Qu’est-ce que ça aurait pu être bien !… Et en l’état, c’est seulement sympa. C’est déjà pas mal pour un blockbuster venant d’Hollywood, mais il y avait moyen de faire tellement mieux…

Quand on s’attaque à un monstre comme « Ghost in the shell », forcément on est attendu au tournant. Monde futuriste, thématiques riches, le projet est ambitieux. Hollywood oblige, les moyens ont été mis pour en faire quelque chose de fort sur le plan visuel. Et en effet, le réalisateur Rupert Sanders a pu se faire plaisir. Esthétiquement c’est superbe, dans la droite lignée du film d’animation de 1995, d’un glorieux ancêtre comme « Bladerunner » ou d’un film plus récent (sorti quelques mois après après ce « Ghost in the shell ») comme « Bladerunner 2049 ». On en prend donc plein les mirettes, ce qui, quand on y pense, n’a rien de très surprenant tant on commence à avoir l’habitude avec les blockbusters hollywoodiens. Rupert Sanders ne se prive d’ailleurs pas de rendre hommage à son aîné en reprenant certaines séquences quasiment plan par plan (la fabrication du cyborg, l’attaque de la tour, le combat dans les canaux, la pause en bateau, le tank spider…). La fameuse musique de Kenji Kawai en également reprise dans le générique de fin. Une musique qui donnait une ambiance vraiment singulière au film de 1995, un domaine dans lequel échouent Clint Mansell et Lorne Balfe sur cette adaptation de 2017…

Mais là où le bât blesse vraiment, c’est sur le fond du film. Le propos a en effet été singulièrement simplifié, parfois même pris à l’envers. Exit les réflexions sur ce qui définit un être humain, la différence (ou le lien) entre l’enveloppe (le « shell ») et l’âme (le « ghost »), le film transforme l’intrigue en une simple recherche des souvenirs du Major, de son identité, de son passé en somme, là où le film d’animation de 1995 se tournait vers son avenir. Ni humain(e) ni machine (ou les deux), le Major cherchait sa place dans la société et c’est sa fusion avec le Puppet Master et son évolution vers une nouvelle entité qui va lui donner la réponse. La fin du nouveau film est d’ailleurs éloquente : il s’agit ni plus ni moins d’une complète négation de ce que tentait d’explorer le film de 1995…

Pour autant, ne crachons pas dans la soupe, ce nouveau « Ghost in the shell » est agréable, superbe visuellement (même si je n’ai pas pu m’enlever de l’esprit que Batou a un air de Kev Adams…), avec des acteurs corrects (Scarlett Johansson en tête, même si on pourrait toujours discuter de la polémique du « white washing »…) et certainement une belle représentation du mouvement cyberpunk (on y voit même la ville de jour, illustration assez rare dans ce genre souvent nocturne…). Dommage qu’Hollywood, à nouveau, ne parie pas sur l’intelligence du spectateur et décide d’une simplification outrancière d’un propos (le « ghost » du film de 1995) qui transcendait clairement sa mise en image (le « shell » du film), pourtant superbe. Ah là là…

 

Midnight special, de Jeff Nichols

Jeff Nichols confirme avec ce film qu’il est un réalisateur à suivre (certains diront que c’était déjà la cas depuis longtemps, mais ce n’est que le deuxième film de sa part que je vois, après le déjà excellent « Take shelter »). Reprenant à son compte un certain type de récit de SF, il livre avec « Midnight special » un film qui touche au but sans faire dans le spectaculaire outrancier. Car en fait de film de SF (qui doit autant à « ET » qu’à « Rencontre du troisième type », très spielbergien donc avec tout de même un petit poil de « magie » en moins peut-être…), « Midnight special » s’avère plus proche du road movie dramatique (comment ne pas penser au splendide « Un monde parfait » ?), dont les indices sur les relations liant les personnages ne sont pas donnés dès le début. Et ce qui commence comme un enlèvement d’enfant s’avère plus compliqué que prévu.

Entre secte, agences gouvernementales et famille, le film questionne la foi. Foi scientifique, foi familiale, foi irrationnelle, la question se pose sans cesse, jusqu’à ce que l’évidence finisse par apparaître. Et pourtant, l’évidence n’est pas si évidente, puisque cet enfant qui semble être « autre » garde une grande part de mystère.

Porté par des acteurs impeccables (Michael Shannon en tête, ce qui ne devrait surprendre personne tant cet acteur a du talent à revendre dès lors qu’il ne reste pas sur des rôles de méchant un peu trop faciles, mais aussi Kirsten Dunst et Joel Edgerton, Adam Driver et Jaeden Lieberher, un casting au top donc), sur un rythme posé mais qui fait inexorablement monter la tension, avec une réalisation de grande classe et se finissant de façon tout simplement parfaite, entre émotion et vertige purement SF, « Midnight special », malgré quelques facilités scénaristiques (les coordonnées GPS trouvées par Adam Driver, sérieusement ?…), est un vrai film de SF complètement ancré dans notre monde. Et une belle manière de faire entrer la SF dans la tête de ceux qui n’en regardent pas.

 

  
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