Lorhkan et les mauvais genres https://www.lorhkan.com Science-fiction, fantastique, fantasy Sat, 20 Feb 2021 17:49:26 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=5.3.6 88322955 Cahier de croquis du Seigneur des Anneaux, de Alan Lee https://www.lorhkan.com/2021/02/19/cahier-de-croquis-du-seigneur-des-anneaux-de-alan-lee/ https://www.lorhkan.com/2021/02/19/cahier-de-croquis-du-seigneur-des-anneaux-de-alan-lee/#comments Fri, 19 Feb 2021 07:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12893 Tolkien encore, toujours du point de vue des illustrations, toujours avec des crayonnés, mais après John Howe on passe cette fois à Alan Lee, avec ce cahier de croquis dédié très spécifiquement à la trilogie cinématographique du “Seigneur des Anneaux” de Peter Jackson.   Quatrième de couverture : Alan Lee raconte...

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Tolkien encore, toujours du point de vue des illustrations, toujours avec des crayonnés, mais après John Howe on passe cette fois à Alan Lee, avec ce cahier de croquis dédié très spécifiquement à la trilogie cinématographique du “Seigneur des Anneaux” de Peter Jackson.

 

Quatrième de couverture :

Alan Lee raconte ici, en mots et en images, comment il a réalisé les magnifiques aquarelles de l’édition illustrée (dite du Centenaire) du “Seigneur des Anneaux”. Ces images se sont révélées si puissantes et évocatrices qu’elles ont finalement façonné le visuel des trois films de Peter Jackson et ont valu un Oscar à Alan Lee.

Le Cahier de croquis du Seigneur des Anneaux présente plus de 150 esquisses et croquis de travail, et montre comment ce projet est passé de l’idée à sa réalisation artistique. Il contient également un choix d’aquarelles en pleine page avec de nombreux dessins inédits réalisés pour le film ou spécialement pour ce livre.

Ce Cahier donne un aperçu fascinant de l’imaginaire d’un homme qui a représenté les visions de Tolkien, d’abord sur une page puis en trois dimensions au cinéma. Il intéressera les nombreux amateurs d’Alan Lee tout comme les artistes en herbe qui veulent découvrir les secrets de l’illustration.

 

Attention les yeux (bis) !

Alan Lee a, tout comme John Howe, fait partie de la direction artistique des films de Peter Jackson sur la Terre du Milieu, et c’est bien évidemment de cela dont il s’agit ici principalement. Avant les films, Lee a aussi été l’illustrateur de l’édition dite “du Centenaire” du “Seigneur des anneaux” (parue en 1991, pour célébrer le centenaire de la naissance de Tolkien donc), et n’a eu de cesse depuis lors d’illustrer la plupart des ouvrages du célèbre philologue (il est notamment en France plus ou moins l’illustrateur attitré des éditions Bourgois). Autant dire que les dessins de Lee sont intimement liées aux textes de J.R.R. Tolkien dans l’esprit de très nombreux lecteurs.

 

   

 

 

Sur le même principe que “Un voyageur en Terre du Milieu” de John Howe (mais qui, lui, s’intéressait à la Terre du Milieu dans son ensemble, à toute époque), ce “Cahier de croquis du Seigneur des Anneaux” propose avant tout des crayonnés de Alan Lee, uniquement sur “Le Seigneur des Anneaux”, en suivant le cheminement narratif des textes de Tolkien. On commence donc bien sûr par les Hobbits et la (le ? Hé non puisqu’étant sorti en 2006, ce cahier de croquis est basé sur l’ancienne traduction du “Seigneur des Anneaux”) Comté, avant d’aller vers la Vieille Forêt, les Hauts des Galgals, Fondcombe, etc… Vous connaissez le chemin je pense. 😉

 

   

 

 

La différence essentielle dans ce qui est proposé dans ce beau livre relié par rapport à “Un voyageur en Terre du Milieu”, c’est que là ou John Howe proposait essentiellement des crayonnés “travaux finis”, ici Alan Lee nous propose plus d’esquisses, d’essais, de tracés rapides, etc… On sent plus le travail de recherche que l’illustrateur a effectué pour arriver à un résultat qui le satisfasse. Le sentiment d’accompagner Lee dans une balade en Terre du Milieu sur les traces des héros, s’arrêtant ici ou là pour illustrer un décor, un bâtiment, un personnage, au gré des chemins, s’en trouve exacerbé. Mais il y a aussi de superbes crayonnés pleine page (ou en double page) qui en mettent plein les mirettes. C’est évidemment splendide. Oui, je l’ai déjà dit, j’adore les crayonnés. On trouve aussi ici ou là quelques aquarelles, issues il me semble de différentes éditions du roman de Tolkien.

 

   

 

 

Evidemment, c’est la trilogie cinématographique de Peter Jackson qui revient ici à l’esprit du lecteur puisque la plupart des dessins contenus dans ce livre ont été utilisés par le réalisateur néozélandais pour donner vie à la Terre du Milieu. C’est donc une belle partie du travail (de la vie ? Après tout, ce qui ne devait durer que six mois s’est transformé en odyssée de six ans…) artistique de Lee qui s’étale devant les yeux ébahis du lecteur, heureux de replonger dans une représentation visuelle qui est devenue plus ou moins une sorte “d’officielle” (avec tous les guillemets qui s’imposent). Et c’est un peu pour moins l’impression de revenir dans un monde qui m’a bercé depuis l’adolescence (avec les romans) et continue de le faire encore aujourd’hui (même si je ne m’y suis pas replongé littérairement parlant depuis longtemps). Comme une deuxième maison.

 

   

 

 

Mais il n’y a pas que les dessins qui comptent dans ce livre. Les textes ne sont en effet pas en reste. Car si ceux de John Howe restaient somme toute assez synthétiques en donnant quelques explications sur ce qui était présenté, Alan Lee nous donne ici des textes plus personnels, très en lien avec le déroulement de la production des films de Peter Jackson. Il nous livre donc tout un tas d’anecdotes et d’explications sur le déroulé de cet immense chantier cinématographique, et c’est un véritable plaisir à lire. On se rend compte qu’entre dessins, croquis, esquisses, sculptures, maquettes, miniatures, matte-painting et effets spéciaux numériques, le travail artistique sur cette trilogie a été rien de moins que colossal. Et certains détails révélés, de l’ordre de ceux qui ne sautent pas aux yeux quand on regarde les films, donnent envie de revoir la trilogie pour les remarquer (comme des peintures retraçant l’Histoire des Elfes à Fondcombe, ou bien des tapisseries sur le passé du Rohan dans le Château d’Or…).

 

   

 

Entre une préface signée Ian McKellen (le fameux Gandalf des fims bien sûr) et les copieux remerciements de l’illustrateur, c’est donc à un beau voyage que nous convie Alan Lee, au sein d’un livre à la fabrication soignée (relié, sous jaquette). A titre personnel je lui reprocherais juste un contraste globalement un peu faible, pour des crayonnés parfois très (trop) clairs (et du coup j’ai volontairement assombries les photos qui illustrent cet article, sans doute trop…). Un petit point de détail qui n’entache pas un résultat global vraiment merveilleux.

 

Lire aussi les avis de Spooky, Hëlëne.

 

 

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Eriophora, de Peter Watts https://www.lorhkan.com/2021/02/16/eriophora-de-peter-watts/ https://www.lorhkan.com/2021/02/16/eriophora-de-peter-watts/#comments Tue, 16 Feb 2021 07:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12741 Peter Watts m’avait fait forte impression avec son recueil “Au-delà du gouffre”. Dans le petit monde des auteurs vraiment hard-SF, il fait incontestablement partie des grands. La lecture de ses textes est parfois exigeante c’est vrai, mais l’effort qu’il demande est bien souvent récompensé par des idées et un sense...

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Peter Watts m’avait fait forte impression avec son recueil “Au-delà du gouffre”. Dans le petit monde des auteurs vraiment hard-SF, il fait incontestablement partie des grands. La lecture de ses textes est parfois exigeante c’est vrai, mais l’effort qu’il demande est bien souvent récompensé par des idées et un sense of wonder impressionnants. Avec “Eriophora”, grosse novella d’un peu plus de 200 pages (Watts insiste bien sur le fait qu’il s’agit bien d’une novella), il revient dans un univers qu’il avait déjà commencé à explorer avec trois excellentes nouvelles présentes dans le recueil mentionné plus haut. Et là, il va aller beaucoup plus loin.

 

Quatrième de couverture :

Ils sont trente mille.
Ils voyagent depuis soixante millions d’années.
Leur mission : déverrouiller la porte des étoiles…

Avez-vous jamais pensé à eux ?

Aux Progéniteurs, aux Précurseurs — qu’importe le nom que vous leur avez choisi cette semaine —, ces dieux anciens disparus qui ont laissé derrière eux leurs portails et leurs autoroutes galactiques pour votre plaisir ? Avez-vous jamais cessé de vous demander ce qu’ils ont vécu ?

Pas d’hyperespace de seconde main pour eux. Pas d’épaules de géant sur lesquelles se dresser. Ils rampent à travers la galaxie, pareils à des fourmis, en sommeil pendant des millénaires, se réveillant juste assez longtemps pour lancer un chantier d’un système solaire à l’autre. Ils vivent au fil d’instants répartis le long des millions d’années, au service d’ancêtres morts depuis une éternité, pour des descendants n’ayant plus rien de commun avec eux. À vrai dire, ce ne sont pas des dieux mais des ouvriers, des hommes des cavernes vivant dans des astéroïdes évidés, lancés dans une mission sans fin pour étendre un empire posthumain qui ne répond même plus à leurs appels…

 

Une mission sans fin

Vertigineux “Eriophora” ! Imaginez un vaisseau spatial (qui donne son nom au texte) qui n’est rien d’autre qu’un gros astéroïde d’une soixantaine de kilomètres de diamètre propulsé grâce à une singularité (un trou noir) nichée en son centre (ça ne sort pas de nulle part, Peter Watts s’est sérieusement documenté), creusé pour y abriter 30 000 personnes supervisées par une Intelligence Artificielle chargée d’accomplir la mission qui lui a été fixée lors du lancement du vaisseau au XXIIe siècle, à savoir la construction de portails (trous de ver) permettant à l’humanité de voyager à travers toute la galaxie. L’équipage du vaisseau, la plupart du temps en sommeil prolongé, n’est réveillé (seulement quelques personnes à la fois, et durant quelques jours) que lorsque l’IA du vaisseau rencontre des difficultés durant un chantier de construction. Lorsque le roman débute, le vaisseau a accomplit 32 tours de la galaxie et construit 100 000 portails durant cette mission qui a duré… 66 millions d’années, rien que ça, et qui se poursuit toujours.

Enorme donc, démesuré “Eriophora”, un sense of wonder au top, pour un texte qui ne se contente pas d’accumuler les ordres de grandeur puisqu’il s’intéresse principalement aux passagers du vaisseau qui, au fil de leurs réveils, commencent, du moins pour certains d’entre eux, à pressentir que quelque chose ne tourne pas rond avec cette IA qui priorise la mission avant tout le reste, et qui potentiellement se sert de l’équipage comme d’une variable d’ajustement. Mais cette mission, dont les concepteurs ont disparu depuis bien longtemps, aura-t-elle une fin, alors qu’au fil des chantiers, les “ouvriers” ont été témoin du passage d’étranges, terrifiantes et absolument non-humaines créatures ? A moins que ces créatures n’aient été des post-humains, une humanité dont l’évolution la rend totalement étrangère aux voyageurs peuplant l’Eriophora, partis au XXIIe siècle, des hommes de Néanderthal pour pour leurs lointains cousins du futur  ? Car après 66 millions d’années, qu’est devenue l’humanité ? Et quel serait le signal de la fin de mission ?

C’est dans ce contexte, qui m’a totalement émerveillé (oui j’accumule les superlatifs dans cet article, mais franchement comment faire autrement alors que cette novella m’a passionné tout au long de ma lecture ?), que quelques membres d’équipage vont tenter de reprendre la main sur le vaisseau. Mais comment faire, comment s’organiser alors que l’IA surveille tout, que plusieurs millénaires peuvent séparer deux phases de réveil ne durant que quelques jours, et que les mutins ne sont pas toujours actifs en même temps ?

“Eriophora” appartient à un univers que Peter Watts a déjà commencé à explorer avec trois nouvelles au sommaire du recueil “Au-delà du gouffre” : “L’île”, “Eclat” et “Géantes”., dont deux d’entre elles mettent déjà en scène Sunday Azhmundin, principal personnage de “Eriophora” qui a noué une relation particulière avec l’IA du vaisseau et qui se retrouve donc de fait dans une situation délicate. Trois nouvelles déjà lues mais que j’ai relues avec grand plaisir avant d’attaquer “Eriophora”, pour bien avoir le contexte global en tête. Que l’on se rassure, la novella se lit aussi très bien toute seule, même si connaître les autres textes apporte un petit plus. “Eriophora” est évidemment le gros morceau de cet univers commun à ces quatre textes, et il lui apporte tellement que j’ai à nouveau relu les trois textes après, avec du coup une meilleure vision de la chronologie de ces nouvelles et un éclairage très différent sur certains de leurs aspects (notamment sur le probable narrateur de “Géantes”, jamais nommé). Disons qu’il faut lire tous ces textes, quel qu’en soit l’ordre, ils sont de toutes façon tous au minimum très bons.

Bref, sans aller plus loin, vous aurez compris que j’ai totalement adoré ce texte, mené tambours battants et qui offre son lot de sense of wonder démesuré avec son contexte global où tout est complètement over-the-top. Malgré cela, il reste tout à fait accessible (alors que les autres récits de l’auteur ne le sont pas toujours) à condition d’avoir un minimum d’accointances avec la hard-SF (il y a certains phénomènes (astro)physiques un peu “extrêmes”, notamment vers la fin). Peter Watts nous gratifie même de quelques petites pointes d’humour ici ou là.

Tout à coup, la révolution était imminente. Nous n’avions plus guère de temps à perdre. Seulement deux cent mille ans.

En “bonus”, l’impression en bichromie (c’est comme ça qu’on dit ?) de cette novella offre au lecteur attentif un petit jeu de piste qui n’est pas si anodin que ça puisque d’une part il offre un petit quelque chose en plus (assez renversant encore, la suite, viiiiiite !) et d’autre part il est justifié par la conclusion du récit qui ajoute un élément inattendu et sans doute fondamental au contexte du vaisseau, à même de rebattre une parties des cartes abattues jusqu’ici, et qui offre de superbes perspectives pour de prochains textes dans le même univers.

Avec une traduction nickel de Gilles Goullet, des illustrations intérieures de Cédric Bucaille et une magistrale couverture de Manchu qui s’étale en quatrième et sur les rabats, “Eriophora” est un must absolu du genre space-opera de hard-SF. Superbe !

 

Lire aussi les avis de Feyd-Rautha, Gromovar, Lutin, Lune, Nicolas, Stéphanie Chaptal, Soleil Vert, Yogo, Le Chien critique, Tampopo24, Gepe, Nicolas Stetenfeld, Sylvain Bonnet, Mureliane, François Schnebelen, OmbreBones

Critique écrite dans le cadre du challenge “#ProjetOmbre” de OmbreBones.

 

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Bifrost 101, spécial Dan Simmons https://www.lorhkan.com/2021/02/12/bifrost-101-special-dan-simmons/ https://www.lorhkan.com/2021/02/12/bifrost-101-special-dan-simmons/#comments Fri, 12 Feb 2021 07:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12875 Ouf, avec cet article sur le Bifrost 101, voilà que je rattrape mon retard accumulé depuis deux numéros. Un numéro 101 placé sous le signe d’un auteur autrefois adulé, aujourd’hui plutôt décrié pour ses prises de position contestables : Dan Simmons. Mais ses oeuvres restent, absolument majeures et incontournables dans...

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Ouf, avec cet article sur le Bifrost 101, voilà que je rattrape mon retard accumulé depuis deux numéros. Un numéro 101 placé sous le signe d’un auteur autrefois adulé, aujourd’hui plutôt décrié pour ses prises de position contestables : Dan Simmons. Mais ses oeuvres restent, absolument majeures et incontournables dans le genre SFFF pour certaines d’entre elles.

 

Les rubriques habituelles

On commence évidemment par le traditionnel édito d’Olivier Girard qui revient sur une année 2020 forcément bousculée par la pandémie, et dont les chiffres sont par ailleurs trompeurs et très contrastés d’un éditeur à l’autre. Reste à croiser les doigts pour un retour à la normale le plus rapidement possible…

On trouve aussi bien sûr les critiques des récentes parutions de livres et de revues (Thomas Day toujours en grande forme), c’est une rubrique que j’affectionne toujours tant elle couvre un large spectre de l’actualité éditoriale et me permet de voir si j’ai raté quelques parutions potentiellement intéressantes (réponse : oui et non. Oui car je ne peux pas tout me procurer ni tout lire, non parce que rien d’intéressant n’était passé sous mon radar).

L’interview de ce numéro est consacré à Richard Comballot, homme aux multiples casquettes (essayiste, intervieweur-fleuve des auteurs de SF français, préfacier, anthologiste…). Un entretien intéressant, qui revient sur un “homme de l’ombre” à qui l’on doit notamment de nombreux entretiens très approfondis parus sur différents supports (dont le Bifrost bien sûr, la revue affectionnant les interviews avec les auteurs au sommaire).

L’article “Scientifiction” de Roland Lehoucq s’intéresse au temps, une notion fascinante lorsqu’elle est utilisée, souvent de manière vertigineuse, en SF. Ici, c’est évidemment la science qui prévaut, et il faut bien dire qu’il m’a fallu deux lectures de l’article pour appréhender tout (enfin, tout, c’est un bien grand mot… 😀 ) ce que le bon professeur Lehoucq aborde. C’est dense, c’est touffu, velu même. La science, c’est beau, mais parfois il faut s’accrocher. 😀

Suivent ensuite quelques news et l’annonce des lauréats du Prix des lecteurs de Bifrost 2020. Il semble que je sois un peu à côté de la plaque, ayant voté pour Ken Liu et Michel Pagel (après une lutte acharnée avec la fantasy de Thomas Day). Les goûts et les couleurs… 😉

Enfin, un bel hommage à Joseph Altairac, parti trop tôt rejoindre ses idoles de SF, nous est donné par ses amis Nelle Champdecoeurs et Martinique Domel (anagrammes faciles à décrypter). Forcément émouvant.

 

Le dossier Dan Simmons

Aaaaah, Dan Simmons, auteur clivant s’il en est. Quoique, peut-être fait-il dorénavant consensus… Contre lui ! Contre l’homme, s’entend, lui qui a depuis quelques années pris une tournure particulière, lorgnant plus qu’ouvertement vers l’extrême-droite américaine… C’est évidemment de l’homme Dan Simmons dont il est sujet dans ce dossier, mais aussi de ses oeuvres. Car pour aussi politiquement orienté soit-il depuis quelque temps, il a aussi beaucoup écrit dans nos genres favoris, et parfois avec grand talent.

Le dossier débute donc avec un article écrit par Apophis qui se fait plaisir en lui donnant une structure faisant résonnance avec celle du roman “Hypérion”. A la fois thématique et chronologique, l’article permet de faire connaissance un peu plus en profondeur avec Dan Simmons, sa vie, sa carrière, sa manière d’aborder le travail d’écrivain, etc… Evidemment instructif.

On trouve également un entretien avec Simmons, mené par David Barr Kirtley en 2013. Il est toujours intéressant de voir la personne concernée par un dossier de l’intérieur. Ca donne une vision différente, plus personnelle, forcément plus partiale, mais toujours intéressante. C’est le cas ici, même on trouve évidemment quelques redites avec l’article précédent. Après tout, l’interview est assez classique dans ses questions : ses débuts en tant qu’auteur, son avis sur l’état du marché éditorial du genre horrifique, quelques focus sur des points ou des textes particuliers, etc… Avec en bonus quelques questions un peu plus politiques, rien d’étonnant vu les réactions à certaines de ses sorties verbales ou livresques (“Flashback” notamment)…

Le traditionnel guide de lecture est scindé en trois articles : les nouvelles, les romans SFFF et les polars. Alors là, bien sûr, on sort la liste de courses en lisant tout ça. Quelques nouvelles me semblent intéressantes, et au-delà du cycle des “Cantos d’Hypérion” que je suis en train de lire, il faudra bien un jour que je me frotte à “L’échiquier du mal” et à “Terreur”. “Ilium” me tente beaucoup aussi, mais les critiques globalement négatives (pas seulement sur ce Bifrost) de la suite, “Olympos“, me refroidissent un peu… Pour le reste, il y a aussi des choses qui m’intéressent moins, question de goût sans doute, mais pas seulement, les critiques dans ce guide de lecture montrant aussi que Simmons n’a pas écrit que des chefs d’oeuvre (mais un “seulement bon” roman de Simmons, c’est déjà pas mal, non ?).

Dominique Warfa a écrit un volumineux et sans doute très complet article sur le cycle des “Cantos d’Hypérion”, oeuvre majeure de l’auteur américain et incontournable en SF. Je dis sans doute car je n’ai pas tout lu. M’étant pour le moment arrêté à la fin du premier tome, j’ai arrêté ma lecture de l’article dès que “La chute d’Hypérion” est abordée. J’y reviendrai une fois le cycle terminé. Mais de ce que j’en ai lu, l’analyse est approfondie et passionnante.

Jean-Daniel Brèque revient ensuite sur le clash (début 2009) entre Simmons et lui-même, qui a conduit à son éviction pure et simple par l’auteur, à l’époque où il en était plus ou moins le traducteur attitré. C’est un point de vue éminemment personnel sur la question qui nous est proposé là, un évènement que le traducteur a pris de plein fouet. Il revient sur sa découverte des romans de Simmons, personnellement comme professionnellement, puis sur le clash en lui-même, avant de l’analyser avec quelques années de recul. A l’évidence, la fracture est irrémédiable.

Enfin, as usual, Alain Sprauel se fend d’une bibliographie complète, le genre d’article qu’on aime potasser autant que Noosfere (sauf que c’est en version papier et que c’est donc moins pratique d’y faire des recherches… 😀 ). Un travail formidable et à saluer bien bas.

Et en bonus, uniquement dans le version numérique (epub) de la revue, un bel article dans lequel Dan Simmons dévoile tout l’amour qu’il porte aux écrits de Jack Vance (article auparavant paru dans le Bifrost HS2, consacré à Vance justement). Prenant appui notamment sur deux romans, “Les maîtres des dragons” et “Les langages de Pao” (que Simmons résume de manière assez détaillée…), il dissèque la manière d’écrire de Vance, sa façon à la fois simple et étudiée, exotique et porteuse d’interrogations, de décrire des mondes originaux, transportant le lecteur dans un ailleurs surprenant. On y parle aussi d’exigence de lecture, de personnages-modèles, de la carrière de Vance, etc… Et même si on pourra tiquer ici ou là sur certaines idées bien tranchées (ou clichées) de Simmons, cet article reste un bel hommage à un auteur auquel on sent bien qu’il doit beaucoup et qu’il n’oubliera jamais.

 

Les nouvelles

Greg Egan ouvre le bal avec “La fièvre de Steve” (traduit par Erwann Perchoc), un texte tout sauf démonstratif sur un futur relativement proche qui voit des nanomachines, figurant une sorte d’IA distribuée, poursuivre le but que leur a fixé leur créateur, coûte que coûte. Temps de cerveau disponible ( 😉 ), réalité virtuelle, acharnement d’une IA qui dispose d’un temps infini, déséquilibre de la société, tels sont quelques-uns des thèmes (finalement assez classiques) sur lesquels de penche l’auteur australien. C’est évidemment fascinant, mais ça n’a rien d’un festival pyrotechnique. Le texte est calme, posé, et ne cède jamais à la facilité. Greg Egan ne mâche pas le travail du lecteur, et même s’il a écrit des textes plus vertigineux que celui-ci, c’est encore une belle démonstration de son talent d’auteur de hard-SF.

Christian Léourier, avec “Je vous ai donné toute herbe”, nous propose une humanité en quête de nouveaux mondes habitables. Pour cela, elle envoie des sondes ultra-technologiques chargées de terraformer les planètes visées, pour mieux les adapter aux futurs colons. Une mission de longue haleine, les étoiles ne sont pas toutes proches… Bien sûr, tout ne se passe pas toujours comme prévu, mais les structures de terraformation peuvent peut-être faire ce qu’il faut pour atteindre le but fixé. Oui mais l’humain dans tout ca ? Car qui dit Christian Léourier dit l’humain avant tout, et avec ce texte superbement écrit et qui est un véritable modèle de progression narrative, cet adage se vérifie une nouvelle fois. C’est vertigineux, aussi bien dans cette histoire future de l’humanité que dans la question métaphysique qui se pose à la toute fin du texte. Magnifique !

Bon, ça fait deux textes qui reposent fortement sur des machines/intelligences artificielles, il faudrait peut-être penser à parler d’autre chose… Avec Hannu Rajaniemi, c’est raté puisque de forme de vie, il n’y a pas trace (en tout cas pas de manière biologique) dans “Le serveur et la dragonne” (traduit par Apophis), étrange nouvelle relevant autant du conte que du texte ultra hard-SF. En effet, entre ingénierie planétaire, voire stellaire (ou carrément galactique !), statites de Dyson, propulseur de Shkadov, kugelblitz (non cité tel quel mais il me semble que c’est bel et bien ce phénomène qui est représenté) et tout un tas d’autres termes très scientifiques servant à mettre en scène virtualité, réseau galactique de communication, trou de ver, création ex nihilo d’un mini-univers, virus “informatique”, etc…, le texte semble hors de portée de la majorité des lecteurs. Et pourtant… Alors certes, je ne vais pas prétendre avoir tout compris de A à Z, mais malgré tout, au-delà des aspects purement physiques décrits dans le récit (qui narre l’établissement d’un structure automatisée, à l’échelle d’un système planétaire qu’elle reconfigure entièrement, chargée de jouer son rôle de serveur dans un système de communication à l’échelle galactique. Malheureusement, l’étoile autour de laquelle elle s’est établie s’éloigne irrémédiablement de la galaxie, réduisant sa mission de serveur à néant, isolation oblige…) “Le serveur et la dragonne” est tout simplement un beau texte, empli de poésie astrophysique. C’est évidemment vertigineux (encore ! Le Bifrost le plus vertigineux jamais paru ? 😀 ), remarquablement écrit en dépit des apparences d’hermétisme scientifique, et, encore plus étonnant, par moment émouvant. Superbe, à l’échelle démesurée, et surprenant, même si sans doute réservé à un public de niche.

Et enfin, puisqu’il s’agit de “son” numéro, Dan Simmons est à l’affiche avec “La barbe et les cheveux : deux morsures” (traduit par Jacques Chambon), un titre pas très adroit (il ne l’est guère plus en VO…) pour un texte horrifique jouant avec la figure du vampire (fini les machines ! 😀 ). Ca commence gentiment avec deux adolescents qui jouent à se faire peur en suivant à la trace deux coiffeurs que l’un des deux ados soupçonne d’être des vampires, et puis le texte sombre de plus en plus dans l’horreur. Une belle progression narrative, deux temporalités distinctes, et une finesse d’écriture de Simmons qui ne se dément pas. Encore une incontestable réussite qui illustre à quel point l’équipe du Bifrost sait choisir des textes la plupart du temps excellents. Il n’y a tout simplement aucune fausse note à ce niveau dans ce numéro.

 

Pour conclure

Ce numéro, illustré par la couverture colorée de Pascal Blanché, nous permet donc d’aborder l’oeuvre d’un auteur complexe, qui se joue des genres et des styles pour mieux illustrer son talent d’auteur de premier plan. Certes, tout n’est pas parfait, aussi bien du côté des oeuvres que du côté de l’homme en lui-même (c’est le moins que l’on puisse dire, et ce Bifrost se charge de le rappeler au lecteur à (trop ?) maintes reprises), mais quiconque a écrit un triptyque tel que “Hypérion”“L’échiquier du mal”“Terreur”, encensé par une large part de la critique, ne peut que figurer au rang des auteurs importants du genre SFFF, pour le moins.

Après ce numéro 101 de haute volée (avec notamment quatre nouvelles de très grande qualité), place au 102 avec un de mes auteurs chouchous (pourtant peu lu, mais toujours adoré), Arthur C. Clarke. J’espère un dossier à la hauteur et des nouvelles du même acabit que ce numéro. Vu le niveau proposé ici, c’est un véritable défi !

 

Critique écrite dans le cadre du challenge “#ProjetOmbre” de OmbreBones.

 

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Les langages de Pao, de Jack Vance https://www.lorhkan.com/2021/02/10/les-langages-de-pao-de-jack-vance/ https://www.lorhkan.com/2021/02/10/les-langages-de-pao-de-jack-vance/#comments Wed, 10 Feb 2021 07:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12869 Une petite période de creux, un cerveau un peu moins disponible pour des romans nécessitant une concentration certaine, et me voilà parti sur un récit de Jack Vance, promesse d’exotisme et d’évasion (et on le verra plus loi, ce n’est pas toujours le cas, comme ici…). Il ne faut pas...

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Une petite période de creux, un cerveau un peu moins disponible pour des romans nécessitant une concentration certaine, et me voilà parti sur un récit de Jack Vance, promesse d’exotisme et d’évasion (et on le verra plus loi, ce n’est pas toujours le cas, comme ici…). Il ne faut pas y voir un jugement de valeur, je ne dénigre pas cette littérature, bien au contraire, mais il faut aussi savoir adapter ses lectures à son état d’esprit du moment. Alors partons à l’aventure, en se laissant embarquer par un des auteurs maîtres du genre, avec ce roman issu d’un gros recueil publié dans la collection Lunes d’Encre de Denoël, “Les Maîtres des dragons et autres aventures”.

 

Quatrième de couverture (tirée de l’édition Folio SF du roman) :

Lorsque son père est assassiné, Béran Panasper, neuf ans, devient le panarque légitime de la planète Pao. Mais Bustamonte l’évince et tente de le tuer. Le garçon ne doit son salut qu’à l’aide de Palafox, seigneur de la planète Frakha. Les motivations de ce dernier ne sont pas désintéressées, mais Béran n’a pas d’autre choix que de suivre l’éducation dispensée sur la planète de son sauveur.
Pendant ce temps, Pao, planète pacifiste, se laisse envahir par un peuple belliqueux, les Brumbos. Seule solution : remodeler les langages de Pao afin de donner à la population paonaise l’élan guerrier nécessaire à sa survie.
Les langages de Pao est un roman aussi divertissant qu’intelligent. Une preuve supplémentaire du talent incomparable de Jack Vance, un des plus grands maîtres de la science-fiction.

 

Le langage structure la société

Court roman (moins de 200 pages en grand format) paru en VO en 1958, “Les langages de Pao”, sous ses abords de pur roman d’aventures, ce qu’il est avant tout, pose des questions très intéressantes sur le langage comme structuration des individus et, à plus grande échelle, de la société. Roman d’aventures avant tout car il s’agit ni plus ni moins pour le jeune (9 ans) héritier du trône de la planète Pao, Béran Panasper, évincé suite aux manigances de son oncle Bustamonte qui prend le titre de Panarque de la planète après l’assassinat du père de Béran, de récupérer son dû.

Exil, apprentissage des codes (et du langage) d’une nouvelle société, retour sur sa planète d’origine, etc…, il n’y a, du côté de l’intrigue, rien de fondamentalement renversant, mais le récit est suffisamment bien mené pour s’avérer rythmé et maintenir l’attention du lecteur. La brièveté du roman n’y est sans doute pas pour rien, Jack Vance prenant le parti de ne jamais s’appesantir sur quoi que ce soit, même sur ses personnages qui n’ont guère d’épaisseur, y compris Béran, le héros du roman, qui manque singulièrement de charisme. Ce n’est clairement pas lui qui porte le roman, on se laisse plus facilement happer par le rythme du récit, qui se déroule sur plusieurs années, et donne au lecteur une belle vue d’ensemble de l’évolution d’une société.

Car c’est bien de cela dont il s’agit, même si là encore on regrettera que Vance, alors que la question est au coeur de son texte, n’en ait pas un peu plus creusé les fondements (malgré quelques exemples donnés tout à fait parlants). Pourtant, c’est sur ce point que le roman doit une bonne partie de son intérêt. Aborder des changements sociétaux en SF dans les années 50 sous un abord socio-linguistique, ce n’est pas si courant, et ça ne l’est pas beaucoup plus aujourd’hui.

Les mots sont des outils. La langue est une structure, et elle définit la façon dont on utilise ces mots-outils.

La planète Pao a ceci de particulier que son peuple, modelé par un langage particulier prônant l’unité et ne connaissant pas l’individualisme, semble quelque peu “apathique”, réfractaire à l’innovation comme à la prise de décision. Cela le rend à la fois simple à gouverner tout en limitant le pouvoir de son dirigeant. En revanche, une invasion éclair venue d’une autre planète, même en nette infériorité numérique, est aussi susceptible de la faire chuter facilement et de lui réclamer très régulièrement de colossaux tributs. C’est ce qui arrive sous le règne de Bustamonte, qui se décide alors à demander l’aide des “sorciers” (plutôt scientifiques en réalité) de la planète Frakha, une société hyper-individualiste plus ou moins à l’opposé total de celle de Pao. L’un d’entre eux, Palafox, qui a secouru Béran avant que Bustamonte ne l’élimine, a un plan, pour la planète Pao comme pour lui-même. Et cela passe par un remodelage de la langue de Pao, qu’il modifiera pour créer plusieurs dialectes à même de transformer les modes de pensée de ses pratiquants (un travail de fond sur au moins une génération bien sûr) et, in fine, de changer la société : industrie, commerce et armements deviennent une réalité sur Pao.

Toutes ces langues s’appuieront sur la sémantique. Pour les militaires, “un homme qui réussit” sera synonyme de “vainqueur dans un violent combat”; pour les industriels, de “fabricant infaillible”; pour les commerçants, de “vendeur irrésistible”. De telles empreintes s’insinueront dans chacun de ces idiomes. Bien entendu, l’effet ne sera pas le même sur chaque individu, mais l’action sur la masse devrait être décisive.

Et au milieu de tout ça, il y a Béran, qui souhaite retrouver sa planète, mais qui a vécu des années sur Frakha, a appris sa langue, et voit donc les deux extrémités du spectre. De quoi, peut-être, mettre en place “le meilleur des deux mondes”, à moins qu’il ne se fasse emporter par les aléas de l’Histoire…

Individualité et communautarisme, tradition et modernité, langage structurant les individus, la pensée et la société, allant même jusqu’à jouer un rôle dans la façon subjective d’aborder la réalité, “Les langages de Pao” pose bien des questions pertinentes, et si Jack Vance préfère se concentrer sur le côté aventures du récit, c’est bien le fond du roman qui fait de lui un texte intéressant, quand bien même ses défauts restent bien présents (personnages falots, intrigue convenue, et un exotisme attendu aux abonnés absents tant Pao n’est qu’assez peu décrite et pas spécialement exotique tandis que Frakha, planète rocailleuse et montagneuse sans arbres ni océans, ne fait pas du tout rêver…).

On ne mettra donc pas “Les langages de Pao” dans la catégorie des chefs d’oeuvre, mais ce n’est pas une raison pour l’oublier puisqu’il a quelques atouts dans sa manche à même de contenter un certain lectorat apte à passer au-delà de ses défauts et d’une SF qui, par moment, accuse un peu son âge. Mais soyons clair : ça se laisse lire avec plaisir, le temps de quelques heures.

 

Lire aussi les avis de Baroona, Efelle, Nebal, Biblioblog, Culture-SF, Manu B., Vicklay, Stéphane Pons.

 

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Attention, monument ! S’il y a un bien un roman qui jouit du statut d’incontournable absolu dans les trente dernières années (bon, un tout petit peu plus puisqu’il est sorti en 1989), il s’agit bien de “Hypérion”, qui figure fréquemment dans les listes des incontournables du genre SF, au même rang que les “grands anciens” comme le “Fondation” de Isaac Asimov ou le “Dune” de Frank Herbert. Bon, au passage, on n’oubliera pas qu’il y a aussi des chefs d’oeuvre récents hein… 😉 Mais alors, moi petit lecteur, je dois forcément m’attendre à me prendre une baffe monumentale n’est-ce pas ? Voyons voir…

 

Quatrième de couverture :

Sur Hypérion, planète située aux confins de l’Hégémonie, erre une terrifiante créature, à la fois adulée et crainte par les hommes : le Gritche. Dans la mystérieuse vallée des Tombeaux du Temps, il attend son heure…
À la veille d’une guerre apocalyptique, sept pèlerins sont envoyés sur Hypérion. Leur mission : empêcher la réouverture des Tombeaux. Ils ne se connaissent pas, mais cachent tous un terrible secret – et un espoir démesuré.
Et l’un d’entre eux pourrait même tenir le destin de l’humanité entre ses mains.

 

La Mecque de la SF ?

Aborder “Hypérion” en 2021 nécessite, pour en mesurer l’importance, de le replacer dans son contexte. Non pas qu’il souffre qualitativement d’une lecture plus de 30 ans après sa sortie, mais plutôt parce que le re-situer à la fin des années 80 permet de se rendre compte de tout ce qu’il a inventé/repris/amalgamé et qui a depuis essaimé dans de nombreux récits de SF jusqu’à aujourd’hui, parfois de manière très proche. Lire “Hypérion” et saluer sa qualité et son modernisme d’alors, c’est un peu rendre à César ce qui appartient à César.

Comment résumer succinctement “Hypérion” ? La tâche est délicate… Disons que le roman se situe au XXVIIIe siècle, un futur dans lequel l’humanité a essaimé sur de nombreuses planètes à la suite de la mort de la Terre. Cette “Hégémonie” (puisque c’est ainsi qu’elle se fait appeler) tient notamment grâce à un réseau de transport et de communication particulièrement performant (appelé le “Retz”), constitué de portails “distrans” permettant le voyage instantané (mais couteux) d’un point à un autre de l’univers mais aussi de moteurs Hawking permettant de voyager plus vite que la lumière (avec le problème bien connu de la relativité d’Einstein qui est la dilatation du temps (appelée “dette de temps” dans le roman de Simmons) : un déplacement de quelques semaines pour le voyageur peut représenter quelques mois voire quelques années pour les personnes restées immobiles).

Ces moyens de transport et de communication sont gérées (et ont été inventés) par des Intelligences Artificielles qui ont depuis fait sécession de l’influence humaine. On a donc une première faction indépendante mais malgré tout infiltrée dans tous les rouages de la société humaine (à l’évidence Adam-Troy Castro doit sur ce point beaucoup à “Hypérion”…). L’autre faction importante du récit (et, du point de vue de l’Hégémonie, un ennemi) est celle des Extros, des humains qui, plutôt que de tenter de continuer à vivre “à l’ancienne”, se sont adaptés à l’espace. Voilà le transhumanisme de Dan Simmons, que l’on peut retrouver récemment, de manière un peu moins extrême, dans la “somaformation” de Becky Chambers.

Tout le récit de Dan Simmons tourne autour de la planète Hypérion, une planète éloignée sur laquelle se trouvent les Tombeaux du Temps, mystérieux édifices qui semblent avoir des capacités “temporelles” particulières et qui abritent le Gritche, étrange et mortelle créature ayant donné naissance à un culte (l’église gritchtèque) et sur laquelle chaque faction a sa propre interprétation quant à la raison de sa venue et de ses motivations.

L’oeuvre de Simmons se présente sous la forme d’un récit-cadre décrivant le voyage de sept pèlerins vers les Tombeaux du Temps pour tenter de les refermer et  d’arrêter le progression du Gritche, alors que les Extros se dirigent aussi vers Hypérion dans un but inconnu (du moins au début…) et que l’Hégémonie y envoie ses propres forces pour tenter d’arrêter cette éventuelle invasion. Enchâssés dans ce récit-cadre se trouvent les récits personnels des pèlerins qui conteront leur histoire chacun leur tour, donnant par là même des explications sur ce qui les lie à Hypérion et sur le pourquoi de leur venue ici. C’est là que l’écriture de Dan Simmons fait merveille : chaque récit est différent, très typé (récit à la Joseph “Au coeur des ténèbres” Conrad, tragédie amoureuse, récit militaire, polar cyberpunk gibsonnien, récit d’un artiste en quête de sa muse…), et développe admirablement chaque personnage concerné. Ils se recoupent aussi ici ou là et surtout éclaircissent peu à peu le contexte du roman, en creux, aux yeux du lecteur avant au final de lui montrer son vrai visage et les courants d’influence qui s’y confrontent, plus ou moins ouvertement.

Donner au lecteur, au sein d’un gros roman de 650 pages, plusieurs “sous-récits” (qui forment la très grande majorité des pages du roman) qui abandonnent l’intrigue principale pour se concentrer sur un seul personnage, c’est un pari risqué mais tenu haut la main puisqu’il n’y a que du bon dans ces récits personnels, avec forcément des préférences plus ou moins marquées en fonction des lecteurs. Les personnages s’en trouvent nettement approfondis et certains passages se révèlent même brillants voire poignants dans leur style comme dans leur manière sensible d’aborder certains thèmes universels (la mort, l’amour,  l’art, la famille, l’environnement…).

Roman à la structure singulière, bardé de références littéraires (Keats, Chaucer et Yeats sont au premier rang) et usant de nombreux éléments de SF (dilatation relativiste du temps comme on a pu le voir dans de nombreuses autres oeuvres de SF (citons “Interstellar” de Christopher Nolan, “La guerre éternelle” de Joe Haldeman, “Tau zéro” de Poul Anderson ou bien la nouvelle “Souvenirs de ma mère” de Ken Liu qui fut adaptée en court-métrage), IA sous forme humaine avec les cybrides, posant la question du degré d’humanité de celles-ci, clone virtuel (ou un peu plus que virtuel…), transfert de conscience, voyage temporel, etc…) qui ont parfois été repris tels quels par d’autres auteurs jusqu’à aujourd’hui, témoignage d’une forme de syncrétisme thématique en SF qui n’a guère été égalé depuis, “Hypérion” impressionne.

Arrivé au bout du roman, force est de constater que le texte de Dan Simmons ne résout rien. Sa suite, “La chute d’Hypérion” est une lecture nécessaire (sur laquelle je ne tarderai pas à me pencher) et à l’évidence ces deux volumes ne constituent qu’un seul et volumineux ouvrage. Il peut donc être difficile de juger “Hypérion” à sa seule lecture, mais il apparaît déjà clairement que ce véritable livre-univers, à la hauteur de ce qu’a pu créer, dans un genre différent, Frank Herbert avec “Dune”, est d’une importance incontestable dans le genre SF. Un jalon, assurément.

 

 

Lire aussi les avis de Lune, Vert, Célindanaé, Xapur, Feyd-Rautha, Lutin, Herbefol

 

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Bifrost 100, spécial Thomas Day https://www.lorhkan.com/2021/02/02/bifrost-100-special-thomas-day/ https://www.lorhkan.com/2021/02/02/bifrost-100-special-thomas-day/#comments Tue, 02 Feb 2021 07:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12755 Puisqu’être à la bourre est une vocation chez moi, voici encore un rattrapage pour le Bifrost avec le numéro 100, un numéro ô combien symbolique. L’occasion de marquer le coup avec un dossier sur un collaborateur de longue date et l’auteur qui a le plus publié de textes dans la...

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Puisqu’être à la bourre est une vocation chez moi, voici encore un rattrapage pour le Bifrost avec le numéro 100, un numéro ô combien symbolique. L’occasion de marquer le coup avec un dossier sur un collaborateur de longue date et l’auteur qui a le plus publié de textes dans la revue : Thomas Day et son avatar dans la vraie vie, Gilles Dumay.

 

Les rubriques habituelles

Après un édito regardant en arrière avec un brin de fierté (et c’est bien normal) l’historique du Bifrost, on trouve comme d’habitude un volumineux cahier critique sur les parutions récentes, une double-page incisive et drôle (même si ça fait régulièrement grincer quelques dents) de Thomas Day sur les revues, une interview de Nicolas Martin qui revient sur son parcours et sur l’émission “La méthode scientifique” qu’il anime sur France Culture (intéressante mais j’aurais aimé qu’il revienne plus amplement sur son rapport et son parcours en science-fiction), un article “Scientifiction” de Roland Lehoucq dont le sujet passionnant, l’antimatière, est aussi une manière de nous montrer qu’entre science et science-fiction il y a parfois un monde (car oui, la propulsion à l’antimatière c’est… compliqué ! 😀 ), et quelques infos en vrac.

 

Le dossier Thomas Day

Le gros dossier de ce numéro est donc consacré à Thomas Day, auteur présent au sommaire du tout premier Bifrost il y a près de 25 ans, celui qui a publié le plus grand nombre de textes dans la revue (18 nouvelles en comptant les deux présentes au sommaire de ce numéro 100), et qui a collaboré très régulièrement, d’une manière ou d’une autre, à la plupart des numéros. 68 pages pour ce dossier qui débute par une interview-fleuve de 37 pages dans laquelle l’auteur se livre sans fard sur sa vie, personnelle et professionnelle. Parfois touchant, parfois grinçant, parfois énervant, c’est surtout une grande honnêteté qui prédomine, venant d’un homme qui a au départ baigné dans le fandom avant de passer de l’autre côté, dans la sphère professionnelle du secteur. C’est donc une bonne part de l’histoire éditoriale de la SF en France (en tout cas des trente dernières années) qui se livre ici. C’est partial forcément, c’est orienté, mais c’est personnel et c’est bien tout l’intérêt d’une interview de ce genre. Et c’est donc passionnant.

Suit ensuite le traditionnel guide de lecture des oeuvres de Thomas Day, quasi-intégral (voire vraiment intégral, en tout cas côté parutions en volumes, je n’ai pas vérifié). Ca donne bien évidemment quelques pistes de lecture et une wishlist qui grandit un peu plus encore.

Ugo Bellagamba s’exprime ensuite sur sa collaboration avec Thomas Day qui a débouché sur deux roman écrits à quatre mains : “L’école des assassins” et “Le double corps du roi”. Plus qu’un collaborateur, un ami, même si leur routes éditoriales ont depuis pris des directions différentes.

Et enfin, la traditionnelle bibliographie de Alain Sprauel. Celui qui veut se faire une intégrale de Thomas Day va avoir du boulot, surtout du côté des nouvelles, disséminées dans d’innombrables revues et autres fanzines…

 

Les nouvelles

Numéro spécial Thomas Day oblige, on commence par… Thomas Day, hé ouais, avec “La bête du loch Doine”, dans une Ecosse médiévale peut-être un brin uchronique, qui voit Zeite, un ancien rabbin qui a perdu la foi et qui tente de la retrouver en étudiant d’autres religions (le Coran ne l’a pas convaincu et le voilà qui tente sa chance avec la religion de l’Arbre, à forte consonnance scandinave avec un zest de culte celtique). Il se voit assigner une mission : aller “marteler” les arbres destinés à être coupés, plus loin au nord. Il y fera deux rencontres déterminantes.

Cette nouvelle s’inscrit dans un ensemble pas tout à fait délimité dont fait partie l’excellente nouvelle “Noc-Kerrigan” parue dans le Bifrost 76 et que j’ai relu pour l’occasion, avec toujours autant de plaisir. “La bête du loch Doine” m’a également tout à fait convaincu : le contexte est très intéressant, bien décrit, mystérieux, intrigant, et possède ce combo qui me fait bien souvent craquer, à savoir une nature omniprésente et un fort goût de spiritualité celto-scandinave, un brin mythologique. Oui, ça fleure bon le Robert Holdstock des “Mythagos”, dans un style malgré tout très différent, parce qu’on parle quand même de Thomas Day hein. 😀

Et donc j’ai adoré cette nouvelle, malgré son goût de trop peu. Elle est certes d’une taille respectable et son contenu est à la hauteur, mais sa conclusion tourne court et donne l’impression que le texte est une formidable introduction à quelque chose de plus vaste et plein de promesses. C’est un peu dommage, mais ce récit m’a malgré tout transporté ailleurs le temps de sa lecture, et ça, ça n’a pas de prix. Je suis prêt à replonger dans cet univers dès que l’auteur le voudra bien. 😉

“Circuits” de Rich Larson est un joli tour de force, pour plusieurs raisons, dont certaines que je préfère taire pour ne gâcher la surprise du lecteur. Je préfère rester évasif et signaler que ce texte nous présente une IA chargée du bien-être des passagers d’un train, les dits passagers ne semblant guère être réactifs aux bienfaits et autres petits soins que leur offre Mu, puisque c’est ainsi que se nomme cette IA. On finit par comprendre le problème : cela fait presque 25000 jours que Mu poursuit son circuit sans s’arrêter, les passagers sont morts, et sans doute le reste de l’humanité également. Mais alors, où est l’espoir ? Et pour qui ? C’est joli, c’est subtil, c’est malin et c’est émouvant alors que ça pourrait tout à fait ne pas l’être. Vous ne comprenez pas ce que j’essaie de vous dire ? C’est normal, lisez ce texte et vous comprendrez. C’est un avant-goût du recueil “La fabrique des lendemains” du même Rich Larson, et ça donne évidemment très envie de s’y mettre.

Catherine Dufour, avec “Des millénaires de silence”, au titre transparent quand on prend conscience du sujet du texte, s’intéresse à la vie et aux tracas de Claude, une femme qui grandit plus que de mesure et doit se confronter au regard et aux idées préconçues des autres, et de Caroline, une vieille dame aisée qui sent le terme de sa vie arriver mais peut-être pas assez vite, du moins du point de vue de sa famille. Poids du regard d’autrui, pressions sociales, professionnelles et familiales et libertés des femmes sont les thèmes majeurs de ce texte finalement assez peu fantastique à la conclusion au fort goût de “Thelma et Louise”.  Efficace et très parlant.

Thomas Day again, avec un titre tranchant qui lui va comme un gant : “Décapiter est la seule manière de vaincre”. L’univers (futuriste et japonisant, une marotte de l’auteur) est à peine esquissé, les enjeux du texte, hormis l’aspect très factuel qui y est décrit (un duel, ou plutôt une série de duels au sabre (puisque l’esprit des participants est “sauvegardé”, une issue fatale n’est pas la fin : il suffit de réintégrer l’esprit dans un nouveau corps) entre un cadre de Sony et une mystérieuse femme du clan Fujitsu) sont assez vagues (une vengeance envers un homme jugé rétrograde et misogyne, avec à la clé une montée dans les échelons hiérarchiques), mais l’écriture acérée permet de se concentrer sur ce qui est mis en scène, sans diluer l’action qui culmine dans ce duel court mais terriblement… tranchant là encore. Et la fin en forme de twist fonctionne, pour un résultat propre et net, sans gras. Un texte affuté comme le hasaki d’un katana.

 

Pour conclure

J’ai donc, avec ce numéro illustré de main de maître (mais comment pouvait-il en être autrement ?) par Guillaume Sorel (dont on attend d’ailleurs avec fébrilité la conclusion de sa collaboration shakespearienne avec Thomas Day), pu lire (avant la clôture des votes même si cet article paraît bien après, et même après la révélation des gagnants !… Oui, être en retard devient un engagement pour moi ! 😀 ) les dernières nouvelles éligibles au Prix des lecteurs de Bifrost 2020.

Et découvrir un joli dossier, honnête, touchant et éclairant sur une personnalité de premier rang du secteur éditorial de la SF en France, qui permet de mieux cerner (si ce n’est comprendre) l’homme et par extension l’éditeur. Place au Bifrost 101, déjà paru. Après tout le monde ? 😀

 

Critique écrite dans le cadre du challenge “#ProjetOmbre” de OmbreBones.

 

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Un Voyageur en Terre du Milieu, mon cahier de croquis de Cul-de-Sac en Mordor, de John Howe https://www.lorhkan.com/2021/01/26/un-voyageur-en-terre-du-milieu-mon-cahier-de-croquis-de-cul-de-sac-en-mordor-de-john-howe/ https://www.lorhkan.com/2021/01/26/un-voyageur-en-terre-du-milieu-mon-cahier-de-croquis-de-cul-de-sac-en-mordor-de-john-howe/#comments Tue, 26 Jan 2021 07:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12825 Une période qui me voit revenir au monde de Tolkien, mon anniversaire, et voilà, il n’en fallait pas plus pour que je me jette sur les carnets de croquis des deux grands artistes qui ont (grandement !) contribué à rendre “vraie” la Terre du Milieu dans toute sa splendeur au...

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Une période qui me voit revenir au monde de Tolkien, mon anniversaire, et voilà, il n’en fallait pas plus pour que je me jette sur les carnets de croquis des deux grands artistes qui ont (grandement !) contribué à rendre “vraie” la Terre du Milieu dans toute sa splendeur au cinéma, à savoir John Howe et Alan Lee. On commence par le premier avec ce “Voyageur en Terre du Milieu”.

 

Quatrième de couverture :

Elle a été cartographiée, schématisée, les voyages de Bilbo et Frodo, décortiqués, tracés à la règle. Pourtant, la Terre du Milieu demeure un espace sauvage. Pour chacune des routes où J. R. R. Tolkien nous a emportés, il existe mille chemins encore inexplorés.

Un voyageur en Terre du Milieu, c’est une excursion à travers le monde de Tolkien qui permet non seulement de visiter les lieux au centre de ses histoires, mais d’explorer ceux qui s’étendent par-delà la colline ou au-delà de notre horizon. Nous découvrons des batailles d’un autre âge, devenu quasi légendaire à l’époque du “Seigneur des Anneaux”, des royaumes perdus et des mythes anciens, et tous ces endroits qui ne sont jamais qu’entrevus : de lointains domaines du Nord et des terres au-delà des mers.

Des dessins d’allure spontanée côtoient les réflexions de l’artiste au contact des livres de Tolkien : ici, le dessinateur pose un temps ses crayons afin de peindre en mots les êtres et les paysages qui l’ont inspiré. Il revient également sur son expérience des plateaux de tournage aux côtés de Peter Jackson, réalisateur de la trilogie du “Seigneur des Anneaux” et de celle du “Hobbit”. Réunissant l’œuvre conceptuelle produite pour le cinéma, l’art tolkienien qui l’a fait connaître, et des dizaines de nouvelles peintures et esquisses exclusives à cet ouvrage, “Un voyageur en Terre du Milieu” raconte le périple singulier d’un artiste à travers le paysage merveilleux de l’œuvre-monde de Tolkien.

 

Attention les yeux !

John Howe et J.R.R. Tolkien, c’est une longue histoire d’amour. L’illustrateur canadien, maintenant domicilié en Suisse, est en effet, à travers ses nombreuses oeuvres, l’un de ceux qui ont le mieux mis en valeur la Terre du Milieu depuis de nombreuses années. Il a évidemment franchi un cap sur le plan de la notoriété en occupant le poste (partagé avec un autre grand, Alan Lee) de directeur artistique des deux trilogies (“Le Seigneur des Anneaux” et “Le Hobbit”) de Peter Jackson. On retrouve donc beaucoup de ce qui a été vu à l’écran dans ce livre qu’on peut qualifier d’artbook. Mais un artbook un peu particulier puisque s’il propose bien sûr quelques illustrations colorées (évidemment superbes), il présente avant tout des crayonnés, des croquis, comme l’indique son sous-titre.

Mais alors, quels crayonnés ! Bon, j’avoue, je suis un grand amateur de ce genre de croquis, une approche entre un tracé pris sur le vif et le dessin plus “complet”, plus fini. Donc, quand un livre me propose du John Howe, de la Terre du Milieu et du crayonné, je suis déjà à moitié conquis avant même d’avoir soulevé la couverture…

 

   

   

 

Et j’ai envie de dire que le reste n’est qu’une formalité. Découpé selon différentes thématiques (une introduction, un prologue, 13 chapitres et une postface plein d’anecdotes sur le tournage des films),  “Un Voyageur en Terre du Milieu” fait étalage de tout le talent de John Howe. Balayant une grande partie de l’histoire de la Terre du Milieu (certains éléments du fabuleux “Silmarillion” (et je pèse mes mots : je ne cesserai jamais de répéter que le grand chef d’oeuvre de J.R.R. Tolkien, c’est bel et bien “Le Silmarillion”, grâce en soit donc rendue à son défunt fils Christopher de l’avoir fait éditer après la mort de l’auteur), et donc des Premier et Deuxième Âge, sont abordés), tout en faisant, et c’est bien normal, la part belle aux deux romans phares de Tolkien puisque le développement artistique s’est surtout concentré sur cette période avec les deux trilogies cinématographiques, le livre donne l’impression au lecteur de se balader aux côtés de John Howe, s’arrêtant ici ou là au gré des envies de l’illustrateur, et offrant au lecteur la possibilité de regarder par-dessus l’épaule de Howe pendant qu’il crayonne tranquillement ici un personnage, là un paysage, ou bien encore différents objets.

 

   

   

 

Et c’est donc un plaisir de tous les instants. L’impression de revenir dans un univers que l’on connaît, que l’on aime, dont les créatures et les personnages n’ont plus de secrets, tout comme les lieux sûrs et les autres moins recommandables. John Howe s’attarde sur tout cela, à sa manière, à la fois fugace et précise. On lui reconnaitra des talents particuliers sur tout ce qui est architecture, intérieure comme extérieure, vaste ou plus intime. Son sens du détail, même en crayonné, fait véritablement merveille. Le Comté ou les réalisations des nains (Khazad-Dûm dans la Moria bien sûr, mais aussi la splendide façade de Belegost) en sont des exemples frappants. Mais le reste est aussi un pur ravissement. La structure de ses illustrations, son jeu avec l’éclairage (bon sang, le Gouffre de Helm, renversant !!)… Splendide !

 

   

   

 

Au-delà de ses illustrations à tomber, le livre propose aussi des textes qui sont tout sauf accessoires et qui “illustrent” (haha) ce qui est représenté visuellement. Présentés de manière synthétique, ils donnent quelques explications sur ce qui est proposé au lecteur, même s’il vaut mieux déjà connaître les récits de Tolkien pour vraiment comprendre de quoi il retourne. Par ailleurs ces textes, offrant aussi quelques détails sur les inspirations ou influences de John Howe, reprennent les éléments apportés par la toute dernière traduction en date signée Daniel Lauzon (c’est d’ailleurs lui qui officie à la traduction des textes de Howe ici). Une bonne chose puisque c’est cette traduction qui fait dorénavant foi, même si certains termes feront toujours tiquer ceux qui ont grandi avec la traduction de Francis Ledoux.

 

   

 

Est-il besoin d’en dire plus ? A tout amateur des illustrations de John Howe ou des récits de J.R.R. Tolkien, à tout fan des films de Peter Jackson, ce livre est un indispensable (à propos duquel on n’aura que deux regrets : un format que l’on aurait souhaité un peu plus grand, et une reliure qui gêne un peu la visualisation des illustrations s’étalant en double page, à tel point qu’on aurait bien aimé une reliure suisse, suivez mon regard😀 ). Quant aux autres, un simple coup d’oeil devrait les convaincre que John Howe est un artiste au talent inouï.

 

Lire aussi les avis de Célindanaé, Aelinel, Fantasy à la carte, Plumes de Lune.

 

 

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Axiomatique, de Greg Egan, deuxième partie https://www.lorhkan.com/2021/01/20/axiomatique-de-greg-egan-deuxieme-partie/ https://www.lorhkan.com/2021/01/20/axiomatique-de-greg-egan-deuxieme-partie/#comments Wed, 20 Jan 2021 07:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12802 Après une première partie plutôt très convaincante, on enchaîne sans transition vers, devinez quoi ? La deuxième partie. Oui c’est fou, je sais. Greg Egan parvient-il à garder le niveau ? Met-il enfin un peu de sentiments dans ses textes ? Voire même, challenge ultime, va-t-il jusqu’à tirer des larmes...

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Après une première partie plutôt très convaincante, on enchaîne sans transition vers, devinez quoi ? La deuxième partie. Oui c’est fou, je sais. Greg Egan parvient-il à garder le niveau ? Met-il enfin un peu de sentiments dans ses textes ? Voire même, challenge ultime, va-t-il jusqu’à tirer des larmes à son lectorat ?

 

Quatrième de couverture :

Dix-huit récits vertigineux…

Un monument de la SF moderne…

Des drogues qui brouillent la réalité et provoquent la conjonction des possibles. Des perroquets génétiquement améliorés qui jouent En attendant Godot. Des milliardaires élaborant des chimères, mi-hommes mi-animaux, pour assouvir leurs passions esthétiques. Des femmes qui accueillent dans leur ventre le cerveau de leur mari le temps de reconstruire son corps. Des enlèvements pratiqués sur des répliques mémorielles de personnalités humaines. Des fous de Dieu inventant un virus sélectif reléguant le SIDA au rang de simple grippe. Des implants cérébraux altérant suffisamment la personnalité pour permettre à quiconque de se transformer en tueur…

Greg Egan bâtit son futur en disséquant le présent avec une virtuosité aussi fascinante qu’implacable : nous voici prévenus…

Australien né à Perth en 1961, Greg Egan publie sa première nouvelle en 1983. Vingt années, six romans et une soixantaine de nouvelles plus tard, il est unanimement considéré comme l’auteur de science-fiction le plus novateur de sa génération. Une notoriété qui n’infléchit pas le caractère discret de l’auteur, dont on sait peu de choses. II confie toutefois avoir pris, suite à la sortie de son roman Schild’s Ladder en 2002, quelque distance avec l’écriture et ses fonctions de programmeur afin de se consacrer à l’aide aux réfugiés. Période de mise en retrait désormais révolue, puisqu’il travaille à l’heure actuelle sur son septième roman, Incandescence.

Axiomatique est sans conteste le recueil de SF le plus incontournable de la décennie 90. Annoncé en France depuis près de dix ans, sa présente publication en intégralité est un événement majeur. Axiomatique sera suivi par deux autres volumes, l’ensemble de ces trois tomes constituant à terme une intégrale raisonnée des nouvelles de l’auteur unique au monde.

Traductions revues et harmonisées par QUARANTE-DEUX

 

Jeu, set et match.

  • En apprenant à être moi

Le “cristal” est une sorte de circuit implanté dans le cerveau qui permet de mimer celui-ci, copiant souvenirs, réactions, et manière de vivre, tout au long de la vie de la personne implantée. Il permet, une fois la trentaine arrivée, à une période de la vie où le cerveau commence inexorablement à décliner, de “basculer”, c’est à dire de prendre la main sur un cerveau au sommet de ses moyens mais dont l’obsolescence ne pourra être ensuite qu’handicap pour l’être humain.

Le narrateur du texte est pourtant hésitant. Où se situe l’être humain, ce qui définit l’humanité ? La conscience, l’âme ? Dans le cerveau ? Dans le cristal ? Laisser la main au cristal, n’est-ce pas une sorte de mort, même si le corps (hormis le cerveau donc) reste physiquement inchangé ? Même si le cristal est une réplique parfaite du cerveau et que donc la personne concernée, vue de l’extérieur, reste totalement inchangée ? C’est d’ailleurs ce qu’a vécu le narrateur avec ses parents qui ne lui ont avoué leur bascule que quelques années après l’avoir effectuée… Et en fait, qui mène vraiment la danse, quand cerveau et cristal sont présents en parallèle ?

Toutes ces questions, et bien d’autres encore, sont abordées par Greg Egan en une vingtaine de pages, dans un style très eganien, donc très analytique et pas forcément très “romanesque”. Pourtant, comment ne pas s’incliner devant la profondeur des réflexions que l’auteur australien pose sur la table ? Touchant autant à l’éthique qu’à la science ou la philosophie, “En apprenant à être moi”, avec un twist plutôt malin porté par une sorte d’épiphanie du narrateur, est un texte vertigineux.

 

  • Les douves

Deux trames sont mises en parallèle dans ce texte. D’un côté, des informations sur l’état du monde (futur proche), entre dérèglement climatiques et afflux de migrants vers l’Australie, forcés de fuir leurs archipels inondés devenus inhabitables. Et par-dessus, la montée des extrêmes, la montée du racisme, la peur des migrants qui vont venir chambouler le délicat équilibre écologique et social que tente de maintenir le pays. Bref, notre monde quoi. De l’autre côté, un viol et une analyse qui met au jour des étrangetés au niveau de l’ADN du violeur.

Deux trames qui n’ont rien à voir ? A voir… Ici, Greg Egan nous dépeint un climat déréglé et la volonté inébranlable de certains de ne rien avoir à voir avec ces migrants soit disant menaçants. A tout prix, et quels qu’en soient les moyens… C’est court, il y a quelques informations scientifiques (biologiques) pas forcément simples à comprendre mais qui ne nuisent pas à la compréhension du récit. Et c’est donc très parlant.

 

  • La marche

Deux hommes marchent en forêt, mais ce n’est pas une marche amicale puisque l’un des deux pointe une arme vers l’autre. Au bout du chemin, l’exécution. A moins que le tueur ne cherche autre chose…

Le texte, voudrait nous parler du changement du mode de pensée via l’utilisation des implants mais n’y parvient qu’à moitié. Le récit est en effet un peu court pour réellement explorer cette thématique, et même s’il ne manque pas de bonnes idées (cette vision des évènements qui sont comme une roue qui tourne et qui se répètent de personne en personne), il ne parvient pas à vraiment éveiller l’intérêt. Il y a bien meilleur sur le sujet, y compris dans ce recueil.

 

  • Le p’tit mignon

Un homme désireux par dessus tout d’avoir un enfant, à tel point que la pression qu’il met sur sa compagne l’amène à une rupture, décide de profiter des avantages de la technologie pour être enceint. Il s’achète un kit “P’tit mignon” à pas cher, qui lui permet de réaliser son rêve. C’est légal puisque les p’tits mignons sont des êtres vivants sans intelligence (et donc sans conscience d’eux-mêmes) qui meurent naturellement à l’âge de quatre ans. Et oui, c’est aussi totalement tordu, mais c’est le seul moyen qu’a trouvé le narrateur pour satisfaire cet irrépressible besoin.

Un enfant à tout prix ? Mais avec quelles conséquences ? Le texte navigue entre horreur (horreur d’une situation en dehors de toute éthique) et réflexion sur le désir d’enfant, l’attachement d’un homme pour sa fille. Et la chute est évidemment terrible. Une nouvelle vraiment dérangeante.

 

  • Vers les ténèbres

Ce texte rappelle très clairement le tout premier du recueil, “L’assassin infini”, puisqu’il est bâti sur la même structure : un évènement extraordinaire faisant appel à une physique vertigineuse apparaît et un personnage est appelé pour tenter d’y faire face. Pas de vortex d’univers multiples ici, mais l’apparition d’un trou de ver d’un kilomètre de rayon (nommé le Seuil), créé par on ne sait qui et qui semble s’être effondré sur lui-même. Les personnes prises dans ce trou de ver n’ont qu’une seule possibilité : se diriger vers le centre du trou, le Coeur, qui n’est rien d’autre que son autre extrémité (à peine décalé temporellement).

Aller vers le Coeur nécessite de courir vers l’obscurité, hé oui, forcément, puisque dans un trou de ver le temps est anisotrope et se mélange à l’espace. C’est évident. Et il en va de même pour la lumière. Et puisque tout mouvement du futur vers le passé est impossible, la lumière ne peut qu’aller de la périphérie du Seuil (le passé) vers le Coeur (le futur). Et donc, courir vers le Coeur signifie courir vers l’obscurité puisqu’aucune lumière ne peut venir du Coeur. A l’inverse, se retourner vers la périphérie du Seuil peut vous permettre de voir ceux qui sont plus éloignés que vous du Coeur, mais eux ne vous verront pas… Ca va, vous suivez ? 😀

Bon, en vrai, je vous rassure, avec un peu de concentration, même sans comprendre les phénomènes physiques à l’oeuvre ici, on comprend tout à fait à quoi cela correspond visuellement, et c’est vraiment palpitant. Et donc John Nately, suite à l’apparition du Seuil en pleine zone urbaine, va tenter de secourir quelques personnes bloquées à l’intérieur. Le tout dans un temps le plus court possible, puisque le Seuil peut s’effondrer à tout moment, au passage en homogénéisant radialement l’espace qu’il a occupé. Ouais, carrément. En rasant tout ce qui était présent quoi.

Donc il vaut mieux se dépêcher. Quoique, puisque statistiquement, si le Seuil ne s’est pas écroulé, c’est que ceux qui étaient à l’intérieur avaient jusqu’ici 100% de chances de ne pas s’écrouler avec lui… 😀

Bon, j’arrête là pour les explications, mais ça vous donne une idée de tout ce avec quoi joue Greg Egan dans ce texte (et je vous passe quelques autres phénomènes qui découlent de cette étrange physique…). Tout ce qui est à retenir ici, c’est que c’est totalement vertigineux, absolument renversant, bourré d’action, palpitant, fabuleusement bouleversifiant. De la très très grande hard-SF quoi.

 

  • Un amour approprié

Un accident de train, un homme mutilé au corps impossible à remettre en état. Mais il y a une solution pour permettre à Carla, son épouse aimante, de le revoir en plein santé, d’autant que le couple avait souscrit à une police d’assurance le permettant : un nouveau corps.

Mais cela prend du temps pour que ce nouveau corps (enfanté par une mère porteuse, et au cerveau volontairement endommagé pour pouvoir greffer ensuite celui de l’assuré) soit disponible. Deux ans. Deux ans pendant lesquels il va falloir pour Carla trouver une solution pour conserver en bon état le cerveau de son mari. Les machines existent mais elles coûtent cher, et le couple a fait une petite erreur d’interprétation dans un truc écrit tout petit sur leur contrat d’assurance… C’est donc dans son propre corps que Carla va “héberger” le cerveau de Chris, plus ou moins contrainte par son assureur. Un corps qu’il va falloir “tromper” en lui faisant croire qu’il porte un enfant, avec tout le système biologique à même d’assurer la survie du cerveau. Carla va donc être enceinte, pendant deux ans, pour faire revivre son mari.

Liberté des femmes de disposer de son propre corps, pression sociale, diktat des compagnies d’assurance, éthique et dérives scientifiques, commerce du vivant, Greg Egan aborde de nombreux sujets, parfois assez proches de ceux déjà abordés dans “Le p’tit mignon”, avec ce même fond dérangeant. Cerise sur le gâteau, même si on ne pourra toujours pas louer Greg Egan pour la sensibilité de son écriture, le lecteur ressent viscéralement les tiraillements qui agitent Carla, son impression d’être prise au piège, son sentiment d’injustice devant ce qui lui arrive (à plusieurs niveaux) et on a vite fait de prendre fait et cause pour elle. Oui, le personnage de Carla est vivant (même si elle analyse les choses parfois assez froidement…) et émouvant, c’est rare chez Egan, il faut le signaler. Un texte qui fonctionne, qui interroge, qui bouscule, jusqu’à une conclusion totalement désenchantée…

 

  • La morale et le virologue

Le savant fou ! Oui, même Greg Egan aborde cet élément que la science-fiction s’est fait un malin plaisir d’explorer à de nombreuses reprises. Ici il s’agit d’un homme, fervent croyant, qui développe un virus particulièrement “bien pensé” pour faire ce qu’il a à faire, à savoir rien de moins que tuer les homosexuel(le)s et les personnes infidèles. Mais est-il réellement pensé jusque dans les moindres détails ? A moins qu’il suffise de s’aveugler volontairement pour s’en satisfaire…

Science fanatique, sans éthique et à disposition de qui a un peu de moyens, le texte fonctionne plutôt bien si l’on accepte, et c’est un peu étonnant venant de Greg Egan, qu’un homme seul soit capable de développer ce genre de virus, dont le cycle de mutation relève d’un très haut niveau en technique biologique. Sympathique, et intéressant en ce qui concerne l’évolution du virus (avec quelques explications scientifiques à la clé), mais pas plus marquant que ça malgré une chute efficace.

 

  • Plus près de toi

Vous êtes-vous déjà demandé ce que peuvent ressentir d’autres personnes, ce que cela ferait d’entrer dans leur corps et leur esprit pour comprendre leurs réactions, leurs sentiments ? C’est précisément ce que voudrait expérimenter le narrateur de ce texte, et comme nous sommes dans un texte de Greg Egan, coup de chance, la technologie du futur le permet. De plusieurs manières au fil du temps qui passe : échange de corps, fusion des deux êtres dans deux corps robotiques, jumeaux hermaphrodites, etc… Le narrateur a par ailleurs la chance d’être en couple avec Sian, une jeune femme qui, si elle ne partage pas cette obsession, est toujours d’accord pour vivre pleinement de nouvelles expériences.

Le récit commence bien, et expose assez clairement les enjeux, entre solipsisme et désir d’explorer la conscience d’un autre, avec les contradictions métaphysiques que cela implique.

Qu’est-ce que ça pourrait bien vouloir dire, de toute façon, de savoir ce que c’est que d’être quelqu’un d’autre ? Il faudrait avoir ses souvenirs, sa personnalité, son corps – tout. Et alors on serait juste lui, et plus soi-même, et on saurait rien de plus. Ça n’a aucun sens.

La deuxième partie du texte m’a en revanche moins convaincu, extrêmement analytique, presque comme un devoir de philo. Le fond est évidemment intéressant, mais la forme un peu rebutante, dommage.

 

  • Orbites instables dans la sphère des illusions

Parfois Greg Egan surprend. Comme avec ce texte, qui démontre que d’une part l’auteur australien ne manque pas d’idées saugrenues, et que d’autre part ces idées sont là pour pratiquer des expériences de pensée, très stimulantes intellectuellement mais qui rejettent l’intrigue du récit en queue de classement des préoccupations de l’auteur.

L’idée ici c’est de dire que la Fusion a eu lieu, c’est à dire que toute l’humanité est devenu un (beau ?) jour perméable aux croyances des uns et des autres. Vivre épiphanies sur épiphanies à fait plonger le monde dans le chaos, avant qu’il ne se restructure autour de pôles de croyances divers et variés, qui agissent comme des attracteurs pour ceux qui passent à proximité. Ce sont ces attracteurs qui ont refaçonné la situation géo-politico-sociale d’un monde que l’on pourrait croire post-apocalyptique.

Et c’est dans ce monde que vivent le narrateur et sa compagne Maria, qui se font fort de fuir les attracteurs pour rester libres de toute influence mystique ou religieuse. Jusqu’à ce qu’une rencontre les amène à reconsidérer ce qu’il prenait pour un sentiment de liberté face à un monde religieusement et communautairement très structuré. Et si leur prétendue liberté les avait en fait placés sous l’influence d’un attracteur d’un genre différent ? Où est la liberté ? Où est le libre-arbitre ?

C’est évidement questionnant, mais c’est aussi très cérébral. Les personnages, l’intrigue, ne sont que des prétextes à analyser un “problème” d’ordre métaphysique. Cela peut de toute évidence poser un problème si on attend un texte rythmé, un texte qui fait vivre une histoire au lecteur, en plus de l’amener à se pencher sur des situations ou des problématiques scientifico-éthico-philosophiques. L’auteur sait pourtant le faire, comme on a pu le voir avec quelques autres textes du recueil, mais ce n’est pas le cas ici. C’est aussi ça Greg Egan.

 

Voilà. Impressionnant. Comme dans tout recueil, il y a des choses plus intéressantes que d’autres, et Greg Egan est très fidèle à ce style aride qui met en retrait les personnages en les réduisant essentiellement à une simple fonction lui permettant de dérouler sa démonstration (avec parfois une exception ici ou là mais ce n’est pas la panacée…). Mais sur le plan des idées, c’est vraiment hors du commun, à la fois questionnant et vertigineux.

Par ailleurs, contrairement à ce que l’on pourrait penser, ce recueil et très accessible (toutes proportions gardées, ce n’est pas du pulp non plus… 😀 ), et si la science est évidemment très présente, elle n’est là que pour fournir un socle sur lequel s’appuient les questionnements soulevés par l’auteur australien. Là aussi il y a des exceptions, avec quelques textes ponctués d’explications un peu plus ardues ou faisant appel à des concepts physiques très éloignés de ce que nous connaissons et donc apparaissant contre-intuitifs. Mais c’est aussi ce qui fait leur force car avec un peu d’effort, ce sont alors des récits et des idées vertigineuses qui s’imposent dans la tête du lecteur. Mais l’essentiel des nouvelles présentées ici jouent avant tout sur la morale, l’éthique, la philosophie, le tout évidemment très lié à de possibles avancées scientifiques ou à des extrapolations posant de véritables dilemmes humains et métaphysiques.

Il ne faut donc pas avoir peur de Greg Egan, du moins pas avec ce recueil, qui joue clairement sur le même terrain qu’un Ted Chiang. On est ici très clairement au sommet du panier des auteurs de hard-SF. Place prochainement au deuxième volume des nouvelles de Greg Egan, avec “Radieux”.

 

Lire aussi l’avis de Feyd Rautha, Gromovar, Anudar, Lutin (partie 1, partie 2), Philémont, Le boudoir littéraire, Blackwolf, Hellrick, Falaise Lynnaenne, Gustave le chat, LadyScar, Le cri du lézard, Snow, Culture SF, Human after all, Culture remains, Le dernier des blogs

 

Critique écrite dans le cadre du challenge “#ProjetOmbre” de OmbreBones.

 

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Axiomatique, de Greg Egan, première partie https://www.lorhkan.com/2021/01/15/axiomatique-de-greg-egan-premiere-partie/ https://www.lorhkan.com/2021/01/15/axiomatique-de-greg-egan-premiere-partie/#respond Fri, 15 Jan 2021 07:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12094 Il était temps de m’y mettre sérieusement… J’ai longtemps tourné autour de Greg Egan, piochant une nouvelle ici ou là. Souvent ébloui par ce qu’il nous disait, souvent aussi déçu par la froideur de ses textes. Pour tout dire, j’ai même lu ce recueil “Axiomatique” il y a quelques années...

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Cet article Axiomatique, de Greg Egan, première partie est apparu en premier sur Lorhkan et les mauvais genres.

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Il était temps de m’y mettre sérieusement… J’ai longtemps tourné autour de Greg Egan, piochant une nouvelle ici ou là. Souvent ébloui par ce qu’il nous disait, souvent aussi déçu par la froideur de ses textes. Pour tout dire, j’ai même lu ce recueil “Axiomatique” il y a quelques années mais je n’avais pas fait d’article sur ce blog à l’époque. Voici donc une relecture suite à l’achat des trois tomes en grand format (dorénavant intégrés à la collection “42” du Bélial’, accompagnés des recueils de Ken Liu, “La Ménagerie de papier” et “Jardins de poussière”, de Nancy Kress, “Danses aériennes”, de Peter Watts, “Au-delà du gouffre”, et de Rich Larson, “La fabrique des lendemains”) de l’intégrale “raisonnée” (en tout cas au moment de sa parution) des nouvelles de Greg Egan. Une relecture attentive cette fois, avec une maturité de lecteur un peu plus affûtée. Puisque je me suis un peu étalé sur chaque texte du recueil, je vais scinder l’article en deux parties. Et comme je suis bien élevé, on va commencer ici avec la première. 😀

 

Quatrième de couverture :

Dix-huit récits vertigineux…

Un monument de la SF moderne…

Des drogues qui brouillent la réalité et provoquent la conjonction des possibles. Des perroquets génétiquement améliorés qui jouent En attendant Godot. Des milliardaires élaborant des chimères, mi-hommes mi-animaux, pour assouvir leurs passions esthétiques. Des femmes qui accueillent dans leur ventre le cerveau de leur mari le temps de reconstruire son corps. Des enlèvements pratiqués sur des répliques mémorielles de personnalités humaines. Des fous de Dieu inventant un virus sélectif reléguant le SIDA au rang de simple grippe. Des implants cérébraux altérant suffisamment la personnalité pour permettre à quiconque de se transformer en tueur…

Greg Egan bâtit son futur en disséquant le présent avec une virtuosité aussi fascinante qu’implacable : nous voici prévenus…

Australien né à Perth en 1961, Greg Egan publie sa première nouvelle en 1983. Vingt années, six romans et une soixantaine de nouvelles plus tard, il est unanimement considéré comme l’auteur de science-fiction le plus novateur de sa génération. Une notoriété qui n’infléchit pas le caractère discret de l’auteur, dont on sait peu de choses. II confie toutefois avoir pris, suite à la sortie de son roman Schild’s Ladder en 2002, quelque distance avec l’écriture et ses fonctions de programmeur afin de se consacrer à l’aide aux réfugiés. Période de mise en retrait désormais révolue, puisqu’il travaille à l’heure actuelle sur son septième roman, Incandescence.

Axiomatique est sans conteste le recueil de SF le plus incontournable de la décennie 90. Annoncé en France depuis près de dix ans, sa présente publication en intégralité est un événement majeur. Axiomatique sera suivi par deux autres volumes, l’ensemble de ces trois tomes constituant à terme une intégrale raisonnée des nouvelles de l’auteur unique au monde.

Traductions revues et harmonisées par QUARANTE-DEUX

 

C’est donc ça, Greg Egan…

Comme je le disais en introduction, j’ai lu “Axiomatique” il y a quelques années de ça. J’avoue qu’il ne m’en restait pas grand chose avant d’attaquer la relecture des 18 textes qui le composent, si ce n’est que la grosse hard-SF n’était pas si présente que ça et que le recueil était finalement relativement abordable et fascinant sur bien des points. Une exception tout de même : je me souviens très clairement ne rien avoir compris au premier récit, “L’assassin infini”. Et c’est là qu’on voit qu’un peu de “bagage” de lecteur et peut-être une maturité plus affirmée ont un rôle à jouer, car cette fois tout s’est éclairé.

 

  • L’assassin infini

“L’assassin infini” nous met dans la peau d’un homme, réputé “(…) stable. Fiable. Sûr”,  chargé d’éliminer un vortex créé par un consommateur de la drogue S. Car cette drogue permet aux consommateurs, appelés des “rêveurs”, de vivre les vies de leurs alter ego évoluant dans des réalités alternatives. Et quand le phénomène est à son paroxysme, les drogués peuvent carrément se déplacer physiquement dans ces univers alternatifs, et cela “casse” le tissu de la réalité, le phénomène s’accentuant lorsque ces alter ego sont aussi des rêveurs. Le vortex grandit alors, s’auto-alimente, menaçant de disloquer la réalité. La Firme envoie alors un assassin chargé de tuer le drogué (et ce dans tous les univers) et de mettre fin au vortex.

Greg Egan joue ici avec les univers multiples (infinis même !), les probabilités, les statistiques (car le tueur est lui aussi présent dans tous les univers alternatifs, et certaines de ses itérations peuvent réussir à tuer le rêveur, d’autres échouer, d’autres mourir. C’est là que la stabilité de l’homme envoyé par la Firme entre en jeu, puisque ses alter ego font nécessairement TOUS les choix possibles, mais sa stabilité fait qu’une majorité de ses alter ego font le “bon” choix, ce qui a une influence sur l’ensemble des univers. Et oui, incidemment se pose la question du libre-arbitre…).

C’est sans doute assez difficile d’accès mais c’est pourtant assez génial quand on parvient à entrer dans le récit et à se rendre compte des perspectives. Le passage où le tueur se rapproche du centre du vortex et où la (les) réalité(s) se délite(nt) autour de lui (en fonction du gradient du vortex) est par ailleurs vraiment superbement rendu, un moment plein de tension, très spectaculaire, vraiment renversant sur le plan physique. Oui c’est quantique, on y parle brièvement de poussière de Cantor et d’autres aspects purement hard-SF, mais même sans totalement comprendre le fondement scientifique de la chose, sur le plan du vertige on est servi. En plus, c’est rythmé, ça dépote, bref c’est réussi, et cette relecture (d’un texte qui approche des 30 ans tout de même !) est à peu près l’exact opposé de ma première lecture. Comme quoi…

 

  • Lumière des évènements

Et donc là, je viens de faire un pavé sur une seule nouvelle, alors que le recueil en compte 18… Tentons de faire plus court. Un peu. 😀 La deuxième nouvelle, “Lumière des évènements” est un peu plus accessible que la première. On y découvre des galaxies à temporalité inversée qui ont la particularité de recevoir des photons venant des détecteurs (les télescopes par exemple), l’inverse des galaxies classiques qui envoient leurs photons en direction des détecteurs. Et donc, au lieu d’observer le passé, ces étranges galaxies permettent d’observer l’avenir.

Et au prix d’une explication résolument scientifique qui pourrait perdre plus d’un lecteur (mais dont l’importance est au final toute relative puisque Greg Egan se concentre sur les conséquences sur les hommes et les femmes), on en arrive à une humanité capable de connaître son propre futur. Dès lors, là encore on aborde la notion de destinée et de libre-arbitre dans un monde où causes et conséquences sont inversées, et où ce qui forge une personne ce n’est plus seulement la connaissance de son passé mais aussi de son avenir.

Et puis, Egan donne à voir les petits (ou les grands) travers de l’humanité qui, entre non-dits, omissions et falsifications, s’est adaptée à ce changement de paradigme pour jouer avec (ou refaire) l’Histoire (pas seulement a posteriori cette fois mais aussi en quelque sorte a priori), individuellement ou collectivement. “Lumière des évènements” est donc un texte au fond tout à fait fascinant mais peut-être un peu trop verbeux être pleinement convaincant.

 

  • Eugene

Il est cette fois question d’eugénisme avec ce scientifique qui propose ses services à un jeune couple désirant enfanter et ayant des moyens conséquents du fait d’un tirage heureux dans un jeu de loterie. Un couple facilement impressionnable et un scientifique aux dents longues qui voit avant tout le côté financier des choses, un cocktail qui peut mener au pire. Mais c’est sans compter sur ce que pourrait éprouver le résultat de ce cocktail, un enfant parfait sur tous les plans.

La chute est surprenante, mêlant sciences et bouddhisme dans un avenir qui ne veut tout simplement pas être. Intéressant, et parfois amusant, j’avoue pourtant ne pas avoir été convaincu par cette chute plus “fiction” que “science”.

Je retiendrais malgré tout une écriture d’Egan dont la volonté de coller à des termes scientifiques rend amusante sa manière d’approcher l’amour et le mariage :

Il est difficile de déterminer si la naissance de ce lien fut le résultat du hasard, la conséquence d’expériences fondatrices de leur personnalité, ou le simple reflet d’un avantage qui, dans le passé, aurait existé de par la conjonction de l’expression visible de quelques-uns de leurs gènes. Peut-être les trois facteurs avaient-ils joué un rôle. En tout cas, le nœud de leurs interdépendances n’avait cessé de grandir, jusqu’à ce que le mariage commence à leur paraître beaucoup plus facile que la désintrication de leur relation et, une fois accepté, aussi naturel que la puberté ou la mort.

 

  • La caresse

Un policier intervient dans une maison dont une fenêtre a été fracturée. Il y découvre le corps d’une femme égorgée, ainsi qu’une “chimère” (un corps de léopard et une tête de femme), vivante. Débute alors une enquête qui amènera le policier à s’intéresser autant à l’art et à ses excentriques millionnaires dont la “vision” défie toute logique, qu’à la science pure et dure.

Egan fait ici une référence explicite au tableau “La caresse” de Fernand Khnopff. Art et sciences s’entremêlent dans un texte qui prouve que Greg Egan sait écrire des textes simples (aucune difficulté scientifique ici) mais non dénués d’intérêt. S’ajoute à tout cela une police qui utilise des drogues sur ses officiers pour rendre leurs sens plus affutés. Mais la descente, une fois revenu chez soi, est parfois éprouvante.

C’est le texte le plus long du recueil (un peu moins de 40 pages), mais ce n’est certainement pas le moins bon, j’ai beaucoup aimé.

 

  • Soeurs de sang

Deux soeurs jumelles qui ont fait un pacte de sang lorsqu’elles étaient enfants ont suivi des chemins différents. L’une est experte en informatique, l’autre fait plutôt dans le journalisme humanitaire. Mais elle vont toutes les deux être victimes d’un virus potentiellement mortel (échappé d’un laboratoire secret), pour un sort bien différent.

Nouvelle qui met en lumière les comportements en dehors de toute éthique et de toute morale des compagnies pharmaceutiques, “Soeurs de sang” fait mouche. La critique est très claire, le propos limpide, et les différentes techniques de test des médicaments, acceptables quand elles sont réalisées dans un cadre légal, le sont déjà nettement moins quand les lois, dans une sorte de principe de précaution virant à la psychose, permettent tous les débordements.

En ces temps de psychose collective due au Covid-19, ce texte prend bien évidemment une saveur toute particulière…

 

  • Axiomatique

Les implants cérébraux sont une réalité. Permettant au départ d’apprendre instantanément des langues étrangères, ils se sont sophistiqués et permettent maintenant d’orienter son mode de pensée.

C’est dans ce contexte qu’évolue Mark Carver, un homme dont la femme a été tuée sans raison apparente lors d’un braquage de banque. Le mauvais endroit au mauvais moment… Ce drame reste toujours une plaie ouverte pour Mark. Et quand le meurtrier sort de prison après une peine raccourcie (avec le jeu des remises de peine et surtout sa pleine et entière collaboration lors du procès durant lequel il a balancé ses complices), Carver se retrouve tiraillé entre l’idée de vengeance et sa morale personnelle qui proscrit ce genre de comportement. Un tiraillement qui, s’il ne fait rien, le poursuivra toute sa vie.

La solution : un implant cérébral qui injecte l’idée que la vie humaine n’a aucune valeur. Désinhibition totale pour Mark Carver, qui va pouvoir se faire justice, et reprendre ensuite une vie normale. Mais tout n’est pas si simple. Et si les implants laissaient une trace dans la psyché des utilisateurs ? Et si cette désinhibition ressentie par Mark était la solution idéale pour le reste de sa vie, au prix des sentiments qu’il éprouvait pour son épouse ?

Morale, comportement régi par les sciences, vengeance, deuil, le texte aborde toutes ces choses de fort belle manière. Et au fond, se pose l’ultime question : jusqu’où est-on prêt à aller, qu’est-on prêt à faire de la morale lorsqu’il en va de notre santé mentale ? Vous avez quatre heures. Greg Egan n’a eu besoin que de 18 excellentes pages.

 

  • Le coffre-fort

Un homme se réveille chaque jour dans la peau d’une personne différente, mais toujours à peu près d’un âge qui correspond au sien et dans une zone géographique limitée. Ainsi, au fil de sa vie, il revient plus ou moins régulièrement dans le corps d’une personne qu’il a déjà “habitée”.

Mais comment vivre sa vie quand on doit chaque jour vivre (et comprendre) la vie d’une personne différente ? Comment grandir, comment apprendre, comment aimer ? Autant de questions que Greg Egan, d’une manière assez analytique (un peu comme l’a fait Ted Chiang très récemment), étudie et explique, avec les “techniques” de cet homme qui ne demande qu’à avoir un nom. Il a notamment pris l’habitude, depuis plusieurs années, de prendre des notes qu’il garde bien précieusement dans un coffre-fort, ce qui lui permet de garder une trace de ses souvenir et de ses hôtes.

Et puis vient la chute, l’explication (pas absolument claire mais laissant le lecteur faire une partie du travail). Terrible, pour un récit très efficace qui place le narrateur au centre de celui-ci, la preuve que Egan se soucie de ses personnages mais que le ton qu’il emploie, très distancié malgré une narration à la première personne, restreint l’attachement que l’on pourrait leur vouer. Typiquement le genre de récit qu’un Ken Liu pourrait magnifier.

 

  • Le point de vue du plafond

Un riche homme d’affaires travaillant dans le cinéma se fait prend une balle dans la tête suite à une tentative d’assassinat, et se retrouve à l’hôpital. Sauvé, il est malgré tout victime de ce qu’il croit être, au départ, une expérience extracorporelle, durant son opération. Sauf que cette expérience dure, même une fois réveillé. Et son point de vue change, puisqu’il voit tout depuis… le plafond !

J’ai moins adhéré à ce texte, dont le changement de point de vue du personnage principal n’est pas clairement expliqué (et donc visualisé par le lecteur, ce qui est dommage quand on parle d’une altération visuelle…) et le texte semble n’aller nulle part, sans explication ni chute à proprement parler. Bof.

 

  • L’enlèvement

David reçoit une demande de rançon suite à l’enlèvement de son épouse. Sauf que son épouse est à la maison, en train de travailler sur une nouvelle oeuvre d’art, comme habituellement. Alors quoi ? Etait-ce un canular ? Mais le texte se situe dans un futur non daté, dans lequel les citoyens peuvent se faire scanner, pour “revivre” après leur mort dans une vaste simulation numérique. Le scan de l’épouse de David aurait-il été piraté ? Impossible, puisqu’elle a toujours refusé de se faire scanner, contrairement à lui.

Je n’en dirai pas plus sur un texte qui, l’air de rien, en vient à poser de vraies et très pertinentes question sur la vie, la mort, la “réincarnation numérique” et ce qui définit la vie, mais aussi, en allant plus loin, la conscience, la mémoire et l’importance de celle-ci quant à l’image que l’on se fait de ceux qui nous côtoient. Et le tout se mélange pour former une réflexion passionnante sur la vie, sur l’autre, rejoignant d’une certaine manière un proverbe malgache disant que “Les morts ne sont vraiment morts que lorsque les vivants les ont oubliés”.  Rien de très novateur au départ sur les thématiques abordées, mais le discours est d’une précision et d’une limpidité rare. Passionnant et questionnant.

 

On s’arrête à mi-chemin pour la première partie, mais je crois qu’on peut déjà sentir venir l’orientation de mon avis final sur ce recueil. Sur le plan des idées, c’est assez dingo !

 

Lire aussi l’avis de Feyd Rautha, Gromovar, Anudar, Lutin (partie 1, partie 2), Philémont, Le boudoir littéraire, Blackwolf, Hellrick, Falaise Lynnaenne, Gustave le chat, LadyScar, Le cri du lézard, Snow, Culture SF, Human after all, Culture remains, Le dernier des blogs

 

Critique écrite dans le cadre du challenge “#ProjetOmbre” de OmbreBones.

 

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Emissaires des morts, de Adam-Troy Castro https://www.lorhkan.com/2021/01/11/emissaire-des-morts-de-adam-troy-castro/ https://www.lorhkan.com/2021/01/11/emissaire-des-morts-de-adam-troy-castro/#comments Mon, 11 Jan 2021 07:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12767 Adam-Troy Castro n’est guère connu en francophonie, et pour cause : malgré une bibliographie conséquente en VO, il n’a été traduit, avant la parution de “Emissaires des morts”, qu’à trois reprises, trois nouvelles parues dans la revue numérique Angle Mort. Je n’avais pour ma part lu qu’un seul texte de...

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Adam-Troy Castro n’est guère connu en francophonie, et pour cause : malgré une bibliographie conséquente en VO, il n’a été traduit, avant la parution de “Emissaires des morts”, qu’à trois reprises, trois nouvelles parues dans la revue numérique Angle Mort. Je n’avais pour ma part lu qu’un seul texte de lui, mais quel texte ! “Une brève histoire des formes à venir” dans Angle Mort numéro 11, fut un régal d’absurde et d’humour, plein d’humanité. Un texte (librement disponible, et à la lecture très fortement conseillée donc) qui m’avait marqué et qui m’a fait voir d’un très bon oeil l’arrivée de l’auteur chez Albin Michel Imaginaire.

 

Quatrième de couverture :

Un space opera coup-de-poing situé dans un futur lointain, celui du Système Mercantile, où le racisme, la guerre, l’esclavagisme et la corruption n’ont pas pris fin, bien au contraire.

Quand elle avait huit ans, Andrea Cort a été témoin d’un génocide. Pis, après avoir vu ses parents massacrés, elle a rendu coup pour coup. En punition de ses crimes, elle est devenue la propriété perpétuelle du Corps diplomatique. Où, les années passant, elle a embrassé la carrière d’avocate, puis d’enquêtrice pour le bureau du procureur. Envoyée dans un habitat artificiel aussi inhospitalier qu’isolé, où deux meurtres viennent d’être commis, la jeune femme doit résoudre l’affaire sans créer d’incident diplomatique avec les intelligences artificielles propriétaires des lieux. Pour ses supérieurs, peu importe quel coupable sera désigné. Mais les leçons qu’Andrea a apprises enfant ont forgé l’adulte qu’elle est devenue : une femme pour le moins inflexible, qui ne vit que pour une chose, « combattre les monstres ».

 

Diplomatie spatiale

“Emissaires des morts” est un gros pavé de 700 pages (avec le toujours génial Manchu pour l’illustration de couverture), composé de quatre nouvelles ou novellas et d’un roman de 400 pages (traduits par Benoît Domis). Commençons par saluer l’initiative de Albin Michel Imaginaire qui a pris le parti d’offrir au lecteur un “tout” (présenté dans l’ordre chronologique interne du cycle) alors qu’il aurait été tout à fait possible de se passer des récits courts pour ne livrer que le roman, qui contient par ailleurs toutes les informations nécessaires pour en comprendre les tenants et les aboutissants.

Mais quelle erreur cela aurait été ! D’une part parce que les quatre novellas sont d’excellente facture, et d’autre part parce qu’elles éclairent de manière singulière le personnage d’Andrea Cort à travers certaines missions qui l’ont forgée, son passé dramatique qu’elle va être contrainte de (sup)porter jusqu’à la fin de sa vie, et surtout permettent de comprendre pleinement ce qui la hante tout au long du roman, suite à une sorte “d’épiphanie” vécu dans l’un de ces textes. Bref, les quatre premiers textes n’ont rien d’un apéritif dispensable, bien au contraire.

Andrea Cort travaille au sein du Corps Diplomatique, en qualité de répresentante du Procureur Général de la Confédération Homo Sapiens. Elle est donc chargée de gérer l’aspect diplomatique des affaires criminelles mêlant l’humanité à une ou plusieurs espèces extraterrestres parmi les nombreuses civilisations peuplant l’espace connu. Les quatre textes courts présente des situations variées dans lesquelles il s’agit pour Andrea Cort de négocier des accords pour livrer un criminel, débusquer un traître, tenter de trouver une solution alternative pour soustraire à la justice extraterrestre un homme condamné par celle-ci à la peine capitale, ou bien s’assurer que la justice passe et satisfasse tous les partis alors que la civilisation victime des crimes d’un meurtrier humain, déclarée sentiente mais très éloignée d’un quelconque anthropomorphisme, semble ne pas pouvoir entrer dans les cases du droit interstellaire…

Il y aurait beaucoup à dire sur ces textes très efficaces, écrits sur un mode policier, et qui jouent sur les thématiques de la justice et du châtiment, tout en proposant un personnage (Andrea Cort donc) complexe, que le drame qu’elle a vécu (et auquel elle a pris part) ne cesse de hanter et qui est le point de départ du reste de sa vie. Car cette humanité future n’est pas une utopie, et le Corps Diplomatique use de moyens assez douteux pour enrôler ceux qui œuvreront pour la justice des hommes. L’esclavage capitaliste existe toujours bel et bien, et pour se sortir d’une planète “usine” dominée par une mégaentreprise, il n’y a guère d’alternative si ce n’est le Corps Diplomatique qui peut acheter la liberté des citoyens auprès de leur employeur, moyennent un certain nombre d’années d’engagement (qui peut être allongé ou raccourci en fonction des résultats de l’engagé). Une forme d’esclavage pour se sortir d’un autre esclavage. Comme le dit l’un des personnages du roman :

Nous sommes tous des propriétés, Maître. la seule chose qui importe, c’est de bien choisir son maître.

Mais ce n’est pas tout à fait le cas d’Andrea Cort. Qualifiée de criminelle et condamnée à vie pour ce qu’elle a commis alors qu’elle avait huit ans, le Corps Diplomatique a acheté son engagement, mais il s’agit ici d’un engagement à vie. Andrea Cort est donc sous les ordres de son employeur, avec un contrat pas forcément à son avantage, contrainte et forcée, sans aucun moyen de s’en libérer. Voilà l’humanité du futur. Ce que la Représentante du Procureur a vécu (et les quelques années d’enfermement qu’elle a subi avant de rejoindre le Corps Diplomatique, entre violences physiques et psychologiques) a fait d’elle une femme repliée sur elle-même, refusant le contact physique et profondément misanthrope. Tout un programme dès lors qu’on travaille dans les relations diplomatiques…

Les quatre nouvelles, dont trois d’entre elles sont écrites à la troisième personne, ont la particularité (à l’exception de l’une d’elles, quoique…) de faire intervenir Andrea Cort alors que les crimes ont déjà été commis, que le criminel a déjà été arrêté voire déjà jugé. Notre enquêtrice ne manquera pourtant pas d’occasions d’aller mettre son nez là où on ne l’attendait pas forcément, et de découvrir les dessous d’évènements plus complexes qu’imaginés de prime abord. Quatre excellents textes, je l’ai déjà dit.

Le roman, quant à lui, écrit à la première personne, est moins surprenant sur la forme, ou disons plus classique. Cette fois Andrea Cort est chargée de trouver le coupable de deux meurtres ayant eu lieu sur une immense station spatiale perdue au milieu de nulle part et construite (de manière très particulière puisque tout ou presque y est inversé : l’atmosphère et ce qui fait office de soleil sont situés vers le bas, les habitants de cette station vivant dans des hamacs suspendus au-dessus de ce qu’il faut bien appeler le ciel !) par des intelligences artificielles s’étant émancipées de leurs anciens maîtres. Des intelligences artificielles forcément mystérieuses, qui sont présentes partout et ont infiltré tous les secteurs de la diplomatie/économie/société interstellaire et qu’il est donc risqué de se mettre à dos. Andrea Cort a donc pour mission de trouver le coupable, un coupable qui ne doit surtout pas être l’une de ces IA. Une enquête orientée dès le départ donc.

Adam-Troy Castro déroule ensuite son récit de manière très (peut-être un peu trop) classique : présentation du contexte, des enjeux, des protagonistes, etc, au fil des premiers chapitres. A défaut d’être surprenant, le texte a le mérite d’être efficace et entraînant, mais il manque un peu de “l’urgence” des premiers textes. En revanche, il approfondit le contexte général de cet univers de SF, par petites touches, même s’il manque encore bien des détails pour qui voudrait tout connaître de son fonctionnement (les voyages par exemple, qui semblent prendre du temps puisque la technique de la stase semble être utilisée. Mais comment se gèrent une ou des civilisations avec de tels voyages au long cours ? Notamment pour ce qui est des relations diplomatiques qui ont largement le temps d’évoluer entre deux missions… Par ailleurs, il semble que les communication ne subissent pas les mêmes contraintes de temps puisqu’elles semblent être plus rapides que la lumière : des messages s’échangent en quelques heures ou jours alors que la station est située à une vingtaine d’années-lumière du monde habité le plus proche…). Des points de world-building qui mériteraient un éclaircissement mais qui tiennent plus de l’ordre du pinaillage pour moi : je suis bon public, et tout à fait prêt à faire des concessions au réalisme dès lors que l’auteur n’en fait pas son cheval de bataille.

Et puis le roman (qui donne son nom au recueil), en plus d’offrir quelques beaux retournements de situation et d’user de quelques réjouissants “trucs” de SF qui font toujours plaisir aux fans du genre (créatures sentientes créées par des intelligences artificielles, nanomachines, intelligences artificielles rebelles, personnages liés par un lien “télépathico-cybernétique”…), n’a de cesse de faire évoluer son personnage principal. Andrea Cort n’est jamais figée, ni dans ses enquêtes, ni dans ses relations, et la fin du texte nous offre une belle ouverture sur l’avenir d’une héroïne (et d’un cycle) qu’on a hâte de découvrir dans un prochain volume. Ca tombe bien, Albin Michel Imaginaire a déjà prévu la sortie du deuxième tome pour le mois de juin. Rendez-vous est pris ! Et d’ici là, n’oubliez pas de lire le génial texte “Une brève histoire des formes à venir”. C’est très différent mais c’est aussi excellent. Adam-Troy Castro va peut-être enfin percer en France…

 

Lire aussi les avis de Stéphanie Chaptal, François Schnebelen, Yuyine, Artemus Dada, Zina, La Geekosophe

 

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Après une année 2020 assez pourrie il faut bien le dire, je ne peux que vous souhaiter à toutes et tous une année 2021 qui soit meilleure que celle que pour la plupart nous sommes heureux de voir se terminer. C’est un peu le minimum syndical…

Pour le reste, comme d’habitude, bonheur, travail, richesses en tous genres, mais surtout santé bien sûr. C’est de circonstance. Et aussi plein de belles lectures car c’est ce qui nous réunit, ici ou ailleurs.

Bonne année 2021 !

 

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Zapping VOD, épisode 57 https://www.lorhkan.com/2020/12/30/zapping-vod-episode-57/ https://www.lorhkan.com/2020/12/30/zapping-vod-episode-57/#comments Wed, 30 Dec 2020 07:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12757 Le dernier zapping date du mois d’août… J’ai sans doute zappé (haha) quelques trucs. Petit retour en arrière donc, sur des visionnages importants de ces derniers mois, séries ou films, rapidement car mes souvenirs s’estompent… 😀   Mulan, de Niki Caro Nouvelle adaptation “live” d’un classique Disney, “Mulan” était attendu...

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Le dernier zapping date du mois d’août… J’ai sans doute zappé (haha) quelques trucs. Petit retour en arrière donc, sur des visionnages importants de ces derniers mois, séries ou films, rapidement car mes souvenirs s’estompent… 😀

 

Mulan, de Niki Caro

Nouvelle adaptation “live” d’un classique Disney, “Mulan” était attendu au tournant pour plein de raisons. Plus ou moins spécifiquement développé en direction d’un public chinois qui pèse de plus en plus dans la balance financière des studios, avec un budget massif pour envoyer du lourd à l’écran, tout semblait fait pour assurer un monstrueux carton. Mais une certaine épidémie est passée par là, en plus de prises de paroles malheureuses de Liu Yifei, l’actrice qui incarne Mulan, et de quelques adaptations du récit qui ne sont pas passées inaperçues et ont fini par provoquer un appel au boycott du film… Et encore, j’en passe… Bref, de la case cinéma, le film s’est retrouvé, pour la plupart des téléspectateurs occidentaux, dans la case streaming. Et le verdict financier est sans appel : de carton il n’y aura pas, il n’est même sûr que Disney rentre dans ses frais (mais les chiffres du streaming ont le don d’être particulièrement opaques).

Mais quid du film en lui-même dans tout ça ? Hé bien à vrai dire, pas de quoi faire un carton. Le long-métrage de Niki Caro essaie beaucoup de choses, mais sans jamais pleinement réussir. Pour dire les choses simplement, “Mulan” est tiède sur à peu près tous les plans. Disney a voulu faire un film épique : mouais. C’est ultra balisé. Disney a voulu faire un film de sabre : mouais, pas grand chose de spectaculaire à se mettre sous la dent. Disney a voulu faire un film d’arts martiaux, avec Donnie Yen pour donner le change : mouais, idem, ça n’a rien de folichon. Il n’y a guère que les costumes et les décors qui emportent l’adhésion, de ce côté-là c’est vraiment splendide.

Ceci dit, il ne m’a pas été bien compliqué d’en déduire que je ne suis pas la cible de ce film, puisqu’avec un peu d’expérience cinématographique on constate vite que la plupart des aspects qu’il aborde ont été mieux traités ailleurs. Reste une belle héroïne féminine désireuse de mener sa vie comme elle l’entend et en dépit des conventions, une héroïne qui pourrait inspirer de nombreuses jeunes filles. C’est déjà une victoire en soi.

 

The Boys, saisons 1 et 2, de Erik Kripke

Marre des films et séries de super-héros ? “The Boys” est le remède idéal ! Oui, c’est aussi une série de super-héros, mais dans le genre déconstruction du mythe, “The Boys” se pose là ! Violent, irrévérencieux, drôle, la série déboulonne les icônes super-héroïques en en faisant des stars uniquement attirés par l’argent (avec contrat, merchandising, adaptations ciné, etc…), sans aucune considération pour ceux qui les adulent, des stars camées et/ou violentes, prêtes à mettre un mouchoir sur l’éthique quand ça les arrange.

Et à côté de ces douteux super-héros, il y a Butcher, un homme “normal” qui a décidé des les traquer pour faire éclater la vérité sur leur comportement et qui, pour se faire, va monter une fine (enfin, fine…) équipe.

Mélangeant thriller, violence, action et humour (parfois très décalé, les (més)aventures du looser The Deep sont à mourir de rire !), doté d’un fond particulièrement riche (le star-system, l’industrie des super-héros, le personnage messianique, etc…), “The Boys” est une petite merveille. Mené par un Karl “Eomer” Urban des grands jours d’un côté et un terriblement flippant de folie Antony Starr dans le rôle de Homelander (l’équivalent de Superman) de l’autre, la série est une cure de jouvence pour le genre désormais essoré des super-héros sur écran (petit ou grand). Deux saisons, deux petits bijoux, vivement la troisième !

 

The Mandalorian, saisons 1 et 2, de Jon Favreau

Après une certaine désaffection de ma part pour la saga “Star Wars” à cause d’une dernière trilogie pas franchement enthousiasmante (je n’ai d’ailleurs même pas parlé sur ce blog de l’épisode IX qui a fini par sombrer dans le ridicule en ressassant toujours les mêmes thèmes et les mêmes personnages…), j’ai vu l’arrivée en streaming de “The Mandalorian” avec circonspection. Mais les critiques étant plutôt élogieuses, je m’y suis mis moi aussi. Et que dire si ce n’est que la série sonne comme un nouvel espoir pour une franchise qui me paraissait sacrément mal barrée ? La contre-attaque de Disney est en effet une franche réussite, qui réussit l’exploit de revenir à l’essence même de la saga (du space-opera d’aventure, limite pulp), de jouer astucieusement du fan-service pour caresser les fans dans le sens du poil, et d’avoir une identité propre.

Le ton est donné dès l’intro du premier épisode : un homme dans une armure mandalorienne entre dans une taverne, peuplée d’extraterrestres divers et variés, à la recherche d’un homme dont la tête est mise à prix. Ainsi donc, tout y est : les codes du western, que l’on retrouvera tout au long de la série (le héros est un solitaire chasseur de primes, les planètes visitées sont souvent plutôt arides…), et les passages obligés de “Star Wars” : des extraterrestres de toutes sortes, une cantina. On sait dans quoi on met les pieds, et on a ce qu’on est venu chercher.

Les trois premiers épisodes forment un arc introductif passionnant (Baby Yoda bien sûr…), et on se dit qu’on tient là un gros morceau. Les trois épisodes suivants douchent un peu l’enthousiasme, plus ou moins indépendants (en tout cas sur le coup puisqu’ils prennent de l’importance plus tard, grâce à ce qu’ils introduisent) et surtout plus ou moins bien amenés (la palme revenant à un épisode 6 sorti de nulle part…) et moins prenants, avant de revenir sur un diptyque final de première saison qui renoue avec la qualité. La deuxième saison enfonce le clou, avec à nouveau du fan-service qui fait bien plaisir (surtout quand on a un peu de connaissance de l’univers étendu).

Prenant des libertés avec les durées souvent calibrées des épisodes de séries télé (ici on passe d’à peine plus d’une demi-heure à 45 voire 50 minutes), “The Mandolarian” ne raconte que ce qui est nécessaire, sans en faire trop pour rallonger la sauce. Les acteurs sont bons (un grand bravo à Pedro Pascal qui parvient à faire passer des émotions et des manières d’être alors qu’on ne voit pratiquement jamais son visage), la musique de Ludwig Göransson est une vraie réussite (à mi chemin entre le western d’un Ennio Morricone et l’épique d’un John Williams de la grande époque).

Les effets spéciaux sont évidemment au top, on visite du pays (avec parfois un petit aspect “monstre de la semaine” amusant, notamment dans les deux premiers épisodes de la deuxième saison ou dans le troisième de la première), et l’ambiance western (parfois très appuyée comme dans le deuxième épisode de la deuxième saison avec le marshall qui fait la justice avec son armure dans un petit village qui a tout d’un village “de l’Ouest”) est un atout incontestable et  remarquablement géré.

Pas grand chose à ajouter : “The Mandalorian” mérite tous les éloges. Le seul risque est qu’il se retrouve à l’avenir “vampirisé” par les ambitions de Disney qui a annoncé rien de moins qu’une dizaine de séries en plus des inévitables films qui suivront eux aussi. Espérons que la (ou les) saison(s) suivante(s) ne devienne(nt) pas un hub pour introduire les autres personnages qui auront eux aussi droit à leur série. Ce serait lui jouer un bien mauvais tour alors qu’elle a toute les qualités requises pour voler de ses propres ailes. Croisons les doigts.

 

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Joyeux Noël ! https://www.lorhkan.com/2020/12/25/joyeux-noel-8/ https://www.lorhkan.com/2020/12/25/joyeux-noel-8/#comments Fri, 25 Dec 2020 07:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12745 Ho ho ho ! L’heure est venu de vous souhaiter à toutes et tous un très joyeux Noël ! Faites comme cette yodesque et mignonne créature juste au-dessus (enfin presque : elle a oublié son masque ! :O ) : prenez un thé, faites un feu, ouvrez vos cadeaux, et...

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Ho ho ho ! L’heure est venu de vous souhaiter à toutes et tous un très joyeux Noël ! Faites comme cette yodesque et mignonne créature juste au-dessus (enfin presque : elle a oublié son masque ! :O ) : prenez un thé, faites un feu, ouvrez vos cadeaux, et surtout profitez bien ! On en a tous besoin en ce moment…

Joyeux Noël ! 😉

 

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Bifrost 99, spécial Shirley Jackson https://www.lorhkan.com/2020/12/18/bifrost-99-special-shirley-jackson/ https://www.lorhkan.com/2020/12/18/bifrost-99-special-shirley-jackson/#comments Fri, 18 Dec 2020 07:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12731 Devinez quoi ? Je suis en retard ! Incroyable… Mais dans la perspective du vote pour le Prix des lecteurs de Bifrost 2020, j’ai décidé de me bouger un peu. Et donc, rattrapage en bonne et due forme avec ce Bifrost 99, paru en août 2020 (quand même…), consacré à...

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Devinez quoi ? Je suis en retard ! Incroyable… Mais dans la perspective du vote pour le Prix des lecteurs de Bifrost 2020, j’ai décidé de me bouger un peu. Et donc, rattrapage en bonne et due forme avec ce Bifrost 99, paru en août 2020 (quand même…), consacré à Shirley Jackson et illustré avec talent par Myles Hyman, petit-fils de l’autrice. Un bel hommage que voilà.

 

Les rubriques habituelles

L’édito post-(premier)confinement sonne comme de jolies retrouvailles pour tout un pan de la grande famille SF en France. Le bonheur de pouvoir enfin se réunir après une épreuve… délicate et qui amènera sans doute quelques conséquences. Mais l’heure (au moment de cet édito, le deuxième confinement et la suite de la crise sanitaire lui conférant une atmosphère forcément particulière…) n’est pas à la morosité, celle-ci arrivera bien assez tôt…

Du côté du reste des rubriques habituelles, on trouve le toujours attendu (et très fourni, la crise sanitaire n’a pas eu raison de la surprodution semble-t-il…) cahier critique permettant d’orienter quelques achats en vue de Noël (retard du lecteur oblige ! 😀 ), une interview (j’aime toujours autant cet article, donnant la parole à une cheville ouvrière de nos genres préférés, qu’ils soient traducteurs, éditeurs, libraires, bibliothécaires ou autres) de Benoît Domis, éditeur et traducteur spécialisé dans le fantastique (mais pas que), un article de Roland Lehoucq qui, après nous avoir expliqué comment déplacer une planète, s’attaque cette fois au déplacement du système solaire entier ! Mais où s’arrêtera-t-il ?  Le verdict est en tout cas sans appel : c’est techniquement possible (mais bien au-delà de nos moyens évidemment) mais surtout très TRES TRES long… Et enfin, quelques news en vrac sur des anthologies, des prix et des revues. Tiens à propos des revues, point de Thomas Day dans ce numéro, faute de place, ça lui laisse un peu de temps pour calmer ses ardeurs. 😀

 

Le dossier Shirley Jackson

Les nouvelles prenant beaucoup de places, comme on le verra plus bas, le dossier n’est pas des plus épais : 44 pages bibliographie comprise, ou 35 pages de rédactionnel. A moins que ce ne soit du fait d’un dossier court que les nouvelles prennent de la place ?… Peu importe, court ne veut pas dire mauvais, hein ? La taille ne compte pas (pas trop… 😀 ), tout le monde le sait. 😉

Bref, après cette intelligente introduction, place au dossier en lui-même. Qui commence avec un article mi-biographique mi thématique de Jean-Daniel Brèque, permettant de mieux connaître Shirley Jackson. Sa vie, son oeuvre en somme. Eclairant.

Suit la transcription d’une conférence donnée en 1959, dans laquelle Jackson détaille sa manière d’aborder l’écriture et les “petits trucs” nécessaires pour capter le lecteur. D’où le titre de l’article : “L’ail dans la fiction”. Un peu long mais intéressant.

C’est ensuite l’ami Gromovar qui dissèque l’oeuvre de Shirley Jackson pour tenter d’en dévoiler les thèmes essentiels, par l’exemple, en citant les textes concernés. Une approche qu’on aurait pu trouver redondante avec celle du premier article, mais elle donne un résultat plutôt complémentaire.

Vient ensuite l’inévitable guide de lecture, assez courts (cinq livres) puisque Shirley Jackson n’a publié de son vivant que six romans (dont trois traduits en français). En revanche, avec 170 nouvelles, il semblerait que nous ayons encore beaucoup à découvrir… En l’état, ce qui est paru, et que je n’ai pas lu (j’ai raté le recueil “La loterie et autre contes noirs” de peu), semble déjà tout à fait digne d’intérêt.

Myles Hyman, le fameux illustrateur et auteur de la couverture de ce numéro, se prête à l’exercice de l’interview dans laquelle il revient sur son parcours, ses influences, ses techniques, etc… Domicilié en France, il revient également sur son travail en rapport avec les textes de Shirley Jackson (une grand-mère qu’il n’a que peu connue : il n’avait pas trois ans quand elle est décédée) puisqu’il a adapté en BD la fameuse nouvelle “La loterie”.

Enfin, le toujours impressionnant travail de bibliographique d’Alain Sprauel dévoile une large part de textes non traduits en France. Mais parmi ceux-ci, il faut malgré tout signaler qu’une part non négligeable ne relève pas de la littérature de genre.

 

Les nouvelles

A tout seigneur tout honneur, on commence avec “La souris” de Shirley Jackson. Ne relevant pas de la littérature de genre, ce texte représente malgré tout le coeur de la fiction de l’autrice, à savoir l’horreur psychologique. Le récit est très court (quatre pages), mais il est édifiant. Il faut cependant être attentif à tout ce qui est dit (et surtout non dit) dans cette histoire de couple, d’enfants (absents) et de… souris pour comprendre la chute. Glaçante.

Deuxième texte au sommaire de Bifrost, “Noirs vaisseaux apparus au sud du Paradis”, de Caitlín R. Kiernan, se situe dans le même univers que sa novella “Les agents de Dreamland” parue il y a peu dans la collection “Une heure-lumière” du Bélial’. On y retrouve le noir futur que l’on entrevoyait dans la novella. L’ambiance reste la même : noire, désespérément noire. Si Lovecraft, que Kiernan convoquait déjà dans “Les agents de Dreamland”, hante à nouveau le récit, les entités que l’auteur de Providence se plaisait à “dévoiler sans les dévoiler” sont ici pleinement invoquées. Mieux que ça : elles consument le monde. Cthulhu s’est réveillé, R’Lyeh est apparue dans le Pacifique et l’humanité est sur le point de disparaître. Mais certains luttent encore, tentant d’entretenir l’espoir. Malheureusement pour eux, les “cultistes de l’ombre” ne sont jamais loin et sapent l’effort des derniers résistants… Et qui mieux que le Pharaon Noir pour cela, oeuvrant à accomplir les sombres desseins des entités extraterrestres toutes puissantes ?

Première publication française pour Alix E. Harrow, “Guide sorcier de l’évasion : atlas pratique des contrées réelles et imaginaires” et son hommage à la lecture en tant que nécessaire moyen d’évasion d’une vie réelle aux accents dramatiques est une ode aux livres. C’est aussi une manière de rendre hommage  au travail des bibliothécaires, à même d’orienter ou du moins de soulager les maux de la vie. Avec un brin de magie en sus et de multiples citations de romans bien connus, ce texte fait évidemment penser au célèbre “Morwenna” de Jo Walton, un même amour de la littérature de genre animant les deux textes.

Le couple Kloetzer revient, avec “Ouroboros”, dans son univers du “Satori” (lequel contient déjà “Vostok”, “Issa Elohim” ou “L’anamnèse de Lady Star”) pour une virée au pas de course dans une station spatiale en orbite autour de l’astéroïde Vesta. Et le texte, sur lequel j’étais un peu dubitatif au premier abord, m’a finalement entraîné à la suite de cette coureuse de fond qui tente de battre le record du tour de la station, à la découverte de ce satellite artificiel et ses habitants. Et sur un rythme trépidant, les Kloetzer nous montre l’organisation sociale de la station, la séparation des populations dans différents modules, les luttes de pouvoir au Conseil, l’omniprésence des intelligences artificielles, etc… Un texte très habile.

Dans “Par les visages”, Olivier Caruso nous montre une humanité victime d’une pandémie : la population est en effet victime de prosopagnosie généralisée, c’est à dire l’incapacité de reconnaître les visages. On pourrait se dire qu’il est relativement simple de passer outre (avec des noms sur les vêtements ou d’autres trucs plus ou moins simples), mais tellement de choses passent par les visages, notamment dans le cadre personnel… C’est donc une grave crise d’identité et de confiance qui se pose à notre espèce, et certains en profitent pour jouer les imposteurs, avec à terme l’écroulement de la société. Et quand on suit les pas d’une jeune femme (dont la soeur jumelle est dans l’espace et sur le point de faire une découverte majeure) mariée avec un enfant en bas âge, on imagine bien que cette prosopagnosie ne va pas être une partie de plaisir… Un texte noir, mais dont les situations prêtent parfois à sourire. Il en résulte un effet de malaise très efficace.

Et enfin, pour clore ce volumineux chapitre des nouvelles (6 récits pour presque une centaine de pages, plus de la moitié de ce numéro), retour à Shirley Jackson avec “Un jour comme les autres, avec des cacahouètes”. A nouveau un récit à chute, à nouveau un sentiment d’étrangeté et de malaise qui saisit le lecteur à l’issue d’un texte qui, au départ avec cet homme qui semble passer sa journée à faire le bien autour de lui, semblait pourtant être lumineux. Un texte efficace, une chute réussie. Mais là non plus, pas de littérature de genre à l’horizon. Mais qu’importe le flacon… 😉

 

Pour conclure

La phase 1 du rattrapage pour les vote du Prix des lecteurs de Bifrost 2020 est donc terminée. Place à la phase 2, dont l’article paraîtra après la date limite des votes. Que l’on se rassure, le Bifrost 100 est déjà lu… 😉 En tout cas, ce fut une découverte sympathique d’une autrice que je ne connaissais que de nom. Je ne suis pas sûr que ses écrits me conviennent parfaitement mais je pense bien lire un jour au moins ses deux romans les plus connus, à savoir “La maison hantée” et “Nous avons toujours vécu au château”, mais aussi quelques nouvelles, sa façon de jouer sur la chute me semblant assez efficace. Allez, direction le Bifrost 100 !

 

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Rockyrama – Voyage Galactique, une traversée imaginaire dans l’univers de Dune https://www.lorhkan.com/2020/12/15/rockyrama-voyage-galactique-une-traversee-imaginaire-dans-lunivers-de-dune/ https://www.lorhkan.com/2020/12/15/rockyrama-voyage-galactique-une-traversee-imaginaire-dans-lunivers-de-dune/#comments Tue, 15 Dec 2020 07:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12708 Encore un financement participatif, il faut croire que c’est la saison… Toujours est-il que la revue Rockyrama est passée par ce type de financement pour la parution d’un numéro spécial sur “Dune”. Oui, ça aussi c’est de saison. Format magazine, nombre de pages limité, illustrations au style si singulier d’Alex...

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Encore un financement participatif, il faut croire que c’est la saison… Toujours est-il que la revue Rockyrama est passée par ce type de financement pour la parution d’un numéro spécial sur “Dune”. Oui, ça aussi c’est de saison. Format magazine, nombre de pages limité, illustrations au style si singulier d’Alex Jay Brady, l’approche est donc forcément différente de celle d’un déjà fameux mook plus épais, pour ne citer que lui. Allons voir ça de plus près.

 

Quatrième de couverture :

Rockyrama vous embarque pour un voyage vers la planète Arrakis, à la découverte d’un monument de la SF. Retour sur l’oeuvre-monde de l’immense Frank Herbert. ainsi s’ouvre la porte des étoiles, un chemin vers l’infini et les contrées obscures de mondes inconnus. Ainsi commence… le Voyage Galactique.

 

Une introduction à l’univers littéraire et cinématographique de Dune

Sur 64 pages, il parait difficile de balayer tout le spectre d’une saga comme “Dune”, surtout si on s’attaque au versant littéraire comme cinématographique. Et ce n’est pas ce que tente ce numéro spécial de la revue Rockyrama. Il s’agit plutôt ici d’aborder l’oeuvre en douceur, sans plonger dans des détails scientifiques comme dans la parution du Bélial’, et sans tenter d’être exhaustif (si tant est qu’il est possible de l’être…) comme peut le faire le mook paru récemment. Une approche qui fait oeuvre de synthèse, vraisemblablement plutôt à destination des non-connaisseurs qui trouveront ici un ouvrage leur permettant d’avoir une première approche d’un univers qui a infusé dans bien des domaines, en insistant notamment sur les adaptations cinématographiques, tout en lui apportant quelques éléments d’analyse.

 

 

 

A ce titre, le sommaire est assez exemplaire. On commence avec un court article biographique sur Frank Herbert (on constatera qu’il n’insiste pas sur les mêmes détails que le même article dans le mook : rien sur les liens père-fils ici, rien non plus sur la carrière politique de l’auteur). Puis on aborde l’héritage de “Dune”, au cinéma bien sûr (avec un focus sur l’adaptation manquée de Jodorowsky, adaptation qui a malgré tout largement essaimé), mais aussi télévision, jeux vidéo, et d’autres licences moins évidentes comme “Warhammer 40K” (à titre personnel je dirais pourquoi pas pour les navigateurs, à la limite pour les mondes agricoles, en revanche le reste…).

 

 

 

Place ensuite à l’artiste britannique dont les oeuvres illustrent l’ensemble de ce numéro (à quelques exceptions près), Alex Jay Brady, pour un entretien assez classique (parcours, influences, références, rapport à “Dune”, etc…) mais intéressant. J’en profite pour saluer le talent de l’artiste, ses oeuvres sont très singulières, loin d’un aspect réaliste qu’on a trop souvent tendance à rechercher avant tout mais le résultat, parfois très “plastique-numérique” et parfois très “toiles”, est toujours très évocateur et non dénué d’un certain “sense of wonder”. C’est parfois assez radical mais ça ne peut pas laisser indifférent.

 

 

 

On aborde ensuite le coté cinématographique de l’oeuvre de Frank Herbert, avec le “Jodorowsky’s Dune” dont la dream team (les fameux “guerriers spirituels” du réalisateur chilien) laisse rêveur autant que circonspect, un entretien avec Chris Foss, artiste faisant partie de l’aventure Jodorowsky (avec quelques illustrations présentées, seules exceptions à l’omniprésence d’Alex Jay Brady), et bien sûr un article sur l’adaptation réussie cette fois (quoique… 😀 ) de David Lynch, un article qui montre que le cinéaste semble avoir été un peu dépassé par l’ampleur du projet mais qui, bizarrement, passe sous silence le fait qu’il ait fini par carrément le renier. Etrange.

 

 

 

Enfin, deux articles d’analyse sur le texte de Frank Herbert, l’un revenant sur “l’esthétique du désert” (couleurs, sons, musiques, temps, le tout dans un article bien sourcé, puisant entre autres chez “Lawrence d’Arabie”), l’autre sur “la géopolitique de Dune”, s’appuyant à nouveau sur “Lawrence d’Arabie” (et c’est un peu dommage de voir les deux articles sur l’aspect littéraire de l’oeuvre utiliser la même source, donnant l’illusion d’un texte un peu mono-référencé), pour un résultat pertinent même si les spécialistes n’apprendront rien (mais comme dit plus haut, ce n’est pas le but). On pourrait quand même regretter, vu le public visé, de ne pas trouver un vrai condensé clair et concis de l’intrigue pour donner envie, les éléments-clés de celle-ci se retrouvant dispatchés ici ou là, mais aussi que certains grands thèmes du roman ne soient qu’à peine effleurés (ou bien “par la bande”), tel le côté écologique ou bien la collusion politique-religion.

 

 

 

Au final, on a donc là, malgré quelques manques ici ou là, une belle introduction à l’oeuvre de Frank Herbert, touchant autant le texte que les adaptations, sans oublier l’apport que “Dune” a pu apporter à de nombreux domaines. Ce numéro spécial (plutôt un livre qu’un numéro spécial d’ailleurs, puisqu’il n’est dispo qu’en librairie), au maxi-format magazine, avec couverture cartonnée et papier épais, par ailleurs richement illustré (parfois en pleine page ou même en double pages) par les oeuvres d’Alex Jay Brady (et quelques autres de Chris Foss) si particulières et typées mais malgré tout marquantes, atteint son but : faire découvrir “Dune” à un public qui n’en a qu’une vague notion. Nul doute qu’après la lecture de cet ouvrage, sans en devenir un spécialiste, il en aura une vision plus éclairée.

 

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Artbook Florence Magnin https://www.lorhkan.com/2020/12/10/artbook-florence-magnin/ https://www.lorhkan.com/2020/12/10/artbook-florence-magnin/#comments Thu, 10 Dec 2020 07:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12697 Crowdfundé sur la plateforme Ulule, l’artbook tant attendu consacré à Florence Magnin, venant des éditions Nestiveqnen, est enfin arrivé ! Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il ne déçoit pas, présentant les oeuvres de l’artiste de superbe manière, tout en nous faisant un récapitulatif complet de sa carrière. Must...

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Crowdfundé sur la plateforme Ulule, l’artbook tant attendu consacré à Florence Magnin, venant des éditions Nestiveqnen, est enfin arrivé ! Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il ne déçoit pas, présentant les oeuvres de l’artiste de superbe manière, tout en nous faisant un récapitulatif complet de sa carrière. Must have ? Voyons cela.

 

Quatrième de couverture :

Florence Magnin est connue pour ses illustrations de romans de science-fiction et de fantasy, notamment le Cycle des Princes d’Ambre dans la prestigieuse collection “Présence du Futur” des éditions Denoël. Quant aux rôlistes, ils découvrent son talent dans les pages de Casus Belli, puis sur les couvertures de la gamme Rêve de Dragon, qui donnent magnifiquement vie au monde onirique et baroque de Denis Gerfaud.

Florence Magnin a également su imposer son style en bande dessinée, et ses séries L’autre Monde, Mary la Noire, L’héritage d’Emilie et Mascarade sont aujourd’hui incontournables dans le domaine du fantastique.

Avec plus de 600 illustrations réparties sur 208 pages, ce livre d’art vous présentera l’immense talent de l’artiste. Découpé en chapitres thématiques, l’ouvrage est agrémenté d’une longue interview inédite, ainsi que d’anecdotes et de commentaires partagées par l’artiste ele-même.

Illustrations, peintures, planches de BD, crayonnés… Toute la richesse de l’oeuvre de Florence Magnin réunie pour la première fois dans un superbe livre d’art.

 

Superbe vue d’ensemble du talent de Florence Magnin

C’est donc une approche thématique qui a été retenue pour aborder l’oeuvre de Florence Magnin, célèbre illustratrice (et bien plus que cela ensuite) dans les genres de l’imaginaire depuis les années 80. Mais avant d’entrer dans le vif du sujet, nous avons droit à une vaste interview d’une quinzaine de pages grand format, très instructive et dans laquelle l’artiste revient sur les grands jalons de sa carrière, ses rencontres, ses collaborations, ses techniques personnelles (où l’on apprend qu’elle est autodidacte, impressionnant !), ses influences, ses inspirations, etc… Une interview passionnante de bout en bout.

Puis “l’exposition” des oeuvres de Florence Magnin débute avec ses illustrations diverses dans le domaine de la fantasy et de la SF (dont le style penche assez nettement pour l’essentiel vers quelque chose de très organique, plutôt science-fantasy, point de hard-SF ici). Des collaborations multiples (Fleuve Noir, Denoël, Opta, J’ai Lu…), qui débouchent sur nombre de superbes tableaux, présentés ici dans une forme assez simple (la mise en page, et c’est aussi le cas pour les textes, est sans chichi dirons-nous, voire un peu sommaire) mais après tout, les stars de cet artbook sont bien les illustrations avant tout.

 

   

 

Un chapitre est consacré à part entière à ce qui a sans doute rendu Florence Magnin célèbre : le “Cycle des Neuf Princes d’Ambre” de Roger Zelazny. Des illustrations de couvertures iconiques, parues chez Denoël en collection “Présence du futur”, qui se sont vues ensuite accompagnées du fameux tarot qui atteint des prix dingues sur le marché de l’occasion et du livre “L’univers d’Ambre” écrit par François Nédelec. Et là, comment dire… La forêt d’Arden, la Marelle, Rebma, Tir-Na Nog’th… Tout un tas de lieux, de personnages et de scènes reviennent à la surface. Un brin de nostalgie aussi. Et l’envie relire le cycle (ou le lire tout court, je n’ai pas encore attaqué les cinq derniers romans…). Culte. Et bon sang, une réédition du tarot, un jour, please…

 

   

 

 

Puis on aborde le côté ludique des illustrations de Florence Magnin. “Rêve de dragon” bien sûr, l’autre oeuvre culte de l’artiste, le jeu de rôle que tout bon rôliste, à défaut d’y avoir joué, connait au moins de nom et de réputation. Mais Florence Magnin a également oeuvré dans le domaine pour bien d’autres “clients” : différents jeux de rôles mais aussi des jeux de cartes, des jeux de société, le magazine “Casus Belli”, etc… Des débouchés variés pour autant d’illustrations majeures.

 

   

 

 

Puis l’artbook nous présente les oeuvres orientées “jeunesse” de l’illustratrice, là encore déclinées sur plusieurs thèmes plus ou moins génériques : le Petit Peuple, Halloween, Noël, etc… Ce fut l’occasion pour moi de me remémorer une oeuvre lue il y a fort longtemps, enfouie tout au fond de ma mémoire et dont le titre m’a frappé lorsque je l’ai vu reproduit ici : “Jehan de Loin” de Bertrand Solet, à la couverture signée Florence Magnin donc, ce que j’ignorais totalement.

 

   

 

Puis on attaque un autre gros morceau : les BD, car Florence Magnin y a officié avec succès, à plusieurs reprises. Là encore, de bien belles oeuvres, et une somme de travail sans doute assez colossale. Mais le résultat valait l’effort, et même si c’est un domaine que je connais (et maîtrise) moins, cela donne envie de s’y intéresser de plus près…

 

 

Enfin, la dernière partie de l’artbook nous présente quelques essais, techniques diverses et autres travaux préparatoires qui ont jalonnée la carrière de Florence Magnin, qu’ils aient été retenus ou non. On y voit quelques belles choses aussi, notamment sur les aquarelles ou les crayonnés qui, pour préparatoires qu’il puissent être, imposent le respect par leur précision et le souci du détail qui ont toujours animé l’illustratrice.

 

   

 

Alors que dire si ce n’est : waouuuuh ! Quel livre ! Les amateurs de l’artiste se voient servir ici sur un plateau une sorte de best-of de l’oeuvre immense de la non moins immense Florence Magnin. Un style inimitable, reconnaissable entre mille, sans pour autant manquer de diversité (même si on découvre au fil des pages quelques motifs qui reviennent de temps en temps, comme le personnage au premier plan qui guide le spectateur du regard vers le reste de la scène, ou bien des dragons que l’artiste aime dessiner avec un corps zébré…), pour une somme d’illustrations toutes plus somptueuses les unes que les autres, présentées de manière simple tout en les mettant bien en valeur (les quelques doubles pages sont évidemment à tomber…), voilà ce qui constitue le coeur d’un artbook incontournable, dont les pages de garde sont également signifiantes (un crayonné non fini après la première de couverture, le même crayonné terminé avant la quatrième de couverture, tout un symbole).

 

 

On n’oubliera donc pas de remercier les éditions Nestiveqnen d’avoir permis la naissance d’un tel livre, de même que les contributeurs (dont je suis, oui je m’autocongratule ! 😀 ) qui ont aidé au financement de celui-ci. Des contributeurs qui ont d’ailleurs la joie d’avoir reçu, en sus du livre, un tas de goodies qui ne sont pas que de simples petits bonus cosmétiques : entre une douzaine de marque-pages (malheureusement un peu trop fins), deux ex-libris, trois cartes postales, un bloc-notes, un paravent (recto fantasy, verso SF, qui aurait belle allure sur une table de jeu de rôle), et un poster plastifié (avec une face Jeu de l’Oie, une face Nain Jaune), il y a de quoi faire.

   

 

Alors, must-have ? Oui, totalement must-have !

 

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Le Bureau des atrocités, La Laverie tome 1, de Charles Stross https://www.lorhkan.com/2020/12/07/le-bureau-des-atrocites-la-laverie-tome-1-de-charles-stross/ https://www.lorhkan.com/2020/12/07/le-bureau-des-atrocites-la-laverie-tome-1-de-charles-stross/#comments Mon, 07 Dec 2020 07:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12666 Je n’avais jusqu’à présent lu que le côté purement hard-SF de Charles Stross, via le court roman (ou grosse novella, avant que ce terme et ce format ne deviennent enfin à la mode en France) “Palimpseste” et le très touffu mais tout à fait excellent “Accelerando”. Avec “Le Bureau des...

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Je n’avais jusqu’à présent lu que le côté purement hard-SF de Charles Stross, via le court roman (ou grosse novella, avant que ce terme et ce format ne deviennent enfin à la mode en France) “Palimpseste” et le très touffu mais tout à fait excellent “Accelerando”. Avec “Le Bureau des atrocités”, j’attaque un pan moins “sérieux” de sa bibliographie mais résolument réjouissant, où l’auteur mélange espionnage et épouvante, Len Deighton et H.P. Lovecraft, magie et science, services secrets et entités indicibles et innommables… Tout un programme !

 

Quatrième de couverture :

On vous a menti sur toute l’histoire contemporaine. Durant la Seconde Guerre mondiale, les nazis ont failli l’emporter grâce à leurs sacrifices humains et à leurs invocations de puissances ténébreuses.
L’informaticien Bob Howard a été engagé au Bureau des atrocités, dit aussi la Laverie centrale, parce qu’il a eu le malheur d’explorer des archives qui auraient dû être effacées. Et d’y apprendre la thaumaturgie mathématique.
En effet, la Laverie, le plus secret des services secrets britanniques, veille à ce que certains théorèmes qui ouvrent l’accès à d’autres univers ne soient jamais redécouverts. Elle enquête sur tous les phénomènes étranges afins de les résorber. Ce qui n’exclut pas la bureaucratie la plus tatillonne.
Howard est l’un de ses agents qualifiés action.
Issu d’un croisement improbable entre James Hadley Chase, Ian Fleming et H.P. LovecraftX Files et Men in Black, ce roman déplace les frontières entre les genres. Et Charles Stross s’y montre désopilant autant que terrifiant.

 

Des espions, des nazis, des entités indicibles, what else ?

Charles Stross est un auteur prolifique (pas loin d’une trentaine de romans alors qu’il n’a que 56 ans) et très inventif mais qui a du mal à se faire une vraie place en francophonie, la faute sans doute à un style trop technolo-geek et bardé de références qui ne parlent pas aux pratiquants de la langue de Molière et qui restreignent le public déjà pas forcément très large en SF “classique”. Résultat : les ventes semblent ne pas suivre, et les deux séries phares de l’auteur, “Les Princes-Marchands” et “La Laverie”, semblent être au point mort côté traduction, après quatre tomes pour la première (huit tomes et bientôt neuf en VO…) et seulement deux tomes pour la deuxième (chez deux éditeurs différents en grand format, ça n’aide pas, contre neuf romans et plusieurs récits courts en VO).

Quoique, pour cette dernière, les choses semblent en passe de changer grâce à la pugnacité de quelques personnes éclairées au sein du collectif Exoglyphes et de la maison d’édition associative 500 nuances de geek qui se sont données pour mission de continuer à publier Charles Stross (entre autres, car ils ont des idées, et des belles !) en France, et notamment son cycle de “La Laverie”. Les tomes 3 et 4 sont d’ores et déjà disponibles, les tomes 5 et 6 viennent de bénéficier d’un financement participatif, en plus d’être disponibles sur le Tipee d’Exoglyphes (même si j’ai du mal à comprendre comment cette dernière possibilité fonctionne, ça doit être mon côté vieux déjà dépassé… 😀 Du coup j’ai préféré me tourner plus simplement vers le financement participatif). Bref, ça avance, et c’est tant mieux. Et du coup avant de lire les tomes 3 et 4, il est de bon ton de lire d’abord les tomes 1 et 2, en commençant donc par “Le Bureau des atrocités”.

Et donc, c’est quoi cette Laverie ? C’est un organe des services secrets britanniques, chargé de protéger l’humanité contre “ceux-aux-nombreux-angles”, comprenez de sombres entités qui se cachent dans des univers parallèles ou bien des structures insoupçonnées que seules les mathématiques, platoniques ou non, informatiques ou non, peuvent découvrir. C’est ici que se trouve un élément important dans le roman de Charles Stross : une part de ce que l’on pourrait considérer comme étant “magique” est en fait tout ce qu’il y a de plus scientifique, notamment mathématique. On y parle de théorème de Turing, de complétude polynomiale dans les réseaux hamiltoniens, théorie des quanta, univers de Linde ou d’autres termes plus ou moins fumeux qu’il n’est absolument pas nécessaire de comprendre car ce qu’il faut retenir avant tout, c’est que Charles Stross s’amuse à donner un fondement mathématique à la magie et à ce qui peut provoquer l’ouverture d’une faille vers un autre monde duquel peut surgir à tout moment une entité tout ce qu’il y a de plus désagréable. La Laverie est là pour que ça n’arrive pas et que Lovecraft ne soit pas considéré, pour notre plus grand malheur, comme un visionnaire.

Et nous suivons donc Bob Howard (H.P. Lovecraft, Robert Howard, vous commencez à saisir ? 😉 ), arrivé il y a quelque temps à la Laverie plus ou moins de force du fait d’avoir joué d’un peu trop près avec une théorie mathématique potentiellement dangereuse pour notre dimension, qui mène une petite mission sur le terrain, censé être sans danger, juste un petit cambriolage de rien du tout. De fil en aiguille, il va devenir un vrai et officiel agent de terrain, et mettre le doigt dans un engrenage qui va l’emmener loin, très loin, jusqu’à des choses potentiellement indicibles et innommables…

Soyons clair : ce roman n’a rien de très sérieux. Charles Stross s’amuse comme un petit fou avec de multiples références, a une idée ou une blague de geek qui lui vient en tête à chaque page ou presque, et le roman, qui base son ambiance sur un pur récit d’espionnage avec rencontre discrète, couverture compromise et affaires plutôt louches sur un mode lovecraftien plein d’humour, en bénéficie à plein, sur un rythme plutôt élevé et sans guère de temps mort. Si temps est que le lecteur ne soit pas hermétique à cet humour très british et à la fois très geek, ultra référencé (les informaticiens seront aux anges) et qui fuse à chaque instant. Le roman n’est pourtant pas un roman d’humour, mais à l’évidence l’auteur s’éclate, et le lecteur avec.

Avec ce que je viens de dire, on pourrait penser à un roman potache qui mêle théories fumeuses, humour parfois balourd et action lovecrafienne pour un résultat amusant mais un brin idiot. Ce serait faire erreur car Charles Stross semble avoir très bien étudié son affaire, et pour faire de son texte un bon roman d’espionnage il a parsemé son récit de très nombreuses références historiques tout ce qu’il y a de plus sérieuses, et je me suis surpris plus d’une fois à consulter Wikipedia pour en savoir plus sur ce que Stross abordait. Oui, le roman joue beaucoup sur l’histoire secrète, notamment durant la Seconde Guerre Mondiale, une facette de plus à un texte qui ne manque décidément pas d’atouts.

Et donc, au bout du compte, Stross mélange du lovecratien, de l’espionnage, de l’épouvante, de l’histoire secrète, des nazis (hé oui !), et quelques piques envers les lourdeurs administratives qui ne manquent pas de perturber le fonctionnement d’un service secret dont on imagine pourtant que le côté comptabilité ne devrait pas interférer avec le travail de terrain. Erreur, grave erreur ! 😀 Et le lecteur se retrouve donc embarqué dans une trépidante aventure, un joyeux mélange des genres absolument réjouissant, parfois un peu border-line à trop vouloir en faire, mais qui emporte l’adhésion par l’évident enthousiasme qu’il provoque.

“Le Bureau des atrocités” nous donne également à lire une novella, “La jungle de béton”, moins orientée sur les lovecrafteries mais plutôt sur un cyber-piratage potentiellement dévastateur et une lutte d’influence au sein de la Laverie. Peut-être moins ouvertement loufoque que le roman, elle ne manque pas non plus d’intérêt, et nous montre quelques nouveaux éléments de ce service décidément très secret et aux multiples ressources.

Enfin, on trouve une très intéressante postface dans laquelle Stross nous donne son point de vue, tout à fait pertinent, sur ce qui différencie les romans d’espionnage et les romans d’épouvante, mais aussi ce qui les lie, “Le Bureau des atrocités” se réclamant des deux genres. L’auteur y discute également de l’image du hackeur et du lien entre magie antique et science et espionnage d’aujourd’hui.

Un excellent début donc pour ce cycle de “La Laverie”, fun, rythmé, ultra-référencé, intelligent et érudit également, et qu’il est bien difficile de lâcher. Il y a tout de même un risque que le style très “chien fou” de Stross puisse ne pas convenir à tout le monde, le ventes décevantes et l’arrêt des traductions dans le circuit classique de l’édition le montrent bien. Mais si on accroche à cet univers où la paranoïa, la science et l’espionnage côtoient les entités lovecraftesques, on s’embarque là dans un cycle hautement addictif. Vivement la suite !

 

Lire aussi les avis de Shaya, Artemus Dada, Mr K, Shooter, Maître Sinh

 

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Dune, exploration scientifique et culturelle d’une planète-univers, sous la direction de Roland Lehoucq https://www.lorhkan.com/2020/12/01/dune-exploration-scientifique-et-culturelle-dune-planete-univers-sous-la-direction-de-roland-lehoucq/ https://www.lorhkan.com/2020/12/01/dune-exploration-scientifique-et-culturelle-dune-planete-univers-sous-la-direction-de-roland-lehoucq/#comments Tue, 01 Dec 2020 07:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12643 La collection “Parallaxe” des éditions du Bélial’ ne cesse de grandir avec déjà cinq volumes au compteur, cinq volumes qui sont tous dans ma bibliothèque mais que je tarde un peu à lire… La hype grandissante autour de l’oeuvre-phare de Frank Herbert, “Dune”, essentiellement due à l’arrivée un peu moins...

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La collection “Parallaxe” des éditions du Bélial’ ne cesse de grandir avec déjà cinq volumes au compteur, cinq volumes qui sont tous dans ma bibliothèque mais que je tarde un peu à lire… La hype grandissante autour de l’oeuvre-phare de Frank Herbert, “Dune”, essentiellement due à l’arrivée un peu moins prochaine que prévue du film de Denis Villeneuve, m’a quand même poussé (d’autant plus que le roman est encore frais dans ma mémoire) à m’intéresser à la facette scientifique de l’un des plus célèbres romans de SF à travers cet essai dirigé par Roland Lehoucq, qui s’est entouré pour l’occasion de neuf acolytes pour décrypter la science dunienne.

 

Quatrième de couverture :

Dix spécialistes, scientifiques, philosophes et linguistes se penchent sur le chef-d’œuvre de Frank Herbert et dissèquent l’un des plus grands monuments de la science-fiction mondiale.
Ecologie, biologie, histoire des religions, astronomie, science politique ou chimie : de l’épice de longue vie aux fameux vers géants des sables, des mystères des Fremen aux arcanes de l’ordre féminin du Bene Gesserit en passant par les pouvoirs de la Voix, DUNE révèle ses secrets sous le prisme de la science !

 

La science dans “Dune” est peu visible et pourtant tellement présente

Voilà un volume qui impose le respect ! Composé de 14 articles (et un peu moins de 350 pages, soit la plus épaisse parution de la collection “Parallaxe” jusqu’à présent) permettant de dresser un vaste panorama scientifique et culturel du “Dune” de Frank Herbert (le premier tome essentiellement, même si le suite de la saga est aussi abordée ici ou là), Roland Lehoucq et son équipe ont su montrer de belle manière qu’alors que la science paraît très en retrait dans le roman elle est fait extrêmement présente mais “dans l’ombre”, elle soutient le roman et lui donne une vraie cohérence sans que cela ne devienne une difficulté pour le lecteur puisqu’elle ne s’impose jamais à lui. En somme, la dream-team scientifico-philosophico-culturelle du Bélial’ nous montre que Frank Herbert a réalisé un solide travail de recherche scientifique-historique-philosophique (et plein d’autres mots en -ique) et que rien n’est dû au hasard. Le résultat en devient même impressionnant : réussir à ce point à marier différents domaines tout en restant signifiant sur chacun d’entre eux (et pas qu’un peu !) relève de l’exceptionnel.

L’analyse de ce volume débute par un article de Roland Lehoucq lui-même qui nous montre que les planètes citées par Frank Herbert ne sont pas imaginées au hasard et reposent sur un solide socle scientifique. Tout n’y est pas parfaitement réaliste, mais la base est suffisamment cohérente pour donner l’illusion du vrai alors que pour un lecteur lambda ce sont des informations qui n’ont finalement aucune espèce d’importance.

Roland Lehoucq à nouveau, dans l’article suivant qui nous parle du voyage spatial, un élément sur lequel Frank Herbert n’a jamais été très explicite, notamment quand il s’agit de comprendre comment les navigateurs de la Guilde Spatiale utilise l’épice pour rendre ces voyages possibles. On n’en ressort pas forcément avec une compréhension plus grande de “comment ça marche” dans “Dune”, mais en revanche on comprend bien les problématiques du voyage spatial et ce qu’il est nécessaire d’envisager pour rendre un empire galactique à peu près gouvernable (car si vous voyagez à la vitesse de la lumière, passer d’une étoile à l’autre prend peut-être peu de temps pour le voyageur, mais pour ceux qui ne bougent pas le voyage dure quand même quelques dizaines ou centaines d’années, relativité oblige ! Difficile dans ces cas-là d’envisager une quelconque gouvernance à l’échelle galactique…), et ce qu’il est scientifiquement possible d’envisager pour ce faire (même si cela reste extrêmement hypothétique !).

La parole est ensuite à Jean-Sébastien Steyer pour étudier l’écosystème global de la planète Arrakis : la planète en elle-même, son sable, la vie qui la peuple et notamment les fameux vers des sables, avec pour finir un petit focus sur les “mutants” que sont les navigateurs de la Guilde, en tentant là encore de décrypter et d’interpréter scientifiquement les renseignements à notre disposition. Le réalisme n’est pas totalement assuré là non plus, mais les fondements scientifiques sont bel et bien présents.

Fabrice Chemla s’intéresse de son côté à l’épice, que cela soit scientifiquement mais aussi “culturellement” c’est à dire en cherchant les références auxquelles s’attache Herbert ou bien les éléments desquels il s’est inspiré. Production, usage, constitution, effets, tout est étudié de près, Fabrice Chemla, chimiste de métier, connait bien son affaire, on se demande même s’il n’a pas payé de sa personne auprès d’un certain nombre de chamanes pour tenter de voir l’avenir lui aussi… 😀

Daniel Suchet nous parle ensuite du “trilemme énergétique”, c’est à dire l’équilibre entre sécurité énergétique (l’approvisionnement), équité énergétique (l’accès à l’énergie pour tous) et durabilité énergétique (la capacité à faire durer le système dans le temps), pour analyser de manière un peu détournée les sociétés d’Arrakis et quelques éléments particuliers à cette planète. Un point de vue surprenant mais qui permet d’analyser le texte d’une façon différente mais pas moins pertinente.

Roland Lehoucq revient pour discuter du distille et de sa faisabilité technique. Avec toujours cette manière très “lehoucquienne” de nous expliquer simplement des notions scientifiques aux mécanismes complexes, l’article est un régal à lire et démontre une nouvelle fois que le texte et les éléments apparemment science-fictifs d’Herbert possèdent un vrai fondement scientifique. Le distille est donc théoriquement faisable. En pratique en revanche…

C’est ici que s’arrête pour l’essentiel l’étude tournée vers les sciences dites “dures”. On en arrive donc à un côté plutôt sciences humaines avec pour commencer Vincent Bontems qui porte un oeil sur l’innovation dans le roman “Dune”, en s’intéressant aux personnages qui peuvent être considérés comme innovateurs et de quelle manière. L’innovation ne se situe pas forcément là où on le pense… Un article original qui éclaire le texte d’Herbert d’une façon inattendue.

Frédéric Landragin aborde l’aspect linguistique du récit, ou plus précisément la manière dont Herbert distille (haha…) des renseignements essentiels au lecteur. Une analyse très fine de la façon qu’a l’auteur américain de gérer la narration de son récit, avec lexique et néologismes. Passionnant !

Carrie Lynn Evans, quant à elle, étudie les femmes dans Dune, un sujet d’actualité et dont le traitement par Herbert (son roman date de 1965 faut-il le rappeler, un époque bien différente sur ce point…) peut poser problème comme je le soulignais. Et pour l’essentiel, Carrie Lynn Evans considère en effet que les personnages féminins, aussi puissants qu’ils puissent sembler être et reposant pour l’essentiel sur la figure du cyborg (le “Manifeste cyborg” de Donna Haraway est bien sûr cité), sont l’incarnation de fantasmes masculins, que le texte de Frank Herbert montre implicitement que le danger vient des femmes et que le basculement d’une société patriarcale vers une “déségrégation des femmes” ne peut qu’amener trouble et catastrophes. Une approche radicale.

Puis vient Sam Azulys, docteur en philosophie, qui m’a en revanche un peu perdu dans un article essentiellement philosophique sur la géopolitique dans l’oeuvre phare de Frank Herbert. La philosophie n’étant pas vraiment ma tasse de thé, il faut être très didactique et accessible pour ne pas me barber. L’article étant un poil ardu avec plein de mots savants, j’avoue avoir fini par lire un peu en diagonale même si les fondements de l’article sont à l’évidence pertinents.

Fabrice Chemla revient à la charge en étudiant le côté religieux de la saga, évidemment très important. Événements marquants dans la saga, personnages, influences, références, syncrétisme, tout y est, l’article est à nouveau passionnant. Le chimiste Fabrice Chemla a plus d’une corde à son arc, et le montre de manière éclatante dans un article référence.

Frédéric Ferro nous parle de prescience et de prophétie, deux termes proches mais bien différents, abordés ici essentiellement sous l’angle de la philosophie. Un peu ardu là encore (oui, moi et la philosophie…), pas mon article favori.

Fabrice Chemla, encore lui, revient ensuite nous parler de la Mémoire Seconde des Révérendes Mères du Bene Gesserit, en revenant sur différents types de possession dans différentes cultures au fil de notre histoire, qu’elles soient voulues ou subies, comme dans le roman. Entre les visions enfumés des chamanes et les possessions démoniaques, je commence à comprendre ce que “chimiste” veut dire chez Fabrice Chemla😀

Et pour finir, Christopher L. Robinson fait oeuvre de synthèse dans le dernière article, réabordant le texte de Frank Herbert sous l’angle littéraire, et posant entre autres la question du genre auquel appartient le roman. Un article en forme de conclusion idéale.

Alors que dire si ce n’est que cette parution de la collection “Parallaxe” est un superbe recueil d’articles (en plus d’être un bel objet joliment illustré par Cédric Bucaille), passionnant de bout en bout et offrant un éclairage complet et remarquablement documenté sur une oeuvre qui n’a pas fini de faire parler d’elle et qui s’impose encore aujourd’hui comme un texte majeure du genre SF ? Tout simplement indispensable à tout lecteur cherchant à tirer la substantifique moelle du roman de Frank Herbert.

 

Lire aussi les avis de Feyd-Rautha, Touchez mon blog Monseigneur, Mureliane, Emmanuelle, François Schnebelen.

 

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Céder la place, de Emmanuel Quentin https://www.lorhkan.com/2020/11/26/ceder-la-place-de-emmanuel-quentin/ https://www.lorhkan.com/2020/11/26/ceder-la-place-de-emmanuel-quentin/#comments Thu, 26 Nov 2020 07:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12636 Cela fait un bon moment que je me suis promis de m’intéresser aux textes d’Emmanuel Quentin, sans en avoir eu l’occasion jusqu’ici. Et à l’occasion d’un concours organisé par les éditions 1115, me voilà lauréat d’une nouvelle et une novella du catalogue de l’éditeur (dans lequel j’ai déjà lu le...

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Cela fait un bon moment que je me suis promis de m’intéresser aux textes d’Emmanuel Quentin, sans en avoir eu l’occasion jusqu’ici. Et à l’occasion d’un concours organisé par les éditions 1115, me voilà lauréat d’une nouvelle et une novella du catalogue de l’éditeur (dans lequel j’ai déjà lu le fort sympathique “Sur Mars” de Arnault Pontier). L’occasion idéale de se faire un lot spécial Emmanuel Quentin, en commençant par la courte nouvelle “Céder la place”.

 

Quatrième de couverture :

Il y a des moments dans la vie pour partir en voyage. Et d’autres pour visiter des endroits insolites. D’autres, encore, pour faire des rencontres qui vous glacent le sang. Et d’autres, enfin, pour céder la place, même si rien ne vous dit que vous la retrouverez en revenant.

C’est vrai, si vous en revenez un jour…

 

Tourisme virtuel

Une vingtaine de pages plutôt efficace, voilà comment on pourrait résumer “Céder la place”. Dans un futur non daté dans lequel le tourisme est autant virtuel que réel (c’est à dire qu’on est physiquement présent dans un lieu recréé numériquement, l’aspect virtuel avec acteurs étant celui qui s’offre aux yeux des visiteurs) et dont les clients aiment à se faire peur dans des lieux symboliquement “chargés”, comme les catacombes de Paris, le Takakanomura Greenland Park au Japon ou le très charmant ancien hôpital psychiatrique de Kazan en Russie, dans lequel on usait régulièrement de la “psychiatrie punitive”, tout un programme…

On y suit Nat, acteur ayant servi à créer cette visite virtuelle, qui revient sur les lieux de sa dernière prestation pour voir le résultat en vrai et en situation, au sein d’un groupe de touristes lambdas. On pourrait voir venir le truc, mais Emmanuel Quentin nous emmène habilement dans une direction inattendue qui, si elle n’a rien d’originale dans le fond, offre son lot de surprises (que je ne dévoilerai bien sûr pas).

Alors certes, on ne tombe pas de sa chaise en se disant qu’on n’avait jamais lu ça auparavant, mais le récit est très efficacement mené et ne dévoile que ce dont le lecteur a besoin pour faire travailler son imagination (et de ce côté-là ca fonctionne parfaitement !), en le trompant au départ sur ce qu’il va lire, tout en étant limpide sur le contexte, lui aussi amené petit à petit.

Le tout fonctionne très bien, et si le mystère demeure arrivé à la conclusion, ça ne rend cette dernière que plus effrayante encore. Et, comme le dit Feyd-Rautha, on referme le livre et on découvre avec effroi ce que signifie cette curieuse couverture (et non, ce n’est pas, comme je le croyais au début, une sonnette de concierge… 😀 ), ainsi que le titre du texte. Aucun doute, “Céder la place” est une bonne pioche.

 

Lire aussi les avis de Yogo, Feyd-Rautha, Lune, la Lectrice Hérétique.

Critique écrite dans le cadre du challenge “Le Projet Maki” de Yogo.

 

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Vita Nostra, de Marina et Sergueï Diatchenko https://www.lorhkan.com/2020/11/16/vita-nostra-de-marina-et-serguei-diatchenko/ https://www.lorhkan.com/2020/11/16/vita-nostra-de-marina-et-serguei-diatchenko/#comments Mon, 16 Nov 2020 07:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12567 S’il est un roman qui a fait l’unanimité en France ces derniers mois, c’est bien “Vita Nostra” de Marina et Sergueï Diatchenko. Jugez plutôt : Grand Prix de l’Imaginaire 2020, Prix Imaginales 2020 et tout récemment le Prix Planète-SF des blogueurs 2020. Etant juré de ce dernier Prix, voici ma...

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S’il est un roman qui a fait l’unanimité en France ces derniers mois, c’est bien “Vita Nostra” de Marina et Sergueï Diatchenko. Jugez plutôt : Grand Prix de l’Imaginaire 2020, Prix Imaginales 2020 et tout récemment le Prix Planète-SF des blogueurs 2020. Etant juré de ce dernier Prix, voici ma chronique, forcément (très) en retard puisqu’évidemment j’ai lu ce roman avant la délibération… 😉

 

Quatrième de couverture :

Vita nostra brevis est, brevi finietur…
« Notre vie est brève, elle finira bientôt… »

C’est dans le bourg paumé de Torpa que Sacha entonnera l’hymne des étudiants, à l’« Institut des technologies spéciales ». Pour y apprendre quoi ? Allez savoir. Dans quel but et en vue de quelle carrière ? Mystère encore. Il faut dire que son inscription ne relève pas exactement d’un choix : on la lui a imposée… Comment s’étonner dès lors de l’apparente absurdité de l’enseignement, de l’arbitraire despotisme des professeurs et de l’inquiétante bizarrerie des étudiants ?

A-t-on affaire, avec “Vita nostra”, à un roman d’initiation à la magie ? Oui et non. On évoque irrésistiblement la saga d’Harry Potter et plus encore “Les Magiciens” de Lev Grossman. Mêmes jeunes esprits en formation, même apprentissage semé d’obstacles. Mais c’est sur une autre terre et dans une autre culture, slaves celles-là, que reposent les fondations d’un livre qui nous rappellera que le Verbe se veut à l’origine du monde. Les lecteurs de fantasy occidentale saturés d’aspirations à l’héroïsme tous azimuts en seront tourneboulés.

 

Transmutation

Tout commence étrangement : Sacha, jeune fille vivant avec sa mère, est abordée durant ses vacances au bord de la mer par un homme qui, avec quelques éléments de pression, lui demande d’aller se baigner nue chaque nuit à 4h du matin. Pour qui, pourquoi ? Mystère. De fil en aiguille, ce qui se révèle être une épreuve pour elle puis finalement un test l’emmènera s’inscrire à l’Institut des Technologies Spéciales, étrange université quasi inconnue située dans une ville perdue, Torpa.

C’est le point de départ de ce qui doit amener une sorte de transmutation, ou plutôt de métamorphose puisque ce roman est une adaptation/inspiration des “Métamorphoses” d’Ovide. Métamorphose comme un passage à l’âge adulte pour une jeune fille plus ou moins contrainte (du moins au départ) de faire ses études dans un endroit qu’elle n’a pas choisi, pour un cycle de plusieurs années. Transmutation car ce cycle d’études n’a rien d’un parcours classique. On y trouve des cours et des examens, c’est vrai, mais d’un genre assez particulier. Expliquer cela plus en profondeur serait trop en dévoiler alors que tout l’intérêt est de découvrir l’évolution de Sacha (et de bien d’autres étudiants) au contact de bien étranges professeurs qui semblent savoir des choses presque “au-delà du réel”.

Et au fil d’une écriture d’une remarquable finesse, on se prend très rapidement à suivre Sacha, à souffrir avec elle au fil de ses épreuves qui doivent autant à l’étrangeté et à une certaine forme de violence de ce cursus si particulier qu’à la vie classique d’une jeune fille en internat avec ses hauts et ses bas, des épreuves très humaines que tout un chacun traverse à un moment de sa vie, à rire avec elle lors de moments de joie, à être heureux des rencontres qui lui offrent du bonheur, de l’amour, à être effrayé quand on commence à discerner ce dans quoi elle s’est engagée et des conséquences qu’une mauvaise décision pourrait avoir sur son entourage.

Et puis l’étrangeté des professeurs, des cours, et des étudiants plus “avancés” dans le cursus frappent le lecteur. Où Sacha a-t-elle mis les pieds ? A quoi cela va-t-il la mener ? Pourquoi elle ? Le danger rôde, on le comprend vite, et les avertissements des professeurs se font pressants, inquiétants. Ainsi, le roman devient un vrai page-turner, à la fois chroniques d’une vie estudiantine, urban-fantasy light et mystérieuse, roman initiatique fantastique (dans tous les sens du terme) qui s’amuse à jouer avec les codes des romans de genre, mêlant frissons, fantastique et même un brin de SF quand le temps devient quelque chose de très relatif…

Tout cela est bel et bon, mais une chose m’a gêné, et pas qu’un peu. C’est le fait que le mystère demeure jusqu’au bout sur ce vers quoi vont les élèves, le but de leur enseignement “spécial”, pour dire le moins. C’est en effet vers cet inconnu que tend tout le roman, c’est sur lui que tient tout ou au moins une grande partie du suspense. Et si bien sûr cet élément, qui restera à jamais inconnu, n’est pas le coeur du roman ni de fait l’élément le plus important (le voyage, la destination, tout ça…), cette absence totale d’explication m’a vraiment laissé sur ma fin. Je n’ai rien contre les fins ouvertes, j’en suis même plutôt amateur en règle générale, mais ici je voulais savoir. Je voulais savoir car tout le roman tient, et ce depuis le tout début, sur quelque chose qui est totalement éludé. C’est à la fois très adroit de la part des auteurs, car cela entretient au moins en partie l’attention du lecteur, mais cela se termine en une énorme frustration. Et c’est un peu cette frustration qui domine à la fin, et qui participe du ressenti ultime une fois la dernière page tournée.

Alors soyons clairs, “Vita nostra” est un excellent roman, extrêmement riche, offrant plusieurs niveaux de lecture et abordant de nombreux thèmes de très belle manière, subtilement, adroitement, métaphoriquement ou non, doté de personnages plus vrais que nature, à la fois agaçants et attendrissants (comme dans la vraie vie, preuve que le roman vise particulièrement juste sur ce point). Mais sachez que vous n’obtiendrez aucune réponse au bout du chemin, ce qui m’a demandé un peu de recul pour réellement en venir à apprécier le roman, en laissant mon ressenti se “reposer” un peu. Soyez prévenus donc. Mais pour ceux qui sauront faire abstraction de ça, soyez sûrs que vous découvrirez un roman rare, unique même (et lisible par à peu près tout le monde, amateurs de genres ou non), remarquablement mené et à l’ambiance singulière, un grand roman tout simplement.

 

Lire aussi les avis de Gromovar, Lune, Anudar, Cédric, Tigger Lilly, Baroona, Anne-Laure, Célindanaé, Vert, Feyd-Rautha, Brize, Sometimes a book

 

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Dune, de Frank Herbert https://www.lorhkan.com/2020/11/11/dune-de-frank-herbert/ https://www.lorhkan.com/2020/11/11/dune-de-frank-herbert/#comments Wed, 11 Nov 2020 07:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12606 Une chronique sur “Dune”, intemporel chef d’oeuvre de la SF, est-ce bien utile voire même raisonnable ? Aurais-je la prétention d’apporter une analyse ou un point de vue inédit sur le roman de Frank Herbert, déjà étudié sous toutes les coutures ? Certes non. Pour autant, à l’occasion de la...

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Une chronique sur “Dune”, intemporel chef d’oeuvre de la SF, est-ce bien utile voire même raisonnable ? Aurais-je la prétention d’apporter une analyse ou un point de vue inédit sur le roman de Frank Herbert, déjà étudié sous toutes les coutures ? Certes non. Pour autant, à l’occasion de la sortie d’une belle édition collector (et de la résurrection pour l’occasion de la collection Ailleurs & Demain chez Robert Laffont), reparler de “Dune” c’est surfer sur la hype actuelle, malgré le report du tant attendu film de Denis Villeneuve en octobre 2021. Alors surfons. 😉

 

Quatrième de couverture :

Le chef-d’oeuvre absolu de la science-fiction.
Édition du cinquantenaire.
Traduction revue et corrigée.

Il n’y a pas, dans tout l’Empire, de planète plus inhospitalière que Dune.
Partout du sable, à perte de vue.
Une seule richesse : l’épice de longue vie, née du désert et que l’univers tout entier convoite.

 

Un commencement est un moment d’une délicatesse extrême

Comment aborder une critique de “Dune” alors que tout ou presque a déjà été dit (ou est en passe de l’être tant l’actualité éditoriale tournant autour de la saga de Frank Herbert est chargée en raison de l’adaptation cinématographique toute prochaine pas trop lointaine de Denis Villeneuve,  pour preuve la parution imminente d’un mook sur le roman chapeauté par Lloyd Chéry, d’un essai signé Nicolas Allard, d’un hors-série de la revue Rockyrama ou bien d’une étude plus axée sur les sciences aux éditions du Bélial’) sur ce célébrissime roman de SF, sans doute le plus vendu au monde ?

On va faire simple : comme un lecteur lambda (ça tombe bien, c’est ce que je suis) qui redécouvre un roman qu’il a lu adolescent et dont il ne garde en souvenir que les grandes lignes de l’intrigue et dont bon nombre de thématiques lui avaient alors échappé. Environ un quart de siècle après la première lecture, ça donne quoi “Dune” ?

Hé bien c’est encore et toujours vachement bien ! D’une manière différente de l’époque de ma première lecture (et c’est tant mieux), mais malgré tout avec toujours autant d’intérêt. Il faut dire que le roman, désolé de ne pas être original sur ce point, est d’une richesse impressionnante, abordant de nombreux thèmes d’importance (écologie, religion, politique, exercice du pouvoir, responsabilité et bien d’autres encore…), toujours d’actualité aujourd’hui (quelle clairvoyance de la part de Frank Herbert qui, plus de 50 ans après la parution du roman, semble nous parler de notre société d’aujourd’hui où politique et religion, en se mêlant, tendent au désastreux, où l’écologie est au centre de nos préoccupations (mais sans doute pas assez malheureusement…), où l’exercice du pouvoir par ceux qui nous gouvernent pose question, etc…), sans jamais oublier d’être également un roman d’aventures, un récit initiatique sur le passage à l’âge adulte en traversant de douloureuses épreuves, un livre-monde qui ne se dévoile pas forcément facilement (de nombreux néologismes ou mots importés/transformés depuis des langues “inhabituelles” (latin, arabe, hébreu, persan…) et un important lexique en fin de volume) mais qui donne au lecteur sa dose de dépaysement avec son riche contexte qui se dessine peu à peu.

Un contexte qui ne manque pas d’attraits, ne serait-ce que parce que ce lointain avenir (presque 25 000 ans après notre époque !), dépouillé de tout artifice technologique (tout au moins semble-t-il l’être) après un Jihad Butlérien qui a vu les machines pensantes disparaître au profit d’une sur-humanité (les Mentats, véritables ordinateurs-humains, le Bene Gesserit, sororité dont le conditionnement mental et physique donne à ses membres (tous féminins) des capacités hors du commun, ou bien les navigateurs de la Guilde Spatiale, sorte de super-mutants pilotes de vaisseaux spatiaux, le tout n’étant rien d’autre qu’une forme de transhumanisme avant l’heure), est un futur assez rare pour être signalé. Mais c’est évidemment loin d’être le seul attrait du récit. Car il y aurait encore beaucoup à dire sur la planète Arrakis en elle-même, sur l’épice et ses effets, sur les nombreuses factions présentes et les complexes rapports de force qui les lient, sur les plans dans les plans, les machinations à plusieurs niveaux, et bien sûr la destinée de Paul “Muad’Dib” Atréides, “héros” du roman (avec tous les guillemets qui s’imposent mais il faut avoir lu la suite, “Le Messie de Dune”, pour en prendre pleinement conscience…). Tant de choses qui font de “Dune” un grand (et gros : plus de 600 pages) roman.

Il y a aussi des choses qui sont moins réussies dans “Dune” : le rôle des femmes, certes parfois fortes mais dont l’influence sur le récit n’est pas si importante que ça, et la place qu’elles occupent à certains moments (à la mort de leur conjoint chez les Fremen notamment) pose question. Le cycle de l’épice manque également de clarté. Mais aussi gênants qu’il puisse être, et à moins de mettre une priorité absolue sur ces détails (qui n’en sont donc pas forcément, notamment sur les femmes), ils ne pèsent pas tant que ça dans la balance. Tout juste font-ils lever les yeux au ciel de temps en temps, et font se rappeler que le roman date des années 60… Pour le reste, oui “Dune” résiste à l’épreuve du temps, et de quelle manière !

Joliment remis sur le devant des étals avec une belle édition collector au style métallo-rétro qui lui sied ma foi fort bien (avec un design de couverture signé du graphiste espagnol Alex Trochut, une traduction révisée par le bien nommé Feyd-Rautha, une préface inutilement alambiquée et très commerciale de Denis Villeneuve qui a toutefois le mérite d’être là, une deuxième préface autrement plus intéressante et personnelle de Pierre Bordage qui, en plus d’être joliment écrite, fait autant lieu d’hommage au roman d’Herbert que de grille de lecture et de réflexion touchante et personnelle sur ce qu’a apporté la lecture de l’oeuvre au romancier français, et une postface de l’inaltérable Gérard Klein qui fait du Gérard Klein, c’est à dire qu’elle est érudite, qu’il se la pète un peu et qu’il envoie aussi quelques piques ici ou là… 😀 ), “Dune” mérite son statut de roman culte.

Je n’ai pas parlé de l’intrigue du roman, bien connue et sur laquelle il n’est pas bien compliqué de trouver moult renseignements, mais à celui ou celle qui voudrait en savoir plus, si tant est que j’ai pu lui donner envie d’aller plus loin, je n’aurais qu’une chose à dire : lisez “Dune”, arpentez le désert de la planète Arrakis, faites connaissance avec les Fremen, craignez les plans du Bene Gesserit, de l’Imperium ou des Harkonnen, volez en ornithoptère, observer les fameux vers des sables, rencontrez les inoubliables personnages que sont Dame Jessica, le duc Leto Atréides, Gurney Halleck, Duncan Idaho et bien évidemment Paul Atréides, et entrez dans un univers que vous n’oublierez pas de sitôt !

 

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Neuromancien, de William Gibson https://www.lorhkan.com/2020/11/06/neuromancien-de-william-gibson/ https://www.lorhkan.com/2020/11/06/neuromancien-de-william-gibson/#comments Fri, 06 Nov 2020 07:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12607 “Neuromancien”, le roman qui a, à lui seul ou presque, lancé un genre : le cyberpunk. Mais qu’en est-il aujourd’hui du récit de William Gibson, très ancré dans les années 80 ? La nouvelle traduction ici présente, oeuvre de Laurent Queyssi et sortie tout récemment chez Au diable Vauvert (ouvrant...

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“Neuromancien”, le roman qui a, à lui seul ou presque, lancé un genre : le cyberpunk. Mais qu’en est-il aujourd’hui du récit de William Gibson, très ancré dans les années 80 ? La nouvelle traduction ici présente, oeuvre de Laurent Queyssi et sortie tout récemment chez Au diable Vauvert (ouvrant le bal d’une réédition quasi totale des romans de William Gibson chez le même éditeur dans les mois et années à venir), joue-t-elle en sa faveur ?

 

Quatrième de couverture :

Case est le meilleur cow-boy des interfaces, un hacker lâché sur les autoroutes du cyberespace, le seul qui ait jamais traversé la matrice avant de rencontrer les mauvaises personnes au mauvais moment…
Première grande dystopie sociale aux côtés du “Blade Runner” de Philip K. Dick, un chef d’oeuvre prémonitoire, fondateur de la SF moderne.

 

Là où tout commence et où tout finit ?

Roman culte, “Neuromancien”, devenu difficile à trouver neuf en librairie ces derniers mois, bénéficie enfin d’une nouvelle traduction. Oui, enfin. Car pour culte qu’il soit, un statut d’ailleurs bien mérité pour une oeuvre considérée comme fondatrice du mouvement cyberpunk, mouvement qui, s’il n’a pas été strictement inventé par “Neuromancien” (on pourrait citer “Sur l’onde de choc” de John Brunner, écrit presque 10 ans auparavant), doit à son auteur, William Gibson, d’avoir su sentir l’air du temps et d’avoir amalgamé toutes sortes de tendances et de détails propres à propulser sur le devant de la scène un genre qui ne demandait qu’à émerger, le roman souffrait malgré tout d’une traduction poussive et datée qui n’en facilitait pas la lecture.

Il s’agit d’ailleurs pour moi d’une relecture, sur laquelle je suis allé à tâtons tant je me souviens avoir pas mal galéré sur la première traduction de Jean Bonnefoy, célèbre malgré tout pour son fameux incipit (dont la célébrité doit bien sûr beaucoup plus à William Gibson lui-même, mais sa traduction a marqué la SF en France) :

Le ciel au-dessus du port était couleur télé calée sur un émetteur hors service.

C’est Laurent Queyssi qui s’est chargé de la délicate tâche de la retraduction. Et si on pourra être circonspect devant le nouvel incipit (plus parce que c’est une sorte de rupture sur une phrase à laquelle tout lecteur de SF s’était plus ou moins habitué qu’à cause d’un problème qualitatif)  :

Le ciel au-dessus du port avait la couleur d’une télévision allumée sur une chaîne défunte.

… On sera ensuite rapidement rassuré. Certes, le premier contact avec cette nouvelle traduction n’avait pas été très rassurant il y a quelques mois (un extrait proposé hors contexte dans le Bifrost 96 consacré justement à William Gibson), mais en reprenant depuis le début le roman de Gibson se retrouve enfin paré d’atours autrement plus séduisants que ce que proposait Jean Bonnefoy. Finies les tournures de phrase et les expressions datées, finie la francisation à tout prix de noms propres (qui ne “claquaient” pas vraiment) dans un monde globalisé (excepté pour Neuromancien bien sûr mais il était difficile de faire autrement, pour le reste Muetdhiver devient Wintermute, Lumierrante devient Straylight, Trait Plat reste francisé mais devient plus subtilement Tracé Plat, etc…), et pour avoir comparé quelques morceaux de l’ancienne et de la nouvelle traduction, il n’y a pas photo. L’effet est radical : le roman devient plus clair, tout simplement plus compréhensible, et ce qui est bien plus qu’un simple coup de polish lui redonne une vraie modernité.

C’est d’ailleurs un vrai tout de force pour un roman directement lié à son époque (1984 pour la VO), extrapolant sur l’avenir de l’informatique et le devenir d’une société laissée en pâture à un capitalisme dévorant tout sur son passage. Le cyberpunk a émergé avec “Neuromancien” (puisque tout y est ou presque : des megacorporations, des villes tentaculaires éclairées au néon, des gangs, des drogues, des implants cybernétiques, des intelligences artificielles aux motivations obscures voire incompréhensibles pour les êtres humains, des consciences numériques, la singularité technologique, la fameuse matrice, etc…) et il est vrai qu’à la lecture on peut avoir la sensation que le mouvement est né avec ce roman et qu’il a également cessé de vivre avec lui. L’alpha et l’oméga en quelque sorte, une époque et un genre défunts (ce n’est sans doute pas tout à fait vrai pour le mouvement cyberpunk qui a, au moins un peu, évolué mais qui reste malgré tout très marqué par toute l’imagerie véhiculée par le roman de Gibson).

On discerne également plus nettement les références ou emprunts que lui ont fait de nombreuses oeuvres postérieures, tel dernièrement “Void star” de Zachary Mason ou bien, plus anciennes mais plus connues, “Ghost in the shell” (Masamune Shirow pour le manga, Mamoru Oshii pour le (chef d’oeuvre !) film d’animation) ou “Matrix” des soeurs Wachowski (pour la matrice bien sûr mais aussi pour plein d’autres choses dont une Trinity qui semble être le portrait craché de Molly Millions). Sans “Neuromancien”, rien de tout ça.

Alors bien sûr, Bonnefoy ou Queyssi, il n’est pas question de nier l’importance du roman dans l’histoire de la SF, mais à l’évidence la version Queyssi apporte un vrai plus qui permet enfin au roman d’être abordé par un lecteur actuel sans se faire des noeuds au cerveau ou soupirer devant une langue française qui ne correspondait pas vraiment (ou qui ne correspond plus, de nos jours) à l’univers assez radical dépeint par Gibson. “Neuromancien” redevient donc un roman à conseiller, un roman agréable, un roman qu’il faut avoir lu. C’est un nouveau “Neuromancien”, tout simplement, un incontournable qui devient encore plus incontournable, par ailleurs sublimé par la superbe couverture signée Josan Gonzalez.

Et quand on sait que cette nouvelle traduction, sous l’égide des éditions Au Diable Vauvert, n’est que le début d’un renouveau de l’oeuvre (retraduite) de William Gibson en librairie, me voilà maintenant très impatient de découvrir les autres textes de l’auteur, ceux que j’ai lus (comme “Gravé sur chrome” qui ne m’avait qu’à moitié convaincu, dans une traduction de… Jean Bonnefoy, tiens donc !) comme ceux que je n’ai pas encore lus. Les années qui viennent seront cyberpunks ou ne seront pas !

 

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Apprendre, si par bonheur, de Becky Chambers https://www.lorhkan.com/2020/10/30/apprendre-si-par-bonheur-de-becky-chambers/ https://www.lorhkan.com/2020/10/30/apprendre-si-par-bonheur-de-becky-chambers/#comments Fri, 30 Oct 2020 07:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12598 Becky Chambers a le vent en poupe en ce moment, avec notamment le Prix Hugo 2019 de la meilleure série pour sa trilogie des “Voyageurs” (dont je n’ai, pour le moment, lu que le premier volume). La voici à nouveau sur les étals avec cette fois une novella indépendante. Nouveau...

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Becky Chambers a le vent en poupe en ce moment, avec notamment le Prix Hugo 2019 de la meilleure série pour sa trilogie des “Voyageurs” (dont je n’ai, pour le moment, lu que le premier volume). La voici à nouveau sur les étals avec cette fois une novella indépendante. Nouveau format certes, mais toujours dans cette mouvance optimiste, diverse, ouverte, tolérante et bienveillante.

 

Quatrième de couverture :

« Nous n’avons rien trouvé que vous pourrez vendre. Nous n’avons rien trouvé d’utile. Nous n’avons trouvé aucune planète qu’on puisse coloniser facilement ou sans dilemme moral, si c’est un but important. Nous n’avons rien satisfait que la curiosité, rien gagné que du savoir. »
Un groupe de quatre astronautes partis explorer des planètes susceptibles d’abriter la vie : hommes et femmes, trans, asexuels, fragiles, déterminés, ouverts et humains, ils représentent la Terre dans sa complexité.

Le nouveau roman du sommet actuel de la SF positive.

Becky Chambers, après les trois volumes du cycle des « Voyageurs » (prix Hugo de la meilleure série en 2019), nous livre une méditation tendre et joyeuse sur l’appel de l’espace, le but ultime de la science et, au bout du compte, sur l’étincelle de vie qui nous anime tous.

« Écrire de la SF positive, c’est regarder les injustices dans les yeux et continuer de croire qu’on va les vaincre. » Élisa ThévenetLe Monde.

 

Love boat spaceship

“Apprendre, si par bonheur” est narré par une femme, Ariadne, faisant partie d’une équipe de quatre astronautes chargés d’étudier quatre exoplanètes susceptibles d’abriter la vie. Cette équipe a été envoyée au loin dans ce but purement scientifique par un organisme citoyen qui semble essentiellement être financé par ce qui ressemble à un genre de crowdfunding. Et c’est cette odyssée scientifique autant qu’humaine qui est au centre du récit.

Odyssée scientifique tout d’abord car là où on pouvait reprocher quelques facilités technico-scientifique dans “L’espace d’un an”, on est ici en terrain beaucoup plus (apparemment) réaliste. Je ne me prononcerai certes pas sur ce qui est dans le champ du possible et ce qui ne l’est pas, toujours est-il que le ton est beaucoup plus “sérieux” (avec les guillemets qui s’imposent hein !), pour un récit qui se veut “possible”. Et au-delà du principe du voyage interstellaire qui repose sur la toujours bien pratique technique de stase (appelé ici “torpeur”), on a donc une équipe d’astronautes confrontée à des formes de vie très diverses, qu’elle soit microscopique dans un environnement glacé, très luxuriante sur une planète à la gravité élevée, ou du type mollusque sur une planète particulièrement tempétueuse… Becky Chambers en profite pour aborder de nombreux aspects scientifiques à travers la chimie, la génétique, la biologie, la géologie, etc… On pourrait presque admettre ce texte dans le genre hard-SF.

Et cette odyssée scientifique est donc aussi très humaine. Car l’humain est au coeur du texte, dans un style tout à fait Becky Chambers c’est à dire toujours bienveillant, très ouvert à la différence, la tolérance, la diversité. Alors oui, on a des relations très libres entre les astronautes mais ça va bien au-delà de cette seule solution de facilité. Car l’autrice a pensé à l’humain en écrivant son texte et en construisant son contexte. Sur le plan social, le programme spatial dont dépendent les astronautes est comme je le disais plus haut un programme citoyen, dénué de toute recherche de profit au-delà du seul financement de la mission. Sur le plan personnel, on trouve parmi les astronautes différentes orientations sexuelles, ce qui conduit à une certaine forme d’harmonie au sein de l’équipage (ce qui est tout sauf accessoire quand on part sur une mission spatiale particulièrement longue), sans systématiquement empêcher les tensions de monter quand le personnel de la mission est soumis à rude épreuve lors d’une exploration qui accumule les difficultés. Sur le plan technique, tout est fait pour que le bien-être des astronautes soit assuré, comme une certaine intimité qui leur est allouée lors de la sortie de la “torpeur”. Et là où le côté technico-scientifique rejoint le côté humain c’est que contrairement à de nombreux romans de SF qui ont tendance à jouer sur la terraformation pour adapter l’habitat aux humains, ici c’est l’humain qu’on adapte à l’habitat avec la “somaformation” (soma en grec ancien signifiant le corps). Jolie trouvaille jouant tout autant avec la science qu’avec une sorte de transhumanisme exoplanétaire écolo…

De nombreuses thémathiques sont donc abordées, le tout dans un volume de texte assez restreint. Il en ressort à la fois une sorte d’apaisement, dû au côté bienveillant du texte, mêlé à un vertige science-fictif bien présent. Un joli cocktail qui culmine dans une magnifique conclusion sonnant comme une déclaration d’amour à la science, avec un sens du sacrifice ultime pour que la science et l’humain avancent main dans la main. C’est juste beau. On pourrait certes, à l’instar de “L’espace d’un an”, regretter une intrigue assez réduite (de fait, le texte ici présent ne s’intéresse qu’à la mission et aux personnages, il n’y a pas d’intrigue en tant que telle sauf à considérer que la mission en elle-même constitue l’intrigue, ce qui peut d’ailleurs tout à fait s’entendre), mais le reste fait du bien par où il passe et c’est un défaut qui finalement passe au second plan. Il n’empêche que le jour où Becky Chambers parviendra à marier sa bienveillance avec une intrigue digne de ce nom, ça vaudra certainement plus qu’un coup d’oeil…

En l’état, “Apprendre, si par bonheur” (titre dont l’explication est donnée à la toute fin) est un fix de positivité, mêlant science et bienveillance pour nous offrir un concentré d’optimisme. Et par les temps qui courent, ça fait un bien fou…

 

Lire aussi les avis de Yogo, Lune, Célindanaé, Ombrebones, Gepe., Anne-Laure, Yuyine, Le syndrome Quickson.

Critique écrite dans le cadre du challenge “Le Projet Maki” de Yogo.

 

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Cheval de Troie, Journal d’un AssaSynth tome 3, de Martha Wells https://www.lorhkan.com/2020/10/26/cheval-de-troie-journal-dun-assasynth-tome-3-de-martha-wells/ https://www.lorhkan.com/2020/10/26/cheval-de-troie-journal-dun-assasynth-tome-3-de-martha-wells/#comments Mon, 26 Oct 2020 07:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12590 Quelques mois après la lecture du tome 2 de la série “Journal d’un AssaSynth”, il est temps de retrouver ce sympathique AssaSynth, androïde de son état mais peut-être plus humain que bien des humains. Une troisième novella dans laquelle le droïde de sécurité va tenter de se rapprocher encore un...

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Quelques mois après la lecture du tome 2 de la série “Journal d’un AssaSynth”, il est temps de retrouver ce sympathique AssaSynth, androïde de son état mais peut-être plus humain que bien des humains. Une troisième novella dans laquelle le droïde de sécurité va tenter de se rapprocher encore un peu plus de son passé dramatique mais “effacé” et des affaires plutôt sombres de la corporation GrayCris, entrevues dans les deux tomes précédents.

 

Quatrième de couverture :

« Je n’ai vraiment pas de bol avec les transports autopilotés.
Le premier à me prendre en stop n’avait eu d’autre motivation que celle de profiter de ma collection de fichiers multimédias.
L’emmerdeur de vaisseau expéditionnaire, EVE, le temps de notre collaboration, avait menacé de me tuer, regardé mes émissions préférées, altéré ma configuration structurelle, fourni un excellent soutien tactique, argumenté jusqu’à me convaincre de jouer les consultants en sécurité, sauvé la vie de mes clients et nettoyé derrière moi quand j’avais dû assassiner des humains. (C’étaient des méchants.) EVE me manquait beaucoup.
Et il y avait ce transport-ci.
 Qui s’était mis en tête de me confier le maintien de l’ordre à bord et de m’envoyer des notifications à chaque querelle entre passagers. Imbécile que je suis, j’y avais répondu. Pourquoi ? Je ne le sais pas moi-même. »

Enfin parvenu sur la planète Milu, AssaSynth est contraint d’endosser de nouveau son rôle de SecUnit afin de protéger son identité et, au passage, des clients officieux, accompagnés d’un bot de compagnie, Miki.

Confronté à plus puissants que lui, mais aussi à l’innocence déstabilisante de Miki, notre androïde devra allier les deux parts de son être pour survivre : la puissance de feu du robot et le libre arbitre de l’humain.

“Défaillances systèmes”, la première des quatre novellas qui forment “Journal d’un AssaSynth”, a reçu les prix Hugo, Nebula, Alex et Locus.

 

Terminator bisounours

On poursuit donc les aventures de l’androïde de sécurité qui a réussi à hacker son module superviseur, lui permettant de devenir seul maître de ses décisions, chose par ailleurs absolument illégale. Pensez donc : un androïde aux capacités hors du commun, soumis à son seul libre-arbitre ? Terrible danger pour l’humanité ! Sauf que l’androïde en question a plutôt tendance à vouloir se poser, au calme et si possible le plus loin possible de tout être humain, pour s’adonner à sa plus grande passion : regarder à la chaîne tout un tas d’épisodes de séries télévisées. Pour le danger, on repassera.

Pour autant, il semble avoir le chic pour s’attirer les ennuis, même s’il semble avoir pris toutes les précautions pour les éviter. A nouveau, ça ne rate pas : son idée de départ est d’infiltrer une station spatiale à l’abandon susceptible de contenir des renseignements sur les agissements de la corporation GrayCris (déjà à l’oeuvre dans les tomes précédents) pour rendre service au Docteur Mensah (personnage important du tome 1) en profitant d’un vaisseau chargé d’auditer la station pour savoir si elle mérite d’être sauvée. Pas question de suivre les auditeurs cependant, l’androïde a l’intention de faire ça de manière discrète, sans que sa présence ne soit relevée. Mais rien ne va se dérouler comme prévu, bien évidemment. Et notre AssaSynth, “victime” de ses bons sentiments, va à nouveau devoir utiliser ses talents d’androïde de sécurité tout autant que ses émotions très humaines.

La trame narrative reste donc à peu près dans la droite lignée des tomes précédents, il n’y a pas vraiment de surprise à attendre de ce côté. Ni d’un autre côté d’ailleurs, car même si le récit reste très agréable à lire, on sent peut-être venir les limites d’une recette qui peine à se renouveler, d’autant que les touches d’humour, un peu moins présentes que précédemment, semblent moins faire mouche.

Avec un début un peu longuet avant d’atteindre la fameuse station, on se prend à se demander si on n’est pas en train de lire le volume de trop. Puis soudain Martha Wells parvient à remettre son récit sur de meilleurs rails, tout d’abord avec une exploration à l’atmosphère tendue faisant nettement penser au film “Alien”, puis en lâchant les chevaux quand le calme cède la place à l’action. Le récit prend alors des allures d’excellent “actionner” à grand spectacle, avec un androïde à l’humour cynique et acide digne d’un Bruce Willis dans la série “Die Hard”.

Et on prend alors un vrai plaisir à voir notre androïde AssaSynth, libéré des contraintes de son module superviseur, ne pas pouvoir s’empêcher d’aider ces humains en détresse. On ajoutera à sa relation particulière avec l’humanité la relation de l’androïde de confort Miki avec sa propriétaire Abene, une relation qui amène à se poser de bonnes questions sur le statuts de ces androïdes et leur place dans la société, et aboutissant sur la fin à quelque chose de spécial (et pourtant totalement improbable tant tout semble les opposer) entre AssaSynth et Miki. A ce titre il est amusant de voir qu’après EVE dans le deuxième tome, AssaSynth évolue à nouveau au contact d’un être robotique plutôt qu’à celui des humains, ces derniers lui montrant moins d’empathie que les êtres pourtant artificiels. A moins que ce ne soit un tout. Mais AssaSynth cherchant à tout prix à éviter le contact humain (le fait qu’il soit considéré comme un être illégal joue évidemment beaucoup) alors qu’au début du texte il indique qu’EVE lui manque, il y a là quelque chose de révélateur…

Rien de nouveau sous le soleil donc, mais ça fonctionne encore. Malgré un début un peu délicat, “Cheval de Troie” parvient à emporter l’adhésion. La conclusion du récit, ouvrant très nettement sur le volume suivant (largement plus que les deux tomes précédents), rend la lecture de la quatrième novella à peu près indispensable. Une dernière novella avant que Martha Wells passe sa série au format roman. Mais ceci est une autre histoire…

 

Lire aussi les avis de Baroona, Anne-Laure, Herbefol, Lullaby, Dionysos, Lianne.

Critique écrite dans le cadre du challenge “Le Projet Maki” de Yogo.

 

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Expiration, de Ted Chiang https://www.lorhkan.com/2020/10/12/expiration-de-ted-chiang/ https://www.lorhkan.com/2020/10/12/expiration-de-ted-chiang/#comments Mon, 12 Oct 2020 06:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12565 Ted Chiang est un auteur rare mais pourtant célèbre dans le monde de la SF à tendance hard. S’il n’était cette rareté éditoriale (un peu moins d’une vingtaine de nouvelles en trente ans de carrière, mais une multitude de prix : 5 Hugo, 6 Locus, 4 Nebula, 1 British SF...

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Ted Chiang est un auteur rare mais pourtant célèbre dans le monde de la SF à tendance hard. S’il n’était cette rareté éditoriale (un peu moins d’une vingtaine de nouvelles en trente ans de carrière, mais une multitude de prix : 5 Hugo, 6 Locus, 4 Nebula, 1 British SF Award, 1 Theodore Sturgeon Award…), on pourrait même parier qu’il serait sans doute au niveau d’un Greg Egan dans le genre. J’avoue ne pas avoir été ultra convaincu par son précédent recueil, “La tour de Babylone”, un peu trop “froid” malgré deux textes d’exception. Le nouveau recueil ici présent, “Expiration”, semble pourtant mettre tout le monde d’accord. Moi y compris ?

 

Quatrième de couverture :

Les neuf histoires qui constituent ce livre brillent à la fois par leur originalité et leur universalité. Des questions ancestrales – l’homme dispose-t-il d’un libre arbitre? si non, que peut-il faire de sa vie? – sont abordées sous un angle radicalement nouveau.
Ted Chiang pousse à l’extrême la logique, la morale et jusqu’aux lois de la physique pour créer des mondes inédits dans lesquels les machines en disent long sur notre humanité.
Auréolé d’un immense succès critique et commercial aux États-Unis, “Expiration” est en cours de publication dans vingt et un pays, installant définitivement son auteur parmi les écrivains américains les plus importants.

 

Ted Chiang au sommet

N’y allons pas par quatre chemins, le titre de cette chronique est d’ailleurs très parlant, oui “Expiration” est formidable. C’est peut-être même un sommet de la SF contemporaine, même s’il est possible qu’il ne plaise pas à tout le monde, son côté très analytique et parfois un peu désincarné pouvant déplaire aux lecteurs qui ne vivent que par et à travers des personnages complexes et “vivants”. C’est pourtant mon cas à moi aussi, mais là il faut bien dire que la finesse d’analyse et les multiples pistes explorées forcent le respect. Il n’y manque sans doute plus qu’un brin d’humanité supplémentaire pour que les textes de Ted Chiang s’ouvrent au plus grand nombre et finissent d’installer l’écrivain dans les très hautes sphères des auteurs de SF d’aujourd’hui. Mais qu’on ne s’y trompe pas, malgré ce léger reproche, “Expiration” est un recueil (9 nouvelles au sommaire, écrites entre 2007 et 2019 (on peut d’ailleurs regretter que le volume n’indique pas les premières dates de publication des textes, en VO comme en VF) absolument remarquable, emblématique de cette “littérature des idées” qu’est la SF, stimulante intellectuellement et posant de juste questions, technologiques autant qu’éthiques et morales. Revue de détail.

 

  • Le marchand et la porte de l’alchimiste

Le recueil s’ouvre avec cette étonnante nouvelle, pleine de malice et de SF, qui prouve que quand Chiang s’en donne la peine il est tout à fait capable d’enrober son texte d’un merveilleux contexte pour en faire un récit qui va bien au-delà d’une simple analyse d’une problématique donnée.

On est en présence ici d’un texte s’intéressant au voyage dans le temps (futur aussi bien que passé), à travers un texte arabisant prenant des allures de “Contes des mille et une nuits” en enchâssant plusieurs récits sans oublier d’y ajouter une pointe d’érotisme. On est presque dans l’exercice de style sur la forme mais c’est extrêmement bien ficelé.

Fuwaad ibn Abbas est un marchand qui fait le récit de sa rencontre à Bagdad avec un alchimiste, Bashaarat, qui, non content de proposer des objets extrêmement bien ciselés, a aussi “inventé” des portes permettant de voyager dans le temps. Avant de s’y plonger, Fuwaad cherche à savoir si d’autres personnes ont utilisé cette incroyable invention. Bashaarat lui narre donc les aventures de quelques autres clients. Fuwaad décide alors d’utiliser cette porte pour tenter de régler un drame personnel qui le mine depuis de nombreuses années.

Exploration originale du voyage dans le temps, ce texte joue avec la causalité tout en posant la question du libre-arbitre et des conséquences de nos actes. La thématique n’a rien d’originale en soi, mais le traitement l’est beaucoup plus et la morale de l’histoire est empreinte d’une belle résilience et d’une bonne dose d’humanité, le tout insistant sur l’acceptation de ce que la vie nous offre, en bien comme en mal. Le recueil commence donc sous les meilleurs auspices.

 

  • Expiration

Après “Les mille et une nuits” on passe à quelque chose de mi-SF mi-steampunk avec une civilisation étrange, faite d’êtres mécaniques dont la source d’énergie est l’air, comme des automates utilisant de l’air comprimé pour se mouvoir. Mais il s’agit bel et bien d’une civilisation vivante ici, et Ted Chiang fait montre d’une belle inventivité et d’une remarquable précision dans la description du métabolisme de ces êtres en narrant les découvertes de l’un d’entre eux, chercheur en anatomie, déterminé à découvrir le fonctionnement de la mémoire (ou en tout cas leur mémoire) et tentant de résoudre un mystère lié à un écoulement du temps qui semble différent de ce qu’il fut.

De fil en aiguille, et en empilant les découvertes du narrateur, Ted Chiang se fend d’un remarquable texte sur la constitution d’un univers, ou des univers, les uns nourrissant les autres, jusqu’à s’intéresser avec une rare acuité à l’entropie générale et la mort thermique de l’univers et, en toute fin, de toute vie. Ça paraît sombre, et ça l’est d’une certaine manière, et pourtant il y a un sentiment d’espoir et d’optimisme qui transparaît dans tout cela, avec l’idée de célébrer la vie telle que nous la vivons, rejoignant ainsi le texte précédent.

 

  • Ce qu’on attend de nous

Petit texte de quatre pages jouant sur une idée simple (le libre-arbitre encore une fois, ou plutôt l’illusion du libre-arbitre et le besoin qu’a l’humanité d’en croire en son libre-arbitre), “Ce qu’on attend de nous” ressemble presque plus à une démonstration qu’à un récit, et sa brièveté n’en fait pas un texte majeur. Il illustre le besoin de l’humanité de croire qu’il est possible de prendre son destin en main et que les choix qu’elle fait ne sont pas tout tracés. Amusant mais somme toute mineur par rapport au reste du recueil.

 

  • Le cycle de vie des objets logiciels

Le gros morceau du recueil, c’est ce texte, une novella de 132 pages. Ted Chiang s’intéresse ici aux intelligences artificielles, un thème largement rabâché dans la SF. Mais ici, pas d’accession soudaine à la conscience d’une intelligence artificielle distribuée et omnisciente, non, il s’agit tout simplement, du moins au départ, de “tamagotchis ++” (des “digimos”) développés par la société Blue Gamma, évoluant dans un monde virtuel également accessible aux êtres humains équipés des accessoires adéquats et qui se développent en interagissant avec leurs propriétaires humains, en temps réel. Presque comme un véritable enfant, ce qu’ils vont plus ou moins devenir pour certains propriétaires, d’autant que leur avatar dans le monde virtuel est un petit animal tout mignon ou un petit robot tout aussi cute. Sauf qu’ils ne sont pas humains, n’ont pas de droits et restent dépendants du support sur lequel ils ont été développés. Vous voyez sans doute venir ce vers quoi va s’orienter Ted Chiang.

Car il va en effet être question de droit, de conscience, de libre-arbitre (encore), et de bien d’autres choses dans ce texte qui se déroule sur un temps relativement long (plus d’une dizaine d’années). En plus de la problématique directement liée à la considération qu’il faut accorder à ces êtres virtuels,  se posent des questions plus pragmatiques liées, elles, à la société humaine dans son ensemble. Blue Gamma finit par faire faillite (car ce temps long nécessaire à l’évolution de ces petits êtres finit par lasser…), puis c’est l’environnement sur lequel ont été développés les digimos qui est racheté par une société concurrente en même temps que d’autres entités développent leur propres digimos, avec un code différent, et des capacités différentes. Moins (ou plus…) expérimentaux, peut-être plus tournés vers diverses utilisations possibles (et monnayables) que les digimos de Blue Gamma ? Ça reste à prouver, la flexibilité de ces derniers semblant leur permettre de développer des capacités réellement humaines. Et qui dit capacités humaines dit… industrie du sexe, pour une nouvelle direction de développement des digimos qui n’est peut-être pas si incongrue que ce que l’on pourrait penser de prime abord.

Et au fil des années, c’est tout un environnement en plus d’une nouvelle manière d’éduquer et d’appréhender la vie et la conscience qui est à repenser. Ted Chiang étudie toutes ces thématiques sous de nombreux aspects, posant la question de la reconnaissance des digimos, de leur éventuelle marchandisation, de leur libre-arbitre et de maintes autres perspectives toujours abordées en confrontant le pour et le contre à travers les propriétaires humains des digimos (notamment Ana et Derek, que l’on suit sur toutes ces années), forcément amenés à se poser ces questions devant le développement de plus en plus avancé des créatures virtuelles (notamment Jax, le digimo d’Ana, et Marco et Polo, les digimos de Derek, tous ces personnages donnant un fil directeur au récit et un point d’accroche “incarné” au lecteur) qui finissent d’ailleurs par ne pas être seulement virtuelles puisqu’elles ont la possibilité de se télécharger dans un petit robot bien réel, pour encore plus d’interactions bien réelles elles aussi.

Passionnant de bout en bout, intelligemment brillant (ou brillamment intelligent), et finalement très subtil, ce texte est un petite merveille qui a le bon goût d’éviter de chausser les gros sabots classiques de la SF dès qu’on parle d’IA.

 

  • La nurse automatique brevetée de Dacey

On retrouve ici un peu de steampunk ici avec l’invention du mathématicien Reginald Dacey : une nourrice mécanique. Fatigué de voir l’humeur changeante de son fils, avec pour conséquence les méthodes changeantes de sa nourrice (une nourrice trop indulgente amène des comportements déplaisants de l’enfant, ce qui énerve la nourrice qui punit l’enfant. L’enfant pleure, la nourrice regrette et fait donc preuve d’indulgence, etc… Le cycle se répétant à l’infini, voire s’auto-alimentant, le mathématicien y voit là un système instable auquel il faut remédier), il décide d’inventer une nourrice mécanique qui “élèverait” les enfants de manière totalement rationnelle. Une invention qui ne convaincra guère mais qui renaîtra quelques années plus tard, lors de l’étude du cas d’un enfant ne répondant pas aux stimuli des personnes qui le côtoient.

Récit à chute, “La nurse automatique brevetée de Dacey”, s’il ne convainc pas totalement, est en creux une critique des vieilles méthodes d’éducation et insiste sur l’importance de l’humain, aussi irrationnel qu’il puisse être, pour le bon développement de son prochain et que c’est cette irrationalité qui fait notre humanité.

 

  • La vérité du fait, la vérité de l’émotion

Ici, au travers de son texte, Ted Chiang étudie l’impact de la technologie conduisant à un changement de paradigme au sein de la société, et ce de deux manières. Une manière futuriste avec l’arrivée, à la façon de ce qu’avait déjà imaginé “Black Mirror” dans le troisième épisode de la première saison, d’un nouvel outil de recherche/assistant personnel virtuel permettant d’indexer tout ce qu’enregistrent les caméras personnelles (permettant de tenir des “lifelogs”, sorte de vlogs reprenant toutes les vidéos qui retracent la vie entière des utilisateurs) déjà largement implantées dans la population. Il est possible quasiment instantanément de retrouver un épisode de sa vie en le demandant à cet assistant personnel appelé Memori, ce qui conduit à de nombreuses interrogations sur l’utilisation qui en est faite, jusqu’à se demander si c’est un bienfait ou un préjudice exacerbant les mauvais côtés de l’humanité. Quid de l’oubli, du pardon, du temps même alors que la moindre dispute peut être retrouvée en moins d’une seconde ? Que devient la subjectivité intrinsèque à l’espèce humaine alors que cet assistant personnel retrouve tout de manière 100% objective ? Que deviennent les relations humaines sous l’égide de ce nouveau système ?

L’autre impact technologique est celui de l’arrivée de l’écriture, amenée par les colons européens au sein du peuple Tiv, et des dérives associées, allant jusqu’à un réel impact culturel dénaturant toute une tradition en modifiant rien de moins que le système de pensée.

Ces deux impacts sont mis en parallèle, le côté futuriste étant “humanisé” par l’histoire du journaliste-narrateur et sa relation avec sa fille, le côté Tiv l’étant par différents récits impliquant certains de ses habitants notamment Jijingi, jeune garçon qui apprend l’écriture pensant que cela aidera sa tribu auprès des Européens. Cette ligne narrative, qui a un petit côté Mike Resnick en mode “Kirinyaga”, ne manque pas de saveur, avec un petit côté “conte philosophique” qui intervient de manière judicieuse en entrecoupant le récit du journaliste. Tout cela est très finement analysé, en pesant le pour et le contre de ce qu’amène cette nouvelle technologie, pose de multiples questions éthiques et se lit avec aisance malgré un côté démonstratif très présent. Mais encore une fois, l’analyse est remarquable.

 

  • Le grand silence

Autre texte court (sept pages), il est ici question de l’humanité qui cherche à trouver des sources d’intelligence extraterrestre très éloignées, d’une certaine manière se confronter à l’altérité, alors qu’elle détruit inexorablement des sources d’intelligence qu’elle ne comprend pas et avec lesquelles elle n’a jamais cherché à communiquer sur sa propre planète (ici des perroquets). Joli texte très poétique issu d’un projet vidéo au départ, c’est l’occasion de lire quelque chose d’un peu moins analytique de la part de Ted Chiang.

 

  • Omphalos

Ici, c’est de Dieu dont il s’agit. Et d’une Terre et d’une humanité “alternative” dont la science se met en phase avec la religion (à moins que ce ne soit l’inverse). Toujours est-il qu’ici c’est le créationnisme qui prévaut (l’Histoire de l’humanité et du monde remonte à 8000 ans, pas plus), avec une subtile modification des découvertes scientifiques permettant à ce créationnisme d’être crédible, jusqu’à une encore plus subtile modification des lois physiques liées à cette origine “différente” de l’humanité et de l’univers.

Mais si tout cela n’était malgré tout pas la vérité ? Et si en fin de compte, l’humanité n’était pas la vraie raison de la création de l’univers ? Dans cette histoire alternative, tout en gardant une physique et une Histoire (avec une majuscule) différente, Ted Chiang s’amuse à déconstruire une doctrine qui ne parvient plus à être en phase avec les dernières découvertes scientifiques. C’est un texte qui d’une certaine manière fait prévaloir la science sur les croyances tout en s’interrogeant sur le besoin de croire et qui, ultimement, célèbre le fait de donner un sens à sa vie (le libre-arbitre, encore lui), de manière individuelle comme collective, tout en admirant les réussites de l’humanité et le besoin de comprendre son passé, son histoire.

 

  • L’angoisse est le vertige de la liberté

Deuxième plus long texte du recueil (84 pages), “L’angoisse est le vertige de la liberté” imagine une société légèrement futuriste dans laquelle sont disponibles des “prismes” qui reposent sur l’intrication quantique pour rendre disponibles des univers parallèles dont l’histoire diverge à partir du moment où le prisme est mis en service. Mieux : il est possible de communiquer avec ces univers parallèles. Chacun a donc la possibilité d’interroger son “parallêtre” pour, par exemple, connaître les conséquences d’une  décision délicate. Ecrit, audio ou vidéo, tout est possible, dans une certaine limite puisque ces prismes n’ont pas une quantité d’information illimitée à échanger, la vidéo consommant plus de données que l’écrit. Plus les prismes sont anciens, plus il est possible de remonter loin dans le passé pour voir ce que sont devenus les univers parallèles proposés, mais les anciens prismes avec encore un stock d’information échangeable sont évidemment rares, donc chers. L’information venant d’univers parallèles est donc devenue une ressource qui se monnaie, on en arrive donc à l’apparition de “courtiers en données”, ou bien de cybercafés mettant des prismes à disposition.

Pas forcément simple à appréhender en quelques lignes, tout cela est malgré tout véritablement vertigineux, les implications d’une telle découverte sont immenses et Ted Chiang, en bon analyste qu’il est, étudie ça dans les moindres détails. Le texte étant d’une longueur respectable, il se permet qui plus est d’y placer quelques personnages intéressants, avec un passé et/ou des choix qui posent question et qui ont façonné leur vie. Comment les prismes vont-ils influencer l’humanité ? Là encore, la notion de libre-arbitre est pregnante. Quel est la valeur du choix, de la décision, quand il est possible de vérifier les conséquences de nos actes ? Comment est-il possible de les justifier et même d’en tirer une valeur en fonction des choix de nos parallêtres dans plusieurs autres univers ? Comment réagir quand on estime avoir pris la mauvaise décision et que dans un autre univers son parallêtre se porte beaucoup mieux que soi ? Quel rapport face à la mort, la mort dans notre univers mais pas dans un univers parallèle, ou vice versa ? Et quels abus tout cela peut-il amener ?

Toutes ces questions peuvent paraître ici très abstraites ou obscures mais à la lecture du texte de Chiang, c’est un festival de questionnements divers et variés, éthiques, moraux, sociaux, sociétaux même. Remarquable de bout en bout, avec une superbe conclusion pleine d’humanité que n’aurait pas renié Ken Liu, ce texte est un nouveau sommet. Un de plus.

 

On tient donc là incontestablement un recueil de très haute tenue, avec seulement trois textes un peu moins convaincants (dont les deux plus courts de 4 et 7 pages…), les autres tenant tous plus ou moins de l’excellence, et qui personnellement m’a largement plus convaincu que son prédécesseur “La tour de Babylone” (dans lequel on trouvait aussi quelques textes vraiment remarquables mais en moindre nombre qu’ici), avec toujours autant d’analyses d’une finesse remarquable que Ted Chiang n’oublie pas d’humaniser. Et même si cela reste perfectible ici ou là quand la démonstration prend le pas sur le récit, c’est toujours intéressant à lire et stimulant intellectuellement. De la SF d’idées, que l’on peut peut-être situer presque à mi-chemin entre Greg Egan et Ken Liu, dans sa forme la plus remarquable.

 

Lire aussi les avis de Gromovar, Feyd-Rautha, Nicolas, Soleilvert.

 

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Vita Nostra, de Marina et Sergueï Diatchenko, Prix Planète-SF 2020 https://www.lorhkan.com/2020/10/09/vita-nostra-de-marina-et-serguei-diatchenko-prix-planete-sf-2020/ https://www.lorhkan.com/2020/10/09/vita-nostra-de-marina-et-serguei-diatchenko-prix-planete-sf-2020/#comments Fri, 09 Oct 2020 07:44:01 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12570 Il y a quelques jours déjà a été annoncé le lauréat de l’édition 2020 du Prix Planète-SF, et ce sont Marina et Sergueï Diatchenko, avec leur roman “Vita Nostra”, qui sont sortis vainqueur au terme d’une âpre lutte au sein du jury. Genre ça (vous remarquerez que Gromovar compte les...

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Il y a quelques jours déjà a été annoncé le lauréat de l’édition 2020 du Prix Planète-SF, et ce sont Marina et Sergueï Diatchenko, avec leur roman “Vita Nostra”, qui sont sortis vainqueur au terme d’une âpre lutte au sein du jury. Genre ça (vous remarquerez que Gromovar compte les points, imperturbable) :

Et finalement est venu l’argument imparable, qui a mis tout le monde KO. Genre ça :

Mais quand on y pense, vu la qualité de la shortlist, il est logique que le choix ait été difficile tant tous les sélectionnés méritaient une récompense. Gloire à Marina et Sergueï Diatchenko donc, gloire à leur éditeur L’Atalante, et gloire à leur traducteur Denis Savine pour nous avoir offert un tel roman (dont ma critique tarde à venir, mais oui je l’ai lu ! 😀 ), incontestable incontournable qui rafle tous les prix cette année.

Et pour parfaire cet article, un lien vers le communiqué du jury.

 

 

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Gravité à la manque, de George Alec Effinger https://www.lorhkan.com/2020/10/05/gravite-a-la-manque-de-george-alec-effinger/ https://www.lorhkan.com/2020/10/05/gravite-a-la-manque-de-george-alec-effinger/#comments Mon, 05 Oct 2020 06:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12558 Etant actuellement dans une sorte de revival cyberpunk, à l’aube de la sortie du très attendu jeu vidéo “Cyberpunk 2077”, je reviens sur certains classiques du genre. Au moment même de la ressortie du “Neuromancien” de William Gibson dans une nouvelle traduction, je me suis replongé dans un des classiques...

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Etant actuellement dans une sorte de revival cyberpunk, à l’aube de la sortie du très attendu jeu vidéo “Cyberpunk 2077”, je reviens sur certains classiques du genre. Au moment même de la ressortie du “Neuromancien” de William Gibson dans une nouvelle traduction, je me suis replongé dans un des classiques du genre, que j’avais beaucoup apprécié à l’adolescence. Mais ces “vieux” classiques, dans un genre par ailleurs très marqué par son époque, résistent-ils à l’épreuve du temps ?

 

Quatrième de couverture :

Dans le monde exotique et décadent du Boudayin, il faut être prêt aux rencontres les plus inattendues. On y croise aussi bien des avatars de James Bond (sorucil arqué, gin et Walther PPK) que des Levantins adipeux, des disciples enturbannés de Jack l’Éventreur, des Sœurs Veuves noires (cuir et couteau), ou un «parrain» bicentenaire. Il faut dire que dans ce Moyen-Orient du XXIIe siècle, il suffit de s’enficher dans le crâne un module mimétique pour changer de personnalité. Mais pour Marîd Audran, synthèse islamique de Philip Marlowe et Nero Wolfe, comme pour tous les autres protagonistes de cet additif aux Mille et Une Nuits, le monde a beau se déglinguer, le rite du café à la cardamome ou le ramadân, ça reste sacré.
Et c’est ainsi qu’Allah est grand.

 

Cyberpunk au bled

“Gravité à la manque” figure à peu près dans chaque liste relevant les classiques du genre cyberpunk. Ça n’a rien d’illogique puisqu’il en reprend les codes, du moins un certain nombre d’entre eux. Mais pas tous. Car si on associe volontiers à ce genre les villes tentaculaires et surpeuplées, la mainmise des méga-corporations sur les aspects politiques, sociaux et économiques des états (qui, pour la plupart, n’en sont plus vraiment) ou bien un “cyberworld” informatique, il n’y a pas de ça ici. En revanche, on y retrouve les quartiers (ou plutôt le quartier, puisque le roman ne quitte que très rarement le Boudayin, sorte de “quartier des plaisirs” dans une ville moyen-orientale jamais explicitement nommée) un peu mal famés où celui qui y met les pieds, s’il n’en connaît pas les codes et les dangers, n’est pas sûr d’en ressortir autrement que les deux pieds devant, mais aussi les implants cybernétiques dans le cerveau (avec des “papies” (périphériques d’apprentissage intégré électroniques), implants permettant de se doter de capacités particulières (comme maîtriser une langue étrangère) et des “mamies” (modules d’aptitude mimétique) qui, eux, ont la faculté de faire endosser à leur utilisateur la personnalité qui est enregistrée dans l’implant, comme une star du porno ou bien James Bond).

Mais plus que du cyberpunk, qui fait plutôt office au départ de décorum “exotisé” par une situation géographique assez rarement utilisée en SF (surtout dans les années 80 puisque le roman est paru en 1986), lui donnant une touche tout à fait délicieuse (avec tout de même un worldbuilding réduit mais bien présent, notamment une balkanisation des USA et de la Russie menant à l’apparition d’une multitude de minis états) avec une place majeure réservée à l’Islam et au Coran (avec ramadan, keffiehs, djellabas, muezzins et appels réguliers à la prière, etc…), le roman doit avant tout au genre du roman noir, notamment avec son personnage principal, Marîd Audran, détective privé qui doit tout ou presque à Philip Marlowe ou Sam Spade. Un brin cynique et désabusé, il a toutefois sa ligne de conduite, lui qui n’est ni pratiquant ni “câblé” et qui s’estime indépendant (et fier de l’être) des puissants qui régissent aussi bien le Boudayin que la ville entière.

Là dessus viennent se greffer crimes sanglants, manipulations politiques, flics pas forcément très intègres et une sorte de mafia qui régit tout le quartier. Marîd Audran va devoir naviguer en eaux troubles pour mettre fins aux crimes d’un (ou plusieurs ?) tueurs, quitte pour cela à oublier ses principes, à moins qu’il n’en ait pas vraiment le choix… Et même si l’aspect cyberpunk du récit semble n’être au départ qu’un décor supplémentaire à un “simple” roman noir, sa présence est malgré tout au coeur du récit, puisqu’avec les papies, les mamies, les drogues et les divers changements de sexe de nombreux personnages qui ne sont rien que de très normal, on nage en plein futurisme très eighties et ce sont les thèmes de l’identité et du choix de faire ce que l’on veut de son corps (et de sa vie de manière plus globale) qui surnagent.

“Gravité à la manque”, s’il prend un peu son temps au début pour mieux imprégner le lecteur de l’ambiance si particulière du Boudayin, se révèle très rythmé, avec un ton lui aussi très “roman noir” qui lui donne un incontestable cachet (lié aussi à cette atmosphère musulmane faite de multiples formules de politesse, de religion plus ou moins suivie, et d’une population cosmopolite qui ne fait que rendre le tout encore plus surprenant), et le roman défile pour le plus grand plaisir du lecteur. Il faut dire que Marîd Audran se révèle un personnage tout à fait attachant, loin d’être un “super détective”. Mais même s’il subit beaucoup, doit un peu au hasard, consomme des drogues à tout va, il tire malgré tout son épingle du jeu en ayant quelques intuitions salvatrices. La galerie de personnages qui l’entoure, si elle est bien sûr moins développée, ne manque pas non plus d’attraits, entre prostituées amicales et “sexchangistes”, tenancier(e)s de bars et conducteur de taxi constamment stone pour cause d’implant distributeur de drogue, c’est haut en couleurs ! On peut quand même regretter que la plupart des femmes du récit sont des prostituées. Des femmes de pouvoir, il n’y en a pas ici (même si certaines d’entre elles ne manquent pas de poigne)…

Court, rythmé, avec un ton noir parfaitement maîtrisé par George Alec Effinger, et une ambiance musulmane inimitable, “Gravité à la manque” est un pur plaisir cyberpunk décalé. Et sitôt lue la conclusion douce-amère (quoique plutôt amère pour Marîd Audran…), on n’a qu’une envie, c’est de replonger dans le Boudayin avec le roman suivant, “Privé de désert”.

 

Lire aussi l’avis de Stéphanie Chaptal, Homéostasie.

 

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Les agents de Dreamland, de Caitlín R. Kiernan https://www.lorhkan.com/2020/09/28/les-agents-de-dreamland-de-caitlin-r-kiernan/ https://www.lorhkan.com/2020/09/28/les-agents-de-dreamland-de-caitlin-r-kiernan/#comments Mon, 28 Sep 2020 06:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12537 “Une Heure-Lumière” à nouveau, avec une des dernières sorties en date, “Les agents de Dreamland” de Caitlín R. Kiernan. Il va falloir être fort pour passer après l’exceptionnel “Vigilance” de Robert Jackson Bennett. Mais avec un récit lovecraftien, tout est possible, même l’indicible…   Quatrième de couverture : Winslow, Arizona....

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“Une Heure-Lumière” à nouveau, avec une des dernières sorties en date, “Les agents de Dreamland” de Caitlín R. Kiernan. Il va falloir être fort pour passer après l’exceptionnel “Vigilance” de Robert Jackson Bennett. Mais avec un récit lovecraftien, tout est possible, même l’indicible…

 

Quatrième de couverture :

Winslow, Arizona. Deux agences du renseignement y ont dépêché leur meilleur élément. Il y a le Signaleur, un homme désabusé, brûlé aux secrets défense d’un nombre d’administrations qu’il ne peut même plus compter. Et il y a Immacolata Sexton, un mythe vivant, une femme à la réputation proprement terrifiante — si elle n’était pas humaine, le Signaleur n’en serait pas plus étonné que cela… Leur mission ? Enquêter sur une secte dont on vient de retrouver les membres à l’état de cadavres horriblement mutilés au cœur du désert. Une femme en a réchappé. Persuadée d’être investie d’une mission sacrée, elle représente peut-être une bombe à retardement pour l’humanité toute entière… Car dans les tréfonds ténébreux du Système solaire, la sonde New Horizons s’approche de Pluton. Or, nul ne sait ce qu’elle va vraiment trouver aux abords de la planète naine…

« Peut-être la meilleure autrice de weird de sa génération. » Ann et Jeff VanderMeer

“Les Agents de Dreamland” a été nommé aux prix Bram Stoker 2017 et Locus 2018

 

What do Yuggoth ?

Moonlight Ranch, Californie, début juillet 2015. Un massacre. Une horreur. Innommable. Indicible. Sans doute pas tout à fait humaine. Quelque chose s’est passé, il faut le comprendre et vite, avant que cela ne devienne une potentielle menace incontrôlable à plus grande échelle.

On fait donc la connaissance de deux agents issus de services de renseignement, le Signaleur d’un côté (Américain, un peu revenu de tout), Immacolata Sexton de l’autre (Britannique, humaine mais rien n’est moins sûr), qui vont devoir collaborer pour tenter de comprendre ce qui s’est passé dans ce ranch perdu au fin fond de nulle part, et dans lequel l’horreur a été découverte.

Caitlín R. Kiernan mêle dans son récit fiction et faits réels (la sonde New Horizons qui a survolé Yuggoth Pluton ce même mois de juillet 2015, subissant même un étrange problème technique au tout début du mois…), avec une pointe d’histoire secrète pour brouiller les pistes et donner par la même occasion une sorte de “validation historique” à ce qu’a écrit H.P. Lovecraft dans l’un de ses textes (que je nommerai pas mais dont les indices sont suffisamment gros pour que l’amateur de Lovecraft le découvre rapidement (j’ai d’ailleurs déjà plus ou moins vendu la mèche…), sans que cela ne soit un handicap pour ceux qui ne connaîtraient pas l’oeuvre de l’écrivain de Providence) dont “Les agents de Dreamland” n’est rien de moins qu’une suite. Un projet intéressant, d’autant qu’il est bien mené, particulièrement narrativement, avec une déconstruction chronologique qui ménage un certain suspense sans que celui-ci ne soit nécessairement le moteur du récit. Car en effet, Caitlín R. Kiernan n’hésite pas à donner au lecteur, à travers des “visions” (appelons ça comme ça à défaut d’avoir de plus amples renseignements sur le pourquoi du comment, ce qui est bien dommage d’ailleurs et ressemble furieusement à une certaine facilité narrative sur ce point précis…) d’Immacolata Sexton, ce qui ressemble au fin mot de l’histoire. Ou de l’Histoire. Car il y a bien l’Histoire, globale, celle de l’humanité, et l’histoire, celle de ce qui s’est passé dans le Moonlight Ranch, de Chloé qui y a (sur)vécu, et des deux agents.

Parsemé de références que les spécialistes se feront un plaisir de débusquer, “Les agents de Dreamland” est donc un texte malin et sombre à la fois, déconstruit chronologiquement sans que cela ne pose le moindre problème de compréhension (même si ce procédé me fait toujours m’interroger sur sa réelle utilité) et qui se lit avec un intérêt que je qualifierai de… mesuré, malheureusement. Non, je ne me suis à aucun moment ennuyé mais le manque d’enjeux m’a empêché d’être embarqué dans le récit, la faute à une inéluctabilité qui joue contre lui. Car tout est joué, et les personnages de Caitlín R. Kiernan ne font que se débattre dans quelque chose qui est perdu d’avance, ce que le texte ne manque d’ailleurs pas de souligner bien avant sa conclusion. Certes, dans les récits de Lovecraft, c’est un peu la même chose, mais ce cosmicisme lovecraftien, dans lequel l’humanité n’est que peu de choses au sein d’un univers bien plus vaste n’apparaît que peu, ou en tout cas pas suffisamment ici pour provoquer effroi (hormis une scène d’interrogatoire) ou sense of wonder, d’autant que les personnages ne sont finalement pas acteurs de grand chose mais plutôt spectateurs de ce qui se passe (et de ce qui adviendra) pour le montrer au lecteur. Dommage alors qu’il y avait un vrai potentiel, et que du côté de la “continuation” d’un récit lovecraftien, “Les agents de Dreamland” fait malgré tout bonne figure, grâce entre autres à la très bonne traduction de Mélanie Fazi. Absolument pas mauvais, ni même désagréable en fait, loin de là, simplement en demi-teinte.

 

Lire aussi les avis de Gromovar, Feyd Rautha, Artemus Dada, Célindanaé.

Critique écrite dans le cadre du challenge “Le Projet Maki” de Yogo.

 

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Vigilance, de Robert Jackson Bennett https://www.lorhkan.com/2020/09/22/vigilance-de-robert-jackson-bennett/ https://www.lorhkan.com/2020/09/22/vigilance-de-robert-jackson-bennett/#comments Tue, 22 Sep 2020 06:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12530 Bon, ce n’est pas tout ça, mais j’ai une nouvelle fois laissé la collection “Une heure-lumière” me distancer. Mais avec cette collection, refaire son retard est un bonheur. Même si dans le cas de la novella ici présente de Robert Jackson Bennett, “Vigilance”, utiliser le mot bonheur n’est pas des...

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Bon, ce n’est pas tout ça, mais j’ai une nouvelle fois laissé la collection “Une heure-lumière” me distancer. Mais avec cette collection, refaire son retard est un bonheur. Même si dans le cas de la novella ici présente de Robert Jackson Bennett, “Vigilance”, utiliser le mot bonheur n’est pas des plus adapté. Non pas en raison de la qualité du récit, bien au contraire, mais parce que vu le propos, il est difficile de parler de bonheur…

 

Quatrième de couverture :

Trois tireurs armés jusqu’aux dents lâchés dans un « environnement » public aléatoire délimité. Un but : abattre le plus de personnes possible. Une promesse : un énorme paquet de fric pour celui qui quitte les lieux indemne. Si l’une des « cibles » met hors d’état de nuire l’un des tireurs et survit, une part du pactole lui échoit. Des règles simplissimes, et des dizaines de drones qui filment le tout pour le plus grand bonheur de millions de spectateurs hystérisés, d’annonceurs aux anges et de John McDean, producteur et chef d’orchestre de Vigilance, le show TV qui a résolu le problème des tueries de masses aux États-Unis…

« Si l’Amérique ne fabrique plus grand-chose, elle produit à coup sûr quantité d’enfants morts : abattus à l’école, chez eux, sur les terrains de jeux ; abattus par des flics, par eux-mêmes, par leurs parents, par d’autres enfants… Des tas et des tas de petits corps angéliques, tous perforés par des balles, tous immobiles, froids, parfaits.  »

Un récit effarant, corrosif et brutal. L’autopsie littéraire d’une american way of life aussi éculée que mortifère.

« Lucide et débordant d’une colère sauvage, voici un livre que vous n’oublierez pas de sitôt. » NPR

 

Quand Robert Jackson Bennett sort l’artillerie lourde…

Futur proche. Les Etats-Unis sont en phase d’écroulement. La Chine a pris la tête de l’économie mondiale, l’Amérique s’avérant incapable de garder une jeunesse qui l’a fuit en masse pour des cieux plus cléments (et économiquement plus avantageux), une Amérique dévastée au sud par des incendies à répétition et plus au nord par des ouragans réguliers. Le pays vieillissant, constamment gouverné par des politiciens usant de la peur (de l’autre, de l’infiltré, de l’étranger), ne tient pour ainsi dire que grâce à deux choses : son Deuxième Amendement (autorisant chaque citoyen à posséder une arme) et les divertissements abrutissants proposée par une télévision qui ne recule plus devant rien pour faire de l’audience et satisfaire son public-cible (essentiellement blanc, celui qui détient l’argent), à coup de falsifications et de fake-news.

C’est dans ce contexte que certaines personnes sans scrupules ont flairé un bon coup. Car en 2026, une tuerie de masse dans une école (la 514ème…) streamée sur les réseaux sociaux depuis l’intérieur, a attiré d’innombrables spectateurs.Et eux d’habitude si prompts à passer d’une chose à l’autre là où l’information (ou la désinformation…) n’a qu’une durée de vie très limitée, sont restés collés à leur écran durant des heures, tandis que les publicités visibles automatiquement au même moment ont vu leur impact décuplé, leurs ventes exploser ! Et là, c’est le déclic : y aurait-il un moyen de reproduire cela, de manière plus “contrôlée” et bénéficier des mêmes effets ? Oui, “Vigilance” est né.

“Vigilance” est un programme télévisé qui envoie trois tireurs (dépressifs et/ou instables psychologiquement) armés jusqu’aux dents dans un lieu public clôt (en tout cas isolé de l’extérieur par la production du “spectacle” et à l’insu des citoyens passant par là) comme une gare ou un centre commercial, avec à la clé quelques millions de dollars pour celui des trois qui parviendrait à s’en sortir (et un million de dollar à sa famille s’il échoue). Mais aussi quelques millions de dollars pour le citoyen qui parviendrait à éliminer l’un des tireurs. Le nom de l’émission ne doit donc rien au hasard, car il s’agit bien de montrer aux citoyens américains à quel point il est important d’être vigilant. Vigilant au cas où l’émission démarre là où ils se trouvent (car elle débarque toujours sans prévenir), mais surtout de manière plus globale vigilant envers l’ennemi, l’insidieux, celui qui tente d’envahir le pays, l’étranger, le migrant, le dangereux. Être vigilant signifiant bien évidemment être armé. Avec une classe politique qui en a fait son maître-mot depuis des dizaines d’années, jouant sans cesse sur la peur, ce crédo, allié au Deuxième Amendement, a fini par devenir quelque chose de normal, ce sur quoi joue l’émission “Vigilance” dans laquelle les commentateurs ne cessent de déplorer, sur un ton faussement ému que telle ou telle victime des tireurs n’a pas été suffisamment vigilante.

Le cynisme de cette émission pousse le vice jusqu’à manipuler tout ce qui est nécessaire pour satisfaire son public-cible, depuis la création de la présentatrice idéale et de ses interventions orales par une intelligence artificielle (idem pour les commentateurs de l’émission) jusqu’à la manipulation outrancière des réseaux sociaux, en passant par une sorte de deepfake en temps réel permettant de masquer/transformer en direct l’identité d’une citoyenne qui a réussi à se défendre contre un tireur, une Asiatique immigrée devenant ainsi, pour ne pas choquer le public-cible (ou plutôt marché-cible…), une américaine d’origine irlandaise bien blanche. Tout est donc calculé, mesuré, soupesé,  optimisé, maximisé sans jamais que le côté humain n’intervienne autrement que par ce que ce marché-cible pourrait rapporter à la chaîne et aux annonceurs.

Robert Jackson Bennett, en écrivant “Vigilance”, n’a pas pris de gants. Le cynisme de cette émission (et de la société américaine dans son ensemble) est total, la noirceur et l’horreur s’accumulent, notamment quand l’émission débute (après des slogans qu’on imagine dits avec une grosse voix sur une grosse musique angoissante, pas si loin de ce que nous connaissons déjà…) et que les premières victimes tombent, sans distinction d’âge ou de genre, hommes, femmes et enfants donc. Mais après tout, les commentateurs ne manqueront pas de souligner que c’est de leur faute : ils n’étaient pas assez vigilants…

Alors oui, le texte choque. C’est violent, c’est cynique, c’est terrible, c’est glaçant. Mais c’est notre société, avec les curseurs poussés à fond. Un peu comme ce que fait Jean Baret de notre côté de l’Atlantique, mais en visant directement un pays, un peuple et ses dérives. Et sans le côté outrancier et drôle voire loufoque de l’auteur français, qui permet de souffler un peu. Il n’y a pas d’humour ici. La société américaine n’est pas drôle. Elle ne l’est pas pour les personnes de couleur, elle ne l’est pas pour les pauvres. Elle ne l’est pas aujourd’hui, elle ne le sera pas demain puisqu’elle sera encore pire. Tel est l’avertissement lancé par Robert Jackson Bennett dans un texte qu’il est difficile de ne pas dévorer d’une traite, à bout de souffle et complètement ahuri par ce que l’auteur nous donne à lire.

Les seuls bémols que je pourrais trouver à “Vigilance” seraient une justification de l’acceptation d’une telle émission de télévision (par les autorités d’une part et par le public d’autre part) un peu poussée à l’extrême, jouant avec la suspension d’incrédulité du lecteur (mais être Américain permettrait peut-être d’accepter ça plus facilement), et un dernier mouvement du texte, basé sur une IA révolutionnaire, qui tient un peu de la magie alors que jusqu’ici le côté technologique était certes assez poussé mais plutôt simple à imaginer en extrapolant sur ce qui est déjà aujourd’hui à notre disposition.

Rien de bien méchant ceci dit, tant tout le reste est d’une maîtrise et d’une nervosité folles. Le message de Robert Jackson Bennett est un véritable direct au visage, on en ressort sonné, avec la conviction (s’il en était besoin), que le véritable ennemi des Américains, ce sont bien les Américains eux-même. L’actualité récente nous le montre parfaitement, et résonne de manière terrible avec ce texte. Rendez-vous en novembre prochain pour un peu d’espoir. Ou pas…

Texte époustouflant donc, glaçant comme rarement, “Vigilance” vient sans contestation possible se placer là-haut tout là-haut, dans les hautes sphères des plus grands textes de la collection “Une heure-lumière”. Oui, c’est un peu rengaine de dire ça, mais croyez-moi, celui-ci n’est pas près de descendre de son piédestal. In-dis-pen-sable !

 

Lire aussi les avis de Gromovar, Feyd Rautha, Yogo, Artemus Dada, Anne-Laure.

Critique écrite dans le cadre du challenge “Le Projet Maki” de Yogo.

 

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Trop semblable à l’éclair, Terra Ignota tome 1, de Ada Palmer https://www.lorhkan.com/2020/09/10/trop-semblable-a-leclair-terra-ignota-tome-1-de-ada-palmer/ https://www.lorhkan.com/2020/09/10/trop-semblable-a-leclair-terra-ignota-tome-1-de-ada-palmer/#comments Thu, 10 Sep 2020 06:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12394 Allez, je me lance. J’ai longtemps repoussé la lecture de ce roman acheté et dédicacé aux dernières Utopiales, préférant attendre l’arrivée du deuxième volume, définit sur la quatrième de couverture comme étant “indissociable” de celui-ci. Mais ça y est, je m’y suis mis, la chronique de cet intimidant roman encensé...

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Allez, je me lance. J’ai longtemps repoussé la lecture de ce roman acheté et dédicacé aux dernières Utopiales, préférant attendre l’arrivée du deuxième volume, définit sur la quatrième de couverture comme étant “indissociable” de celui-ci. Mais ça y est, je m’y suis mis, la chronique de cet intimidant roman encensé par des nombreux lecteurs mais réputé comme clivant en est la preuve.

 

Quatrième de couverture :

Année 2454. Trois siècles après des évènements meurtriers ayant remodelé la société, les concepts d’État-nation et de religion organisée ont disparu. Dix milliards d’êtres humains se répartissent ainsi par affinités, au sein de sept Ruches aux ambitions distinctes. Paix, loisirs, prospérité et abondance définissent ce XXVe siècle radieux aux atours d’utopie. Qui repose toutefois sur un équilibre fragile. Et Mycroft Canner le sait mieux que personne… Coupable de crimes atroces, condamné à une servitude perpétuelle mais confident des puissants, il lui faut enquêter sur le vol d’un document crucial : la liste des dix principaux influenceurs mondiaux, dont la publication annuelle ajuste les rapports de force entre les Ruches. Surtout, Mycroft protège un secret propre à tout ébranler : un garçonnet aux pouvoirs uniques, quasi divins. Or, dans un monde ayant banni l’idée même de Dieu, comment accepter la survenue d’un miracle ?

Diplômée de Harvard, Ada Palmer enseigne au département d’histoire de l’université de Chicago. “Trop semblable à l’éclair” a été salué par le prix Compton Crook et a valu à son autrice le prestigieux John W. Campbell Award. Considéré d’emblée comme un livre majeur outre-Atlantique, il forme avec “Sept redditions”, sa suite indissociable, le premier versant de “Terra Ignota”, l’un des projets littéraires les plus ambitieux que la science-fiction moderne ait produit, quelque part entre “Dune” et “Hypérion”, entre philosophie des Lumières et sidération radicale.

 

Ada Palmer convoque Voltaire et Diderot au 25e siècle

Comment aborder un tel pavé de 650 pages, précédé d’une telle aura et, soyons honnête, rempli d’intelligence et d’ambition ? La réponse est : je ne sais pas car je me sens bien petit face à ce roman…

Je pourrais parler de la Philosophie des Lumières tant le roman fait à de nombreuses reprises référence explicitement à Voltaire, Diderot, Rousseau ou Sade en n’hésitant à aucun moment à briser le quatrième mur (un concept, tiens donc, formulé pour la première fois par… Diderot, et ce n’est pas un hasard car il n’y a PAS de hasard dans un roman signé Ada Palmer😉 ) puisque le narrateur s’adresse au lecteur et ce dernier s’adressant parfois au narrateur en retour (!!), mais je n’en ai pas les connaissances nécessaires.

Je pourrais parler du monde inventé par l’autrice qui est une projection du nôtre en l’an 2454, avec de nombreux changements sociétaux assez radicaux qui rendent la société de cette époque à la fois familière et radicalement différente, telle que la disparition de la cellule familiale “nucléaire” (cette cellule familiale, appelée “bash”, n’est plus dépendante des liens du sang et peut contenir plusieurs couples de tous types élevant leurs enfants en commun, tout ce petit monde étant lié autant par les sentiments que par simple affinité intellectuelle) tout autant que celle des nations (dorénavant ce sont les “ruches” qui font le monde, leur fonctionnement étant assez semblable à celle des bash, mais sur un monde plus global. Il y a sept ruches mais un citoyen peut fort bien décider de n’appartenir à aucune d’entre elles), l’importance du système de transport par voitures volantes qui semble être un des piliers les plus importants de cette société qui permet à tout un chacun d’aller en n’importe quel point du globe en deux petites heures, un système judiciaire radicalement inédit mais reposant sur des concepts très anciens, des enfants qu’on élève pour qu’ils deviennent peu ou prou des mentats ordinateurs humains,  la notion de genre qui est devenue tabou, etc… Soyez prévenus : je ne fais qu’effleurer les nombreux concepts du roman, il y a encore plein de choses à découvrir, rendant le contexte du récit absolument unique, extrêmement réfléchi et très solide. Fascinant. Mais tout cela ne fait pas un roman.

Je pourrais donc aussi vous parler de l’intrigue du récit. Mais il n’y en a pas. Mais elle est très clairement au second plan puisque “Trop semblable à l’éclair”, disons-le tout net, est une introduction. De 650 pages. Ouais. Mais une belle introduction hein, tout y est : le monde, l’intrigue (qui ne fait donc que démarrer en n’évoluant guère dans ce premier volume, tout commençant par le vol d’une liste de célébrités avant sa publication officielle, le type de liste à même de faire basculer l’équilibre du monde, rien que ça, alors que d’autre part on découvre le personnage de Bridger, jeune enfant qui semble doté de “pouvoirs” ce qui, potentiellement, est un gros problème dans une société qui a totalement proscrit la religion), les personnages. A la fin du roman, le lecteur est paré, prêt à enclencher la seconde. Mais il faut avaler ce premier tome qui n’est certes pas un pensum mais peut-être pas tout à fait un roman non plus… J’exagère sans doute, d’autant que les deux premiers volumes de la série d’Ada Palmer (“Trop semblable à l’éclair” donc et sa suite “Sept redditions”) ne sont en fait qu’un seul et vaste roman, coupé en deux pour d’évidentes raisons éditoriales. Tout s’explique et voilà pourquoi la quatrième de couverture nous dit que “Sept redditions” est la “suite indissociable” du texte ici présent.

Je pourrais aussi vous parler des personnages, nombreux et très… particuliers. Tous liés, tous plus ou moins issus de la classe dirigeante (sauf, et c’est tant mieux tant l’absence des “petites gens” est regrettable au sens où la société est extrêmement décrite mais la vie quotidienne des citoyens de ce monde passe malheureusement totalement à l’as, le mystérieux narrateur, Mycroft Canner, coupable d’horribles crimes et puni comme il se doit dans ce monde si spécifique, mais très intégré au cercle des puissants pour une raison qui n’apparaît pas dans ce premier tome), tous hauts en couleurs pour différentes raisons (chacun ayant évidemment leur propre agenda, avec un impact sur l’intrigue du roman et l’orientation du monde), et finalement très “théâtraux” d’une certaine manière. D’ailleurs, certains passages du roman se font en mode théâtre, et ce n’est pas un hasard car il n’y a PAS de hasard dans un roman signé Ada Palmer. Oui je l’ai déjà dit. Et ça non plus ce n’est pas un hasard… 😀

Et donc voilà. “Trop semblable à l’éclair” est impressionnant. Fascinant. Intimidant. Complexe (il faut accepter de ne pas tout comprendre tout de suite). Époustouflant. Intelligent. Stimulant. Philosophique. Extrêmement riche. Enthousiasmant parfois. Parfois un peu moins. Un peu chiant aussi avec son intrigue qui se traîne désespérément. Mais il force le respect, quoi qu’on en pense au final.

En fait je crois que je suis plus admiratif et impressionné par ce qu’a imaginé Ada Palmer plutôt que réellement enthousiasmé et captivé par ce que j’ai lu. La faute sans doute à un roman qui n’est qu’une entrée en matière et qui, à ce titre, n’apporte aucune réponse aux questions qu’il ne manque pas de poser. “Trop semblable à l’éclair” est sans doute extrêmement intelligent et redoutablement construit, mais ces qualités risquent bien de n’apparaître clairement qu’avec la lecture de “Sept redditions”, lecture sur laquelle je ne vais bien sûr pas manquer de me pencher. Cela peut objectivement être un vrai problème et provoquer un sentiment de lassitude ou d’exaspération à cause d’un goût à la fois de trop (de pages) et de trop peu (d’évolution de l’intrigue et de réponses). Mais je subodore que le meilleur est à venir… Et d’une certaine manière, mais là je m’avance un peu, il se pourrait que la série d’Ada Palmer fasse parti de celles dont le tout vaut mieux que la somme de leurs parties. On verra ça dans quelque temps…

 

Lire aussi les avis de Gromovar, Anudar, Feyd Rautha, Célindanaé, Lutin82, Yogo, Ombre Bones, Stéphanie Chaptal, L’Ours Inculte (éblouichiant, bravo, j’applaudis ! 😀 ), Lune, Anouchka, Cédric, Vert, Le Chroniqueur

 

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Retour à n’dau, de Kij Johnson – Hors-série 2020 “Une heure-lumière” https://www.lorhkan.com/2020/09/07/retour-a-ndau-de-kij-johnson-hors-serie-2020-une-heure-lumiere/ https://www.lorhkan.com/2020/09/07/retour-a-ndau-de-kij-johnson-hors-serie-2020-une-heure-lumiere/#comments Mon, 07 Sep 2020 06:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12514 Le désormais traditionnel hors-série estival de la collection “Une heure-lumière” du Bélial’ est arrivé. Toujours gratuit pour l’achat de deux livres de la dite collection, c’est une petite sucrerie qui ne se refuse pas. Au menu : quelques mots des traducteurs ayant officié sur une des novellas du catalogue, le...

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Le désormais traditionnel hors-série estival de la collection “Une heure-lumière” du Bélial’ est arrivé. Toujours gratuit pour l’achat de deux livres de la dite collection, c’est une petite sucrerie qui ne se refuse pas. Au menu : quelques mots des traducteurs ayant officié sur une des novellas du catalogue, le catalogue complet justement, et une novelette de Kij Johnson. En route !

 

Quatrième de couverture :

Une heure-lumière, c’est la distance que parcourt un photon dans le vide en 3600 secondes, soit plus d’un milliard de kilomètres…

C’est aussi le nom d’une collection réunissant à ce jour vingt-six titres, un espace éditorial inédit, unique, tant par le fond que par la forme, qui ambitionne de faire voyager vite et loin le lecteur.

Une collection qui, en l’espace de quelques années à peine, s’est bâti un statut de référence dans le paysage éditorial hyper-saturé des littératures de genre. Une heure-lumière célèbre les horizons nouveaux ; le Hors-série 2020, troisième du genre, célèbre Une heure-lumière. Avec entre autres un long récit inédit signé Kij Johnson, autrice, dans cette même collection, de l’époustouflant “Un pont sur la brume” salué par une kyrielle de prix, dont le Hugo, le Nebula et le Grand Prix de l’Imaginaire.

Une heure-lumière… sous une pluie d’étoiles !

 

Être là où on doit être : n’dau.

Il est particulièrement amusant/surprenant de lire “Retour à n’dau” peu après “La Marche du Levant” tant les deux textes ont des points communs sur le contexte astronomique. En effet, là ou “La Marche du Levant” mettait en scène une ville et tout un peuple qui avançait au même rythme que le soleil dans le ciel d’une Terre future, on a dans “Retour à n’dau” (novelette d’une quarantaine de pages) un peuple de nomades, pour lequel les chevaux sont des animaux extrêmement importants (difficile de ne pas penser aux habitants des steppes mongoles), qui s’efforce d’être à la bonne place, n’dau, là où le corps et l’ombre qu’il projette au sol ont la même taille. Un peuple qui bouge donc au gré du mouvement solaire, un mouvement particulièrement lent puisqu’une vie ne suffit pas à la planète (nommée Ping) pour faire un tour complet sur elle-même.

La façon qu’ont les habitants de la planète de voir les mouvements astronomiques est très original : ce ne sont pas eux qui se déplacent, mais la planète qui bouge sous leurs pieds, eux considérant qu’ils restent immobiles sous le soleil, idéalement à n’dau, là où est leur place.

Le sextant nous apprend où nous sommes par rapport au nord et au sud, et l’angle du soleil nous montre que nous sommes là où notre place se trouve, au centre des choses. Les fleuves, les collines, les lacs, les plaines : tout bouge sous nos pieds, mais nous et le soleil restons immobiles : n’dau.

C’est dans ce contexte que nous faisons connaissance avec Katia, jeune dresseuse-guérisseuse du clan Winden, soignant les chevaux et dressant une troupe de chiens rendant de nombreux services au clan entouré d’immenses steppes. Un clan qui s’est éloigné de n’dau, faisant une longue pause pour permettre à leurs chevaux de se repaître correctement et de les faire se reproduire pour en tirer un bon prix. Mais le voici attaqué par une troupe aux ordres d’un certain Empereur, qui cherche à soigner ses chevaux victimes d’une étrange et dévastatrice maladie…

Kij Johnson a déjà eu les honneurs de la collection “Une heure-lumière” avec l’excellent “Un pont sur la brume” (un texte issu du même recueil en VO que “Retour à n’dau”, recueil dont est également issu le très bon “Magie des renards” paru dans l’anthologie 2018 des Utopiales mais aussi “Mêlée” paru dans le numéro 3 de la revue Angle Mort et “Poneys” paru dans le numéro 7 de la même revue), et les éditions du Bélial’ semblent fort justement décidées à continuer de la mettre en avant. On leur en saura gré puisque “Retour à n’dau” est à nouveau une belle réussite de l’autrice américaine (parue en 2000 en VO, pas vraiment récente donc).

Kij Johnson met en effet ici en avant une belle héroïne féminine dotée d’une grande force de caractère, un combat pour la vie, avec une jolie conclusion en forme de radical changement d’orientation sans se poser de questions, qu’elles soient de genre, culturelles, ou hiérarchiques. On ajoutera à tout cela un monde joliment esquissé, avec une incontestable “Le Guin-touch” capable d’imaginer une société “autre” dans un texte empreint d’humanisme et d’une certaine sérénité paisible (avec de la douleur malgré tout, mais Katia ne réagit pas à la violence par la violence, même si elle ne manque pas d’y songer) alors que les évènements vécus par l’héroïne tiennent sans contexte du drame traumatisant. C’est beau, c’est touchant, c’est sensible, ça tient autant de la SF que de la fantasy, c’est très joliment traduit par Anne-Sylvie Homassel (signalons d’ailleurs au passage que, chose surprenante dans le petit monde de la traduction SFFF, Kij Johnson, sur ses six textes traduits en français, a vu défiler six traducteurs différents, cinq femmes et un homme…), c’est réussi. A quand le prochain texte de l’autrice ?

Pour être complet sur ce hors-série, en plus du petit mot d’Olivier Girard (le Big Boss) en tête de volume et du traditionnel catalogue en toute fin, signalons, car il s’agit plus que d’un petit bonus, la vingtaine de pages permettant aux différents traductrices et traducteurs de la collection de s’exprimer sur le format novella, notamment sur celles qu’elles ou ils ont eu l’occasion de traduire pour “Une heure-lumière” avec leurs éventuelles difficultés spécifiques, et puisque qu’un certain nombre de ces traductrices et traducteurs sont aussi des autrices et auteurs, quelle influence la traduction a eu sur leur travail de création fictionnelle. Très intéressant, et en peu de mots on apprend des choses intéressantes sur leur approche de ce type de texte.

Une belle friandise que ce hors-série donc, il serait dommage de ne pas en profiter tant que l’offre dure.

 

Critique écrite dans le cadre des challenges “Le Projet Maki” de Yogo et “Summer Star Wars épisode IX” de Lhisbei.

 

 

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La Marche du Levant, de Léafar Izen https://www.lorhkan.com/2020/09/04/la-marche-du-levant-de-leafar-izen/ https://www.lorhkan.com/2020/09/04/la-marche-du-levant-de-leafar-izen/#comments Fri, 04 Sep 2020 06:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12477 Comme à peu près toujours depuis le lancement de la collection, Albin Michel Imaginaire nous propose le roman d’un auteur quasiment inconnu en France, en tout cas en ce qui concerne les littératures de l’imaginaire (les seules exceptions en tant qu’auteurs ayant “un nom” en francophonie et publiés dans la...

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Comme à peu près toujours depuis le lancement de la collection, Albin Michel Imaginaire nous propose le roman d’un auteur quasiment inconnu en France, en tout cas en ce qui concerne les littératures de l’imaginaire (les seules exceptions en tant qu’auteurs ayant “un nom” en francophonie et publiés dans la collection étant Neal Stephenson et Franck Ferric). Léafar Izen arrive donc avec un roman mettant en scène une ville qui se déplace pour suivre la course du soleil dans le ciel. Un soleil très nettement ralenti puisque le jour dure 300 ans…

 

Quatrième de couverture :

Trois cents ans. C’est le temps que met la Terre pour tourner sur elle-même. Dans le ciel du Long Jour, le soleil se traîne et accable continents et océans, plongés tantôt dans une nuit de glace, tantôt dans un jour de feu. Contraints à un nomadisme lent, les peuples du Levant épousent l’aurore, les hordes du Couchant s’accrochent au crépuscule.

Récemment promue au rang de maître, l’assassine émérite Célérya accepte un enrôlement douteux dans le désert de l’est. Là, sans le vouloir, elle contribue à l’accomplissement d’une prophétie en laquelle elle n’a jamais cru.

Un domino vient de tomber ; les autres suivront-ils ?

 

A la poursuite de l’aube du Long Jour

Le contexte de ce roman est diablement intéressant, jugez plutôt. A une date indéterminée, le soleil est “ralenti” (du point de vue des habitants de notre planète, puisque astronomiquement c’est plutôt la rotation de la Terre qui est ralentie) pour une raison inconnue ce qui a pour conséquence de considérablement rallonger le durée d’une journée. En effet, un jour terrestre dure maintenant 300 ans, et il est fort justement appelé le Long Jour. Une journée plus longue qu’une année, ça peut sembler étrange mais ça existe déjà sur la planète Vénus, même si l’écart entre les deux durées n’est pas aussi important qu’ici. Toujours est-il que c’est astronomiquement possible. Avec une journée aussi longue, la planète, toujours soumise aux saisons de l’année, se retrouve donc avec des zones chauffées par le soleil durant de longues périodes (150 ans), ce qui finit par les rendre désertiques, tandis que les zones qui restent dans l’ombre durant la même période de temps deviennent glacées. La région habitable se situe donc près du terminateur, la bande faisant office de séparation entre l’ombre et la lumière du soleil, un territoire qui, forcément, se déplace avec lui. Et c’est là que se situe la ville d’Odessa, la capitale de la Marche Centrale, forcée pour survivre de constamment poursuivre l’aube pour ne pas se retrouver dans une zone désertique sans ressource. Et donc de se déplacer, de 300 pas chaque jour.

Premier hic, c’est quoi un jour ? Ben oui, un jour dure 300 ans et s’appelle le Long Jour, alors c’est quoi un jour (sans la majuscule) ? Bon, il semblerait que les habitants d’Odessa continuent d’utiliser la mesure du temps telle que nous la connaissons (avec des clepsydres pas très précises pour mesurer une heure, car “La Marche du Levant” revêt les atours d’un roman de fantasy relativement classique, donc la technologie n’est pas très avancée), et donc une journée dure vraisemblablement 24 heures. On pourrait se demander pourquoi garder ce principe de “jour” alors que ça n’a physiquement aucune signification sur cette Terre déréglée, mais soit. Par ailleurs, sur un pur plan physiologique, le roman, qui ne manque pourtant pas de dévoiler le fonctionnement de ce monde étrange au fil de la lecture, ne donne guère d’indications sur le rythme de vie des hommes et des femmes… Comment dorment-ils ? A quel moment ? Car oui, suivre le soleil éternellement, cela signifie ne jamais avoir de nuit. Et donc côté rythmes circadiens, ça doit être un peu nawak, puisque les périodes de 24 heures n’ont plus de sens physiquement. Et encore, je ne parle là que des êtres humains, mais on imagine que ça doit être la même chose pour les animaux qui eux n’ont pas de clepsydre (ni de nuit obscure donc) pour leur indiquer qu’il est l’heure de se coucher. Et les végétaux au fait ? Parce qu’il me semble que les végétaux ont aussi besoin de l’alternance jour-nuit pour correctement se développer. Et que dorer au soleil pendant 150 ans, ça doit être compliqué à encaisser pour une plante verte… Alors bien sûr, on peut imaginer que les formes de vie se sont adaptées à ce nouveau rythme solaire, mais de cela le lecteur n’aura aucune info (ou alors j’ai raté quelque chose), et puisque la vie humaine du roman ressemble ma foi très fort à la nôtre, on est en droit de se poser la question pour le reste des organismes terrestres…

Alors voilà, le contexte est très intéressant, mais peut-être un peu perfectible si on creuse un peu… Mais Léafar Izen a de la chance, je suis bon public et prêt à avaler quelques couleuvres s’il parvient à m’embarquer dans son récit. Et sur ce point, ça a fonctionné, même s’il faut bien avouer que l’originalité n’est pas son point fort. On a une voleuse/assassine, Célérya, revenant des terres glacées de l’ouest, qui est envoyée, accompagnée de son fidèle camarade Oroverne, un vieux guerrier du Nord, taciturne mais fiable et redoutable, à l’est par sa Guilde à la solde du pouvoir central. Elle y fera face à certaines déconvenues qui lui feront voir d’un autre oeil les jeux de pouvoirs auxquels elle a pourtant été entraînée à prendre part. S’en suit une sorte de quête personnelle qui la verra s’allier, autant par les circonstances que par réelle volonté, à un petit groupe de “rebelles” persuadés d’abriter en leur sein l’élue d’une prophétie. Cela passera par des manigances politiques, des guerres, des coups d’état, des joies, des peines, des sacrifices, la vie dans tout bon roman de fantasy en somme. Et tout se transforme ensuite en quête de tout un peuple pour… Mais ça, c’est au lecteur de le découvrir… 😉

Composé de trois parties (trois “Chants”), “La Marche du Levant” montre peut-être un peu trop sa structure de départ puisque le volumineux roman de presque 650 pages était prévu pour être une trilogie à part entière. Pour en arriver à un seul livre, il a donc fallu trancher. Il y a donc des ellipses, parfois assez vertigineuses, notamment dans la troisième partie qui couvre une période de temps nettement plus longue que les deux premières et qui lui donne des allures de “chroniques d’une longue marche”. Pas désagréable d’ailleurs, bien au contraire, j’aime assez ce style, mais sur un plan narratif, le roman est un peu déséquilibré.

Plus que son intrigue, c’est donc son contexte (même s’il n’est pas parfait comme on l’a vu) qui donne au texte son sel, avec une nécessité pour Odessa de planifier sur le long terme sa survie. Où doit-elle passer par rapport au obstacles naturels (montagnes, lacs, mers, etc…), comment doit-elle gérer ses ressources (des hommes font des plantations loin à l’ouest, là où étaient situées les glaces peu de temps auparavant, ces mêmes plantations étant récoltées des années plus tard au passage d’Odessa, voire sont transformées en charbon par ceux qui suivent la ville loin à l’est dans les zones désertiques là encore de nombreuses années après), etc… Sur un plan logistique, c’est très intéressant à imaginer.

Et puis il y a le jeu avec la prophétie. Une prophétie que Léafar Izen nous montre comme un truc fait un peu au hasard au départ, et dont l’accomplissement ne tient que parce qu’elle est déjà écrite. La prophétie autoréalisatrice parfaite. Cet aspect du roman est très réussi, et a pour effet d’enlever tout pouvoir ou rôle mystique à cette élue qui ne doit sa charge que parce qu’elle se trouvait au bon endroit au bon moment et dont la vie est dictée (et dirigée par d’autres, du moins au début) par ce qui est écrit.

“La Marche du Levant” n’est donc pas un roman parfait, loin s’en faut, mais c’est un roman qui ne manque pas de qualités, d’écriture notamment, ni de souffle quand il prend des allures de chroniques presque historiques, lui donnant une certaine hauteur de vue qui lui réussit. On pourrait tout de même regretter que le roman, peut-être là aussi à cause des coupures nécessaires pour le transformer en un seul volume, délaisse parfois un peu trop ses personnages (je pense en particulier à Oroverne qui, certes, garde tout son mystère, mais pour lequel je reste persuadé qu’il n’a pas eu l’attention ni le destin qu’il méritait). Pas parfait non, mais l’aventure est belle, le contexte étonnant, et Léafar Izen, avec son final renversant (dans tous les sens du terme), ne manque pas de terminer en beauté sur une note vertigineuse qui donne à réfléchir sur tout ce qui vient d’être lu précédemment.

 

Lire aussi les avis de Gromovar, Feyd Rautha, Anouchka, Nicolas, Fantasy à la carte, Célindanaé, L’Ours Inculte, Le Chroniqueur, François Schnebelen, Yogo, Le Chien Critique, Xapur, Artemus Dada, Les Blablas de Tachan.

 

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La galaxie en flammes, de Ben Counter https://www.lorhkan.com/2020/09/01/la-galaxie-en-flammes-de-ben-counter/ https://www.lorhkan.com/2020/09/01/la-galaxie-en-flammes-de-ben-counter/#comments Tue, 01 Sep 2020 06:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12493 Troisième opus de la monumentale saga “L’Hérésie d’Horus”, “La galaxie en flammes” de Ben Counter est en forme de première conclusion. Une conclusion intermédiaire bien sûr pour une série de plus de 50 volumes… Il n’empêche, on arrive là à un premier tournant avec une rébellion qui apparaît aux yeux...

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Troisième opus de la monumentale saga “L’Hérésie d’Horus”, “La galaxie en flammes” de Ben Counter est en forme de première conclusion. Une conclusion intermédiaire bien sûr pour une série de plus de 50 volumes… Il n’empêche, on arrive là à un premier tournant avec une rébellion qui apparaît aux yeux de tous, ou presque.

 

Quatrième de couverture :

Dans un sombre et lointain futur, il n’y a que la guerre. Mais il n’en a pas toujours été ainsi. La grande croisade de l’Empereur de l’Humanité est en cours, et bientôt tous les mondes habités par l’homme vivront en paix sous son regard bienveillant. Bientôt, il n’y aura que la paix. Bientôt… l’humanité découvrira que son pire ennemi réside en son sein. Le conflit le plus vaste et le plus meurtrier de l’histoire humaine est sur le point de débuter.

Ces trois romans explorent l’origine de l’Hérésie d’Horus et le début de l’affrontement entre les guerriers de l’Empereur et les forces du Chaos qui définira l’Imperium pour les 10 000 années à venir. La trilogie initiale de cette série à succès comprend les romans les plus populaires de toute l’histoire de Black Library.

 

Un schisme au sein de l’Imperium

Troisième auteur pour le troisième roman de la saga, Ben Counter a la charge de mettre l’hérésie d’Horus “sur des rails” en la rendant visible aux yeux de tous. Car oui, cette fameuse hérésie, même si les démons n’apparaissent toujours pas ouvertement (quoiqu’on trouve dans ce roman, comme dans les deux premiers, une manifestation “difforme” directement en lien avec eux), est consommée. Reste à l’afficher, en plongeant, comme le titre l’indique, la galaxie dans les flammes.

Car il s’agit bien là d’un schisme en bonne et due forme, un retournement total de pensée opérée par Horus, se traduisant en actes littéralement impensables, notamment pour des Space Marines élevés en bouffant du crédo impérial au petit déjeuner. Et pourtant. C’est peut-être d’ailleurs la partie du roman la plus discutable : comprendre comment ces soldats (certes sous influence plus ou moins visible) ont pu accepter de suivre Horus, un chef certes à peine moins révéré que l’Empereur lui-même, mais que les actes font radicalement sombrer dans le mal absolu (au prix de milliers de vies humaine, parmi les Space Marines eux-mêmes). C’est un peu la même problématique que dans le tome précédent. La solution à ce dilemme posé au lecteur reste la même : accepter ce revirement de pensée, même s’il est difficile à comprendre.

Car une fois lancée, l’hérésie semble ne plus avoir de limites, tout comme Horus qui se lance à fond dans son projet : renverser l’Empereur qu’il estime avoir délaissé l’humanité en installant un culte de sa propre personne déifiée. Pour cela, un alibi : la planète Istvaan III et son leader qui semble s’être retourné contre la Grande Croisade de l’Empereur. Un leader dont Horus n’a que faire mais qui va lui donner l’occasion de trier le bon grain de l’ivraie entre les soldats prêts à le suivre et les autres, qu’il va falloir éliminer. Alors on les envoie sur la planète, les rebelles sympathisants d’Horus restant en orbite.

Parmi les loyalistes envoyés sur Istvaan III, Loken bien sûr, mais aussi Torgaddon, Saul Tarvitz, Lucius et quelques autres personnages croisés dans les deux premiers romans. Tout se petit monde s’apercevra, mais un peu tard, de l’ampleur de la trahison d’Horus, et de son prix. Istvaan III risque bien d’être leur tombeau, et leur mort loin d’être agréable…

Et donc “La galaxie en flammes” fait la part belle à l’action, avec ces loyalistes pris en étau entre les rebelles istvaaniens et les rebelles impériaux. Dès lors, le combat est un combat désespéré et Ben Counter rend particulièrement bien cette ambiance d’ultime bataille qui ne peut se terminer que d’une seule manière. On a déjà vu ce type de récits, dans différents médias (réussi au cinéma dans “Star Wars Rogue One” ou dans “300” par exemple, sans grande émotion dans le pourtant bon jeu vidéo “Halo Reach”), c’est le truc idéal pour afficher de l’héroïsme à outrance, avec un sens du sacrifice poussé au maximum. C’est le cas ici, et il faut bien dire que ça fonctionne, d’autant plus que cela concerne évidemment des personnages auxquels les deux romans précédents ont permis aux lecteurs de s’attacher.

Schisme au sein de l’Imperium donc, schisme également au sein du Mournival (le conseil d’Horus, constitué des quatre soldats les plus proches de lui, avec Loken et Torgaddon d’un côté et Abaddon et Aximand de l’autre), l’hérésie d’Horus montre déjà toute l’ampleur de ce qu’elle implique pour l’humanité autrefois unie (ou en passe de l’être avec la Grande Croisade). Sauf que les plans d’Horus nécessitent de rester discret, pour ne pas que les Légions loyalistes de Space Marines lui tombent dessus trop rapidement, avant qu’il ait pu se faire suffisamment d’alliés. Un but pas tout à fait atteint, à cause d’un de ses alliés justement, mais surtout à cause d’une fuite, qui sera d’ailleurs l’objet du roman suivant (“La fuite de l’Eisenstein”), et qui va permettre au lectorat d’enfin voir cette hérésie de l’extérieur.

On notera que ce volume donne également à voir la montée en puissance de l’influence des loges guerrières, notamment auprès d’Horus lui-même, mais aussi l’apparition d’un culte qui fait de plus en plus d’émules, à savoir celui de l’Empereur, un culte qu’il a toujours rejeté mais les rebelles l’accusent de vouloir installer. Une dichotomie intéressante, que les romans suivants ne manqueront sans doute pas de développer.

“La galaxie en flammes” atteint donc son objectif : faire passer un cap à l’hérésie d’Horus, en jouant sur l’action, sans pour autant négliger l’ambiance et le destin de ses personnages. Pour les amateurs de l’univers, c’est encore une fois une belle friandise.

 

Lire aussi les avis de Nebal, Nicolas.

Critique écrite dans le cadre du challenge “Summer Star Wars épisode IX” de Lhisbei.

 

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Les faux dieux, de Graham McNeill https://www.lorhkan.com/2020/08/28/les-faux-dieux-de-graham-mcneill/ https://www.lorhkan.com/2020/08/28/les-faux-dieux-de-graham-mcneill/#comments Fri, 28 Aug 2020 06:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12491 Suite de la vaste série “L’Hérésie d’Horus” dans l’univers de “Warhammer 40,000” avec le deuxième tome, “Les faux dieux”. Après le très sympathique “L’ascension d’Horus” de Dan Abnett qui semait les graines de cette fameuse hérésie, il est temps d’en voir la floraison décrite par Graham McNeill, avant une vraisemblable...

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Suite de la vaste série “L’Hérésie d’Horus” dans l’univers de “Warhammer 40,000” avec le deuxième tome, “Les faux dieux”. Après le très sympathique “L’ascension d’Horus” de Dan Abnett qui semait les graines de cette fameuse hérésie, il est temps d’en voir la floraison décrite par Graham McNeill, avant une vraisemblable récolte des fruits dans le troisième tome bien nommé “La galaxie en flammes” de Ben Counter (dont je parlerai dans un article ultérieur).

 

Quatrième de couverture :

Dans un sombre et lointain futur, il n’y a que la guerre. Mais il n’en a pas toujours été ainsi. La grande croisade de l’Empereur de l’Humanité est en cours, et bientôt tous les mondes habités par l’homme vivront en paix sous son regard bienveillant. Bientôt, il n’y aura que la paix. Bientôt… l’humanité découvrira que son pire ennemi réside en son sein. Le conflit le plus vaste et le plus meurtrier de l’histoire humaine est sur le point de débuter.

Ces trois romans explorent l’origine de l’Hérésie d’Horus et le début de l’affrontement entre les guerriers de l’Empereur et les forces du Chaos qui définira l’Imperium pour les 10 000 années à venir. La trilogie initiale de cette série à succès comprend les romans les plus populaires de toute l’histoire de Black Library.

 

La floraison de l’Hérésie d’Horus

Avec “Les faux dieux”, pas de surprise, on prend les mêmes et on recommence. Après tout, ne pas capitaliser sur la réussite du premier volume aurait été surprenant. Et donc, les mêmes ingrédients, peu ou prou, se retrouvent ici, poussés de manière à entrevoir encore un peu plus ce qui va faire basculer l’Imperium, l’humanité et même l’univers tout entier.

“Les faux dieux” débute donc à peu près là où “L’ascension d’Horus” s’arrêtait. Direction Davin donc, à la demande du chapelain Erebus, qui indique à Horus que la planète, après avoir été pacifiée, a vu l’émergence d’une rébellion qu’il va falloir mater à coups de bolters dans la tronche. Mais Erebus n’a pas choisi cette lune pour rien, et tout ceci ressemble bel et bien à un piège ourdi pour faire tomber Horus (et quelques autres avec lui tant qu’à faire) sous l’influence des forces du Warp.

“L’ascension d’Horus” posait les bases de ce qui deviendra l’hérésie d’Horus, “Les faux dieux” voit les pions bouger plus clairement, avec le basculement tant attendu. L’action se fait ici un peu moins présente (mais quand même un peu hein, on est dans “Warhammer 40,000” bon sang !), notamment quand le roman s’intéresse plus précisément à Horus lui-même dès lors qu’il est sur le point de basculer et que sa vie même est en jeu. C’est bien là qu’on attendait le roman, pour comprendre comment Horus, le primarque le plus aimé de l’Empereur, a pu tomber dans l’exact opposé de ce pour quoi il a lutté presque toute sa vie. C’est un élément important, central même, et forcément difficile à mettre en scène et à expliquer. Et même si on peut mettre bien des choses, notamment des réactions ou des choix qui peuvent paraître incompréhensibles, sur le dos de l’irrationnel, il faut bien dire que ce basculement extrême a un peu de mal à convaincre. Ça n’altère pas la qualité de la saga (pour laquelle on a acté depuis longtemps qu’Horus a sombré du coté obscur), mais disons que l’explication du pourquoi du comment est une semi réussite (ou un semi échec, c’est selon…).

Reste que le roman amène des éléments intéressants à cette hérésie, notamment lorsqu’on comprend que bien qu’elle porte le nom d’Horus, elle n’a pas réellement démarré avec lui mais plutôt avec d’autres personnages qui ont réussi, à travers leurs machinations, à faire tomber le primarque des Luna Wolves (rebaptisés à la fin du tome précédent, un signe de plus, les Sons of Horus). Même chose à travers certaines visions apparues à Horus, et amenées par des personnes déjà sous l’influence du Chaos, qui mettent le doute sur la probité de l’Empereur. Un doute qui s’insinue (s’il n’était pas déjà présent…) dans l’esprit du lecteur autant que dans celui d’Horus (de ce point de vue c’est plutôt réussi) et qui mènera finalement à une rébellion totale et cataclysmique.

Mais nous n’en sommes pas là avec “Les faux dieux”, qui ne montre que la manière dont Horus a vu “l’autre côté” et comment il y a réagi en fonction des informations dont il disposait à ce moment-là. Les personnages qui gravitent autour de lui sont eux aussi amenés à faire des choix, parfois orientés en sous-main, parfois sous pression et pressés par le temps, et on sent donc déjà venir les dissensions qui, là encore c’est un élément intéressant, étaient déjà présentes au cours de la Grande Croisade de l’Empereur qui n’avait donc rien d’une virée entre potes pour pacifier l’univers. Là aussi le terreau était fertile à l’éclosion d’un conflit…

Pour le reste, les personnages sont les mêmes, tout est fait (plutôt efficacement d’ailleurs) pour qu’on s’attache à Loken ou qu’on sente la fourberie d’Erebus, et les scènes d’action offrent de jolis moments de tension alors que la sombre atmosphère de Davin, putréfiée et nauséabonde, amène une “belle” atmosphère viciée.

Les graines de “L’ascension d’Horus” ont donc poussé, les premières fleurs commencent à éclore, et si les puissances du Chaos n’apparaissent pas encore au grand jour (il est tout de même question de “(les) expériences nouvelles, (le) changement, (la) guerre et (la) décomposition”, les amateurs de l’univers de “Warhammer 40,000” auront bien évidemment reconnu les quatre démons majeurs du Chaos…), leur influence est déjà largement manifeste en fin de roman, quand les actes et les choix d’Horus ne laisse plus de place au doute avant d’annoncer véritablement ses plans à ses alliés.

Plus qu’une floraison, “Les faux dieux”, signé Graham McNeill qui succède donc avec brio à Dan Abnett, nous montre en fait un Horus qui a croqué dans le fruit défendu avec des conséquences que la fin du roman, sur le même mode que dans “L’ascension d’Horus”, annonce pour le troisième volume. Direction Isstvan III, un nom qui fait frémir les connaisseurs de l’univers, avec le roman suivant, “La galaxie en flammes” écrit cette fois par Ben Counter.

 

Lire aussi les avis de Nebal, Nicolas.

Critique écrite dans le cadre du challenge “Summer Star Wars épisode IX” de Lhisbei.

 

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Zapping cinéma et VOD, épisode 56 https://www.lorhkan.com/2020/08/20/zapping-cinema-et-vod-episode-56/ https://www.lorhkan.com/2020/08/20/zapping-cinema-et-vod-episode-56/#comments Thu, 20 Aug 2020 06:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12471 Arts martiaux toujours, avec cette fois, chose rare dans ce domaine, une sortie cinéma. “Ip Man 4” bénéficie en effet d’une actualité cinématographique plus que perturbée par la situation sanitaire actuelle, ce qui offre une belle mise en avant pour des films habituellement laissés de côté. Les deux autres films...

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Arts martiaux toujours, avec cette fois, chose rare dans ce domaine, une sortie cinéma. “Ip Man 4” bénéficie en effet d’une actualité cinématographique plus que perturbée par la situation sanitaire actuelle, ce qui offre une belle mise en avant pour des films habituellement laissés de côté. Les deux autres films dont il est question ici me permettent de poursuivre mon exploration des oeuvres récentes sur les arts martiaux, la bonne surprise venant incontestablement de “Le maître d’armes” avec la star Jet Li.

 

Ip Man 4, de Wilson Yip

Cette fois ça y est, la saga dédiée au maître du wing chun, qui aura finalement clairement marqué le cinéma d’arts martiaux, touche à sa fin.

Les trois premiers films ne s’étaient pas vraiment fait remarquer par la subtilité de leur propos, exacerbant l’honneur chinois au détriment du vice des Japonais, des Européens ou des Américains. Rebelote ici avec Ip Man qui, alors qu’il apprend qu’il est atteint d’un cancer, voyage à San Francisco (dans les années 60) pour trouver une école pour son fils qui défie régulièrement l’autorité. Il va y être confronté au racisme ambiant (dans plusieurs milieux : l’école, l’administration, l’armée) envers la communauté asiatique, alors que le communautarisme de cette diaspora (illustré par le rejet de Bruce Lee par les maîtres chinois du kung-fu qui n’apprécient pas de le voir présenter sa discipline aux Américains) n’aide pas non plus à l’intégration.

Ça n’est pas très subtil dans le propos (quoique si on y regarde de près, il y a quelques éléments qui apportent un peu de mesure (comme un gradé de l’armée à un peu plus ouvert que les autres), et les propos les plus outranciers viennent d’un membre des Marines, une entité dont je doute que l’on puisse dire qu’elle est des plus ouverte d’esprit…) mais comment en vouloir au film au vu des tensions Chine-USA actuellement ? Par ailleurs, le cinéma hollywoodien nous a tellement abreuvé de propagande pro-USA que le contrepoint qu’apporte le film, même s’il est simpliste, pas très moderne par les temps qui courent et ne fait peut-être que jeter un peu plus d’huile sur le feu (ou de caresser le public chinois, le coeur de cible du film, dans le le sens du poil), a le mérite de renverser un peu le discours habituel, au minimum très américano-centré.

Pour le reste, Donnie Yen (à presque 60 ans, respect !) est toujours aussi charismatique et emprunt d’une sérénité à toute épreuve, le méchant est tellement très très méchant que c’est un pur plaisir de voir Ip Man le ratatiner (en y laissant quelques plumes tout de même) et les scènes de combats, certes filmées de manière certes assez classique (souvent sur des rings, ce n’est pas très novateur, ni très risqué en terme de mise en scène…), sont dotées de chorégraphies ébouriffantes et d’une rare lisibilité (le cinéma US devrait vraiment en prendre de la graine). À ce titre, le combat final, climax logique, est très tendu, très brutal aussi, et même si on en devine évidemment l’issue, la tension engendrée par le violent salopard joué par Scott Adkins nous fait agripper les accoudoirs du siège. Saluons également le beau combat de rue mettant en scène Bruce Lee, qui réjouira ceux qui ont été frustrés par la manière dont Quentin Tarantino l’avait fait apparaître dans son dernier film.

Ce “Ip Man 4”, qui a donc la chance de sortir sur grand écran au contraire de ses prédécesseurs, reste donc un très digne représentant de cette saga qui a toujours su offrir de belles choses, sans non plus se départir de quelques défauts (la structure des quatre films se ressemble un peu, et certaines scènes de cet épisode 4 semblent directement tirées du deuxième film, jusqu’à un méchant qui fait penser dans son sadisme et sa démesure au boxeur anglais du même épisode), et pour laquelle j’aurais bien du mal a établir un quelconque classement entre les films.

Il y a donc, comme dans les autres films, de l’action, du fond (parfois contestable mais il a le mérite d’être là), un brin d’émotion (toujours très contenue avec le personnage de Ip Man), et ce long-métrage offre surtout une belle conclusion à une saga à laquelle je ne pensais pas m’attacher à ce point.

 

Le règne des assassins, de Su Chao-bin et John Woo

Ha tiens, John Woo ? Bon, ne nous emballons pas, il semblerait que la production du film ait surtout voulu mettre son nom sur l’affiche pour attirer les spectateurs alors que le cinéaste semble en réalité n’avoir joué qu’un rôle de producteur et ne s’est pas approché de la caméra… Quoiqu’il en soit, John Woo ou pas (et d’ailleurs je reparlerai bientôt du cinéma de John Woo un de ces jours à travers une énooooorme fresque historique), “Le règne des assassins” a bien des choses à proposer.

Du côté des acteurs déjà, avec le retour de Michelle Yeoh dans un film d’arts martiaux, ses premières amours (“Tai Chi Master”, “Wing Chun”) et ce qui l’a rendue célèbre (“Tigre et Dragon” bien sûr, si on ne compte pas le James Bond “Demain ne meurt jamais”). Toujours étincelante, elle campe ici un beau personnage, ancienne assassine, à la recherche d’une vie plus simple et retirée des affaires. Mais avant cela, elle décide de voler la moitié de la dépouille de Bodhidharma, alors que son clan d’assassins est à la recherche des deux moitiés dont la possession, dit-on, donne accès à de grands pouvoirs. Poursuivie, elle va devoir changer de visage pour commencer une nouvelle vie. Sauf que, bien évidemment, on ne trahit pas un clan d’assassins sans avoir à en payer le prix…

Alors bon, trahison, rédemption, romance, vengeance, etc… Rien de neuf. Mais même si l’originalité n’est pas au rendez-vous, si c’est bien fait, pourquoi se priver ? N’allez pas croire pour autant que “Le règne des assassins” est un film inoubliable, ce n’est pas le cas, mais il réserve son lot de retournements de situations (qu’on sent parfois venir quand même, notamment LE twist), de combats de sabre bien ficelés (et le terme “ficelés” n’est pas là par hasard tant les câbles sont ici très utilisés pour les voltiges aériennes), et d’une histoire somme toute déjà vue mais plutôt touchante et bien présentée.

On pourra quand même regretter un rythme un peu variable, et surtout une narration qui oublie la base de son scénario (bah oui, arrivé au bout du film, sans rien révéler de l’intrigue, on n’a aucune idée de ce qu’est devenue la dépouille de Bodhidharma après laquelle tout le monde court…). Ça fait un peu tâche…

Il n’empêche, pris comme un film pour se détendre, ça se laisse regarder sans déplaisir aucun. Mais à l’évidence, il n’a pas les épaules pour rivaliser ni avec le film au-dessus ni avec celui d’en-dessous.

 

Le maître d’armes, de Ronny Yu

Jet Li est une des stars asiatiques des arts martiaux, même s’il est moins mis en avant qu’il ne l’était par le passé, sans doute un peu éclipsé (en plus de s’être compromis dans des films européens ou américains de piètre qualité) par l’étincelant et omniprésent Donnie Yen. Toujours est-il que ce long métrage de 2006 est un des derniers grands films de la star, par la grâce d’un scénario simple mais universel, d’un personnage historique (mais comme souvent à l’histoire personnelle romancée voire dramatisée pour les besoins du film) qui donne du corps au film, et d’une prestation de Jet Li à la hauteur des enjeux (sur le plan martial comme sur le plan du jeu d’acteur).

“Le maître d’armes” (je parle ici de la version longue de 2h20, bien plus détaillée que la version classique de 1h45) démarre lors d’une présentation (par Michelle Yeoh) au CIO du wushu pour sa possible entrée au rang de sport olympique. Revenant sur ce qui fait l’essence de cet art martial, elle propose pour l’illustrer de raconter au public l’histoire de Huo Yuanjia.

Et nous voici donc revenu au XIXème sicèle, avec un tout jeune Huo Yuanjia qui doit faire face au refus de son père de lui apprendre les arts martiaux. Ce qui ne l’empêche pas de s’entraîner dans son coin… et de subir une sévère défaite contre un des ses “camarades” dont le père est un pratiquant d’une école rivale. Ce double trauma de jeunesse (et la défaite de son père dans un tournoi, de manière injuste) va orienter la vie de Huo Yuanjia, au moins dans sa première partie, lui qui décidera de tout faire pour être le meilleur, au prix d’une certaine insouciance et d’une arrogance certaine. Une vie vide de sens et surtout au mépris de la philosophie des arts martiaux qui est, en plus de simplement entretenir son corps, d’aider son prochain et de réparer les injustices. Une arrogance qui lui vaudra un drame personnel à l’issue d’une broutille qui se transforme en combat à mort, avec vengeance personnelle à la clé. Un drame qui poussera le personnage à l’exil dans un village isolé. Et ultimement à la rédemption et à la découverte d’une certaine philosophie de vie, plus en adéquation avec celle des arts martiaux.

Un scénario simple donc, déjà vu sans aucun doute, mais au message universel et qui, s’il est bien filmé (comme c’est le cas ici), fonctionne toujours. A défaut d’originalité, on trouvera donc ici du sens, en lien avec le support du film lui-même, les arts martiaux. Le fait que la vie de Huo Yuanjia, héros national en Chine, soit entourée dans le film par un cadre “méta” reposant sur la philosophie des arts martiaux (qui se conclut par une question montrant que tout le monde n’est pas à même de la comprendre), renforce ce message.

Jet Li campe efficacement un personnage qui prend conscience de ses actes, de ses biais, et qui va donc changer son orientation de vie au contact d’une vie rurale, frugale, et d’un début de romance chaste. On n’attendait pas forcément l’acteur sur ce plan là, mais il fait du bon travail, sans que ce soit digne de figurer dans les annales du cinéma mais c’est tout de même tout à fait convaincant.

Evidemment il y a des scènes de combats, notamment dans la première heure du film, celle qui voit l’arrogance du personnage le dominer, et de ce côté-là, sous la houlette de l’incontournable “action director” Yuen Woo-ping, ça envoie du lourd, notamment lors d’un combat “aérien” au-dessus de la foule et lors du “combat de trop” face à son rival dans la ville de Tianjin. Jet Li montre ici toute l’étendue de son talent martial. La suite de film est plus mesurée de ce côté-là, hormis un combat face à un énorme boxeur américain illustrant le changement de mentalité de Huo, et dans une longue scène finale où se succèdent quatre combats aux poings, à l’épée et à la lance, avant de revenir aux poings dans un duel face à un karatéka japonais, un modèle du genre où le respect de l’adversaire prime avant tout, un duel qui a en quelques sorte déjà eu lieu auparavant lors d’une cérémonie du thé qui a vu les deux protagonistes opposer leur divergence de vue, toujours dans un grand respect. Deux belles scènes qui tempèrent le propos un peu nationaliste du film (plus mesuré que dans nombre d’autre longs métrages).

Peu de choses à redire à ce film donc, qui offre son lot de combats spectaculaires, de scènes plus intimistes, poétiques même par moments, et d’un message venant soutenir et illustrer ce que doivent être les arts martiaux, à travers la vie du personnage de Huo Yuanjia et du cadre méta du film. Dans le genre des films d’arts martiaux, “Le maître d’armes” (titre français sans aucun intérêt face à un déjà discutable mais plus en accord avec le personnage “Fearless” dans les pays anglophones et un plus simple mais plus juste “Huo Yuanjia” dans les pays asiatiques) est sans aucun doute un film important.

 

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L’ascension d’Horus, de Dan Abnett https://www.lorhkan.com/2020/08/17/lascension-dhorus-de-dan-abnett/ https://www.lorhkan.com/2020/08/17/lascension-dhorus-de-dan-abnett/#comments Mon, 17 Aug 2020 06:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12480 Mon attrait pour la licence “Warhammer 40,000” ne date pas d’hier. Au départ (c’est à dire à l’adolescence) plutôt attiré par le médiéval-fantastique de “Warhammer”, j’ai switché un peu plus tard sur son pendant SF, plus pour son univers radicalo-religio-gothico-extremo-darko-SF d’ailleurs que pour le célèbre jeu de plateau en lui-même...

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Mon attrait pour la licence “Warhammer 40,000” ne date pas d’hier. Au départ (c’est à dire à l’adolescence) plutôt attiré par le médiéval-fantastique de “Warhammer”, j’ai switché un peu plus tard sur son pendant SF, plus pour son univers radicalo-religio-gothico-extremo-darko-SF d’ailleurs que pour le célèbre jeu de plateau en lui-même (mais bon, quand même, j’ai joué les eldars). Ainsi donc, d’une certaine manière, le background “Warhammer 40,000” coule dans mes veines depuis plusieurs années, et si je n’avais jusqu’ici jamais franchi la porte du côté littéraire de cet univers, c’était plus par manque de temps et à cause d’une certaine méfiance quant au côté “romans de licence” que par manque d’intérêt. Mais cette fois, ça y est.

 

Quatrième de couverture :

Dans un sombre et lointain futur, il n’y a que la guerre. Mais il n’en a pas toujours été ainsi. La grande croisade de l’Empereur de l’Humanité est en cours, et bientôt tous les mondes habités par l’homme vivront en paix sous son regard bienveillant. Bientôt, il n’y aura que la paix. Bientôt… l’humanité découvrira que son pire ennemi réside en son sein. Le conflit le plus vaste et le plus meurtrier de l’histoire humaine est sur le point de débuter.

Ces trois romans explorent l’origine de l’Hérésie d’Horus et le début de l’affrontement entre les guerriers de l’Empereur et les forces du Chaos qui définira l’Imperium pour les 10 000 années à venir. La trilogie initiale de cette série à succès comprend les romans les plus populaires de toute l’histoire de Black Library.

 

Une introduction à l’évènement fondateur de l’univers “Warhammer 40,000”

Il faut un peu de courage pour se lancer dans cette aventure littéraire. L’univers est très typé, si on ne connait pas le dit univers on pourrait avoir peur de se sentir largué, et la série de “L’hérésie d’Horus” dont il est question ici est constitué de plus de cinquante (!!) romans. Autant d’éléments (même si tous ne me concernent pas puisque je pense raisonnablement connaître le vaste et très détaillé univers de la licence), en plus du côté “romans de licence” que je regarde toujours d’un oeil suspect (mais j’en ai déjà lu, et le constat est souvent le même : ce n’est pas de la grande littérature mais quand on aime l’univers ça peut valoir le coup, même si c’est aussi parfois très mauvais), qui m’ont un peu freiné jusqu’ici.

Et puis en fin d’année 2019 est sorti un premier volume imposant et de fort belle facture (relié, illustrations intérieures) reprenant les trois premiers tomes de la série. Volume rapidement suivi d’autres (le quatrième sort au mois de septembre), permettant de se faire une collection à moindre coup (28€ le volume quand même…). L’occasion était trop belle. Me voici donc lancé.

Revenons un instant rapidement (si tant est que ce soit possible…) sur l’univers de “Warhammer 40,000”… Il s’agit donc d’un univers de SF situé au 41ème millénaire, dans lequel l’humanité a essaimé dans de nombreux systèmes planétaires et rencontré de nombreuses espèces extraterrestres. La licence n’est pas connue pour faire dans la dentelle, et si les rencontres avec les E.T. se soldent la plupart du temps par une lutte armée, c’est pour une “bonne” raison : l’humanité est guidée par une théocratie ultra-autoritaire et militariste (qui a tendance à éradiquer à peu près tout ce qui n’est pas humain et/ou conforme à la doctrine officielle) qui a divinisé l’Empereur de l’humanité, un sur-homme mort (ou quasi…) 10 000 ans auparavant, dont le corps momifié est maintenu en stase sur le Trône d’Or et qui avait au départ pour but de rallier toutes les branches de l’humanité éparpillées dans l’univers au fil des millénaires et qui ont perdu le contact avec la Terre. Mais les choses ont mal tourné puisque l’Empereur est mort (ou quasi comme je le disais plus haut, le mystère n’a jamais été totalement levé), tué des mains mêmes de l’un de ses plus proches alliés, un fils pour ainsi dire, un des vingt Primarques créés génétiquement par l’Empereur lui-même et chargés de diriger les légions de Space Marines (des super guerriers génétiquement augmentés) pour accomplir son rêve d’une humanité réunie et unifiée : Horus. Car le Chaos n’est jamais loin dans cet univers, et les démons qui le composent ne manquent pas une occasion de tenter, de corrompre et de posséder cette humanité finalement très faillible. Horus y céda, pour un résultat catastrophique.

Cette “hérésie” n’est rien de moins que l’élément fondateur de l’univers “Warhammer 40,000”. D’une part, elle a brisé l’Empereur lui-même et le rêve qu’il briguait, provoquant une division terrible au sein même des troupes de l’Imperium, d’autre part elle a mené l’humanité sur le chemin que l’Empereur a toujours refusé : une théocratie autoritaire qui le divinise, lui qui a toujours refusé ce statut. Et quand je dis autoritaire, c’est encore trop doux : tout ce qui n’est pas conforme à la parole de l’Imperium est sérieusement réprimé (à coup d’armes létales, soyons clairs), qu’il soit extraterrestre ou non. Enfin, l’Hérésie d’Horus a dévoilé à l’humanité son plus terrible ennemi : les forces du Chaos. Ajoutons à tout cela, sur un plan purement formel, une esthétique et une ambiance très gothiques qui piochent à droite à gauche de manière parfois un peu voyante (des Révoltes Cybernétiques qui ne sont rien d’autre qu’un Jihad Butlérien dunien) mais qui donnent un résultat ma foi tout à fait goûtu et assez unique (un tel radicalisme dans son univers où le désespoir est roi ne me semble pas exister ailleurs, en tout cas pas à un point aussi poussé qu’ici). Il y aurait encore beaucoup à dire sur cet univers qui s’est développé, transformé et a évolué au fil des décennies, mais il n’est pas ici question de tout détailler (il y a des myriades de sites internet qui font ça très bien). Toujours est-il que cet univers jusqu’au-boutiste a été “formé” par l’Hérésie d’Horus, et la vaste série littéraire dont le premier tome est ici chroniqué s’est donnée pour mission de la détailler dans les grandes largeurs, 10 000 ans avant l’époque du jeu de plateau donc (au 31ème millénaire), quand l’Imperium n’était pas  encore aussi extrême (mais un peu quand même…), ni une théocratie.

Le roman maintenant. Ecrit par Dan Abnett, l’un des plus réputés parmi ceux qui officient au sein de la Black Library (la branche littéraire du géant du jeu de plateau Games Workshop), il a la lourde tâche de lancer la série et de l’installer sur de bons rails. Pour se faire, l’auteur débute son récit au moment où l’Empereur, qui jusqu’ici menait lui-même la Grande Croisade censée réunifier les mondes humains au sein de l’Imperium, retourne sur Terra et passe la main à celui qu’il désigne comme étant le “Maître de Guerre” de l’Imperium, à savoir Horus, le plus réputé des Primarques. La légion d’Horus, les Luna Wolves, arrivent sur un monde se faisant appeler également Terra et dirigé par un faux Empereur. La suite, c’est l’invasion et la destitution de ce pseudo Empereur (de quelle manière, je vous laisse deviner…) pour faire rentrer cette branche de l’humanité dans le droit chemin. On a donc bien sûr droit à de belles scènes d’action, claires, lisibles, épiques comme il faut.

Mais Dan Abnett, pour bien rendre compte de l’état d’esprit des space marines et de leurs dirigeants, n’oublie pas de faire intervenir des “petites gens”, de simples hommes et femmes, avec notamment les commémorateurs chargés de relater la Grande Croisade d’une manière plus objective, pour éviter une propagande trop voyante. À travers eux, l’auteur va frontalement poser la question de la légitimité de l’Imperium à agir de la sorte (avec les armes donc) plutôt que de laisser ces civilisations tranquilles dans leur coin. Idem avec la deuxième partie du récit qui voit cette fois les Luna Wolves, en compagnie de quelques membres d’une autre légion, les Emperor’s Children, faire face à une race d’arachnides certes belliqueux mais a priori bien incapables d’aller au-delà de leur planète.

Dan Abnett pose donc les bonnes questions, qui résonnent plus d’une fois dans la tête de Garviel Loken, un capitaine Luna Wolf, le héros du roman. Un Garviel Loken à la psychologie allant au-delà du simple “beuuuuaaaaaarrrrhhh” ce qui permet d’amener très progressivement les éléments venant semer le trouble au sein d’un ordre bien établi. Car le Chaos est là, même s’il est caché au commun des mortels, et sa manifestation physique fera vaciller Loken, de même qu’un ou deux autres témoins. Les graines sont donc semées : en plus du trouble jeté par une apparition/transformation horrifique, l’auteur pointe également l’existence des loges au sein de la légion des Luna Wolves (cultivant le secret et censées renforcer la cohésion et la confiance en mettant tous les participants sur un pied d’égalité, sans tenir compte de la hiérarchie) et un sens de l’honneur qui, poussé à son extrémité, pourrait faire prévaloir  la loyauté envers les autres membres de la légion plutôt qu’envers le reste de l’humanité. Mélangez le tout, et vous obtenez… 😉

Tout est donc là, à l’état embryonnaire. Car “L’ascension d’Horus” n’est qu’une introduction. Une introduction de 400 pages au format normal (un peu moins de 300 pages dans ce gros volume bien tassé) qui fait bien le job, très rythmé, donnant à la fois des scènes d’action remarquablement menées mais aussi des moments plus intimistes développant la psychologie de certains de ses personnages, tout autant que l’état d’esprit de différentes légions de space marines, de manière je dois dire assez inattendue, et surtout posant les bonnes questions quant aux actions de l’Imperium tout en jetant les bases de ce qui deviendra par la suite la période la plus sombre de cette humanité du futur.

Bonne pioche donc, mais j’ai envie que c’était presque du tout cuit quand on est déjà amateur de l’univers “Warhammer 40,000”. Après tout, quand on a vécu avec cette licence en tête depuis l’adolescence, voir “en vrai” les actions des Primarques, ces êtres qui sont au 41ème millénaire (l’époque à laquelle se déroule le jeu de plateau) de véritables légendes, ça fait quelque chose. Ceux qui n’ont aucune connaissance ou aucune appétence pour cet univers verront peut-être ça d’un autre oeil, d’autant qu’objectivement (mais c’est l’univers qui veut ça, lui qui a été créé en 1987 et clairement marketé pour les jeunes garçons) ça n’est ni très subtil ni très féminin. Pas de surprise, ce n’est ni un chef d’oeuvre ni de la grande littérature, mais c’est un très bon récit d’action dans un lointain avenir très sombre, à même de séduire celui ou celle qui rechercherait un roman de ce type et d’éventuellement l’amener à découvrir un très vaste univers multi-médias. Quant à moi, la suite, vite !

 

Lire aussi les avis de Nebal, Nicolas.

Critique écrite dans le cadre du challenge “Summer Star Wars épisode IX” de Lhisbei.

 

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Sur ma lancée de la dernière fois, je reste dans le domaine des arts martiaux avec la suite de la (fausse) vie de Ip Man, puis avec un autre film mettant en scène Donnie Yen (devenu incontournable dans le cinéma d’arts martiaux), et enfin avec

 

Ip Man 3, de Wilson Yip

On prend les mêmes et on recommence ? Pas tout à fait, enfin. Ce troisième opus de la série consacrée au maître du wing chun, Ip Man (toujours sous les traits du charismatique Donnie Yen) prend enfin ses distances avec un message à la limite de la xénophobie pour se rapprocher un peu plus de l’intimité de l’homme. Cela a pour conséquence de rapprocher le spectateur du personnage qui n’est plus seulement le maître d’arts martiaux que l’on connaît mais aussi un homme confronté à des problèmes contre lesquels ses poings ne peuvent rien. C’est l’occasion pour lui de s’éloigner un peu de ce à quoi il a voué sa vie entière pour se recentrer sur les fondamentaux familiaux qu’il avait trop tendance à délaisser (ce que le deux premiers films montraient d’ailleurs à plusieurs reprises). Cela permet aussi, enfin, à Lynn Hung (l’actrice jouant le rôle de Cheung Tin-chi, l’épouse d’Ip Man) de s’exprimer un peu plus en allant au-delà de la femme s’occupant du foyer pendant que son cher et tendre va tatanner les méchants. Et il faut bien dire que ces séquences centrées sur l’émotion, essentiellement regroupées vers les deux tiers du film, fonctionnent parfaitement et humanisent très nettement le personnage d’Ip Man.

En revanche, sur le plan de l’intrigue, le bilan est nettement plus mitigé. Trois arcs se partagent le film, celui de la cellule familiale d’Ip Man donc, mais aussi celui d’un homme cherchant à se faire sa place dans le domaine des arts martiaux (je vous le donne en mille : il va falloir passer par Ip Man), ainsi qu’une partie sur des méchants promoteurs américains (avec en tête de liste Mike Tyson himself !) qui voudraient acheter (avec pots de vin et aide des petits voyous locaux, le tout soutenu par la police anglaise corrompue) le terrain sur lequel est bâtie une école (je vous le donne en mille : il va falloir passer par Ip Man). Ces trois arcs ne se mélangent pas très harmonieusement, celui sur les américains étant même carrément inintéressant, permettant certes de mettre en scène celui qui va vouloir rivaliser avec Ip Man dans le domaine des arts martiaux mais surtout d’aboutir à un combat entre le maître du wing chun et Mike Tyson.

Alors oui, c’est vrai, Mike Tyson dans un film, ça fait peur. Mais bon, il est juste là pour prendre quelques billets et sortir les poings. D’ailleurs, chose amusante, le combat Ip ManTyson se termine sur un match nul. “Défaite interdite” était peut-être une clause écrite dans le contrat du boxeur ?… 😉

Et les combats justement. Chorégraphiés par le célèbre Yuen Woo-ping, ils jouent d’abord sur le nombre (un homme ou peu d’hommes contre plein) avant de se recentrer sur les duels qui sont ceux où s’exprime le mieux Donnie Yen. Les trois derniers combats du film sont vraiment superbes (la cage d’ascenseur d’abord, Tyson ensuite, et surtout le combat final contre le rival d’Ip Man dans lequel tout y est : des bâtons, puis des couteaux, puis les poings, magnifique !).

Et donc, malgré une narration pas vraiment satisfaisante, ce “Ip Man 3” reste encore tout à fait sympathique, grâce essentiellement à ses derniers combats et son approche de l’intimité d’Ip Man, tout ce qui se trouve concentré en deuxième partie de long-métrage en fait. Et de manière globale, les trois films “Ip Man” sont tous très sympathiques et apportent quelque chose à l’ensemble. Il est simplement dommage qu’aucun d’entre eux n’arrive à l’excellence. Il faudrait pour cela reprendre le réalisme et le solide contexte historique du premier, le fabuleux dernier combat du deuxième et le côté intime du troisième. Qui sait, peut-être que “Ip Man 4” y parvient, lui qui est en salles depuis fin juillet ?

 

Swordsmen, de Peter Chan

Vous reprendrez bien un peu de Donnie Yen et d’arts martiaux ? 😉 Cette fois, “Swordsmen” est autant un film d’arts martiaux que d’enquête policière, style “Les Experts en Chine” dans un petit village perdu au fin fond de la campagne au début du XXème siècle. Avec un casting où figurent Donnie Yen donc, mais aussi Takeshi Kaneshiro, on peut s’attendre à quelque chose de sympathique.

Et c’est bien le cas, même si tout n’est pas parfait. Mais on sent l’envie de bien faire, et pas mal de moyens pour y arriver. Des effets spéciaux plutôt pas trop mal (même si parfois un peu trop “numériques”), de très jolis décors naturels, des chorégraphies martiales (pas très nombreuses, seulement trois scènes de combat au compteur) imaginées par Donnie Yen lui-même et vraiment réussies, il y a de la qualité.

L’histoire ? Un paysan, Liu Jinxi (Donnie Yen), se retrouve embarqué dans une bagarre suite à une tentative de braquage du magasin du coin par deux voyous. Finalement, les deux malfrats trouvent la mort. Un enquêteur, Xu Baijiu (Takeshi Kaneshiro), est dépêché sur place pour faire la lumière sur cette affaire. Et cet enquêteur, qui a la justice chevillée au corps, va donc, sur un mode “Les Experts”, utiliser sa science (de l’observation mais aussi celle, très chinoise, des méridiens et des points vitaux) pour découvrir la vérité. Qui est ce paysan qui prétend avoir eu de la chance ? La première partie du récit est donc centrée sur cette enquête, joliment menée quoique de manière un peu hâtive (Xu Baijiu arrive un peu vite à se représenter la scène du crime), avec des témoignages durant lequel sa “conscience” apparaît pour refaire le fil de la scène, et quelques ralentis et autres effets spéciaux “biologiques” qui donnent une vraie modernité à l’ensemble.

Et puis, et puis, une fois qu’on cerne un peu mieux qui est qui, le film se laisse aller à une histoire de rédemption d’un côté, de vengeance de l’autre. C’est assez convenu, même si le film ne perd jamais de vue ses personnages, notamment celui de Donnie Yen bien sûr, qui a tendance à éclipser un peu tous les autres, y compris celui de Takeshi Kaneshiro qui a pourtant, avec son aveuglement dû à une justice qu’il place au-dessus de tout en oubliant parfois le simple “esprit de la loi”, un beau personnage qu’il peine à réellement développer. Mais l’intrigue (et le (les) drame(s) associé(s)), pour convenue qu’elle soit, se ménage quand même quelques jolis moments, soit surprenants, soit frappants (la violence n’est pas frontale mais on comprend très clairement ce dont il est question, et les enfants ne sont pas épargnés), soit émouvants. Et pour une fois, la retenue est à l’oeuvre dans l’ensemble du casting ou presque, et ça fait du bien dans un film chinois.

Mais je dis presque parce qu’arrive le combat final, où le méchant laisse libre cours à sa soif de vengeance, de manière un peu extrême, flirtant avec le grotesque. Le combat en lui-même vaut le détour si on accepte, même si c’est souvent l’usage dans les films d’arts martiaux, des exploits physiques totalement cheatés comme le fait de bloquer les coups d’épée comme si son corps était devenu du béton armé… Et c’est vrai que du coup ce sentiment mitigé sur ce dernier acte pèse un peu sur le ressenti du film, alors que les deux autres combats, notamment le deuxième, sont tout à fait excellents.

Reste au final un film (qui n’est pas tout à fait un film d’arts martiaux vu le peu de scènes de combat) sympathique, à la réalisation moderne, accompagné par une musique jouant à la fois sur le traditionnel et l’anachronique (guitare électrique dans les scènes d’action) et qui, en menant son intrigue en deux temps, permet de s’assurer un peu de suspense et un beau développement du personnage principal qui cherche, bon gré mal gré, à laisser son passé derrière lui. Pas si mal.

 

Seven Swords, de Tsui Hark

Le montage original de ce film durait 4 heures mais a été réduit à 2h30 lors de sa sortie publique. La plupart des défauts de ce film sont dûs à ce dégraissage qui a vraiment trop taillé dans le gras pour commencer à attaquer les parties nobles. En effet, malgré une intrigue très simple frôlant l’épure scénaristique (une bande de mercenaires, liée à l’Empereur qui a interdit la pratique des arts martiaux, ravage les villages du nord-ouest de la Chine. Sept guerriers, armés de puissantes épées, vont se dresser pour défendre l’un de ces villages), le récit reste confus, bardé d’ellipses manifestes là où il aurait fallu apporter quelques éléments pour comprendre de quoi il s’agit et quelles sont les motivations des personnages. On peut même aller jusqu’à se demander qui sont les personnages mis en scène dans le film, c’est dire à quel point il a été charcuté…

Car oui, de ces sept guerriers (ou plutôt cinq d’entre eux, puisque les deux derniers viennent du village assiégé, sans qu’on sache pourquoi ils se retrouvent munis d’une de ces épées particulières et intégrés à ces “Seven Swords”…), on ne saura quasiment rien, si ce n’est via un ultra bref flashback dans le tout dernier segment du film. C’est maigre, très maigre… Et ces épées, qui semblent dotées de certaines caractéristiques bien spéciales, comment ont-elles été forgées, quels sont les “pouvoirs” de ce vieux maître qui les a forgées ? Et qui est-il ce vieux maître ?… Autant de questions qui n’ont pas de réponse, ou si peu… Et quand on regarde les ambitions de Tsui Hark au départ, on comprend mieux le pourquoi du comment… Le réalisateur comptait en effet réaliser six (!!) films, une série télé, des bandes-dessinées, etc… De cette ambition initiale, il ne reste qu’un seul film, et une saison de série télé qui semble d’ailleurs retravailler le scénario de ce film. Maigre, très maigre. On peut facilement imaginer que ce qui aurait dû devenir une franchise aurait apporté toutes les réponses que le spectateur ne peut manquer de se poser, mais en l’état c’est famélique de ce point de vue. D’où la déception de ne pas rendre disponible le montage de 4 heures qui aurait sans doute largement pu adoucir les angles, en plus de lisser les ruptures de ton qui donnent lieu à des digressions tombant comme un cheveu sur la soupe, à la limite de l’incompréhensible tant les personnages et leurs motivations restent obscurs (l’adieu au cheval par exemple, sur un mode “Sam avec Bill le poney”).

Et c’est bien dommage car sur le plan formel, le film est pétri de belles images, de beaux décors, de beaux costumes. Il y a du “Conan le barbare” dans cette Chine du XVIIème siècle sillonnée par des bandits peinturlurés qui auraient très bien pu être intégrés à l’armée de Thulsa Doom. Les belles images dans les steppes chinoises sont bien là, et la caméra de Tsui Hark, même si on pourrait parfois lui reprocher de filmer les combats de manière un peu trop serrée, se fait dynamique, à l’image de ces combats justement, pas si virevoltants que ça mais en revanche assez brutaux (ça tranche pas mal, les têtes et les membres volent…) et surtout tout à fait à la hauteur du film, notamment le dernier d’entre eux qui culmine dans un duel au milieu d’un couloir étroit qui voit les combattants prendre appui sur les murs pour tenter de prendre l’ascendant sur l’adversaire (là pour le coup, c’est virevoltant).

Alors, Tsui Hark oblige, le film n’en reste pas moins agréable à regarder, mais bon sang, où est sa substance ? Les personnages (l’un d’entre eux étant joué par le décidément incontournable Donnie Yen…) sont à peine esquissés, on ne comprend pas qui ils sont, ce qu’ils font là, etc… C’est à se demander comment quelqu’un a pu donner son aval à une sortie en salles dans cet état. Car le résultat, pour aussi beau qu’il soit, c’est que les 2h30 du film paraissent bien longues. D’où le paradoxe de souhaiter voir cette fameuse version de 4 heures… Mais un tel charcutage fait au détriment de toute la structure et des personnages du film, franchement, c’est une hérésie… Et pourtant, quel potentiel il y a derrière tout ça ! Un beau et agréable gâchis certes, mais un gâchis quand même…

 

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Ellipses, de Audrey Pleynet https://www.lorhkan.com/2020/07/28/ellipses-de-audrey-pleynet/ https://www.lorhkan.com/2020/07/28/ellipses-de-audrey-pleynet/#comments Tue, 28 Jul 2020 06:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12456 Remarquée dans la blogosphère depuis quelques mois et par plusieurs éditeurs qui ont fait paraître un certain nombre de ses récits dans différentes anthologies, Audrey Pleynet a rassemblé quelques nouvelles qui n’ont pas trouvé preneur lors d’appels à textes (et dont elle possède donc les droits) pour les réunir au...

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Remarquée dans la blogosphère depuis quelques mois et par plusieurs éditeurs qui ont fait paraître un certain nombre de ses récits dans différentes anthologies, Audrey Pleynet a rassemblé quelques nouvelles qui n’ont pas trouvé preneur lors d’appels à textes (et dont elle possède donc les droits) pour les réunir au sein de ce recueil autoédité.

 

Quatrième de couverture :

Une reine qui découvre le secret de sa planète et l’origine de son pouvoir, d’inestimables leçons de survie dans un monde post-apocalyptique, une puce qui permet de vendre sa douleur, un programme du gouvernement tirant partie de notre addiction aux réseaux sociaux… Parcourez les ellipses de huit nouvelles de science-fiction qui explorent l’avenir de l’humanité, autant dans sa capacité de création que dans les sombres dérives qui la guettent… Au sommaire: – Les reines de Cyanira – Tu t’en souviendras ? – Les questions que l’on pose – Dolores – Icône – Alchimistes du rêve – Tu étais pourtant si fier de moi – Citoyen+.

Professionnelle de l’humanitaire et du social, Audrey Pleynet a publié son premier roman de science-fiction “Noosphère” en 2017. Lauréate de nombreux concours de nouvelles, elle signe avec “Ellipses” son premier recueil personnel.

 

Une future grande ?

Huit textes sont au sommaire de ce court recueil de 150 pages, disponible en numérique à petit prix ou en papier (vraisemblablement en impression à la demande). Des textes qui n’ont pas eu les honneurs d’être sélectionnés lors des appels à textes auxquels Audrey Pleynet les a soumis, ce qui ne les empêche nullement d’être de qualité même si on pourra leur trouver quelques défauts ici ou là. Revue de détail.

 

  • Les reines de Cyanira

La reine nouvellement couronnée de la planète Cyanira, Shyrel, est chargée de faire face aux ambitions des gouvernants des planètes voisines alors qu’elle ne possède pas le puissant don télépathique de ses ancêtres qui leur permettait de faire valoir leurs droits sans trop de problèmes.

Un texte peut-être un peu trop optimiste sur la nature humaine (mais c’est sans doute moi qui suis un peu trop cynique…), à ceci près que le peuple qui est doté de “super pouvoirs” (et qui permet à Shyrel et ses ancêtres de bénéficier du fameux don) n’est plus vraiment humain donc pourquoi pas… Pour le reste, si on arrive à suspendre son incrédulité (ou à être de nature idéaliste), on a là un sympathique texte de “empowerment” avec l’aide d’un peuple utopiste et altruiste. Et quelque part, c’est beau.

 

  • Tu t’en souviendras ?

Dans un futur qui a sombré, une femme se retrouve à prendre sous son aile une petite fille non préparée à faire face à ce monde ravagé et donc condamnée à plus ou moins brève échéance. Mais s’ouvrir et avoir des sentiments, c’est se mettre en danger…

Récit post-apocalyptique sur la transmission, la filiation, la protection, dans un monde où avoir des sentiments est une faiblesse et augmente le risque d’une fin tragique, ce récit à chute, sans concession, est réussi alors qu’on est presque en terme d’optimisme dans l’exact opposé du texte précédent.

 

  • Les questions que l’on pose

Réflexion sur les big datas et l’usage qu’il est possible d’en faire, du plus simple et innocent (quoique, déjà, se pose la question des données personnelles non anonymes) au plus intrusif et expéditif dès lors que des personnes mal intentionnés et/ou radicales, notamment sur le plan politique, s’en mêlent.

La progression est bien menée, et la conclusion va à l’encontre de ce que nombre de récits de SF n’auraient pas hésité à explorer, pour un résultat plus terrible encore, accentué par le ton détaché du narrateur qui n’est autre que l’intelligence artificielle chargée de compiler toutes ces big datas. Excellent et glaçant, ce texte sonne comme un vrai avertissement.

 

  • Dolores

Un texte sur une biotechnologie révolutionnaire, que n’aurait pas renié Nancy Kress (et qui fait également penser très fort à ce qu’avait écrit Charles Yu dans sa nouvelle “Pack de solitude standard” écrite en 2010) : une femme scientifique, avec une amie informaticienne, a trouvé le moyen de “dériver” le signal de la douleur émis par le cerveau pour l’envoyer vers des personnes saines et volontaires.

On pourra dès le départ trouver regrettable qu’Audrey Pleynet ait cédé à la facilité d’une évolution technologique et scientifique de cette envergure uniquement réalisée semble-t-il par deux personnes (on sait très bien que quelque chose de ce genre, touchant à la gestion de la douleur et au cerveau peut difficilement se passer d’une coopération scientifique très large et internationale) et que ce qu’elle implique éthiquement parlant ne semble pas être un obstacle à sa commercialisation (là encore, éthiquement et politiquement, je ne suis pas sûr que les choses puissent se faire aussi simplement que l’accord de quelques investisseurs, un petit coup de pression politique et hop, l’affaire est dans le sac…), mais pour le reste le texte est thématiquement très riche dans son exploration des conséquences d’une telle invention.

Il y a du Ken Liu dans la manière qu’a l’autrice d’explorer les aspects sociaux, éthiques, politiques, en si peu de pages mais en posant les bonnes questions, le tout écrit avec une fluidité exemplaire. Par ailleurs, le côté humain via “l’inventrice” de cette puce Dolores n’est pas en reste et ses motivations, en plus d’être le moteur de son projet, sont tout à fait justes, crédibles et touchantes.

Des défauts donc (des facilités narratives surtout) mais le récit est malgré tout très intelligent et fonctionne bien.

 

  • Icône

Arsène est un photographe qui se trouve laid. Du moins n’est-il pas dans ce que la société appelle la norme. Mais il a une petite amie, Rosaline, qu’il retrouve un jour transformée, avec l’aide d’un peu de chirurgie esthétique, pour ressembler un peu plus à la starlette du moment.

Texte sur la dictature de la norme, de la beauté standardisée des magazine people, de l’uniformisation du physique des personnes nourries au papier glacé, de la superficialité du paraître au détriment de l’être et d’une certaine manière sur les girouettes médiatiques et la relativité de la beauté (qui est dans l’oeil de celui qui regarde, pas dans les magazines), “Icône” est thématiquement très parlant mais manque singulièrement de punch. Le message est clair, mais la façon de le faire passer ne m’a pas vraiment embarqué.

 

  • Alchimistes du rêve

Grâce à la possibilité de manipuler la réalité à travers les rêves, les duos de Veilleurs/Rêveurs sont chargés de construire les bâtiments nécessaires aux habitants de la cité de Urumqi, seule au milieu d’un immense océan. Raina et Kaiden forment un de ces duos. Mais peut-être sont-ils un peu plus que cela, avec tous les risques que cela implique…

Un peu comme pour “Les reines de Cyanira”, ma suspension d’incrédulité en a pris un coup dans ce texte à la fois SF et “magique” (même si ce terme n’est pas le bon puisque les capacités des Veilleurs et des Rêveurs sont justifiés, même si c’est très succinct). Ceci dit, l’histoire est belle et le récit est très visuel avec des constructions qui se font en se défont “en suspension”, à l’image de ce que les rêves permettent dans le film “Inception”. Comme pour les autres textes du recueil, la narration est simple, sans fioriture, mais d’une belle limpidité. Ce texte se lit donc avec plaisir, même s’il est loin d’être le plus marquant du recueil, la faute sans doute à des thématiques en retrait par rapport à d’autres récits ici présents. Mais pour ceux qui aiment simplement les belles histoires, ça peut faire tilt.

 

  • Tu étais pourtant si fier de moi

D’une manière un peu similaire à la nouvelle “Les questions que l’on pose”, ce texte se dévoile sous la forme d’un monologue entre une fille et son père.

La thématique de “Frankenstein” n’est pas loin, et la progression du récit se fait de la même façon que le texte sus-cité, avec un résultat à la fois similaire et très différent puisque cette fois, si la créature échappe à son créateur (ce qu’elle faisait aussi d’une certaine manière dans “Les questions que l’on pose”), elle finit en revanche par passer d’elle-même à l’action, pour un résultat marquant. Simple mais efficace, je lui préfère toutefois l’autre texte de l’autrice, plus proche de nous, plus réaliste, plus inquiétant.

 

  • Citoyen+

Audrey Pleynet aurait pu s’appeler Jean Baret ! 😀 En effet, à la lecture de “Citoyen+”, difficile de ne pas penser à la fois à “Bonheur™pour la société poussant à la consommation continue et à “Vie™ pour l’omniprésence des réseaux sociaux et des algorithmes régissant la vie de ceux qui acceptent de devenir des “citoyens+”. Certes, le propos n’est ni aussi outrancier que celui de Jean Baret, ni aussi drôle, pour un résultat donc en deça de celui de l’avocat culturiste, mais comparer un nouvelle de 15 pages et deux romans de 300, ça n’est pas non plus très honnête.

Rendons donc à Audrey Pleynet les honneurs d’avoir écrit ici une nouvelle finalement assez “synthétique” sur le sujet de la société de consomation et ses dérives numériques, avec ces “citoyens+” qui pensent être libres de mener la vie qu’ils souhaitent (et qu’ils croient aimer), surtout quand elle semble être particulièrement contestataire. La réalité, et la chute du texte, est à ce titre particulièrement déprimante. Encore un texte qui, sans être follement original, est bien écrit, avec une narration simple mais prenante, et qui touche au but.

 

Pas mal de belles choses donc dans ce recueil, malgré quelques achoppements que l’on qualifiera de défauts (qui sont d’ailleurs relativement mineurs) de jeunesse. Audrey Pleynet a un vrai talent pour produire des textes simples et clairs, qui n’en font pas des caisses mais qui sont toujours limpides sur le plan de la narration, présentant efficacement leur contexte (varié qui plus est) avant d’aller étudier de plus près des thématiques très actuelles (et très SF) et/ou universelles.

Après un tel recueil (autoédité) et quelques nouvelles disséminées dans différentes anthologies, on attend maintenant qu’un éditeur s’intéresse à l’autrice en mettant son nom en gros en haut de la couverture d’un livre disponible en librairie. Parce qu’à l’évidence il y a du potentiel. Et aussi parce qu’elle vit dans une ville où j’ai passé nombre d’étés dans la maison de mes grands parents. Mais ça c’est plus personnel… 😀

 

Lire aussi les avis de Xapur, Yogo, Feyd Rautha, Brize.

Critique écrite dans le cadre du challenge “Summer Star Wars épisode IX” de Lhisbei (pour la nouvelle “Les reines de Cyanira”).

 

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Les menhirs de glace, de Kim Stanley Robinson https://www.lorhkan.com/2020/07/24/les-menhirs-de-glace-de-kim-stanley-robinson/ https://www.lorhkan.com/2020/07/24/les-menhirs-de-glace-de-kim-stanley-robinson/#comments Fri, 24 Jul 2020 06:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12425 Depuis “Aurora”, Kim Stanley Robinson ne me fait plus peur. Enfin… la fameuse “Trilogie martienne” reste un tel monument que bon, sa lecture n’est pas encore à l’ordre du jour. En revanche, “Les menhirs de glace”, l’un de ses premiers romans, publié en 1984, oui. Et comme il est parfois...

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Depuis “Aurora”, Kim Stanley Robinson ne me fait plus peur. Enfin… la fameuse “Trilogie martienne” reste un tel monument que bon, sa lecture n’est pas encore à l’ordre du jour. En revanche, “Les menhirs de glace”, l’un de ses premiers romans, publié en 1984, oui. Et comme il est parfois considéré comme une sorte de roman annonçant cette trilogie, qui sait, un jour…

 

Quatrième de couverture :

Les progrès de la médecine ont donné à l’humanité une espérance de vie moyenne de six cents ans, qui sera sans doute bientôt prolongée jusqu’à mille. Mais la mémoire n’a pas suivi : n’y subsistent que les souvenirs les plus récents, ceux qui couvrent l’étendue d’une durée de vie jadis «normale».
Dans ces conditions, que devient l’histoire, lorsqu’elle est écrite par des gens qui l’ont à la fois vécue et oubliée ? C’est l’énigme que pose la découverte, sur Pluton, d’un mystérieux monument : un cercle de gigantesques blocs de glace. Scintillant dans la pâle lueur du lointain soleil, «Icehenge» défie toutes les explications. Quel rapport cette construction entretient-elle avec la révolte qui, jadis, a enflammé les colonies martiennes ? Qui en est le constructeur et pourquoi l’histoire officielle n’en montre-t-elle nulle trace ?
Par l’auteur de la grandiose Trilogie martienne, une splendide réflexion sur l’histoire et la mémoire, une vaste fresque couvrant cinq cents années du futur de l’humanité.

 

Mémoire et Histoire entremêlées

“Les menhirs de glace” est un fix-up dont l’histoire éditoriale pourrait faire penser à quelque chose d’assez artificiel. Il est en effet divisé en trois parties bien distinctes, éloignées dans le temps, dont la première et la troisième sont parues dans des revues en tant que novellas, respectivement en 1982 et 1980, avant que Kim Stanley Robinson ne les retravaille (surtout la troisième partie) pour les intégrer dans un récit plus “grand” et en faire le roman ici présent. Et finalement, même si les ruptures se sentent bien puisque les personnages et les époques changent entre chaque récit, il y a bel et bien un lien entre eux qui permet de d’approcher différentes thématiques sur un temps long, ce qui ne manque pas d’intérêt vu les dites thématiques.

Car il en effet question notamment d’Histoire et de mémoire, la division en trois récits distincts entretenant volontairement une certaine confusion liée à la véracité historique (avec toutes les questions attenantes : qui écrit l’Histoire ? Qui détient la vérité ? Peut-on manipuler des faits historiques ? Dans quel but ? Politique ? Idéologique ? Etc…) quant à l’objet qui fait le titre du roman, à savoir ces dizaines de blocs de glace dressés autour du pole nord de Pluton (et qui donne aussi le titre VO de bien plus belle manière : “Icehenge”), alors que la technologie permet à l’humanité de vivre plusieurs siècles mais sans garantir que la mémoire puisse suivre une si longue période…

Mais avant d’en arriver à ces monolithes, la première partie située en 2248 nous narre les évènements vécus par Emma Weil, spécialiste en systèmes de survie, qui se retrouve mêlée à une mutinerie de plusieurs vaisseaux minéraliers, las de subir le joug du Comité chargé de gérer la planète Mars. On sent déjà l’importance du côté technique et scientifique des choses dans l’insistance de Robinson à nous détailler le délicat équilibre écologique entre gains et pertes dans un environnement fermé comme un vaisseau spatial. les lecteurs de “Aurora” seront familiers de la chose. Le but des mutins est tout simplement d’aller coloniser une planète extrasolaire, il faut pour cela modifier les systèmes de survie pour permettre un voyage très long pour lequel ils n’ont jamais été prévus. D’où l’intérêt des révoltés pour Emma Weil.

La deuxième partie du roman se déroule 300 ans plus tard, sur une planète Mars qui a vécu la guerre. Certains historiens et archéologues tentent, avec l’accord du Comité, d’explorer les ruines de cette guerre qui a failli voir une rébellion réussir à renverser le gouvernement. Une rébellion qui, au passage, n’a pas hésité à faire des milliers de victimes en détruisant les dômes protégeant certaines cités. Pourtant, le doute s’installe quand l’archéologue Hjalmar Nederland met au jour certaines traces aptes à remettre en cause la version officielle, notamment le journal personnel d’Emma Weil… C’est à cette époque que sont découverts les menhirs de glace, sans qu’aucune trace historique de cette construction n’existe nulle part…

Enfin, 150 ans plus tard, la dernière partie du récit nous place au coeur d’une expédition vers ces menhirs pour tenter d’enfin élucider le mystère qui les entoure. Edmond Doya, petit fils de Hjalmar Nederland, pense surtout à une vaste falsification, aussi bien en ce qui concerne les menhirs de glace que le journal d’Emma, l’un comme l’autre semblant liés à une même machination historique. Mais où se situe la vérité ?

Comme je le disais plus haut, les première et troisième parie sont parues indépendamment en tant que novella. On ne sera donc pas étonné de constater qu’elles sont les meilleures parties du récit. La deuxième, servant de lien entre elles, tout en ayant une grande importance sur l’approche de la vérité avec une intéressante réflexion sur l’Histoire, qui écrit l’Histoire et comment il est possible de la récupérer à son profit (avec démonstration à la clé), étant quant à elle un peu longue et pas toujours passionnante, malgré une intense expédition dans le désert martien… Dommage car les deux autres morceaux sont quant à eux tout à fait réussis.

On obtient donc un roman un peu bancal, au propos très prenant mais qui souffre tout de même un peu de cette structure pas totalement idéale. Par ailleurs, pour mener sont récit, Kim Stanley Robinson s’appuie à une ou deux reprises sur des deus ex machina un peu trop évidents. On pardonnera à l’auteur sa jeunesse au moment de l’écriture (à peine 30 ans).

Ceci dit, ce constat mitigé ne doit pas masquer les thématiques importantes sur la manipulation de l’Histoire et des faits pour orienter une vérité qui porte bien mal son nom, ou bien la difficile objectivité de la mémoire, toujours capable de jouer des tours même au plus honnête des hommes, surtout quand le temps passe. Des approches toujours très modernes à notre époque troublée par les fake news et autres petits arrangements avec l’Histoire… A ce titre, les menhirs de glace du roman font office de rappel salvateur.

Dommage donc que Robinson n’ait pas un peu plus soigné le rythme un peu trop indolent de son récit (on sera d’ailleurs saisi par la conclusion très rapide, notamment la solution au mystère des menhirs, comparativement à la longueur de certains passages plus rébarbatifs), alors qu’il avait toutes les cartes en main pour en faire quelque chose de marquant. Ce qu’il est, d’une certaine manière, malgré tout parvenu à faire ici, en produisant le germes de ce qui deviendra plus tard “La trilogie martienne”. Qu’il va bien falloir que je lise un jour…

 

Lire aussi les avis de Culture SF, Manu B., Critiques libres.

Critique écrite dans le cadre du challenge “Summer Star Wars épisode IX” de Lhisbei.

 

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Zapping VOD, épisode 54 https://www.lorhkan.com/2020/07/20/zapping-vod-episode-54/ https://www.lorhkan.com/2020/07/20/zapping-vod-episode-54/#comments Mon, 20 Jul 2020 06:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12413 Remise à niveau sur la saga “Alien” et deux films d’arts martiaux (il faut croire que “La guerre du pavot” m’a donné quelques envies), voici le programme du jour. Un grand écart stylistique donc, à l’image de ce que savent faire physiquement les virtuoses des arts martiaux asiatiques.   Alien...

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Remise à niveau sur la saga “Alien” et deux films d’arts martiaux (il faut croire que “La guerre du pavot” m’a donné quelques envies), voici le programme du jour. Un grand écart stylistique donc, à l’image de ce que savent faire physiquement les virtuoses des arts martiaux asiatiques.

 

Alien Covenant, de Ridley Scott

Vous vous souvenez de “Prometheus” ? Film que je n’arrive pas à ne pas aimer malgré ses scientifiques complètement stupides et son scénario rempli d’incohérences ? Hé bien “Covenant” est la suite. Première déception : moi qui m’attendais à ce que le film reprenne directement là où “Prometheus” s’était arrêté, on s’aperçoit vite que de nouveaux changements de direction sont intervenus. Je m’imaginais aller sur la planète des Ingénieurs, les rencontrer, comprendre toutes les implications de ce qu’on a entraperçu dans “Prometheus”… Las, Elizabeth Shaw (le personnage joué par Noomi Rapace dans “Prometheus”) est morte entre les deux films, et l’androïde David a fait quelques expérimentations qui font qu’on oublie vite les Ingénieurs. Dommage.

Reste l’alien, et la mythologie qui l’entoure. Fallait-il à tout prix donner une explication de l’origine des xénomorphes ? Le fan de background et de worldbuilding en moi crie oui, sauf qu’ici ça se perd en considérations pas forcément très intéressantes ni totalement satisfaisantes (ni parfaitement claires d’ailleurs, histoire de pousser vers un prochain film).

Reste un film sympathique, une nouvelle fois esthétiquement réussi (sans atteindre le niveau de “Prometheus”), mais qui peine à faire peur et qui montre que la saga “Alien” n’a jamais été aussi bonne que quand elle mettait en scène un jeu du chat et de la souris. Quand elle prend le virage du film d’action-SF moins surprenant, ronronnant un peu sur ses acquis, elle montre qu’en laissant de côté l’essence de ce qui faisait sa puissance, elle y perd grandement en substance. Car oui, “Covenant” est un bon petit film du dimanche soir…

 

Ip Man, de Wilson Yip

Envie d’un film récent d’arts martiaux sans tomber dans les festivals aériens remplis de câbles invisibles et complètement over-the-top ? “Ip Man”, sorti en 2008, est le film idéal !

Ip Man (ou Yip Man) est un grand maître chinois d’art martial et qui, fut, entre autres, le maître de Bruce Lee. Ce film est donc une sorte de biopic très (très très TRÈS !) romancé et, contrairement au “The Grandmaster” de Wong Kar-wai, met clairement l’accent sur les arts martiaux. Des arts martiaux qui se veulent réalistes (dans une certaine limite), donc au corps à corps et ancrés au sol. Les chorégraphies restent malgré tout très réussies et ce côté réaliste ajoute finalement au spectaculaire, apportant une tension certaine. Tension qui malheureusement à tendance à ne pas atteindre les niveaux qu’on aimerait qu’elle atteigne, la faute au personnage de Ip Man lui-même qui n’affronte pas vraiment d’adversaire de son niveau, même lors du combat final une nouvelle fois très réussi mais assez court et sans grande adversité.

Mais le film va plus loin, puisqu’après une première partie un peu longuette et sans grands enjeux ni réelle intrigue, il bascule ensuite dans la guerre avec l’invasion de la Chine par le Japon. Le ton change, les images aussi, ne manquant pas de montrer l’horreur de la guerre et le terrible impact qu’elle a sur les populations, riches comme pauvres, tout le monde se retrouvant au même niveau, avec le simple but de tenter de survivre. Bien évidemment, c’est aussi une manière de montrer la grandeur de la Chine et de son peuple, capable d’endurer le martyr et de garder sa fierté et sa force, même si certains sombrent dans la collaboration et survivent grâce à l’oppression de leurs concitoyens (mais la rédemption est au bout du chemin…).

Ip Man (le personnage) prend donc des airs de héros national combattant le joug des envahisseurs et “Ip Man” (le film) tente d’orienter le “roman national” chinois. Nationaliste donc, oui bien sûr, mais pas dénué de qualités, qu’elles soient sur la forme ou sur le fond, même si ce dernier est politiquement orienté.

Côté acteurs, malgré un côté surjoué parfois agaçant des personnages secondaires, le boulot est fait correctement et Donnie Yen surnage très clairement, dans les chorégraphies martiales bien sûr, mais aussi dans les émotions. Il est certes tout en retenue (l’humilité, le calme et la discrétion sont ce qui caractérise le mieux Ip Man), mais il parvient à faire passer l’essentiel, juste avec un regard ou une expression de visage.

Jolie réussite donc pour les amateurs du genre, amplifiée par le beau travail de Kenji Kawai à la musique, qui m’a mené à presque tout de suite enchaîner avec le film suivant.

 

Ip Man 2, de Wilson Yip

Une suite donc, sortie deux ans après, en 2010. Mieux que le premier ? Pas sûr, mais pas vraiment moins bien non plus. Juste différent, mais pas tant que ça en fait… 😀 “Ip Man 2” tente en effet de faire plus que le premier mais en à peu près pareil. Bon allez, je détaille un peu ! 😀 Il y a dans ce “Ip Man 2” plus de chorégraphies spectaculaires, plus de variété dans les affrontements, etc… Cela mène à tomber dans ce que le premier film avait évité de par sa volonté de rester du côté d’un certain réalisme. Et donc, ici, place à quelques affrontements un peu “extrêmes” comme dans la poissonnerie à deux contre quelques dizaines, à coups de palettes de bois et de bacs en plastique contre des types armés de machettes. Mouais. Le combat d’Ip Man contre les maîtres des autres écoles de Hong-Kong est aussi sur le fil du rasoir avec cette table branlante de laquelle il ne faut pas tomber. Ceci dit, côté chorégraphies des combats, il n’y a pas grand chose à redire.

Pour ce qui est de sa structure et de son intrigue, ce film-ci ne prend en revanche aucun risque et reste même sur une trame finalement très identique au premier “Ip Man” avec la fierté chinoise forcée de s’exprimer pour défendre ses valeurs face à un oppresseur étranger (ici les Anglais à Hong-Kong). Rien de neuf sous le soleil donc, et pour la subtilité du message, on repassera.

En revanche, soyons honnête, on regarde un film d’arts martiaux pour les combats principalement, et même si l’aspect spectaculaire des premiers combats m’a moins enthousiasmé que dans le premier “Ip Man”, dès lors qu’entre en scène le boxeur anglais (joué de manière très caricaturale par Darren Shahlavi, mais c’est ce qu’on lui demande) le niveau monte singulièrement. Contre le rival d’Ip Man tout d’abord, puis contre Ip Man lui-même, ce dernier combat étant une merveille du genre et qui a le bon goût de pallier le défaut du premier film puisque le boxeur anglais va donner du sacré fil à retordre au maître chinois. Et cette fois, même si on se doute de l’issue du combat, la tension est là, ça fonctionne parfaitement.

Pour le reste, c’est toujours un peu surjoué (sauf Donnie Yen, encore une fois très bon), c’est toujours très nationaliste, mais ça se regarde incontestablement avec plaisir (pour qui aime ce genre de films), le film étant de plus toujours porté par la belle partition de Kenji Kawai. Le côté biographie de Ip Man est toujours ultra approximatif (le combat contre le boxeur n’a jamais existé, alors que c’est le sommet vers lequel tend tout le film…) mais on voit l’arrivée d’un de ses disciples qui est ensuite devenu un grand maître très respecté (Wong Leung Sheung) puis en toute fin, un tout jeune Bruce Lee. Allez, “Ip Man 3” est pour bientôt…

 

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La guerre du pavot, de R.F. Kuang https://www.lorhkan.com/2020/07/16/la-guerre-du-pavot-de-r-f-kuang/ https://www.lorhkan.com/2020/07/16/la-guerre-du-pavot-de-r-f-kuang/#comments Thu, 16 Jul 2020 06:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12430 Auréolé d’une belle réputation aux Etats-Unis, voilà que débarque en France, chez Actes Sud, “La guerre du pavot” de l’autrice sino-américaine Rebecca F. Kuang. Transposition fantasy d’une partie de l’histoire de la Chine, le roman va-t-il au delà d’un nouveau récit nationaliste célébrant la grandeur et la force du peuple...

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Auréolé d’une belle réputation aux Etats-Unis, voilà que débarque en France, chez Actes Sud, “La guerre du pavot” de l’autrice sino-américaine Rebecca F. Kuang. Transposition fantasy d’une partie de l’histoire de la Chine, le roman va-t-il au delà d’un nouveau récit nationaliste célébrant la grandeur et la force du peuple chinois ?

 

Quatrième de couverture :

Deux pays s’affrontent depuis des siècles : l’immense empire de Nikara et une petite île voisine, Mugen. Jeune orpheline, Rin décide de tout faire pour échapper au mariage qu’ont arrangé ses parents adoptifs. Aidée d’un bibliothécaire qui s’est pris d’affection pour elle, elle se met à étudier en vue du concours Keju, qui ouvre aux enfants les plus brillants du pays accès à l’académie militaire de Sinegard, chargée de former les futures élites de l’Empire. Sous l’égide d’un vieux maître fantasque et mystérieux, elle s’éveille peu à peu aux pouvoirs chamaniques qui sont les siens, mais quand la guerre larvée éclate de nouveau, sous les coups de boutoir de Mugen, l’Académie est dissoute et ses membres affectés à l’une des douze divisions des Douze Provinces qui composent l’Empire. Rin rejoint les sicaires de l’Impératrice…

Mi-roman de formation évoquant les meilleures pages de Harry Potter, mi-épopée grimdark de fantasy militaire, le premier roman de R. F. Kuang, salué par la critique, détonne par son originalité.

 

L’apprentissage de la guerre

Vous voulez des arts martiaux (un peu), de la formation en école militaire (beaucoup), de la guerre (beaucoup également), avec de nombreuses références à l’histoire de nos civilisations (la Chine surtout, et notamment la guerre sino-japonaise, cela parsème le récit), le tout enrobé dans un monde fantasy très inspiré par l’Asie ? “La guerre du pavot” est fait pour vous. Très classique dans l’intrigue mais doté d’un ton résolument sombre, surtout en deuxième partie de récit, le roman joue avec les tropes de la fantasy et l’Histoire de la Chine, pour nous offrir un récit que l’on pourrait trouver outrageusement déjà vu, mais qui ne manque pourtant pas d’atouts pour séduire.

Débutant comme de nombreux romans de formation, le texte nous présente Fang Runin, surnommée Rin, jeune orpheline de guerre recueillie par une famille d’adoption qui voit plus en elle un larbin leur permettant de gérer leur petit trafic d’opium qu’une enfant à aimer. Rin est malheureuse, mais Rin à de l’ambition. Et puisqu’elle est douée, elle va tenter l’impossible : s’inscrire au concours Keju, à l’issue duquel seuls les plus méritants sont sélectionnés pour intégrer les grandes administrations ou les académies militaires du pays. N’ayant pas d’argent pour s’assurer une formation en cas de réussite au concours, elle vise rien de moins que l’élite : l’académie militaire de Sinegard, dont le cursus est gratuit mais qui ne sélectionne que le top du top du classement Keju. La suite, vous la connaissez : elle va réussir et intégrer l’académie. Fin du chapitre 1.

S’en suit un pur roman de formation : rencontre avec ses camarades, l’un d’entre eux, riche garçon issue de l’aristocratie (comme 99,9% de ses camarades), considère qu’elle n’a rien à faire ici et va lui faire savoir, même chose pour l’un de ses professeurs, puis Rin va se prendre de curiosité voire d’affection pour un autre et très étrange professeur qui pourrait cacher bien des choses et lui faire découvrir un monde insoupçonné (allant au delà des arts martiaux, même si tout débute par leur étude et leur philosophie, axée sur la défense et la méditation avant tout, sans toutefois oublier le combat, avec différents styles, différentes origines, etc…) et sur le point de disparaître, elle aura également un ami fidèle parmi les élèves, etc… Plein de découvertes et d’embûches donc pour notre jeune héroïne, dans un parcours ultra classique et balisé et… foutrement bien mené ! Cette partie dure pourtant un certain temps (pas loin de la moitié du roman), mais le récit est sans cesse relancé, il n’y a pas de temps mort, c’est vif et enlevé, bref, c’est du déjà vu mais du déjà vu bien fait, et donc ça fonctionne très bien.

Puis vient la guerre. Et là, les choses changent. Le contexte bien sûr, les personnages se retrouvent disséminés dans un conflit dont l’issue semble bien inquiétante devant l’avancée et la préparation des troupes ennemies… Le ton du roman prend aussi une tournure beaucoup plus sombre. Non pas qu’auparavant on nageait dans la joie et l’allégresse au vu des difficultés rencontrées par Rin, mais disons qu’ici l’ambiance se fait beaucoup plus désespérée à mesure que les évènements se précipitent.

Revenons un instant sur le contexte d’ailleurs. Rin appartient à l’immense Empire de Nikara, constitué de plusieurs provinces plus ou moins rivales aux noms qui résonnent très “astrologie chinoise” (les provinces du Singe, du Chien, du Coq, du Rat…). Son voisin belliqueux, un archipel en forme d’arc, la Fédération de Mugen, ne dispose depuis la dernière guerre avec Nikara (que l’Empire n’a “gagné” que grâce à l’intervention d’un tiers, les Hespériens, alertés par le génocide perpétré par Mugen sur l’île de Spir) que de quelques comptoirs dans le nord de l’Empire. Mais son ambition reste intacte… A partir de là, vous devez à peu près avoir cerné les références historiques : Nikara = Chine, Mugen = Japon, Hespériens = USA, dans les grandes lignes. Des évènements relatés dans le texte peuvent de même être directement rattachés à l’Histoire : le massacre de Spir lors de la première guerre du Pavot = le massacre de Port-Arthur par exemple. D’ailleurs, de manière simple, guerre du pavot = guerre sino-japonaise, première comme deuxième. Des exemples de ce type, il y en a plein le roman (et je n’en dévoilerai pas plus, pour ne rien spoiler), qu’ils soient historiques, géographiques, culturels (un texte sur l’art de la guerre écrit par un certain Sunzi, vous voyez le genre ?) ou autres… De quoi s’amuser à faire quelques recherches pour y voir les parallèles (dont on pourra éventuellement trouver la transposition fantasy un peu paresseuse, trop calquée sur les faits réels), de quoi s’apercevoir également que sur ce point le roman manque singulièrement de subtilité (le manichéisme géopolitique est flagrant), voire, si on tente une lecture politique du récit, frôle l’orientation politique dans la plus pure tradition des romans élevant la grandeur de la Chine au-dessus de toute autre nation. Le texte a donc un fond très référencé, sur lequel je laisserai chacun se faire son avis.

Sur un plan plus littéraire, si on ne se relèvera pas en pleine nuit pour admirer le style de l’écriture, on reconnaîtra en revanche une maîtrise certaine de la narration, qui sait miser sur l’action quand il le faut (en passant parfois par des scènes très impressionnantes), puis sur les sentiments des personnages (surtout Rin à vrai dire, elle reste au coeur du texte à chaque instant, ne laissant que bien peu de place aux autres protagonistes) pour calmer un peu le rythme. Cela passe certes par un petit ventre mou à la fin du deuxième tiers du récit, mais rien de très grave.

D’autant que là encore, dès qu’une baisse de rythme se fait sentir, Rebecca F. Kuang n’hésite pas à rebattre les cartes, en changeant de lieu de manière inattendue par exemple. Ou bien, même si elle avait déjà montré les horreurs de la guerre dans ce qu’elle implique de combats, de douleur et d’impact sur les civils (morts ou déplacés), en n’hésitant à montrer frontalement l’horreur absolue devant un lecteur forcément assommé par tant d’abominations. Oui, il faut parfois avoir le coeur bien accroché, et ne pas craindre de lire des descriptions très évocatrices d’un des plus grands massacres de la deuxième guerre sino-japonaise du pavot (c’est de toi que je parle, chapitre 21, et tes 20 pages d’une absolue noirceur), ou bien les agissements d’une unité supposément “scientifique” (donc axée, puisque nous sommes dans un monde de fantasy, sur l’étude de certains pouvoirs magiques, quelle que soit la méthode…) dont Ken Liu avait déjà parlé dans un de ses chefs d’oeuvre. Et on passe donc d’un roman de formation avec un personnage adolescent à un récit de guerre qui n’édulcore en rien les horreurs d’une telle période. Une énorme rupture de ton donc, qu’il faut accompagner d’un message explicite : âmes sensibles s’abstenir…

Et au milieu de tout ça, il y a Rin. Rin qui n’est pas là pour rien bien sûr, elle qui va démontrer que d’une part elle est très capable mais qu’en plus elle porte en elle la possibilité d’atteindre des pouvoirs proprement divins. Dès lors se pose la question de savoir quoi faire de tels pouvoirs. Comment en finir avec cette guerre ? La fin justifie-t-elle les moyens ? La vengeance peut-elle être une motivation ? Jusqu’où aller ? Un parallèle à nouveau évident avec la Seconde Guerre Mondiale et les justifications des bombardements atomiques. Rin ne sera pas la seule confrontée à ces questions, mais c’est elle qui devra prendre l’ultime décision avec, peut-être les inévitables conséquences qui en découleraient… Un personnage intéressant donc, pour laquelle R.F. Kuang n’a pas choisi la facilité. Tout n’est pas cousu de fil blanc dans son destin et surtout dans ses décisions, malgré un début de récit que l’on voit venir à des kilomètres. Et Rin s’avère être, un peu contre toute attente je dois dire dans un tel récit, un personnage qui prend un chemin bien sombre et dont le statut d’héroïne n’est pas d’une absolue évidence, loin s’en faut.

“La guerre du pavot” s’avère donc être un roman réussi, proposant de nombreux attraits et quelques jolies surprises au lecteur. Nerveux et rythmé, très référencé (peut-être même un peu trop ouvertement et manquant de subtilité dans le propos), ne prenant pas de gants avec ce qu’il dit de la guerre (encore une fois, j’insiste, certains passages sont VRAIMENT durs, et je ne suis pourtant pas le plus impressionnable en la matière), c’est une lecture tout à fait recommandable pour qui souhaiterait s’aventurer dans une fantasy à la fois classique dans son déroulé et différent dans son contexte de ce qu’on a l’habitude de lire dans le genre. Une dernière chose toutefois : il s’agit bien ici du premier tome d’une trilogie, chose qui n’est mentionné absolument NULLE PART dans le roman, une bien mauvaise habitude que prennent de plus en plus d’éditeurs…

 

Lire aussi les avis de Gromovar, Little.

 

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[TAG] Les incontournables (récents) en SFFF https://www.lorhkan.com/2020/07/12/tag-les-incontournables-recents-en-sfff/ https://www.lorhkan.com/2020/07/12/tag-les-incontournables-recents-en-sfff/#comments Sun, 12 Jul 2020 14:51:19 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12408 S’il est une chose énervante dès lors que les médias généralistes s’intéressent aux littératures de l’imaginaire et se mettent à conseiller des ouvrages, c’est de voir resurgir systématiquement ou presque les mêmes textes, bien souvent issus de années 50-60-70-80 mais n’allant guère au delà. Comme si ces littératures n’avaient rien...

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S’il est une chose énervante dès lors que les médias généralistes s’intéressent aux littératures de l’imaginaire et se mettent à conseiller des ouvrages, c’est de voir resurgir systématiquement ou presque les mêmes textes, bien souvent issus de années 50-60-70-80 mais n’allant guère au delà. Comme si ces littératures n’avaient rien produit d’intéressant depuis. C’est bien sûr faux, nous le savons tous, nous les amateurs de SFFF. Et si on peut accepter le fait qu’acquérir le statut de “classique” prend du temps, toujours mettre en avant les mêmes oeuvres relève de l’aveuglement littéraire, d’autant que durant toutes ces années la société a changé, et les littératures de l’imaginaire ont accompagné ce changement, dans les thèmes abordés comme dans la façon de le faire.

Partant de ce constat, Vert a eu la très bonne idée de lancer le tag “Les incontournables (récents) en SFFF” auprès des 10 blogs les plus prescripteurs de la blogosphère de l’imaginaire au sens large. Accompagné d’un logo réalisé par Anne-Laure du blog Chut… maman lit !, il s’agit, de manière forcément très subjective et sans thématique particulière, de choisir entre 5 et 10 titres de SFFF (science-fiction, fantasy, fantastique) que l’on considère comme étant des incontournables récents, le terme récent signifiant publié à partir de l’an 2000.

 

 

Un exercice pas si facile que ça finalement, d’autant qu’on s’aperçoit rapidement (en tout cas ce fut le cas pour moi) qu’un certain nombre des oeuvres que l’on juge cultes (lisez “Kirinyaga” !) date d’avant cette période à la fois large et restrictive. Mais en cherchant un peu, on trouve vite de quoi faire une petite sélection, avec de très très bon ouvrages.

Alors c’est parti ! Je précise tout de suite qu’il ne s’agit pas ici d’un classement, mais d’une sélection “globale”. Tous les textes présentés ici méritent d’être lus, sans en mettre un plus en avant qu’un autre.

 

  • Le fleuve céleste – Guy Gavriel Kay (2013)

Guy Gavriel Kay est un auteur qui s’est “spécialisé” dans la fantasy historique, c’est à dire très inspirée de fait réel mais qu’il replace dans un monde imaginaire. Toujours très documenté, l’auteur canadien a un talent fou pour dépeindre des personnages touchants, profonds et crédibles. “Le fleuve céleste” ne fait pas exception à la règle en reprenant certains évènements majeurs de la dynastie des Song en Chine, des évènements dans lesquels de somptueux personnages dramatiques surnagent.

Mon avis détaillé.

 

  • Le fleuve des dieux – Ian McDonald (2004)

Roman total (et fleuve, haha !), “Le fleuve des dieux” s’intéresse, à travers le portrait qu’il dépeint d’une Inde du futur, à l’avenir de l’humanité en brassant de nombreuses thématiques qui font l’essence même de la SF (intelligence artificielle, espace, cyberpunk, post-humanisme, etc…). Certes un peu long et lent au début, il finit pourtant par développer une ampleur et une ambition rares. Une somme dans le genre.

Mon avis détaillé.

 

  • Lumières noires – N.K. Jemisin (2018)

Il y a tout dans ce recueil de nouvelles : de la science-fiction, du fantastique, de la fantasy. Le tout écrit avec un grand sens du récit, un goût prononcé pour l’aventure et des revendications très claires, relatives à des problèmes de société très actuels. Le discours est limpide mais jamais N.K. Jemisin n’oublie qu’elle écrit de la fiction et non des essais. Toujours inventif, “Lumières noires” est un recueil modèle, un sans faute.

Mon avis détaillé.

 

  • L’homme qui mit fin à l’histoire – Ken Liu (2011)

Ken Liu est une des stars des littératures de l’imaginaire contemporaines. Auréolé de nombreux prix, découvreur de talents, traducteur, il n’a déjà plus rien à prouver. “L’homme qui mit fin à l’histoire” est assez typique de la “méthode” Ken Liu : présenter les faits, de manière détachée (accentué ici puisque le texte prend la forme d’un documentaire) mais sans perdre de vue l’émotion, et sans prendre parti à la place du lecteur, laissant celui-ci faire son cheminement de pensée devant ce qu’expose l’auteur. Ce récit est une merveille, abordant de multiples thématiques en quelques pages (une centaine). Court mais profond, c’est un texte qui dépasse très largement les frontières de la science-fiction. Essentiel.

Mon avis détaillé.

 

  • Les enfermés – John Scalzi (2014)

John Scalzi écrit des romans faciles d’accès mais qu’on aurait tort de prendre de haut car sous leur apparente légèreté se cachent en fait des récits très intelligents qui abordent des problématiques de manière très pertinente. “Les enfermés” entre dans cette catégorie puisque cette enquête policière a priori classique soulève en fait des questionnements éthiques, juridiques, sociétaux en somme, sur certaines avancées technologiques. C’est extrêmement bien pensé et très cohérent. Abordant de plus la question du handicap, de la différence et de l’intégration au sein de la société, avec une jolie finesse sur la question du genre, ce roman est une superbe réussite.

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  • Anatèm – Neil Stephenson (2008)

Enorme récit s’étalant en version française sur deux tomes, “Anatèm” est une sorte de relecture des sciences, de l’histoire des sciences, de la philosophie des sciences, sur un autre monde et dans une autre société que la nôtre. Extrêmement érudit sans être pompeux, drôle par moments, le roman de Neil Stephenson, longtemps considéré comme intraduisible (et de fait pas simple à aborder au début pour le lecteur, même s’il faut louer la qualité de la traduction de Jacques Collin) est appelé à faire date.

Mon avis détaillé : tome 1tome 2.

 

  • Mes vrais enfants – Jo Walton (2014)

Uchronie personnelle (puis un peu plus que cela), relatant deux trajectoires parallèles d’une seule et même femme, illustration du basculement d’un destin suite à un “petit” (ou pas…) évènement et mettant en balance le bien commun face au bien personnel, “Mes vrais enfants” est un récit touchant, moderne, féministe. S’adressant bien au-delà du seul public de la science-fiction, il mérite d’être lu et connu du plus grand nombre.

Mon avis détaillé.

 

  • Infinités – Vandana Singh (2008)

Recueil injustement méconnu, “Infinités” nous parle de l’Inde et de la place de la femme dans cette société encore très marquée par les castes. Apparaissant souvent à la marge, la science-fiction est pourtant un moyen ici de dénoncer les biais et les injustices vécues par les femmes indiennes, qu’il est parfois tout à fait possible de transposer à plus grande échelle. Avec une grande sensibilité, tout en douceur, Vandana Singh laisse une trace et interroge le lecteur. Brillant.

Mon avis détaillé.

 

  • Aurora – Kim Stanley Robinson (2015)

Les romans de conquête spatiale (vers une autre étoile) à l’aide de vaisseaux générationnels sont nombreux en SF. “Aurora” est un peu le texte ultime sur le sujet, reprenant peu ou prou tout ce qui “fait” ce genre de romans : vaisseau générationnel donc, avec un focus particulier sur l’aspect technique de la chose, installation sur une autre planète, désaccords sur l’orientation de la mission, conflits sociaux et politiques en vase clos,  vertigineuse navigation gravitationnelle, le tout sur un temps long… Sera-t-il possible de faire mieux et plus complet que “Aurora” sur ce sujet ?

Mon avis détaillé.

 

  • BonheurTM / VieTM, de Jean Baret (2018 / 2019)

Il fallait bien que je triche à un moment ou à un autre… Il est en effet bien difficile de départager les deux romans de Jean Baret, certes indépendants mais faisant partie d’un trilogie thématique sur l’avenir de notre société, le premier, “BonheurTM” s’intéressant à la société de consommation, le deuxième, “VieTM”, à nos vies régies par des algorithmes. Les deux romans sont frappants, violents, grinçants, drôles aussi. Poussant tous les curseurs à l’extrême, ils sont surtout très justes. Deux beaux uppercuts.

Mon avis détaillé sur “BonheurTM” et sur “VieTM”.

 

Le choix fut difficile, il faut bien le dire, et il a fallu trancher. Parmi les oeuvres restées bloquées dans “l’antichambre” de la sélection, on trouve :

Maintenant, à vous de jouer !

 

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Recueil paru aux éditions Scylla, inédit en français et regroupant des nouvelles liée à un même lieu, à savoir la ville imaginaire de Sturkeyville, “Bienvenue à Sturkeyville” permet au lectorat français de faire la connaissance avec la plume de Bob Leman, auteur américain quasi inconnu (seulement quinze nouvelles parues) et décédé en 2006. Voilà qui est incongru. Incongru mais particulièrement… bienvenu justement car la qualité, sur le fond comme sur la forme, est au rendez-vous.

 

Quatrième de couverture :

Y en n’a pas !

 

Si Lovecraft avait habité à Twin Peaks…

Voila ce que j’appelle un beau financement participatif. Une petite maison d’édition avec peu de moyens, un auteur inconnu ou presque, l’équation semble au départ un peu complexe à résoudre. Et au final le financement participatif (qui a pris fin en avril 2019) a permis d’obtenir ce recueil qui, avant même d’être lu, charme par ses atours. Une belle couverture avec rabats (parfaite illustration de Stéphane Perger,  qui nous amène à Sturkeyville avant même d’en avoir lu une seule ligne), des illustrations intérieures de Arnaud S. Maniak, et quelques fioritures pour parfaire le tout (cartes des lieux proposés dans les nouvelles), rien à dire, ça donne envie d’y plonger.

Côté récits, on trouve dans le recueil six textes, pour un relativement court total de moins de 200 pages. Six textes qui dressent un panorama géographique et temporel de la petite ville de Sturkeyville qui doit autant, vu ce qui s’y passe, à Twin Peaks qu’à Arkham ou Dunwich, et sur un plan littéraire autant à Stephen King qu’à H.P. Lovecraft (à moins que ce ne soit King qui doive beaucoup à Leman et Lovecraft…).

La première nouvelle, “La saison du ver”, donne le ton (sans toutefois atteindre la qualité des suivantes) avec cette famille sous l’emprise psychologique d’un ver géant capable de prendre forme humaine. Étrange et glauque, on entre ici dans l’horreur pure. Vous qui entrez ici, abandonnez toute espérance…

“La quête de Clifford M.” est une variation très originale sur le thème des vampires. Des vampires assez particuliers, ne serait-ce que sur un plan biologique. Écrite comme un compte-rendu documentaire, cette nouvelle qui met l’accent sur l’aspect réalistico-biologique fait écho au “Je suis une légende” de Richard Matheson avec cette volonté de comprendre les vampires et leur particularités. Mais elle n’est pas faite que de ça, et est le premier exemple de ce que Bob Leman fera à plusieurs reprises par la suite (et le fera toujours bien), à savoir une sorte de chronique d’une vie, ici en l’occurrence celle d’un vampire élevé parmi les hommes et qui cherche à retrouver les siens. Ce qu’il découvrira sera loin de l’image qu’il s’en faisait…

La très lovecraftienne (à plus d’un titre) “Les créatures du lac” paie son écot aux illustres prédécesseurs de Bob Leman. On y trouve en effet le lac d’Howard ou le domaine Phillips, dans un texte qui ne manque pas de faire penser au “Cauchemar d’Innsmouth”. Mêlant chroniques familiales, légendes rurales et déchéance d’un homme, c’est une nouvelle fois un excellent texte, poisseux et inquiétant.

L’ombre de Lovecraft plane aussi sur “Odila”, récit rural sur une famille soit disant arriérée et vivant en autarcie, les Selkirk, habitant la campagne de Sturkeyville, tout comme les Whateley, répugnants et consanguins, habitaient les environs de Dunwich dans “L’abomination de Dunwich”. Une famille qui, bien évidemment, cache bien des choses monstrueuses et pas très humaines. C’est glauque là encore, mais c’est à nouveau très efficace, en nous montrant l’horreur qui se cache à l’ombre de la normalité.

Le sommet du recueil est atteint avec “Loob”, récit auquel “Bienvenue à Sturkeyville” doit son existence puisque c’est ce texte qu’un lecteur, un certain Thierry B., aurait voulu voir réédité si on lui en donnait l’occasion. La réception de son mail chez Scylla a enclenché la machine éditoriale. Et il faut bien dire qu’il a raison ce Thierry B. car ce texte est un petit bijou. Avec une structure mettant en parallèle deux uchronies (ou plutôt une réalité et une uchronie sans que l’on sache où se situe le vrai), avec un vaste champ des possibles que vient perturber un évènement illustrant à merveille la théorie du chaos et ses conséquences sur le plan temporel, “Loob” nous montre deux Sturkeyville. L’une conquérante et étincelante, peuplée de citoyens heureux et bien portants, l’autre moribonde, dépeuplée, pauvre et en ruines. Et au milieu de tout ça, il y a Loob, simple d’esprit aux pouvoirs très particuliers, liés au temps et aux réalités parallèles. Dans ce texte somptueux de bout en bout, la plume de Bob Leman fait merveille : précise et légère, élégante et raffinée, elle dissèque Sturkeyville et dévoilant son destin, ou plutôt ses destins, notamment à travers l’histoire de la famille qui possède l’aciérie de la ville. C’est bien simple : tout ici se conjugue à la perfection pour nous donner un texte magistral de bout en bout. Je crois qu’on tient là un chef d’oeuvre, ni plus ni moins.

Le dernier texte, intrinsèquement très bon, pâtit un peu de son passage après “Loob”. Pourtant, “Viens là où mon amour repose et rêve” ne manque pas de qualités dans sa manière de revisiter le thème de la maison hantée avec cette histoire tragique et émouvante où deuil et amour se mêlent étroitement, jusqu’au bout du bout.

Il y a donc bien peu de choses qui déçoivent dans ce recueil, pétri de qualités. Bob Leman, dans un style assez discret, a l’art de décrire des vies, des destins, de superbe manière, tout en retenue mais sans que cela se fasse au détriment de l’émotion. C’est donc toujours beau, précis, cadré, et souvent touchant, et cela doit aussi très certainement beaucoup à l’irréprochable traduction de Nathalie Serval. Sturkeyville, dans ses six récits qui partagent quelques noms propres ici ou là, quelques lieux, quelques bâtiments, à travers différentes époques, en sort grandie et c’est à regret qu’on la quitte, quand bien même elle abrite bien des choses sombres. “Loob” est un tel chef d’oeuvre que passer à côté de ce recueil relève de l’hérésie pure et simple, d’autant plus que le reste est au minimum bon, la plupart du temps excellent. “Bienvenue à Sturkeyville”  : à ne pas rater !

 

Lire aussi les avis de Lune, Gromovar, Lhisbei, Tigger Lilly, Feyd Rautha, Vert, Chut Maman lit, Nebal, Célindanaé, Touchez mon blog, Lutin

 

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Bifrost 98, spécial Van Vogt https://www.lorhkan.com/2020/06/25/bifrost-98-special-van-vogt/ https://www.lorhkan.com/2020/06/25/bifrost-98-special-van-vogt/#comments Thu, 25 Jun 2020 06:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12389 Après le numéro 97, je rattrape le temps perdu et je me remets à jour avec le numéro… 98, oui oui. 😀 Avec un dossier consacré à A.E. Van Vogt, un auteur auquel je ne suis frotté qu’une seule fois et qui ne m’avait pas particulièrement enthousiasmé…   Les rubriques...

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Après le numéro 97, je rattrape le temps perdu et je me remets à jour avec le numéro… 98, oui oui. 😀 Avec un dossier consacré à A.E. Van Vogt, un auteur auquel je ne suis frotté qu’une seule fois et qui ne m’avait pas particulièrement enthousiasmé…

 

Les rubriques habituelles

L’édito de ce numéro est bien évidemment consacré à la crise sanitaire et à ses conséquences sur le monde du livre. Un choc pour beaucoup, peut-être même bien plus que ça pour les moins solides. Les mois qui viennent risquent d’être compliqués…

Le reste des rubriques n’a rien d’inhabituel : un cahier critique bien fourni (m’orientant vers deux ou trois que je n’ai pas (encore) achetées), un Gilles Dumay au ton toujours très franc dans les critiques de revues, une sympathique interview d’Eléonore Calvez de la librairie “Le nuage vert” à Paris, un passionnant (une nouvelle fois…) article “Scientifiction” de Roland Lehoucq qui revient sur “Terre errante” de Liu Cixin et ses bases scientifiques à côté de la plaque (on s’en doutait, c’est confirmé, il n’empêche que j’ai toujours des étoiles dans les yeux quand je repense à cette novella), et quelques news en vrac (notamment la lancement d’une collection chez Au Diable Vauvert et le décès du monument (trop peu traduit en français) Mike Resnick (lisez le chef d’oeuvre “Kirinyaga” ! Lisez le superbe recueil “Sous d’autres soleils” !). A quand un Bifrost spécial Resnick ?).

 

Le dossier A.E. Van Vogt

Quatre grosses parties composent ce dossier. Tout d’abord un long et passionnant article biographique signé Pascal J. Thomas. Clair et documenté, il offre une belle synthèse de la vie et de l’oeuvre de l’auteur canadien. Un auteur assez particulier, qui aura plus qu’un peu penché du côté des pseudo-sciences (sans y sombrer totalement comme John W. Campbell ou L. Ron Hubbard…) et qui s’est régulièrement astreint à des “contraintes” ou des techniques spécifiques pour écrire ses récits. Étonnant.

La deuxième partie du dossier rejoint la première, mais de manière plus personnelle puisqu’il s’agit d’un article écrit par Charles Platt à l’occasion d’une rencontre avec Van Vogt en 1979. Un beau complément, sur un auteur qui semble sympathique mais pas très loin d’être un peu “toqué”. L’un n’empêche pas l’autre.

La troisième partie du dossier est le classique guide de lecture qui revient sur quelques oeuvres (mais pas toutes, la bibliographie de Van Vogt étant pléthorique) emblématiques de l’écrivain. Des récits qui ont pour la plupart subit les affres du temps… Que reste-t-il de Van Vogt aujourd’hui ? Un auteur qui a marqué son époque, un auteur sans qui la SF ne serait sans doute pas ce qu’elle est de nos jours, mais un auteur qui laisse derrière lui des écrits aujourd’hui bien difficiles à lire semble-t-il, quand bien même ils ne manquent pas de qualités liées à l’imagination de l’auteur. C’est un peu ce que j’avais ressenti à la lecture de “A la poursuite des Slans”… Et si j’ai bien noté quelques textes qui pourraient m’intéresser (et que je possède, comme “Les armureries d’Isher”), ils restent bien loin dans ma liste de priorités…

La dernière partie est bien sûr la conséquente bibliographie dressée par Alain Spraeul. Une bibliographie qui lui aura donné du fil à retordre, notamment à cause des multiples textes courts de Van Vogt que l’auteur a ensuite agrégés (en les complétant) en textes plus longs, fix-up ou romans. Une quarantaine de romans, une centaine de nouvelles et pas mal de recueils, ça donne un idée du travail effectué par Alain Sprauel.

 

Les nouvelles

Cinq nouvelles au sommaire. On commence par A.E. Van Vogt himself avec “Le village enchanté”. Pure nouvelle à chute, elle raconte la survie d’un homme, Bill Jenner, dernier survivant d’un vaisseau qui s’est crashé sur Mars. Tentant de rejoindre la “mer polaire” (sic), il tombe sur un étrange village qui semble abandonné mais qui, pour son malheur, semble adapté à une autre forme de vie que celle des êtres humains. Impossible donc d’y trouver eau et nourriture consommables. A moins que Jenner ne parvienne à faire comprendre à ces machines automatiques ce dont il a besoin. Nouvelle à chute donc, sympathique et qui fait le job, sans qu’elle ne soit plus marquante que cela.

Deuxième texte au sommaire, “Plaine-guerre”, signé d’un habitué du Bifrost, Thierry Di Rollo. Récit évidemment noir (qu’attendre d’autre de Di Rollo ?), faisant très ouvertement référence aux no man’s land de la Première Guerre Mondiale, “Plaine-guerre” retrace la permission d’un homme autorisé à rejoindre sa famille au cours d’une guerre sans fin qu’on devine liée aux flux migratoires. C’est efficace, crasseux, noir, déshumanisé (jusqu’à l’ultime tabou), et c’est pourtant lumineux sur la fin. Une belle réussite.

Le troisième texte est l’oeuvre de Franck Ferric : “Le dernier verrou de Sveta Koslova”. Une femme qui se sait condamnée par un cancer revient sur les lieux de sa vie d’enfant. Des lieux transformés, des vies bouleversées, une planète bousculée, avec en fond une nostalgie des jours heureux, et l’échec des hautes technologies à sauver ce qui aurait pu l’être en ne faisant que réhabiter (et non pas réhabiliter…) des zones déjà mortes. Encore un récit pas très joyeux. Réussi lui aussi, mais pas très joyeux.

Pour ce qui est de la joie, il ne faut pas non plus compter sur Vandana Singh et son “C’est vous Sannata3159 ?”, sans doute la nouvelle la plus noire de ce numéro (et il y avait pourtant de la concurrence…). Dans un futur indéterminé, dans une ville où les pauvres s’entassent au sol quand les plus riches vivent dans des tours de verre, le texte suit Jinghur qui tente de survivre jour après jour. Sa mère et sa soeur travaillent pourtant dans un abattoir, lequel leur permet de subvenir plus ou moins à leurs besoins, avec notamment la possibilité de consommer de la viande régulièrement. Mais Jinghur est méfiant… Ce récit vaut plus pour son “univers” (aussi petit qu’il puisse être dans une nouvelle d’une vingtaine de pages) que pour son intrigue que l’on sent un peu venir de loin. Mais cette relative absence de suspense n’altère en rien la sidération éprouvée quand on lit ce que nous décrit Vandana Singh. On n’ose y croire, et pourtant. Ce texte nous rappelle malheureusement que les méventes de son pourtant excellent recueil “Infinités” (même pas repris en poche !) risquent de nous priver, pauvres francophones, de ses prochains récits. Et c’est très dommage.

Enfin, last but not least, Michel Pagel et la nouvelle “A la recherche du Slan perdu”. La présence de ce texte au sommaire de ce numéro ne doit bien sûr rien au hasard. Un récit directement inspiré du fameux roman de Van Vogt (un auteur qu’il semble apprécier puisqu’il y avait déjà fait référence avec la nouvelle “Le Monde des A ou la destruction organisée d’une utopie par le professeur A.E. Vandevogtte” au sommaire du Bifrost 52) et écrit en mode Marcel Proust. Je n’ai jamais lu Proust. Voilà qui est dit. Je ne saurais donc comparer le texte de Pagel à la prose proustienne, si ce n’est l’évidente allusion à la fameuse madeleine qui devient ici une tête de veau sauce gribiche préparée par une certaine Madeleine. Au-delà de ça, l’histoire est sympathique, la chute surprend, l’objectif est atteint. Mais cette plume !… J’adore. Précieuse, faite de phrases à rallonge, tout en finesse, elle décrit en profondeur un mode de vie bourgeois croisé avec la SF de Van Vogt. C’est délicieux de bout en bout. Comme une bonne madeleine.

 

Pour conclure

Et voilà donc pour ce numéro. Je ne sais pas s’il parviendra à convaincre les lecteurs de lire Van Vogt, mais il a au moins le mérite de montrer que la SF change avec le temps, et que la SF d’antan, fut-elle à succès, peut parfois être moins savoureuse de nos jours… Toujours est-il que le dossier en lui-même est une nouvelle fois de qualité, éclairant l’auteur canadien de belle manière. Alors quand en plus on a un “Scientifiction” de fort belle facture et des nouvelles (pas très joyeuses certes) qui vont du bon à l’excellent, la seule conclusion qui s’impose est que cette nouvelle itération du Bifrost est encore une belle cuvée.

 

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Zapping VOD, épisode 53 https://www.lorhkan.com/2020/06/22/zapping-vod-episode-53/ https://www.lorhkan.com/2020/06/22/zapping-vod-episode-53/#comments Mon, 22 Jun 2020 06:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12380 Et c’est reparti pour un nouveau zapping. Un zapping varié avec une enquête policière à la Agatha Christie, voilà, une série SF tirée d’illustrations d’un artiste suédois, et une énième adaptation cinématographique de “L’homme invisible” de H.G. Wells.   A couteaux tirés, de Rian Johnson Sur les bons conseils de...

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Et c’est reparti pour un nouveau zapping. Un zapping varié avec une enquête policière à la Agatha Christie, voilà, une série SF tirée d’illustrations d’un artiste suédois, et une énième adaptation cinématographique de “L’homme invisible” de H.G. Wells.

 

A couteaux tirés, de Rian Johnson

Sur les bons conseils de Li-An, j’ai jeté un oeil sur ce film qui met en scène une enquête qui doit beaucoup à Agatha Christie, dans un style (et à une époque) moderne même si les atours actuels du film auraient pu être transposés sans guère de difficultés à une époque plus “christienne”.

Le film est une franche réussite : casting flamboyant (Daniel Craig, Michael Shannon, Jamie Lee Curtis, Ana de Armas, Chris Evans, Toni Collette, Don Johnson, Christopher Plummer…), enquête roublarde, personnages parfois hauts en couleur… J’ai trouvé, en plus d’un hommage aux romans d’Agatha Christie avec ce qui commence comme une enquête en huis-clos dans un manoir tout ce qu’il y a de plus aristocratique, qu’il réutilisait aussi certains “trucs” d’une autre série policière célèbre, “Columbo”, notamment avec cet enquêteur qui, au premier abord, paraît un peu lourdaud et pas très efficace, mais aussi avec une révélation un peu après la moitié du film, de laquelle je ne dirai évidemment rien ici.

En tout cas, c’est très efficace, très malin, et le plaisir pris par les acteurs transparaît à l’écran. La dernière partie du film est certes peut-être un peu trop explicative mais c’est sans doute la meilleure solution pour exposer les faits au spectateur sans que celui-ci ne se pose trop de questions sur une intrigue un peu tarabiscotée. Il n’empêche que le film mériterait une deuxième vision, histoire de s’assurer de la cohérence de l’ensemble. Chose que je ne ferai sans doute jamais… 😀 Faisons confiance au réalisateur et scénariste Rian Johnson (célèbre depuis “Star Wars VIII”, mais qui m’avait surtout convaincu précédemment avec “Looper”, film de SF pour lequel il signait également le scénario et qui se pose aussi là en terme d’intrigue bien retorse…). Quant à ceux qui n’ont pas vu le film, jetez-y un oeil, ça risque fort de vous plaire.

 

Tales from the loop, de Nathaniel Halpern

Cette série est une surprise. D’une part parce qu’en gros elle adapte des illustrations. Bon ok, je triche un peu, puisque le livre d’illustrations de l’artiste suédois dont est tirée la série (Simon Stålenhag) possède une légère histoire (que je ne connais pas) mais je doute que la série en ait tiré quelque chose… Si quelqu’un sait, qu’il se manifeste (mais j’ai prévu l’achat du livre, donc je serai fixé par moi-même bientôt). Et d’autre part parce qu’au delà de cette genèse un peu particulière, c’est une vraie réussite.

Constituée de 10 épisodes, la série est avant tout centrée sur les personnages et tient presque de l’anthologie. En effet, il n’y a pas vraiment de trame globale autre que ce qui arrive aux personnages, chaque épisode s’intéressant plus particulièrement à l’un d’entre eux, ceux-ci étant malgré tout plus ou moins liés, soit par des liens familiaux, soit par des liens amicaux, géographiques ou professionnels…

Tout se passe dans une petite ville des Etats-Unis, dans une monde type années 80 qui a vu une partie de la technologie prendre de l’avance sur notre époque (véhicule à sustentation magnétique, gadgets qui jouent avec le temps, gravité modifiée, robots, etc…) grâce à une installation scientifique mystérieuse située non loin de là.

Les “effets” SF montrés dans la série sont à la fois classiques et purement SF (manipulation du temps, changement de corps, monde parallèle…) mais ne sont à aucun moment justifiés ou expliqués, car ce qui importe ici, sur un mode très Robert Charles Wilson, c’est de placer des gens ordinaires face à des situations extraordinaires et de voir comment ils s’en débrouillent. L’être humain avant tout.

C’est une série “posée”, qui prend son temps mais qui n’est pas lente pour autant, quand bien même ceux qui souhaiteraient un peu d’action en seraient pour leurs frais. Et elle est surtout très douce et bienveillante, avec bien évidemment une esthétique et un design absolument géniaux (via tous ces objets très marqués par l’époque dans laquelle la série prend place mais pourtant radicalement étranges et futuristes…) directement hérités des oeuvres de Simon Stålenhag (certaines scènes en sont tirées presque à l’identique). Si on ajoute à ça une superbe photographie et une bande originale signée Monsieur Philip Glass himself et Paul Leonard-Morgan de très grande classe et que j’écoute encore très régulièrement, on obtient une série à ne pas manquer. Excellent !

 

Invisible Man, de Leigh Whannel

Quoi ? Une nouvelle adaptation de “L’homme invisible” ? Quelle imagination à Hollywood ! C’est ce genre de remarque qui vient immédiatement à l’esprit. Parce que bon, on ne compte plus les adaptations plus ou moins directes du roman de H.G. Wells. Alors pour nous en resservir une nouvelle, il faut avoir quelque chose à dire. Et pour ce film-ci, la réponse est oui.

L’intrigue reste assez classique au fond, mais le contexte et ce qui sous-tend le film est plutôt explicite : il est ici question de harcèlement moral, de violence physique et psychologique, de pervers narcissique, de domination malsaine. Cette femme qui a peur de cet homme violent et dominateur et malfaisant, n’est qu’une illustration SF de ce que vivent de nombreuses femmes. La conclusion du film est d’ailleurs une manière d’enfoncer le clou et de bien montrer de quelle façon ces hommes sont des manipulateurs jouant sur la culpabilité des femmes qu’ils tentent de garder sous leur emprise.

Certes, la dernière partie du film devient un peu trop “déjà vue” dans le genre action, perdant un peu de la force de son message, mais ce serait un peu trop vite oublier tout ce qu’il a mis en place avant, avec une belle tension psychologique et la dérive du personnage incarné par Elisabeth Moss que personne ne croit (s’agissant de l’homme invisible dans le film / l’homme violent et manipulateur dans notre société). La prestation de cette dernière est d’ailleurs remarquable. Dommage que la mise en scène manque un peu de personnalité. Un film qui mérite malgré tout d’être vu. C’est dans l’air du temps, et c’est une bonne chose.

 

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Bifrost 97, spécial Sabrina Calvo https://www.lorhkan.com/2020/06/09/bifrost-97-special-sabrina-calvo/ https://www.lorhkan.com/2020/06/09/bifrost-97-special-sabrina-calvo/#comments Tue, 09 Jun 2020 06:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12373 Fidèle à moi-même et donc toujours à la pointe de l’actualité en retard, et alors même que le numéro 98 vient de paraître, voici mon retour sur le numéro 97 de la revue du Bélial’, consacré à Sabrina Calvo, une autrice assez radicalement inclassable à laquelle je ne me suis...

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Fidèle à moi-même et donc toujours à la pointe de l’actualité en retard, et alors même que le numéro 98 vient de paraître, voici mon retour sur le numéro 97 de la revue du Bélial’, consacré à Sabrina Calvo, une autrice assez radicalement inclassable à laquelle je ne me suis jamais frotté.

 

Les rubriques habituelles

Après un édito qui revient sur une année 2019 que les chiffres “bruts” annoncent comme étant plutôt positive, ce qu’Olivier Girard relativise quelque peu en pointant un bilan contrasté et en indiquant qu’il ne faut pas tomber dans l’euphorie (spoiler : 2020 va sans aucun doute en ramener plus d’un sur Terre…), on file directement aux rubriques habituelles : le cahier critique (qui n’est plus de toute première fraîcheur, on peut même le trouver déjà en ligne), un Gilles Dumay anormalement (mais pas totalement quand même… 😀 ) positif dans sa recension des revues du trimestre, une mise au point de Romain Lucazeau sur le fameux #Utogate (l’apparition de l’armée au festival des Utopiales et cette fameuse “Red team”, un pool d’auteurs de SF censés penser pour l’armée aux conflits de demain) que j’attendais autrement plus incisive et qui n’a pas fait les vagues escomptées, une interview de Thierry Fraysse, Monsieurs Editions Callidor en personne (L’Âge d’Or de la Fantasy, quelle belle collection !), un gros (et touffu, et surtout absolument passionnant pour qui s’intéresse à l’astronomie et l’astrophysique !) article “Scientifiction” de Roland Lehoucq et Bertrand Cordier sur les sursauts gamma, reprenant l’une des clés de “Diaspora”, le dernier roman paru en français de Greg Egan, et quelques news diverses et variés dont notamment le dévoilement des vainqueurs du Prix des lecteurs de Bifrost 2019 (j’avais vu juste côté francophone, moins côté étranger…).

 

Le dossier Sabrina Calvo

Le dossier de ce numéro est composé, une fois n’est pas coutume, uniquement d’interviews et d’un cahier critique divisé en deux, la première partie s’intéressant aux romans de l’autrice, l’autre à ses deux recueils de nouvelles.

Le nom de Sabrina Calvo ne m’est pas inconnu (je garde d’ailleurs un excellent souvenir d’une conférence aux Utopiales où elle était invitée sur le thème du voyage dans le temps en science-fiction) mais je n’ai jamais eu l’occasion de lire un de ses textes, sans doute un peu effrayé par le risque de ne pas “entrer dans son trip”. Le cahier critique me confirme cette impression : je ne pense pas être client de ses textes, à la possible exception de son premier roman, peut-être le plus “sage”, “Délius”, récemment réédité chez Mnémos. On verra plus loin que si cette impression persiste à la lecture du cahier critique, elle sera plus ou moins confirmée à l’issue de la nouvelle au sommaire…

Quant aux interviews, au nombre de trois mais dont la première seulement fait intervenir l’autrice elle-même, elles sont tout simplement excellentes. Celle dans laquelle s’exprime Sabrina Calvo (29 pages tout de même) est vraiment superbe tant elle aborde tout concernant l’autrice, depuis sa jeunesse, ses rencontres, ses occupations et/ou métiers, sa manière de travailler, jusqu’à ses oeuvres bien sûr, tout y est. J’ai vraiment eu l’impression de découvrir une personne qui se dévoile, avec pudeur (seule sa transition est quasiment passée sous silence, on notera d’ailleurs que la seule photo d’elle dans la revue est prise de dos…), mais sans fard.

Les deux autres interviews, de son ami (et auteur) Fabrice Colin et de son ami (et éditeur) Mathias Echenay, sont tout aussi intéressantes. Pleines d’humour, elle dévoile d’autres facettes de l’autrice, d’autres points de vue. Drôles et tendres, deux beaux articles.

Le dossier se termine bien sûr par la traditionnelle et exhaustive bibliographie dressée par l’inévitable Alain Sprauel.

 

Les nouvelles

Trois nouvelles au sommaire. La première, “Baiser la face cachée d’un proton” étant logiquement signée Sabrina Calvo. Alors bon, comme je le dis plus haut, dans la genre inclassable et peut-être un peu “perchée”, l’autrice se pose là. Et ce texte en est un peu la preuve. Difficile de tout saisir, sur le fond comme sur la forme d’ailleurs. C’est saccadé, avec de nombreuses phrases non verbales, le contexte n’est pas très explicité, ce n’est de toute évidence pas ce qu’il y a de plus facile à lire. Ni à comprendre. Et puis il y a aussi quelques fulgurances, quelques instants de pure poésie. Et le concept au coeur de ce texte (hacker la neige) est juste beau.

On sent bien que Sabrina Calvo a mis un peu (beaucoup ?) d’elle-même dans ce texte, ce qui le rend d’autant plus touchant. Il n’empêche que c’est parfois bien obscur…

Ken Liu arrive ensuite avec “Pensés et prières”. Ken Liu, en nouvelles, c’est un peu l’assurance tout risque, le danger de se planter est minime. Et là, pas de surprise, il ne s’est pas planté DU TOUT, il s’est même fendu d’un texte absolument remarquable (on tient déjà le futur Prix des lecteurs du Bifrost 2020 ?) sur un phénomène qui ronge les échanges sur les réseaux sociaux : les trolls, ceux qui se moquent, insultent, dégradent, le tout bien cachés derrière leurs écrans et avec beaucoup de violence, sans aucune considération pour les victimes.

Liu fait ici dans l’anticipation (proche). Tout part de la mort d’une jeune fille au cours d’un fusillade aux Etats-Unis. Pour que sa mort ne soit pas “inutile”, sa mère accepte que la vie de Hayley soit “reconstituée” sur Internet par un protocole d’intelligence artificielle pour en faire un exemple, le porte-voix d’une jeunesse sacrifiée. Mais c’est sans compter sur le déferlement de haine, de propos orduriers, d’images de Hayley détournées, dégradées, voire même de deepfakes la mettant en scène dans les pires situations possibles (pornographie, etc…).

Dans ce contexte légèrement futuriste, une technologie existe, une “armure” qui prend la forme de lunettes, et qui permet de filtrer les informations de manière à ce que la personne protégée ne voit ne n’entende pas ce qui pourrait la blesser. Ainsi volontairement aveuglée, la mère de Hayley va continuer le combat, entre naïveté, candeur et désir de justice, jusqu’au point de non retour.

Ken Liu est donc, sur ce sujet délicat, encore une fois magistral. Sans forcer le trait, donnant la parole à plusieurs personnes (sous forme de propos recueillis), y compris ces fameux trolls, tout ce que montre Liu dans la nouvelle existe déjà. Le curseur technologique est un peu poussé, mais c’est pour mieux dénoncer l’incurie des réseau sociaux, la violence qui peut en découler et le mal irréversible qu’ils peuvent amener, comme une double-peine pour des personnes déjà victimes. Absolument terrifiant, glaçant, et malheureusement extrêmement juste…

Enfin, Daryl Gregory, un autre auteur maison du Bélial’ (sauf quand il leur fait des infidélités chez Jean-Claude Lattès…) avec “Les neuf derniers jours sur Terre”, une sorte de texte post-apocalyptique sur un temps long puisqu’il montre la chute sur Terre de météorites contenant des graines qui vont permettre le développement de plantes extraterrestres. Des plantes à la fois classiques et étranges mais qui vont avoir un impact fort sur l’écosystème terrestre, prenant la place de nombreux végétaux, amenant ainsi la famine en de nombreuses régions du globe.

Ces neuf derniers jours sont en fait neuf épisodes temporellement éloignés de la vie de LT, entre 1975 (LT a alors dix ans) et 2062. L’occasion pour Daryl Gregory de mélanger chroniques familiales, premier contact, destin individuel et évolution de la société au sein d’un texte qui laisse toujours une belle place à l’espoir, alors que l’humanité fait face à un phénomène qui la pousse à changer, à s’adapter pour survivre. Vous y voyez un parallèle avec notre époque, vous ? 😉 En tout cas, c’est tour à tour touchant, doux, optimiste et réconfortant. Un beau texte.

 

Pour conclure

Un excellent dossier, deux superbes nouvelles sur trois, un article “Scientifiction” de très haute tenue, une magnifique couverture de Chloé Veillard (qu’il ne faut malheureusement pas regarder de trop près, la compression/définition lui ayant joué des tours…), pas de doute, on tient là un bonne cuvée, ce qui n’était pas gagné d’avance avec ce numéro consacré à une autrice dont les récits ne sont à l’évidence pas ma tasse de thé. Mais vous savez ce qu’on dit sur la dissociation entre l’auteur et son oeuvre… 😉

 

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Un hiver avec Fermi, de Ugo Bellagamba https://www.lorhkan.com/2020/06/01/un-hiver-avec-fermi-de-ugo-bellagamba/ https://www.lorhkan.com/2020/06/01/un-hiver-avec-fermi-de-ugo-bellagamba/#comments Mon, 01 Jun 2020 06:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12367 Astronomie toujours, plongée dans mes vieilles revues de “Ciel & Espace” également ! Après la construction d’un vaisseau interstellaire, on s’intéresse à la présence ou non des extraterrestres dans l’univers. Sommes-nous seuls ? C’est, en partie, ce à quoi s’intéresse Ugo Bellagamba avec cette vision à long terme du futur...

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Astronomie toujours, plongée dans mes vieilles revues de “Ciel & Espace” également ! Après la construction d’un vaisseau interstellaire, on s’intéresse à la présence ou non des extraterrestres dans l’univers. Sommes-nous seuls ? C’est, en partie, ce à quoi s’intéresse Ugo Bellagamba avec cette vision à long terme du futur de l’humanité, un texte paru dans le hors-série numéro 19 de juillet 2012 (consacré aux extraterrestres) de la revue “Ciel & Espace” et réédité en 2017 (en numérique seulement) aux éditions ActuSF au sein du recueil “Le petit répertoire des légendes rationnelles”.

 

Quatrième de couverture :

Y en n’a pas !

 

L’Humanité à l’heure pour le premier réveillon de l’Univers

“Un hiver avec Fermi” est un relativement court texte de quatre pages qui propose une vaste vision de futur de l’humanité, avec bien sûr en toile de fond le fameux paradoxe de Fermi. Narré par une sorte de conscience omnisciente et désincarnée dont l’origine et l’état restent bien mystérieux (elle semble liée d’une certaine manière au trou noir supermassif au centre de notre galaxie) et tenant le rôle d’archiviste de l’histoire de l’humanité (et créé par elle ?), le texte est un récit de notre futur, depuis la découverte des premières exoplanètes jusqu’à un avenir très lointain.

* A partir d’ici, soyez prévenus, je vais spoiler !! Que ceux qui ne veulent rien savoir du contenu de la nouvelle passent directement au dernier paragraphe ! *

La vie extraterrestre a rapidement été découverte (algues, organismes multicellulaires…), mais pas de trace de vie intelligente, ce qui va amener l’humanité, elle qui semble tirer son évolution du conflit, à “collapser” puis à se relever sous l’impulsion des “Fictionnistes”, des penseurs réutilisant les écrits des auteurs et autrices de SF pour relancer le Merveilleux et le Mythe de la Frontière, amenant de nouveau une grande période de prospérité et d’extension autour du XXIIIème siècle.

Puis le temps se dilate, et les dates retenues ne font plus appel au calendrier classique mais à un temps “contracté” dans lequel le Big Bang s’est produit à minuit le 1er janvier, tandis que le système solaire s’est formé le 13 septembre de cette même année et que l’Homme lui-même n’est apparu que dans l’après-midi du 31 décembre. Une manière de replacer l’humanité à son échelle par rapport à l’univers : nous sommes bien peu de choses.

Et l’histoire se poursuit : le 2 janvier de l’an universel 2 (je me suis amusé à faire le calcul, on est sur une échelle d’un peu plus de 37 millions de nos années pour chaque jour de l’an universel…), nouvelle crise. La civilisation humaine s’est tellement étendue que malgré une espérance de vie décuplée, elle avait atteint un maximum au-delà duquel il n’était plus physiquement possible d’aller. D’autant que les moyens de communication n’atteignirent jamais une hypothétique instantanéité (références explicites à l’ansible d’Ursula Le Guin et l’épice de Frank Herbert), la suite ne put être qu’une nouvelle crise. Nouveau repli, certaines zones de l’espace colonisé perdirent le contact.

Des guerres éclatèrent le 4 janvier en début d’après-midi (souvenons-nous : 37 millions d’années par jour…), qui ne durèrent que 3,5 secondes universelles (j’ai fait le calcul pour vous : à peu près 1500 ans !), avec la destruction de mondes entiers, jusqu’à l’inéluctable disparition de l’humanité, quelques minutes universelles plus tard…

Mais l’histoire de l’univers se poursuit, et avec elle la réponse au paradoxe de Fermi, donnée par le narrateur, ce qui l’amène à s’interroger sur son propre rôle au sein d’un univers mort. Mais restera-t-il mort éternellement ?…

J’en raconte beaucoup (trop) sur ce texte, trahissant même un peu son esprit poétique en remettant son échelle temporelle sur des bases qui nous correspondent plus (alors que justement le texte s’évertue à nous montrer que l’histoire de l’humanité n’est qu’un instant fugace à l’échelle de l’univers), mais c’est trahir pour mieux dire que j’ai énormément apprécié ce texte qui au fond n’est ni le premier ni le dernier à imaginer le vaste futur de notre espèce et de l’univers (pensez à Ken Liu par exemple tout récemment) mais qui le fait bien, sur un mode assez sombre mais pourtant très poétique grâce notamment à la très belle plume de Ugo Bellagamba, ce qui n’a rien d’étonnant quand on connaît l’auteur. C’est court, ce n’est pas foncièrement très optimisme (quoique, si on y pense, le 4 janvier universel, ça nous amène à un paquet de millions d’années dans le futur, pas si mal pour une civilisation qu’on prédit souvent au bord de l’extinction), mais pourtant c’est beau.

 

Critique écrite dans le cadre des challenges “Le Projet Maki” de Yogo.

 

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Les flammes de l’Empire, L’Interdépendance tome 2, de John Scalzi https://www.lorhkan.com/2020/05/26/les-flammes-de-lempire-linterdependance-tome-2-de-john-scalzi/ https://www.lorhkan.com/2020/05/26/les-flammes-de-lempire-linterdependance-tome-2-de-john-scalzi/#comments Tue, 26 May 2020 06:00:46 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12360 Comment, après l’enthousiasmante lecture du tome 1 de la série “L’Interdépendance” de John Scalzi, ne pas lire la suite ? Problème : le confinement. J’avais acheté le tome 1 en papier, avec l’intention de continuer la série sur ce même support. Une généreuse amie qui se reconnaîtra m’a donc fait...

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Comment, après l’enthousiasmante lecture du tome 1 de la série “L’Interdépendance” de John Scalzi, ne pas lire la suite ? Problème : le confinement. J’avais acheté le tome 1 en papier, avec l’intention de continuer la série sur ce même support. Une généreuse amie qui se reconnaîtra m’a donc fait cadeau de la version numérique pour me permettre d’assouvir mes pulsions de lecteur scalziesque en manque, en attendant d’assouvir mes pulsions de collectionneur de séries littéraires en version papier. 😀

 

Quatrième de couverture :

C’était donc vrai : un premier courant du Flux vient de s’effondrer ; d’autres suivront.
Ces couloirs de voyage interstellaire qui irriguent l’Interdépendance, l’empire de l’humanité, sont appelés à disparaître l’un après l’autre, entraînant la sclérose et la mort des colonies humaines isolées, privées de ressources.

Passe qu’il reste des sceptiques pour ergoter, mais les dignitaires aux dents longues des grandes maisons commerciales trouvent là encore matière à comploter, et ce ne sont ni l’assassinat ni la guerre civile qui les arrêteront dans leur soif de pouvoir.

Dans ce contexte, la jeune emperox Griselda II paraît bien vulnérable. Qui est l’ami, qui l’ennemi ?

Mais à Machiavel Machiavel et demie…

Au demeurant, il y a une lueur dans le tunnel : des courants du Flux fermés depuis longtemps commenceraient à réapparaître.
Une expédition s’impose qui pourrait valoir aux hardis aventuriers de stupéfiantes révélations sur l’histoire de l’humanité dans les étoiles avant l’Interdépendance.

Le premier roman de « L’Interdépendance », L’Effondrement de l’empire, a reçu en 2018 le prix Locus de meilleur roman de science-fiction et a été finaliste du prix Hugo.

 

L’Interdépendance va de mal Empire ?

Je préfère le signaler tout de suite, s’agissant d’un tome 2, il va m’être difficile d’en parler sans rien dévoiler du premier volume. Soyez donc prévenus, lecteurs qui n’êtes pas encore entrés dans cette série de John Scalzi (“L’Interdépendance”) : commencez par lire ma critique du tome 1 avant d’éventuellement aller voir la conclusion de l’article ici présent. Pour le reste, je vous aurais prévenu… 😉

Ainsi donc, on l’a appris à la fin du premier volume, Marce Claremont (et son père resté sur la planète du Bout) avait raison : le Flux est en train de s’écrouler, la voie menant du Bout au Central a déjà disparu. Le frère de la traîtresse Nadashe Nohamapetan, Ghreni, en profite d’ailleurs (même si son plan n’était pas celui qu’il avait prévu au départ puisque sa vision de ce qu’allait devenir le Flux était largement erronée) pour faire un blocus sur la grève d’arrivée à la planète. Cette dernière étant en effet la seule habitable de l’Interdépendance sans aménagement particulier, c’est l’occasion pour lui de prendre le contrôle d’un astre appelé, peut-être, a passé du statut de trou du c… du monde connu à celui de capitale d’un nouvel Empire. Nadashe Nohamapetan est quant à elle en prison, suite à ses multiples machinations et autres tentatives de meurtre sur l’Emperox Griselda II elle-même.

Il n’empêche que tout ce petit monde, malgré le relatif coup d’arrêt apporté aux intrigues d’arrière-cour à la fin du tome 1, va tout de même devoir faire avec ce Flux qui risque de mettre à mal les nombreux habitats dispersés de l’Interdépendance qui comptent les uns sur les autres, économiquement, commercialement, technologiquement, pour survivre en des lieux qui ne sont pas faits pour accueillir l’espèce humaine. Il faut donc réagir, s’adapter, changer de stratégie. Et à l’échelle d’un Empire (dans lequel l’Emperox n’est pas tout puissant, il y a d’autres organes politiques qui ont leur importance), cela implique d’avoir l’aval et le support de nombreux décisionnaires pas forcément faciles à convaincre. La disparition du Flux mettrait en effet à mal leur petit (ou moins petit) monopole sur différents produits qui leur apportent richesse et aisance. Remettre en cause leurs privilèges n’est pas ce qu’ils avaient imaginé pour les années suivantes.

Et donc, rebelote, ça va intriguer, manigancer, discuter à tout va. Car pour tenter d’infléchir l’opinion, voilà que Griselda II se targue d’avoir eu des visions mystiques sur l’avenir de l’Empire, à l’instar de la première Emperox et fondatrice de l’Interdépendance ! Mais que pourrait donc en penser la religion majoritaire de l’Empire, l’Eglise de l’Interdépendance, elle qui pourrait se voir court-circuiter par une Emperox qui, au départ, aurait pourtant dû être facilement manipulable ?

S’en suit donc de multiples plans qui se mettent en branle, chacun tentant de s’en sortir au mieux sans bien sûr penser à la majorité. Tirer son épingle du jeu semble être la principale priorité de tous ces puissants. Tous sauf une : l’Emperox Griselda II elle-même, la générosité et l’altruisme faite femme (dénuée par ailleurs de tout naïveté). Oui, elle n’était pas destinée à être Emperox et n’avait donc pas prévu cette charge difficile à assumer, mais elle va apprendre à endosser le costume et à prendre les décisions qui s’imposent, quitte à sortir de ce “personnage féminin idéal” qu’elle aurait pu incarner. Elle pourra pour cela compter sur ses alliés, Kiva Lagos, toujours la langue bien pendue et avides d’expériences sexuelles débridées, et Marce Claremont qui, lui aussi, va devoir lutter pour imposer sa science auprès de scientifiques bien installés qui voient d’un mauvais oeil l’arrivée de ce jeune homme sorti du fin fond de l’univers avec une théorie que personne d’autre n’avait imaginé.

Ces luttes politiques et scientifiques entre sceptiques et convaincus fait bien évidemment penser aux joutes verbales, diplomatiques et scientifiques, concernant le réchauffement climatique, avec en filigrane les conséquences que cela pourrait avoir sur les mouvements migratoires. Il est également bien difficile, même si le roman a été écrit avant, de ne pas faire le parallèle avec la pandémie due au Covid-19, et ces politiques qui ne veulent pas y croire jusqu’à ce que les conséquences de leur immobilisme leur reviennent dans la figure.

Et comme nous sommes dans un roman de John Scalzi, “Les flammes de l’Empire” est un texte écrit de manière très légère, à la fois drôle, très rythmé, et bien plus malin qu’il n’y paraît. C’est vraiment enthousiasmant et absolument impossible à lâcher. On voit bien malgré tout que ce deuxième volume d’une trilogie est un tome de transition (certaines intrigues et/ou personnages avancent peu, notamment tout ce que tourne autour de Griselda II qui ressemble plutôt à une vaste mise en place avant le feu d’artifice du dernier tome, à la dernière partie près et ses retournements de situations assez jouissifs qui lancent le dernier volume de la série), mais absolument aucun ennui grâce au talent de l’auteur qui passe allègrement d’un long et passionnant développement sur le passé et l’origine de l’Interdépendance (un peu didactique malgré tout…) au sombre avenir (sur plusieurs millénaires) d’un vaisseau coincé dans un Flux qui se désagrège…

C’est toujours intéressant, faussement léger, et le roman prend qui plus est quelques nouvelles directions diablement intrigantes qui ont le mérite de développer un univers riche de nombreux mystères que ne manquera pas de nous dévoiler John Scalzi dans le tome 3.

Ce style très scalzien, à la fois léger et intelligent, semble être à la fois sa meilleure qualité (cela rend ses romans très accessibles) et son pire handicap. John Scalzi, ce n’est pas “frontalement” intello, ni vraiment hard-SF, ni SF engagée socialement et politiquement de manière évidente, ni SF jouant sur les genres comme c’est à la mode en ce moment (mais c’est pourtant là, même si pas de manière affichée, car “Les enfermés” représentent pour moi ce qui s’est fait de mieux ses dernières années sur les questions de genre, même si cela reste très discret). Pourtant il y a un peu de tout ça, couvert d’un vernis pop et fun qui lui garantit un certain succès (voire même un succès certain, Scalzi est l’un des auteurs SF les plus bankables au US) mais qui pourrait le desservir auprès des “élites” (avec tous les guillemets qui s’imposent), quelles qu’elles soient, car oui John Scalzi c’est aussi du roman populaire.

En tout cas, “Les flammes de l’Empire” confirme tout le bien que l’on pouvait penser du premier volume de “L’Interdépendance”. Malin, entraînant, doté de personnages intéressants, tout à fait actuel dans le propos avec des séquences qui font régulièrement écho à notre monde et notre société, le roman est pétri de qualités. Il a aussi quelques défauts (celui du tome de transition que l’on retrouve souvent dans les trilogies, et certaines facilités comme ces scientifiques capables de pondre des théories à même de renverser la vision de tout un univers chacun dans leur coin…), mais que John Scalzi parvient toujours à contrebalancer pour que jamais le lecteur ne s’ennuie. C’est très efficace et réellement prenant. Sa seule véritable faiblesse pourrait finalement être sa longueur : c’est trop couuuurt. Quoiqu’au vu des romans à rallonge qu’on nous sert bien trop souvent, un roman de 300 pages a aussi son charme (mais alors, on aurait pu avoir la trilogie complète en un seul roman de 1000 pages ? 😀 ). Mais du coup, l’attente du troisième et dernier tome va être trèèèèèèèèèèèès longue…

 

Lire aussi les avis de Gromovar, Anudar, Feyd Rautha, Célindanaé, Lutin82, Yogo, Ombre Bones, Stéphanie Chaptal.

 

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Comment construire son vaisseau interstellaire, de Claude Ecken et Roland Lehoucq https://www.lorhkan.com/2020/05/23/comment-construire-son-vaisseau-interstellaire-de-claude-ecken-et-roland-lehoucq/ https://www.lorhkan.com/2020/05/23/comment-construire-son-vaisseau-interstellaire-de-claude-ecken-et-roland-lehoucq/#comments Sat, 23 May 2020 06:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12345 Changement de registre. Avec les beaux jours actuels, je suis dans une période “astronomique”, et j’ai donc ressorti pour l’occasion quelques vieux numéros de la revue “Ciel & Espace”, pour retrouver quelques pistes d’objets célestes à observer. Et me voilà qui retombe, dans lu numéro 459 d’août 2008, sur ce...

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Changement de registre. Avec les beaux jours actuels, je suis dans une période “astronomique”, et j’ai donc ressorti pour l’occasion quelques vieux numéros de la revue “Ciel & Espace”, pour retrouver quelques pistes d’objets célestes à observer. Et me voilà qui retombe, dans lu numéro 459 d’août 2008, sur ce texte signé Claude Ecken et Roland Lehoucq.

 

Quatrième de couverture :

2030. Deux amis commentent les dernières images de Caladan, une planète de type terrestre découverte en 2020 par l’observatoire spatial Darwin, dans la zone d’habitabilité de l’étoile Delta de la constellation du paon, à 20 années-lumière du Soleil. Il serait intéressant d’y aller voir. La conversation s’échauffe sur la possibilité de s’installer là-bas. mais le voyage est-il possible ? Pour Greg Ecken, romancier, cela tient du rêve, mieux vaut ne pas y penser. Mais Cornélius Lehoucq, astrophysicien, ne l’entend pas de cette oreille. Qui convaincra l’autre ?…

 

Rêve ou future réalité ?

Ce texte relève-t-il de la nouvelle si l’on considère qu’il a d’abord été publié dans deux numéros de la revue Bifrost, dans la rubrique “Scientifiction” animé par Roland Lehoucq ? On peut dire que oui car sous l’évident propos scientifique se trouve un mini (vraiment mini, mais il est là quand même) contexte : nous sommes en 2030, une exoplanète a été découverte en 2020, et deux amis, l’un romancier? Greg Ecken, l’autre scientifique, Cornélius Lehoucq, évidents avatars des auteurs du texte, en discutent sous forme de dialogue. Pas de worldbuilding de quelque ordre que ce soit, pas de mise en situation, un simple dialogue, sans même une quelconque introduction. Mini contexte donc. Peut-être légèrement étoffé dans la version Bifrost (le texte publié dans “Ciel & Espace” est la version raccourcie), mais ne possédant pas les numéros concernés (44 et 45), je ne saurais dire.

Quoiqu’il en soit, puisque ce texte a aujourd’hui pratiquement quinze ans, il a plusieurs intérêts. Sur le plan scientifique, autant que je puisse en juger, il reste toujours très actuel, notre technologie de constructions de vaisseaux interstellaires n’ayant guère évolué depuis ces quelques années… Et surtout, il offre une amusante mise en perspective de ce que l’on imaginait pouvoir faire en astronomie/astrophysique il y a une quinzaine d’années. Par exemple, on nous dit qu’une exoplanète de type terrestre à été découverte en 2020. L’année n’est certes pas finie, mais ce type de planète n’a pas encore été découverte, même si on s’en rapproche (et que la liste des potentialités ne cesse de s’allonger) mais pas de là à débattre de l’opportunité d’aller la coloniser… Plus précisément, on nous parle même d’images de cette planète, dont les deux protagonistes discutent en 2030. Découverte en 2020, images en 2030. Qui sait ?… On notera également qu’en 2030, une base lunaire sera réalité, accompagnée d’une catapulte électromagnétique pour envoyer des matières premières en orbite basse…

En tout cas, cette nouvelle que l’on peut donc qualifier de “pédagogique”, à l’image de ce que fait Roland Lehoucq dans ses conférences (Utopiales ou autres) dans lesquelles il décrypte certaines possibilités (ou non…) astrophysiques, techniquement et physiquement, nous explique tout ce que nécessite un voyage interstellaire vers une exoplanète située à 20 années-lumière à bord d’un vaisseau embarquant un millier de passagers pour une croisière de quatre siècles.

Immédiatement m’est venu à l’esprit le fabuleux roman “Aurora” de Kim Stanley Robinson, dans lequel on avait plus de 2000 passagers parti vers une planète située à 12 années-lumière, pour un voyage de 170 ans. Le ratio est presque le même, aux technologies utilisées près, qui rallongent la durée du voyage si l’accélération ou le freinage prend plus de temps. On verra d’ailleurs que le parallèle avec “Aurora” (écrit en 2015) ne s’arrête pas là.

Le texte de Lehoucq et Ecken est évidemment très scientifique, rien d’étonnant étant donné la revue dans laquelle il a été publié, mais il reste extrêmement accessible (“Ciel & Espace” est une revue grand public). Il aborde le sujet du voyage interstellaire sur de nombreux plans, qu’il soient purement sociaux (quelle politique mettre en place dans le vaisseau, comment communiquer avec la Terre, est-ce d’ailleurs nécessaire, on aborde la question de la divergence civilisationnelle entre un vaisseau en vase clos parti depuis plusieurs siècles et qui ne peut que s’éloigner sur le plan politique/social/linguistique/scientifique de ce qui se fait sur Terre, ainsi que des comportements forcément imprévisibles d’une société humaine dont on ne peut pas prévoir les faits et gestes sur une si longue durée : nostalgie de ceux qui ont connu la Terre, générations intermédiaires “sacrifiées”, refus de quitter le vaisseau pour ceux qui y ont passé leur vie, etc…) ou bien technologiques (comment construire le vaisseau, à quel endroit, comment est-il constitué, quels moyens pour le faire, quelle taille, quel poids, comment accélérer tout ça, jusqu’à quelle vitesse, comment freiner une fois arrivé à destination, quel carburant, quelle quantité faut-il apporter (avec un juste équilibre entre poids/accélération et freinage donc vitesse du vaisseau/durée du voyage), gestion des déchets, des cultures, etc…).

L’étude est claire et précise, et recoupe (parfois de manière très semblable) à de nombreuses reprises ce que Kim Stanley Robinson a mis en place dans “Aurora”, comme la notion de bactérie risquant de faire s’écrouler l’écosystème du vaisseau, la gestion des déchets, le système de freinage du vaisseau (un laser et l’aide de l’assistance gravitationnelle), des usines pour fabriquer “à peu près n’importe quoi” (les fameuses imprimantes 3D à tout faire), etc… Il donne l’occasion de se rendre compte, pour qui en doutait, du souci du détail scientifique et technologique de Robinson lors de l’écriture de son roman.

On se rend évidemment bien vite compte que malgré l’optimisme (feint ?) de Cornélius/Roland Lehoucq, le vaisseau interstellaire, tellement contraignant à de multiples niveaux, n’est une possibilité que dans les récits de science-fiction, récits de SF que les voyageurs ne manqueront d’ailleurs pas d’embarquer car ils sont vecteur d’éducation et d’étude de cas en ce qui concerne le voyage interstellaire. Claude Ecken et Roland Lehoucq aiment la SF, et ils n’oublient pas de le dire. 😉

 

Critique écrite dans le cadre des challenges “Le Projet Maki” de Yogo.

 

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Continuum, de James Lovegrove https://www.lorhkan.com/2020/05/17/continuum-de-james-lovegrove/ https://www.lorhkan.com/2020/05/17/continuum-de-james-lovegrove/#comments Sun, 17 May 2020 06:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12341 Après le joli texte de Peter F. Hamilton, on continue avec une autre nouvelle offerte par Bragelonne durant le confinement, “Continuum” de James Lovegrove (paru à l’origine dans la même anthologie que le récit d’Hamilton, “Science-fiction 2006”), un auteur que je lis pour la première fois.   Quatrième de couverture...

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Après le joli texte de Peter F. Hamilton, on continue avec une autre nouvelle offerte par Bragelonne durant le confinement, “Continuum” de James Lovegrove (paru à l’origine dans la même anthologie que le récit d’Hamilton, “Science-fiction 2006”), un auteur que je lis pour la première fois.

 

Quatrième de couverture :

Robert Stoneham est un Fogg, un pèlerin perpétuel en quête d’éternité, à la recherche du Continuum. Lorsqu’on voyage de cette façon, il faut sans cesse prendre de la Vitesse, et parfois on fait une petite erreur de planification, et on Ralentit. Voilà ce qui est arrivé à Robert Stoneham, qui se retrouve à errer dans une ville glauque, où il s’est réveillé dans un hôpital…

 

Toujours plus vite

Étonnant texte que ce “Continuum”. A la fois terriblement excitant une fois qu’on a saisi le concept qui le sous-tend, et terriblement frustrant tant l’auteur peine à expliciter le dit concept. Grosso modo, il s’agit pour Robert Stoneham (le personnage principal), un “Fogg”, c’est à dire un riche voyageur qui, s’il parvient à Accélérer (la majuscule n’est pas là par hasard), à prendre de la Vitesse (là non plus), va tendre à se rapprocher du fameux Continuum, un bon gros MacGuffin bien voyant, tout en modifiant la réalité autour de lui. Ce n’est pas clair ? C’est normal.

Prendre de la Vitesse, c’est voyager sans cesse, sans s’arrêter, en voiture en train puis en avion, passant d’aéroports aux gares et autres terminaux de voyages quasiment sans discontinuer. Avec pour effet de traverser des villes et des pays (plus ou moins uchroniques) de plus en plus agréables, technologiquement plus évoluées, au niveau de vie plus élevé. Le but étant de parvenir à ce Continuum que certains voyageurs semblent avoir atteint mais duquel ils ne sont jamais revenus.

Mais le moindre problème peut faire Ralentir. Et Ralentir, volontairement ou non, c’est revenir dans des zones moins huppées. Et un Fogg peut être Ralentit par un Fix, une personne qui souhaite se faire un nom en Ralentissant jusqu’à l’arrêt un riche Fogg. Et c’est peut-être bien ce qui est en train d’arriver à Robert Stoneham, lui qui se réveille dans un hôpital d’une ville sordide, victime d’une obscure maladie, avec en tête un rêve étrange. Ce n’est toujours pas clair ? C’est normal.

Et c’est bien le problème de ce texte. Quand on saisit le truc, c’est potentiellement super intéressant, le problème c’est qu’il faut le piger, et même après avoir lu le texte et rédigé cet article, je ne suis toujours pas sûr d’avoir tout bien saisi. En fait, “Continuum” donne l’impression que James Lovegrove a pensé à un concept intéressant mais qu’il n’a pas su l’utiliser/l’expliciter clairement.

Alors pendant tout le texte, au demeurant pas désagréable à lire, on lutte pour y voir clair avec le sentiment qu’on est à deux doigts d’avoir un texte renversant. Sans jamais y parvenir. Bien sûr, on peut voir dans tout ça une critique du tourisme fait à toute vitesse, sans s’attarder sur ce qu’on a devant les yeux et courant à droite à gauche à la poursuite de pas grand chose, et c’est aussi un hommage à Jules Verne avec cette “Fogg Society” qui a ses bureaux à Londres (on pense bien sûr au Reform Club auquel Jules Verne fait référence dans “Le tour du monde en 80 jours”, roman dont le personnage principal est PhileasFogg !) et dont le fondateur s’appelle Julian Vernon. Robert Stoneham possède par ailleurs un Passepartout, un gadget qui lui permet notamment d’avoir des traductions instantanées de n’importe quelle langue, clin d’oeil plus qu’appuyé au Jean Passepartout de Verne.

Ceci étant posé, où cela nous mène-t-il ? A la conclusion du texte de Lovegrove, qui tente de boucler la boucle avec les premiers mots du récit, sauf que, là encore, je n’ai pas su interpréter ce que l’auteur a voulu dire. Ça commence à faire beaucoup. Pourtant, aussi étrange que cela puisse paraître, je ne peux pas dire que je n’ai pas apprécié ce texte, mais je n’ai pas su le comprendre, tout en ayant constamment en tête qu’il ne manque pas grand chose pour en faire quelque chose de vraiment bien. Mais en l’état, ça ne fonctionne pas. Dommage.

 

Critique écrite dans le cadre des challenges “Le Projet Maki” de Yogo.

 

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