Lorhkan et les mauvais genres https://www.lorhkan.com Science-fiction, fantastique, fantasy Thu, 26 Mar 2020 14:19:00 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=5.3.2 88322955 Concours Ken Liu / Pocket / Outrefleuve : les résultats ! https://www.lorhkan.com/2020/03/28/concours-ken-liu-pocket-outrefleuve-les-resultats/ https://www.lorhkan.com/2020/03/28/concours-ken-liu-pocket-outrefleuve-les-resultats/#comments Sat, 28 Mar 2020 06:30:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12225 Oyez, oyez, le concours Ken Liu / Pocket / Outrefleuve étant clôt, il est temps de proclamer les résultats ! Avant toute chose, merci aux participants d’avoir, euuuuh… participé ! 😀 Et aux éditeurs Pocket Imaginaire et Outrefleuve d’avoir mis ces livres à disposition pour ce concours. Dans l’idéal, ils...

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Oyez, oyez, le concours Ken Liu / Pocket / Outrefleuve étant clôt, il est temps de proclamer les résultats !

Avant toute chose, merci aux participants d’avoir, euuuuh… participé ! 😀 Et aux éditeurs Pocket Imaginaire et Outrefleuve d’avoir mis ces livres à disposition pour ce concours. Dans l’idéal, ils auraient fait un parfait palliatif au confinement actuel mais envoyer un colis ne fait pas vraiment partie des premières nécessités et je vais donc repousser un peu l’expédition des lots…

Mais malgré tout, nous avons deux gagnants ! Avant de hurler leur glorieux nom à la face du monde, je reviens sur les questions du concours.

A la question du lieu de naissance de Ken Liu, presque tout le monde a eu la bonne réponse, qui était la Chine. Oui presque, car un des participants a considéré qu’il était péruvien. Je table malgré tout sur une erreur d’inattention… 😀

La deuxième question proposait quatre récits de l’auteur sont l’un a été adapté en court-métrage. Il fallait répondre “Souvenirs de ma mère”, texte dont j’avais déjà parlé dans l’article consacré au Bifrost 91, le court-métrage ayant aussi eu droit à quelques lignes dans un autre article. Très exactement 21,6% d’erreurs tout de même sur cette question.

Et enfin, question numéro trois qui demandait un petit peu de recherche, je vous demandais de m’indiquer de la montée au pouvoir de quelle dynastie chinoise dans notre histoire s’est inspiré Ken Liu pour l’écriture de “La grâce des rois”. La bonne réponse était la dynastie Han (qui a émergé après la chute de la dynastie Qin), comme il l’a indiqué dans plusieurs interviews ou articles (un exemple parmi de nombreux autres). 37,8% d’erreurs sur cette question, qui a vraiment fait un écrémage parmi les participants.

Et donc, restait la question subsidiaire servant à départager les bonnes réponses. A l’issue des trois questions précédentes, il ne restait que 45,9% des participants qui avaient tout juste.

Parmi ceux-ci, nous avons Cornwall qui avait estimé le nombre de participants au concours à 35 personnes, concours qui en aura réuni 37. Elle est donc la plus proche et remporte le premier lot, à savoir “La grâce des rois” (en poche), “Le goût de la victoire” (en grand format) et “Le mur de tempêtes” (en grand format également). Bravo à elle !

Le deuxième lot, “La grâce des rois” (en version poche), revient à MarionK dont l’estimation était de 42 personnes, bravo à elle également. Chose amusante, si tous les participants avaient donné de bonnes réponses à chaque question, les résultats auraient été les mêmes, pas de regret donc pour ceux qui ont fait des erreurs, d’inattention ou non.

Je contacte les deux gagnantes rapidement pour récupérer leur adresse, le confinement faisant le reste pour le délai avant l’expédition…

Encore merci à tous, et surtout lisez Ken Liu (et #RestezChezVous 😉 ).

 

    

 

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Abimagique, de Lucius Shepard https://www.lorhkan.com/2020/03/26/abimagique-de-lucius-shepard/ https://www.lorhkan.com/2020/03/26/abimagique-de-lucius-shepard/#comments Thu, 26 Mar 2020 06:30:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12215 Je me rapproche du but : être (presque) à jour des parutions de la collection “Une heure-lumière”. “Abimagique” est l’avant-dernière étape. Et quelle étape puisque Lucius Shepard (déjà au catalogue de la collection avec “Les attracteurs de Rose Street”), auteur singulier s’il en est, est un des chouchous des éditions...

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Je me rapproche du but : être (presque) à jour des parutions de la collection “Une heure-lumière”. “Abimagique” est l’avant-dernière étape. Et quelle étape puisque Lucius Shepard (déjà au catalogue de la collection avec “Les attracteurs de Rose Street”), auteur singulier s’il en est, est un des chouchous des éditions du Bélial’, à juste titre.

 

Quatrième de couverture :

« C’est la fille coiffée style Halloween. Coupe Morticia Addams, teinture noir de jais, mèches orangées asymétriques. Elle a vingt-quatre ou vingt-cinq ans. Une femme-enfant, songes-tu, qui dévore des biographies d’empoisonneurs célèbres et s’est affublée des piercings les plus douloureux du marché. De la chair à goth typique. Pourtant, une fois passé les cheveux, les robes vintage, la bague-araignée au ventre de perle, les tatouages sur les mains (un crâne de vampire, un cœur humain) et le maquillage outrancier, tu remarques que son visage est empreint d’une douceur et d’une sensualité maternelles qui semblent trop vulnérables pour participer de ce monde moderne… »

Elle a pour nom Abi — diminutif d’Abimagique. Elle est volupté, sensualité, violence aussi, parfois.  Le monde court à sa perte, elle en est convaincue, mais elle dit avoir le pouvoir de sauver ce qui peut l’être… Elle est impénétrable. Possible qu’elle soit Cybèle, Magna Mater, femme sorcière tellurique. Possible aussi que le temps soit venu ; celui du sacrifice…

« Lucius Shepard est incomparable… » THE TIMES

 

Tu tenteras le tantra

Lucius Shepard, en écrivant cette novella, a fait un pari, un peu sur un coup de tête comme il s’en explique dans une courte postface. Un pari sacrément casse-gueule : utiliser la deuxième personne du singulier. D’autres l’ont fait avant lui bien sûr, mais le risque est élevé. L’intérêt d’une telle technique narrative est d’impliquer le lecteur, et ici ça fonctionne à la perfection. Il faut dire que l’identification du lecteur au personnage principal, qui n’est d’ailleurs pas nommé, fonctionne à plein alors qu’il sont l’un comme l’autre ballottés au gré d’évènements qui les dépassent et qu’ils sont bien en peine de comprendre. A moins qu’il ne s’agisse d’une personne qui s’adresse à elle-même, avec donc une forte dose de subjectivité, ce qui correspond là aussi tout à fait à l’esprit du récit…

Car Abimagique, cette femme voluptueuse et mystérieuse que croise pour la première fois notre homme dans un restaurant, semble être bien plus qu’une “simple” femme. Qui est-elle réellement ? Que cherche-t-elle, ou plutôt contre qui lutte-t-elle ? Le personnage principal (le lecteur ?) n’est-il pas en train de se faire manipuler, d’être un simple objet utilitaire sous l’emprise d’une femme fascinante et hypnotisante aux buts et aux pratiques obscures, portant de mystérieux tatouages, étrangement proche de la nature, à la sexualité tantrique débridée ? Autant de questions qui n’auront guère de réponses à l’issue d’un texte à la conclusion ouverte, et dont on sent bien que l’histoire se poursuit au-delà de la dernière page. De fait, il appartiendra au lecteur d’imaginer ses propres explications à partir des maigres informations délivrées au cours du récit, se demandant si ce qu’il a lu (ou vécu…) est une réalité pleine de surnaturel ou bien le fruit d’une imagination déchaînée…

Pour magnifier ce récit troublant et fascinant, on peut bien sûr compter sur la plume de Lucius Shepard, toujours aussi précise, poétique, chatoyante. Les mots sont justes, les descriptions tout comme les pensées du personnage principal sont une merveille stylistique (qui doit bien sûr beaucoup à la qualité de la traduction de Jean-Daniel Brèque, traducteur attitré de Lucius Shepard, auquel l’auteur fait d’ailleurs un bref clin d’oeil dans le texte). On ne sera donc pas étonné de constater que l’utilisation de la deuxième personne du singulier semble être une formalité pour un écrivain aussi talentueux.

Je ne m’étalerai pas plus sur un texte qui n’en sera que meilleur si le lecteur en sait le moins possible. Tout juste pourrai-je conclure sur le fait que ce récit, puissamment érotique (mais dans un tout autre genre que “Les attracteurs de Rose Street”) et à l’ambiance troublante, poisseuse et sensuelle tout autant que captivante (à l’image du personnage d’Abimagique, qui échappe à toute classification), exerce une réelle fascination longtemps après avoir tourné la dernière page. N’est-ce pas la marque des grands ?

 

Lire aussi l’avis de Gromovar, Feyd Rautha, Célindanaé, Artemus Dada, Yuyine, Ombre Bones, Fantastinet, Boudicca, Stéphanie Chaptal, Mélie

Critique écrite dans le cadre du challenge “Le Projet Maki” de Yogo.

 

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L’enfance attribuée, de David Marusek https://www.lorhkan.com/2020/03/23/lenfance-attribuee-de-david-marusek/ https://www.lorhkan.com/2020/03/23/lenfance-attribuee-de-david-marusek/#comments Mon, 23 Mar 2020 06:30:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12190 “Une heure-lumière”, encore et toujours, histoire d’être à peu près à jour sur les sorties de la collection (encore qu’avec le confinement, la dernière sortie en date au moment où j’écris ces lignes, à savoir “Le temps fût” de Ian McDonald, attendra un peu, d’autant que j’ai du coup un...

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“Une heure-lumière”, encore et toujours, histoire d’être à peu près à jour sur les sorties de la collection (encore qu’avec le confinement, la dernière sortie en date au moment où j’écris ces lignes, à savoir “Le temps fût” de Ian McDonald, attendra un peu, d’autant que j’ai du coup un peu l’esprit ailleurs…), avec un autre auteur peu connu en francophonie, Dave Marusek.

 

Quatrième de couverture :

« Le 30 mars 2092, le ministère de la Santé et des Affaires sociales nous délivra un permis, à Eleanor et moi. Le sous-secrétaire d’État à la Population nous fit part de la nouvelle avec les félicitations officielles. Nous étions abasourdis par tant de bonne fortune. Le sous-secrétaire nous invita à contacter l’Orphelinat National. Dans un tiroir se trouvait un bébé à notre nom. Nous étions fous de joie. »
En cette fin de siècle surpeuplée, quand les traitements anti-vieillissements rendent chaque individu virtuellement immortel, avoir un enfant relève du luxe le plus extrême. Sam Harger, artiste spécialisé en design intérieur, ne s’attendait pas à tant de bonne fortune lorsqu’il rencontra l’ambitieuse Eleanor Starke. Couler le parfait amour, puis obtenir l’autorisation d’avoir un bébé… une chance inouïe pour le couple, qui ne cache pas son bonheur. Mais dans ce monde surveillé à l’extrême, dominé par l’informatique et les intelligences artificielles, est-on jamais à l’abri des bugs ?

 

Grandeur et décadence…

David Marusek n’est pas publié ici pour la première fois en France puisque cette novella, déjà publiée chez le Bélial’ dans le millénaire précédent (en 1999), est donc une réédition (la première de la collection “Une heure-lumière”). En sus, il avait déjà bénéficié de la publication de deux de ses nouvelles dans les revues “Etoiles vives” et “Fiction”, et d’un roman, “Un paradis d’enfer”, aux Presses de la Cité, roman dont “L’enfance attribuée” dont il est question ici est en fait l’introduction.

Et donc, “L’enfance attribuée” nous présente un futur fin de 21e siècle où l’humanité a pour ainsi dire atteint l’immortalité et donc a drastiquement restreint les naissances. Ce futur, richement doté en hautes technologies avec les applications qui vont avec (assistant personnel très évolués dotés de proto-personnalité (pour une novella écrite en 1995, on admirera l’aspect visionnaire avec ce vers quoi tendent les Siri, Alexa, Cortana et consorts…), hologrammes permettant d’assister à distance à n’importe quel évènement ou bien un simple dîner entre amoureux, bases lunaires, clones génériques chargés des “basses besognes”, etc…), est bien décrit, d’une manière très positive à travers le couple au centre de l’histoire, Sam Harger et Eleanor Starke, l’un artiste designer bien implanté dans la jet-set, l’autre politicienne en pleine ascension, deux personnages qui ont l’heureuse surprise de se voir attribués, sans l’avoir demandé, un bébé. Don du ciel ou cadeau  empoisonné ?

Car quand la machine s’emballe, après une longue introduction nous montrant la rencontre des deux personnages, leur mise en couple malgré leurs emplois du temps bien remplis et des vies finalement assez différentes, David Marusek nous montre l’envers du décor et l’implacable rouleur compresseur d’une société faite pour les plus riches et qui, pour ceux qui s’écartent du droit chemin, quelle qu’en soit la raison, avérée ou non, ne fait preuve d’aucune clémence, méprisant même les droits les plus basiques.

Oui la première partie de “L’enfance attribuée”, disons quasiment les deux premiers tiers, est un peu plan-plan et longuette, certes loin d’être inintéressante dans ce qu’elle présente de cette société du futur, mais laisse un peu à désirer sur le plan de l’intrigue. Mais tout cela sert en fait à mieux mettre en relief le dernier tiers (ou peut-être est-ce l’inverse…) qui brise le rêve et cette douce langueur qui s’était installée auparavant. Le choc est violent, pour le lecteur comme pour les protagonistes.

Et même si David Marusek se garde bien de tout révéler, notamment sur les causes et les personnes derrière les évènements touchants Sam et Eleanor (mais dont les réponses existent dans la “version longue”, à savoir le roman “Un paradis d’enfer” ? Je ne saurais dire…), il n’en reste pas moins que le texte est, ça commence à devenir rengaine, une nouvelle belle réussite dans la collection. Sans doute pas un chef d’oeuvre mais incontestablement un texte qu’on lit avec un grand plaisir.

 

Lire aussi l’avis de Gromovar, Vert, Fantastinet, Célindanaé, Yogo, Le chien critique, Aelinel, Boudicca, PatiVore, Yossarian, Un bouquin sinon rien

Critique écrite dans le cadre du challenge “Le Projet Maki” de Yogo.

 

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Acadie, de Dave Hutchinson https://www.lorhkan.com/2020/03/19/acadie-de-dave-hutchinson/ https://www.lorhkan.com/2020/03/19/acadie-de-dave-hutchinson/#comments Thu, 19 Mar 2020 06:30:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12176 Allez hop, on continue (dans un parfait désordre mais on s’en fiche) d’écluser le retard pris sur les sorties de la collection “Une heure-lumière”, avec cette fois une novella d’un parfait inconnu, Dave Hutchinson.   Quatrième de couverture : Il y a la Colonie, une constellation d’habitats spatiaux cachée au...

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Allez hop, on continue (dans un parfait désordre mais on s’en fiche) d’écluser le retard pris sur les sorties de la collection “Une heure-lumière”, avec cette fois une novella d’un parfait inconnu, Dave Hutchinson.

 

Quatrième de couverture :

Il y a la Colonie, une constellation d’habitats spatiaux cachée au sein d’un système stellaire isolé et sans intérêt. Et puis il y a Duke, le Président de ladite Colonie, élu au poste car il était précisément le type qui le désirait le moins. Essentiellement honorifique, le job s’avère toutefois offrir certains avantages. En temps normal… Car voilà qu’une sonde terrienne franchit les limites du système. La pire des nouvelles au regard des membres de la Colonies, eux qui, sous la houlette d’Isabel Potter, généticienne de légende, ont élaboré une utopie contrainte de fuir l’autorité du Berceau depuis plus de cinq siècles. Or, en ce qui concerne le viol des strictes lois bioéthiques terriennes, il n’existe aucune prescription, et la Colonie n’encourt rien moins que l’annihilation. Sauf à ce que Duke, contre toute attente, ne se révèle l’homme de la situation…

 

Twist and shout

Dave Hutchinson, c’est qui ça ? On peut se poser la question puisque l’auteur britannique de bientôt 60 ans voit avec “Acadie” sa première traduction en francophonie. Un petit défi pour le Bélial’ et sa collection “Une heure-lumière” tant on sait que lancer un nouvel auteur n’est jamais simple. Mais un défi déjà relevé par l’éditeur avec Geoffrey Landis (qui avait certes déjà été publié mais il y a bien longtemps, l’éditer de nouveau c’est donc un peu recommencer de zéro) ou bien Victor LaValle.

Et voici donc Dave Hutchinson qui débarque avec cette novella se déroulant dans un futur lointain (que le lecteur pourra approximativement dater à plus de cinq siècles après notre époque), un futur qui a vu l’humanité essaimé à travers la galaxie, sous l’égide de l’Agence. Mais “Acadie” nous montre la dissidence avec Duke (de son vrai nom John Wayne Faraday, vous voyez la référence ? 😉 ), le Président (non volontaire, puisque ne sont élus que ceux qui ne veulent pas le pouvoir) de la Colonie, sorte d’agrégat d’habitats spatiaux, issus de la fuite d’Isabel Potter, géniale généticienne, et de ses disciples qui ont donc fondé cette Colonie hors de la juridiction de l’Agence.

Mais l’Agence, malgré les cinq siècles passés depuis cette acte de dissidence initiale, reste toujours à la recherche de Potter, et la Colonie est donc toujours sur le qui-vive, avec notamment une “ligne d’alerte” composée de machines de von Neumann chargées de signaler toute intrusion étrangère.

Mené tambours battant, avec un juste dosage d’humour, de référence geek (les Écrivains, fondateurs historiques de la Colonie et grands utilisateurs d’une génétique sans limite, sont un mélange hétéroclite de toute une pop culture très actuelle : elfes, vampires, Klingons, etc…), et de haute technologie (la génétique bien sûr mais aussi les voyages spatiaux relativistes et les habitats extra-terestres), “Acadie” est un sympathique récit de SF space-opera, vif et enlevé mais qui il faut l’avouer, ne semble rien amener de réellement original ou surprenant.

Jusqu’à ce qu’on en arrive au twist majeur, remarquablement amené, déroutant, inattendu. Je n’en dirai rien de plus bien sûr mais c’est le genre de twist qui donne envie de relire le texte pour voir si des indices étaient bien présents. Ça n’en fait pas un texte révolutionnaire pour autant mais ça lui donne une réelle plus-value et amène il faut bien le dire une bonne grosse dose de plaisir quand on le découvre.

Space-opera transhumaniste, abordant la génétique dans ses avantages comme ses mauvais côtés, “Acadie” est donc un récit, à défaut d’être incontournable, tout à fait à même de divertir le lecteur durant deux heures. Et c’est bien là l’essentiel.

 

Lire aussi l’avis de Feyd Rautha, Gromovar, Yogo, Vert, Acaniel, Hellrick, Elhyandra, Célindanaé, Pativore, Yossarian, Dionysos, Bad Tachyon, François Schnebelen, Nicolas, Allan, Yuyine, Un bouquin sinon rien, Noé Gaillard, Vincent Degrez, Stéphanie Chaptal, Sylvain Bonnet

Critique écrite dans le cadre du challenge “Le Projet Maki” de Yogo.

 

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Concours Ken Liu / Pocket / Outrefleuve https://www.lorhkan.com/2020/03/16/concours-ken-liu/ https://www.lorhkan.com/2020/03/16/concours-ken-liu/#comments Mon, 16 Mar 2020 06:30:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12133 Oyez, oyez, ce n’est pas courant par ici, mais voici qu’arrive un concours ! Un concours qui respecte la distanciation sociale imposée actuellement ( 😉 ) et consacré à un auteur sino-américain bien connu des fans de SF et de fantasy puisqu’il s’agit de Ken Liu en personne. Et un...

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Oyez, oyez, ce n’est pas courant par ici, mais voici qu’arrive un concours ! Un concours qui respecte la distanciation sociale imposée actuellement ( 😉 ) et consacré à un auteur sino-américain bien connu des fans de SF et de fantasy puisqu’il s’agit de Ken Liu en personne.

Et un concours pour gagner non pas un, non pas deux, non pas trois mais bien quatre livres répartis en deux lots, le premier constitué des trois premiers tomes (traduits par Elodie Coello) de sa série “La Dynastie Dent de Lion” (aux titres français très circonflexes ! 😀 ) à savoir “La grâce des rois” (en poche), “Le goût de la victoire” (en grand format) et “Le mur de tempêtes” (en grand format également, tout juste sorti le 6 février 2020), et le deuxième de “La grâce des rois” en poche (avec, histoire d’être très honnête, quelques petits accrocs sur la couverture dus aux aléas des transports, mais ça reste minime…). Oui, rien que ça. Le (ou la) gagnant(e) du premier lot repart quand même avec à peu près 2000 pages de lecture…

 

 

Le tout organisé suite à un concours (haha !) de circonstances avec Fleuve éditions (et sa collection Outrefleuve) et les éditions Pocket (et sa collection Pocket Imaginaire), que je remercie chaleureusement (et vous aussi n’est-ce pas ? 😉 ).

Pour participer, c’est simple, vous répondez au trois questions ainsi qu’à la question subsidiaire EN SUIVANT CE LIEN, en laissant votre mail et votre pseudo (ou votre nom) pour que je puisse énoncer les vainqueurs et les contacter à la suite (ces informations sont ensuite supprimées, je ne les revends à personne ni ne les utilise à des fins obscures… 😀 ). Pour l’envoi des lots, je n’ai pas de date à vous promettre, ça va bien évidemment dépendre des évènements sanitaires actuels…

Vous avez jusqu’au dimanche 22 mars, 20 heures pétantes ! Bonne chance à toutes et à tous ! 😉

 

    

 

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Zapping VOD, épisode 51 https://www.lorhkan.com/2020/03/09/zapping-vod-episode-51/ https://www.lorhkan.com/2020/03/09/zapping-vod-episode-51/#comments Mon, 09 Mar 2020 06:30:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12103 Neuf mois sans zapping ! La gestation de ce nouveau numéro aura été longue… Mais les vacances scolaires et un enfant qui passe du temps chez mamie nous auront permis de rattraper (une petite partie de) notre retard cinématographique, plus ou moins récent.   Parasite, de Bong Joon-Ho Là clairement,...

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Neuf mois sans zapping ! La gestation de ce nouveau numéro aura été longue… Mais les vacances scolaires et un enfant qui passe du temps chez mamie nous auront permis de rattraper (une petite partie de) notre retard cinématographique, plus ou moins récent.

 

Parasite, de Bong Joon-Ho

Là clairement, le film ayant tellement fait l’actualité ces derniers mois avec rien de moins que la Palme d’Or à Cannes et quatre Oscars aux US, tout le monde en a entendu parlé et tous ceux plus ou moins intéressés par le film l’ont sans doute déjà vu… Sauf peut-être ceux qui ont des enfants… 😀

Toujours est-il que, pour faire court, le film mérite à 100% sa renommée et les prix qu’il a reçus. Il est varié, inventif, intelligent, surprenant, corrosif. Bong Joon-Ho a eu la riche idée de mélanger les genres, faisant de son film tour à tour une comédie, un thriller, un film social. Jouant avec les sentiments que les spectateurs auront à l’égard de cette famille pauvre tentant de jouer les parasites auprès d’une famille riche en profitant habilement de leur niveau de vie, le réalisateur coréen nous les présente sous un jour sympathique avant de progressivement révéler l’envers du décor, un envers bien moins reluisant qu’il n’y parait.

Mais chacun a ses torts dans ce film incisif et complexe sur le plan relationnel, où l’intrigue prend progressivement une tournure très radicale. Imprévisible, passant du rire aux larmes, parfois terrifiant, “Parasite” est une réussite totale.

 

Gatsby le magnifique, de Baz Luhrmann

Posons les choses d’emblée : je n’ai pas lu le roman de Francis Scott Fitzgerald, dont est tiré le film de Baz Luhrmann. Voilà qui est dit, ce qui m’empêche de faire quelque comparaison que ce soit et de ne prendre le film que pour ce qu’il est : un film.

Un film pas désagréable, même si, Baz Luhrmann oblige, tout cela est très clinquant, très coloré. On aimera ou non, j’avoue pour ma part avoir frôlé l’overdose devant cette débauche d’effets visuels numériques omniprésents et très tape-à-l’oeil, mais qui donnent aussi au film une identité visuelle unique… Idem pour la partie musicale où les anachronismes sont une marque de fabrique mais participent là aussi à lui donner un charme indéniable.

Pour le reste, le film dispose d’un casting très réussi avec notamment un Leonardo DiCaprio au top, comme d’habitude, et un Tobey Maguire à qui l’innocence et la naïveté de son personnage conviennent très bien. La fragilité du personnage interprété par Carey Mulligan est également parfaite.

Mais le film ne parvient malgré tout jamais à décoller complètement, peut-être un peu plombé par cette mise en scène grandiosement kitsch (mais très réussie dans son genre) et un peu indigeste qui étouffe une histoire qui aurait mérité un peu plus de délicatesse.

 

Ad Astra, de James Gray

“Ad Astra” nous emmène aux confins de Neptune pour étudier en profondeur les états d’âmes d’un astronaute à la recherche de son père (héros de la conquête spatiale) qu’il croyait mort et dont les autorités lui indiquent qu’en plus d’être vivant, il pourrait bien être une menace pour l’humanité…

Le film est en fait très psychologique, et même s’il ne manque pas de scènes propres à faire se dresser les poils des amateurs de SF (sur la Lune, dans la station norvégienne, autant de scène très jolies mais qui n’ont qu’un très faible impact sur l’intrigue, ou disons plutôt qu’elles amènent de manière très mécanique quelques changements pour remettre le personnage de Brad Pitt au centre de l’attention), le fond même du film n’a rien de SF.

Pour autant, “Ad Astra” est visuellement superbe, très contemplatif dans sa mise en scène qui prend le temps de prendre son temps (un changement bienvenu par rapport aux films épileptiques qu’on nous sert trop régulièrement). On n’a certes pas droit au célèbre morceau “Ainsi parlait Zarathoustra” mais Max Richter et Lorne Balfe ont fait un excellent boulot sur la partie musicale.

Tout cela nous donne un très beau film, à la fois dense et aérien, intime et spatial, une sorte d’épure psychologico-SF existentialiste qui nous emmène infiniment loin dans l’espace pour affronter ce qui est là, tout près, dans notre coeur. Mais il manque peut-être un tout petit peu d’émotion pour totalement emporter l’adhésion malgré l’excellente prestation toute en retenue de Brad Pitt. Remarquable malgré tout.

 

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Isabel des feuilles mortes, de Ian MacLeod – Hors-série 2019 “Une heure-lumière” https://www.lorhkan.com/2020/03/06/isabel-des-feuilles-mortes-de-ian-macleod-hors-serie-2019-une-heure-lumiere/ https://www.lorhkan.com/2020/03/06/isabel-des-feuilles-mortes-de-ian-macleod-hors-serie-2019-une-heure-lumiere/#comments Fri, 06 Mar 2020 06:30:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12165 Mon dernier article sur la collection “Une heure-lumière” du Bélial’ remonte à… juin 2019 ! Le Projet Maki étant l’excuse idéale (si tant est qu’il en faille une) pour s’y mettre, on commence avec le hors-série 2019, offert pour l’achat de deux ouvrages de la collection (offre maintenant périmée, désolé...

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Mon dernier article sur la collection “Une heure-lumière” du Bélial’ remonte à… juin 2019 ! Le Projet Maki étant l’excuse idéale (si tant est qu’il en faille une) pour s’y mettre, on commence avec le hors-série 2019, offert pour l’achat de deux ouvrages de la collection (offre maintenant périmée, désolé pour les retardataires…) qui contient une nouvelle de Ian Macleod, déjà à l’affiche d’UHL avec “Poumon vert”.

 

Quatrième de couverture :

Une Heure-Lumière, c’est la distance que parcourt un photon dans le vide en 3600 secondes, soit plus d’un milliard de kilomètres… C’est aussi le nom d’une collection réunissant vingt-deux titres à ce jour, un espace éditorial inédit, unique, tant par le fond que par la forme, qui ambitionne de faire voyager vite et loin le lecteur. C’est enfin l’une des plus belles réussites de ces dernières années dans le champ hyper balisé des littératures de genre, ici fêtée avec ce hors-série 2019, le deuxième du genre, qui propose une longue novelette inédite du britannique Ian R. MacLeod, auteur dans cette même collection du très remarqué “Poumon vert”
Une heure-lumière… avec les étoiles pour horizon !

 

L’amour au-delà du dogme

Ian Macleod revient donc dans la collection “Une heure-lumière” après y être déjà apparu avec “Poumon vert”, récit qui ne m’avait pas vraiment (ou vraiment pas…) convaincu et qui partage d’ailleurs le même univers que le récit dont il est question ici. Lire ce hors-série, c’est donc un peu quitte ou double concernant l’auteur. Mais je fais confiance à l’équipe éditoriale du Bélial’ (à laquelle Olivier Girard, le grand manitou de cette maison d’édition, rend hommage dans son avant-propos), alors je tente le coup sans trop d’a priori.

“Isabel des feuilles mortes” se présente sous la forme d’une chronique retraçant la vie d’Isabel sur Gezira, “mégapole insulaire”, sorte de bulle de Dyson autour de l’étoile Sabil. Isabel est une banale jeune femme de la rue ayant rejoint, après la guerre des Lys qui a vu s’opposer les différentes Eglises de Gezira, l’Eglise de l’Aube dans laquelle elle va gravir les échelons pour devenir Chanteuse de l’Aube, c’est à dire plus ou moins l’une des nombreuses prêtresses chargées, tout en étant attachées à un grand crucifix tout en haut d’un minaret, de chanter la venue de la lumière alors que de gigantesques miroirs orientent la lumière de Sabil pour éclairer la surface.

Le dogme de l’Eglise de l’Aube est strict, et même particulièrement violent et malsain puisqu’en plus d’attacher les Chanteuses de l’Aube sur ce fameux crucifix, elle les rend aveugle (littéralement) pour qu’elles ne soient concentrées que sur leur sacerdoce. Mais Isabel parviendra miraculeusement à échapper à cette mutilation, ce qui lui permettra, alors qu’elle remarque un miroir mal aligné en haut du minaret, à rencontrer Genya, une bibliothécaire de la Cathédrale du Mot. Naîtra une histoire parfaitement platonique mais qui verra les deux jeunes femmes commettre des impairs mineurs que leur communauté respective ne va pourtant pas apprécier du tout.

La charge de Ian MacLeod contre la religion est très claire, sans en viser une en particulier d’ailleurs : le crucifix fait bien sûr référence au christianisme, les minarets à l’islam. Dogme strict, aliénation par la mutilation, violence extrême pour “faire un exemple” suite au non respect des règles, puis réutilisation de la figure du même martyr pour renforcer son influence sur les peuples, le discours est limpide.

Par ailleurs, Ian MacLeod met à nouveau sa belle plume (magnifiquement servie par l’impeccable traduction de Michelle Charrier) au service d’un récit qui se veut touchant et émouvant (l’histoire entre Isabel et Genya est simple et belle), dur aussi. Mais bizarrement, comme pour “Poumon vert”, le côté touchant de “Isabel des feuilles mortes” n’a pas totalement fonctionné, la faute peut-être à cet aspect “chroniques d’une vie” qui installe une certaine distance avec les faits, qu’ils soient doux ou violents…

Malgré tout beaucoup plus satisfaisant (et plus accessible) que “Poumon vert”, “Isabel des feuilles mortes” n’est donc pas tout à fait, malgré ses nombreuses qualités, le chef d’oeuvre attendu et ce n’est encore pas avec ce récit que ma rencontre avec un texte de Ian MacLeod tournera à l’épiphanie. Mais on s’en rapproche… Et comme Olivier Girard émet l’idée d’un recueil contenant les autres récits de l’auteur situés dans le même univers que les deux textes sus-cités, je garde espoir que ça finisse par arriver.

 

Lire aussi l’avis de Vert, Feyd-Rautha, Nicolas, Acaniel, Célindanaé, Lutin, Dionysos, Yuyine, Aelinel, Ombre Bones, Le Scribouillard.

Critique écrite dans le cadre du challenge “Le Projet Maki” de Yogo.

 

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Lumières noires, de N.K. Jemisin https://www.lorhkan.com/2020/03/03/lumieres-noires-de-n-k-jemisin/ https://www.lorhkan.com/2020/03/03/lumieres-noires-de-n-k-jemisin/#comments Tue, 03 Mar 2020 06:30:00 +0000 http://www.lorhkan.com/?p=11753 Triple vainqueur du Prix Hugo (et consécutivement, une première !) avec sa trilogie de “La Terre fracturée”, N.K. Jemisin “compte” dans le monde de la SF contemporaine. Et voilà qu’a débarqué sur nos étals en septembre 2019 un recueil de nouvelles au volume plutôt conséquent (22 nouvelles pour 450 pages)....

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Triple vainqueur du Prix Hugo (et consécutivement, une première !) avec sa trilogie de “La Terre fracturée”, N.K. Jemisin “compte” dans le monde de la SF contemporaine. Et voilà qu’a débarqué sur nos étals en septembre 2019 un recueil de nouvelles au volume plutôt conséquent (22 nouvelles pour 450 pages). Pourquoi se priver de ce moyen d’explorer une nouvelle facette d’une autrice qui ne mâche pas ses mots et qui ne laisse clairement pas indifférent ?

 

Quatrième de couverture :

À La Nouvelle-Orléans, des dragons hantent les rues inondées après le passage de Katrina ; dans les États esclavagistes du Sud, une mère noire tente de sauver sa fille d’impossibles promesses ; tandis que, dans cette autre réalité, les monstres et les héros créés par l’humanité survivent à la mort de celle-ci, mais pour combien de temps encore, et dans quel but ?

Recueil de nouvelles sombres et engagées, Lumières noires donne à voir notre société contemporaine à travers le prisme d’une myriade de miroirs déformants mais terriblement réels.

 

Rien à jeter !

Le recueil n’est pas forcément simple à aborder puisque les deux premiers textes, s’ils ne manquent pas de qualités, font dans l’abstrait, dans le sens où il n’ y a pas de véritable intrigue. “Ceux qui restent et qui luttent” est un dérivé de “Ceux qui partent d’Omelas” de Ursula Le Guin. Ici, Jemisin présente avec la ville de Um-Helat une, je cite, “utopie post-colonialiste” dans laquelle tous les citoyens (“y compris le pauvre, le paresseux, l’indésirable”) sont importants. Mais à l’instar du récit de Le Guin, maintenir l’utopie d’Um-Helat implique aussi des côtés plus sombres, mais nécessaires.

La ville à nouveau avec “Grandeur naissante” et cette cité de New-York qui, d’une étrange manière, finit par prendre vie et s’incarner dans un avatar, représenté par le narrateur. Noir, celui-ci est confronté à la fois à une invisibilité sociale mais aussi à un racisme quotidien. Un récit très métaphorique mais aussi très puissant. Deux premiers textes d’un abord assez rude mais qui montrent déjà l’écriture incisive, engagée et revendicatrice de l’autrice.

Puis on touche au superbe avec “La sorcière de la terre rouge” qui mêle fantasy, magie et ségrégation à travers la vie d’une femme noire, Emmaline, et ses trois enfants, confrontés à l’incarnation de la soif de pouvoir, d’ascendance et de colonialisme à travers les Dames Blanches. Un texte à la fois beau et rude, touchant dans l’amour que cette mère porte à ses enfants et triste dans la manière qu’elle a de leur apprendre à baisser la tête devant les dominants. La fin nous montre heureusement que les choses changent peut à petit.

Revenir précisément sur chaque nouvelle individuellement reviendrait à écrire un article d’un kilomètre de long, donc j’irai vite sur les textes suivants. On a donc avec “L’alchimista” un joli rapport entre magie et cuisine, “Le moteur à effluent”, l’un des plus réussis textes du recueil, magistral et virevoltant récit d’aventures que n’aurait pas renié Jules Verne, nous donne un superbe mélange entre uchronie steampunk et révolution haïtienne, avec un message fort là encore.

“Nuages dragons” oscille entre post-apo et cyberpunk en confrontant une humanité revenu à une technologie pré-industrielle et une autre humanité hyper-technologique, “La fille de Troie” est en revanche à fond dans le cyberpunk mais humanise des intelligences artificielles tentant de rester cachées des humains. Intelligences artificielles également dans “Major de promotion”, texte post-apo lui aussi (à cause des IA) qui voit une enfant essayer de sortir d’une voie toute tracée.

“Le remplaçant du conteur” fait plutôt dans le conte de fées, mais penche du côté obscur de la chose. “Epouses du ciel” met en scène, sur une lointaine planète, une société uniquement composée de femmes que l’interprétation divergente qu’elles font de la religion va profondément bousculer. “Les évaluateurs” aborde le classique thème du premier contact avec une autre civilisation. Un premier contact à propos duquel on sent bien qu’il y a quelque chose qui ne va pas. Jusqu’à ce que l’on comprenne l’ultime vérité… “Vigilambule”, sur le même thème, est tout aussi terrible dans ce qu’il décrit, et sur ce qui est nécessaire pour se défaire d’une domination violente et meurtrière.

“La danseuse de l’ascenseur” est un texte poétique sur le rêve comme étant la dernière liberté dans un monde ultra répressif. “Cuisine des mémoires” revient sur la cuisine, à travers un récit insistant sur le fait de ne pas ressasser éternellement le passé. “Avide de pierre”, texte qui pourrait faire office de préquelle à la trilogie de “La Terre fracturée”, m’a moins convaincu même s’il aborde lui aussi des thèmes importants.

“Le narcomancien” est un superbe texte de fantasy d’inspiration africaine dans lequel la fécondité des femmes est une arme de pouvoir. Peut-être le seul qu’elles ont, mais peut-être le plus puissant de tous les pouvoirs. “Trop d’hiers, manque de demains” est un récit futuriste sur des univers parallèles. Un récit quantique où forme et fond se complètent habilement. “MétrO” est un récit fantastique qui même hallucinations et légendes urbaines (la ville, comme au début du recueil), celles-ci finissant par vraiment prendre corps. Ou pas.

Dans “Probabilités non nulles”, nouveau récit urbain, les lois du hasard semblent décidément très… hasardeuses ! Enfin, “Pécheurs, saint, spectres et dragons – la cité engloutie sous les eaux immobiles” mélange joliment les suites de l’ouragan Katrina et des dragons dans un magnifique récit très shepardien.

Si je n’ai pas à proprement parlé donné un avis sur chaque texte, c’est tout simplement parce qu’à l’évidence, et c’est suffisamment rare pour le souligner, il n’y a pour ainsi dire rien à jeter dans ce recueil. On oscille entre le bon et le somptueux, et chaque texte a toujours a minima un fond pertinent ou une forme qui lui donne un aspect original.

N.K. Jemisin touche ici à tous les genres de l’imaginaire et le fait avec un imagination et une diversité qui forcent le respect. Les narrations sont variées (première, deuxième ou troisième personne), les structures sur lesquelles elles reposent sont elles aussi diversifiées (rapports scientifiques, mails, chapitres mélangés, légendes racontées, etc…) pour un résultat, soyons clairs, époustouflant.

Autant dire qu’on tient là un recueil essentiel, varié, passionnant, féministe, anti-raciste, parfois dur (y compris “visuellement”), fortement engagé mais qui n’oublie jamais de raconter des histoires. Tout simplement indispensable.

 

Lire aussi l’avis de Gromovar, Tigger Lilly, Cédric, Alaric, Le Chroniqueur, Boudicca, Georges Bormand.

 

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La fin de l’hiver, de Laurent Genefort https://www.lorhkan.com/2020/02/28/la-fin-de-lhiver-de-laurent-genefort/ https://www.lorhkan.com/2020/02/28/la-fin-de-lhiver-de-laurent-genefort/#comments Fri, 28 Feb 2020 06:30:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12121 Puisque “Sauvagerie” de J.G. Ballard ne convenait pas pour le Projet Maki, je me suis tourné vers une des quelques nouvelles isolées qui végètent sur ma liseuse. Place donc à un texte de Laurent Genefort qui a dépassé les vingt ans d’âge (le texte, pas Laurent Genefort. Enfin si d’ailleurs,...

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Puisque “Sauvagerie” de J.G. Ballard ne convenait pas pour le Projet Maki, je me suis tourné vers une des quelques nouvelles isolées qui végètent sur ma liseuse. Place donc à un texte de Laurent Genefort qui a dépassé les vingt ans d’âge (le texte, pas Laurent Genefort. Enfin si d’ailleurs, mais bref, vous voyez ce que je veux dire… 😀 ).

 

Quatrième de couverture :

Canyon, monde clos sur lui-même, sombre peu à peu dans un hiver éternel. Mais les fables ne parlent-elles pas d’un lieu au-delà de la muraille polaire, où au temps jadis l’on pouvait quitter Canyon à bord de grands navires ? À bord d’un dirigeable, l’équipage de Gustav va tenter d’atteindre cet endroit mythique, et peut-être mettre fin à l’hiver…

 

La vie dans une boîte de conserve gelée

Canyon est un monde étrange, sorte de cylindre traversé par un moyeu appelé le Kern. L’hiver y est constant, la lumière constamment crépusculaire quand il ne fait pas une nuit nuire qui dure des semaines…

C’est dans ce lieu ma foi fort accueillant que vit Gustav, un homme bien décidé à rejoindre le Kern, lieu à partir duquel les légendes disent qu’il est possible de quitter Canyon dans de grands navires. Pour cela, il décide de monter une petite opération, en s’associant avec des pirates et un savant. S’en suit un récit riche en action qui voit la petite troupe tenter de rejoindre le Kern, ce qui n’a rien d’une sinécure, et ce qu’il vont y trouver sera bien évidemment très différent de ce qu’ils imaginaient.

Texte tout à fait sympathique datant de 1998, “La fin de l’hiver”, toujours situé dans le monde des Portes de Vangk (univers commun à de très nombreux textes de Laurent Genefort), n’a pas d’autre ambition que de divertir le lecteur. En ce sens, il est tout à fait réussi.

On pourra peut-être regretter une certaine difficulté à bien visualiser tout ce qui est décrit par l’auteur, mais cette petite aventure (certes pas follement originale dans son déroulement) dans un monde très particulier (dont la structure rappelle le Rama de Arthur C. Clarke, revisité à la sauce Genefort) est un petit bonbon tout à fait appréciable.

 

Lire aussi l’avis de Baroona, Philémont.

Critique écrite dans le cadre du challenge “Le Projet Maki” de Yogo.

 

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Sauvagerie, de J.G. Ballard https://www.lorhkan.com/2020/02/24/sauvagerie-de-j-g-ballard/ https://www.lorhkan.com/2020/02/24/sauvagerie-de-j-g-ballard/#comments Mon, 24 Feb 2020 06:30:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12074 Au départ, j’ai lu cette novella d’un peu plus de 100 pages pour le Projet Maki. Et puis je me suis aperçu qu’elle n’avait pas grand chose pour la relier au genre SF, tout juste une très hypothétique et très légère anticipation. Mais qu’importe le flacon, etc… Exit le Projet...

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Au départ, j’ai lu cette novella d’un peu plus de 100 pages pour le Projet Maki. Et puis je me suis aperçu qu’elle n’avait pas grand chose pour la relier au genre SF, tout juste une très hypothétique et très légère anticipation. Mais qu’importe le flacon, etc… Exit le Projet Maki pour cette fois, mais place tout de même à cette “Sauvagerie”

 

Quatrième de couverture :

Pangbourne Village est un enclos résidentiel de luxe près de Londres, où une dizaine de familles aisées vivent en parfaite harmonie et sécurité. Jusqu’au jour où l’on découvre que tous les enfants viennent d’être kidnappés et leurs parents sauvagement massacrés. Deux mois après les faits, les enlèvements ne sont toujours pas revendiqués. Les enquêteurs sont dans l’impasse. La police décide de faire appel à un psychiatre, le docteur Greville, pour reprendre l’enquête.

 

L’ultra-sécurité a un prix…

C’est le massacre de Hungerford qui a inspiré J.G. Ballard pour l’écriture de cette novella. Il en fait d’ailleurs mention au début du récit lorsque le narrateur, Richard Greville, un psychologue appelé pour aider la police dont l’enquête sur le meurtre de 32 personnes et la disparition de 13 enfants dans une résidence fermée piétine, affirme avoir soumis un rapport sur la “fameuse” tuerie de 1987 (le texte de Ballard a été publié en 1988).

Une résidence fermée donc, constituée d’une dizaine de maisons, toutes étroitement surveillées (caméras, gardiens) et habitées par les citoyens les plus aisés du pays. Tout leur est possible, et leurs enfants bénéficient du meilleur, en plus d’avoir toute l’attention de leurs parents qui font tout pour qu’ils obtiennent le même succès qu’eux. Et cela passe donc par un maximum d’activités pour les éveiller au plus d’opportunités possibles que peut offrir un vie de riche. Une vie bien remplie, à l’abri des dangers du dehors, dans un cocon familial hyper “secure” et avec des voisins qui sont dans la même situation. La vie idéale ?

Et pourtant, un matin c’est l’horrible hécatombe. 32 morts, assassinés. Tous les adultes de la communauté, en plus de quelques employés. Mais les enfants ont tous disparu. Où sont-ils ? Qui les a enlevés ? Et pour quelles raisons ? Autant de questions restées sans réponse deux mois après les faits.

Le texte se présente comme un compte-rendu écrit de Richard Greville, qui va permettre au lecteur de voir factuellement la progression de l’enquête du psychologue. Son métier n’est pas anodin : le dossier que le lecteur lit est un rapport circonstancié, officiel en quelque sorte, d’où une froideur clinique du texte. Bien sûr, Ballard en joue à plein pour dépeindre ce microcosme censé être favorisé mais qui fait finalement peur de par son repli total sur lui-même, son environnement aseptisé où les apparences sont trompeuses.

Les descriptions sont précises, cliniques là encore. Le style de Ballard, habituellement plutôt riche, s’efface ici au profit d’un récit quasi documentaire qui ne s’attache qu’aux faits, aussi bruts (et brutaux) soient-ils. Cette froideur du texte, paradoxalement, l’enrichit, lui donne une substance qui rend l’affaire plus terrible encore.

Surtout quand le fin mot de l’histoire, à savoir le, la ou les coupables (suspense…), est dévoilé à mi-récit. Là encore, il y a une raison à ça. Car le point culminant de cette histoire n’est pas tant de savoir qui a commis les crimes que de comprendre ce qui s’est passé, le pourquoi et le comment. Et l’effarement du lecteur est alors en lutte avec un implacable sentiment de malaise, au fur et à mesure de l’avancée de l’enquête du psychologue qui met au jour de dramatiques mécanismes sociaux (auxquels certains pourraient ne pas adhérer, c’est peut-être le point un peu litigieux du récit).

Il est évidemment difficile d’en dire plus sous peine de gâcher la découverte, alors je préfère en rester à ce constat : “Sauvagerie” est un récit terrible. Visionnaire à sa manière, car il montre que Ballard, à travers cette étude sociale d’une petite communauté en cercle fermé, avait déjà senti les dérives de notre société tendant à l’ultra-sécurité, et dont la pression constante ne peut qu’amener la violence, la violence comme la dernière liberté possible. Fascinant. Et glaçant.

 

Lire aussi l’avis de Nebal, Le Tigre, Marcelline, Manu B., Philémont, Nawakulture, Stuntmanmat.

 

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Nuits cristallines, de Greg Egan https://www.lorhkan.com/2020/02/19/nuits-cristallines-de-greg-egan/ https://www.lorhkan.com/2020/02/19/nuits-cristallines-de-greg-egan/#comments Wed, 19 Feb 2020 06:30:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12071 Dans le cadre du Projet Maki, me voilà qui me (re)frotte à Greg Egan, un auteur à la fois fascinant sur le plan des idées et un brin rébarbatif sur le plan du style. Plongeons donc dans un monde virtuel dont le rythme d’évolution a passé la surmultipliée…   Quatrième...

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Dans le cadre du Projet Maki, me voilà qui me (re)frotte à Greg Egan, un auteur à la fois fascinant sur le plan des idées et un brin rébarbatif sur le plan du style. Plongeons donc dans un monde virtuel dont le rythme d’évolution a passé la surmultipliée…

 

Quatrième de couverture :

« Il était un créateur juste, mais pas omnipotent. Ses élagages circonspects représentaient la seule solution. » Daniel Cliff veut créer une IA de niveau humain, dans des buts rien moins qu’égoïstes. Mais quel est le moyen le plus éthique pour y parvenir ?

Avec « Nuits cristallines », nouvelle récompensée par le Prix des lecteurs de Bifrost 2015, Greg Egan donne son avis sur la question de l’intelligence artificielle…

 

Un monde dans un monde

Un riche patron, Daniel Cliff, a un rêve : développer une intelligence artificielle consciente. Un but lointain, tant la recherche avance à pas comptés. Mais Cliff a de larges ressources financières qui lui ont permis de développer un processeur optique très nettement plus puissant que tous les autres. Et avec ce processeur, il décide non pas de faire progresser la recherche fondamentale sur les intelligences artificielles mais plutôt de faire confiance à l’évolution en simulant un monde virtuel (et les créatures qui l’habitent) dont il peut modifier à loisir les paramètres, jusqu’à l’émergence d’une véritable conscience. Les créatures de ce monde vont donc évoluer à toute vitesse, en fonction des orientations dictées par Daniel Cliff, qu’elles soient plaisantes ou non. Quant à Cliff lui-même, son but n’est pas seulement purement scientifique…

Egan, hard-SF et IA, tel est le cocktail de “Nuits cristallines”, nouvelle lauréate du Prix des lecteurs de Bifrost en 2015. Le résultat est, comme souvent avec l’auteur australien, à la fois de haute volée sur le plan des idées et assez peu consistant sur le style ou les personnages. Mais s’agissant d’une nouvelle, ce n’est pas bien grave d’autant qu’ici Egan se fait assez accessible même si la science infuse une grande partie du récit.

On a donc des IA “humanisées” puisque vivant dans un monde certes virtuel pour nous mais bien réel pour elles. Le récit s’intéresse ainsi autant à la science en elle-même (IA et évolution bien sûr, avec un monolithique clin d’oeil visible en couverture, mais aussi quelques débordements physiques et linguistiques) qu’aux dérives qu’une absence d’éthique peut amener. Daniel Cliff, à jouer à Dieu avec ces IA, risque d’ailleurs bien de s’en mordre les doigts… À la vitesse où évolue le monde virtuel que Cliff croit maîtriser, il suffirait de peu pour qu’il finisse par lui échapper totalement… Mais pour quel résultat ? Car parfois, d’un mal peut naître un bien, en tout cas pour un homme de son ambition…

Un nouvelle réussie donc, assez vertigineuse dans ce qu’elle présente malgré une froideur qui colle décidément à la plume d’Egan. Mais bon, la SF est une littérature d’idée, n’est-ce pas ? Et sur ce point, “Nuits cristallines” tape en plein dans le mille.

 

Lire aussi l’avis de Feyd Rautha, Philémont, O comme Colomb.

Critique écrite dans le cadre du challenge “Le Projet Maki” de Yogo.

 

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Aurora, de Kim Stanley Robinson https://www.lorhkan.com/2020/02/14/aurora-de-kim-stanley-robinson/ https://www.lorhkan.com/2020/02/14/aurora-de-kim-stanley-robinson/#comments Fri, 14 Feb 2020 06:30:07 +0000 http://www.lorhkan.com/?p=12017 Kim Stanley Robinson, devenu célèbre grâce à sa trilogie martienne (“Mars la rouge”, “Mars la verte”, “mars la bleue”), est une voix importante dans le milieu de la SF. Je n’avais pourtant jamais lu l’auteur américain, même si ce n’est pas faute d’avoir tourné autour de sa fameuse trilogie. mais...

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Kim Stanley Robinson, devenu célèbre grâce à sa trilogie martienne (“Mars la rouge”, “Mars la verte”, “mars la bleue”), est une voix importante dans le milieu de la SF. Je n’avais pourtant jamais lu l’auteur américain, même si ce n’est pas faute d’avoir tourné autour de sa fameuse trilogie. mais cette fois c’est la bonne, hypé par les bonnes critiques de ce roman datant de 2015 en VO.

 

Quatrième de couverture :

Notre voyage depuis la Terre a commencé il y a des générations.

À présent, nous nous approchons de notre destination.

Aurora. 

Brillamment conçu et merveilleusement écrit, un roman majeur d’une des voix les plus puissantes de la science-fiction moderne. Aurora raconte l’histoire incroyable de notre premier voyage au-delà du système solaire, pour trouver un nouveau foyer.

 

Space, the final frontier…

Après un voyage de 170 ans à 10% de la vitesse de la lumière (avec tout de même plusieurs années d’accélération à l’aide d’un laser tiré depuis Saturne et autant d’années de décélération), les 2122 occupants d’un vaisseau générationnel (qui n’a pas de nom, chose rare) arrivent à destination : l’étoile Tau Ceti, dans la constellation de la Baleine, et notamment la planète E, située dans la zone habitable et dotée d’un satellite (nommé Aurora) qui pourrait être éligible à l’installation d’une colonie humaine.

Mon introduction donne le ton : Kim Stanley Robinson écrit de la hard-SF, “Aurora” ne fait pas exception, et même si les quelques chiffres qui apparaissent dans cette entrée en matière n’ont rien de très effrayants, le roman dans son ensemble est basée sur les sciences, “dures” avant tout (astronomie, biologie, physique…), mais aussi humaines (sociologie et politique). En fait, il est frappant de voir à quel point ce roman est une sorte de roman “total” : tout est réfléchi, tout fait sens, tout est cohérent, dans tout les aspects qu’il aborde. Et comme j’ai envie de dire qu’il aborde tous les aspects, je me permets d’affirmer que tout y est.

 

Les choses qui fâchent d’abord…

Alors c’est vrai, pour évacuer les tares du roman, car il y en a, il faut parler du style de Kim Stanley Robinson. L’auteur n’est certes pas connu pour sa prose lyrique, et effectivement ici c’est sec comme un coup de trique. Très factuel, sans doute un peu froid, avec quelques passages narratifs explicatifs qui relèvent plus du documentaire que du roman.

Mais Robinson a été suffisamment malin pour donner une explication à ce style, qui fait partie du processus narratif du roman puisqu’on s’aperçoit rapidement que le récit nous vient de l’intelligence artificielle qui régit le vaisseau. Celle-ci a en effet été mandatée par Devi, l’ingénieure en chef (née sur le vaisseau puisqu’on parle bien d’arche générationnelle) pour raconter le voyage. Ce n’est pas un détail, puisque ce processus va amener l’IA à appréhender le langage humain sous un angle très analytique mais va surtout la conduire à s’humaniser, à “réfléchir” à son statut, à s’interroger sur la conscience et, le cas échéant, à prendre des décisions.

L’autre défaut du texte est la relative faiblesse de ses personnages, qui manquent clairement d’éclat et qui ne portent pas le récit. On pourrait arguer que c’est une mauvaise chose, et si ces personnages ne sont pas un point fort du récit, il va falloir pour emporter l’adhésion du lecteur que Robinson mette les bouchées doubles sur le reste…

 

Et ensuite, ce qui est bon (c’est à dire tout le reste !)

Et bon sang c’est le cas, mille fois oui ! “Aurora” est un voyage interstellaire époustouflant, reprenant certains thèmes classiques des romans de ce type pour en faire un tout qui, à la condition d’être sensible à ce type de récit bien sûr, va vous faire chavirer plus d’une fois. C’est bien simple, j’ai eu des étoiles plein les yeux à de multiples reprises, le “sense of wonder” est à son sommet quasiment du début à la fin. Le récit est d’une rare ampleur, aborde de manière magistrale des éléments pourtant explorés à de multiples reprises (la colonisation d’une nouvelle planète par exemple), mais il le fait avec un souci du détail et du réalisme saisissant.

Il m’est difficile d’aborder de plus près les différentes étapes du voyage qu’offre ce roman, car expliquer ce qui le rend merveilleux serait spoiler éhontément, et “Aurora” mérite d’être découvert sans connaître ces détails. Alors je tairai les éléments clés de l’intrigue pour insister sur les aspects scientifiques, qui d’ailleurs peuvent donner un piste sur ce que va vivre l’équipage du vaisseau.

 

Syndrome de l’insularité

Robinson, très au fait des sciences, n’ignore pas qu’un long voyage en vase clos pose de sérieux problèmes. Le vaisseau du roman, constitué de deux vastes anneaux (eux-mêmes constitués de douze “biomes” de plusieurs kilomètres de long, recréant différents climats de la Terre, avec la faune et la flore correspondants à ces habitats et susceptibles d’être introduits sur Aurora) reliés à une structure centrale cylindrique, a bien du mal à amener ses occupants à bon port.

Au bout de 170 ans de voyage, malgré un recyclage systématique de la matière (quelle qu’elle soit), le métabolisme de ses biomes souffre de déséquilibres graves, mettant en danger l’existence même de l’équipage. Ce syndrome de l’insularité, couplé au fait que les bactéries qui peuplent ces habitats évoluent beaucoup plus vite que les organismes plus complexes, rend les longs voyages délicats. Il est amusant de constater que c’est cette raison qui a amené Liu Cixin, dans “Terre errante”, à déplacer la Terre plutôt que de construire des vaisseaux, aussi gigantesques soient-ils… Le côté biologique et génétique des choses est donc abordé de près, l’occasion pour Robinson d’étudier de près le fonctionnement du vaisseau du point de vue écologique.

 

Les robinsons suisses humains

Le roman s’intitulant “Aurora”, on a bien sûr droit au débarquement sur ce satellite de la planète E. Un monde fascinant, pas follement original en soi, mais l’installation de la colonie y est décrite avec minutie. Tout comme les précautions prises par les colons. Installation des premiers baraquements, des premiers véhicules, puis premiers déplacements vers ce qui pourrait constituer le premier véritable lieu d’habitation, etc… Cette volonté de réalisme chevillée au corps de Robinson (malgré une utilisation un peu trop intensive pour être tout à fait honnête des imprimantes “à tout faire”, jusqu’à imprimer des imprimantes…) rend cette expédition fascinante, car on y croit. Et inévitablement, l’auteur finit par nous montrer que l’Homme vient de la Terre, et que les autres mondes ne sont pas vraiment faits pour lui.

Enfin l’aspect politique et social est loin d’être négligeable. Car après tout, pour gérer plusieurs générations de voyageurs et une odyssée de près de deux siècles, il faut bien un système. Assez léger malgré tout tant que les occupants du vaisseau, disséminés dans les biomes, mènent leur vie tranquillement vers un objectif qui reste encore lointain, il va devenir critique dès lors que les problèmes font leur apparition et que la population se scinde en plusieurs factions aux avis différents. Il en va de la survie du vaisseau, de la réussite ou non de la “mission”.

 

Une épopée renversante !

Constitué de sept longs chapitres, le roman est donc absolument captivant. Jamais à court d’idées, relançant constamment la machine de chapitre en chapitre pour rendre l’épopée du vaisseau toujours plus palpitante et ambitieuse (ce fabuleux sixième chapitre, vertigineux à souhait, et décrivant une fuite en avant basée sur une navigation gravitationnelle au millimètre près… J’en rêve encore !), et s’inscrivant de manière spectaculaire sur un temps long d’une manière similaire à ce qu’avait fait Poul Anderson avec “Tau zéro” (sans toutefois être aussi extrême), “Aurora” est un spectacle quatre étoiles. Solide scientifiquement, il fait vivre au lecteur une épopée époustouflante.

Et du coup, le dernier chapitre, sur un ton très différent du reste, plus personnel, plus introspectif, détonne un peu. Il a certes son intérêt, avec notamment une conclusion frappante (peut-être amenée de façon un peu trop maladroite…), mais après ce splendide voyage on était en droit d’attendre une fin en apothéose. C’est sans doute pour mieux nous surprendre et mieux faire passer son message que Robinson a procédé ainsi et malgré ce petit bémol, à l’évidence le but est atteint.

Je crois donc que grandiose est un qualificatif qui sied parfaitement à “Aurora”. Les amateurs de grandes épopées spatiales ne pourront qu’être scotchés par ce récit. Certains disent que c’est le meilleur roman écrit par Kim Stanley Robinson. Puisque c’est le premier roman que je lis de cet auteur, je ne peux évidemment pas me prononcer, mais il me donne en tout cas très très envie d’aller voir de plus près le reste de sa bibliographie. Splendide !

 

Lire les avis de Gromovar, Feyd-Rautha, Yogo, Terenceblack, Charybde2, Gepe, Léa Touch Book, Culture vs news, Post Tenebras Lire, Christophe Dasse, Gloubik.

 

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Eugénie grandit, de Ketty Steward https://www.lorhkan.com/2020/02/11/eugenie-grandit-de-ketty-steward/ https://www.lorhkan.com/2020/02/11/eugenie-grandit-de-ketty-steward/#comments Tue, 11 Feb 2020 06:30:43 +0000 http://www.lorhkan.com/?p=12019 France Culture a proposé en fin d’année dernière un cycle de trois fictions radiophoniques, proposé par Stéphane Michaka, et relevant pleinement du genre science-fictionnel. Retour sur l’une de ces fictions, “Eugénie grandit”, signée Ketty Steward.   Quatrième de couverture : 2043, quelque part en France, Eugénie, 15 ans et demi,...

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France Culture a proposé en fin d’année dernière un cycle de trois fictions radiophoniques, proposé par Stéphane Michaka, et relevant pleinement du genre science-fictionnel. Retour sur l’une de ces fictions, “Eugénie grandit”, signée Ketty Steward.

 

Quatrième de couverture :

2043, quelque part en France, Eugénie, 15 ans et demi, vit avec ses parents adoptifs et se sent de plus en plus étrangère à son univers.
Les transformations attendues à l’adolescence s’accompagnent de la découverte de capacités surhumaines qui exacerbent ses questionnements sur les circonstances de sa naissance. Comme si ça ne suffisait pas, elle rate son inscription à l’université, se brouille avec sa meilleure amie et est contactée par une voix, directement dans sa tête.
Eugénie Grandit explore, de l’intérieur, le mythe du surhomme en le réalisant dans un corps vulnérable et en pleine mutation.
C’est la Cyborg d’Haraway incarnée par une adolescente et qui déploie des perspectives nouvelles d’avenir.

 

Dans la trame du réseau…

On change un peu de support avec “Eugénie grandit”, une fiction radiophonique signée Ketty Steward et diffusée sur France Culture au cours du cycle “Mythe d’un futur proche” (proposé par Stéphane Michaka et constitué de trois fictions indépendantes) mettant la science-fiction à l’honneur sur la radio publique. D’une durée d’un peu moins d’une heure, “Eugénie grandit” nous montre la France en 2043, et plus précisément le personnage d’Eugénie, jeune fille de 15 ans, noire et adoptée (par des parents originaires de Martinique, issus d’une classe moyenne de plus en plus reléguée vers les plus défavorisés et qui n’aura sans doute jamais les moyens d’aller sur les traces de leurs ancêtres), pétrie de talent mais qui a du mal à trouver sa voie. La recherche de ses propres origines va la mener à quelque chose de proprement extraordinaire, et qui pourrait radicalement influer sur le destin de l’humanité toute entière.

On attend bien évidemment Ketty Steward sur le terrain de la diversité, de l’engagement pour la cause des personnes racisées, de l’afrofuturisme. Toutes ces cases sont cochées ici, au sein d’un récit résolument SF, s’inspirant ouvertement d’une autre autrice engagée, Octavia Butler et son roman “Le motif”. Dans une France du futur toujours pas débarrassée de ses vieux démons racistes, Eugénie va incarner l’émergence d’une nouvelle humanité et à travers elle Ketty Steward va mettre l’auditeur face à ce qui est régulièrement vécu par les personnes racisées : le rejet, le racisme (ordinaire ou non, peu importe, c’est du racisme). Eugénie est une adolescente qui se cherche, elle cherche sa place, elle cherche ses origines, et les inévitables questionnements liés à cet âge charnière sonnent comme une métaphore de l’apparition de cette nouvelle humanité désireuse de se débarrasser du carcan d’une société à bout de souffle. Et cette mutation, fruit de recherches scientifiques privées où l’éthique et la moralité ont cédé la place à la rentabilité, offre rien de moins que la possibilité de voir ce qui se rapproche d’une dystopie devenir, peut-être, une utopie concrète.

De son côté la narration, découpée en chapitres, fait sens et si certains passages très explicatifs sur cette France de 2043 peuvent détonner dans une fiction qui se veut “vivante”, ils sont en fait parfaitement justifiés narrativement et partent de notre situation actuelle (réchauffement climatique, ingénierie génétique, intelligences artificielles…) pour mieux l’extrapoler. Ces passages en voix off démontrent le pourquoi de leur présence sous cette forme à la toute fin du récit, jusqu’à y inclure l’auditeur lui-même.

Si le rapport avec le roman de Balzac n’apparaît pas clairement (du moins je ne l’ai pas vu mais ma lecture de “Eugénie Grandet” remonte au collège… Le titre permet malgré tout de faire surgir une certaine signification au vu du patronyme de l’héroïne, Eugénie Petit), cette fiction atteint malgré tout pleinement son but. Revendicatrice, engagée, féministe, “Eugénie grandit” est une nouvelle preuve de l’importance que peut avoir la SF sur les réflexions liées à notre monde d’aujourd’hui. Sur la forme, tout n’est certes pas parfait (quelques réactions pas tout à fait naturelles venant des acteurs), mais le fond est très pertinent. On regrettera tout de même que la volonté de mettre en avant des personnages noirs, notamment Eugénie elle-même, n’ait pas été poussée jusqu’au choix de l’actrice qui lui prête sa voix, Louise Legendre (dont la qualité du travail n’est malgré tout pas à remettre en cause) n’étant absolument pas noire…

 

Lire aussi l’avis de Karukerament.

Critique écrite dans le cadre du challenge “Le Projet Maki” de Yogo.

 

Post scriptum : suite à la réclamation de Ketty Steward en personne, l’autrice de “Eugénie grandit” souhaite préciser aux lectrices et lecteurs de ces lignes qu’elle ne se considère pas comme appartenant au mouvement afrofuturiste, contrairement à ce qu’avait présenté Michael Roch dans une conférence aux Utopiales 2019. Par ailleurs, ses écrits abordent de nombreuses thématiques, la diversité et le racisme en font partie mais pas de manière exclusive.

 

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Semiosis, de Sue Burke https://www.lorhkan.com/2020/02/06/semiosis-de-sue-burke/ https://www.lorhkan.com/2020/02/06/semiosis-de-sue-burke/#comments Thu, 06 Feb 2020 06:30:35 +0000 http://www.lorhkan.com/?p=11989 Le besoin de lire de la SF d’évasion, c’est à dire non pas nécessairement un truc pour se vider la tête mais plutôt quelque chose qui parle d’un ailleurs inconnu, de planètes lointaines, etc… m’a fait me tourner vers “Semiosis” de Sue Burke. Un petit groupe de Terriens a fui...

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Le besoin de lire de la SF d’évasion, c’est à dire non pas nécessairement un truc pour se vider la tête mais plutôt quelque chose qui parle d’un ailleurs inconnu, de planètes lointaines, etc… m’a fait me tourner vers “Semiosis” de Sue Burke. Un petit groupe de Terriens a fui la Terre pour reconstruire un monde meilleur, un monde sur lequel ils vont découvrir des choses étonnantes, notamment du côté des formes de vie…

 

Quatrième de couverture :

Ils sont cinquante – des femmes, des hommes de tous horizons. Ils ont définitivement quitté la Terre pour, au terme d’un voyage interstellaire de cent soixante ans, s’établir sur une planète extrasolaire, qu’ils ont baptisée Pax. Ils ont laissé derrière eux les guerres, la pollution, l’argent, pour se rapprocher de « la nature ». Tout recommencer. Retrouver un équilibre définitivement perdu sur Terre. Construire une Utopie. Mais avant même de fonder leur colonie, des drames mettent à mal leur idéal. Avarie sur une capsule d’hibernation, accident d’une des navettes au moment de l’atterrissage. Du matériel irremplaçable est détruit. Les morts s’accumulent. La nature est par essence hostile et dangereuse ; celle de Pax, mystérieuse, ne fait pas exception à la règle. Pour survivre, les colons de Pax vont devoir affronter ce qu’ils ne comprennent pas et comprendre ce qu’ils affrontent.

 

Faire mieux, ailleurs…

Pour fuir la Terre devenue un lieu de violences (de toutes sortes) et de tourments, un petit groupe décide de prendre le large et de partir pour un long voyage en hibernation de plus d’un siècle en direction de la lointaine planète baptisée Pax. Leur ambition : repartir sur des bases saines et créer une meilleure société. Mais rien ne sera aisé puisqu’à peine arrivés, une série d’accidents coûtera la vie à plusieurs voyageurs, privant les survivants de matériel important.

 

Burke-Tchaikovsky, même combat ?

Ainsi donc, à peine plus d’une trentaine de voyageurs débarquèrent sur Pax. Et c’est l’histoire et le développement de cette installation humaine que nous décrit “Semiosis”, sur plusieurs générations, avec plusieurs narrateurs, et avec bien évidemment la rencontre avec des formes de vie inattendues. Le lecteur connaisseur de SF fera sans doute assez rapidement le rapprochement avec “Dans la toile du temps” de Adrian Tchaikovsky, mais mettons tout de suite les choses au point :  les deux romans ont finalement peu de choses en commun. Tchaikovsky et Burke ont en effet décidé de s’intéresser au même thème mais aux deux extrémités du spectre, Tchaikovsky sur un temps très long et géographiquement très vaste, Burke sur un temps assez court (107 ans pour être précis) et géographiquement très restreint (le camp humain, grosse modo, et un peu les alentours).

Deux manières d’aborder le sujet, deux façons de faire qui ont chacune leur intérêt. Sue Burke a décidé de rester “plus humaine” sur l’échelle du temps, permettant au lecteur de voir défiler les personnages et leurs descendants au fil des chapitres (et des années), alors que sur ce point Tchaikovsky avait “triché” en utilisant la cryogénisation pour garder les mêmes personnages humains tout au long de son récit, et un nom conservé au fil des générations d’araignées. Le procédé d’identification du lecteur n’est donc pas tout à fait le même dans les deux cas. Mais trêve de comparaison, puisque les qualités propres de “Semiosis” ne se mesurent pas à l’aune du roman d’Adrian Tchaikovsky.

 

Once upon a time in the west

“Semiosis” a en effet largement de quoi satisfaire le lecteur : une planète inconnue, des formes de vie étonnantes, voilà qui ne peut qu’intriguer le lecteur de science-fiction. Et bien sûr, ce nouveau départ pour ce groupe d’hommes et de femmes qui arrivent sur Pax avec les meilleures intentions. Intentions qui finiront forcément pas se fracasser sur le mur de la réalité. Mais peut-être pas totalement… Sue Burke nous refait donc un peu ici la découverte du Nouveau Monde et l’installation des premiers colons. Si ce n’est que les colons de Pax ont une vraie ligne de conduite, basée sur le respect. Respect de soi-même, respect des autres, y compris de ceux qu’ils ne connaissent pas. Comme d’éventuelles formes de vie intelligentes, radicalement différentes de celles auxquelles nous sommes habitués sur Terre. Le message écologique est donc évident, et le nom de la planète est un indice fort sur le socle de cette nouvelle société.

 

Le bambou, un végétal qui nous veut du bien

“Semiosis” est donc aussi un roman sur l’altérité, l’acceptation d’un autre, très différent. Et si je n’en dis pas plus sur cet (ou ces…) autre(s), c’est pour préserver le suspense, même s’il y aurait beaucoup à en dire. Mais tout de même (parce que c’est plus fort que moi…), l’intelligence végétale, ce n’est pas si courant, même si on pourrait parfois regretter un mode de pensée un peu trop comparable au nôtre (alors que métaboliquement/physiologiquement/biologiquement c’est excellemment bien pensé). Mais après tout, qui suis-je pour juger une espèce que je ne connais pas, née sur une planète beaucoup plus ancienne que la Terre et dont les formes de vie ont forcément évolué différemment et plus longuement ? Qui sait comment se comporteront les bambous terrestres dans un milliard d’années ?… 😉

 

Fin, moyens, etc…

Récit d’une nouvelle micro-société perpétuellement en lutte pour la survie au sein d’un écosystème étonnant, “Semiosis” aborde également, sur un plan plus politique, la façon de gérer cette communauté, aux buts nobles mais aux moyens qui peuvent l’être beaucoup moins. A ce titre, le deuxième chapitre est assez édifiant et ne manquera pas de rappeler le magistral “Kirinyaga” du regretté Mike Resnick.

 

La perfection n’est pas de ce monde

Le roman joue donc sur des thématiques dans l’air du temps, et le fait de manière efficace. Le seul vrai bémol tient sans doute aux personnages. Avec des narrateurs différents à chaque chapitre, il est un peu difficile de s’attacher, l’implication émotionnelle en prend donc un coup. Avec en plus une petit baisse de rythme au début du dernier tiers, pourtant temporellement plus restreint, c’est cette fois l’attention qui faiblit. Mais l’intérêt revient vite quand Sue Burke se décide à lancer un sprint final potentiellement dévastateur.

 

107 ans d’utopie

Sans doute imparfait, “Semiosis” a pourtant bien des arguments pour lui. Politique, social, écologique, abordant l’utopie et l’altérité, il traite de thèmes forts et même si son cadre “restreint” pourrait jouer en sa défaveur, ce serait sans doute oublier un peu vite que micro-société ne veut pas forcément dire micro-roman. Gabriel García Márquez et son “Cent ans de solitude” en sont la preuve la plus éclatante.

 

Lire les avis de Gromovar, Lune, Yogo, Le chien critique, Cédric, AnudarFeyd-Rautha, Anne-Laure, Célindanaé, Boudicca, Nicolas, Le chroniqueur, Yuyine, Mélie, Lisou, Lutin82, Sophie, Touchez mon blog Monseigneur… 

 

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Schémas artificiels, Journal d’un AssaSynth tome 2, de Martha Wells https://www.lorhkan.com/2020/02/03/schemas-artificiels-journal-dun-assasynth-tome-2-de-martha-wells/ https://www.lorhkan.com/2020/02/03/schemas-artificiels-journal-dun-assasynth-tome-2-de-martha-wells/#comments Mon, 03 Feb 2020 06:30:49 +0000 http://www.lorhkan.com/?p=12005 Suite de la très bonne novella “Défaillances systèmes”, “Schémas artificiels” remet en scène l’androïde émancipé imaginé par l’autrice américaine Martha Wells. Toujours sur le format novella (le cycle en compte pour le moment quatre, et un roman est à venir en 2020 en VO), le récit poursuit les aventures d’un...

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Suite de la très bonne novella “Défaillances systèmes”, “Schémas artificiels” remet en scène l’androïde émancipé imaginé par l’autrice américaine Martha Wells. Toujours sur le format novella (le cycle en compte pour le moment quatre, et un roman est à venir en 2020 en VO), le récit poursuit les aventures d’un “assasynth” en quête de lui-même et d’une place au sein d’une société à laquelle il n’est pas censé appartenir.

 

Quatrième de couverture :

Les SecUnits se moquent pas mal des actualités. Même après avoir piraté mon module superviseur et débloqué mes accès, je n’y ai jamais prêté grande attention. D’abord, parce que les téléchargements de contenu multimédia risquent moins de déclencher les alarmes éventuelles des réseaux locaux et satellitaires, mais surtout, parce que les informations sont d’un ennui mortel et que je me fiche éperdument des querelles entre humains tant que je n’ai pas 1) à y mettre un terme, 2) à nettoyer après eux.

AssaSynth se fait passer pour un humain augmenté et embaucher comme consultant de sécurité auprès de trois scientifiques en litige avec leur employeur…

Entre voyage dans la galaxie et exploration de mine abandonnée, Schémas artificiels sonde davantage la conscience émergente du narrateur. Ses relations avec d’autres intelligences artificielles dessinent une fresque de personnages non-humains d’une grande profondeur, rappelant le cycle de « La Culture » de Iain Banks. Et à se mettre au service d’humains, AssaSynth découvre à quel point il est délicat de ne pas s’attacher émotionnellement à ceux qu’on protège.

Défaillances systèmes, la première des quatre novellas qui forment « Journal d’un AssaSynth », a reçu les prix Hugo, Nebula, Alex et Locus.

 

What a feeling

Suite directe de “Défaillances systèmes”, “Schémas artificiels” poursuit l’intrigue lancée par Martha Wells, à savoir la recherche par l’androïde narrateur de sa place au sein de la société humaine, elle qui justement n’en donne aucune aux androïdes, a fortiori quand ils parviennent à pirater leur module superviseur. Pensez donc, un androïde “hors de contrôle”, notamment un SecUnit, c’est à dire un androïde de sécurité doté de nombreux systèmes de piratages et de combat, c’est intolérable !

Pourtant notre “AssaSynth” n’est pas un danger public. Il est même régi (de lui-même) par une certaine droiture, une certaine conscience (professionnelle ou non, allez savoir), qui le poussent à d’une part éviter les carnages (après tout, vu sa condition, il vaut mieux rester discret), et d’autre part à particulièrement veiller sur les humains faisant appel à lui.

 

Voyage, voyage

Car il y en a des humains qui ont besoin de lui, même si ces derniers ne savent pas forcément à qui ils s’adressent réellement. C’est le cas dans “Schémas artificiels” puisqu’un petit groupe de jeunes scientifiques a besoin d’un garde du corps pour superviser (au cas où…) la négociation qu’ils s’apprêtent à mener avec leur patronne soupçonnée de leur avoir volé leur travaux. Un contrat qui tombe bien puisque qu’il va permettre à notre androïde (toujours aussi fan de séries télé, s’il pouvait il y passerait tout son temps !) de revenir sur les lieux qui l’ont vu pirater son module superviseur au cours d’une mission qui a mal tournée (et qui a causé la mort de 57 personnes…).

 

EVE, lève-toi

Scindée en deux parties bien distinctes (la première étant plutôt introspective avec l’interaction entre l’androïde et l’IA d’un vaisseau de transport plutôt bavarde  (que l’AssaSynth va surnommer EVE pour Emmerdeur de Vaisseau Expéditionnaire (en VO : ART pour Asshole Research Transport)) mais importante puisque rapprochant encore un peu plus, ne serait-ce que physiquement, l’androïde de l’espèce humaine, la seconde lançant l’intrigue proprement dite), la novella de Martha Wells capitalise sur ce qui avait fait le succès de “Défaillances systèmes” : intrigue resserrée (même si elle joue sur plusieurs tableaux), de l’action, de l’humour (un peu moins que dans le volume précédent ceci dit), et quelques thèmes plutôt classiques de la SF repris de belle manière sans que cela ne soit particulièrement renversant.

C’est incontestablement efficace, finalement (sans qu’on y prenne garde) hautement sympathique et suffisamment bien mené (y compris dans la méta-intrigue qui court sur les quatre novellas) pour donner envie au lecteur de plonger dans le troisième volume. Je n’y manquerai d’ailleurs pas !

 

Lire aussi l’avis de Dionysos, Anne-Laure, Zina, Lullaby, Un bouquin sinon rien.

Critique écrite dans le cadre du challenge “Le Projet Maki” de Yogo.

 

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Message trouvé dans un exemplaire de Terreplate, de Rudy Rucker https://www.lorhkan.com/2020/01/31/message-trouve-dans-un-exemplaire-de-terreplate-de-rudy-rucker/ https://www.lorhkan.com/2020/01/31/message-trouve-dans-un-exemplaire-de-terreplate-de-rudy-rucker/#comments Fri, 31 Jan 2020 06:30:17 +0000 http://www.lorhkan.com/?p=11997 Le Projet Maki risque de faire apparaître sur ce blog une critique de nouvelle par semaine… Peut-être pas chaque semaine mais en tout cas, c’est avec plaisir que je m’y soumets à nouveau aujourd’hui, cette fois avec Rudy Rucker qui nous permet de revenir sur “Flatland”, cet excellent roman de Edwin...

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Le Projet Maki risque de faire apparaître sur ce blog une critique de nouvelle par semaine… Peut-être pas chaque semaine mais en tout cas, c’est avec plaisir que je m’y soumets à nouveau aujourd’hui, cette fois avec Rudy Rucker qui nous permet de revenir sur “Flatland”, cet excellent roman de Edwin Abbott que je ne saurais trop vous conseiller de lire…

 

Quatrième de couverture :

Toutes mes tentatives de remonter le tunnel ont échoué. Il va m’être nécessaire de continuer mon chemin et de trouver une autre issue. Mais avant de partir, je vais toutefois rédiger un compte-rendu de mes tribulations jusqu’à maintenant.
L’année dernière, je croyais encore que 
Terreplate, le roman de Edwin Abbott, était une œuvre de fiction. Maintenant, je le sais, Terreplate est réelle. Que je lève les yeux et je la vois tandis que j’écris.

Un professeur d’université, parti à Londres sur les traces d’Edwin Abbott Abbott, va découvrir que ce monde bidimensionnel n’est peut-être pas qu’une fantaisie mathématique…

 

Au fond d’un trou vivaient… des figures géométriques !

Courte nouvelle (une petite vingtaine de pages), “Message trouvé dans un exemplaire de Terreplate” vaut surtout pour le fait de retourner sur Flatland, cet étrange monde en deux dimensions qui a donné lieu au récit du même nom de Edwin Abbott, en lui donnant une existence réelle et en justifiant par là même l’étonnante (pour ne pas dire extraordinaire, et pour cause…) qualité du récit de Abbott, auteur qui n’a pourtant pas vraiment fait de vagues, ni avant ni après “Flatland”.

Le texte de la nouvelle est en fait le récit écrit par Robert Ackley, universitaire sur les traces du “mystère” Abbott, dans la marge d’un exemplaire du roman “Flatland”, décrivant la découverte qu’il fait à Londres sur l’ancien emplacement de la City of London School, quand Abbott en était le directeur. Ce qu’il observe fait de “Flatland” autre chose qu’une simple allégorie…

La nouvelle de Rudy Rucker est évidemment un hommage plus qu’appuyé à l’oeuvre d’Abbott et lui permet de jouer avec certaines caractéristiques typiques du monde de Flatland. Au fond, ça ne va guère plus loin, mais par défaut tout ce qui permet de s’amuser et de (re)découvrir “Flatland” trouve forcément grâce à mes yeux… 😉

Quant à savoir pourquoi un traducteur breton officiant à Saint Mammès, lieu ô combien ténébreux et maison mère des démons du Bélial’, a eu l’idée saugrenue de traduire Flatland par Terreplate, il faudra lui demander. L’avantage de ce choix est qu’il semble avoir mis sur les rails une version bretonne de Flatland, et ça, ça vaut de l’or !* 😀

 

* Ceci est bien sûr une private joke, qui peut être décryptée via Twitter😉

 

Lire aussi l’avis de Philémont.

Critique écrite dans le cadre du challenge “Le Projet Maki” de Yogo.

 

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L’incivilité des fantômes, de Rivers Solomon https://www.lorhkan.com/2020/01/27/lincivilite-des-fantomes-de-rivers-solomon/ https://www.lorhkan.com/2020/01/27/lincivilite-des-fantomes-de-rivers-solomon/#comments Mon, 27 Jan 2020 06:30:47 +0000 http://www.lorhkan.com/?p=11982 Le roman “L’incivilité des fantômes” de Rivers Solomon semble avoir fait son effet là où il est passé. Politique, engagé, dénonciateur, voilà des qualificatifs qui s’appliquent bien à la SF dès lors qu’elle donne des textes qui s’intéressent à l’aspect social des choses. Ce roman est de ceux-là.   Quatrième...

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Le roman “L’incivilité des fantômes” de Rivers Solomon semble avoir fait son effet là où il est passé. Politique, engagé, dénonciateur, voilà des qualificatifs qui s’appliquent bien à la SF dès lors qu’elle donne des textes qui s’intéressent à l’aspect social des choses. Ce roman est de ceux-là.

 

Quatrième de couverture :

Aster est une jeune femme que son caractère bien trempé expose à l’hostilité des autres. Son monde est dur et cruel. Pourtant, elle se bat, existe, et aide autant qu’elle le peut, avec son intelligence peu commune, ceux et celles qu’elle peut aider. Mais un jour, un type la prend en grippe. Et Aster comprend qu’elle ne peut plus raser les murs, et qu’il lui faut se tenir grande. Sa rébellion est d’autant plus spectaculaire qu’elle est noire, dans un vaisseau spatial qui emmène les derniers survivants de l’humanité vers un éventuel Eden, un vaisseau où les riches blancs ont réduit en esclavage les personnes de couleur.

Un premier roman qui prend pour prétexte la science-fiction pour inventer un microcosme de l’Amérique, et de tous les maux qui la hantent, tels des fantômes.

 

Perdus dans l’espace

Le Matilda est un vaisseau générationnel en partance vers un monde meilleur. Ayant abandonné une Terre devenue hostile à la vie (du moins c’est ce qu’on devine puisque le lecteur n’en saura guère plus sur le sujet), le vaisseau a pour but de trouver une nouvelle terre promise, propice à l’établissement d’une nouvelle colonie. Si je parle bien de colonie, ce n’est pas un vain mot puisque Rivers Solomon utilise le Matilda (dont le nom est dérivé du Coltilda, dernier navire négrier à avoir accosté aux Etats-Unis) comme c’est souvent le cas dans les récits de SF dystopique “en vase clos” (que cela soit d’immenses immeubles dans “Les monades urbaines” de Robert Silverberg ou bien des silos enterrés dans le bien nommé “Silo” de Hugh Howey, les exemples sont très nombreux), à savoir comme une allégorie d’une situation sociale propre à être dénoncée.

 

L’esclavage du futur, le même qu’avant

Et ici Rivers Solomon frappe fort sur le racisme et l’esclavagisme. Mais pas seulement. Le Matilda n’est en fait rien d’autre qu’une transposition des plantations de canne à sucre du temps de l’esclavage. Le vaisseau abrite les “hauts-pontiers” qui vivent, comme leur nom l’indique, sur les ponts supérieurs. Riches, blancs et bien portants, voire même oisifs, ils se reposent de façon violente et totalitaire sur les “bas-pontiers” chargés des cultures et de tout le travail manuel et harassant nécessaire à la vie de tout le vaisseau. Ce n’est rien de moins que de l’esclavage, et l’analogie avec les plantations est encore plus marqué quand on se rend compte que les bas-pontiers sont toutes des personnes racisées. La transposition et la dénonciation sont dès lors très clairs et prennent en plus une tournure très actuelle si on y ajoute un aspect LGBTQIA+ important.

 

Des personnages torturés

Aster est une des ces bas-pontiers. Orpheline depuis le suicide de sa mère plusieurs années en arrière et à l’identité sexuelle pas vraiment définie, elle a du mal à se faire une place, y compris auprès de ses compagnons d’infortune. Elle ne manque pourtant pas de talent, notamment sur le plan médical, c’est d’ailleurs ce qui lui a permis de fraterniser avec Theo, Chirurgien-Général du vaisseau et accessoirement (ou pas) fils illégitime du Souverain (le dirigeant principal) du Matilda. Mais lui aussi est ostracisé : métis et homosexuel, il ne doit sa situation qu’à son père. Une amie d’Aster, Giselle (femme à fleur de peau, à la psychologie ravagée par les sévices subis depuis l’enfance), va mettre notre jeune héroïne sur la piste du mystère entourant le suicide de sa mère, un mystère qui pourrait bien venir perturber la routine bien rodée de la plantation du Matilda.

 

Une violence omniprésente

“L’incivilité des fantômes” touche donc un sujet fort, un sujet sensible. Et pour bien marquer les esprits, Rivers Solomon, autrice non-binaire, n’épargne pas le lecteur. La première scène est frappante : rien de moins que l’amputation du pied d’une petite fille des bas-ponts. Une scène pas du tout écrite de manière voyeuriste ou gore, mais plutôt pour bien montrer la situation du vaisseau et des bas-pontiers : ces derniers sont en bas de l’échelle, n’ont aucune valeur, et ne peuvent compter que sur eux-mêmes pour survivre.

Et Rivers Solomon de poursuivre sa démonstration avec force : Aster se passe de l’onguent sur les parties intimes pour moins souffrir en cas de viol, elle a subi une hystérectomie pour ne pas tomber enceinte suite à un viol, brimades régulières, exécutions sommaires (y compris sur des enfants), couvre-feu, inspections, la vie dans les plantations le Matilda est un enfer pour les plus démunis. La violence est omniprésente, c’est en fait une caractéristique de la société du Matilda. Une violence qui n’est pas forcément montrée de manière frontale au lecteur (quoique…) mais qui imprègne pourtant chaque page du roman.

Le personnage d’Aster est bien sûr au centre du roman. Personnage complexe, torturé (sur bien des plans…), Aster se débat au sein du Matilda, cherchant tout d’abord une place sans vraiment la trouver avant qu’une cause qui la dépasse ne finisse par la faire grandir. Mais le prix à payer est rude… Pourtant, jamais Aster ne baisse les bras, jamais elle ne se laisse aller à l’abandon, et c’est avec un autre personnage torturé, Theo, qu’elle trouvera la possibilité d’avancer (leur relation est importante, pleine de justesse et loin des clichés habituels), jusqu’à un dénouement doux-amer que je ne dévoilerai évidemment pas.

 

Un roman militant

Alors le féru de SF pourra trouver que le contexte du roman n’est qu’un prétexte et que le fond du récit aurait pu trouver sa place dans un tout autre monde sans que cela ne fasse une grosse différence. C’est vrai (même si Rivers Solomon a pris le soin de donner quelques éléments purement SF comme ces champs de cultures se déplaçant autour d’une étoile artificielle, source d’énergie du vaisseau, une énergie qui d’ailleurs manque aux ponts inférieurs non chauffés…), et ce n’est pas important.

L’important est bien sûr le propos du roman qui, dans un autre contexte aurait pu donner un roman hors du champ de la SF, mais un bon roman est un bon roman, quel que soit son genre. C’est ce qu’est “L’incivilité des fantômes”, un récit sur l’oppression, sur la différence, féministe, âpre, dur, violent, marquant, avec des scènes chocs, militant bien sûr et (malheureusement…) encore nécessaire de nos jours.

 

Lire les avis de Gromovar, Lune, Yogo, Feyd-RauthaNicolas, Chris, Vincent DegrezBonnes feuilles et mauvaise herbe, Vincent Sorel, Jean-Paul Degache.

 

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Le porteur d’eau, de Jean-Marc Ligny https://www.lorhkan.com/2020/01/23/le-porteur-deau-de-jean-marc-ligny/ https://www.lorhkan.com/2020/01/23/le-porteur-deau-de-jean-marc-ligny/#comments Thu, 23 Jan 2020 06:30:59 +0000 http://www.lorhkan.com/?p=11978 Le Projet Maki de Yogo est en route, et c’est l’occasion rêvée d’écluser un certain nombre de nouvelles isolées qui traînent sur ma PAL numérique. Avec au bout du compte, de belles découvertes comme c’est le cas ici avec ce texte de Jean-Marc Ligny.   Quatrième de couverture (ou plutôt...

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Le Projet Maki de Yogo est en route, et c’est l’occasion rêvée d’écluser un certain nombre de nouvelles isolées qui traînent sur ma PAL numérique. Avec au bout du compte, de belles découvertes comme c’est le cas ici avec ce texte de Jean-Marc Ligny.

 

Quatrième de couverture (ou plutôt le début du texte) :

C’est une vallée désertique, terre craquelée, arbres morts, pelade d’herbes jaunes moribondes. Sur les flancs ravinés des collines, des souches calcinées, de la caillasse, des broussailles épineuses et revêches, de la poussière qui volute au moindre souffle de vent. Les empreintes d’anciens champs, des vestiges de clôtures. Au creux de la vallée, quelques fermes en ruines gisent le long de routes défoncées, dont l’asphalte est réduit à l’état de plaques noirâtres. Sur les rives pierreuses d’une rivière asséchée s’étend un village, dont le centre est enclos d’une grossière palissade de tôles. Hors de l’enceinte, les maisons sont abandonnées, écroulées ou incendiées. Une zone artisanale en friche arbore les carcasses dénudées de bâtiments industriels, entourés de traces de parkings envahis de moisine, où achèvent de pourrir deux ou trois épaves de voitures sableuses et mangées de rouille. Au milieu du village, un pont effondré, rafistolé de bric et de broc, enjambe la rivière. Quelques panneaux solaires décatis s’étalent sur les toits des maisons. Quatre éoliennes de guingois tournent en grinçant. Surgissant au-dessus des collines pelées, le soleil se lève sur cette désolation, énorme, boursouflé. La journée s’annonce torride, comme d’habitude.

 

L’espoir s’en est allé…

Ce récit m’en a rappelé un autre, “Exodes”, roman lui aussi signé Jean-Marc Ligny et paru en 2012, soit trois ans après “Le porteur d’eau”, nouvelle parue quant à elle en 2009 dans le numéro 56 de la revue Bifrost. Et pour cause : “Le porteur d’eau” pourrait faire office d’introduction au roman, puisqu’il en partage l’univers, avec les mêmes problématiques mais aussi la même noirceur.

Comme dans “Exodes” donc, le texte se situe dans un avenir relativement proche de nous (en 2080 précisément), dans une France ravagée par le changement climatique. La description du petit village qui ouvre le récit pose le décor : vous qui entrez ici abandonnez toute espérance… Les habitants survivent à peine, doivent quémander (et payer) l’eau potable au village voisin dirigé par un tyran, et subissent les assauts d’un soleil qui brûle tout. C’est dans ce village au bord du délabrement le plus total que Cédric, le maire (ou disons celui qui fait plus ou moins office d’autorité pour prendre certaines décisions), va faire le choix risqué mais nécessaire de faire à pied sous un soleil meurtrier les 15 kilomètres le séparant du village voisin pour ramener de l’eau potable, alors que son épouse Clara est rongée par un cancer de la peau et que les autres habitants meurent eux aussi à petit feu. Les plus riches, eux, sont à l’abri dans des villes sous dôme, à l’abri du danger, à l’abri du climat. Davos est une de ces enclaves, dans laquelle vit la soeur de Clara, Mélanie. Cette dernière va tenter de faire accepter un rapprochement familial pour mettre Clara à l’abri.

Descriptions précises et terribles (les deux extrêmes que sont le village de Cédric et Clara et l’enclave de Davos sont frappants), personnages touchants au bord du chaos, Jean-Marc Ligny met en scène ici ce qui reste de l’humanité après son effondrement dû au réchauffement climatique. Une humanité qui cherche à survivre à tout prix, en s’entraidant (mais pas toujours…), ou en se repliant sur ses privilèges, voire carrément en cédant à la violence la plus meurtrière.

Evidemment, et les lecteurs du roman “Exodes” ne seront pas surpris, le texte est noir, très noir. Cruel même, avec ses personnages, ce qui n’empêche pas “Le porteur d’eau” d’être un excellent récit (Jean-Marc Ligny semble être l’auteur français qui s’est le mieux approprié la problématique du réchauffement climatique sur le plan des conséquences pour les populations), pour ceux qui n’ont pas peur de sombrer dans le désespoir. Est-ce ainsi que cela se passerait si nous en arrivions à une telle situation ? Il est glaçant de le penser, mais peut-être naïf de le nier…

 

Critique écrite dans le cadre du challenge “Le Projet Maki” de Yogo.

 

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Membrane, de Chi Ta-Wei https://www.lorhkan.com/2020/01/17/membrane-de-chi-ta-wei/ https://www.lorhkan.com/2020/01/17/membrane-de-chi-ta-wei/#comments Fri, 17 Jan 2020 06:30:23 +0000 http://www.lorhkan.com/?p=11969 Je suis en ce moment dans un tunnel de SF asiatique puisqu’après deux textes de Liu Cixin (“Terre errante” et “Boule de foudre”), je m’attelle à “membrane”, novella du Taïwanais Chi Ta-Wei. Récipiendaire du Prix United Daily News en catégorie novella, “membrane” est considéré comme l’un des textes fondateurs de...

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Je suis en ce moment dans un tunnel de SF asiatique puisqu’après deux textes de Liu Cixin (“Terre errante” et “Boule de foudre”), je m’attelle à “membrane”, novella du Taïwanais Chi Ta-Wei. Récipiendaire du Prix United Daily News en catégorie novella, “membrane” est considéré comme l’un des textes fondateurs de la littérature queer à Taïwan.

 

Quatrième de couverture :

Momo, une jeune esthéticienne réputée mais solitaire et marginale, vit dans une ville sous-marine d’un monde futur à l’écologie bouleversée. Ayant contracté enfant un virus d’un genre nouveau, il semble qu’elle ait subi de multiples transplantations d’organes artificiels.
Dans ce monde où les corps, les identités et les sexes se métamorphosent et se réinventent, les humains sont-ils encore maîtres de leur mémoire et de leur avenir ? Quel est le véritable passé de Momo ? Les prodigieuses membranes dont elle fait usage dans sa clinique auraient-elles une fonction insoupçonnée ?

 

Ville sous cloche et personnage complexe

Année 2100. La Terre est devenue quasiment inhabitable à cause de la couche d’ozone à tel point dégradée que les rayons UV du Soleil brûlent tout. La solution pour se prémunir de ce danger mortel : aller vivre sous les mers, l’eau étant une barrière naturelle infranchissable. La société s’est donc transformée, au gré d’une technologie qui repousse les limites du vivant : les androïdes sont devenus courants et permettent de s’offrir de nouveaux organes dès lors que la nature ne tient plus la route.

C’est à T-ville, dôme sous marin au large de Taïwan, que travaille et vit Momo, esthéticienne très recherchée par les habitants les plus fortunés. Momo est un personnage marquant, façonné par une vie compliquée : relations conflictuelles avec une mère absente, graves problèmes de santé alors qu’elle avait sept ans l’ayant conduit à trois ans d’hospitalisation, forte amitié avec Andy durant cette hospitalisation jusqu’à ce qu’Andy disparaisse subitement à la fin du traitement de Momo… Tout cela laisse des traces. Momo vit donc en recluse dans son petit appartement jouxtant son cabinet d’esthéticienne.

 

Un texte bien de son époque

“Membrane” a été écrit en 1995, et on s’en aperçoit rapidement, le contexte dans lequel vit Momo ne cesse de la rappeler, certes transposé dans le futur mais quand on parle de trou dans la couche d’ozone, de visiophones, de discolivres, du SIDA ou bien du réseau Gopher (réseau né en même temps que le Web et très largement écrasé par ce dernier depuis), on sent bien le passage des années. Pour autant, l’intérêt de ce texte ne réside heureusement pas dans son utilisation de technologies so nineties.

Son intérêt réside essentiellement dans le personnage complexe de Momo, qui semble n’entrer dans aucun cadre. Genre incertain (garçon d’abord, fille ensuite), difficulté à se situer dans la société, recluse et refusant le contact humain (un comble pour une esthéticienne) mais souffrant de cette mise à l’écart volontaire, Momo semble être en effet une illustration parfaite du mouvement queer qui émergeait alors à Taïwan (comme nous l’indique le traducteur Gwennnaël Gaffric dans sa très éclairante postface sur le mouvement queer et plus spécifiquement sur ce mouvement dans la littérature taïwanaise).

 

Intrigue fragmentée ou fragments d’intrigue ?

Mais l’autre intérêt du récit réside dans une intrigue certes minimaliste (après tout cette novella fait 190 pages relativement aérées, le but n’est pas d’avoir une intrigue ultra fouillée) mais qui réserve bien des surprises, d’autant qu’elle est menée de façon assez originale sur le plan narratif. En effet les trois premiers quarts du récit sont une sorte de récapitulatif de la vie de Momo, tout en introspection et en flashbacks à différentes époques (comme une mémoire fragmentée), très agréable à lire et donnant au lecteur tous les éléments nécessaires au dernier quart qui est le coeur même de l’intrigue (dont je ne dirai rien ici, pour ne rien dévoiler, si ce n’est que tout commence avec la venue de la mère de Momo, qu’elle n’a pas vue depuis vingt ans). On pourrait trouver ça déséquilibré, et ça l’est sans doute, mais pourtant le texte se tient très bien ainsi, intéressant de bout en bout.

Par ailleurs, même si certains éléments de contexte peuvent paraître datés comme je l’indique plus haut, d’autres sont tout à fait étonnants, comme la M-skin, cette membrane utilisée par Momo durant ses prestations d’esthéticienne permettant de vivre par procuration, un moyen de combler le manque affectif qu’elle subit.

 

SF-queer

Texte surprenant, abordant plus ou moins ouvertement les questions d’homosexualité, d’identité et d’appartenance à un genre, de relation à son corps et de ce qu’on en fait, librement ou non (le corps appartient-il vraiment à son propriétaire ou bien est-il utilisé par d’autres, de différentes manières ?), “Membrane” fait mouche. L’intrigue est certes minimalistes mais la chute est surprenante (sans qu’elle soit follement originale). Régulièrement touchant et d’une grande sensibilité malgré un ton narratif assez froid, le texte de Chi Ta-Wei, mélangeant cli-fi, cyberpunk, altération de la réalité et théorie queer, se révèle être un récit de SF tout à fait pertinent, qui mériterait d’être plus connu en francophonie. Une très belle découverte !

 

Lire les avis de Lhisbei, Vert, BrizeLutin rêveur, Stelphique, Ann, Lettres de Taïwan.

Critique écrite dans le cadre du challenge “Le Projet Maki” de Yogo.

 

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Boule de foudre, de Liu Cixin https://www.lorhkan.com/2020/01/14/boule-de-foudre-de-liu-cixin/ https://www.lorhkan.com/2020/01/14/boule-de-foudre-de-liu-cixin/#comments Tue, 14 Jan 2020 06:30:16 +0000 http://www.lorhkan.com/?p=11955 On continue avec Liu Cixin après l’excellente piqûre de rappel de “Terre errante”. Car Liu Cixin n’est pas l’auteur chinois de SF le plus connu dans le monde pour rien : il est doué. “Boule de foudre” le confirme. Il faut clairement que je lise rapidement les tomes 2 et...

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On continue avec Liu Cixin après l’excellente piqûre de rappel de “Terre errante”. Car Liu Cixin n’est pas l’auteur chinois de SF le plus connu dans le monde pour rien : il est doué. “Boule de foudre” le confirme. Il faut clairement que je lise rapidement les tomes 2 et 3 de sa célèbre trilogie du “problème à trois corps”.

 

Quatrième de couverture :

Lorsque ses parents sont réduits en cendres devant ses yeux, le soir de son quatorzième anniversaire, par l’explosion d’une boule de foudre, Chen jure de consacrer sa vie à l’élucidation de ce phénomène naturel resté une énigme pour la science. Il entreprend des études en physique atmosphérique et, lors d’une mission d’observation sur une montagne, il rencontre une jeune femme mystérieuse et séduisante, le major Lin Yun qui, elle, s’intéresse au potentiel militaire de cette foudre si particulière. Son horizon : élaborer l’arme de destruction absolue.

À mesure que ses recherches avancent, Chen est amené à collaborer avec Lin Yun. Leur quête commune les emmène au sommet de montagnes battues par la tempête, dans des laboratoires militaires d’armes expérimentales et dans une station scientifique soviétique désaffectée en pleine Sibérie. Ils pressentent bientôt que la foudre en boule est peut-être bien plus qu’un simple phénomène météorologique de notre monde…

Comme dans la trilogie du Problème à trois corps, Liu Cixin excelle à donner une forme romanesque aux concepts les plus abscons de la physique, au service d’une intrigue qui ne cesse de questionner le monde dans lequel nous vivons. Boule de foudre est un page turner d’exception.

 

Coup de boule ?

Étonnant roman que ce “Boule de foudre”. J’y suis allé non pas à reculons, parce qu’il s’agit de Liu Cixin et que “Terre errante” m’avait rappelé à quel point l’auteur sait écrire de la SF de qualité, mais c’est vrai que le pitch ne me faisait pas rêver. Oui la foudre, bon c’est sympa mais on a vu plus vertigineux. Ok, la foudre en boule est un phénomène qui commence à peine à être compris et recèle encore pas mal de mystères mais de là à en faire un roman de presque 450 pages… Grave erreur ! Car ce roman est un vrai page-turner, du genre qui vous prend dans ses filets rapidement pour ne plus vous lâcher. Certes il prend son temps dans son premier tiers pour dévoiler son potentiel, un potentiel que Liu Cixin se garde bien de dilapider trop rapidement, en faisant monter la sauce de manière régulière.

 

Coup de foudre ?

En effet, après une première scène frappante, sorte “d’origin story” dramatique du narrateur dont on ne connaît que le nom de famille, Chen, le roman déroule l’histoire personnelle de ce dernier, alors qu’il n’a de cesse d’aller vers le but qu’il s’est fixé (à l’instar de ce que lui recommandait son père), c’est à dire étudier le phénomène de la foudre en boule. Jeunesse, études scientifiques, premiers contacts avec le monde la recherche, premiers mentors, la formation du jeune Chen est assez classique mais démontre surtout que le roman semble assez proche de la réalité du terrain de la recherche scientifique en Chine (du moins d’après ce que moi, européen assez éloigné à la fois de la Chine et du monde scientifique, peut en juger). Et puis Chen fait une rencontre décisive : alors qu’il tente de rencontrer une personne ayant été témoin d’une boule de foudre, il croise le chemin de Lin Yun, une jeune militaire qui étudie elle aussi le phénomène, mais dans un but plus… guerrier.

Cette rencontre, aussi courte soit-elle, sera fondamentale pour Chen, et le charisme de Lin Yun faisant le reste (non, n’allez pas imaginer une histoire d’amour, Liu Cixin nous épargne ce poncif), les deux personnages se retrouveront rapidement à travailler ensemble, l’un cherchant à crever l’abcès du drame qui a frappé son adolescence, l’autre montrant une certaine fascination malsaine envers les armes, notamment les armes “nouvelles”, issues des dernières avancées scientifiques. A partir de là, Liu Cixin déroule un récit assez vernien dans le fond (Liu indique en postface que les romans de Verne et Wells ont longtemps été les seuls romans de SF traduits en Chine) dans lequel la recherche scientifique est étroitement liée à ses débouchés technico-technologiques. On pourra certes trouver dérangeant que la science ne soit développée quasiment qu’au travers des applications militaires mais rappelons-nous que nous sommes en Chine… Et donc, on suit les avancées de la science, les découvertes, les surprises même, puis les différentes possibilités techniques qui en découlent. Le tout est assez prenant, pour peu qu’on adhère à une forme parfois un peu trop didactique.

 

Obsessions scientifiques

Et puis, et puis… Liu Cixin s’amuse avec la science, et la boule de foudre ne restera bien vite pas qu’un “simple” phénomène météorologique. Dès lors, les concepts utilisés, même si d’après un certain scientifique Harkonnen ils sont scientifiquement douteux, commencent à flirter avec un certain “sense of wonder” typiquement SF. On pourra regretter que Liu Cixin ne s’aventure pas plus dans des perspectives résolument vertigineuses, préférant rester sur le plancher des vaches, il n’empêche que sa manière de s’emparer de la mécanique quantique pour la mettre en scène sur le plan macroscopique a quand même quelque chose d’assez grisant.

Mais les personnages ne sont pas en reste, au premier rang desquels s’illustrent particulièrement Chen et son obsession de jeunesse, Lin Yun et son obsession des armes et le scientifique Ding Yi et son obsession d’en découvrir scientifiquement toujours plus. Des personnages vivants, crédibles, touchants par moments, parfois glaçants aussi, voire terrifiants quand on constate qu’ils ne vivent qu’à travers leur obsession, oubliant tout le reste, oubliant jusqu’à leur propre vie. À ce titre, le roman est scindé en trois parties, les deux premières se soldant par un constat d’échec et des séparations, alors que la troisième est contée sous forme de flashbacks, comme si le deuxième échec signait la fin de partie pour Chen, qui sort du décor “qui compte” de la science liée à la foudre en boule.

 

Science sans conscience…

Parlant de science et d’armée, le roman n’évite bien sûr pas la réflexion sur le rôle (et la responsabilité) des scientifiques dans le développement des armes de destruction massive, Ding Yi navigant à ce titre sur le fil du rasoir, à moins que lui-même ne sache pertinemment où il met les pieds et ne l’accepte sciemment.

Spoiler !
Je me contente d’assumer mes quelques misérables responsabilités, voilà tout. Tu imagines vraiment que j’en ai quelque chose à faire de tout le reste ? Je n’en ai rien à faire. Aucun physicien n’en a jamais rien eu à faire ! Au siècle dernier, les hommes qui ont remis aux ingénieurs et aux militaires les équations et les méthodes de libération de l’énergie atomique, avant de prendre des mines naïvement attristées devant Hiroshima et Nagasaki… quelle bande d’hypocrites ! Moi, je te dis qu’ils mouraient d’envie de voir ça, ils mouraient d’envie de voir les effets de l’énergie qu’ils avaient découverte ! C’était dans leur nature, ou plutôt dans notre nature. La seule différence entre eux et moi, c’est que je ne suis pas un hypocrite ! Moi aussi, je meurs d’envie de voir ce qui se passe si on mêle deux cordes composées de singularités. Tu crois que le reste m’intéresse ? Quelle blague !

En tout cas, “Boule de foudre” est une belle illustration de la recherche scientifique d’aujourd’hui, celle qui est le fruit de collaborations, celle qui ne peut se faire seul dans son coin, celle qui dès qu’elle répond à des questions s’empresse d’en soulever d’autres, celle qui nécessite du temps (parfois sans obtenir de résultats probants) et de l’argent, celle qui se nourrit des avancées techniques qu’elle amène et qu’elle réutilise pour aller encore plus loin. C’est en ce sens que le roman est vernien, dans une sorte d’ode à la science et aux techniques, quand bien même elle peuvent être détournées à des fins militaires.

Mais le côté militaire ne possède-t-il pas lui-même une ligne jaune à ne pas franchir ? La fin du roman est à ce sujet un bel (?) exemple d’une science au service de l’armée et qui finit par en être le frein, pour le bien de l’humanité (même si la conclusion est peut-être un brin optimiste en ne rentrant pas dans le détail de ce qui découle du dernier acte…) alors que la guerre fait rage entre la Chine et… l’ennemi (que l’on devine sans peine être les USA même s’ils ne sont pas nommés).. Jusqu’à la prochaine découverte…

 

Coup de foudre en boule !

Ainsi donc, “Boule de foudre” est un nouvelle réussite de Liu Cixin, datant de 2004 en VO (2019 chez Actes Sud en français) et donc antérieure à la trilogie qui l’a rendu célèbre mais qui n’en reste pas moins extrêmement plaisante à lire. Des personnages crédibles, une illustration de la recherche scientifique réaliste, un sense of wonder qui répond présent, il y a finalement peu de choses à dire sur un roman qui m’a parfaitement tenu en haleine. Il est fort ce Liu Cixin !

 

Lire les avis de Gromovar, Feyd Rautha, Blackwolf, Anne-Laure, Gepe.

 

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Terre errante, de Liu Cixin https://www.lorhkan.com/2020/01/09/terre-errante-de-liu-cixin/ https://www.lorhkan.com/2020/01/09/terre-errante-de-liu-cixin/#comments Thu, 09 Jan 2020 06:30:08 +0000 http://www.lorhkan.com/?p=11941 Pour inaugurer ma participation au challenge de ce cher Yogo (challenge dont je ferai une présentation plus détaillée ultérieurement, je manque de temps pour l’instant), consistant à lire des textes courts tout au long de l’année, j’ai jeté mon dévolu sur la novella “Terre errante” de Liu Cixin, à paraître...

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Pour inaugurer ma participation au challenge de ce cher Yogo (challenge dont je ferai une présentation plus détaillée ultérieurement, je manque de temps pour l’instant), consistant à lire des textes courts tout au long de l’année, j’ai jeté mon dévolu sur la novella “Terre errante” de Liu Cixin, à paraître le 15 janvier prochain chez Actes Sud dans la collection “Exofictions”, nouvelle à l’origine du film chinois “The Wandering Earth” qui a fait un carton au box-office mondial en 2019. 

 

Quatrième de couverture :

Dans un futur proche, le Soleil se transforme progressivement en géante rouge. La Terre se meurt. Pour contrer cette extinction programmée, les Nations se regroupent pour mettre en branle un projet d’une ambition folle : transformer la planète bleue en un vaisseau spatial à part entière…

Novella écrite en 2000, Terre errante manifeste déjà tout le talent et l’imagination de Liu Cixin. L’adaptation cinématographique (2019), disponible sur Netflix, a été l’un des plus gros succès au box-office mondial.

 

Oubliez le film (sauf les belles images) !

Novella de moins de 80 pages, “Terre errante” est parue en Chine en 2000. Liu Cixin devenant particulièrement populaire dans nos contrées occidentales depuis quelques années (notamment depuis son prix Hugo en 2015 pour le roman “Le problème  à trois corps”), les éditions Actes Sud, à la faveur du film “The Wandering Earth” sorti en 2019 (mais dont le succès fut inattendu sans quoi on aurait pu parier sur une sortie simultanée film-novella…) décident donc de sortir ce texte, avant l’édition des nouvelles complètes de l’auteur en deux volumes en 2021.

Le film ne manquait pas de qualités, notamment sur le plan visuel avec quelques fulgurances pleines de sense of wonder, le tout malheureusement boursouflé d’un héroïsme à faire pâlir les blockbusters américains, et semé de “passages obligés” dans un film de ce type, avec sacrifice, musique retentissante qui n’hésite pas à jouer sur le larmoyant lorsque ce qui fait office de scénario le demande, etc… Bref, avec un fond scientifique tout sauf crédible et des acteurs qui sur-jouent à tel point que ça en devient risible (et exaspérant) “The Wandering Earth” était un film superbe, mais creux et terriblement formaté.

Bonne nouvelle, à la lecture de “Terre errante”, on s’aperçoit vite que les qualités du film sont directement héritées du récit de Liu Cixin, alors que tout ce qui le plombe sont le fait de la production pour en faire un film de deux heures plein de grand spectacle fracassant. Certes, le côté scientifique est toujours à la ramasse, mais vous enlevez tout le côté héroïque du film pour le remplacer par quelque chose de plus posé, de plus intime et de plus poétique et vous obtenez “Terre errante”.

 

Techniquement irréaliste mais tellement vertigineux !

Sur le plan scientifique/technique, ok, on n’y croit pas une seule seconde. Devant la transformation prochaine du soleil en géante rouge, il a été décidé de déplacer la Terre (puisqu’aller avec un vaisseau vers une planète habitable connue, plus éloignée encore, n’est pas envisageable pour des raisons de durée de voyage dans un petit vase clos) vers l’étoile la plus proche, Proxima du Centaure. Pour ce faire, la rotation de la Terre est arrêtée avec de gigantesques réacteurs, avant que ceux-ci ne servent à propulser la planète hors du système solaire. Oui c’est énorme, oui c’est totalement irréaliste.

En plus, au-delà du simple aspect technologique complètement over-the-top, Liu Cixin ne prend pas la peine par exemple d’expliquer comment peut bien vivre l’espèce humaine sur une planète régulièrement ravagée par des cataclysmes dûs à sa “préparation” à ce que l’humanité appellera “l’Ère de la Fuite”, à savoir une succession de glaciations et de chaleur insoutenable au fil de l’orbite de plus en plus elliptique de la Terre avant sa sortie du Système Solaire, ravageant de facto la végétation et la faune. Mais alors, comment se nourrissent les quelques milliards d’êtres humains vivant essentiellement sous terre ? Pas d’infos.

Et figurez-vous… qu’on s’en fiche ! Parce que ce n’est pas le propos de Liu Cixin, il n’a pas la prétention de faire de “Terre errante” un récit réaliste, donc il est difficile de lui reprocher quoi que ce soit sur ce sujet. Tout comme on ne reprochait pas à Arthur C. Clarke d’inventer une faune dans l’atmosphère de Jupiter (dans “Face-à-face avec Méduse”), tout comme on ne reprochait pas à Ken Liu d’inventer une manière de revisiter le passé (dans le somptueux “L’homme qui mit fin à l’histoire”). La SF n’est pas que science, elle est aussi fiction, et c’est très bien ainsi. Et puis quand même, faire sortir la Terre de son orbite avec des milliers de propulseurs de 10 kilomètres de hauteur, traverser la ceinture d’astéroïde puis frôler l’orbite jovienne avec une Jupiter qui s’étend sur l’intégralité du ciel, ça a quelque chose de fabuleux pour l’amateur de SF.

 

Homme ordinaire vs situation extraordinaire

Il y a donc du grand spectacle plein de sense of wonder, avec nombre d’images absolument renversantes, comme dans le film. Mais on oublie le côté héroïque à outrance pour s’attarder sur la vie du narrateur, un homme qui n’est pas nommé et qui est né après le début de “l’Ère du Freinage” (la période durant laquelle la rotation de la Terre est ralentie jusqu’à l’arrêt total, avant le début d’un voyage qui doit durer… 2500 ans, soit une centaine de générations !). On suit sa vie, et en parallèle l’évolution de ce grand projet, le plus vaste et le plus complexe entamé par l’humanité.

C’est donc à la fois un récit vaste et intime, qui décrit la vie et les sentiments d’un homme, par petites touches pleines de pudeur. On y découvre aussi une nouvelle manière de vivre pour une humanité qui, contrairement à nous, a peur du soleil, ce dernier constituant dorénavant un danger mortel. Héliophobie, fête de l’aphélie, peur du périhélie, moeurs résolument tournée vers la survie délaissant le côté affectif, c’est une nouvelle société qui n’est pas épargnée par les catastrophes qui se met en place. Et le narrateur évolue en son sein, lui aussi confronté à des joies et des peines. L’espoir succède aux drames et vice-versa. La vie, en somme, différente et pourtant tellement classique.

 

Court mais marquant !

Ainsi, “Terre errante” est un texte remarquable, simple, doux, terrible. L’histoire d’un basculement, d’un changement majeur sans retour en arrière possible. Liu Cixin ne donne pas dans la surenchère d’action et de tension dramatique mais utilise au contraire une manière simple et belle de mettre l’humanité face à son destin au travers de ce projet titanesque, en utilisant le contrepoint de la vie de son narrateur, secoué par les turbulences traversées par notre planète. Un projet fou, irréaliste bien sûr, mais qui à sa manière illustre bien le fait que nous, à notre époque, n’avons pas de plan B, et que si l’explosion du soleil peut être vue comme une métaphore du dérèglement climatique, nous n’avons pas d’autre possibilité que de prendre soin de notre belle planète et de la chérir.

Un texte fort donc, dont j’étais loin d’imaginer les qualités au vu du film qui en a été tiré. Pour ceux qui n’accordent pas trop d’importance à la vraisemblance scientifique (mais rappelons que Liu Cixin ne fait que déplacer la Terre là où Ken Liu, encore lui, faisait de l’ingénierie stellaire avec des propulseurs Shkadov dans “Sept anniversaires” !…) et savent se laisser porter par les mots et les images dépeintes par l’auteur, “Terre errante” est un court récit chaudement recommandé, qui n’aurait absolument pas dépareillé dans la fameuse collection “Une heure-lumière” du Bélial’. Et quand on connait la qualité de cette dernière, c’est un gage de qualité. Superbe !

 

Lire les avis de Lune, Anudar.

Critique écrite dans le cadre du challenge “Le Projet Maki” de Yogo.

 

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The Witcher, saison 1 https://www.lorhkan.com/2020/01/06/the-witcher-saison-1/ https://www.lorhkan.com/2020/01/06/the-witcher-saison-1/#comments Mon, 06 Jan 2020 06:30:01 +0000 http://www.lorhkan.com/?p=11937 S’il y avait bien une série qui était attendue au tournant en fin d’année 2019, c’était “The Witcher”, l’adaptation de Netflix des romans de l’auteur polonais Andrzej Sapkowski. Une adaptation qui, au fil des images et des trailers dévoilés en amont de la diffusion, avait soufflé le chaud et le...

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S’il y avait bien une série qui était attendue au tournant en fin d’année 2019, c’était “The Witcher”, l’adaptation de Netflix des romans de l’auteur polonais Andrzej Sapkowski. Une adaptation qui, au fil des images et des trailers dévoilés en amont de la diffusion, avait soufflé le chaud et le froid. J’avoue ne pas avoir suivi de très près la campagne de communication de Netflix, donc je ne saurais pas me prononcer sur ce point mais au vu des réactions limites épidermiques de certains, de nombreuses craintes se faisaient sentir. Mais ces réactions étaient aussi la preuve des attentes autour de cette série, de nombreux spectateurs fans de fantasy et orphelins de “Game of Thrones” ne sachant plus vers quel saint se vouer…

 

    

    

 

Une adaptation très fidèle

Sur le fond, il faut saluer la volonté de la production, menée par Lauren Schmidt Hissrich, de coller le plus possible aux textes de Sapkowski. Pour ce qui est du background, je vais éviter de faire une redite et vous enjoins d’aller lire mes articles concernant les livres de la saga littéraire. Le show n’est certes pas une adaptation à la lettre près mais le fond est très proche, et on peut voir la série et les livres comme deux manières de raconter une seule et même histoire. Cette première saison pioche dans les nouvelles des deux premiers volumes, tout en épaississant l’histoire personnelle de certains d’entre eux (notamment Yennefer), à moins que cette histoire ne soit contée dans les tomes postérieurs au troisième (puisque j’en suis pour le moment à ce point de la saga). L’essentiel de la série est donc tiré de différentes nouvelles, quasiment une par épisode, avec en fil rouge le développement de deux personnages très importants (en plus de Geralt de Riv, le sorceleur) dans l’intrigue globale, Yennefer et Ciri, et quelques points de détail qui vont a priori au-delà du tome 3, ou bien modifiés/transformés pour les besoins du média télévisuel.

 

    

    

 

Une fidélité qui a ses défauts

Le revers de la médaille de cette fidélité basée sur des récits indépendants est une certaine confusion (voire une confusion certaine) dans la narration. Ni tout à fait procédurale, ni tout à fait feuilletonnante (ou plutôt un peu des deux à la fois), la série donne le sentiment de ne pas vraiment savoir sur quel pied danser. Autre problème, plus gênant encore : trois trames temporelles distinctes (une pour chaque personnage : Geralt, Yennefer et Ciri) se partagent l’écran, avec très peu d’indices pour que le spectateur s’en rende compte. Résultat : on s’y perd vite, d’autant que la série se doit également de présenter les forces en présence et l’échiquier géopolitique puisque c’est là que se situe le point important : l’invasion de Cintra et potentiellement des autres royaumes par l’empire de Nilfgaard. Quand on remet les choses en place, ça passe déjà beaucoup mieux mais à l’évidence (et je dis ça en connaissance de cause : ma moitié était régulièrement perdue…) les non-lecteurs de la saga risquent de galérer un peu…

 

    

    

 

Un casting qui fait débat

Parmi les points épineux de la série, relevé bien avant la diffusion, se trouvait le casting. Qui en a surpris (et inquiété) plus d’un. Tout d’abord Henry Cavill. Bien sûr, Cavill n’est pas le sorceleur des jeux vidéo (jeux vidéo qui, rappelons-le, n’adaptaient pas les livres mais se passaient après ceux-ci). Mais peut-être que le sorceleur des jeux vidéo n’est pas non plus le sorceleur des livres… Peu importe. Cavill est-il bien dans son rôle ? La réponse est oui… la plupart du temps. Oui ses marmonnements peuvent lasser (il est vrai qu’en roman on ne les entend pas), oui parfois sa belle gueule n’est pas assez “dark” pour le personnage, oui son regard (au-delà de sa couleur jaune particulière) a un petit quelque chose qui ne colle pas tout à fait, mais je préfère laisser la parole à l’auteur des romans lui-même :

I was more than happy with Henry Cavill’s appearance as The Witcher. He’s a real professional. Just as Viggo Mortensen gave his face to Aragorn [in The Lord of the Rings], so Henry gave his to Geralt — and it shall be forever so.

Voilà qui a le mérite d’être clair.

D’autres choix ne font pas non plus l’unanimité. J’avoue que la Yennefer que j’ai imaginée n’est pas celle de la série. Je la voyais plus âgée, plus “femme” que “jeune femme”. Mais j’avoue aussi que l’actrice Anya Chalotra fait le job de belle manière. Triss Merigold (jouée par Anna Shaffer) aussi est transformée : la rousse flamboyante n’est plus, la voilà beaucoup plus “sage” et discrète. Ce sont des choix de production, des choix dont on pourra débattre éternellement. Mais des choix qui finissent par faire leur chemin dans l’esprit du spectateur, et les acteurs sont malgré tout convaincants (avec une mention pour Freya Allan qui incarne Ciri, alors que son rôle dans cette saison est pourtant réduit à une fuite constante).

 

    

    

 

Des thématiques bien présentes, sans lourdeur

La saga littéraire du sorceleur, très divertissante, n’oublie pas d’aborder des thématiques plus “sérieuses”. La série, vu sa fidélité aux textes, aurait eu mauvais goût de les avoir éludées. Ce n’est heureusement pas le cas, et on retrouve donc cette notion du “moindre mal” dès le premier épisode mais aussi, et c’est bien logique puisque cela fait partie intégrante du monde de “The Witcher”, la colonisation et le racisme subis par les “anciens peuples” (les elfes notamment). On soulignera d’ailleurs le fait que de nombreux personnages issus de ces minorités opprimées sont des personnages racisés. Cela résonne forcément avec notre présent bien à nous…

 

    

    

 

Un budget qui n’est pas celui de “Game of Thrones”

Evidemment, qui dit série de fantasy dit “Game of Thrones”. La comparaison est pourtant injuste : d’une part ce sont deux types de fantasy bien différentes (plus de politique dans “Game of Thrones”, plus de magie et de monstres dans “The Witcher” (la politique n’ayant ici pas (pas encore…) montré ses mauvais côtés…), ce qui conduit inévitablement à une sorte de snobisme injuste de la part de certains spectateurs), d’autre part les budgets sont sans doute bien différents. Et donc oui c’est vrai, les batailles de “The Witcher” ne sont pas spectaculaires comme pouvaient l’être celles de “Game of Thrones”, il n’y a pas autant d’acteurs et de figurants, les effets spéciaux ne sont pas aussi réussis (sans que ce soit résolument catastrophique comme certains le crient, simplement parfois un peu trop voyants, dans le mauvais sens du terme), etc… Mais comparer “The Witcher” à “Game of Thrones” n’a pas lieu d’être : elles n’ont pas les mêmes prétentions, les même discours. Deux séries distinctes, la réussite de l’une, sur bien des plans, ne devant pas nécessairement éclipser l’autre qui ne réussit pas dans les mêmes domaines.

Car “The Witcher” a aussi des aspects plus réussis que GoT. Qui se souvient de combats à l’épée bien chorégraphiés dans GoT ? Pas moi. Plus réalistes peut-être côté GoT, mais tellement plus classes dans “The Witcher”.

 

    

    

 

C’est confus mais tout s’éclaire

La série navigue donc un peu à vue, avec des premiers épisodes pas tout à fait convaincants, à cause de sa narration confuse mais aussi tout simplement car certains sont presque ratés… Le deuxième épisode par exemple est à peu près incompréhensible… Pourtant, elle se bonifie au fil des épisodes, le temps pour le spectateur d’apprivoiser la narration et à travers elle, le monde de “The Witcher” et ses personnages. En jouant sur les styles (aaaaaah, cet épisode 3, qui donne en plein dans le style horrifique…) et sur les ambiances (on trouve régulièrement de superbes paysages naturels, y compris des paysages typés “montagnes désertiques” et c’est finalement assez rare en fantasy à l’écran), elle montre qu’elle est capable du meilleur. Et vient un moment, dans l’épisode 7 où tout se regroupe et où l’on comprend que la narration, malgré son manque de limpidité, n’était pas faite au hasard. Un très bel épisode, un modèle du genre même, pour ce qui est de la réunification des intrigues.

 

    

    

 

Verdict

C’est vrai, “The Witcher” est une série bardée de défauts. Qui peuvent d’ailleurs être rédhibitoires pour un certain nombre de spectateurs. Combien de non-lecteurs vont arrêter la série car ils n’y comprennent pas grand chose ? Un certain nombre sans doute. Combien ne vont pas accrocher à cette fantasy “pas très sérieuse” avec des magiciens qui font des sorts et des monstres dans tous les épisodes ? Un certain nombre peut-être. Et pourtant, la série est généreuse et à de quoi offrir un bon moment de fantasy parfois très dark (et violente), comme on n’en voit trop peu à l’écran. D’autant qu’encore une fois, elle ne peut pas et ne doit pas être jugée sur ses deux premiers épisodes, sans doute les moins bons de la saison. Alors c’est vrai que sa manière de narrer l’histoire est un peu curieux, voire même risqué, mais c’est une manière de faire finalement assez rare et plutôt culottée, ce qui mérite d’être salué en ces temps où tout est très maîtrisé, voire formaté. Cette saison 1 n’est à l’évidence qu’une vaste introduction (la scène finale le montre bien) pleine de défauts mais aussi régulièrement enthousiasmante. Largement de quoi attendre la saison 2 de pied ferme.

 

    

    

    

 

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Le sang des elfes, Le sorceleur tome 3, de Andrzej Sapkowski https://www.lorhkan.com/2020/01/03/le-sang-des-elfes-le-sorceleur-tome-3-de-andrzej-sapkowski/ https://www.lorhkan.com/2020/01/03/le-sang-des-elfes-le-sorceleur-tome-3-de-andrzej-sapkowski/#comments Fri, 03 Jan 2020 06:30:01 +0000 http://www.lorhkan.com/?p=11880 La série “The witcher” de netflix arrive ! Pas question pour moi de me laisser distancer car j’ai toujours préféré lire les romans avant les adaptations. Et puisque les deux premiers tomes (1 et 2) m’avaient laissé une bonne impression, autant continuer, histoire d’être sûr de ne pas me faire...

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La série “The witcher” de netflix arrive ! Pas question pour moi de me laisser distancer car j’ai toujours préféré lire les romans avant les adaptations. Et puisque les deux premiers tomes (1 et 2) m’avaient laissé une bonne impression, autant continuer, histoire d’être sûr de ne pas me faire spoiler les romans par la série. Alors hop, le tome 3 !

 

Quatrième de couverture :

Le royaume de Cintra a été entièrement détruit. Seule la petite princesse Ciri a survécu. Alors qu’elle tente de fuir la capitale, elle croise le chemin de Geralt de Riv. Pressentant chez l’enfant des dons exceptionnels, il la conduit à Kaer Morhen, l’antre des sorceleurs. Initiée aux arts magiques, Ciri y révèle bien vite sa véritable nature et l’ampleur de ses pouvoirs. Mais la princesse est en danger. Un mystérieux sorcier est à sa recherche. Il est prêt à tout pour s’emparer d’elle et n’hésitera pas à menacer les amis du sorceleur pour arriver à ses fins…

 

Geralt de Riv et compagnie

Ce tome 3 est la suite directe de la dernière nouvelle du tome 2, et est donc le premier roman de ce qui est qualifié de “La saga de Geralt”, même si après la lecture, il apparaît évident qu’avoir lu les deux premiers recueils est un plus non négligeable, si ce n’est tout simplement un passage nécessaire et obligé. Difficile en effet de faire l’impasse sur des récits qui ont introduit des personnages et un contexte qui commence ici à prendre toute son importance. On retrouve donc Geralt qui décide d’emmener Ciri à Kaer Morhen, la forteresse en ruines des sorceleurs, pour la protéger de ceux qui sont prêts à tout pour retrouver l’héritière du trône de Cintra.

Alors certes, ce volume lance vraiment les hostilités, mais sur un mode piano-piano… C’est pourquoi le pitch du roman est réduit à peau de chagrin. Comme Si Andrezj Sapokowski avait voulu, à nouveau, introduire un certain nombre de choses en douceur, pour les éventuels nouveaux lecteurs. Les évènements ne se précipitent donc pas, le récit prend son temps, mais jamais l’ennui ne s’installe. Car on continue à prendre plaisir à partager la vie de ces personnages consistants, plein de failles, de doutes. Des personnages travaillés, avec notamment des femmes régulièrement mises en avant. Et quelles femmes ! Entre la jeune et plein d’assurance Ciri et les magiciennes pleines de caractère Triss Merigold et Yennefer, on peut dire que Geralt a trouvé du répondant ! D’ailleurs, Sapkowski n’hésite à faire passer son héros au second plan, les autres personnages prenant alors toute leur importance (notamment au début du roman, où Geralt est peu présent, idem à la fin).

 

Un roman pas tout à fait roman

Le récit, tout roman qu’il est, a bien du mal à se départir de la structure des deux tomes précédents. Sapkowski change de lieux régulièrement d’un chapitre à l’autre, et les ellipses temporelles ne sont pas rares. Un chapitre fait donc parfois office de récit quasi indépendant, inséré dans un contexte plus vaste qui ne cesse de prendre de plus en plus de sens au fil de la lecture. Ainsi, les chapitres sur l’escorte du convoi des nains ou bien l’apprentissage de Ciri avec Yennefer sont presque “hors cadre” sans jamais manquer d’intérêt. On pourra toutefois trouver surprenant d’avoir placé la scène CiriYennefer en toute fin de roman, ce dernier se retrouvant du coup littéralement sans climax, le gros de l’action se déroulant au chapitre précédent. Mais encore une fois, sur le strict plan de la construction d’une intrigue plus globale et du worldbuilding (voire du character bullding), cela ne gène en rien.

 

Des thématiques pertinentes

On retrouve dans ce roman certains des thèmes déjà abordés dans les volumes précédents, comme cette approche du “moindre mal” et de cette neutralité affichée à laquelle s’accrochent les sorceleurs. L’arrivée fracassante de la magicienne Triss Merigold à Kaer Morhen est à ce titre remarquable : son coup de gueule plein d’émotion sur le recul volontaire que prennent les sorceleurs par rapport aux évènements qui bouleversent le monde et son engament personnel au sein de la guerre en cours est une des meilleures scènes (si ce n’est LA meilleure scène) du roman, du genre marquante et qu’on n’oublie pas de sitôt. On pourrait aussi citer cette intéressante approche des discriminations avec les minorités autrefois puissantes (elfes et nains en tête) désormais opprimées par les humains arrivés plus tardivement dans ce monde, avec pour résultat le soulèvement de quelques représentants de ces peuples anciens, un phénomène qui pourrait bien avoir de l’importance dans la trame globale.

 

La vitesse supérieure pour le tome 4 ?

Alors c’est vrai, tout cela se lit avec un plaisir certain mais on ne peut objectivement pas passer sous silence le fait que même s’il se passe des choses (les intérêts des uns et des autres et les machinations et négociations afférentes commencent à apparaître), le roman ne présente pas encore d’évènements significatifs, en tout cas pas à la hauteur de ce qu’on attend alors qu’on nous dit que la guerre gronde (après tout Cintra a été envahit et le monde est sur le point de basculer sous le joue des légions de Nilfgaard). Oui, “Le sang des elfes” résonne lui aussi comme une grosse introduction à la suite. Introduction agréable, très agréable même, mais à un moment il va falloir entrer dans le vif du sujet. On notera également quelques grosses facilités narratives, comme le fait de rendre Triss Merigold malade (sans réelle cause apparente…) à un moment opportun pour Sapkowski, là ou sa puissance aurait pu faire la différence. À ce moment précis, la présence de Triss Merigold a semblé gêner l’auteur, et sa manière de se débarrasser de cette difficulté est un peu trop facile et voyante.

Ceci dit, je ne boude pas le plaisir pris à la lecture du “Sang des elfes”, qui continue de densifier un monde qui a décidément beaucoup à offrir et d’étoffer des personnages intéressants, variés et faisant la part belle aux personnages féminins d’importance. Arpenter ce monde en leur compagnie est un vrai bonheur, et j’ai déjà hâte de plonger dans la lecture du volume suivant. Voilà bien une série que je n’imaginais pas me plaire à ce point. La surprise n’en est que meilleure. Mais avant de passer au “Temps du mépris” (le tome 4), il y a la série Netflix, ce dont je vais vous parler très prochainement. 😉

 

Lire aussi les avis de Mr K, Christophe H., Les pages qui tournent, Shoop.

 

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Bonne année 2020 ! https://www.lorhkan.com/2020/01/01/bonne-annee-2020/ https://www.lorhkan.com/2020/01/01/bonne-annee-2020/#comments Tue, 31 Dec 2019 23:00:18 +0000 http://www.lorhkan.com/?p=11874 Allez hop, on remet le couvert ! Noël est à peine passé que nos estomacs crient encore famine. Mais pas question de se goinfrer comme des porcs hein, un peu de classe ne fait pas de mal. Je m’associe donc avec Geralt de Riv, sur les devants de la scène...

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Allez hop, on remet le couvert ! Noël est à peine passé que nos estomacs crient encore famine. Mais pas question de se goinfrer comme des porcs hein, un peu de classe ne fait pas de mal. Je m’associe donc avec Geralt de Riv, sur les devants de la scène en ce moment et qui s’est mis sur son 31 pour l’occasion (par l’intermédiaire du talentueux cosplayer Taryn, sous l’objectif de Daniele Cosenza), pour vous souhaiter à toutes et tous une bonne et heureuse année 2020. Qu’elle soit enrichissante en toutes choses, qu’elle vous apporte santé, bonheur et projets concrétisés.

Pour le reste, as usual, plein de bonnes lectures c’est bien aussi. 😉

Bonne année ! 🙂

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Joyeux Noël ! https://www.lorhkan.com/2019/12/25/joyeux-noel-7/ https://www.lorhkan.com/2019/12/25/joyeux-noel-7/#comments Wed, 25 Dec 2019 09:19:06 +0000 http://www.lorhkan.com/?p=11862 Ho et puis hé, comme ça en passant vite fait, Monsieur Spock et le Capitaine Kirk se joignent à moi (même s’ils se demandent bien ce qu’ils font là dans cet accoutrement… 😀 ) pour vous souhaiter à toutes et tous un très joyeux Noël ! Profitez bien ! 😉...

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Ho et puis hé, comme ça en passant vite fait, Monsieur Spock et le Capitaine Kirk se joignent à moi (même s’ils se demandent bien ce qu’ils font là dans cet accoutrement… 😀 ) pour vous souhaiter à toutes et tous un très joyeux Noël !

Profitez bien ! 😉

 

 

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L’effondrement de l’Empire, L’Interdépendance tome 1, de John Scalzi https://www.lorhkan.com/2019/12/19/leffondrement-de-lempire-linterdependance-tome-1-de-john-scalzi/ https://www.lorhkan.com/2019/12/19/leffondrement-de-lempire-linterdependance-tome-1-de-john-scalzi/#comments Thu, 19 Dec 2019 06:30:51 +0000 http://www.lorhkan.com/?p=11849 Je commence à être client de la prose de John Scalzi, même si je n’ai toujours pas abordé sa série phare “le vieil homme et la guerre” composée de six tomes en VF. Mais j’ai tout de même adoré “Les enfermés” (lisez-le bon sang ! ) et bien aimé “Prise...

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Je commence à être client de la prose de John Scalzi, même si je n’ai toujours pas abordé sa série phare “le vieil homme et la guerre” composée de six tomes en VF. Mais j’ai tout de même adoré “Les enfermés” (lisez-le bon sang ! ) et bien aimé “Prise de tête”. De quoi aborder sereinement son nouveau roman “L’effondrement de l’Empire”, premier volume d’une trilogie. Encore du grand Scalzi ?

 

Quatrième de couverture :

L’Interdépendance : un empire de quarante-huit systèmes stellaires presque tous inhospitaliers, où l’humanité s’est implantée et dont la survie repose sur une étroite collaboration.
L’Interdépendance : un millénaire de règne des grandes familles marchandes, dont la première occupe le trône de l’emperox.
L’Interdépendance : le réseau des courants du Flux, seul moyen de voyager plus vite que la lumière, unique lien des mondes de l’empire entre eux.
Le Flux est éternel mais il n’est pas statique. S’il se déplaçait, réduisant les colonies à l’isolement, l’humanité serait au bord du gouffre.
Un jeune scientifique, une commandante de vaisseau spatial et la toute nouvelle emperox devront affronter la catastrophe annoncée.

“L’Interdépendance” : le nouveau space opera de John Scalzi, dont “L’Effondrement de l’empire” est le premier livre.

Il a reçu en 2018 le prix Locus de meilleur roman de science-fiction et a été finaliste du prix Hugo.

 

John Scalzi revient au space-opera

L’auteur ne s’est certes jamais totalement éloigné d’un genre qu’il affectionne et qui l’a rendu célèbre (sa série “Le vieil homme et le guerre” est déjà un classique de la SF moderne), mais le roman “L’effondrement de l’Empire” signe son retour dans ce domaine avec une nouvelle série, après “Les enfermés” et “Prise de tête”, deux thrillers situés sur notre plancher des vaches, ou bien n’y être revenu qu’avec des one-shots (“Redshirts”, prix Hugo 2013 tout de même et “La controverse de Zara XXIII” qui tient plus du planet-opera).

“L’effondrement de l’Empire” est donc le premier tome d’une trilogie, et c’est aussi le premier roman paru après la signature d’un énorme deal avec Tor d’un montant de 3,4 millions de dollars pour l’écriture (on pourrait presque parler de production…) de 13 romans sur dix ans. Un lancement important pour Scalzi donc, pour son éditeur aussi. Précisons d’emblée que l’auteur a déjà écrit le deuxième volume (qui paraîtra en France en février 2020), mais que le troisième n’arrivera en VO qu’en avril 2020 (et donc sans doute pas avant mi-2021 chez nous…).

 

Go with the flow

Dans ce roman, l’humanité a essaimé sur différents systèmes stellaires, mais pas de manière réellement choisie. Car il ne faut pas compter sur les voyages plus rapides que la lumière, la constante C reste indépassable. Autant dire que les systèmes lointains sont inaccessibles de manière classique. Heureusement, elle a pu compter sur le Flux, phénomène physique qui n’est pas sans rappeler les trous de vers, qui permet de voyager d’un point A à un point B certes pas instantanément mais tout de même très rapidement.

Seul problème, le Flux n’est pas contrôlable, c’est à dire que l’humanité ne peut pas choisir où elle peut aller, elle est tributaire de ce que le Flux lui permet de faire. Ainsi donc, le Flux lui a permis de s’installer sur des sytème éloignés physiquement tout en étant proches en terme de temps de trajet, mais des systèmes qui ont l’inconvénient de ne pas être très appropriés à la vie humaine. Il a donc fallu s’adapter, soit avec des stations spatiales, soit avec des habitats souterrains.

Tous ces systèmes sont liés, par le Flux donc (qui ne relie pas tous les systèmes à la fois, il faut suivre les chemins “balisés”, ce qui, pour aller d’un bout à l’autre de l’Empire, prend un certain temps), mais aussi d’une manière purement économique : c’est ici qu’entre en scène l’Interdépendance, cette ploutocratie dirigée par l’Emperox qui voit de grandes familles contrôler les ressources disponibles sous forme de monopoles et qui sont en luttes constantes (luttes essentiellement économiques mais qui n’empêchent pas quelques coups bas) pour conforter leur assise.

Tout irait (presque…) pour le mieux si le Flux ne montrait pas quelques signes de faiblesse, avec des courants du Flux qui disparaissent, menaçant d’isoler purement et simplement des planètes du reste de l’Interdépendance, signant par là même leur arrêt de mort (c’est par ainsi que l’humanité a perdu la trace de la Terre un millénaire avant l’action du roman), alors que dans le même temps l’Emperox Attavio IV décède, laissant sa place à sa fille qui n’avait pas vraiment prévu de prendre une telle responsabilité, et qu’à l’autre bout de l’univers la guerre civile fait rage sur la seule planète habitable en surface : le Bout (sic !).

 

Les femmes prennent le pouvoir

Au sein de cet univers plutôt consistant mais finalement tracé à gros traits, laissant faire l’imagination du lecteur (le roman ne visite que deux planètes), John Scalzi donne la part belle aux femmes. La première d’entre elles, Cardenia, nouvelle Emperox en titre, a la rude charge de diriger l’Interdépendance, une responsabilité qu’elle n’était pas censée endosser (son frère aurait dû être le successeur de son père, mais il a eu la riche idée de mourir dans un accident avant d’accéder au pouvoir), alors que son père lui avoue sur son lit de mort qu’elle va être confrontée à un évènement pour lequel elle n’est pas prête : l’effondrement du Flux, et donc l’effondrement de l’Empire. Cardenia est un personnage qui doute, mais qui a surtout un bon fond. Elle est “humaine”, dans le sens où elle place le bien-être de ses sujets avant tout le reste. Ce qui ne manquera pas de poser quelques problèmes au sein d’une Interdépendance qui prône la valeur argent par dessus tout.

Un autre personnage important est Kiva Lagos, déléguée de l’armateur sur le vaisseau Si tu veux faire mon bonheur, c’est à dire représentante de sa riche famille sur ce vaisseau commandé par un capitaine recruté pour assurer des voyages commerciaux. Quel femme ! Le verbe fleuri, la sexualité libre et débridée, elle n’est pas du genre à se laisser marcher sur les pieds. Et quand elle va se voir confronter à toute une série de gênes commerciales sur le Bout qui semblent n’avoir pour seul but que de détourner une forte somme aux bénéfices d’un Duc dont le siège de dirigeant de cette planète en proie à la guerre civile ne tient plus qu’à un fil, son sang ne va faire qu’un tour. Mais c’est surtout une vaste machination qu’elle va mettre à jour.

Le dernier protagoniste d’importance est Marce Claremont, le fils du contrôleur fiscal de la planète du Bout. Mais son père cache bien son jeu, et devant une machination commerciale qui se fait jour et l’imminence de l’effondrement du Flux, c’est son fils Marce qui va devoir affronter bien des dangers pour tenter d’avertir les personnes concernées, si tant est qu’elles en aient quelque chose à faire… Marce Claremont a clairement du mal à éveiller l’intérêt du lecteur face aux deux personnalités du dessus, la faute à un caractère plus effacé, moins fort, ce qui a certes une certaine logique pour un personnage ayant vécu toute sa vie sur le Bout (c’est à dire l’Interdépendance profonde… 😉 ), mais joue en sa défaveur auprès du lecteur.

 

Du fun, du rythme !

Après un premier chapitre qui démarre à cent à l’heure à bord du vaisseau Tu m’en diras tant (oui les vaisseaux ont des noms très particuliers, on pourra également citer le Franchement, ma chère ou bien le Wham ! Bam !), le roman calme le jeu et il s’avère rapidement que “L’effondrement de l’Empire” ne sera pas un roman d’action pure mais plutôt fait de complots, de trahisons, de machinations d’arrière-cour. Ce qui ne nuit nullement au rythme du récit, bien au contraire.

John Scalzi garde la cadence tout du long, relançant constamment son intrigue, jouant avec les différents personnages pour surprendre le lecteur qui découvre doucement ce qui se trame, avec parfois un peu d’avance sur les protagonistes qui doivent compter avec les temps de trajet pour que les nouvelles des évènements se propagent d’un bout à l’autre de l’univers. L’auteur joue de ça assez finement, tout en s’amusant des fausses routes que ses héros peuvent prendre, ce qui les conduira immanquablement  à devoir le payer à un moment ou à un autre. À moins que…

On est donc face à du John Scalzi pur jus, rythmé, inventif, efficace. Aucun ennui pour un roman qui souffre tout de même de quelques défauts qui pourront gêner aux entournures, notamment quelques facilités scénaristiques qui font tiquer (le scientifique qui travaille tout seul dans son coin et qui met à jour un évènement à même de faire basculer l’Interdépendance, évènement qu’aucun autre scientifique n’est capable de prévoir) ou bien une base scientifique qui tient plus de la magie que d’autre chose (mais bon, on peut ne rien en avoir à faire : la vitesse de distorsion dans Star Trek tiens aussi au moins un peu de la magie…).

En dehors de ça, avec ses personnages hauts en couleurs, son univers typé mais qui reste malgré tout volontairement au second plan (là encore, ce pourrait être un défaut pour certains), un humour omniprésent sans être toutefois la composante principale du récit, des dialogues enlevés, des machinations over-the-top et des situations à la fois dramatiques et cocasses traitées sur un ton décalé et allégeant cet aspect qui aurait pu devenir lourdingue, “L’effondrement de l’Empire”, traduit par Mikaël Cabon et sous une couverture illustrée par le frenchie Sparth (entre autres choses directeur artistique de la célèbre saga vidéoludique “Halo”, rien que ça !), se révèle être une nouvelle réussite pour John Scalzi. Ne reste plus qu’à attendre la suite. Février 2020, la date est entourée en rouge sur mon agenda. 😉

 

Lire aussi les avis de Gromovar, Anudar, Bad Tachyon, Lutin82, Lianne, Yogo, Blackwolf, Un bouquin sinon rien.

 

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Bifrost 96, spécial William Gibson https://www.lorhkan.com/2019/12/16/bifrost-96-special-william-gibson/ https://www.lorhkan.com/2019/12/16/bifrost-96-special-william-gibson/#comments Mon, 16 Dec 2019 06:30:07 +0000 http://www.lorhkan.com/?p=11842 Dernier numéro du Bifrost en date, le numéro 96 s’intéresse à un auteur majeur de la SF, le “pape du cyberpunk”, j’ai nommé William Gibson. Un auteur important donc, dont les ouvrages sont pour le moins difficiles à se procurer. Le pourquoi du comment est dévoilé dans le dossier qui...

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Cet article Bifrost 96, spécial William Gibson est apparu en premier sur Lorhkan et les mauvais genres.

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Dernier numéro du Bifrost en date, le numéro 96 s’intéresse à un auteur majeur de la SF, le “pape du cyberpunk”, j’ai nommé William Gibson. Un auteur important donc, dont les ouvrages sont pour le moins difficiles à se procurer. Le pourquoi du comment est dévoilé dans le dossier qui lui est consacré, mais le fond du problème est à rapprocher de ce que pointe Olivier Girard dans l’édito, à savoir que les éditeurs de poche (les grands groupes avant tout) font de moins en moins bien leur boulot, qui est (avant tout ?) de faire en sorte que le “fonds”, les oeuvres importantes du genre SF, soient disponibles à la vente.

Gibson est un exemple illustrant ce problème, on pourrait sans doute citer d’autres auteurs (on parlait de Theodore Sturgeon dans le numéro qui lui était consacré). Le constat est assez sévère, tout en étant juste. À la décharge des éditeurs de poche, je me permettrais quand même de signaler que le fonds s’enrichit d’années en années et qu’il est sans doute bien difficile pour les éditeurs poche de reprendre les parutions grands formats âgées d’un ou deux ans et de faire vivre un fond de plus en plus important, tout en faisant suffisamment de ventes pour assurer la pérennité de la structure. Un vrai travail d’équilibriste pour lequel je ne suis pas sûr qu’il y ait une solution miracle…

 

Les rubriques habituelles

Du côté des critiques, tellement nombreuses que tout ne tient pas dans le format papier (il faut donc se tourner vers le site du Bélial (ici et ) ou bien, à vos risques et périls, vers le format numériques de la revue), BEAUCOUP de parutions intéressantes. Trop sans doute pour la santé de nos portefeuilles d’une part mais aussi pour notre temps disponible. Impossible de tout lire, des choix s’imposent. Mais à l’évidence, la qualité des nouveautés est bel et bien là !

On passera rapidement sur le coin des revues animé par un Thomas Day moins incisif que d’habitude (ça fera des crises de nerfs en moins chez les éditeurs de ces périodiques, Thomas Day a vraiment l’esprit de Noël !) pour s’intéresser à l’interview de Alain Sprauel, le gentil psychopathe responsable des bibliographies des auteurs mis en avant dans les Bifrost ainsi que dans certaines parutions du Bélial’. Un fan de rangement donc, et qui aime aussi la généalogie. Deux passions qui vont certainement bien ensemble. Bon, je dis qu’il est gentil mais si ça se trouve, si vous allez chez lui et que vous vous amusez à déplacer quelques bouquins d’une étagère à l’autre (sachant qu’il en a une tripotée !), il ne va peut-être guère apprécier… 😀

Enfin, dans “Scientifiction”, Roland Lehoucq nous donne un petit court de “matière dégénérée”. Partant d’un comics (“The Atom”), c’est l’occasion de s’intéresser à des états un peu extrêmes de la matière, en commençant doucement par une naine blanche avant d’aller sur des étoiles à neutrons. Un excellent article, qui expose notamment très clairement le cycle de vie d’une étoile et sa fin de vie, avec en plus quelques exemples de matière “bizarre” utilisée en SF. Passionnant !

Pour terminer, quelques news du secteur de la SF, avec notamment un rappel pour signaler que les votes pour le Prix des lecteurs de Bifrost 2019 sont ouverts, et ce jusqu’au 20 décembre. Il est donc plus que temps que je m’y mette, et vous aussi (si vous êtes abonnés).

 

Le dossier Gibson

De manière générale, les dossiers Bifrost c’est du solide. Là, disons-le tout net, c’est moins réussi. La faute en incombe sans doute avant tout à l’auteur lui-même, qui ne semble pas être du genre à s’épancher dans les médias pour donner suffisamment de matière à d’éventuels biographes. L’équipe du Bifrost a donc dû se rabattre sur deux articles écrits par un journaliste américain, Gary Westfahl, en 2013. Le premier s’intéresse essentiellement aux jeunes années de Gibson, c’est à dire pré-“Neuromancien”, l’autre regardant de plus près ses parutions en fanzines, là aussi dans sa prime jeunesse. Dans l’absolu ce n’est pas inintéressant, quoique l’article sur les fanzines nous met face à des récits que nous n’avons aucun moyen de récupérer, même en VO, et parle à plusieurs reprises des dessins de Gibson qui ne sont pas présents dans l’article (sans doute pour des raisons de droits, mais c’est frustrant). Et donc tout ça est très bof, et donne surtout l’impression de n’approcher l’auteur que par la bande.

Heureusement, une belle interview fait suite à ces deux articles. Une interview réalisée par Larry McCaffery qui date de… 1988 ! Décidément, ce William Gibson est insaisissable ! Qu’on se rassure, elle est extrêmement intéressante. Reste  à espérer que son état d’esprit n’ait pas changé depuis pour se dire qu’on a enfin une idée de ce que pense l’écrivain, mais disons qu’on a au moins une belle vision de ce qu’il était en 1988, peu après sa “trilogie Neuromantique”.

Arrive ensuite un guide de lecture qui revient sur les oeuvres d’un auteur finalement pas très prolifique. Un guide qui donne très envie de se replonger dans des textes qui ne m’avaient pas franchement convaincu au premier abord, notamment “Gravé sur chrome” ou bien le fameux “Neuromancien” dont la critique fait attendre la nouvelle traduction (fin 2020) avec la bave aux lèvres (bien plus que l’extrait de la dite traduction d’ailleurs, disponible dans ce numéro, j’y reviens un peu plus loin…). On remarquera tout de même que cette critique est écrite par Laurent Queyssi, l’homme qui s’occupe de cette nouvelle traduction, on le voit donc mal dire que ce roman est mauvais… Juge et partie, tout ça… Mais bon, il adore et c’est son droit, tout comme c’est son droit de nous le dire.

Mais donc, comme je le disais en introduction, les oeuvres de Gibson ne sont plus guère disponibles. Heureusement, les éditions Au Diable Vauvert sont là ! Elles ont en effet racheté les droits et vont donc rééditer tout Gibson dans les années qui viennent, en romans simples et en intégrales. Marion Mazauric, la patronne, nous dit ce que représente Gibson pour elle comme pour la littérature SF (et littérature tout court). Gibson va donc revenir sur les étals, et c’est une bonne nouvelle.

Reste au final un dossier en demi-teinte donc, qui ne convainc qu’avec une vieille interview et un guide de lecture qui donne furieusement envie de s’y (re)mettre (et bien sûr une bibliographie dressée par Alain Sprauel). Le reste est malheureusement plus anecdotique… Déjà que Gibson n’est pas mis en valeur par une couverture qui le fait passer pour un Talosien😀

 

Les nouvelles

Bon, le dossier n’est pas tout à fait convaincant, mais les nouvelles vont changer la donne, n’est-ce pas ? Ben non, pas vraiment. On peut commencer par le bon, le récit de Tim Pratt, “Rêves impossibles”, une belle histoire sur une (et même plusieurs) uchronies cinématographiques avec ce cinéma venu d’une dimension parallèle dans laquelle un certain nombre de films jamais réalisés chez nous ont finalement trouvé leur chemin jusqu’aux salles obscures. Ça parle au fan de ciné, c’est mignon, c’est doux, les personnages sont touchants et crédibles, c’est une belle histoire de romance, c’est réussi (et on trouvera une belle adaptation en court métrage ICI).

Claude Ecken, que j’ai peu lu mais dont j’ai adoré “En sa tour, Annabelle”, est au sommaire avec “Fidèle à soi”. L’introduction par Olivier Girard le compare à Greg Egan. Si on parle de personnages froids et sans saveur, c’est en effet assez vrai ici, mais c’est peut-être le but avec cet homme qui suit une “stimulation magnétique transcrânienne répétitive” à la demande de sa petite amie, pour le sortir de ses dérives alcooliques. Un traitement qui va changer son comportement. Pour le meilleur ou pour le pire ? Et donc c’est long, parfois très (trop !) introspectif sans que cela ne donne plus de vie aux personnages, jamais je ne suis parvenu à entrer dans le récit.

Ce n’est guère mieux avec “L’express des étoiles” de Michael Swanwick, qui pêche par l’effet inverse de la nouvelle de Claude Ecken : il y a ici à l’évidence pas mal de choses à explorer dans cette nouvelle qui reste malheureusement trop courte pour donner toutes les clés au lecteur. Le texte aurait gagné à être un peu plus étoffé. Reste un récit qui se veut touchant mais qui n’y parvient qu’à moitié. Dommage.

Et donc, la dernière nouvelle n’en est pas une puisqu’il s’agit d’un extrait de la nouvelle traduction de “Neuromancien” de William Gibson, par Laurent Queyssi et à paraître fin 2020 aux éditions du Diable Vauvert. Un extrait qui lâche le lecteur sans contexte, en plein chapitre 3. Voilà un texte qui arrive dans ce numéro comme un cheveu sur la soupe. Sans doute aurait-il été préférable de commencer par le premier chapitre (en général c’est ce que font les éditeurs pour donner envie aux lecteurs…), ce qui nous aurait aussi permis de voir comment le célèbre incipit de la traduction de Jean Bonnefoy a été retouché. Mais ici, j’avoue ne pas avoir eu d’accroche avec le texte, sans élément pour “m’orienter”. De fait, la critique du roman donne bien plus envie que cet extrait qui me paraît au contraire assez contre-productif. D’ici un an, espérons que les éditions du Diable Vauvert sauront appâter le lecteur de manière plus efficace, Gibson le mérite certainement.

 

Pour conclure

Bon allez, je tape, je tape, mais qui aime bien châtie bien. Et puis on ne peut pas toujours faire des dossiers bétons comme pour les numéros consacrés à Theodore Sturgeon ou Edmond Hamilton… Ce sera sûrement mieux la prochaine fois, avec un dossier consacré à Alfred E. Van Vogt, un auteur qui ne m’attire pas plus que ça, mais que je connais en fait très peu. Avec un bon dossier, j’espère me mettre à niveau. ^^

 

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La mort ou la gloire, Wyld tome 1, de Nicholas Eames https://www.lorhkan.com/2019/12/12/la-mort-ou-la-gloire-wyld-tome-1-de-nicholas-eames/ https://www.lorhkan.com/2019/12/12/la-mort-ou-la-gloire-wyld-tome-1-de-nicholas-eames/#comments Thu, 12 Dec 2019 06:30:18 +0000 http://www.lorhkan.com/?p=11786 On va faire court : un roman de fantasy s’inspirant ouvertement du monde du rock, une couverture à l’avenant reprenant elle aussi l’attitude caractéristique des poseurs metalleux, et un lobbying de l’Ours Inculte qui a fait monter la pression avant la sortie du roman chez Bragelonne, il n’en fallait pas...

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On va faire court : un roman de fantasy s’inspirant ouvertement du monde du rock, une couverture à l’avenant reprenant elle aussi l’attitude caractéristique des poseurs metalleux, et un lobbying de l’Ours Inculte qui a fait monter la pression avant la sortie du roman chez Bragelonne, il n’en fallait pas plus pour que je me jette sur “La mort ou la gloire”, premier tome de la trilogie “Wyld” de Nicholas Eames.

 

Quatrième de couverture :

Clay Cooper et ses hommes étaient jadis les meilleurs des meilleurs, la bande de mercenaires la plus crainte et la plus renommée de ce côté-ci du Coeur du Wyld – de véritables stars adulées de leurs fans. Mais ils sont loin, leurs jours de gloire : les redoutables guerriers se sont perdus de vue, ils ont vieilli, grossi et abusé de la bouteille – pas forcément dans cet ordre, d’ailleurs.

Quand, un beau jour, un de ses anciens compagnons se présente à la porte de Clay et le supplie de l’aider à sauver sa fille, prisonnière d’une cité assiégée par une horde de monstres sanguinaires. Une mission qu’il serait inconscient d’accepter…

Le temps est venu de reformer le groupe et de repartir en tournée.

 

Rock N’ Roll Train !

La fantasy, genre qui, s’il n’est pas écrit avec “ce petit truc en plus”, tend à rapidement tourner en rond si son auteur se cantonne à un monde médiéval-fantastique classique, tient avec “La mort ou la gloire” de Nicholas Eames quelque chose de très original. Et aussi très classique. C’est toute la dichotomie du roman.

D’une part, on a un récit à l’intrigue ultra simple : différents personnages se regroupent pour aller sauver la fille de l’un d’entre eux, coincée dans une ville assiégée et éloignée. Pour aller la secourir, il va falloir franchir le Coeur du Wyld, une vaste forêt qui abrite toutes sortes de monstres. Ça c’est pour le côté classique. Oui, dit comme ça, ça ne donne pas forcément très envie. Mais, car il y a un mais. Vous avez vu la couverture ? Vous avez vu ces poseurs, avec le signe du metal ? “La mort ou la gloire” est un hommage constant au monde du rock. Plus que ça, le roman est conçu là-dessus, c’est à dire que l’auteur a construit son univers en y faisant constamment référence, et en intégrant tout ça au worldbuilding de son monde. Ça c’est pour le “petit truc en plus”.

Clay Cooper, ancien mercenaire qui coule maintenant des jours paisibles avec sa femme et sa fille dans la petite ville de Coverdale, reçoit la visite d’un vieil ami, Gabriel, qui lui demande de l’aider à retrouver sa fille. Gabriel et Clay se connaissent de longue date, depuis qu’ils ont fondé la “roquebande” Saga (avec Matrick Skulldrummer, Arcandius Moog et Ganelon), un célèbre groupe de mercenaires adulé par ses fans et chargé, comme toutes les roquebandes, de l’élimination des monstres qui pullulent dans ce monde. Mais Saga est à la retraite depuis presque 20 ans… Aller sauver la fille de Gabriel ressemble fort à une mission suicide, et pour avoir le moindre espoir de s’en sortir il va falloir reformer le groupe, alors que le monde a changé, que les roquebandes ne sont plus ce qu’elles étaient (elles qui ne courent plus le monde mais se contentent d’affrontements joués d’avance dans des arènes), et surtout que les membres de Saga ont vieilli et ne sont plus vraiment au top de leur forme…

Et donc voilà, on a ces fameuses roquebandes, des groupes gérés par des managers qui partent en tournée (et sous contrats) pour combattre des monstres, des groupes aux noms évocateurs, Saga bien sûr mais aussi les Silk Arrows, les Screaming Eagles, les Stormriders, les Sisters in Steel, etc… Très rock ‘n roll tout ça ! D’autant plus que Nicholas Eames parsème son récit de références plus ou moins explicites au monde du rock, que l’amateur s’amusera à retrouver. Parmi les plus évidentes on a un kobold nommé Fender, le fils de Barret, leader de la roquebande Vanguard, appelé Syd, le compagnon d’un membre de Saga, décédé d’un longue maladie, prénommé Freddie, ou bien la redoutable mercenaire Sabbatha. C’est un festival ! Et d’ailleurs, à propos de festival, on a aussi un regroupement de roquebandes qui a lieu une fois par an : la Route du Roque ! Bref, tout est fait pour que rock et fantasy se confondent dans le roman, avec certains moments qui s’approchent du frisson que doivent ressentir certains groupes avant d’entrer en scène, comme ce passage où les membres de Saga doivent entrer dans une arène surchauffée dont le public hurle le nom du groupe, prélude à un concert combat de folie !

Car Nicholas Eames n’oublie pas qu’il écrit un roman de fantasy épique, on a donc droit à des combats, parfois dantesques, qu’il maîtrise d’ailleurs plutôt bien : les descriptions sont claires et précises, l’action se suit sans problème. Qui dit fantasy épique dit forcément action et aventures parfois rockambolesques, mais on a aussi droit à des personnages bien typés et bien caractérisés. Ils ont chacun leurs failles et faiblesses, et le roman distille régulièrement quelques passages émouvants et touchants qui fonctionnent d’ailleurs là encore étonnamment bien, j’avoue que je ne m’attendais pas à ce que ce soit un des points forts du récit. Épique donc, mais aussi parfois très classique : l’intrigue est finalement réduite au plus simple, et la succession d’évènements qui parsèment cette quête lasse parfois un peu (dangereuse rencontre avec une redoutable chasseuse de primes, fuite, disparition d’un membre du groupe, rencontre avec des cannibales, etc…). Oui, le roman est une quête menée par un groupe de mercenaires. De ce côté-là, ça ne va pas chercher bien loin…

Heureusement, l’auteur parvient à aérer son récit en le parsemant de renseignements sur le passé de son monde (je ne m’étendrai pas sur ce point, mais sachez qu’il est plutôt original avec des créatures (à forme humaine mais avec des oreilles de lapin !) issues d’une autre dimension qui ont réduit l’humanité en esclavage et utilisé des hordes de monstres pour dominer le monde, ce qui a fini par se retourner contre eux et explique la diversité et le nombre de créatures diverses et variées dans le texte, tout droit sorties d’un bestiaire de Donjons&Dragons : kobolds, gnolls, chimères, trolls, manticores, ettins, lamias, vouivres, ixils, et j’en passe des dizaines d’autres !), ou en s’attardant sur le passé, parfois (très…) douloureux de l’un ou l’autre de ses personnages.

“La mort ou la gloire”, avec ses personnages forts (en muscles, en gueule ou en bedaine…), ses moments d’action intense mais aussi ses passages très émouvants, est ainsi un roman fort sympathique. On pourrait penser que les références incessantes au monde du rock, si elles peuvent amuser un moment, finissent par lasser mais l’auteur a eu l’intelligence de faire d’elles ce qui constitue l’essence même de l’univers du roman, même si au fond il ne s’agit que d’un groupe d’aventuriers sur le retour partis sauver une jeune fille. Et oui tout cela est par ailleurs très masculin, voire même parfois très testostéroné, une sorte de bromance fantasy à cinq. Il en faut pour tous les goûts, cela ne m’a pas gêné mais il faut le savoir.

Le roman n’évite donc pas certains défauts (son classicisme dans le fond malgré un univers original, une longueur sans doute un peu trop conséquente et qui nuit au shot de rock ‘n roll qu’il voudrait être, un peu comme quand on écoute un double-album qui aurait mérité de n’être qu’un simple, ou bien un traducteur, Olivier Debernard, qui ne sait pas toujours s’il faut traduire les noms des groupes ou non, syndrome “Trône de Fer” avec ses lieux pas toujours traduits en français…) mais ses qualités finissent par l’emporter (ses personnages, ses allusions constantes et amusantes au rock (ok, si vous préférez le rap ou le R’n’B, ça va poser un problème…), son ton mêlant cynisme et beaucoup d’humour, la superbe couverture de Pierre Santamaria qui a seulement loupé les cheveux blonds de Gabriel…). On n’est certes pas ici devant un chef d’oeuvre, mais dans le genre fantasy de divertissement il accumule suffisamment de sympathie pour avoir l’envie d’ouvrir le deuxième tome (car il s’agit bel et bien d’une trilogie mais ce premier tome est tout à fait autosuffisant) qui paraitra en janvier, toujours chez Bragelonne. Let’s rock !

J’en profite pour signaler que l’auteur ne pouvait pas se passer de dresser une playlist Spotify, elle se trouve ici.

 

Lire aussi les avis de l’Ours Inculte, Xapur, Bouch’, Alfaric, Lianne, Espai, Célindanaé, Ombre Bones.

 

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Collection les vaisseaux Star… Ha ben non, cette fois c’est Battlestar Galactica ! https://www.lorhkan.com/2019/12/09/collection-les-vaisseaux-star-ha-ben-non-cette-fois-cest-battlestar-galactica/ https://www.lorhkan.com/2019/12/09/collection-les-vaisseaux-star-ha-ben-non-cette-fois-cest-battlestar-galactica/#comments Mon, 09 Dec 2019 06:30:58 +0000 http://www.lorhkan.com/?p=11824 Hop, gros changement ! A la faveur d’une promotion, j’ai fini par craquer sur une collection que je regardais avidement depuis son lancement, toujours chez Eaglemoss. La collection Star Trek laisse donc la place, ou plutôt cohabite dorénavant avec la collection Battlestar Galactica. Et comme je n’ai pas fait les...

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Hop, gros changement ! A la faveur d’une promotion, j’ai fini par craquer sur une collection que je regardais avidement depuis son lancement, toujours chez Eaglemoss. La collection Star Trek laisse donc la place, ou plutôt cohabite dorénavant avec la collection Battlestar Galactica. Et comme je n’ai pas fait les choses à moitié, ce sont deux vaisseaux, par ailleurs très différents, qui se partagent l’affiche aujourd’hui.

Le premier d’entre eux, un peu par défaut mais pas tout à fait quand même, c’est le Battlestar Pegasus. Par défaut parce que je visais le Battlestar Galactica en priorité bien sûr, mais il était en rupture de stock au moment de ma commande. Je me suis donc rabattu sur un autre vaisseau du même type, à savoir le Pegasus, qui apparaît dans les saisons 2 et 3 de la série télévisée des années 2000 ainsi que dans le téléfilm “Razor”. Plus récent que le Galactica, le Pegasus est plus puissant et une fois et demi plus gros que l’iconique vaisseau qui donne son nom à la série.

 

    

 

Et en le sortant de la boîte, wow, impressionnant ! 27 cm de long, ultra détaillé (un effet renforcé par le look radicalement différent et beaucoup plus “roots” des vaisseaux de la série par rapport à ceux plus doux, plus épurés, plus futuristes de Star Trek), il en impose ! Les détails sont partout : des canons ici ou là (sous la partie avant, derrière et sur les côtés des nacelles, ces dernières, servant de pistes d’atterrissage pour les chasseurs Viper lancés par le Pegasus, étant d’ailleurs traversantes), le nom bien visible, le logo également (mais dont le tampon a malencontreusement été légèrement appliqué une deuxième fois à côté du bon emplacement, le seul vrai défaut de cet exemplaire), et plein d’autres petits détails qui font plaisir à parcourir des yeux.

 

    

  

 

Au niveau du design, c’est massif et ça respire la puissance, il suffit pour s’en convaincre de regarder la partie arrière et ses volumineux moteurs couplés. On est loin du design lisse et pur de Star Trek, mais ça fait là aussi son petit effet, dans un autre style donc. On n’est pas ici pour faire joli, le Pegasus est un vaisseau de guerre, pas une oeuvre d’art pour les esthètes. La preuve également avec ce côté sale visible ici ou là (peinture marron).

 

    

 

Côté réalisation de la miniature, on est devant un mélange de parties métalliques (la partie centrale du vaisseau) et de parties plastiques (les côtés du vaisseau, les deux nacelles avec les hangars). La miniature est lourde mais bien équilibrée, ce qui vaut mieux puisque contrairement à la collection Star Trek, le support ne “tient” pas le vaisseau. En effet celui-ci est simplement posé sur le support plastique transparent. C’est moins intrusif pour l’aspect visuel mais peut-être moins “safe”. La peinture est correctement appliquée (à l’exception du double logo comme expliqué plus haut), malgré quelques menus défauts si on y regarde de plus près, des défauts qui s’effacent devant la précision de la sculpture, majoritairement dans les tons gris (avec quelques touches rouges ici et là, et des bavures maronnasses pour bien montrer que l’entretien et la maintenance parfaite du vaisseau s’effacent devant la gestion du péril auquel la flotte est confrontée). Les détails fourmillent de partout, même si Eaglemoss n’a pas poussé le vice jusqu’à sculpter les tubes de lancement des Vipers sur le côté des hangars. Mais on leur pardonne, ceux-ci auraient été minuscules… Et d’ailleurs, cela n’entache en rien la grande qualité de la miniature. Du très beau travail.

 

    

  

 

Le deuxième vaisseau, celui qui a lancé la collection chez Eaglemoss, c’est le Viper Mark II du capitaine Kara Thrace, alias Starbuck. Le Viper Mark II est un petit chasseur polyvalent, équivalent de nos avions de chasse actuels alors que les Battlestars seraient plutôt les porte-avions. Un vaisseau sans équivalent dans la collection Star Trek puisque l’univers Star Trek fait la part belle aux gros vaisseaux type Enterprise en mettant totalement de côté ce genre de petits chasseurs. Seul les navettes pourraient se rapprocher du Viper en terme de taille. Sauf qu’ici pour sa miniature, Eaglemoss a vu les choses en grand !

 

    

    

 

27 cm à nouveau, ce qui nous donne une échelle beaucoup plus grande que pour le Pegasus puisque le Viper fait 8.4 mètres en taille réelle. Pas de foisonnement de détails ici donc, du moins pas de la même manière que sur le Pegasus : la miniature nous donne vraiment l’impression d’avoir dans la main un petit avion fort bien réalisé. La précision est bien présente : on y voit des inscriptions de type “mode d’emploi” pour la maintenance (de genre “Ne pas se tenir face aux canons”, un conseil plein de bon sens ! 😀 ), le nom et le surnom du pilote (et c’est quand même la classe d’avoir le Viper de Starbuck, non ? 😉 ), un écusson d’escadron, etc…

 

    

    

 

Là aussi le modèle utilise le métal et le plastique (métal sur la partie avant et centrale, plastique pour la partie supérieure et arrière), là aussi l’équilibre est bien géré avec une miniature d’un bon poids qui se pose parfaitement sur un support qui ne fait que… supporter (!!) le Viper. Côté peinture, pas de défaut, tout est bien positionné, sans anicroche. On a même droit à quelques traces de poussière sur les parties soumises à rude épreuve durant un vol (pas seulement dans l’espace puisque le Viper sait aussi faire du vol atmosphérique). Incontestablement de la belle ouvrage.

 

    

  

 

En résumé, deux gros morceaux imposants, qui montrent que quand Eaglemoss s’en donne la peine, ils peuvent nous sortir des modèles d’exception (mais en même temps, il n’y a pas de petits hublots à gérer donc pas de problème d’ajustement entre sculpture et peinture… 😀 ). Pour un prix plus contenu que les modèles XL de Star Trek mais avec une taille similaire, cette collection (malgré tout forcément plus restreinte puisque la série ne met pas en avant ses vaisseaux comme le fait Star Trek, sans compter qu’en terme d’itérations télévisuelles, elle ne joue pas non plus sur le même tableau) a incontestablement un fort potentiel.

 

 

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Chiens de guerre, de Adrian Tchaikovsky https://www.lorhkan.com/2019/12/04/chiens-de-guerre-de-adrian-tchaikovsky/ https://www.lorhkan.com/2019/12/04/chiens-de-guerre-de-adrian-tchaikovsky/#comments Wed, 04 Dec 2019 06:30:51 +0000 http://www.lorhkan.com/?p=11773 Après le très réussi “Dans la toile du temps”, il aurait été étonnant (et décevant) de ne pas revoir Adrian Tchaikovsky sur les étals des librairies francophones. le revoilà donc avec “Chiens de guerre”, un récit nettement plus court que son histoire d’araignées mais qui ne délaisse pas le monde animal...

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Après le très réussi “Dans la toile du temps”, il aurait été étonnant (et décevant) de ne pas revoir Adrian Tchaikovsky sur les étals des librairies francophones. le revoilà donc avec “Chiens de guerre”, un récit nettement plus court que son histoire d’araignées mais qui ne délaisse pas le monde animal pour autant avec Rex, ce chien génétiquement modifié et cybernétiquement amélioré. mais Rex n’est pas seul puisqu’il est accompagné de Dragon, de Miel et de Abeilles

 

Quatrième de couverture :

Je m’appelle Rex. Je suis un bon chien.

Rex est un bon chien. C’est un biomorphe, un animal génétiquement modifié, armé de fusils-mitrailleurs de très gros calibre et doté d’une voix synthétique créée pour instiller la peur. Avec Dragon, Miel et Abeilles, son escouade d’assaut multiforme, il intervient sur des zones de combat où les humains ne peuvent se risquer.
Rex est un bon chien. Il obéit aux ordres du Maître, qui lui désigne les ennemis. Et des ennemis, il y en a beaucoup. Mais qui sont-ils réellement? Se pourrait-il que le Maître outrepasse ses droits? Et si le Maître n’était plus là?
Rex est un bon chien. Mais c’est surtout une arme de guerre hautement mortelle. Que se passerait-il s’il venait à se libérer de sa laisse?

Après les araignées du futur lointain de Dans la toile du temps, Adrian Tchaikovsky crée un personnage de chien intelligent aussi dangereux qu’attachant. Il met ainsi en lumière les conséquences, notamment éthiques, des recherches en biotechnologie.

 

Bon chien !

Après l’évolution sur plusieurs millénaires d’araignées “augmentées” par un rétrovirus dans “Dans la toile du temps”, Adrian Tchaikovsky se penche avec “Chiens de guerre” sur l’évolution sur plusieurs années d’un chien génétiquement augmentée et cybernétiquement amélioré. “Dans la toile du temps” utilisait l’imagination débordante et remarquablement “réaliste” de l’auteur pour finalement confronter une humanité au bord de l’extinction à une toute autre civilisation, radicalement différente et qui a pourtant vécu les mêmes crises que la société humaine durant son histoire. À la lecture de “Chiens de guerre”, on finit vite par s’apercevoir que la canevas du récit est à peu près le même, avec tout de même un contexte différent.

Point de millénaires qui passent, toute l’action du récit se déroule ici sur quelques années, dans un futur relativement proche dans lequel les manipulations génétiques et cybernétiques ont donné aux militaires la possibilité d’utiliser des animaux améliorés (appelés biomorphes) lors des missions à risque. Rex est un de ces animaux-armes. Capable de se dresser et de marcher sur deux pattes, haut de plus de 2 mètres, avec tout un tas d’amélioration faisant de lui l’arme parfaite (parfaite car puissante, produite à la chaîne et donc aisément sacrifiable, c’est d’ailleurs tout l’enjeu du récit mais j’y reviendrai), comme une musculature upgradée, une peau plus résistante, une vitesse de mouvement bien au-delà des capacités humaines, deux fusils-mitrailleurs montés sur les épaules, etc… Et Rex pense. Car il est doté de quelques fonctions communications et d’analyses elles aussi améliorés et d’un module de rétroaction augmentant son instinct de récompense. Ainsi Rex obéit au Maître, et fait tout pour le contenter, sur un mode bon chien/mauvais chien. Il est le chef d’une équipe “multiforme” composée également de Dragon, un gros lézard furtif et maître dans l’art du sniper, Miel, une énorme ourse particulièrement intelligente (et puissante, forcément) et Abeilles, un essaim d’abeilles à l’intelligence distribuée, expert en reconnaissance et en frappes multiples.

L’escouade de Rex, au sein d’une compagnie privée de mercenaires, est engagée dans une guerre civile au Mexique à la demande du gouvernement mexicain pour mater la rébellion des Anarchistas. C’est dans cette zone de guerre que Rex et son escouade vont devoir faire face à une coupure de communication de grande ampleur, les laissant esseulés, sans les ordres du Maître pour les guider. Que faire ? Ne rien faire ? Prendre des décisions sans savoir si c’est ce qu’aurait voulu le Maître ? C’est le début d’un récit qui va atteindre des niveaux au départ insoupçonnés. Car les premières pages du texte, sur un ton très militaire, mettent en scène la guerre, avec tout ce qu’elle amène d’atrocités. Et puis Rex et son équipe découvrent la liberté, de façon douloureuse. Car il est bien difficile d’être libre quand on a été prisonnier toute sa vie. Et que son seul souhait c’est de retrouver le Maître et ses ordres, pour redevenir un bon chien.

La narration du roman oscille donc entre les pensées de Rex (on est projeté dans la tête du chien, avec une manière de penser très “canine” et docile, un peu comme dans “Blues pour Irontown”, l’humour en moins) et celles d’autres protagonistes humains, liés d’une manière ou d’une autre aux actions de Rex, ce qui permet d’élargir le point de vue, d’informer le lecteur sur le contexte général, et de l’amener ensuite à un autre niveau. Car cette guerre au Mexique n’est que le début d’un récit qui se veut beaucoup plus ambitieux qu’un “simple” récit martial.

Evolution de la société, intelligence artificielle, statut légal que l’on pourrait accorder à des êtres cybernétiques (ne sont-ils que des armes de guerre sacrifiables, ou sont-ils des être vivants intelligents, conscients d’eux-mêmes et des autres, avec des droits fondamentaux ?), mélanges de vivant et d’électronique de haute technologie, impacts sociétaux, juridiques et sociaux d’une telle décision, avec en toile de fond une singularité technologique qui ne dit pas son nom, telle est la substantifique moelle d’un texte qui cache bien son jeu mais qui finit par faire mouche et par captiver le lecteur. Et au-delà de ces thématiques, c’est aussi le racisme qui est abordé, la peur de l’humain face à “l’autre”, à l’inconnu, à celui qui est différent, ou bien la critique de la recherche du profit à tout prix de la part des entreprises et des gouvernements, sans un regard pour les populations impactées, quelles qu’elles soient, sans oublier la notion de dérive technologique, touchant jusqu’à l’être humain, au mépris des droits les plus élémentaires. La réflexion poussée par Adrian Tchaikovsky est remarquable à plus d’un titre : elle est d’une part technologiquement crédible (la cybernétique bien sûr, et plus généralement les biotechnologies, et cette fascinante démonstration par l’exemple de ce qu’est une intelligence distribuée avec Abeilles), et éthiquement et moralement tout à fait pertinente, avec un aspect social/sociétal important pour faire contrepoint à l’aspect “hard-SF” (pas très hard mais disons très technologique) du texte. C’est passionnant et l’évolution de la société imaginée par l’auteur sonne juste, pose le doigt sur les points délicats, ne fait pas dans l’angélisme (loin s’en faut !) et s’avère tout à fait perspicace et convaincante.

On pourrait reprocher à Tchaikovsky de reprendre le schéma narratif de “Dans la toile du temps” (alternance de points de vue araignées/humanité au fil des millénaires dans “Dans la toile du temps”, alternance Rex/humains au fil des années dans “Chiens de guerre”, pour dans les deux cas décrire une ou des évolutions de sociétés, confrontant l’humanité à l’inconnu), mais ce serait lui faire un  mauvais procès. Car “Chiens de guerre” est avant toute chose un excellent roman, qui impose un personnage “différent”, Rex (comme les différentes itérations de Portia, Bianca ou Fabian toujours dans “Dans la toile du temps”), le fait évoluer au fil des chapitres, pour en faire le porte-étendard d’une cause qui le dépasse et va bien au-delà de ses seuls congénères. À ce titre, la dernière partie du récit pose les bases d’une révolution encore plus importante, qui n’aurait eu aucune chance d’espérer se produire si Rex n’avait pas existé. Alors oui, on s’attache à lui, quand bien même il ne pense pas tout à fait comme nous, n’est pas tout à fait un personnage “aimable” (quoique, et c’est aussi là tout le sel du récit, en lien avec les thématiques explorées).

Mission une nouvelle fois accomplie donc pour Adrian Tchaikovsky qui nous livre ici un roman riche, bien plus profond que ce qu’on pouvait imaginer de prime abord, tenant autant de la prospective technologique que sociétale. C’est fort, c’est prenant, c’est remarquable.

 

Lire aussi les avis de Feyd Rautha, Cédric, Artemus Dada, Hilaire Alrune, Aelinel, Cédric.

 

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InKARMAtions, de Pierre Bordage https://www.lorhkan.com/2019/11/22/inkarmations-de-pierre-bordage/ https://www.lorhkan.com/2019/11/22/inkarmations-de-pierre-bordage/#comments Fri, 22 Nov 2019 06:30:41 +0000 http://www.lorhkan.com/?p=11674 Il y a un début à tout, même à ce qui semble le plus évident pour le reste du monde. Instant confession donc : voici ma première lecture d’un roman de Pierre Bordage, un des plus célèbres, si ce n’est le plus célèbre des auteurs français de littératures de l’imaginaire....

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Il y a un début à tout, même à ce qui semble le plus évident pour le reste du monde. Instant confession donc : voici ma première lecture d’un roman de Pierre Bordage, un des plus célèbres, si ce n’est le plus célèbre des auteurs français de littératures de l’imaginaire. Voilà qui est dit. Mais au-delà de cette honteuse révélation, ça vaut quoi “InKARMAtions” ? Verdict.

 

Quatrième de couverture :

Opposés dans un conflit à mort, karmacharis et rakchas s’affrontent depuis la nuit des temps. Dans l’ombre, le Souverain des abîmes et ses sbires, les rakchas, s’acharnent à précipiter l’humanité dans le néant tandis que les Seigneurs du karma veillent à sa survie. Ils envoient leurs karmacharis pour intervenir dans les affaires humaines lorsque la trame karmique est déséquilibrée, qu’elle menace de conduire la Création tout entière à sa perte. Un affrontement qui nous entraîne à travers le temps : préhistoire, Antiquité, Moyen Âge, XXe siècle, colonisation spatiale, guerres futures… Autant d’époques et de lieux où le destin de l’humanité se joue parfois à si peu de choses.

Cette fois, le Souverain des abîmes semble avoir trouvé le moyen de porter un coup fatal à l’humanité et d’obscurcir la légendaire clairvoyance des Seigneurs du karma, dont le Vimana lui-même paraît gangrené de l’intérieur. Les Sages du Conseil, administrateurs du Vimana, ne seraient-ils pas devenus les premiers alliés du Souverain des abîmes et de ses démons dans leur projet d’anéantissement ?

Auteur phare de la littérature de l’imaginaire française, conteur hors pair, Pierre Bordage nous livre avec Inkarmations une extraordinaire épopée doublée d’une réflexion sur l’humanité, son évolution et ses penchants les plus sombres, mais dans laquelle réside toujours une lueur d’espoir.

 

Il y a quelque chose de pourri dans la trame karmique

J’ai beau n’avoir jusqu’ici jamais lu de roman de Pierre Bordage, je l’ai suffisamment vu en conférences dans différents festivals pour me rendre compte qu’il y a un aspect religieux (surtout dans le côté spiritualité plus que dans l’aspect ecclésiastique). Je n’ai donc pas été surpris de voir dans “InKARMAtions” une humanité guidée par des êtres “supérieurs”, les karmacharis, ces derniers obéissant aux Seigneurs du Karma et luttant à travers le temps contre les rakchas, sbires du Souverain des Abîmes qui ne souhaite que la destruction de notre espèce. On pourrait y voir quelque chose de très manichéen, et ça l’est sans doute quelque peu puisque du point de vue du lecteur, cette lutte quasi divine (mais rien de chrétien là dedans, l’inspiration se situe à l’évidence plutôt du côté du bouddhisme et de l’hindouisme) qui se déroule hors de la vue de l’humanité se résume pour cette dernière à vivre ou être détruit. Mais il s’agit donc plutôt d’une lutte entre l’équilibre de la “trame karmique” et la destruction pure et simple. Oui la différence est mince, mais elle est d’importance. Cela se voit notamment sur la première mission de Alyane, une karmachari, chargée de s’assurer de la survie de… Hitler (encore jeune), menacé par les rakchas. Voilà qui met les choses au point : la survie à long terme de l’humanité passe, peut-être, par certains évènements désastreux mais que les Seigneurs du Karma, dont la pensée ne peut prétendre être comprise, estiment être “nécessaires” (notez les guillemets hein). La morale n’intervient pas ici, le Bien ou le Mal ne sont donc pas des notions valides.

Et donc le roman met en scène Alyane, karmachari qui est allée dans sa vie passée au-delà de ce qui est autorisé aux siens avec un autre karmachari, Elakim, ce dernier ayant été banni et condamné à renaître à l’infini au sein de l’humanité, sans être conscient de son passé en tant que karmachari. Une sorte de Sysiphe karmique dont la conscience est “resetée” à chaque réincarnation en somme. On trouve aussi Djegou, un autre karmachari qui cache un lourd secret, ou bien Lumik, un ciodra (dont le rôle est de fabriquer les accessoires utiles aux karmacharis dans leurs missions) de cinquième rang, c’est à dire plutôt bas dans la hiérarchie, qui va devoir faire face à un destin hors du commun. Le tout sur fond de menace au sein même des Seigneurs du Karma…

Oui “InKARMAtions” a des côtés originaux (encore que cette humanité guidée par des êtres qui se mélangent à elle n’a en soi rien de très original, on est par exemple très proche du fort recommandable “L’origine des Victoires” de Ugo Bellagamba) mais aussi des aspects nettement plus classiques. Que ceux qui ont vu venir un triangle amoureux lèvent le doigt… Oui, l’amour c’est ce qui fait vivre les êtres humains mais si on pouvait sortir de ce schéma un peu trop éternel, ça serait sympa aussi…

Néanmoins, le roman a des atouts. D’une part car Pierre Bordage n’est pas le premier venu. Il a du métier, il sait comment mener une intrigue et “InKARMAtions” se lit donc très bien : c’est fluide, c’est très maîtrisé sur le plan narratif, l’histoire est régulièrement bousculée/relancée pour que l’intérêt du lecteur ne faiblisse pas, bref, de ce côté-là il y a peu de choses à redire. D’autre part, l’auteur a eu la bonne idée de toucher à tout. Les karmacharis, vivant dans le Vimana, un lieu détaché du monde physique, interviennent à toutes les époques, dès lors que les Seigneurs du Karma détectent une menace de la part des rakchas. Ainsi, après la mission d’Alyane auprès de Hitler en 1910, on trouve une intervention durant l’époque préhistorique, une autre dans un lointain avenir sur une autre planète, une autre durant l’Antiquité puis dans un futur proche, etc… La variété est au rendez-vous, et si au fond rien n’est approfondi (hormis une trame globale qui prend du temps pour se dessiner), la diversité des situations proposées ne manque pas d’attraits.

Pourtant, il faut admettre que le récit finit par ronronner un peu. L’intrigue globale n’est guère imprévisible et le destin de certains personnages n’offrira pas de surprise aux lecteurs un minimum aguerris, malgré un approfondissement psychologique plutôt bienvenu (notamment pour Alyane). On regrettera également, au moment du dénouement final, le recours à un deus ex machina plus que voyant, ternissant un peu le tableau global.

Reste au final un roman sympathique et bien maîtrisé, qui se lit sans aucun problème, mais malheureusement pas très marquant. Pour les lecteurs souhaitant un récit d’initiation plein d’humanisme, abordant les notions de libre-arbitre et de destin, sur les forces et les faiblesses de l’humanité et interrogeant la notion de foi sur un mode cyclique et bienveillant, cela reste une lecture tout à fait recommandable. Pour ceux qui souhaitent être surpris, au-delà d’un contexte qui offre quelques spécificités intéressantes, il n’y aura pas grand chose à se mettre sous la dent…

 

Lire aussi les avis de Mr K, Pierre Faverolle, Merrow, Le Fictionaute.

 

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Ubik, de Philip K. Dick https://www.lorhkan.com/2019/11/18/ubik-de-philip-k-dick/ https://www.lorhkan.com/2019/11/18/ubik-de-philip-k-dick/#comments Mon, 18 Nov 2019 06:30:25 +0000 http://www.lorhkan.com/?p=11760 Roman qu’on ne présente plus, régulièrement cité parmi les grands chefs d’oeuvre de Philip K. Dick, “Ubik” aurait dû faire partie de mes lectures plus “tardives” de l’auteur, histoire d’avoir plus de recul sur son oeuvre avant d’attaquer ce classique. Mais l’arrivée d’une édition dite collector (qui n’a de collector...

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Roman qu’on ne présente plus, régulièrement cité parmi les grands chefs d’oeuvre de Philip K. Dick, “Ubik” aurait dû faire partie de mes lectures plus “tardives” de l’auteur, histoire d’avoir plus de recul sur son oeuvre avant d’attaquer ce classique. Mais l’arrivée d’une édition dite collector (qui n’a de collector que le nom puisqu’elle n’a rien de plus que les éditions précédentes si ce n’est une (très réussie) nouvelle couverture tape-à-l’oeil), m’a fait changer d’avis. Alors, c’est quoi “Ubik” ?

 

Quatrième de couverture :

Entre la régression du temps et l’instabilité du monde des morts, Ubik est le piège final des réalités. Dans ce roman culte qui réunit tous les thèmes de la S.F., Philip K. Dick peint le portrait d’une humanité à l’agonie, dominée par la technologie. Pour Joe Chip, le héros spécialisé dans la traque des télépathes, la paranoïa et le doute sont les seules certitudes…

 

Je suis vivant et vous êtes morts

“Ubik”, au-delà de tout ce qu’on pourrait dire concernant ce roman, est sans doute une expérience pour le lecteur. Une expérience à la fois déstabilisante puisque Philip K. Dick utilise tout son savoir-faire pour ne pas que le lecteur se trouve en terrain connu, sans cesse se demandant où est le vrai et la faux, et fascinante parce que parfaitement maîtrisée sur le plan de la narration et impossible à lâcher.

Mais avant d’aller plus loin, revenons un instant sur le pitch du roman, sans aller trop loin car en dire trop serait aller à l’encontre de l’expérience que voulait faire vivre Dick à ses lecteurs. Au départ, on a tout simplement deux agences concurrentes, l’une utilisant des télépathes pour rendre certains services à leurs commanditaires (entreprises ou autres), l’autre au contraire utilisant des neutraliseurs chargés de contrer les télépathes. Glen Runciter dirige cette dernière. Il reçoit un gros contrat venant d’un milliardaire qui le charge de neutraliser une infiltration de télépathes sur une installation secrète sur la Lune. Runciter demande à un de ses neutraliseurs, Joe Chip de constituer une équipe pour mener à bien cette mission. Bien évidemment, rien ne se déroulera comme prévu.

Je m’arrête là, l’effet de surprise est important. Car Dick ne fait rien comme tout le monde. Le roman débute certes de la manière décrite au-dessus, avec pas mal d’humour et décrivant un monde futuriste (en 1992, alors que le roman a été écrit en 1966) dystopique et ultra-capitaliste (dans lequel tout se paie, même le simple fait d’ouvrir la porte de son logement, c’est d’ailleurs l’une des scènes les plus connues du roman), mais le récit dévie très rapidement pour ne pas se contenter d’être un thriller futuriste. Car d’une part la société dépeinte par Dick est originale à plus d’un titre (on pourrait parler des êtres en “semi-vie” : morts mais que la technologie permet de placer dans une sorte de stase et avec qui il reste possible de communiquer), mais aussi (et surtout !) car Dick brouille très rapidement les pistes avec les thèmes qui lui sont chers et habituels, mêlant schizophrénie, paranoïa, réalité truquée (ou subjective, ou altérée, ou mélangée…), le tout dans un monde qui vire à l’entropie alors que les objets du quotidien semblent suivre une flèche du temps différente de celle des personnages et que ceux-ci comprennent que leur vie même est menacée. Si on ajoute en plus des communications “médiumniques” (par différents moyens) à travers des univers parallèles qui ne peuvent cohabiter, on a là toute la panoplie propre à dérouter, voire à effrayer ou à perdre le lecteur.

Mais il n’en est rien ! Car Dick, même s’il ne fait pas des étincelles stylistiques, garde son roman sur les rails, des rails qu’il est peut-être le seul à voir, mais des rails suffisamment costauds pour que le lecteur, même s’il se pose un tas de questions, ne quittera pas non plus. Car la narration est limpide, et une fois mis en route il est bien difficile de poser le livre sans avoir eu le fin mot de l’histoire.

La porte refusa de s’ouvrir et déclara:
– Cinq cents, s’il vous plaît.
A nouveau, il chercha dans ses poches. Plus de pièces; plus rien.
– Je vous paierai demain, dit-il à la porte. (Il essaya une fois de plus d’actionner le verrou, mais celui-ci demeura fermé.). Les pièces que je vous donne constitue un pourboire, je ne suis pas obligé de vous payer.
– Je ne suis pas de cet avis, dit la porte. Regardez dans le contrat que vous avez signé en emménageant dans ce conapt.
Il trouva le contrat dans le tiroir de son bureau: depuis que le document avait été établi, il avait eu besoin maintes et maintes fois de s’y référer. La porte avait raison; le paiement pour son ouverture et sa fermeture faisait partie des charges et n’avait rien de facultatif.
– Vous avez pu voir que je ne me trompais pas, dit la porte avec une certaine suffisance.
Joe Chip sortir un couteau en acier inoxydable du tiroir à côté de l’évier; il s’en munit et entreprit systématiquement de démonter le verrou de sa porte insatiable.
– Je vous poursuivrai en justice, dit la porte tandis que tombait la première vis.
– Je n’ai jamais été poursuivi en justice par une porte. Mais je ne pense pas que j’en mourrai.

Et d’ailleurs, y a -t-il vraiment un fin mot de l’histoire ? Sans doute que oui, mais sans doute aussi différent pour chaque lecteur. Toutes les clés sont données par Philip K. Dick, mais il se garde bien d’apporter une explication claire et définitive à ce qu’il a écrit, sans que cela ne soit nullement rédhibitoire, bien au contraire. C’est aussi ça qui fait de “Ubik” une expérience. Quant à dire si ce roman est LE chef d’oeuvre de l’auteur, je ne saurais dire, principalement parce que je n’en ai pas lu assez pour le dire, mais une chose est sûre, “Ubik” est marquant. Tout le monde ne sera peut-être pas de cet avis, car la SF a changé depuis les années 60, et la façon d’en écrire également. Il faut néanmoins saluer Dick pour avoir écrit un tel roman, dense, déstabilisant et radicalement original, parfaitement clair et pourtant très interrogateur, oscillant entre humour et passages plus sombres, et qui plus est d’une grande richesse thématique, le tout en moins de 300 pages. Culte !

 

Lire aussi l’avis de Morca, Vicklay, Philémont, Colimasson, Kameyoko.

 

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Bifrost 95, spécial Lune https://www.lorhkan.com/2019/11/14/bifrost-95-special-lune/ https://www.lorhkan.com/2019/11/14/bifrost-95-special-lune/#comments Thu, 14 Nov 2019 06:30:38 +0000 http://www.lorhkan.com/?p=11747 C’est peu dire que j’ai été particulièrement occupé ces dernières semaines (mois…), et mon rythme de lecture en a pris un sérieux coup. Me voici donc à récupérer des lectures censées être déjà anciennes, comme ce Bifrost qui est l’avant-dernier paru puisque le dernier en date, le numéro 96, est...

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C’est peu dire que j’ai été particulièrement occupé ces dernières semaines (mois…), et mon rythme de lecture en a pris un sérieux coup. Me voici donc à récupérer des lectures censées être déjà anciennes, comme ce Bifrost qui est l’avant-dernier paru puisque le dernier en date, le numéro 96, est déjà arrivé il y a quelques jours. Question fraîcheur et actualité, on repassera. Néanmoins, puisque ce blog est aussi mon journal personnel, ces quelques mots en souvenir de ma lecture de ce Bifrost un peu particulier puisqu’il n’est pas consacré à un auteur mais à la Lune elle-même, en hommage bien sûr aux cinquante ans des premiers pas de Neil Armstrong sur notre satellite.

Et pour commencer, un rapide tour des rubriques habituelles. Tout d’abord avec un édito relativement pragmatique sur le “phénomène” Damasio qui vend son derniers romans par palettes entières. Chacun aura son avis bien tranché sur un auteur qui ne laisse pas indifférent (et sur son roman, “Les furtifs”), mais j’approuve la distance que prend Olivier Girard avec tout ce barouf, en arguant que finalement c’est sans doute une bonne chose pour les genres de l’imaginaire et surtout pour la petite maison d’édition de Damasio, La Volte.

Passons ensuite rapidement sur les (nombreuses) critiques des ouvrages récemment parus (la production est décidément pléthorique et bien souvent de qualité, on ne s’étonnera donc pas de voir, malheureusement, des ventes parfois décevantes sur des textes qui pourtant mériteraient un bien meilleur sort…) ainsi que des revues pour en venir à une interview d’une partie du staff du site Noosfere, site bien connu des fans de SFFF, site qui rend de multiples services à chacun, site indispensable tout simplement. Merci à eux pour leur travail. Enfin, la rubrique news qui n’est plus de première fraîcheur à l’heure où j’écris ces lignes…

Le dossier maintenant. Qui commence par un article de Mike Ashley s’intéressant aux premiers récits faisant référence à la Lune. De l’Antiquité jusqu’au début du XXème siècle, ça fait déjà une belle période mais disons que sont mis de côté les textes “modernes”. Ces textes sont d’ailleurs abordés dans l’article suivant, du moins certains d’entre eux puisqu’il a bien fallu faire un choix. Article partial donc (mais pouvait-il en être autrement puisqu’il s’agit ici de dresser un “bibliothèque idéale” à propos de la Lune ?) et qui revisite également quelques anciens textes déjà abordés dans l’article précédente. Un peu de redite donc, mais ici les textes sont abordés les uns après les autres, sur le même mode que les guides de lecture habituels (dans les dossiers consacrés aux auteurs) ou les rubriques critiques. De quoi cocher quelques romans à lire un de ces jours.

L’article suivant, signé Roland Lehoucq et Jean-Sébastien Steyer, revient lui aussi sur quelques romans ayant la Lune pour cadre. Même s’ils sont cette fois abordés sous le prisme de la science (ce qui est toujours intéressant), en voir certains abordés pour la troisième fois en trois articles, ça commence à faire beaucoup, d’autant que pour avoir une vue “large” sur ces romans il est finalement nécessaire de piocher dans les trois articles. Pris un par un, ces textes s’avèrent donc tous intéressants à leur manière, mais l’ensemble paraît finalement un poil confus et, surtout, parfois redondant. Le mot de la fin (de ce dossier) revient à Roland Lehoucq à nouveau (qui a donc fait un gros boulot sur le dossier de ce Bifrost) avec la traditionnel article “Scientifiction” qui, bien sûr, nous présente la Lune sous toutes ses coutures. Son histoire, sa géologie, tout nous est expliqué, avec notamment les dernières hypothèses. De quoi être scientifiquement à jour sur notre satellite. Accessible, didactique, de la belle ouvrage.

Et enfin, les nouvelles. Au nombre de quatre, la première d’entre elle, “Les Hommes-Fourmis du Tibet”, la plus longue, est signée Stephen Baxter et se révèle être une suite au roman “Les premiers hommes sur la Lune” de H.G. Wells. Problème : je n’ai pas lu ce roman. C’est en fait un faux problème, puisque la nouvelle de Baxter peut très bien se lire indépendamment du texte de Wells mais comme souvent en pareil cas, on y perd les références. Alors certes, ce n’est pas si grave que ça, mais ne pas se rendre compte que le vieux monsieur échoué sur la plage au début du texte est le Bedford qui a accompagné le héros du roman de Wells sur la Lune, ça me dérange un peu. L’intrigue est assez simple : un jeune garçon curieux se trouve embarqué dans un voyage vers la Lune en empruntant fortuitement le vaisseau des héros du roman de Wells. Là-bas il va découvrir une étonnante civilisation d’Hommes-Fourmis et un paysage surprenant qu’il imaginera être le Tibet (d’où le titre du texte). N’ayant donc pas le récit de Wells en tête, j’ai eu l’impression d’avoir lu un texte agréable, assez pulp au départ (Baxter n’en est d’ailleurs pas à son coup d’essai sur le sujet puisqu’il a également donné une suite à “La guerre des mondes” et “La machine à explorer le temps” de Wells, avec respectivement “Le massacre de l’humanité” et “Les vaisseaux du temps”, ou bien écrit “Anti-glace”, assez ouvertement vernien) puis qui prend une tournure beaucoup plus sinistre sur la fin lorsque l’on comprend ce qui se passe, mais dont l’essence même m’est passée à côté.

Le texte suivant, “Tyché et les fourmis”, est signé Hannu Rajaniemi, et là… C’est simple : je n’ai guère vu d’intérêt à ce texte très étrange qui ne fait pas grand chose pour être clair. Je ne suis jamais entré dans le récit. Donc on passe direct à la suite.

Suite qui est d’un tout autre calibre. “Marche au soleil” de Geoffrey A. Landis est un titre parfaitement transparent puisqu’il s’agit pour Patricia Mulligan, une astronaute qui s’est crashée sur la Lune, de ne pas se retrouver à l’ombre sous peine de problèmes d’alimentation en oxygène et de maintien en température de sa combinaison. Et les secours n’arriveront que dans 30 jours. C’est donc marche ou crève, pour suivre la course du soleil. Le pitch est sans doute un peu excessif (marcher quasiment sans s’arrêter pendant 30 jours…) mais il est prétexte à un beau texte qui n’est pas seulement haletant sur le côté “exploit physique dans un environnement hostile” puisqu’il aborde aussi le côté psychologique de son personnage, plus profond qu’il n’y paraît. Jolie réussite de la part d’un auteur déjà édité dans la collection “Une heure-lumière” du Bélial avec “Le sultan des nuages”.

Le dernier récit, “Après un jugement dernier”, est signé du célèbre Edmond Hamilton, le papa du “Capitaine Futur”, dont le Bélial poursuit ici sa réhabilitation avec un nouveau texte relevant de sa période plus “sérieuse”, plus sombre aussi, assez éloignée de la simplicité pleine d’étincelles et d’étoiles des pulps classiques de l’époque. Dans une ambiance de fin du monde, deux astronautes en mission sur la Lune, peut-être les deux derniers survivants de l’espèce humaine, se demandent comment réagir à cette catastrophe civilisationnelle. Se laisser aller au désespoir ? Poursuivre sa mission coûte que coûte ? Entre désillusion et acharnement, volonté de laisser une trace de notre civilisation et abandon de tout espoir, ce texte crépusculaire montre à nouveau la maestria de Edmond Hamilton (que le recueil “Le dieu monstrueux de Mamurth”, malheureusement indisponible de longue date, du moins hors occasion, avait déjà clairement montrée). C’est beau, c’est sombre, c’est à la fois terriblement déprimant et pourtant d’une beauté folle avec cette bouteille à la mer lancée par les astronautes pour que vive à travers d’autres une humanité capable du pire comme du meilleur.

Voilà donc pour ce rattrapage, place au numéro dans un délai, je l’espère, plus raisonnable…

 

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Pierre-de-vie, de Jo Walton https://www.lorhkan.com/2019/11/11/pierre-de-vie-de-jo-walton/ https://www.lorhkan.com/2019/11/11/pierre-de-vie-de-jo-walton/#comments Mon, 11 Nov 2019 06:30:21 +0000 http://www.lorhkan.com/?p=11343 Jo Walton est revenue cette année sur les étals des libraires francophones avec son nouveau roman, “Pierre-de-vie”. Qui n’est pas si nouveau puisqu’il est paru originellement en 2010 en VO. Mais Jo Walton, désormais bien installée dans le paysage SFFF francophone, a un catalogue bien rempli dans lequel les éditeurs...

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Jo Walton est revenue cette année sur les étals des libraires francophones avec son nouveau roman, “Pierre-de-vie”. Qui n’est pas si nouveau puisqu’il est paru originellement en 2010 en VO. Mais Jo Walton, désormais bien installée dans le paysage SFFF francophone, a un catalogue bien rempli dans lequel les éditeurs peuvent trouver bien des merveilles. Et ce “Pierre-de-vie”, nouvelle pierre précieuse de l’autrice galloise ou vulgaire caillou ?

 

Quatrième de couverture :

Applekirk est un village rural situé dans les Marches, la région centrale d’un monde où le temps ne s’écoule pas à la même vitesse selon que l’on se trouve à l’est – où la magie est très puissante et où vivent les dieux – ou à l’ouest – où la magie est totalement absente. 
C’est la fin de l’été, et la vie s’écoule paisiblement pour les villageois. Mais le manoir va être mis sens dessus dessous par le retour de Hanethe, qui fut autrefois la maîtresse des lieux. Partie en Orient, elle y est restée quelques dizaines d’années. Mais, plus à l’ouest, à Applekirk, plusieurs générations se sont succédé. Ayant provoqué la colère d’Agdisdis, la déesse du mariage, Hanethe la fuit. Mais Agdisdis est bien décidée à se venger. 

Subtil roman de fantasy – prix Mythopoeic en 2010 –, Pierre-de-vie dresse le portrait de femmes simples et merveilleuses, d’une famille sans histoires mais singulière, confrontées à des changements qui les dépassent, dans un monde hors du commun.

 

Domestic fantasy

Un écoulement du temps différent selon la situation géographique, une magie variable sur les mêmes principes, et des personnages passant d’une région à l’autre avec donc des effets temporels les amenant à vivre à un “vitesse différente” que les personnes qu’ils quittent (ou retrouvent), voilà qui a de quoi émoustiller l’amateur de littérature de l’imaginaire, à plus forte raison quand il s’agit de Jo Walton dont la qualité d’écriture n’est plus à démontrer.

Oui, sauf que. Il ne faudrait pas s’attendre ici à de la fantasy “épique” avec moults paradoxes temporels, effets magiques spectaculaires, etc… Jo Walton ne verse pas dans ce genre de récits. C’est sans doute ce que j’aurais dû me dire avant d’entamer ce roman, tant je dois avouer que mes attentes n’ont pas vraiment correspondu avec ce que j’ai lu. D’autant plus qu’ici, l’autrice reste volontairement axée sur un cercle très restreint, à savoir le petit village d’Applekirk, situé dans les Marches (grosso modo à équidistance de l’Ouest où le temps s’écoule lentement et où la magie n’existe pas, et de l’Est où c’est tout l’inverse).

Les gens d’Applekirk, comme dans tout village relativement isolé et éloigné des grands cités, vivent leur vie tranquillement, sans trop se soucier de ce qui se passe dans le grand monde. La magie y est présente à petite dose (faire léviter des objets est bien le plus spectaculaire qu’on puisse y trouver, le reste repose plutôt sur des charmes du genre protection des maisons, purification de l’eau, etc…), et les habitants mènent leur train-train quotidien, se satisfaisant d’avoir trouvé leur “pierre-de-vie” c’est à dire le métier ou la fonction qui leur permettent de s’épanouir au mieux, le tout dans un fort respect mutuel, sur le plan professionnel comme personnel, avec en plus dans ce dernier cas l’acceptation d’un mode de vie très ouvert, basé sur le “polyamour”, c’est à dire couples libres, plus ou moins mélangés. Mais tout le monde ne vit pas de la même manière, et à l’Ouest, où la magie prend une immense place, la déesse du mariage Agdisdis ne voit pas ce polyamour d’un très bon oeil, et l’affront qu’elle jugera avoir subi de Hanethe, cette dernière décidant pour se protéger de revenir à Applekirk, village qu’elle a dirigé il y a bien longtemps (et que les habitants actuels ne connaissent pas, décalages temporels obligent), risque fort de briser la tranquillité du village.

Alors oui, c’est vrai, Jo Walton joue avec le temps, c’est même un peu la base de l’intrigue. Mais elle le fait par petites touches discrètes, cet effet reposant presque plus sur des techniques d’écriture particulières que sur des “effets visuels”. La narration n’est donc pas linéaire et le passé, le présent et même l’avenir se mélangent, le tout sur un texte conjugué quasi exclusivement au présent. C’est assez déboussolant, pas toujours facile à suivre (surtout que Taveth, personnage principal(e) du récit, a le pouvoir de voir les gens à différents moments de leur vie, passée ou future), du moins au début, mais cela représente finalement assez bien ces effets temporels.

Et le récit reste donc cantonné à Applekirk. Les enjeux ne semblent du coup pas être très importants, mais derrière tout cela, il y a quand même des vies humaines, des divinités et de l’action, quand bien même dès lors qu’on parle d’un siège, celui-ci se fasse avec 80 soldats. Le roman porte donc bien son qualificatif de “domestic fantasy” puisque tout ou presque y est ramené au village, voire à la famille. Mais si l’échelle adoptée par Jo Walton semble restreinte, les parties prenantes du récit restent pour l’essentiel les mêmes que dans tout bon récit de fantasy, en explorant de plus de riches thématiques (l’amour, la religion, la place que chacun doit trouver au sein d’un plus grand ensemble…).

“Pierre-de-vie” a donc tous les atours d’un roman de qualité, et c’est ce qu’il est en étant le plus objectif possible. Sur un plan tout à fait subjectif, ce n’était pas ce à quoi je m’attendais mais c’est totalement de ma faute et j’aurais dû réfléchir deux minutes avant de m’imaginer des trucs. Ne tombez donc pas dans le même piège que moi et lisez “Pierre-de-vie” pour ce qu’il est avant tout : une histoire universelle, maîtrisée et bien écrite, joliment illustrée en couverture par Aurélien Police et traduite avec classe par Florence Dolisi.

 

Lire aussi les avis de Lune, Cédric, CélindanaéBoudicca, Litote, Culturevsnews, Acr0, Tigger Lilly, Vert.

 

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Collection les vaisseaux Star Trek : la navette OV-165 et l’USS Enterprise XCV-330 https://www.lorhkan.com/2019/11/07/collection-les-vaisseaux-star-trek-la-navette-ov-165-et-luss-enterprise-xcv-330/ https://www.lorhkan.com/2019/11/07/collection-les-vaisseaux-star-trek-la-navette-ov-165-et-luss-enterprise-xcv-330/#comments Thu, 07 Nov 2019 06:30:39 +0000 http://www.lorhkan.com/?p=11722 Deux noms barbares pour deux nouveaux vaisseaux arrivés il y a quelques semaines pour rejoindre l’étagère dédiée à la collection qui est de plus en plus surchargée… La plupart des vaisseaux les plus connus sont déjà sortis, donc Eaglemoss commence à taper dans les vaisseaux moins visibles, moins iconiques, plus...

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Deux noms barbares pour deux nouveaux vaisseaux arrivés il y a quelques semaines pour rejoindre l’étagère dédiée à la collection qui est de plus en plus surchargée… La plupart des vaisseaux les plus connus sont déjà sortis, donc Eaglemoss commence à taper dans les vaisseaux moins visibles, moins iconiques, plus anecdotiques peut-être. Quoique qualifier ainsi certains des derniers modèles sortis serait aller un peu vite en besogne, la preuve ici.

Le premier des deux modèles du jours, la navette OV-165, n’est jamais apparu dans aucun épisode de Star Trek. Voilà, ça c’est dit ! ^^ En revanche, il est un des vaisseaux que l’on a vu le plus souvent dans la série “Enterprise”, avec l’Enterprise NX-01. Bizarre autant qu’étrange ? Et pourtant… Car cette navette n’est visible que dans le générique de la série ! Un générique qui retraçait à sa manière l’histoire de la conquête spatiale jusqu’à l’apparition du fameux NX-01 du capitaine Archer. En passant donc par l’OV-165, sorte d’évolution de la navette spatiale, et en service en début du XXIème siècle. Oui en ce moment quoi. ^^ Il fait donc partie de l’histoire de Star Trek, d’autant que d’autres vaisseaux s’inspireront ensuite de son design, comme le SS Emette, visible dans le même générique.

 

    

 

Et la voici donc cette navette OV-165, dont le nom ne sort pas de nulle part puisque les noms de code des navettes américaines étaient basés sur cette dénomination, OV-???, jusqu’à OV-105 pour la navette Endeavour, celle-ci étant la cinquième navette produite et active. La navette OV-165 est donc la 65ème a avoir été produite. Et rappelons pour être complet que la série “Enterprise” a été diffusée entre 2001 et 2005, elle a donc connu l’accident de Columbia en 2003 mais pas l’arrêt du programme des navettes qui a été décidé en 2010 (et effectif en 2011, même si l’orientation du programme était déjà relativement clair dès 2004 peu après l’accident de Columbia). Le générique ayant donc été conçu avant l’accident de Columbia, la navette OV-165 est donc basée sur ce qui était alors considéré comme l’avenir du programme spatial, notamment le projet VentureStar, abandonné depuis.

 

    

 

Un design simple, efficace, élégant, au code couleur directement dérivé de la navette spatiale américaine. La ressemblance est évidemment frappante, c’est voulu, tout en modernisant le design pour le rendre plus fluide, plus profilé et mesurant 40 mètres (à comparer aux 37 mètres des navettes spatiales). Le modèle réduit est particulièrement bien réalisé même s’il faut bien reconnaître qu’il n’y a pas vraiment de difficultés particulières dans son profil. Toujours est-il que la navette est belle, bien peinte, tout à fait similaire au modèle original. Du moins jusqu’à ce qu’on regarde la partie inférieure. Et là c’est le drame. Parce qu’il n’y a rien. Strictement rien. Un fond noir, uni, plat, sans aucune sculpture. Pas de train d’atterrissage, ni de pavage de bouclier thermique, rien. C’est bien dommage même s’il faut bien avouer qu’on ne regarde pas le modèle par en-dessous… Mais tout de même. C’est la seule anicroche, elle de taille et en même temps pas si importante que ça. Reste néanmoins un modèle simple mais malgré tout très réussi.

 

    

 

Pour le deuxième vaisseau du jour, je ne vais pas en faire des tartines, mais plutôt poster beaucoup de photos. Parce qu’autant le dire tout de suite, j’adore ce vaisseau. En terme de réalisation il n’est certes pas parfait (j’y reviendrai) mais sur le plan du design, c’est une pure merveille. C’est bien simple, on dirait un vaisseau tout droit sorti d’un roman de Arthur C. Clarke, et réalisé par Manchu. C’est beau, c’est merveilleux, et rien qu’à le regarder j’en ai des étoiles plein la tête. Ce vaisseau c’est du pur sense of wonder visuel.

 

    

    

    

 

Mais d’ailleurs, il sort d’où ce vaisseau ? Un peu comme la navette OV-165, on n’a jamais vu le XCV-330 en fonctionnement dans la saga. En revanche, il a discrètement traversé les époques, en tout cas suffisamment pour être vu en dessin dans “Star Trek The Motion Picture”, puis dans un épisode de la série “Enterprise” (“Home”) et enfin en miniature sur un bureau dans le film “Into Darkness”. Pour ce qui est de le situer clairement dans la chronologie Star Trek en revanche, c’est autrement plus délicat. De fait, rien n’a jamais été tranché sur ce point là. Mais peu importe, ce vaisseau a existé dans l’histoire de la conquête spatiale imaginée par la saga, et il se présente comme sur le modèle réduit produit par Eaglemoss.

 

    

    

    

 

Et quelle beauté ! Le modèle est grand, très grand avec ses anneaux. Le design est parfait, relevant autant de l’âge d’or de la SF que d’une prospective plus futuriste (mais sans doute pas très réaliste). Je disais plus haut que la réalisation n’est pas parfaite, notamment à cause de défauts propres à Eaglemoss comme la peinture des hublots non alignée avec la sculpture. Mais on en a, malheureusement, l’habitude. La sculpture d’ailleurs n’est pas nickel non plus, elle est un peu trop “grossière”, comme si on avait coulé un peu trop de matière et que les détails s’en trouvent effacés. Dommage. Enfin, on aurait pu souhaiter quelques aménagements de peinture supplémentaires, le déflecteur avant fait peine à voir, de même que la partie située juste au-dessus de lui, pleine et blanche alors que les modèles 3D nous montrent une ouverture à l’avant. La partie “vie” du vaisseau fait donc un peu tristoune, mais pour les plus motivés, il existe des stickers qui donnent des résultats relativement probants…

 

    

    

  

 

Quelques petits détails qui chagrinent un peu donc, mais ça ne m’empêche pas de m’extasier devant ce vaisseau fabuleux. Peut-être un jour le verra-t-on réellement à l’écran ? On attendant, on peut toujours rêver avec ce modèle réduit qui invite à l’aventure spatiale.

 

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Jamaiplu, de Josiane Balasko https://www.lorhkan.com/2019/11/04/jamaiplu-de-josiane-balasko/ https://www.lorhkan.com/2019/11/04/jamaiplu-de-josiane-balasko/#comments Mon, 04 Nov 2019 06:30:53 +0000 http://www.lorhkan.com/?p=11682 On pourrait trouver curieux de voir un article sur un livre de Josiane Balasko sur ce blog. Et pourtant. Car avec “jamaiplu”, l’actrice-écrivaine tape dans le mille puisque son recueil n’est rien d’autre qu’un recueil de nouvelles fantastique et SF. Hé oui, on ne l’attendait pas sur ce secteur mais...

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On pourrait trouver curieux de voir un article sur un livre de Josiane Balasko sur ce blog. Et pourtant. Car avec “jamaiplu”, l’actrice-écrivaine tape dans le mille puisque son recueil n’est rien d’autre qu’un recueil de nouvelles fantastique et SF. Hé oui, on ne l’attendait pas sur ce secteur mais Balasko est une amatrice de SF, elle a fait ses gammes, connait bien son sujet et livre avec “jamaiplu” un recueil qu’il aurait été facile de conspuer mais qui s’avère finalement tout à fait savoureux.

 

Quatrième de couverture :

Quel est le point commun entre :
une jeune femme qui parle aux animaux
une vie de chien
un scénario mortel
un enfant trop curieux
des fantômes rigolards
des zombies très affectueux
un goûter entre filles
et un extraterrestre élevé en pot?

Réponse :
Josiane Balasko !

Avec ce recueil de nouvelles drôles, tendres ou amères, l’actrice préférée des Français, artiste aux multiples talents, jette un regard sensible et acerbe sur notre temps.

 

Varié et agréable

On aurait tort d’avoir un avis préconçu sur ce recueil de nouvelles de genres dès lors qu’il est signé Josiane Balasko, actrice bien connue mais qu’on n’imaginait pas débarquer dans nos littératures favorites. Oui mais. Parce que déjà, en ouverture du recueil, elle rend hommage aux auteurs qui ont bercé sa jeunesse :

A tous les magiciens qui m’ont fait voyager dans leurs multiples dimensions, Fredric Brown, Arthur C. Clarke, Jean Ray, John Wyndham, Ursula K. Le Guin, Ray Bradbury, Cordwainer Smith, et tant d’autres encore, un bien modeste hommage pour avoir enchanté ma jeunesse.

Voilà qui est des plus engageants. Il est donc évident que le fait de s’attaquer au genre SFFF ne lui est pas venu sur un coup de tête. Non, Josiane Balasko a lu de la SF et la connaît bien (du moins la SF “classique”, pour ce qui est de la SF contemporaine je ne me prononcerai pas). Voilà pour ce qui est de la légitimité (mais est-il besoin d’une quelconque légitimité pour écrire de la SF après tout ?).

Pour ce qui est du recueil en lui-même, sans être particulièrement exceptionnel, il fait clairement bien le job, et dans son hommage ci-dessus, la référence à Fredric Brown est tout à fait appropriée. Les nouvelles présentes au sommaire ne manquent en effet pas d’humour, notamment “Histoire sainte” sur les questions pertinentes et im…pertinentes que ne manquent pas de poser les enfants ou bien “Adopteunzombie.com” sur cette invasion de zombies collants et trop affectueux. Si ce dernier texte n’avait pas été sur le ton d’une chronique, on aurait pu y retrouver clairement le Fredric Brown de “Martiens, go home !”. De l’humour il y en a aussi dans “Le temps de l’homme”, avec cette femme dans un futur indéterminé qui regarde une vidéo de quatre amies se racontant leurs aventures sexuelles. C’est assez cru, mais surtout très amusant. Jusqu’à la chute, qui fait prendre au texte une tournure assez radicalement différente, avec un questionnement sous-jacent qui ne manque pas d’intérêt. Josiane Balasko aime d’ailleurs visiblement les nouvelles à chute puisque “Le Boss” appartient également à ce registre. Sans trop en dire, le texte joue sur les différences de perception du monde et de comportement entre un chien et nous, humains. Là encore c’est amusant, léger, sans doute déjà vu mais efficace malgré tout. Et puis arrive la chute, avec là encore une bascule radicale du ton du récit, je dois avouer en avoir eu quelques frissons. Excellent donc.

Mais il n’y a pas que de l’humour dans ce recueil. On trouve aussi des récits plus dramatiques comme “Un scénario d’enfer” et sa jeune réalisatrice de cinéma amenée à travailler pour un célèbre et influent producteur. Elle ne sait pas encore dans quelle machination elle vient de s’embarquer…La fin est touchante de mélancolie et d’injustice. Drame également, plus terrible encore, dans la nouvelle qui donne son nom au recueil, “Jamaiplu”. Une jeune femme qui a le don de pouvoir communiquer de manière succincte avec les animaux, fait la rencontre d’un père et de sa fille handicapée. Tout en faux-semblant, le récit nous offre une narratrice au passé marqué par un accident de voiture qui lui a fait perdre ses parents, l’a en partie défigurée avec une vilaine cicatrice, et lui a donné la phobie de la conduite. Sa rencontre avec cet homme et sa fille, sous l’impulsion d’un corbeau (qu’elle appellera Jamaiplu, en hommage au poème “The raven” de Edgar Allan Poe dans lequel un corbeau répète avec insistance nevermore), va faire prendre au récit une tournure de thriller dramatique avec notamment, là encore, une fin particulièrement sombre. Une belle réussite.

Enfin, pour que le tableau soit complet, il faut dire également un mot sur “Les explorateurs”, une histoire de fantômes enfermés dans une mine. L’arrivée de visiteurs à la recherche de sensations fortes va bouleverser leur petit train-train de fantômes. C’est amusant mais ça ne va pas bien loin. Et enfin, dans “Faites pousser un extraterrestre”, un homme solitaire, collectionneur de vieux bibelots, magazines et jouets des années 70 et 80, met la main dans une étrange librairie sur un tas de vieux “Pif Gadget”. L’un des numéros offrait une graine pour faire pousser un extraterrestre chez soi, ce qu’il va s’empresser de faire. Ses rêves prennent alors une tournure particulière, et sa vie personnelle comme professionnelle va en être chamboulée. Amusante elle aussi, cette nouvelle s’avère pleine d’imagination et contrairement aux deux textes sus cités, est résolument optimiste. Un texte qui a tout du “feel good”. Très réussi.

Bonne surprise donc que ce recueil qui ne manque pas d’attraits. Josiane Balasko possède une belle plume, maniant avec finesse l’humour comme le drame. Sans en faire un incontournable du genre, “Jamaiplu” s’avère tout à fait honnête, et même par moment franchement recommandable. C’est tout ce que je demandais.

 

Lire aussi l’avis de Lune.

 

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Utopiales 2019 : 20 pour eux, 10 pour moi https://www.lorhkan.com/2019/10/31/utopiales-2019-20-pour-eux-10-pour-moi/ https://www.lorhkan.com/2019/10/31/utopiales-2019-20-pour-eux-10-pour-moi/#comments Thu, 31 Oct 2019 06:30:27 +0000 http://www.lorhkan.com/?p=11726 Et de dix ! Cette année marquera mon dixième festival des Utopiales consécutifs. Dix ans de conférences, d’achats, de rencontres, d’expos… Dix ans de bonheur, alors que le festival fête sa vingtième édition. Dix ans de suite, ça doit vouloir dire que j’aime bien ce petit festival méconnu… 😉 Alors...

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Et de dix ! Cette année marquera mon dixième festival des Utopiales consécutifs. Dix ans de conférences, d’achats, de rencontres, d’expos… Dix ans de bonheur, alors que le festival fête sa vingtième édition. Dix ans de suite, ça doit vouloir dire que j’aime bien ce petit festival méconnu… 😉 Alors donc oui, j’y retourne cette année, histoire de faire partie des quasi 100 000 visiteurs qui vont se croiser dans les allées de la Cité des Congrès de Nantes entre le 31 octobre et le 4 novembre 2019, pour profiter de la SF sous toutes ses formes : littérature, BD, films, jeux de société, jeux vidéo, jeux de rôle, expositions, etc…

Le thème de cette année ? Coder/décoder, un thème comme d’habitude décliné sous toutes ses formes, comme le montre la présentation issue du site officiel :

La 20e édition des Utopiales abordera le thème Coder/Décoder !

Mais qu’est-ce que le code, que sont les codes ? S’agit-il seulement de systèmes plus ou moins construits, plus ou moins délibérés, visant à transporter un contenu qu’on espère pertinent vers un interlocuteur ? Ou alors, ces codes sont-ils également, schémas invisibles et indispensables, la structure de l’ADN de nos sociétés, de nos œuvres comme celui de nos corps ?

De la partition de La Neuvième Symphonie au C++ (code de programmation), des IA au big data, des équations qui décrivent le monde aux algorithmes qui le transforment, du langage des abeilles à la langue des signes ou au braille, du chiffre de César à Enigma, des langues mortes à l’esperanto ou au klingon, des stéréotypes genrés aux archétypes du récit… Artistes, auteurs et autrices, scientifiques, pertinent.e.s et impertinent.e.s, vont déchiffrer pour nous les structures cachées de la société, du langage, de l’information et de la création.

J’y serai vendredi et samedi, deux jours qui s’avéreront bien évidemment trop courts pour faire tout ce que j’aurais aimé faire, mais je compte bien en profiter au maximum. Pas de programme préétabli parce qu’on sait bien qu’à l’impossible nul n’est tenu. 😀 Une chose est sûre : je vous y retrouverai autour d’un verre ou d’un livre ou d’une conférence, peu importe, mais je vous y retrouverai. J’ai très très hâte. Alors à très bientôt. 😉

Et pour la route, la splendide affiche signée par le talentueux Mathieu Bablet (comment ? Vous n’avez toujours pas lu “Shangri-la” ? Mais qu’attendez-vous ?), et le mot du Président du festival, Roland Lehoucq.


 

Edit : Bon finalement je me suis préparé un petit programme (grâce à la personnalisation qu’offre le site des Utopiales), histoire de savoir ce que je vais rater. 😀 Il y a des chevauchements, ça ne prend pas en compte le programme des éventuelles dédicaces ni bien évidemment toutes les autres distractions qui ne vivent que pour perturber le programme… ^^ Mais bon, comme ça je pourrai dire que j’ai “un peu” préparé mes Utopiales… 😉

  

  

 

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[anatèm], de Neal Stephenson, Prix Planète-SF 2019 https://www.lorhkan.com/2019/10/28/anatem-de-neal-stephenson-prix-planete-sf-2019/ https://www.lorhkan.com/2019/10/28/anatem-de-neal-stephenson-prix-planete-sf-2019/#comments Mon, 28 Oct 2019 06:30:36 +0000 http://www.lorhkan.com/?p=11727 Je tarde un peu, et du coup tout le monde est déjà au courant, mais tout de même je ne pouvais pas manquer d’annoncer que le lauréat du Prix Planète-SF 2019 est le roman “[anatèm]” de Neal Stephenson, sorti en deux tomes en France aux édition Albin Michel et traduit...

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Je tarde un peu, et du coup tout le monde est déjà au courant, mais tout de même je ne pouvais pas manquer d’annoncer que le lauréat du Prix Planète-SF 2019 est le roman “[anatèm]” de Neal Stephenson, sorti en deux tomes en France aux édition Albin Michel et traduit (de main de maître) par Jacques Collin. Si on se réfère à mes deux articles publiés (ici pour le tome 1 et pour le tome 2), ce n’est absolument immérité. Même si le jury, au moins pour le fun, n’a pas manqué de s’écharper à l’aide des classiques objets contondants, ce qui n’a d’ailleurs rien d’étonnant au vu de la shortlist qui avait fière allure (“BonheurTM”  de Jean Baret, “Le roman de Jeanne” de Lidia Yuknavitch, “L’ours et le rossignol” de Katherine Arden et “Terminus” de Tom Sweterlitsch).

Et le-dit jury, à l’issue de la délibération, s’est fendu d’un fort beau discours.

 

 

Félicitations donc à Neal Stephenson pour son roman qui fera sans aucun doute date dans le petit monde de l’édition francophone de SF (c’est déjà fait dans le grand monde de la SF tout court).

 

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I am vampire, de Romain Ternaux https://www.lorhkan.com/2019/10/23/i-am-vampire-de-romain-ternaux/ https://www.lorhkan.com/2019/10/23/i-am-vampire-de-romain-ternaux/#comments Wed, 23 Oct 2019 05:30:01 +0000 http://www.lorhkan.com/?p=11675 Hop, un roman qui n’était pas sur mon radar mais que le conseil de mon libraire m’a fait acheter. Faut-il faire confiance à son libraire ? C’est toute la question… 😀 Place au trash et froutraque “I am vampire” de Romain Ternaux.   Quatrième de couverture : Artiste-peintre misanthrope, misogyne...

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Hop, un roman qui n’était pas sur mon radar mais que le conseil de mon libraire m’a fait acheter. Faut-il faire confiance à son libraire ? C’est toute la question… 😀 Place au trash et froutraque “I am vampire” de Romain Ternaux.

 

Quatrième de couverture :

Artiste-peintre misanthrope, misogyne et libidineux en manque de reconnaissance, Bertrand vit au crochet de son ami Yann, un rond-de-cuir de l’armée qu’il méprise. En proie à des accès de violence, il se découvre des pouvoirs extraordinaires. Serait-il en train de devenir un vampire ?

 

Vampire à l’insu de son plein gré

Pour reprendre la quatrième de couverture, “I am vampire” nous place dans la peau (le roman est narré à la première personne) de Bertrand, le cliché parfait de l’artiste maudit, celui qui considère que le monde n’est pas suffisamment éveillé pour être sensible à son considérable (ou pas…) talent. Vivant sans le sou et au crochet de son ami Yann, militaire planqué (et on sait bien qu’entre un artiste fauché et un militaire bas du front, ça ne peut être que le grand amour), Bertrand se retrouve embarqué dans une soirée en boîte de nuit qui finit (mais pouvait-il en être autrement ?) par sérieusement dégénérer avec à la clé un Bertrand qui perd le contrôle et mord ceux qui le poursuivent. La suite est ébouriffante.

Oui, on le sent assez immédiatement, le roman ne se prend pas au sérieux. C’est ouvertement décalé, trash, absolument drôle grâce au style très direct, brut de décoffrage de Romain Ternaux via son Bertrand d’artiste (et des dialogues souvent désopilants), et ça n’épargne pas grand monde. On rit, on tourne les pages à la volée, c’est un vrai plaisir. Les situations dégénèrent à tout va, c’est complètement barré, totalement over the top, mais ça fonctionne.

Du moins, ça fonctionne pendant un temps. Car s’il faut bien avouer que la première partie est réjouissante, peut-être le roman (mais faut-il appeler “I am vampire” un roman, lui qui ne pèse que 160 pages relativement aérées ?) finit-il par un petit peu tourner en rond, alignant les situations abracadabrantesques jusqu’à plus soif ? C’est un peu comme si on avalait un plat délicieux au premier abord mais qui finit par devenir un peu bourratif sur la longueur. Mais toujours bon au goût. C’est peut-être là tout le problème : savoir où s’arrêter. Avec un tel sujet et un tel ton, Fredric Brown ou Robert Sheckley auraient sans doute su en leur temps s’arrêter à la longueur d’une nouvelle : courte, percutante, drolatique. Ici, Romain Ternaux veut un peu trop bien faire mais ne parvient pas tout à fait à tenir la longueur, malgré un recours logique à certains classiques vampiriques.

Qu’on ne s’y trompe tout de même pas : “I am vampire” est drôle et permet de passer un bon moment délirant, et mordant bien sûr. Pas parfait mais pour un moment de détente tordant, c’est plutôt réussi.

 

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Dagon – Les carnets Lovecraft – H.P. Lovecraft, illustré par Armel Gaulme https://www.lorhkan.com/2019/10/14/dagon-les-carnets-lovecraft-h-p-lovecraft-illustre-par-armel-gaulme/ https://www.lorhkan.com/2019/10/14/dagon-les-carnets-lovecraft-h-p-lovecraft-illustre-par-armel-gaulme/#comments Mon, 14 Oct 2019 05:30:04 +0000 http://www.lorhkan.com/?p=11664 Lovecraft, Lovecraft, Lovecraft… Lovecraft fait vendre, c’est évident, et les éditeurs l’ont bien remarqué. Voici donc ici une nouvelle itération d’une nouvelle bien connue, “Dagon”, illustrée, ou plutôt “croquée” par Armel Gaulme. Le potentiel évocateur des nouvelles du maître de providence est tel qu’en faire des versions illustrées tombe sous...

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Lovecraft, Lovecraft, LovecraftLovecraft fait vendre, c’est évident, et les éditeurs l’ont bien remarqué. Voici donc ici une nouvelle itération d’une nouvelle bien connue, “Dagon”, illustrée, ou plutôt “croquée” par Armel Gaulme. Le potentiel évocateur des nouvelles du maître de providence est tel qu’en faire des versions illustrées tombe sous le sens, que cela vienne de Gou Tanabe, François Baranger ou bien comme ici Armel Gaulme.

 

Quatrième de couverture :

LA NOUVELLE DE H.P. LOVECRAFT ILLUSTREE PAR ARMEL GAULME

Océan Pacifique, Première Guerre mondiale. Intercepté par un destroyer allemand, un officier de la marine marchande parvient à fausser compagnie à ses geôliers. Après des jours d’errance sur les flots du sud de l’Équateur, il échoue sur un continent inconnu, comme surgi des eaux. C’est sur cette terre sinistre jonchée de carcasses qu’il croisera le chemin d’une créature gigantesque, qu’on nommera Dagon, le Dieu-poisson. Miraculeusement sauvé mais hanté par des visions cauchemardesques, il témoignera de l’expérience qui l’a laissé aux portes de la folie.

Né en 1981 d’un père ethnologue et d’une mère grand reporter, ARMEL GAULME est un illustrateur diplômé de Penninghen-Académie Julian. Avec Les Carnets Lovecraft, il trouve l’opportunité de conjuguer son affection pour les carnets de croquis et sa passion pour Howard Phillips Lovecraft. Initiée avec la courte nouvelle Dagon, cette expérience propose une immersion dans l’univers littéraire du maître de Providence, une projection visuelle de ses cauchemars et de ses obsessions.

 

Dagon croqué par Gaulme

J’ai déjà parlé de “Dagon”, lu dans le deuxième volume des recueils de Lovecraft publiés chez Bragelonne. Nouvelle courte mais efficace, prémices d’un “L’appel de Cthulhu” qui lui sera en tout point supérieur, ce texte écrit tôt dans la vie de Lovecraft (en 1917, il avait alors 27 ans)  et qui sera son premier publié par le pulp “Weird tales” (ce qui lui donne une grande importance dans son oeuvre) n’est pas le plus remarquable de la bibliographie de l’auteur. Il ne manque malgré tout pas de quelques images fortes ni de qualités et de techniques narratives que l’auteur réutilisera à plusieurs reprises (texte raconté après les faits par un narrateur au bord de la folie…). Malgré tout, il ne pourrait prétendre nécessiter à lui seul un article sur ce blog.

Mais c’est sans compter sur les éditions Bragelonne qui, constatant que des versions illustrées des textes de Lovecraft semblent être attendues par les amateurs (et qu’elles se vendent sans doute bien), lancent une nouvelle “collection” avec ces “Carnets Lovecraft” reprenant différentes nouvelles illustrées par Armel Gaulme, la première étant donc “Dagon”.

 

  

 

Passons donc sur le texte en lui-même, sur lequel je n’ai pas grand chose de plus à dire que ce que j’ai déjà indiqué plus haut, pour aborder les illustrations, ou plutôt les croquis d’Armel Gaulme. Ce livre est en effet un carnet de croquis, des scènes en noir et blanc reprenant bien sûr celles du texte tout en l’étoffant un peu avec quelques illustrations allant plus loin dans le détail que ce que décrit Lovecraft. C’est joli, c’est évocateur, et cela donne même l’impression que c’est le narrateur lui-même qui a effectué ces dessins, donnant donc encore plus de corps à son témoignage. Parfois en pleine page, parfois en double-page, parfois sur un morceau de page, la présentation est simple mais belle, sur un papier qui convient d’ailleurs très bien à ce style d’illustrations. Armel Gaulme s’est clairement focalisé, à la manière de Lovecraft finalement, sur les décors, l’ambiance générale, mais aussi sur quelques détails, à la manière d’un archéologue qui aurait découvert des vestiges inattendus et qui s’empresserait de les retracer sur papier. Pour ce qui est de l’indicible en revanche, il est clairement mis au second plan, ce qui n’a d’ailleurs rien d’anormal compte tenu de ce que le texte nous présente.

 

  

 

Ce petit livre se termine sur un texte d’Armel Gaulme lui-même qui revient sur son attrait pour Lovecraft, son approche de l’oeuvre de l’écrivain en tant qu’illustrateur, etc… Intéressant, il permet de mieux comprendre le choix des croquis qui apparaissent dans ce carnet.

Le résultat est donc plutôt probant. Reste à voir si les lecteurs sont prêts à mettre 15,90€ dans une nouvelle (qui sera suivie par d’autres, la prochaine étant “La cité sans nom”, potentiellement tout aussi intéressante à illustrer mais qui est elle aussi relativement courte…) certes illustrée mais qui, dans l’absolu, se lit en une petite vingtaine de minutes (et qui ne prend que 55 pages TRÈS aérées sur les 80 que comprend effectivement le livre). Un recueil aurait peut-être permis d’améliorer le rapport prix/temps de lecture. Oui je sais, si c’est bon, c’est l’essentiel mais à un moment la problématique du prix finit quand même par apparaître quand on n’a pas gagné au Loto. Ce “Carnet Lovecraft” est donc un peu sur le fil du rasoir et son appréciation dépendra directement de ce que le lecteur/acheteur est prêt à débourser dès lors qu’il s’agit de textes de Lovecraft

 

Lire aussi les avis de Célindanaé, Inod, Vincent Degrez, Nathalie Z., Madoka.

 

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Sur Mars, de Arnauld Pontier https://www.lorhkan.com/2019/10/07/sur-mars-de-arnauld-pontier/ https://www.lorhkan.com/2019/10/07/sur-mars-de-arnauld-pontier/#comments Mon, 07 Oct 2019 05:30:59 +0000 http://www.lorhkan.com/?p=11660 Cela fait un moment déjà que les éditions 1115 me font de l’oeil, alors que pas mal de blogueurs se sont intéressés à leurs parutions. Et ce qui ressort des articles lus ici ou là, c’est un sentiment de satisfaction : il semblerait en effet que cet éditeur fasse bien...

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Cela fait un moment déjà que les éditions 1115 me font de l’oeil, alors que pas mal de blogueurs se sont intéressés à leurs parutions. Et ce qui ressort des articles lus ici ou là, c’est un sentiment de satisfaction : il semblerait en effet que cet éditeur fasse bien les choses, avec des textes de qualité, un prix contenu et de petits objets-livres qui ne passent pas inaperçus avec leur maquette plutôt réussie (allez, si on pouvait enlever le code-barre de la couverture, ce ne serait pas plus mal…). Alors c’est décidé, je vais y voir de plus près, en commençant par un voyage sur la planète Mars avec le bien nommé “Sur Mars” de Arnauld Pontier.

 

Quatrième de couverture :

Et soudain, c’est l’écrasement. Une pression quatre fois supérieure à la gravité terrestre, qui nous plaque sur la couchette. Je crois mourir. Que mes yeux sortent de mes orbites. Que mon cœur va exploser dans ma poitrine. Et puis, au bout de deux minutes trente, un arrêt brutal, à l’inverse, nous propulse en avant, fait décoller nos épaules, malgré les sangles qui nous attachent. Avec l’arrachement de la coiffe de protection, la lumière nous envahit alors dans un bruit sourd : l’éjection de notre tour de sauvetage.

Tout va bien. Tout se déroule comme prévu. Nous avons survécu au lancement. Le baril de poudre sur lequel nous étions assis n’a pas explosé. Il a rempli sa mission : nous sommes libérés de l’attraction terrestre.

 

Le voyage vers Mars, tel qu’il se passera… un jour peut-être.

De tout temps, la SF nous a envoyés sur Mars ou fait côtoyer les Martiens. De Edgar Rice Burroughs à Andy Weir, de Ray Bradbury à Leigh Brackett en passant par H.G. Wells, Kim Stanley Robinson, Fredric Brown, Ian McDonald, Ben Bova, Gregory Benford, Gustave Le Rouge, Arthur C. Clarke, Michael Moorcock ou Philip K. Dick (et j’en oublie un paquet d’autres), la planète a toujours nourri l’imaginaire des auteurs. Et encore, je ne parle là que de littérature ! Car le cinéma n’est pas en reste.

Quoiqu’il en soit, Mars fait rêver. On y situe tout un tas d’aventures, parfois folles et débridées, parfois plus mélancoliques, parfois totalement imaginaires, parfois très réalistes. Et sur dans cette dernière case qu’il faut placer “Sur Mars” de Arnauld Pontier. Cette novella d’une centaine de pages nous donne en effet à lire le récit de voyage d’un astronaute en partance vers Mars avec cinq autres membres de la première expédition humaine vers cet astre tant convoité. Nul prétexte purement SF ici, la Terre n’est pas morte, les aliens n’ont pas débarqué pour nous chasser de notre planète bleue, non, simplement la poursuite (un brin uchronique, puisque l’arrêt du programme des navettes spatiales en 2003 suite au drame de Columbia a conduit à intensifier le programme martien) de la conquête spatiale, dans un but scientifique autant qu’humain.

Et donc nous voici en 2025, avec ce fameux premier voyage. Arnauld Pontier nous installe dans la tête de celui qui sera le premier homme à fouler le sol martien, puisque le texte est en fait son journal personnel. Le tout nous est conté de manière très réaliste, sur un ton très posé, factuel, assez distant d’une certaine manière, en tout cas loin de céder au spectaculaire. “Sur Mars” est le récit du voyage du narrateur, biologiste de son état, et qui dit journal intime dit description factuelle de ce qui se passe durant la mission, mais aussi différentes considérations plus personnelles sur ce qui l’entoure, ses collègues, la planète Mars elle-même, la mission, ainsi que d’autres pensées plus “philosophiques” sur la vie, l’humanité, ce qui la pousse en avant, etc… Après tout, l’auteur nous dit lui-même que “Tout voyage modifie le voyageur” et que “Le voyageur, aussi, modifie le monde”. Il y a donc de quoi réfléchir durant les deux an et demi que dure la mission (un an de voyage aller-retour et un an et demi sur place).

On est donc ici très loin de ce que pourrait nous servir un récit désirant faire dans le grand spectacle. C’est même tout l’inverse, il y a certes des moments de tension, des moments durant lesquels la mission pourrait virer au drame, mais le constat est simple : durant ces moments-là les astronautes sont spectateurs, ils n’auraient aucun moyen de renverser la tendance si un problème technique devait arriver. Dans une mission de ce type, un incident est synonyme de mort, les astronautes le savent et ne peuvent que se reposer sur les calculs réalisés par les ingénieurs lors de la mise au point de la mission et sur les ordinateurs qui les effectuent ensuite en temps réel. Voilà pour le spectacle : on croise les doigts et on attend que ça se passe. Si possible bien.

Pour le reste, le texte nous montre donc ce que pourrait être une mission martienne, une vraie, une réaliste, une mission qu’on espère voir arriver un jour, de notre vivant (en tout cas du mien, ça m’arrangerait… 😀 ). Arnauld Pontier n’oublie toutefois pas qu’il s’adresse ici à des amateurs de SF, et parsème son texte de nombreuses références, littéraires ou cinématographiques. Mais le coeur du récit reste la mission, détaillée, très documentée, avec photos du sol martien reproduit sur quelques pages, ainsi qu’un historique des missions lancées (avec un paquet d’échecs…) vers la planète rouge par différents pays. Un récit qu’on n’hésitera pas à suivre avec des cartes détaillées (ici, , ou bien avec ce site, ou encore, attention ça pèse un peu, ici. Et puis tant qu’on y est, si vous voulez en prendre plein les yeux avec Mars, n’oubliez d’aller voir le site de la caméra HiRISE qui équipe le satellite Mars Reconnaissance Orbiter qui tourne autour de la planète depuis 2006, ou bien les panoramas que Thomas Appéré concocte à partir des photos du rover Curiosity), histoire de visualiser au mieux le parcours des astronautes chargés de préparer sur plusieurs sites l’arrivée des astronautes suivants.

C’est court, mais c’est très sérieux, et la relative froideur du récit n’altère en rien le sentiment de rêve que ressent le lecteur au fil de la novella. Oui, un jour, vraiment, on aimerait vivre ça en vrai.

 

Lire aussi les avis de Lhisbei, Vert, Lutin, YogoLe chien critique, CélindanaéFeyd Rautha, Chut Maman lit.

 

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[anatèm] tome 2, de Neal Stephenson https://www.lorhkan.com/2019/10/02/anatem-tome-2-de-neal-stephenson/ https://www.lorhkan.com/2019/10/02/anatem-tome-2-de-neal-stephenson/#comments Wed, 02 Oct 2019 05:30:50 +0000 http://www.lorhkan.com/?p=11653 Le DIPTYQUE “[anatèm]” de Neal Stephenson n’en est pas vraiment un. Certes sorti en deux tomes en France au lancement de la collection Albin Michel Imaginaire, il ne constitue pourtant en VO qu’un seul et même volumineux roman. En fin d’année 2018 J’ai lu le tome 1 qui se termine sur...

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Le DIPTYQUE “[anatèm]” de Neal Stephenson n’en est pas vraiment un. Certes sorti en deux tomes en France au lancement de la collection Albin Michel Imaginaire, il ne constitue pourtant en VO qu’un seul et même volumineux roman. En fin d’année 2018 J’ai lu le tome 1 qui se termine sur un joli suspense. Suspense qui n’était pas vraiment destiné à en être un puisque le lecteur anglophone n’avais qu’à tourner la page pour avoir la suite. Sauf que moi, je me suis laissé happer par l’actualité chargée des sorties de romans dans nos genres préférés. Résultat : je ne lis le tome 2 que 10 mois après le premier, qui était pourtant d’un abord délicat (mais PASSIONNANT)… Alors se replonger dans le monde mathique après tant de temps, ça s’est passé comment ?

 

Quatrième de couverture :

Fraa Erasmas est un jeune chercheur vivant dans la congrégation de Saunt-Edhar, un sanctuaire pour les mathématiciens et les philosophes. Depuis des siècles, autour du sanctuaire, les gouvernements et les cités n’ont eu de cesse de se développer et de s’effondrer. Par le passé, la congrégation a été ravagée trois fois par la violence de conflits armés. Méfiante vis-à-vis du monde extérieur, la communauté de Saunt-Edhar ne s’ouvre au monde qu’une fois tous les dix ans. C’est lors d’une de ces courtes périodes d’échanges avec l’extérieur qu’Erasmas se trouve confronté à une énigme astronomique qui n’engage rien de moins que la survie de toutes les congrégations. Ce mystère va l’obliger à quitter le sanctuaire pour vivre l’aventure de sa vie. Une quête qui lui permettra de découvrir Arbre, la planète sur laquelle il vit depuis toujours et dont il ignore quasiment tout.

 

La confirmation d’un grand roman

Oui parce que bon, on s’en souvient, le tome 1 avait certes fini par être véritablement passionnant, mais il était aussi quelque peu ardu, sinon plus. Les mondes mathique et saeculier, les fraas, les hiérarques, les férulaires, les concentes, les avôts, les auctions, et tout un vocabulaire qui demandait un certain temps d’adaptation au lecteur, d’autant plus que le glossaire, qui aurait pu s’avérer fort utile se retrouve relégué à la fin du tome 2… Un mal pour un bien peut-être puisque que pour me lancer dans la lecture de ce deuxième volume, trop longtemps après la lecture du premier, en plus de relire les derniers chapitres de celui-ci, j’ai parcouru ce fameux glossaire. Plutôt complet, il s’est avéré être d’une aide précieuse pour me remettre dans le bain de la planète Arbre et de son “écosystème” philosophico-scientifique (ou l’inverse) finalement pas si éloigné du nôtre, du moins sur le plan des idées.

Et donc, après un petit temps d’adaptation pour replacer les personnages et les évènements-clés du premier tome, j’ai replongé avec délice. Avec délice car la première grosse partie de ce tome 2 se trouve être centrée plutôt sur l’action et les révélations. Et ça s’avale goulûment. Puis vient une deuxième grosse partie. Ultra importante car préparant le lecteur, l’accompagnant même pour aborder avec lui ce qui fait le coeur du roman, ce vers quoi Neal Stephenson tend depuis le début. Sans en dire plus pour ne rien déflorer, je me contenterai de signaler que cette partie s’avère être tour à tour un peu longue et souvent passionnante. Parfois ardue (c’est même un bon cran au-dessus de ce que le tome 1 nous avait présenté) et obscure tout en étant fondamentalement hard-SF et hard-philosophie sans tout à fait avoir l’air de l’être. J’entends par là le fait que Neal Stephenson manie des idées assez vertigineuses sans les aborder sous un angle ouvertement technologique. Le roman est même plutôt low-tech d’ailleurs, non pas que la technologie ne soit pas présente, bien au contraire vu les évènements présentés, mais elle n’est absolument pas mise en avant. C’est d’ailleurs assez surprenant, voir même déstabilisant d’imaginer toute cette technologie et ces idées proprement vertigineuses être utilisées par des moines en robes de bure…

Mais ça fonctionne, et même plus que bien ! Et si on pourra se retrouver largué plus d’une fois par la complexité des thèmes évoqués (rendus encore plus difficiles à cerner par le fait que ces thèmes, connus sur notre monde à nous, sont abordés sous des appellations différentes sur la planète Arbre…), il faut se laisser porter et on finira toujours par raccrocher les wagons. Jusqu’à une troisième partie qui est une sorte de mise en application de ce qui a été vu auparavant, avec là aussi son lot d’action, d’émerveillement et de vertige, avant une conclusion qui rebat clairement les cartes entre les différentes factions de la société d’Arbre.

Ce tome 2 est donc une confirmation. La confirmation que “[anatèm]” est un roman hors-norme, une oeuvre comme on en voit rarement. Certes pas parfaite mais sans aucun doute essentielle. Sa manière de reprendre à son compte les sciences, l’histoire, la philosophie de notre monde et de mélanger tout ça (histoire de sciences, philosophie des sciences, histoire de la philosophie, etc…) en les adaptant sur un autre monde et son fonctionnement très différent du nôtre est un vrai tour de force. Neal Stephenson est à l’évidence un érudit qui n’hésite pas à prendre le risque de perdre son lecteur pour l’emmener vers des concepts proprement renversants. A l’évidence, “[anatèm]” ne pourra pas convenir à tout le monde, et s’y plonger est aussi prendre le risque de s’y perdre, mais ceux qui trouveront la clé de ce labyrinthe philosophique et scientifique seront largement récompensés pour l’effort déployé. Époustouflant.

 

Lire aussi les avis de Gromovar, Anudar, Lhisbei (sur les deux tomes), Lune (sur les deux tomes), Cédric (sur les deux tomes), Yogo, Apophis, Feyd Rautha, Blackwolf, Le Chroniqueur

 

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Les chants de la Terre lointaine, de Arthur C. Clarke https://www.lorhkan.com/2019/09/16/les-chants-de-la-terre-lointaine-de-arthur-c-clarke/ https://www.lorhkan.com/2019/09/16/les-chants-de-la-terre-lointaine-de-arthur-c-clarke/#comments Mon, 16 Sep 2019 05:30:03 +0000 http://www.lorhkan.com/?p=11640 J’ai toujours eu un faible pour Arthur C. Clarke, un auteur qui savait user du “sense of wonder” (dans le sens vertigineux du terme) comme personne. Il faut dire que malgré un nombre finalement assez restreint de lectures de ses oeuvres, j’avais quand même tapé dans ce qui est souvent...

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J’ai toujours eu un faible pour Arthur C. Clarke, un auteur qui savait user du “sense of wonder” (dans le sens vertigineux du terme) comme personne. Il faut dire que malgré un nombre finalement assez restreint de lectures de ses oeuvres, j’avais quand même tapé dans ce qui est souvent considéré comme ses chefs d’oeuvre (“Rendez-vous avec Rama”, “Les enfants d’Icare”, “2001 l’odyssée de l’espace”), des statuts d’ailleurs bien mérités. Il était donc inévitable que je me frotte à d’autres romans moins côtés, pour diverses raisons. C’est le cas ici avec “Les chants de la Terre lointaine”, écrit en 1986 et l’un des derniers romans que Clarke a écrit seul (puisque la suite de sa production, à quelques rares exceptions, est essentiellement constituée de collaborations).

 

Quatrième de couverture :

La Terre se meurt et les derniers représentants de l’espèce humaine prennent place à bord du Magellan pour un voyage de plusieurs centaines d’années. Au cours d’une escale sur une planète-océan colonisée longtemps auparavant par des vaisseaux-semeurs, l’équipage du Magellan rencontre des humains pour qui la Terre n’est déjà plus qu’un lointain souvenir, une légende.

 

Escale à Thalassa

“Les Chants de la Terre lointaine” a tout pour un être un nouveau monument de sense of wonder “à la Clarke“. Jugez plutôt. La Terre est morte, détruite par le soleil qui s’est transformé, à la suite d’une anomalie de neutrinos (anomalie connue au moment de la réaction du roman, et résolue depuis), en nova. Mais cet évènement pour le moins malheureux n’a pas pris l’humanité par surprise puisque celle-ci a eu le temps de voir venir la catastrophe. Elle a ainsi mis en place un programme d’essaimage vers des planètes lointaines supposément habitables. Tout d’abord sous forme de vaisseaux automatiques remplis d’embryons congelés, avec toute la technologie nécessaire pour les amener à maturation. Puis, progrès technologiques aidant, avec non plus des embryons mais de simples séquences ADN. Ces vaisseaux relativement lents étaient ensuite censés communiquer avec la Terre pour informer la planète-mère de l’évolution de leur colonisation. Et puis, peu de temps avant l’ultime catastrophe, l’humanité a découvert la poussée quantique, tirant parti de l’énergie du vide et permettant à des vaisseaux spatiaux beaucoup plus volumineux qu’avant (puisque débarrassés des impossibles contraintes de cargaisons massives de carburant et permettant donc de transporter des milliers de passagers, cryogénisés le temps d’arriver à destination) d’atteindre une fraction significative de la vitesse de la lumière. Et c’est ainsi que le vaisseau Magellan, témoin de la destruction de la Terre et en route vers la planète Sagan-2 (un voyage de plusieurs siècles)40, va devoir faire escale (pour réparer son bouclier endommagé) sur une planète anciennement colonisée par un vaisseau automatique mais dont l’humanité n’a plus eu de nouvelles depuis plusieurs centaines d’années, suite à ce qui a été supposé être un évènement catastrophique mettant fin à la colonie. Sauf que la colonie est toujours là, bien vivante, et menant son existence bien loin des préoccupations des derniers habitants de la Terre…

On le voit, tous les éléments sont en place pour un récit de science-fiction ou vertige et thématiques que le genre même a toujours eu l’habitude de mettre régulièrement en avant s’associent, mêlant hard-SF et questionnements humains, scientifiques, moraux. Sauf qu’Arthur C. Clarke n’a pas pris ce chemin, du moins pas totalement. Et c’est incontestablement ce qui le dessert. La rumeur dit qu’il a écrit ce livre en réaction à ceux qui critiquaient la froideur scientifique de ses oeuvres (un fait qu’il est d’ailleurs difficile de nier, mais l’intérêt de ses écrits se situe incontestablement ailleurs). “Les chants de la Terre lointaine” se révèle donc être une utopie confrontant deux colonies humaines, l’une vivant sur la planète Thalassa depuis quelques siècles et ayant développée une société qui lui est propre, l’autre venant de la Terre (détruite depuis) et constituée d’humains beaucoup plus vieux (chronologiquement parlant) que les habitants de Thalassa (grâce à la cryogénisation sur le vaisseau Magellan).

Un choc des cultures en quelque sorte mais que Clarke aborde sous un aspect bienveillant, presque chaleureux. Pas de conflit ici, la collaboration est fructueuse et uniquement jalonnée de quelques problèmes qui relèvent plus d’incidents de parcours que de soucis insurmontables. Le roman se déroule sur un rythme tranquille, mettant l’accent sur les personnages plutôt que sur le fond scientifique, un fait relativement inhabituel pour Clarke. Qu’on se rassure, l’auteur n’en oublie pas ses origines d’homme de science et quelques passages (par ailleurs passionnants) mettent en relief des éléments technico-scientifiques de la plus belle eau (usine de production de glace sur Thalassa, une planète massivement composée d’eau de mer, ascenseur spatial, le vaisseau Magellan, etc…), mais ce sont finalement des points de détail dans un roman à la narration un peu indolente et que le manque d’enjeux “dramatiques” fait parfois un peu frôler l’ennui.

Un ennui régulièrement effacé par des considérations historiques (l’histoire future de la Terre, bien détaillée), et surtout par de nombreuses thématiques finement abordées et posant de vraies belles questions (écologie, éthique, religion, évolution biologique, but du voyage du Magellan, choix de vie de son équipage, etc…), des thématiques que je ne détaillerai pas pour ne pas spoiler mais qui sont extrêmement intéressantes et pertinentes concernant un voyage sans retour de plusieurs siècles dans un radeau de sauvetage transportant les derniers survivants terriens mais également concernant une société ayant vécu et évolué en autarcie (avec bien sûr des conceptions différentes sur les plans humains, relationnels, de couples, etc…), et bien sûr sur la rencontre des deux partis. Il faut à cela ajouter une “confrontation” (là encore pas du tout sur une base conflictuelle), éventuellement romantique, entre des personnes issues des deux colonies avec donc des finalités radicalement différentes (y compris sur le plan temporel), posant quelques questions éthiques et morales tout à fait pertinentes et qui atteignent leur but : toucher le lecteur (à ce titre la conclusion du roman est une vraie réussite).

“Les chants de la Terre lointaine” est donc en demie-teinte, à intensité variable. On n’est certes pas ici dans un chef d’oeuvre de l’auteur, mais malgré tout le roman se lit très facilement, quand bien même on peut parfois avoir tendance à survoler certaines passages en pensant à autre chose… Mais ne crachons pas dans la soupe, le roman fait découvrir une facette intéressante et pas forcément attendue chez Arthur C. Clarke, ce qui en soit est une point d’intérêt justifiant une lecture que je ne regrette absolument pas d’avoir faite. Pas un grand coup de coeur donc, mais loin d’être inintéressant et encore tout à fait pertinent de nos jours.

 

Lire aussi les avis de Vincent Degrez, Blackwolf, Manu B, Xapur, Lael, Quand le tigre lit, Vil Faquin, Viinz, Stéphane Pons, Ludo, Clen.

Critique écrite dans le cadre des challenges “Summer Star Wars – Solo” de Lhisbei et “Summer Short Stories of SFFF, saison 5” de Lutin82.

  

 

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MacBeth, Roi d’Écosse – Première partie : Le livre des sorcières, de Thomas Day et Guillaume Sorel https://www.lorhkan.com/2019/09/12/macbeth-roi-decosse-premiere-partie-le-livre-des-sorcieres-de-thomas-day-et-guillaume-sorel/ https://www.lorhkan.com/2019/09/12/macbeth-roi-decosse-premiere-partie-le-livre-des-sorcieres-de-thomas-day-et-guillaume-sorel/#comments Thu, 12 Sep 2019 05:30:24 +0000 http://www.lorhkan.com/?p=11634 Je suis loin d’avoir lu tout Shakespeare, mais parmi les textes que je connais, “MacBeth” est incontestablement celui qui m’a le plus impressionné. L’ambition et la folie parcourent ce récit, jusqu’à devenir incontrôlables, pour finir dans un sanglant tragique bien connu. Court, frappant, tendu, terrible, “MacBeth” est un peu l’archétype...

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Je suis loin d’avoir lu tout Shakespeare, mais parmi les textes que je connais, “MacBeth” est incontestablement celui qui m’a le plus impressionné. L’ambition et la folie parcourent ce récit, jusqu’à devenir incontrôlables, pour finir dans un sanglant tragique bien connu. Court, frappant, tendu, terrible, “MacBeth” est un peu l’archétype de la tragédie au théâtre. C’est à ce monument que se sont frottés Thomas Day et Guillaume Sorel. Sont-ils donc dvenus fous ?

 

Quatrième de couverture :

Maintenant écoute, MacBeth.
Pour les hauts faits de ce jour, Duncan te nommera mormaer.
Plus tard, la dame aux mains rouges tu épouseras.
Et enfin, tu seras roi.

 

Bruit, fureur, sang et prophétie

Que dire qui n’ait pas déjà été dit concernant la fameuse pièce de Shakespeare ? Avec de multiples reprises ou adaptations théâtrales ou cinématographiques, plus au moins respectueuses, plus ou moins audacieuses, on pourrait penser que se pencher à nouveau sur cette oeuvre c’est prendre le risque de faire de la redite, sans offrir de parti pris qui inciterait les lecteurs à aller au-delà de la pièce. C’est pourtant un risque qu’ont pris Thomas Day (au scénario) et Guillaume Sorel (aux illustrations). Et bien que je ne puisse évidemment juger de l’originalité de leur adaptation (n’ayant pas vu toutes les innombrables autres), force est de constater que celle-ci fonctionne à merveille.

Faisant de Lady MacBeth le personnage central du récit (pas le plus présent mais celui par qui tout arrive, et qui va même plus loin que dans la pièce puisqu’elle n’est pas seulement incitatrice mais carrément actrice des évènements tragiques), Day et Sorel offrent une autre vision que celle de Shakespeare. Tout d’abord en se nourrissant de l’oeuvre du dramaturge anglais, en s’en inspirant pour mieux s’en éloigner, pour mieux la transformer, reprenant autant l’Histoire (avec un grand H, du moins ce qu’on en sait, notamment sur Lady MacBeth elle-même, calquée sur Gruoch d’Écosse, ou bien sur les évènements, ô combien importants, conduisant MacBeth à épouser celle qui deviendra la fameuse Lady) que la légende (les sorcières, la prophétie). C’est fait de manière adroite : les éléments célèbres de la pièce de Shakespeare sont présents mais de manière détournée (Banquo ne s’appelle plus Banquo) ou bien situés à des moments différents du récit (la vision des mains sanglantes de Lady MacBeth), le tout restant parfaitement cohérent et compréhensible.

 

  

 

Et donc, tout le récit tourne autour de la fameuse Lady, rendant le personnage de MacBeth encore plus faible que ne le faisait la pièce de théâtre puisque s’il reste ambitieux, il sait rester à sa place sans regret et ne se décidera donc pas à forcer le destin. C’est bel et bien Lady MacBeth qui va prendre les choses en main, quitte à le faire de manière sanglante, faisant de son mari un misérable incapable d’endosser le rôle qu’il prétend incarner. Un changement de paradigme en somme, car même si l’essentiel derrière tout cela était déjà dans la pièce, le fait de faire de Lady MacBeth plus qu’une tentatrice est un pas de côté (ou un pas en avant dans l’air du temps…) intéressant, alors que les sorcières indiquent :

Et l’histoire se souviendra-t-elle de sa complice ? Oui l’histoire se souviendra de Dame MacBeth. Mais dans une moindre mesure, car c’est le lot des femmes.

Côté scénario, Thomas Day nous offre une belle montée en tension, qui va crescendo jusqu’à ce fameux acte sanglant qui scelle le destin d’un couple (et de ses nombreuses victimes). La folie est palpable, le mal est présent dans les têtes, sans que personne ne s’en rende encore vraiment compte. La narration est donc parfaitement maîtrisée, les évènements se mettent en place de manière implacable, tout en s’appuyant sur le texte de Shakespeare (dans la traduction de François-Victor Hugo), sans toutefois y coller de manière trop rigide. Thomas Day sait se donner de la liberté et de l’air là où il le faut, à bon escient, et le tout fonctionne parfaitement.

 

    

 

Pour ce qui est des dessins, avec Guillaume Sorel aux pinceaux, personne ne sera surpris d’apprendre que c’est remarquable. Une Écosse entre grisaille et lumière, des intérieurs chaleureux mais aux recoins sombres, des personnages qui ne sont pas de “belles gueules”, tout cela donne du caractère aux illustrations. Une mise en image sublime, agrémentée d’une mise en scène dynamique avec un découpage parfois classique parfois moderne, toujours au bénéfice des illustrations mais sans altérer le propos.

À l’issue de la lecture enthousiasmante de ce premier tome, le mal est donc fait, la montée en puissance des personnages est arrivée à son point culminant, place maintenant à la déchéance, la tragédie, le mal absolu. Le tome 2, sans nul doute plein de bruit et de fureur (mais pas raconté par des idiots et qui signifiera beaucoup… 😉 ), risque de sacrément se faire désirer.

 

Lire aussi les avis de Gromovar, Célindanaé, Nicolas, Feyd Rautha.

 

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Shangri-La, de Mathieu Bablet https://www.lorhkan.com/2019/09/05/shangri-la-de-mathieu-bablet/ https://www.lorhkan.com/2019/09/05/shangri-la-de-mathieu-bablet/#comments Thu, 05 Sep 2019 05:30:41 +0000 http://www.lorhkan.com/?p=11619 Ce qu’il y a de bien avec les déménagements, c’est que puisque 95% des livres sont dans des cartons, quand on cherche une nouvelle lecture le choix est vite limité et on doit donc se tourner vers ce qui nous tombe sous la main. Ce fut le cas pour moi...

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Ce qu’il y a de bien avec les déménagements, c’est que puisque 95% des livres sont dans des cartons, quand on cherche une nouvelle lecture le choix est vite limité et on doit donc se tourner vers ce qui nous tombe sous la main. Ce fut le cas pour moi avec “Shangri-La” de mathieu bablet, grosse BD one-shot qui n’était pas emballée à cause de son format trop volumineux. L’occasion était trop belle pour ne pas m’y mettre, d’autant qu’elle TRAÎNAIT sur ma PAL depuis pas mal de temps.

 

Quatrième de couverture :

Dans un futur lointain de quelques centaines d’années, les hommes vivent dans une station spatiale loin de la Terre et régie par une multinationale à qui est voué un véritable culte. En apparence, tout le monde semble se satisfaire de cette « société parfaite ». Dans ce contexte, les hommes veulent repousser leurs propres limites et devenir les égaux des dieux. C’est en mettant en place un programme visant à créer la vie à partir de rien sur Shangri-La, une des régions les plus hospitalières de Titan, qu’ils comptent bien réécrire la « Genèse » à leur façon.

 

Drôle et instructif, le cocktail parfait !

“Shangri-La” de Mathieu Bablet pourrait faire penser à une énième dystopie, avec qui plus est un contexte déjà largement vu et revu. Pensez donc : la Terre est invivable, et ce qui reste de l’espèce humaine se retrouve entassée sur une gigantesque station spatiale en orbite, l’USS Tianzhu, gérée par le conglomérat Tianzhu, sorte de méga-entreprise tentaculaire qui a la mainmise sur tous les aspects de la vie quotidienne sur la station. Les emplois, les produits du quotidien, les loisirs, les logements (des boîtes de conserve…), tout passe par Tianzhu. Certains, comme Scott, le personnage principal de “Shangri-La”, y voient l’avantage de ne guère avoir à se soucier de la vie puisque Tianzhu gère tout à leur place, d’autres, une minorité dont fait partie Virgile, le frère de Scott, se disent que leur liberté n’est qu’une façade. Rien de bien original jusqu’ici. Sauf que Mathieu Bablet ne s’arrête pas là, puisqu’en développant une intrigue qui trouve sa source dans d’étranges incidents ayant eu lieu dans différentes stations de recherche scientifique (incidents sur lesquels Scott, sur ordre de Tianzhu, va être chargé d’enquêter), la dystopie s’accompagne d’une vraie réflexion politico-sociale sur notre société du présent, celle que nous vivons tous les jours sur le plancher des vaches.

 

   

 

Et là, le jeune auteur grenoblois semble avoir voulu jouer au bingo spécial dystopie puisque tous les grands classiques du genre sont abordés : société de consommation, condition animale, minorités, racisme (savamment entretenu pour aveugler le peuple sur les vrais problèmes), spécisme, méthodes industrielles et esclavage moderne (ou esclavage tout court), publicités intrusives, sexualisées et dégradantes, soumission consentie, aveuglement par la consommation à outrance, science incontrôlée, projet démiurgique, rébellion au pragmatisme désespérant, tout y est. Mon allusion au bingo pourrait paraître un peu médisante, mais pourtant j’avoue avoir pris une jolie claque avec cette oeuvre. Car d’une part, même si le propos n’est pas toujours amené avec une grande subtilité, il fait mouche, avec un paquet de scènes très marquantes, parfois violentes, certaines même choquantes. Ça marque indéniablement le lecteur. Et car d’autre part, “Shangri-La” n’oublie pas qu’il appartient au genre de la science-fiction et joue donc avec certains thèmes certes classiques de ce courant mais qui ont toujours ce petit effet de “sense of wonder” quand ils sont bien utilisés, et c’est le cas ici.

 

    

 

Cet aspect SF me donne par ailleurs l’occasion d’aborder le travail graphique de Mathieu Bablet (qui, au passage est l’illustrateur de l’affiche des Utopiales 2019). Qui dit station spatiale dit scènes dans l’espace, et autant vous dire qu’ici on est servi, et de quelle manière ! Bablet dessine l’immensité et la beauté de l’espace comme peu savent le faire, certaines pages sont d’une beauté stupéfiante, des vertiges SF comme on en voit trop peu. Mais ce n’est pas tout, puisque l’auteur n’est pas seulement à l’aise dans l’espace, non l’USS Tianzhu lui offre aussi un terrain de jeu sur lequel il fait merveille. On le sent en effet dans son élément dès lors qu’il s’agit de mettre en scènes des architectures complexes. Le sens du détail de Mathieu Bablet est remarquable et on se retrouve à examiner les cases pour y découvrir ici ou là quelques détails qui ajoutent au plaisir visuel. On saluera aussi son jeu avec les couleurs, les scènes dans l’espace ayant une dominance de bleu, les scènes dans la station jouant avec différentes couleurs en fonction des situations. C’est immédiatement identifiable et donne une vraie personnalité à son dessin. Un bémol en revanche sur les visages, nettement moins réussis, pas suffisamment expressifs et trop ressemblants les uns aux autres…

 

    

 

“Shangri-La” est donc une oeuvre riche et belle, qui veut dire beaucoup (peut-être même parfois un peu trop pour son propre bien…) et qui le fait de manière particulièrement frappante, sans ménager ni le lecteur ni ses personnages. On le sait, la science-fiction est un moyen détourné pour parler de notre société, en replaçant son contexte dans un avenir plus ou moins lointain. “Shangri-La” en est l’illustration éclatante, dont on ressort secoué. Oscillant entre un graphisme ultra-détaillé et une volonté “d’apaisement spatial”, de contemplation, l’oeuvre de Mathieu Bablet, au fond social très fort, est une vraie belle et grande réussite. Difficile de ne pas vouloir continuer à explorer l’oeuvre de cet auteur talentueux.

 

 

 

Lire aussi l’avis de Nicolas, Li-An, Elessar.

Article écrit dans le cadre du challenge “Summer Star Wars – Solo” de Lhisbei.

 

 

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Le peuple du talisman, de Leigh Brackett https://www.lorhkan.com/2019/09/02/le-peuple-du-talisman-de-leigh-brackett/ https://www.lorhkan.com/2019/09/02/le-peuple-du-talisman-de-leigh-brackett/#comments Mon, 02 Sep 2019 05:30:48 +0000 http://www.lorhkan.com/?p=11593 On continue la découverte des écrits de Leigh Brackett avec le troisième roman au sommaire du recueil “Le grand livre de Mars”, à savoir “Le peuple du talisman”. Puisque “L’épée de Rhiannon” et “le secret de Sinharat” furent deux lectures très agréables, il n’ y ap as de raison pour...

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On continue la découverte des écrits de Leigh Brackett avec le troisième roman au sommaire du recueil “Le grand livre de Mars”, à savoir “Le peuple du talisman”. Puisque “L’épée de Rhiannon” et “le secret de Sinharat” furent deux lectures très agréables, il n’ y ap as de raison pour que ce ne soit pas à nouveau le cas avec celle-ci.

 

Quatrième de couverture (tirée du recueil “Le Grand Livre de Mars”) :

La scénariste de L’Empire contre-attaque au sommet de son art…

Mars. La rouge. La sèche. L’immortelle. Mars où les empires s’entrechoquent et s’effondrent, où les héros naissent à l’ombre d’oriflammes barbares. Mars, où la fierté d’un héritage culturel indicible et millénaire. Mars des secrets. Du pouvoir. De la mort. Mars du souvenir…

Au programme de cette édition exceptionnelle, dans des traductions totalement révisées et réunies pour la première fois :

  • L’Épée de Rhiannon
  • Le Secret de Sinharat
  • Le Peuple du talisman
  • Les Terriens arrivent

Le tout encadré d’une préface inédite de Michael Moorcock, d’une large postface biographique signée Charles Moreau et d’une bibliographie exhaustive.

Si Leigh Brackett (1915-1978) est mondialement connue pour avoir scénarisé des films aussi célèbres que Le Grand sommeil (coécrit avec William Faulkner), Rio Bravo ou encore L’Empire contre-attaque, celle qui fut la compagne d’un des plus grands auteurs de l’Âge d’Or, Edmond Hamilton, demeure avant tout une romancière de tout premier plan qui a donné ses lettres de noblesse à la science fantasy.

Ici, Leigh Brackett évoque Mars avec une puissance poétique digne de Ray Bradbury, dont elle fut l’amie et la confidente alors qu’il rédigeait les Chroniques martiennes. Elle a de fait influencé des générations d’écrivains, au premier rang desquels Michael Moorcock, qui reconnaît chez cette grande dame des littératures de genre l’une de ses inspirations fondatrices.

 

Mars la blanche

“Le peuple du talisman” met à nouveau en scène Eric John Stark, un humain né sur Mercure et dont les premières années ont été particulièrement difficiles. Leigh Brackett ajoute ici quelques détails sur la vie passée du héros, des détails succincts mais qui contribuent à épaissir un peu la psychologie du personnage et à comprendre son point de vue sur les évènements desquels il est le témoin et/ou l’acteur. Et il va d’ailleurs être dans ce roman autant acteur que spectateur de faits qui dépassent l’entendement.

Nous sommes donc toujours sur Mars, mais dans une lointaine région nordique, non loin de la ville de Kushat que Stark tente de rejoindre avec un ami mourant. Celui-ci ne survivra pas au voyage, mais il parvient tout de même à donner à Stark un joyau qu’il avait volé avant de s’enfuir de la ville, puis de lui faire promettre de restituer le précieux talisman. Mais Stark tombe rapidement dans un guet-apens organisé par les mercenaires des montagnes environnantes, des soldats qui semblent avoir pour ambition d’attaquer la ville, Kushat n’étant, d’après eux, plus protégée par le talisman qui la rendait inviolable…

Mars toujours donc, mais une Mars froide et enneigée, voilà qui change à nouveau le contexte, après Mars la verte et bleue de “L’épée de Rhiannon” et Mars la rouge du “Secret de Sinharat”. Pour le reste, Leigh Brackett nous donne à nouveau un récit de pure fantasy, mais dans lequel le contexte de science-fiction apparaît plus ouvertement avec la découverte de ce qui se trame au-delà de la ville de Kushat, une fois franchies les Portes de la Mort. Un élément qui peut faire penser à du Lovecraft sans l’aspect horrifique (quoique…) mais pas très éloigné du cosmicisme de l’auteur de Providence. Ou bien, si l’on regarde à travers un spectre purement science-fiction, on peut aussi y voir un peu de Arthur C. Clarke.

Une chose est sûre, Leigh Brackett mène toujours aussi bien son récit, à la narration limpide, multipliant les rebondissements, variant ses scènes (un siège, un camp de mercenaires, quelques purs passages d’ambiance sur une Mars inquiétante, et bien sûr ce qui se passe au-delà des Portes de la mort…). On reste dans du pulp, les personnages secondaires sont souvent un peu “utilitaires” c’est à dire qu’il font soit avancer le récit soit mettent en avant Eric John Stark, mais sans avoir de vie par eux-mêmes. La littérature SF de l’époque… On soulignera pourtant à nouveau, comme dans les romans précédents, la présence d’un personnage féminin qui n’est pas (en tout cas pas seulement…) une jeune femme éplorée tombant sous le charme de Stark. C’est peu de chose mais pour l’époque c’était déjà un élément significatif.

“Le peuple du talisman” est court (moins de 200 pages), efficace, rythmé, mais étonnamment le côté science-fiction plus poussé ne m’a pas totalement convaincu (même si’il faut bien reconnaître qu’il s’insère sans problème dans l’univers de l’autrice dans lequel le système solaire a été colonisé), et j’ai finalement préféré les récits martiens de Brackett plus ouvertement fantasy, plus “Burroughsien” sans doute, c’est à dire les deux romans précédents, d’autant que j’ai moins retrouvé dans celui-ci le côté “animal”, barbare (en opposition à la notion de civilisation, comme chez Robert E. Howard) de Stark qui ressortait plus dans “Le secret de Sinharat”. Peu importe, ça ne m’empêchera pas de continuer ma lecture de ce “Grand livre de Mars” avec les cinq dernières nouvelles qu’il contient.

 

Lire aussi les avis (essentiellement sur le recueil entier) de Patrice Lajoye, Simatural, Manu B., Les chroniques du chroniqueur.

Critique écrite dans le cadre des challenges “Summer Star Wars – Solo” de Lhisbei et “Summer Short Stories of SFFF, saison 5” de Lutin82.

  

 

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Le roman de Jeanne, de Lidia Yuknavitch https://www.lorhkan.com/2019/08/29/le-roman-de-jeanne-de-lidia-yuknavitch/ https://www.lorhkan.com/2019/08/29/le-roman-de-jeanne-de-lidia-yuknavitch/#comments Thu, 29 Aug 2019 05:30:11 +0000 http://www.lorhkan.com/?p=11565 Séance de rattrapage avec ce roman de Lidia Yuknavitch, nominé dans la short-list du Prix Planète-SF des blogueurs 2019. Un roman que j’avais en ligne de mire mais que je n’avais pas pris le temps de lire. Puisqu’il est nominé, impossible de repousser sa lecture plus longtemps.   Quatrième de...

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Séance de rattrapage avec ce roman de Lidia Yuknavitch, nominé dans la short-list du Prix Planète-SF des blogueurs 2019. Un roman que j’avais en ligne de mire mais que je n’avais pas pris le temps de lire. Puisqu’il est nominé, impossible de repousser sa lecture plus longtemps.

 

Quatrième de couverture :

Anéantie par les excès de l’humanité et des guerres interminables, la Terre n’est plus que cendres et désolation. Seuls les plus riches survivent, forcés de s’adapter à des conditions apocalyptiques. Leurs corps se sont transformés, albinos, stériles, les survivants se voient désormais contraints de mourir le jour de leurs cinquante ans. Tous vivent dans la peur, sous le joug du sanguinaire Jean de Men.

Christine Pizan a quarante-neuf ans. La date fatidique approche. Rebelle, artiste, elle adule le souvenir d’une héroïne, Jeanne, prétendument morte sur le bûcher. Jeanne serait la dernière à avoir osé s’opposer au tyran. En bravant les interdits et en racontant l’histoire de Jeanne, Christine parviendra-t-elle à faire sonner l’heure de la rébellion?

 

Un roman ? Pas sûr…

Quel curieux roman que ce “Roman de Jeanne” ! Avec sans doute autant de défauts que de qualités… Futur indéterminé. Le Terre est devenue un enfer. Polluée, ravagée par d’innombrables guerres destructrices, elle n’est plus qu’une planète inhospitalière peuplée par quelques malheureux qui n’ont pas eu la chance (ou les moyens…) d’aller se réfugier sur CIEL, une station spatiale, dernier refuge d’une humanité qui dépérit. Et son dépérissement n’a rien d’illusoire puisqu’il est visible physiquement : les hommes et les femmes habitant CIEL sont albinos, glabres et stériles. Et toute trace de dimorphisme sexuel a fini par disparaître. Le temps de l’espèce est donc compté. Mais elle tente malgré tout de prolonger sa survie par des moyens qui ne font qu’illusion : la durée de vie des habitants de CIEL est pas exemple limitée à 50 ans pour que le recyclage de leur corps permette de récupérer suffisamment de matières premières. Christine Pizan approche de cet anniversaire fatidique. Elle se gryphe sur le corps (un mix entre tatouage et scarification), comme un dernier acte de rébellion, l’histoire de Jeanne, une rebelle au dirigeant de l’humanité Jean de Men, que ce dernier a fait brûler sur le bûcher. L’anticonformisme de Christine va l’amener à bouleverser sa propre vie et avec elle celle de toute l’humanité.

On le devine, les thématiques du roman sont dans l’air du temps et ne manquent pas de frapper les esprits, d’autant qu’elles ne sont pas assénées avec douceur. L’écriture de Lidia Yuknavitch est en effet frappante, elle ne prend pas de gants, elle appuie là où ça fait mal, et couplé au fait que via ses personnages asexués elle insiste sur l’importance de la sexualité comme étant l’identification de tout être humain, ce qui lui donne le statut d’être humain, cela nous donne un roman aux thèmes tout à fait d’actualité (écologie, liberté sexuelle, féminisme…).

On suit les pensées de Christine, son cheminement intellectuel, ce qui la pousse à agir. C’est à la fois assez grisant car assez virevoltant, mais aussi un peu monotone puisque que durant un bon quart du roman, on n’a que deux personnages à se mettre sous la dent. Les amateurs de variété de protagonistes en seront pour leurs frais… Le roman prend ensuite un tournant différent en nous décrivant l’histoire de Jeanne (racontée sur le corps de Christine donc, mais pas que…). On a donc Christine Pizan (basée sur la vraie Christine de Pizan, autrice au XIVème du “Ditié de Jeanne d’Arc”) dont le corps raconte l’histoire de Jeanne (évident avatar de la célèbre Jeanne d’Arc) et qui s’oppose à Jean de Men (basé sur le vrai Jean de Meung, poète misogyne des XIII-XIVème siècles dont l’une des oeuvres est une franche satire des femmes, et que Christine de Pizan critiquera avec virulence). Tout cela est une sorte de réécriture future de l’histoire, aux thèmes forts et aux personnages qui font parfois plus figure d’allégorie que de véritables personnages de roman. C’est un peu le problème du récit, on sent bien que tout ce que dit Lidia Yuknavitch dans son texte est signifiant, important, mais peut-être a-t-elle trop oublié d’en faire un vrai roman, d’autant que les évènements qu’elle décrie nécessitent une suspension d’incrédulité en béton armé pour parvenir à être avalés…

Oui “Le roman de Jeanne” est un récit de science-fiction de par son contexte, mais il s’y produit des choses qui amènent forcément le lecteur à relativiser son genre d’appartenance. Ce n’est pas forcément un problème, mais tout de même la cohérence d’un récit qui semble au départ être relativement (je dis bien relativement…) réaliste est régulièrement malmenée. Sans doute faut-il plutôt y voir une allégorie complète, une sorte de conte philosophique noir revisitant une certaine histoire de l’humanité, pointant ses défauts et les conséquences de ses actes, et mettant la rationalité de son récit de côté.

Récit puissant mettant en parallèle le corps humain et l’écosystème de notre planète, “Le roman de Jeanne”, malgré l’importance de ses thématiques, n’a malheureusement pas su m’emporter. Trop baroque, trop inclassable peut-être, à peine avais-je réussi à m’immerger dans son univers et son propos que Lidia Yuknavitch a fini par me perdre avec des évènements surréalistes qui m’ont tout simplement sorti du récit. Dommage, mais même si ça n’enlève en rien à l’importance de son discours, le texte ne fera pas partie de mes grandes découvertes…

 

Lire aussi les avis de Tigger Lilly, Cédric, Gromovar, Lune, Nicolas

Critique écrite dans le cadre des challenges “Summer Star Wars – Solo” de Lhisbei et “Summer Short Stories of SFFF, saison 5” de Lutin82.

  

 

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Le maître de la lumière, de Maurice Renard https://www.lorhkan.com/2019/08/26/le-maitre-de-la-lumiere-de-maurice-renard/ https://www.lorhkan.com/2019/08/26/le-maitre-de-la-lumiere-de-maurice-renard/#comments Mon, 26 Aug 2019 05:30:20 +0000 http://www.lorhkan.com/?p=11575 Suite à un premier essai tout à fait convaincant avec la collection “Les Orpailleurs” de la BnF (“Trois ombre sur Paris” de H.J. Magog), il aurait été dommage de na pas poursuivre la découverte un peu plus loin. Et pour illustrer la littérature relevant du “merveilleux-scientifique”, qui de mieux placé...

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Suite à un premier essai tout à fait convaincant avec la collection “Les Orpailleurs” de la BnF (“Trois ombre sur Paris” de H.J. Magog), il aurait été dommage de na pas poursuivre la découverte un peu plus loin. Et pour illustrer la littérature relevant du “merveilleux-scientifique”, qui de mieux placé que Maurice Renard, l’homme qui a théorisé le terme ? Alors c’est parti, on embarque dans un véritable roman populaire, dans le sens le plus noble du terme.

 

Quatrième de couverture :

” C’était la lumière qui, au plus épais de la substance, avançait lentement, lentement, lentement… ” 

Deux familles corses, les Ortofieri et les Christiani, se vouent une haine farouche depuis le meurtre, en 1835, de César Christiani, corsaire de Napoléon, par Fabius Ortofieri
À un siècle de distance, Charles Christiani, historien de vingt-six ans, rouvre l’enquête grâce aux propriétés d’un verre spécial, la “luminite”, qui permet de voir le passé. Aiguillonné par ses sentiments pour une femme du clan rival, le jeune homme se lance dans une véritable opération vérité.

 

Un roman multi-classé

Roman-feuilleton publié en 1933, alors que Maurice Renard avait laissé de côté depuis quelques années le “merveilleux-scientifique”, genre qui n’a malheureusement pas eu le succès qu’il escomptait, “Le maître de la lumière” n’aura eu les honneurs d’une publication en volume qu’en 1947. Il n’est donc pas étonnant de découvrir un texte au style forcément adapté à son mode de publication : une plume “d’époque” (un style d’écriture désuet, qui nécessite peut-être un petit temps d’adaptation), simple mais pas simpliste, une intrigue jouant du suspense et des fausses pistes, quelques cliffhangers bien placés pour amener le lecteur à vouloir en découvrir plus dans l’épisode suivant. Pourtant, il ne faudrait pas s’arrêter à cette mécanique certes bien huilée mais un peu convenue, alors que le roman offre justement une surprenante variété. Qu’on en juge : Maurice Renard convoque ici romance, roman policier, roman historique, récit maritime, et bien sûr un élément relevant de la science-fiction, cette fameuse “luminite” qui pourrait être simplement magique mais dont les propriétés sont clairement expliquées sur une base scientifique (même si un erreur flagrante concernant la vitesse de la lumière, valeur pourtant bien connue à l’époque mais notée à “trois mille kilomètres par seconde”, ne manquera pas d’être relevée). Une jolie manière de varier les plaisirs.

Pour dire deux mots sur une intrigue au demeurant assez simple, contentons-nous de dire que le roman nous narre la rencontre entre un homme, Charles Christiani, et une femme, Rita Ortofieri, rencontre qui se transforme vite en coup de foudre. Problème : les deux familles se vouent une haine farouche, depuis que César Christiani, corsaire de Napoléon, a été assassiné presque un siècle auparavant , crime dont le coupable présumé, Fabius Ortofieri, est mort en prison avant son jugement. Les Corses et le sens de l’honneur. Mais on pourrait bien rétorquer qu’il n’y a pas que les Corses qui font passer l’honneur avant tout, souvenons-nous des Montaigu et des Capulet… Le voila donc désespéré devant une histoire d’amour impossible, jusqu’à ce que par hasard il découvre, dans l’ancien bureau de son illustre ancêtre, un objet aux propriétés extraordinaires, la fameuse luminite. Ressemblant au départ à une ardoise, elle a la faculté de retarder le passage de la lumière, de sorte que les rayons lumineux qui entrent par un côté ne ressortent de l’autre côté que bien plus tard, et permet donc, à l’instar des étoiles dont la lumière a mis des années pour nous parvenir, à regarder des évènements passés. Plus la plaque est épaisse, plus la lumière met de temps pour la traverser. Et la plaque située dans le bureau de César Christiani permet justement de voir les évènements datés d’un siècle. L’occasion unique pour Charles de pouvoir peut-être, enfin, élucider la mort de César Christiani, d’innocenter Fabius Ortofieri et d’épouser Rita.

On a donc un roman relevant essentiellement du genre policier, avec enquête, analyse d’indices, cogitation pour tenter de comprendre les mouvements et les motivations de chacun des protagonistes. On a même des plans pour illustrer la configuration de lieux importants. Pourtant, à plusieurs reprises, le roman change de registre. S’ouvrant de manière très franche avec une romance (un aspect qui me faisait un peu peur mais qui au final n’est présent de manière frontale qu’au tout début), il prend plus tard les atours du roman maritime (pour nous faire découvrir l’histoire de César et la découverte de la luminite) puis du roman historique (le roman met en scène l’attentat perpétré par Fieschi sur le roi Louis-Philippe, un fait bien réel).

L’élément science-fictif, ou plutôt merveilleux-scientifique, est à la fois important (il est au centre de l’enquête de Charles Christiani) et accessoire : il ne bouleverse pas la société, ne semble pas avoir d’impact autre que dans cette enquête. Un élément pourtant intéressant mais qui n’est donc utilisé qu’à “courte vue”, ça peut frustrer mais après tout le roman n’a pas la prétention d’étudier l’impact d’une telle découverte sur la société. Il s’agit bel et bien d’un enquête pouvant permettre la construction d’une histoire d’amour, la luminite est donc utilisée à cette fin et à elle seule.

Le récit est agréable, vif et bien mené, mais ou pourrait tout de même lui trouver quelques défauts, notamment narratifs puisque l’intrigue en elle-même repose sur des conventions sociales et familiales qu’aucun personnage ne tentera de combattre si ce n’est en tentant de faire la lumière (haha) sur le meurtre de César. Pas de volonté de transgression, d’amour plus fort que tout, etc… Un roman bien de son époque sans doute, mais si transgression de ces conventions il y avait eu, l’intrigue n’aurait plus eu lieu d’être… Autre problème, Charles Christiani, alors qu’il a physiquement la possibilité de vérifier par lui-même un élément important de son enquête en “feuilletant” la plaque de luminite (je reste flou pour ne pas trop en dévoiler), préfère ne pas s’en soucier et continue de chercher des indices tout en préparant une révélation qu’il espère positive pour lui et son enquête. Une manière somme toute artificielle de prolonger le suspense d’un roman parfois un peu bavard alors qu’il y a à l’évidence moyen d’aller droit au but.

Mais qu’on ne s’y trompe pas, si ces défauts restent bien présents (on pourrait aussi parler d’un deus ex machina, peu avant la fin, un peu… tiré par les cheveux et reposant là aussi sur un fait scientifique plus que contestable, même pour l’époque…) et pourront objectivement en gêner plus d’un, le roman se lit avec un plaisir certain. Rythmé, relançant toujours à bon escient la machine narrative, “Le maître de la lumière” montre un auteur sûr de son fait, à l’aise dans différents styles, et surtout proposant là une belle illustration de ce qu’est le “merveilleux-scientifique”. Et même si ce n’est pas le roman du siècle, il faut à nouveau saluer la BnF  pour avoir sorti ce roman de l’ombre (re-haha).

 

Lire aussi les avis de Laurent GarreauSò Corsi.

Critique écrite dans le cadre du challenge “Summer Short Stories of SFFF, saison 5” de Lutin82.

 

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Mage de guerre, de Stephen Aryan https://www.lorhkan.com/2019/08/22/mage-de-guerre-de-stephen-aryan/ https://www.lorhkan.com/2019/08/22/mage-de-guerre-de-stephen-aryan/#comments Thu, 22 Aug 2019 05:30:44 +0000 http://www.lorhkan.com/?p=11551 C’est l’été, il fait beau, il fait chaud, on a envie de se détendre, de s’amuser, bref de ne pas se prendre la tête. Il en va de même pour les lectures estivales (ou pas, d’ailleurs), et l’envie de lire un truc 100% plaisir m’a fait ouvrir un livre qui...

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C’est l’été, il fait beau, il fait chaud, on a envie de se détendre, de s’amuser, bref de ne pas se prendre la tête. Il en va de même pour les lectures estivales (ou pas, d’ailleurs), et l’envie de lire un truc 100% plaisir m’a fait ouvrir un livre qui TRAÎNAIT sur ma PAL depuis fort longtemps, à savoir “Mage de guerre” de Stephen Aryan.

 

Quatrième de couverture :

La guerre est entre leurs mains…

Balfruss est un Mage de Guerre, qui a juré de se battre jusqu’à la mort pour Seveldrom, un royaume qui redoute pourtant ceux de sa race.

Vargus est un simple soldat qui, lorsque les mages exercent leurs pouvoirs depuis les remparts de sa ville, se bat en première ligne sans craindre de souiller sa lame.

Réunis par le souverain de Seveldrom, ils devront repousser les hordes sauvages du Roi Fou et affronter le terrifiant Nécromancien, le plus féroce des alliés de l’ennemi…

 

Torgnoles de mages

Et donc, après une introduction tentant maladroitement de chercher une justification pour la lecture de ce livre (alors que bon, hein, j’avais juste envie de lire une bonne grosse fantasy épique qui tranche, gicle et charcute. Est-il besoin d’une justification ? Bien sûr que non !), entrons dans le vif de sujet. Stephen Aryan, il ne s’en cache pas, est un admirateur des oeuvres de David Gemmell. Si je commence cet article par ce renseignement, c’est parce que ça se sent. Très fort. Non pas que ça me dérange, j’aime aussi beaucoup les romans de Gemmell. Mais il faut le savoir. D’ailleurs, jugez plutôt : une coalition de royaumes partent en guerre contre un autre royaume esseulé. Le roi de ce dernier fait appel aux meilleurs guerriers du continent (les mages de guerre) pour tenter une défense désespérée. Si ça ne vous rappelle pas vaguement “Légende” (ou “Waylander”, ou d’autres récits gemmelliens à la mécanique similaire, basés sur de vieux vétérans luttant à un contre cent pour défendre une forteresse), c’est sans doute que vous n’avez pas lu Gemmell. Dans ce cas-là, vous savez ce qui vous reste à faire, et illico !

La référence à Gemmell est donc évidente (sans parler de la Source, à l’origine de la magie du monde, et qui porte le même nom dans les romans du cycle “Drenaï” de  David Gemmell…), mais elle n’est pas la seule puisque Stephen Aryan a écrit avec “Mage de guerre” une fantasy un peu plus “sale” que celle de son idole (qui ne fait pourtant pas forcément dans la dentelle non plus). Plus sanglante disons. Car il n’y va pas avec le dos de la cuillère, et au coeur des combats, c’est un peu le festival des tripes, des boyaux, des liquides divers et variés. Il faut avoir le coeur bien accroché quoi. Mais bon, quand on fait joujou avec des épées et des haches, faut pas s’étonner de voir quelques taches sur le sol aussi hein ! Et donc, sur ce point précis, je pense qu’on peut aisément faire un parallèle avec Joe Abercrombie qui ne fait pas non plus dans la poésie.

Enfin, dernière référence, que je ne peux pas confirmer par moi-même puisque je n’ai pas lu l’auteur en question, Steven Erikson. Là on touche au domaine de l’épique, des combats à grande-échelle avec des guerriers ou des magiciens surpuissants se livrant des combats titanesques. Brandon Sanderson a aussi montré qu’il savait faire ça très bien dans son cycle des “Archives de Roshar” (sauf que Sanderson, ça reste beaucoup plus soft sur la description des blessures qui s’ouvrent, des plaies qui suintent et des cicatrices qui suppurent…). Et Stephen Aryan fait lui aussi très fort. J’y reviendrai.

Avant cela, précisons un peu l’histoire de ce siège à grande échelle. Taïkon, le roi fou qui a donc réussi à unir plusieurs royaumes sous sa coupe (de manière parfois très violente, donc la coalition est surtout contrainte et forcée, ce point est très important, j’y reviendrai également) en se faisant passer pour un messie doté de pouvoirs hors du commun (grâce à un mystérieux artefact en sa possession) et du même coup en créant une nouvelle religion dont il est l’objet du culte, lance donc son armée contre le dernier royaume résistant, Seveldrom. Matthias, le roi de Seveldrom, appelle les mages de guerres à venir l’aider à résister à l’envahisseur. Six d’entre eux (car les mages de guerre sont rares pour des raisons précises exposées dans le roman) répondent à l’appel, dont Balfruss, le personnage donnant son nom au roman. Avec leur aide et celui des généraux de Seveldrom, mais aussi de Talandra, fille de Matthias et espionne en chef du royaume, c’est tout un peuple qui s’apprête à voir déferler sur lui une armée gigantesque menée par un homme se faisant appelé le Nécromancien, un mage de guerre lui aussi (et sans doute le plus puissant de tous) et ses Éclats (pas tout à fait des généraux, pas tout à fait des éclaireurs, mais je ne peux en dire plus).

Des combats en vue donc, bien sûr, mais aussi la mise en place d’un réseau d’espionnage et de résistance puisque comme je l’indiquais plus haut, la coalition de Taïkon repose avant tout sur la force et la peur, et elle est donc peut-être susceptible de fissurer si on l’aide un peu. Cet aspect est très important dans le roman et offre une composante relativement rare et bienvenue dans la fantasy épique mettant en scène des royaumes se castagnant la tronche. C’est aussi un bon moyen pour Stephen Aryan de ne pas se focaliser uniquement sur les combats et de varier un peu son propos. Et après tout, notre histoire l’a montré, une guerre ne se gagne pas que sur le front. Et donc, inévitablement, on pense à la Deuxième Guerre Mondiale, et ce n’est pas le seul aspect du roman qui y fait référence. La coalition de Taïkon n’a en effet pas hésité à faire un exemple d’un royaume au départ un peu réfractaire. Résultat : un génocide à grande échelle, des camps de travaux, de concentration, la véritable mise en place d’un système visant à l’extermination d’un peuple. Référence évidente donc. Évidente et peut-être un peu trop voyante. Comme l’est aussi la description, succincte, des pays du sud dont vient l’un des mages de guerre attaché au service de Matthias. Son nom, Darius, parle pour lui, de même que son roi dont le nom (qui m’échappe au moment de la rédaction de cet article…) a une consonance proche de celle de fameux rois perses (Xerxès, Artaxerxès, Arsès…). C’est sans doute un peu trop transparent et paresseux à mon goût de la part de l’auteur qui s’est donc contenté, sur plusieurs points, de simplement calquer notre monde sur celui qu’il a inventé. Dommage.

Autre regret, tout cela est très manichéen. Taïkon est très très méchant, très très sanguinaire, complètement fou, les dirigeants de Seveldrom sont, eux, beaucoup plus posés, réfléchis, etc… Un manque de subtilité évident, qui se retrouve aussi dans le fonctionnement même de son intrigue : l’auteur insiste sur la mise en place et les résultats du réseau de résistance (car il y en a), mais les espions adverses semblent être aux abonnés absents. C’est un peu trop unilatéral pour être satisfaisant.

Mais ces quelques défauts mis à part, j’avoue avoir pris un grand plaisir à la lecture de “Mage de guerre”. Car Stephen Aryan reprend ses auteurs fétiches et le fait bien. Ses personnages sont très gemmelliens, des vétérans qui en ont beaucoup vu, mais qui conservent une vraie humanité et du coeur. On n’est pas ici dans un cynisme omniprésent comme c’est souvent le cas dans la dark fantasy, non les héros de “Mage du guerre”, si on peut leur reprocher d’être trop manichéens, sont surtout des personnages positifs, permettant de donner un peu de lumière dans un roman qui pourtant use des codes de la dark fantasy (combats sanglants, violents et poisseux en tête, et les descriptions précises et réalistes qui vont avec, la guerre c’est sale et ça fait mal, ce n’est pas la gloire à coup d’épées étincelantes). Du bon Gemmell en fait. Qui ne réinvente pas la roue certes, mais qui reprend de belle manière ce que d’autres ont fait avant lui.

Mais là où Stephen Aryan marque des points, c’est sur le côté épique de son roman. Je crois bien que “Mage de guerre” offre parmi les scènes les plus intenses que j’ai lu en fantasy. Les scènes de combats des mages de guerre sont d’une puissance époustouflante, certains moments clés vont à l’évidence rester gravés un bon moment dans ma mémoire. Une scène avec l’un d’entre eux, Finn, un mage inexpérimenté mais très puissant, offre une séquence ébouriffante, qui m’a d’ailleurs fait penser, dans un genre totalement différent, à une scène de “La horde du contrevent” de Alain Damasio. Un parallèle étonnant, me direz-vous ? Oui, mais je ne peux malheureusement pas en dire plus sinon ce serait spoiler (demandez moi en commentaire si vous y tenez). Toujours est-il que, pfiouuuuu, ça envoie du lourd ! Tout juste pourrait-on reprocher à l’auteur de n’offrir au lecteur que des combats entre mages de guerre, soit en un contre un, soit en équipe, mais jamais des mages contre des armées, alors qu’il sont visiblement aussi puissants que des super saiyans de Dragon Ball Z et peuvent donc faire basculer les combats. Mais en gros, quand les mages arrivent au front, les soldats reculent pour les laisser se castagner tranquillement, c’est un peu frustrant…

La narration du roman reste classique, oscillant entre les points de vue de différents personnages : le mage de guerre Balfruss (permettant de voir à l’oeuvre ses petits camarades aux pouvoirs impressionnants), le vétéran Vargus (étrange personnage qui semble avoir vu et participé à de nombreux conflits, son point de vue permettant de mettre en scène les batailles à travers les yeux des “simples” soldats), la responsable du renseignement Talandra (fille du roi Matthias, elle a accumulé des renseignements sur tous les grands de ce monde, et dispose d’un réseau d’espionnage particulièrement efficace), l’espion Gunder (sous les ordres de Talandra donc, en service derrière les lignes ennemies).

“Mage de guerre”, sous une apparence assez classique que ne vient pas démentir son pitch de départ un peu vu et revu, offre donc suffisamment d’arguments pour emporter l’adhésion, pour peu qu’on soit sensible à ce type de littérature. C’est rythmé, c’est varié dans le propos, les personnages (du moins les trois principaux, Balfruss, Vargus et Talandra) sont consistants (sans être toutefois les plus charismatiques de la fantasy), les combats sont époustouflants, bref ça se lit tout seul, et avec enthousiasme s’il vous plaît ! Et comme en plus, puisque “Mage de guerre” est le premier tome d’une trilogie, le roman a le bon goût de pouvoir se lire de manière indépendante avec une vraie fin, pourquoi résister ? Allez, beuaaaaaarrrrrrrrgh (copyright Nebal) ! 😉

 

Lire aussi les avis de l’Ours inculte, Xapur, Apophis, Blackwolf, Arckhangelos, Lutin82, Phooka, Sia.

 

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Une île (et quart) sous la lune rouge, de Thomas Geha https://www.lorhkan.com/2019/08/19/une-ile-et-quart-sous-la-lune-rouge-de-thomas-geha/ https://www.lorhkan.com/2019/08/19/une-ile-et-quart-sous-la-lune-rouge-de-thomas-geha/#comments Mon, 19 Aug 2019 05:30:32 +0000 http://www.lorhkan.com/?p=11562 Parfois, sur Facebook, on voit passer des trucs inattendus. La preuve ici avec cette novella de Thomas Geha, diffusée à cent exemplaires et faisant office de projet de fin d’études du Master éditions de Marielle Carosio, épouse de l’auteur, le tout illustré avec talent par Anna Boulanger. Evidemment, quand j’ai...

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Parfois, sur Facebook, on voit passer des trucs inattendus. La preuve ici avec cette novella de Thomas Geha, diffusée à cent exemplaires et faisant office de projet de fin d’études du Master éditions de Marielle Carosio, épouse de l’auteur, le tout illustré avec talent par Anna Boulanger. Evidemment, quand j’ai vu passer l’info, je me suis précipité. Quelques semaines plus tard, le voici arrivé dans ma boîte aux lettre, et aussitôt reçu, aussitôt lu.

 

Quatrième de couverture :

Chaque île a ses légendes et son folklore. Sauvage et fascinante, celle-ci a sa lune rouge. Deux scientifiques, une jeune fille, un GI, un psychiatre et un journaliste vont s’y intéresser, chacun à leur façon. Jusqu’à ce que vienne le temps des révélations.

 

L’île mystérieuse

Premier constat, pour un projet d’études, c’est un superbe objet. Couverture avec rabats (l’illustration de Anna Boulanger forme une fresque si on déplie les rabats), pelliculage mat, novella d’un peu plus de 80 pages au format poche avec papier de qualité, le travail est remarquable. Tout juste peut-on noter quelques rares coquilles, mais certains éditeurs professionnels ne font pas mieux, d’autres font pire… Donc bravo, on est clairement, pour rester sur le secteur de la novella, au niveau de ce que fait le Bélial’ avec sa collection “Une heure-lumière”. Si avec ça l’éditrice Marielle Carosio n’obtient pas son Master haut la main…

Quant à l’histoire, s’agissant d’une novella, il ne faut pas trop en dire, d’autant plus que Thomas Geha brouille volontairement les pistes en début de lecture en mélangeant plusieurs trames narratives bien distinctes, mais qui sont bien évidemment toutes connectées. Restons-en au fait que tout tourne autour d’une île, de ses légendes, et d’une intrication entre mythes fantastiques et sciences. Une novella qu’on pourrait situer au premier abord dans le domaine du fantastique mais qui finalement ouvre sur quelque chose de plus étonnant, ouvertement science-fictif avec un petit côté “sense of wonder” pas déplaisant du tout.

Les personnages et leur histoire sont touchants, et sonnent justes, notamment les deux chercheurs, Mathieu et Benjamin. Je ne saurais juger le contenu et le réalisme de leur sujet d’études et la façon de mener les dites études (n’étant pas moi-même scientifique), mais j’ai surtout trouvé leur comportement très humain, très normal en fait, allant bien au-delà de personnages seulement présents pour faire avancer l’intrigue. Leurs agissements crédibilisent l’ensemble du récit (même si l’un des deux scientifiques me semble être un peu rapidement convaincu par une explication “extraordinaire”), le rendant plus concret, plus vraisemblable en quelque sorte.

La narration est une autre grande qualité du récit, mais il est difficile d’en dire plus sans trop spoiler… Disons simplement qu’elle reste claire alors qu’elle manipule certains concepts typiquement science-fictifs (sans que le lecteur en soit conscient au départ) qui ne sont pas toujours simples à utiliser sans perdre le lecteur. Ici c’est limpide, avec pour seul bémol le fait que que cette limpidité de la narration est éclairée (sur le plan de l’intrigue) par un final peut-être un peu trop ouvertement explicatif. Un choix nécessaire malgré tout puisque sans ça certains éléments n’auraient pas pu être devinés par le lecteur, et qui fait apparaître un effet de retournement sur tout ce qui a été lu auparavant assez renversant.

Enfin, l’île, son ambiance, son insularité, ses lieux-dits. Ça fleure bon la Bretagne tout ça, notamment avec le lieu-dit des Deux-Roches et ses deux pierres dressées qui, tel un portail vers l’inconnu, font écho à de nombreuses légendes légendes bretonnes. En tout cas on sent le vécu de l’auteur, qui a profité de ses voyages (Bréhat, l’Irlande) pour s’imprégner des paysages et des atmosphères si particulières de ces morceaux de terre jetés dans la mer… ou au-delà.

Touchante, douce, mêlant fantastique et science-fiction, écrite avec une plume dont la sensibilité et la justesse n’étonneront pas ceux qui ont lu l’excellent recueil “Les créateurs”, “Une île (et quart) sous la lune rouge” fait mouche. Une nouvelle preuve, s’il en fallait, du grand talent de conteur du discret Thomas Geha. Souvenons-nous que Pierre-Paul Durastanti disait de Christian Léourier (ami et source d’admiration de l’auteur rennais) qu’il est “l’un des secrets les mieux gardés de la SF française”. J’ai de plus en plus le sentiment que l’on peut dire la même chose de Thomas Geha, qui semble décidément marcher dans les traces de son aîné.

 

Critique écrite dans le cadre du challenge “Summer Short Stories of SFFF, saison 5” de Lutin82.

 

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