Lorhkan et les mauvais genres https://www.lorhkan.com Science-fiction, fantastique, fantasy Mon, 10 May 2021 19:52:39 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=5.3.8 88322955 La fontaine des âges, de Nancy Kress https://www.lorhkan.com/2021/05/14/la-fontaine-des-ages-de-nancy-kress/ https://www.lorhkan.com/2021/05/14/la-fontaine-des-ages-de-nancy-kress/#respond Fri, 14 May 2021 06:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=13076 Nancy Kress, malgré tout son talent de nouvelliste (pour s’en convaincre, il faut lire le recueil “Danses aériennes” ou bien la superbe novella “L’une rêve, l’autre pas”), semble avoir du mal à toucher le lectorat en France comme elle le devrait. Heureusement, les éditions du Bélial’ continuent de soutenir l’autrice...

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Nancy Kress, malgré tout son talent de nouvelliste (pour s’en convaincre, il faut lire le recueil “Danses aériennes” ou bien la superbe novella “L’une rêve, l’autre pas”), semble avoir du mal à toucher le lectorat en France comme elle le devrait. Heureusement, les éditions du Bélial’ continuent de soutenir l’autrice comme le montre l’arrivée de “La fontaine des âges”, novella qui parait en “Une heure-lumière”, son deuxième texte dans cette collection après “Le nexus du Docteur Erdmann”.

 

Quatrième de couverture :

Max Feder est riche. Immensément. Une fortune aux origines troubles, mais après tout, qu’importe ? Car Max Feder va mourir. Et dans ses vieux jours, ses derniers mois, le plus précieux de ses trésors se résume à une bague et ce qu’elle contient, le symbole d’un amour aussi ancien qu’absolu. Éternel, littéralement, puisque l’objet de son amour perdu ne peut pas mourir… Or il semble bien que pour Max Feder, au crépuscule d’une vie tumultueuse, le temps soit venu d’entreprendre un ultime voyage, celui de toutes les remises en question, de tous les possibles…

 

Une bague qui allume la mèche (de cheveux)

Max Feder est un riche malfrat. Vieux, à la retraite (c’est son fils Geoffrey qui gère les affaires de sa société, en les “assainissant” aux yeux de la loi), pas loin de la fin de sa vie, mais un malfrat quand même, et extrêmement riche. Il a largement les moyens de s’offrir le traitement D, révolution de bio-ingénierie qui n’a certes pas tenu toutes ses promesses mais permet tout de même de s’offrir 20 ans de vie supplémentaire sans vieillir un jour de plus. Pourtant, Max Feder a décidé de finir ses jours à l’institut Silver Star. La visite de son fils et de ses petits enfants turbulents va pourtant tout changer, suite à un malheureux incident qui le voit perdre l’un des objets auquel il tenait le plus : une bague dans laquelle sont insérés une mèche de cheveux et une empreinte de lèvres sur un morceau de papier…

Fidèle à ses habitudes, Nancy Kress met en place une révolution de bio-ingénierie qui permet ni plus ni moins que d’arrêter le vieillissement. Évidemment réservé aux personnes les plus riches, c’est malgré tout une vrai avancée scientifique, à même de bouleverser la société et les mœurs de ceux qui y ont accès. Mais plutôt que de s’attarder sur cet élément qui sert à la fois de cadre et de moteur du récit, l’autrice s’intéresse plus particulièrement au parcours de Max Feder, petit malfrat devenu riche, qui n’a jamais oublié un amour de jeunesse, a mené une vie personnelle triste à ses yeux malgré une femme et un enfant (qu’il dénigre régulièrement), et a fait fructifié des affaires dont il n’est pas vraiment responsable, du moins pas au début.

La perte de sa bague lui redonne une nouvelle raison de vivre, ou à tout le moins un dernier effort à faire pour retrouver celle qu’il aime, son souvenir, d’une manière ou d’une autre. Et c’est donc le parcours de ce escroc (gangster ? Mafieux ? Les choses ne sont pas très claires mais ne sont sans doute pas belles à voir…) en bout de course que nous donne à voir Nancy Kress, au temps présent alterné avec de nombreux flashbacks sur sa vie d’avant, en commençant par sa rencontre avec Daria, une jeune prostituée avec qui il eut le coup de foudre alors qu’il était jeune militaire. Des flashbacks qui, en plus d’éclairer la vie passée de Max Feder, l’origine de sa richesse, ses rencontres, etc, permettent également de mieux cerner certaines grandes étapes de la société développée par Nancy Kress, notamment en rapport avec ce fameux “traitement D” révolutionnaire.

Bien mené sur la forme, le fond peine quelque peu à vraiment embarquer le lecteur, qui ne sait trop quoi penser de cet homme vraisemblablement infréquentable mais qui a pourtant un petit côté… attendrissant ? Il est amusant de constater qu’après “Le nexus du Docteur Erdmann”, Nancy Kress se penche à nouveau sur le troisième âge, d’une manière toutefois très différente. On saluera la manière qu’elle a d’aborder la vie de Max Feder, sur un ton nostalgie voire parfois mélancolique,  des sentiments que Max Feder tente de masquer sous une grosse couche d’aigreur et d’assurance de soi. A ce titre, la fin du texte est réussie, entre désillusion et bonté d’âme, voire de repentance.

Peut-être pas le meilleur des textes parus en “Une heure-lumière”, mais “La fontaine des âges” a largement le standing pour y figurer dignement. Et c’est surtout une nouvelle preuve que Nancy Kress est une autrice qui compte sur le format novella. J’espère bien qu’on n’en restera pas là.

 

Lire aussi l’avis de Célindanaé, Feyd-Rautha, Le Chroniqueur, Soleil Vert, Angua, Laird Fumble, Yogo, Anne-Laure

Critique écrite dans le cadre du challenge “#ProjetOmbre” de OmbreBones.

 

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Stratégie de sortie, Journal d’un AssaSynth tome 4, de Martha Wells https://www.lorhkan.com/2021/05/11/strategie-de-sortie-journal-dun-assasynth-tome-4-de-martha-wells/ https://www.lorhkan.com/2021/05/11/strategie-de-sortie-journal-dun-assasynth-tome-4-de-martha-wells/#comments Tue, 11 May 2021 06:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=13077 Quatrième novella du cycle “Journal d’un AssaSynth” signé Martha Wells, “Stratégie de sortie”, dont le titre indique un peu ce-dont-il-est-question-mais-pas-tout-à-fait-quand-même, est une sorte de conclusion sur ce format d’un cycle divertissant et malin mais dont on sentait un peu qu’il commençait à arriver en bout de course. Une fin pour...

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Quatrième novella du cycle “Journal d’un AssaSynth” signé Martha Wells, “Stratégie de sortie”, dont le titre indique un peu ce-dont-il-est-question-mais-pas-tout-à-fait-quand-même, est une sorte de conclusion sur ce format d’un cycle divertissant et malin mais dont on sentait un peu qu’il commençait à arriver en bout de course. Une fin pour repartir du bon pied ? That is the question…

 

Quatrième de couverture :

« La majorité de mes voyages ont été stressants, tout compte fait.
Plus que du stress, c’était de l’angoisse, cette fois. Fidèle à mes habitudes, j’ai regardé des séries. J’avais déniché un long drame historique narrant les premiers temps de l’exploration spatiale. Mais malgré les informations très convaincantes fournies en barres latérales, j’avais un peu de mal à y croire. J’ai arrêté au milieu du deuxième épisode et basculé sur une comédie musicale. »

Le Dr Mensah a été kidnappée. À moins que sa planète d’origine, Préservation, ne verse une rançon à GrayCris et n’abandonne toute poursuite, ils la tueront.
Infiltration et piratages de haute volée, duel avec une terrifiante SecUnit de combat, affrontement virtuel en immersion totale… AssaSynth est sur tous les fronts : on ne tue pas impunément ses clients ! Encore moins ses « presque amis humains ».

Ce quatrième et dernier volet du Journal d’un AssaSynth illustre la métamorphose d’un être en quête de son individualité, et qui, loin de vouloir devenir humain, aspire à en être l’égal.

Défaillances systèmes, la première des quatre novellas qui forment « Journal d’un AssaSynth », a reçu les prix Hugo, Nebula, Alex et Locus.
Schémas artificiels
, la deuxième de ces novellas, a reçu les prix Hugo et Locus en 2019.

 

La retraite de l’AssaSynth ?

“Stratégie de sortie” boucle la boucle d’un cycle de novellas initié avec “Défaillances systèmes“, un récit particulièrement enlevé, mélangeant humour et action, et porté par un personnage principal pour le moins sympathique : ce fameux AssaSynth, androïde de sécurité qui est parvenu à hacker son module superviseur, lui donnant ainsi pleine et entière conscience de lui-même. Et le rendant peut-être plus humains que les humains. Le cycle “Journal d’un AssaSynth” s’est poursuivi avec “Schémas artificiels” et “Cheval de Troie”, développant ainsi une histoire plus globale à travers des récits bien définis avec un début et une fin. Et voilà donc “Stratégie de sortie”, en guise de conclusion. Mais peut-être pas tout à fait puisque Martha Wells a depuis continué de développer son cycle avec “Effet de réseau”, un roman, avant de revenir au format novella avec un sixième texte, non encore traduit pour le moment.

Semi-conclusion donc, mais conclusion quand même, du moins en ce qui concerne l’arc “GrayCris”, du nom de cette organisation responsable des évènements relatés dans “Défaillances systèmes“. On retrouve donc ici certains des personnage déjà croisés dans le premier texte, tous lancés de différentes manières au secours du Dr Mensah, apparemment retenue prisonnière par GrayCris.

Disons les choses simplement : AssaSynth est toujours aussi fans de séries TV, toujours tiraillé entre son désir d’aider les humains (souvent avec moults piratages et autres fusillades) et mener sa vie tranquillement loin de tout éclat. Pas de surprise donc, “Stratégie de sortie” reste dans la droite lignée des récits précédents : de l’action (beaucoup), de l’humour (moins présente que dans les textes précédents quand même), et un personnage toujours aussi sympathique (mais à propos duquel on a vite l’impression que Martha Wells a un peu fait le tour…). C’est à la fois vif et enlevé et à la fois tellement balisé que ça se lit tout seul, presque en diagonale.

Oui, même si très honnêtement j’ai apprécié ce que j’ai lu, ça ne m’a pas non plus vraiment transporté, en tout cas pas comme avait sur le faire le premier récit… Il est vrai qu’en plus d’une action très présente, on se retrouve vite noyé sous des descriptions très premier degré des actions d’AssaSynth : piratage de divers systèmes, intrusions dans divers systèmes, détournements de divers systèmes, conflits avec divers systèmes, etc… Au bout d’un moment, ça devient rébarbatif, surtout que malgré quatre novellas, on n’a toujours qu’un aperçu finalement très approximatif du fonctionnement global de l’univers mis en place, de forces en présence et des possibilités technologiques/militaires/diplomatiques de chacun. Un flou sans doute volontaire qui facilite la tâche narrative de Martha Wells mais qui, pour moi, devient un manque. Ca n’a pas d’importance sur une novella isolée, mais c’est plus gênant au bout de quatre situées dans le même univers.

Bref, j’en arrive à être heureux que ça se termine, l’essoufflement décelé dans le “Cheval de Troie” semblant s’accentuer ici, le manque de surprise n’apportant aucune bouée de sauvetage (sur la forme comme sur le fond d’ailleurs, car le récit se termine tout à fait comme je m’y attendais, Martha Wells n’est pas G.R.R. Martin). Ceci dit, “Journal d’un AssaSynth” reste un cycle amusant que je suis content d’avoir lu, avec malgré tout pas mal de plaisir. Peut-être que le changement de format avec “Effet de réseau”, le roman suivant, pourrait apporter un renouveau ? Je suis curieux de voir ça, même si je ne peux raisonnablement pas le placer parmi mes priorités de lecture. Mais qui sait…

 

Lire aussi l’avis de Herbefol, Zina, Baroona, Anne-Laure, Vert, Lullaby.

Critique écrite dans le cadre du challenge “#ProjetOmbre” de OmbreBones.

 

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Pyramides, de Romain Benassaya https://www.lorhkan.com/2021/05/05/pyramides-de-romain-benassaya/ https://www.lorhkan.com/2021/05/05/pyramides-de-romain-benassaya/#comments Wed, 05 May 2021 06:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=13069 Le quatrième roman, “La dernière arche”, de Romain Benassaya, dont j’avais bien apprécié son premier, “Arca”, arrive très bientôt. Situé dans le même univers que “Pyramides” tout en étant lisible indépendamment, je souhaitais malgré tout avoir en tête toutes les éventuelles références que l’auteur a pu y parsemer. Lecture express...

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Le quatrième roman, “La dernière arche”, de Romain Benassaya, dont j’avais bien apprécié son premier, “Arca”, arrive très bientôt. Situé dans le même univers que “Pyramides” tout en étant lisible indépendamment, je souhaitais malgré tout avoir en tête toutes les éventuelles références que l’auteur a pu y parsemer. Lecture express donc (en deux jours !) de ce joli pavé de 600 pages.

 

Quatrième de couverture :

2182, des colons fuient la Terre devenue stérile dans une vingtaine d’immenses vaisseaux pour un voyage de deux cents ans. Toutes prennent la direction de Sinisyys, une autre planète bleue, dans le système 82 Eridani. Une seconde chance pour l’humanité. Mais à leur réveil d’un long sommeil en biostase, les occupants du Stern III ne se trouvent pas sur le nouvel Éden tant souhaité. Ici, point de voûte étoilée, et l’IA du vaisseau en panne ne peut leur donner aucune indication.

Les seuls indices que les passagers ont sont l’extraordinaire évolution de la forêt qui sert de poumon au vaisseau, et des Jardiniers – des pucerons génétiquement modifiés devenus scarabées. Combien de temps ont-ils bien pu passer en stase pour qu’une telle chose soit possible ? Et quel est cet environnement froid et noir, ressemblant à un tunnel aux proportions dantesques ?

 

Scarabées et labyrinthe

Le Stern III (tiens tiens, serait-ce une forme d’hommage ou de clin d’oeil au Henri Stern du roman “Arca” ?) a pour mission, après un voyage de 200 ans, de coloniser la planète Sinisyys, habitable et située dans le système 82 Eridani. Avec 1600 passagers à bord, il est doit rejoindre les deux premiers Stern déjà envoyés là-bas. Problème : il semblerait que le voyage ne se soit pas passé comme prévu puisque les passagers se réveillent… ailleurs. Un ailleurs qui n’offre pas de ciel étoilé, ni de planète hospitalière. Mais alors, où le vaisseau s’est-il posé ? Comment, alors qu’il n’est pas censé effectuer une telle manoeuvre ? Et maintenant, que faire dans cet endroit inconnu ? Explorer et garder l’espoir de redécoller ou bien s’installer ici-même et tenter de s’offrir une vie correcte malgré tout ? Comment concilier les aspirations des uns et des autres ?

“Pyramides” offre 600 pages bien tassées d’une aventure haletante, à mi-chemin entre énigme astrophysique, exploration d’un “big dumb object”, et étude comportementale et sociétale d’un petit groupe d’humains isolés en un lieu inconnu. Sur un rythme élevé, à base de chapitres courts (un peu trop peut-être, 122 chapitres !) utilisant régulièrement la technique du cliffhanger pour ne pas lâcher le lecteur, “Pyramides” se dévore à toute vitesse.

Faisant penser à de nombreuses récits de SF sans pour autant les dépasser qualitativement, le roman de Romain Benassaya fait oeuvre de synthèse pour offrir au lecteur un excellent moment de SF de divertissement. Ainsi, quand on voit la mission du Stern III et les évènements qui secouent la communauté de ses habitants, comment ne pas penser au somptueux “Aurora” de Kim Stanley Robinson ? Mais Romain Benassaya ne tente pas de tenir la même rigueur scientifico-réaliste que l’auteur américain. Ainsi, le vaisseau Stern III est rapidement décrit là où Robinson nous décrivait tout l’écosystème technique et écologique de son vaisseau. Est-ce un problème ? Pas vraiment, le coeur du roman n’est pas là.

Quant à cet environnement mystérieux au sein duquel se trouve le vaisseau, et la nécessaire exploration qui en découle pour les passagers puissent comprendre et se situer, comment ne pas penser à “Rendez-vous avec Rama” de Arthur C. Clarke et ce mystérieux objet traversant le système solaire ? Avec dans “Pyramides” un vertige SF un peu moins présent, dû à un mystère qui reste… bien mystérieux, ne donnant pas au lecteur assez d’éléments étranges pour faire monter ce fameux sense of wonder à des hauteurs stratosphériques.

Pourtant, Romain Benassaya ne manque pas d’utiliser certains effets classiques de la science-fiction, comme des vitesses et des distances (et donc des durées…) hors du commun pour donner à son texte des échelles démesurées. De ce point de vue, même si en marchant dans les traces de ses illustres prédécesseurs l’auteur ne fait pas vraiment preuve d’une grande originalité, c’est plutôt réussi. On nage en plein space-opera de grande ampleur, mêlant mystère science-fictionnel et étude sociale.

Car si l’exploration de cet environnement étrange est bien sûr un élément important du récit, son coeur penche plutôt du côté des voyageurs et de la manière dont ils s’adaptent à cette situation inattendue, qui n’est rien de moins qu’une vraie situation de crise. Etablissement d’un camp, prises de décisions, forme de gouvernement, volonté d’explorer ou bien de s’installer, les crises que traversent les voyageurs ne manquent pas. C’est peut-être là que Romain Benassaya est le moins convainquant. Car si passer outre des explications techniques trop détaillées risquant de perdre un certain nombre de lecteurs peut se comprendre, les réactions des membres de l’équipage sont en revanche à la portée de n’importe qui. Sauf que là, elles sont parfois incompréhensibles. Autant dans “Aurora”, Kim Stanley Robinson rendait tout cela parfaitement logique d’où le sentiment d’un terrible fatalisme, ici la logique semble être aux abonnés absents. Comment croire à ce jusqu’au-boutisme meurtrier à mesure que les désaccords se font plus profonds ? Conflits, crises, oui, mais jusqu’à ce point, aussi radicalement, aussi manichéen ? On dirait que l’un des personnages devient mauvais juste pour l’effet dramatique,  mais sans aucune nuance et sans que cela ne soit guère plausible. Dommage.

Ceci dit, même si ça m’a pour le moins interloqué, ça ne m’a pas empêché de lire l’ensemble du roman avec grand plaisir. 600 pages en deux jours, ce n’est pas rien ! 😀 Alors oui, malgré des défauts qui pourront plus ou moins gêner en fonction des attentes de chacun (on pourrait aussi parler d’un certain nombre de coïncidences heureuses dont l’auteur se joue sous forme de pirouette non résolue…),  le roman se fait ultra-rythmé et on se trouve embarqué dans une aventure humaine et spatiale de grande ampleur. Jusqu’à une fin qui, elle aussi, pourra en laisser plus d’un dubitatifs, faisant naître autant, si ce n’est plus, de questions que de réponses, même si j’ai bien aimé l’effet qu’elle m’a procuré. Mais pour celui qui s’attendrait à ce que tout le mystère soit levé, gare ! 😉

Bon, pas la peine d’en dire plus, j’ai kiffé, même si les défauts me sont aussi clairement apparus. Mais que voulez-vous, le souffle de l’aventure spatiale, agrégeant un grand nombre de références à peu près toutes de l’ordre du chef d’oeuvre (on pourrait aussi parler de “Destination ténèbres” de Frank M. Robinson, de “Dans la toile du temps” de Adrian Tchaikovsky avec des scarabées intelligents, voire même de… Non ! Ce serait déjà trop en dire… 😉 ) m’a emporté comme rarement. Pas parfait donc, mais malgré tout hautement addictif !

 

Lire aussi l’avis de Lune, Xapur, Le chien critique, Yogo, Boudicca, Dionysos, Lianne, Célindanaé, Charmant petit monstre, Sometimes a book… 

 

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Célestopol 1922, de Emmanuel Chastellière https://www.lorhkan.com/2021/04/20/celestopol-1922-de-emmanuel-chastelliere/ https://www.lorhkan.com/2021/04/20/celestopol-1922-de-emmanuel-chastelliere/#comments Tue, 20 Apr 2021 06:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=13030 Qu’il était attendu le retour d’Emmanuel Chastellière à Célestopol, cette cité lunaire sous influence russe ! Après un remarqué et fort justement nommé “Célestopol”, voici que l’auteur nous projette à nouveau sur la Lune, sur une période resserrée autour de l’année 1922, toujours en mode uchronique bien sûr. Passé des...

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Qu’il était attendu le retour d’Emmanuel Chastellière à Célestopol, cette cité lunaire sous influence russe ! Après un remarqué et fort justement nommé “Célestopol”, voici que l’auteur nous projette à nouveau sur la Lune, sur une période resserrée autour de l’année 1922, toujours en mode uchronique bien sûr. Passé des Editions de l’Instant (puis Libretto pour la version poche de son premier recueil célestopolien) aux éditions de L’Homme Sans Nom, Emmanuel Chastellière peut dorénavant développer encore plus et pour notre plus grand plaisir cette ville si particulière, dans laquelle j’ai replongé en relisant “Célestopol” avant d’enchaîner sur ce nouveau recueil.

 

Quatrième de couverture :

UNE ANNÉE FOLLE À CÉLESTOPOL !

Une année à la découverte des mirages et des merveilles de la cité sélène, joyau de l’âme slave arraché à la Terre, entre les mains d’un duc au destin défiant le cours du temps.
Une année où croiser dans ses rues Marie Curie, l’archiduc Francois- Ferdinand ou Howard Carter, mais aussi humbles ouvriers, voleur volubile ou automates au coeur de cuivre. Entre ruines lunaires à explorer, un championnat du monde d’échecs à préparer ou des complots à déjouer…
Les canaux ambrés de la ville n’ont pas fini de vous dévoiler ses secrets !

Emmanuel Chastellière nous invite à redécouvrir une ville bâtie sur la Lune dans l’ombre de Jules Verne, à l’aube d’une aire nouvelle délicieusement uchronique, à travers 13 histoires qui s’entrecroisent dans un véritable chassé-croisé étourdissant.

 

The russian side of the Moon

Singulière année 1922 à Célestopol ! Entre la visite de l’archiduc François-Ferdinand qui a échappé à un attentat quelques années plus tôt, l’organisation des championnats du monde de patinage artistique et le passage de la célèbre Marie Curie, il ne fait aucun doute que la cité lunaire attire. Toujours sous l’égide (du moins en théorie) de l’empire de Russie dirigé par l’impératrice Glorianna, mais gérée par le duc Nikolaï qui a tout donné pour elle (au détriment de beaucoup, y compris lui-même), Célestopol est une vitrine. Technologique forcément, mais aussi architecturale, culturelle et artistique. Pour autant, même si elle en fait rêver plus d’un, la ville fondée en 1850 (pour un peu plus de détails sur la ville en elle-même, se référer à ma critique du précédent recueil) n’a rien d’un paradis. Du moins pas pour tout le monde. Les classes sociales restent très distendues : alors que les automates sont exploités (y compris sexuellement) et dénués de tout droit, les riches possèdent de vastes et belles propriétés pendant que les pauvres s’entassent dans des habitations en sous-sol que leur salaire de misère leur permet à peine de payer. Il faut dire que la révolution de 1917 n’a pas eu lieu, et que socialement la société russe n’a guère évolué…

Cet aspect social est d’ailleurs au coeur de la nouvelle “Mon rossignol” dans lequel l’idéalisme militant se fracasse sur le réalisme et le cynisme politiques. Mais avant cela, le recueil aura débuté avec “Toungouska”, récit se situant sur Terre et qui met en scène les déjà fameux détectives Arnrún et Wojtek (croisés dans le premier “Célestopol”). Une mission, un évènement célèbre dont l’origine n’est peut-être pas celle que l’on croit, un scientifique, un choix. Le ton est donné.

Le reste est plus qu’à la hauteur. Entre le patineur artistique confronté à l’homophobie de “Sur la glace” (superbe texte, plein de sensibilité), la maison figée dans le deuil d’un père de famille depuis le décès de son épouse et qui pèse, jusqu’au drame, sur la vie de ses deux filles dans “Memento Mori”, le mondes des magiciens (et leur rivalité) dans la très mouvementée et pleine de “Prestige” “Une nuit à l’opéra Romanova”, le recueil s’avère déjà remarquable après une plus d’une centaine de pages.

La suite ne déçoit pas. Car même si certains textes comme “Le correcteur de fortune” et son personnage au “pouvoir” particulier ou bien “Paint Pastel Princess” (quel joli titre !) et son videur dans un bordel de luxe convainquent un peu moins (rien de plus normal dans un recueil), certains autres sont absolument remarquables. On peut citer l’étrange “Katarzyna” qui débute de manière curieuse et un peu malaisante mais qui se poursuit sur un mode “Saint-Exupéry joue avec le temps” (en écho à la nouvelle “Convoi” dans le recueil précédent), aussi bien que “Le revers de la médaille” et son empowerment féminin tout à fait dans l’air du temps sans faire dans le militantisme lourdingue. Un très beau texte.

Citons aussi “La malédiction du pharaon” qui joue avec un sense of wonder très SF qu’il désamorce sans que cela ne s’avère frustrant grâce à un joli portrait de l’égyptologue Howard Carter, et l’excellent “La fille de l’hiver” dans lequel différentes Histoires (avec la majuscule) se percutent et qui met en relief le duc Nikolaï lui-même, jusque là plutôt discret (à la différence du premier recueil qui le mettait un peu plus en avant). Peut-être le texte qui fait le plus référence au premier “Célestopol”.

Et enfin, comment ne pas citer Lovecraft ? Emmanuel Chastellière semble en effet l’apprécier, avec les chats d’Ulthar de Célestopol dans le texte “Un visage dans la cendre” qui met en scène un voleur chargé de retrouver l’un d’entre eux et qui se termine avec un archétype détourné du genre fantastique, et surtout avec le texte “Danser avec le chaos” que l’amateur des écrits lovecraftiens s’amusera à décortiquer pour y trouver toutes les références et qui se permet audacieusement, via une “passerelle” à base sélénium (cette substance que l’on ne trouve que sur la Lune et qui est l’une des raisons de la richesse et la réussite de la ville, un autre élément que l’on aimerait voir un peu mieux détaillé) de mêler le folklore slave (Kitej, Tchernobog…) à l’univers lovecraftien (Oriab, Thran, Lirania, des noms qui résonnent aux oreilles des connaisseurs, de même qu’un personnage bien connu aussi bien qu’une structure en onyx…), le tout dans un style littéraire, à base de mots anciens et peu usités, directement inspiré de l’écrivain de Providence. Dans son genre, c’est là encore remarquable.

Célestopol est donc une vraie merveille. Une cité marquante, attirante et intimidante à la fois. Et c’est un jouet pour son créateur littéraire, Emmanuel Chastellière, qui prend le parti de nous la faire découvrir encore un peu plus après le premier recueil “Célestopol”. Toujours sur le même mode, c’est à dire en un kaléidoscope de points de vue et de personnages variés (avec quelques visages qui reviennent régulièrement, ou quelques détails se croisant d’un texte à l’autre), la cité prend vie sous nos yeux, et s’en trouve dotée d’une belle consistance, même si on pourra toujours trouver que quelques détails manquent (technologiquement parlant par exemple) ou que certains contextes mériteraient d’être explorés (les habitations souterraines des ouvriers).

Mais ces détails importent peu devant ce que l’auteur du recueil nous offre en moments de vie, en émotion, en déchirements parfois. Oui on ne rit pas toujours à Célestopol, mais la justesse de ce nous offre Emmanuel Chastellière force le respect. Sans forcément “inventer” de nouveaux concepts (mais qui invente réellement aujourd’hui ? Tout le monde s’influence), l’auteur bâtit un monde solide, empli de personnages consistants et régulièrement touchants. L’exécution des récits est remarquable, les scories bien rares et le tout est très cohérent (saluons ici les recherches historiques de l’auteur qui donnent là encore une réelle consistance à ce monde uchronique).

De là à dire que la ville de Célestopol a tous les atouts pour devenir une cité phare des genres de l’imaginaire aux côtés de Lankhmar par exemple (je ne cite pas cette ville par hasard, on pourrait fort bien trouver que Wojtek et Arnrún sont les équivalents de Fafhrd et du Souricier Gris dans la cité de Fritz Leiber…), ou bien un terrain de jeu pour les rôlistes à la hauteur de, au hasard, Abyme (tiens, encore une cité “littéraire” marquante…) ou de la Samarande de “Nightprowler”, il n’y a qu’un pas qu’il ne tient qu’à Emmanuel Chastellière (et son éditeur…) de franchir en nous offrant de nouveaux textes (ou d’autres choses, comme l’album “Célestopol” du groupe Stereotypical Working Class…) situé sur la Lune.

Parce qu’au sortir de ce recueil, il y a un incontestable sentiment de manque. Oui, je le dis, “Célestopol 1922” est une vraie petite merveille, qu’il ne faut surtout pas manquer. Et qui, c’est important, peut fort bien se lire sans avoir lu le premier recueil (mais qui récompensera les primo-lecteurs avec quelques clins d’oeil et personnages déjà croisés). En plus, avec une telle couverture, signée Marc Simonetti himself, une présentation classieuse avec rabats et carte en couleur dessinée par Olivier Sanfilipo (qui place la Bibliothèque Impériale au milieu de nulle part mais c’est un détail… 😉 ), le soin apporté à l’objet est à souligner. Aucune excuse donc, jetez-vous dessus !

 

Lire aussi l’avis de Gromovar, Lune, La geekosophe, Célindanaé, Yuyine, Dup, Nicolas, Laird Fumble, Stéphanie Chaptal, Zina.

Critique écrite dans le cadre du challenge “#ProjetOmbre” de OmbreBones.

 

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Star Trek : Short Treks, saison 2 https://www.lorhkan.com/2021/04/15/star-trek-short-treks-saison-2/ https://www.lorhkan.com/2021/04/15/star-trek-short-treks-saison-2/#comments Thu, 15 Apr 2021 06:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=13043 Je suis totalement en retard sur les visionnages des dernières séries Star Trek : je n’ai vu ni la saison 3 de “Star Trek Discovery”, ni la première saison de “Star Trek Picard”, ni la première saison de la série animée “Star Trek Lower Decks”… Il est donc plus que...

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Je suis totalement en retard sur les visionnages des dernières séries Star Trek : je n’ai vu ni la saison 3 de “Star Trek Discovery”, ni la première saison de “Star Trek Picard”, ni la première saison de la série animée “Star Trek Lower Decks”… Il est donc plus que temps de s’y remettre alors que l’avalanche de séries (et film, puisqu’un nouveau long métrage vient tout juste d’être annoncé pour 2023) est loin d’être terminée (a minima la série animée orientée jeunesse “Star Trek Prodigy”, le retour du Capitaine Pike aux commandes de l’Enterprise dans la très attendue “Star Trek Strange New Worlds” ainsi que d’autres shows non encore officiellement annoncés comme une série sur la Section 31, une autre se déroulant à Starfleet Academy ou bien encore une autre centrée sur le personnage de Khan…). Commençons doucement avec la saison 2 des courts métrages “Short Treks”, chargés de faire patienter les fans avant la saison 3 de “Star Trek Discovery” et pour le dernier épisode, de lancer la nouvelle série “Star Trek Picard”.

 

  • Q&A

Paradoxalement, le vaisseau Enterprise et son équipage dans la droite lignée de ce que proposait la série originale (du moins dans son pilote, c’est à dire avant l’ère James T. Kirk) semblent être ce qui a provoqué le plus d’enthousiasme de la part des fans. Écrit par Michael Chabon, ce “Short Trek” capitalise sur cet équipage en mettant ici en scène un tout jeune Spock débarquant pour la première fois sur l’Enterprise. Premiers pas, première panne (d’ascenseur ! L’occasion de montrer une vue “interne” de l’Enterprise et de son système de turbolifts, une perte d’espace monumentale dans un vaisseau spatial…), et le voilà coincé en compagnie de Number One (la “second in command” du vaisseau, sous les ordres directs du capitaine Christoher Pike). Un personnage rare (uniquement vue dans le pilote de TOS, et très peu utilisé dans la saison 2 de “Discovery”) mais qui a malgré tout une certaine popularité. Les prestations de Majel Barrett en son temps (une commandante en second, un poste à très forte responsabilité donc, accordé à une femme au milieu des années 60 !) puis de Rebecca Romijn récemment (et ici donc) n’y sont sans doute pas étrangères.

Quoiqu’il en soit, voilà les deux personnages coincés dans ce cagibi et forcés de faire connaissance de manière plus rapide et rapprochée que prévu. Pas d’action ici, juste deux personnages qui “joutent” oralement, qui semblent avoir plus de points communs que ce qu’ils auraient pu imaginer et qui finissent par partager un “secret”, ou à tout le moins un détail qui les rend complices.

C’est un petit bonus sympathique, qui pourrait tout à fait faire office de prélude à la future série “Star Trek Strange New Worlds” aussi bien qu’à la série originale d’ailleurs. Rien d’indispensable donc (comme pour tous les autres “Short Treks” en somme, à l’exception peut-être de l’épisode “Calypso” de la saison 1 qui garde pourtant encore tous ses secrets), mais c’est une petite friandise tout à fait agréable.

 

  • The Trouble with Edward

Voilà un épisode amusant mais problématique. Amusant car jouant sur le genre de la comédie par l’intermédiaire d’un officier scientifique pour le moins décalé. Sans doute doué mais décalé, et même dangereux quand il prend quelques libertés avec le protocole. Ainsi, contre les ordres de la nouvellement nommée capitaine du vaisseau USS Cabot, Lynne Lucero (recommandée par Christopher Pike lui-même, ce nouveau “Short Trek” prenant donc à nouveau racine sur le versant “Enterprise” de la série “Discovery”), le scientifique Edward Larkin se permet quelques expérimentations sur les Tribbles (que les fans de Star Trek connaissent bien, pour les avoir déjà vus dans différents épisodes disséminés sur plusieurs séries, le plus célèbre d’entre eux étant sans doute “The Trouble with Tribbles” dans la série originale), dans le but d’accélérer leur taux de reproduction et d’apporter une solution à une famine sur une planète. Sauf que cela va s’avérer poser un réel problème à l’équipage et au vaisseau lorsque les Tribbles deviennent totalement hors de tout contrôle…

Alors oui c’est amusant, Edward Larkin (joué par le talentueux H. Jon Benjamin) a un côté comique mais le problème de l’épisode est qu’il réécrit ce qui a déjà été dit sur les Tribbles, y compris dans des séries censées se passer chronologiquement avant ce “Short Trek”. Ça pose un évident problème de cohérence. Ceci dit, ça ne m’empêche pas de dormir et de prendre cet épisode tel qu’il se présente : une dizaine de minutes amusantes et décalées (et il faut regarder ce qui se passe après le générique pour encore un peu plus de WTF ! 😀 ). Ceci dit, cette histoire de cohérence, ça fait quand même un peu tache…

 

  • Ask Not

Toujours sur l’équipage de l’Enterprise, toujours avec Christopher Pike, mais cette fois l’emblématique capitaine est dans une situation particulière : il est accusé de mutinerie et mis sous la garde de la jeune Thira Sidhu, alors que la station spatiale sur laquelle elle se trouve est attaquée. Une situation forcément stressante, alors que Pike fait pression sur elle pour qu’elle le libère et que certains de ses proches voient leur vie menacée.

Un épisode court mais sympathique qui, à défaut de totalement surprendre le spectateur, fait montre d’une belle passe d’arme entre deux personnages dont les grades sont très éloignées. En tout cas, mieux vaut ne pas trop en dire pour garder l’effet de surprise. Le seul problème de cet épisode, inhérent à sa durée, est que puisque qu’au départ on ne connait rien de Thira Sidhu, il est difficile de pleinement s’attacher à elle en à peine plus de cinq minutes. Et on voit aussi que les méthodes de Starfleet, bien qu’elles soient édictées pour le bien de tous, sont parfois discutables sur le plan purement éthique.

 

  • Ephraim and Dot

Changement esthétique puisque cet épisode est réalisé en animation. Un épisode très “Titi et Grosminet” ou “Tom et Jerry” puisqu’on y voit un drone de maintenance nommé Dot poursuivre un élément étranger au vaisseau Enterprise, à savoir un tardigrade nommé Ephraim. C’est mignon, sympa pour les enfants, mais on pourrait considérer que tout cela ne va pas très loin.

Sauf que, se déroulant sur une trentaine d’années, il nous propose rien de moins que “la vie et la mort de l’Enterprise”, en offrant de nombreux clins d’oeil (y compris audio en reprenant certains dialogues) à certains épisodes de la série originale ainsi que deux films (“Star Trek II : La colère de Khan” et “Star Trek III : A la recherche de Spock”). Un joli panorama donc, plein de fan-service efficace, et même un brin émouvant quand on voit tout ce qu’a traversé le vaisseau. Petite erreur malgré tout : il s’agit du NCC-1701 original puis du modèle “refit”, et non pas du NCC-1701-A comme montré dans l’épisode, la version A ayant été révélée dans le film “Star Trek IV : Retour sur Terre” dont il n’est pas question ici.

 

  • The Girl Who Made the Stars

À nouveau en mode animation, cet épisode nous montre une toute jeune Michael Burnham dont la peur du noir oblige son père à lui conter une histoire lui montrant que le courage amène à de grandes choses (ici il s’agit d’un peuple craignant l’obscurité et dont une petite fille, en bravant la nuit, va faire naître les étoiles).

Là encore c’est mignon, bien réalisé mais pas non plus au top de ce qu’il est possible de faire en terme d’animation aujourd’hui (budget limité certainement), et ça peut tout à fait être regardé par des enfants. Mais à la différence de l’épisode précédent, il n’y a pas vraiment de deuxième effet Kiss Cool au delà du message qu’il véhucule, pas vraiment de plus-value. Un épisode qui s’oublie vite donc.

 

  • Children of Mars

Ce dernier épisode est un peu particulier puisqu’il a été réalisé non pas avecla troisième saison de “Star Trek Discovery” en ligne de mire mais plutôt la première de “Star Trek Picard”, série dont il fait office d’introduction. On y voit deux jeunes filles rivales qui en arrivent aux mains à force de faire monter la pression, deux jeunes filles qui ont dépassé le point de non retour, irréconciliables donc, jusqu’à ce qu’un raid opéré par des forces inconnues ravage la planète Mars. Ces deux jeunes filles ont chacune de la famille là-bas.

Peu de mots dans cet épisode, mais beaucoup d’images parlantes (racisme, vengeance, rivalité, etc…) et une superbe musique puisque la narration progresse sur la reprise par Peter Gabriel du “Heroes” de David Bowie. Et le ton est très éloigné de l’optimisme et de l’utopie habituellement véhiculée par Star Trek époque “The Next Generation”. je ne cite pas cette série au hasard puisque que comme je l’ai dit plus haut, cet épisode sert d’introduction à “Star Trek Picard” et on y voit donc Jean-Luc Picard, devenu Amiral, qui réagit à cette attaque sur Mars. Une introduction qui donne le ton : “Star Trek Picard” semble être bien plus sombre que “The Next Generation”. La fin de l’utopie trekienne ?

 

Voilà, six épisodes qui ne sont pas indispensables, mais qui offrent des bonus sympas à regarder quand on veut en voir le plus possible sur les récentes séries “Star Trek”. Comme je le dis plus haut, ce ne sont que de simples friandises et rien d’autre, il faut les prendre comme telles sans en attendre monts et merveilles. Et ça fait le job, même s’il faut bien être honnête : on les oubliera sans doute assez vite, notamment en regard des séries qu’elles illustrent, qu’elles soient de qualité on non. Mais quand même, “Calypso” dans la saison 1 et “Ephraim and Dot” pour cette saison 2 ont quand même quelques belles choses à offrir.

 

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Derniers jours d’un monde oublié, de Chris Vuklisevic https://www.lorhkan.com/2021/04/05/derniers-jours-dun-monde-oublie-de-chris-vuklisevic/ https://www.lorhkan.com/2021/04/05/derniers-jours-dun-monde-oublie-de-chris-vuklisevic/#comments Mon, 05 Apr 2021 06:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=13023 Lauréate du concours lancé pour les 20 ans des éditions Folio SF, Chris Vuklisevic arrive donc avec un premier roman forcément attendu puisque “élu” parmi presque 300 contributions. Sacrée récompense que d’être publiée dans une collection aussi prestigieuse et installée auprès du public (et très bien distribuée). Mais le roman...

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Lauréate du concours lancé pour les 20 ans des éditions Folio SF, Chris Vuklisevic arrive donc avec un premier roman forcément attendu puisque “élu” parmi presque 300 contributions. Sacrée récompense que d’être publiée dans une collection aussi prestigieuse et installée auprès du public (et très bien distribuée). Mais le roman est-il à la hauteur ? Verdict.

 

Quatrième de couverture :

Plus de trois siècles après la Grande Nuit, Sheltel, l’île du centre du monde, se croit seule rescapée de la catastrophe. Mais un jour, la Main, sorcière chargée de donner la vie et de la reprendre, aperçoit un navire à l’horizon. Il est commandé par une pirate impitoyable, bien surprise de trouver une île au milieu du Désert Mouillé.
Si la Main voit en ces étrangers une menace pour ses secrets, Arthur Pozar, commerçant sans scrupules, considère les intrus comme des clients potentiels, susceptibles d’augmenter encore, si possible, son immense fortune. C’est une nouvelle ère qui s’ouvre. Qu’elle les mène à la gloire ou à la ruine, la sorcière, la pirate et le vieux marchand en seront les instigateurs, bien malgré eux.

Derniers jours d’un monde oublié est le premier roman de Chris Vuklisevic. Il a remporté le concours organisé pour les vingt ans de la collection Folio SF. Indéniablement, une nouvelle grande voix de l’Imaginaire est née.

 

Les vents du changement

Tout commence simplement : sur Sheltel, une île isolée depuis plus de 300 ans suite à la Grande Nuit qui a vu disparaître l’ensemble des continents exceptée Sheltel elle-même, un bateau est visible à l’horizon. Du côté du bateau (de pirates), c’est la vigie qui annonce une terre en plein milieu du Désert Mouillé, là où n’aurait dû se trouver que la vaste étendue océanique. L’un des marins, une jeune femme nommée Erika, se souvient d’une légende qu’un homme à moitié fou lui a raconté à propos d’un peuple et son île engloutis lors de la Dernière Eruption… Dès lors, on pourrait penser que le roman est tournée sur l’origine de cette disparition mais pas du tout. Loin de chercher à vouloir l’expliquer, il est plutôt question ici du bouleversement qu’implique l’arrivée de ces pirates sur l’île de Sheltel et pour ses habitants, qui ont appris à vivre en se croyant seuls au monde et qui ont basé leur société sur cette apparente vérité.

Sheltel est une société complexe, avec ses rites, ses traditions, ses dirigeants, et quand tout menace de s’écrouler du fait de l’arrivée de ces étrangers, comment réagir ? “Derniers jours d’un monde oublié” (un très joli titre très parlant) ne parle au fond que de cela : aussi bien sur un plan sociétal ou tout simplement très personnel, le roman s’intéresse au changement et à comment chacun est prêt à l’affronter et avec quels moyens. En insistant principalement sur trois personnages très différents, tant dans leurs origines que dans leur comportement, c’est toute une société qui est sous la loupe de Chris Vuklisevic, vue sous le prisme des réactions de ces trois personnages.

Un mot tout de même sur la société de Sheltel. Dirigée par une caste familiale, les Natifs, l’île est divisée en deux communautés, les Dusties à l’est, habitant principalement la ville de Dust, et les Ashim à l’ouest, seuls rescapés de la Grande Nuit n’étant pas originaires de l’île. Ces derniers ont donc trouvé refuge sur Sheltel sans jamais être vus autrement par les Dusties que comme des émigrés “empruntant” une partie de l’île. Les Dusties ont des droits plus importants que les Ashim, ces derniers devant par exemple remettre une partie de leurs récoltes au Natif. Mais le Natif voit son influence péricliter devant la popularité de la Bénie qui, en étant du côté des pauvres et des déshérités, si elle n’a pas le rang du Natif au pouvoir, a le soutien du peuple. En parallèle, puisque Sheltel est une île coupée du monde, se pose le problème de la régulation de la population et de la richesse génétique de ses habitants. La Main, personnage à la fois respecté et craint, est là pour s’en occuper, par l’intermédiaire de ses Phalanges, autorisant (ou non…) les couples et les enfants, tout en sachant que l’arrivée d’un enfant (à condition qu’il soit viable, ce qui n’est pas toujours le cas dans une société où la consanguinité est quasi inévitable…) ne peut se faire qu’au prix de la mort d’un autre membre de la famille.

Tous ces riches éléments de background sont adroitement disséminés au fil du récit ou bien donnés au lecteur par l’intermédiaire de documents séparant les différents chapitres, qu’ils s’agissent de lettres de loi, de morceaux de journaux, voire même de publicité. C’est à la fois amusant et moins lourd que les habituels procédés démonstratifs dans lesquels un ou plusieurs personnages explique(nt) le monde à un autre personnage au lecteur, même si tous les document ne sont pas d’un intérêt égal…

Et puis on en vient au coeur du récit, et les réactions de Erika la pirate, de Arthur Pozar le riche commerçant né dans les bas-fonds de Dust et qui a su s’élever à force d’intelligence et de pugnacité, et de Nawomi la Main. Trois personnages qui vont, chacun à leur manière, tenter de gérer cette nouvelle donne qui s’annonce, avec des buts et, nécessairement, des réussites bien différentes… On les verra s’interroger, se trouver menacés, changer d’avis, avoir peur, etc… à tour de rôle. Trois personnages fascinants, chacun à leur manière, pour trois destinées qui vont bien sûr se croiser, que dis-je ! s’entrechoquer, avec autour d’eux bien d’autres personnages secondaires mais non moins importants. Et in fine, c’est bien de leurs choix dont il est question dans “Derniers jours d’un monde oublié”, de l’importance du choix que chacun fait face au changement, entre celui qui est prêt à l’accepter, quel qu’il soit, celui qui veut à tout prix luter contre puisque ce changement met à mal ses privilèges, celui qui veut en tirer le plus grand bénéfice, ou celui qui tente simplement d’y survivre, avec entre tout ça tout un tas d’autres possibilités.

Les pirates, quant à eux (hormis Erika bien sûr et à un degré moindre la capitaine et “mère” d’Erika, Judith Kreed), sont finalement un peu hors-champ, ne représentant finalement que l’élément déclencheur, le catalyseur, de vents du changement inéluctables au sein d’une société à l’évidence déjà en tension et au bord du gouffre avant que les marins ne débarquent, sans qu’elle ne s’en aperçoive.

Ajoutez à cela d’autres éléments qui ne font qu’accentuer la situation de crise présentée dans le roman (une sécheresse extrême qui met en lumière l’importance de l’eau et de sa distribution aux différentes communautés et la richesse que sa possession implique, une magie très “naturelle”, basée essentiellement sur les éléments et qui, là aussi, en fonction de la nature des pouvoirs, influe sur le devenir de chacun…), et vous obtenez un roman très riche malgré sa relative brièveté (350 pages tout de même, mais 350 pages bien remplies). Chris Vuklisevic aurait pu faire le choix de l’énorme roman-univers en développant plus de personnages, plus de situations (choses auxquelles le roman aurait fort bien pu se prêter), mais elle s’est finalement tournée vers une sorte d’économie pour faire ressortir la substantifique moelle de ce qu’elle présente. De ce point de vue, c’est à l’évidence une réussite.

En mélangeant tout cela avec des réflexions sur le communautarisme et les manigances des puissants ainsi que leurs secrets qui peuvent aller totalement à l’encontre de ce qu’ils représentent, des personnages remarquables et complexes (Erika qui balance entre violence intrinsèque et volonté de prendre un nouveau départ, Arthur dont le point de vue sur les nouveaux arrivants change en fonction de ses gains potentiels et qui n’hésite pas à écraser quiconque représente une menace, mais qui a aussi ses côtés touchants, Nawomi et ses secrets remettant en cause son statut mais dont le passé, son physique et ce à quoi elle est confrontée lui donnent une profonde humanité) et une ambiance sombre (avec quelques scènes plutôt marquantes de ce point de vue) et paradoxalement aussi par moment lumineuse, on obtient un premier roman surprenant de maîtrise et de densité.

Certes, tout n’est pas parfait, on pourrait vouloir éclaircir quelques points un peu moins développés ici ou là, mais globalement avec toutes ces thématiques dont on pourrait sans peine trouver l’équivalent dans notre société actuelle, cette galerie de personnages loin de tout manichéisme et qui font tous des erreurs, et cette ambiance notable, on a là tous les ingrédients pour un roman remarquable (et la couverture d’Alain Brion n’y est pas pour rien) et que l’on espère remarqué. Chris Vuklisevic représente-t-elle les vents du changement dans les littératures de l’imaginaire francophone ? En tout cas, il va certainement falloir retenir son nom.

 

Lire aussi l’avis de Nicolas.

 

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Zapping VOD et série TV, épisode 58 https://www.lorhkan.com/2021/03/26/zapping-vod-et-serie-tv-episode-58/ https://www.lorhkan.com/2021/03/26/zapping-vod-et-serie-tv-episode-58/#comments Fri, 26 Mar 2021 07:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12973 Le dernier zapping date du mois d’août… J’ai sans doute zappé (haha) quelques trucs. Petit retour en arrière donc, sur des visionnages importants de ces derniers mois, séries ou films, rapidement car mes souvenirs s’estompent… 😀   The Terror, saison 1, de David Kajganich et Soo Hugh Adaptation du célèbre...

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Le dernier zapping date du mois d’août… J’ai sans doute zappé (haha) quelques trucs. Petit retour en arrière donc, sur des visionnages importants de ces derniers mois, séries ou films, rapidement car mes souvenirs s’estompent… 😀

 

The Terror, saison 1, de David Kajganich et Soo Hugh

Adaptation du célèbre roman de Dan Simmons, “Terreur” (que je me suis juré de lire un jour), “The Terror” relate donc la fameuse expédition Franklin, chargée de découvrir au milieu du XIXe siècle le fameux passage du nord-ouest. Récit historique donc, puisqu’il suit (avec évidemment quelques “aménagements” puisque si le sort de cette expédition est bien connu, la façon dont tout s’est joué l’est beaucoup moins) peu ou prou ce à quoi a été confronté l’équipage de cette expédition. Mais, étant basé sur le roman de Dan Simmons, s’y ajoute un élément fantastique qui pourrait faire figure d’incarnation de la nature et qui est une démonstration que l’homme n’est pas forcément le plus fort.

Cet aspect fantastique a toujours été pour moi, a priori puisque je n’ai pas lu le roman de Simmons, son point faible : j’avoue que je me serais très bien contenté d’un récit purement historique, cette expédition étant bien assez dramatique sans en rajouter. Et c’est toujours ce que je ressens à l’issue de cette saison (qui relate l’expédition en entier, la saison 2 n’a plus rien à voir avec cela), avec la sensation que cet élément fantastique enlève un peu de la rudesse de la situation vécue par ces hommes (avec une nature extrêmement hostile “passivement” et qui tue les hommes à petit feu, contrairement à ce côté fantastique plus actif et plus expéditif). Mais que cela soit aussi bien clair : en l’état cette série est malgré tout absolument passionnante.

Porté par des acteurs qui font un excellent boulot (mention spéciale à Jared Harris qui campe un magnifique capitaine Francis Crozier), par des décors éblouissants et réellement terrifiants (cette blancheur, cette banquise infini, ce désert de pierre sans vie…), et par une expédition dont le sort a nourri (et nourrit encore, malgré les découvertes récentes des deux bateaux) de nombreux fantasmes, la série s’avère très addictive, même si elle ne repose pas, bien au contraire, sur l’action effrénée et le suspense à tout prix.

Jouant sur les antagonismes et les sentiments humains d’un équipage perdu au milieu de nulle part sans possibilité d’être secouru, c’est évidemment un drame qui se déroule sous les yeux des spectateurs, et qui ne peut que mal finir. Pas grand chose à redire donc à un show scotchant, terriblement froid, fascinant, hypnotisant même par moments. Le seul petit reproche que je lui ferais serait une gestion un peu hasardeuse de l’écoulement du temps qui, bien qu’il soit régulièrement rappelé en début d’épisode, manque de clarté. Pourtant, se rendre compte que pour les plus endurants de l’équipage, le calvaire a pu durer environ deux ans dans cet environnement où l’homme n’est pas le bienvenu est quelque chose qui ne manque pas d’ajouter une couche supplémentaire à l’horreur qu’ils ont vécue. Mais peu importe, “The Terror” (ou du moins cette saison 1, la deuxième a beaucoup moins bonne presse…) est une superbe série qu’il serait bien dommage de rater.

 

Les figures de l’ombre, de Theodore Melfi

Film relatant l’histoire de Katherine Johnson, Dorothy Vaughan et Mary Jackson, et par extension de ces nombreuses femmes noires “calculatrices” de la NASA qui ont grandement contribué, malgré la ségrégation d’alors, à la réussite du programme spatial américain en calculant trajectoires des fusées ou des capsules, points de chute des astronautes, etc…, le tout avant l’avènement des ordinateurs (et même après, même si ce n’est pas tout à fait dans le film qui s’arrête aux environs de l’année 1962 et du vol de John Glenn, qui a contribué à l’aura de Katherine Johnson en demandant à ce que ce soit elle qui vérifie et valide les calculs faits par un ordinateur), “Les figures de l’ombre”, même s’il prend quelques libertés avec la réalité pour les besoins d’une adaptation sur grand écran, fait partir de ces films “nécessaires” qui éclairent une histoire vraie, parfois méconnue, un moment de l’Histoire (ou des personnes) qui mérite(nt) d’être mis(es) en plein lumière.

Film très académique mais au propos limpide et important, il évite l’écueil d’un certain ennui poli en saupoudrant son propos de petites touches d’humour et de fraîcheur qui l’éloignent d’une lourdeur qui l’aurait évidemment desservi. Car ici, si la mise en scène est très classique, sans chichi, le film est doté d’un certain entrain, d’une… oui d’une fraîcheur qui n’affadit absolument pas l’importance de son discours. En d’autres mots, c’est “léger”, parfois drôle, parfois touchant, parfois révoltant, mais ce n’est jamais pesant.

Et tout cela fait de ce film un excellent moment de cinéma, qui dénonce une époque et ses travers choquants tout en se faisant l’écho d’une période résolument tournée vers le progrès, même s’il a été d’avantage scientifique et technologique que social (ou en tout cas que ces deux aspects n’ont pas progressé à la même vitesse, même si le côté politique de la chose est assez peu abordé ici). Avec à la clé trois jolis portraits de femmes, incarnées par trois excellentes actrices (Taraji P. Henson, Octavia Spencer et Janelle Monáe), et en bonus un Kevin Costner comme on aimerait le voir plus souvent. Chaudement recommandé !

 

Space sweepers, de Jo Sung-hee

Vous vous souvenez du film “The wandering earth”, cet énorme succès chinois adapté d’un texte de Liu Cixin, d’une époustouflante beauté mais très balisé et surjoué à un point qu’il en devenait risible ? “Space sweepers” est dans la même veine, en gommant quelques défauts, mais pas assez. Parce qu’encore une fois, c’est magnifique, encore une fois le scénario est sans grand intérêt, et encore une fois au bout d’un moment on regarde ça sans avoir grand chose à faire de ce qui s’y passe.

Le cinéma asiatique (“The wandering earth” était chinois, “Space sweepers” est coréen) montre qu’à l’évidence sur le plan des effets spéciaux ils n’a plus grand chose à apprendre des américains, il lui reste encore, dans le domaine de la SF sapce-opera à grand spectacle, à réaliser des choses intéressantes scénaristiquement parce que pour le moment on en est encore à des séries Z déjà vues mille fois, caricaturales et uniquement faites pour éblouir les mirettes des spectateurs. Bon ok, c’est aussi souvent le cas d’Hollywood…

Bref, c’est beau mais c’est vide. Et même si c’est (heureusement !) moins surjoué que “The wandering earth”, il n’y a pas non plus le même sense of wonder. Après tout, il ne s’agit pas de déplacer la Terre, juste de sauver une petite fille soupçonnée d’être potentiellement une arme de destruction massive (même si cela passe par des évènements… destructeurs !). Au jeu de l’échelle de la démesure, “The wandering earth” l’emporte donc largement, en plus d’offrir quelques plans assez vertigineux (aaaaaah, Jupiter…) que n’a pas “Space sweepers”, malgré son rythme et son contexte spatial propres à en mettre plein les yeux.

Donc au bout d’un moment, avec ce scénario pas fou fou, ces personnages assez caricaturaux (mais par moment assez justes pourtant, comme dans la séquence flashback de Kim Tae-ho) et cet humour un peu lourdaud qui ne fonctionne pas tout le temps, l’attention faiblit pour suivre le tout d’un oeil distrait. Allez, un bon point quand même : dans ce futur spatial, on entend les principales langues de la Terre, et ça fait du bien de ne pas entendre que de l’anglais. Vive l’espace multilingue ! 😉

 

La mission, de Paul Greengrass

Paul Greengrass à la réalisation, Tom Hanks, un western, il n’en n’a pas fallu plus pour me convaincre de regarder ce film. Paul Greengrass m’avais surpris, en bien, avec des films qui, au départ, n’avaient rien de très engageant mais qui se sont pourtant révélés excellents (“Vol 93” et “Capitaine Phillips”). Pas question donc de bouder ce nouveau film dans lequel il retrouve Tom Hanks, avec qui il avait déjà travaillé sur “Capitaine Phillips”.

L’intrigue est simplissime : Tom Hanks joue le rôle du capitaine Jefferson Kyle Kidd, un texan ancien combattant de la guerre de Sécession qui s’est “réorienté” vers le métier de rapporteur public pour lire les journaux dans les villages reculés. Lors d’un de ses voyages, il tombe sur une petite fille esseulée, apparemment enlevée par les Indiens Kiowas depuis quelques années et qui ne parle plus anglais. Il décide de la ramener à sa famille biologique.

A partir de là, il faut être très clair : le film est cousu de fil blanc, il n’y a absolument aucune surprise à attendre. De la petite fille qui ne connait rien du monde des blancs auquel elle n’appartient plus depuis plusieurs années à l’ancien officier au grand coeur, en passant par les méchants qui veulent récupérer la petite dans un but évidemment tout à fait ignoble, la famille de la même petite qui n’est pas si accueillante que ça, etc… Tout y est, et vous connaissez plus ou moins le cheminement du film et bien évidemment la fin avant même d’avoir dépassé la première demi-heure.

Et vous savez quoi ? Peu importe ! Car d’une part le film est très bien réalisé (réalisation classique mais très léchée, belles images, une musique discrète mais très plaisante de James Newton Howard), d’autre part les acteurs sont irréprochables (même si Tom Hanks ne force pas vraiment son talent) avec notamment une Helena Zengel qui fait un travail à la fois simple et sensible, et enfin parce que le film porte un message intéressant sur la force de l’information, sur l’importance qu’elle a auprès des personnes qui ont un choix à faire, et sur la liberté de la presse. Et si le film ressemble plus à un travail réalisé par un Paul Greengrass qui a pris des habits d’élève appliqué, ça n’en fait pas moins un joli long-métrage, qui contrebalance son scénario sans surprise par une exécution certes sans éclat particulier mais surtout sans faille non plus.

 

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Les maîtres enlumineurs, de Robert Jackson Bennett https://www.lorhkan.com/2021/03/22/les-maitres-enlumineurs-de-robert-jackson-bennett/ https://www.lorhkan.com/2021/03/22/les-maitres-enlumineurs-de-robert-jackson-bennett/#comments Mon, 22 Mar 2021 07:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=13008 Très attendu par les lecteurs depuis que sa parution a été annoncée par Albin Michel Imaginaire, ce premier volume d’une trilogie de fantasy signée Robert Jackson Bennett (déjà auteur de l’indispensable novella coup de poing “Vigilance”) pointe enfin le bout de son nez, avec bien des atouts pour convaincre. Et...

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Très attendu par les lecteurs depuis que sa parution a été annoncée par Albin Michel Imaginaire, ce premier volume d’une trilogie de fantasy signée Robert Jackson Bennett (déjà auteur de l’indispensable novella coup de poing “Vigilance”) pointe enfin le bout de son nez, avec bien des atouts pour convaincre. Et le fait que Brandon Sanderson ajoute un petit mot en quatrième de couverture n’a rien d’anodin…

 

Quatrième de couverture :

« Avec Les Maîtres enlumineurs, Robert Jackson Bennett débute une nouvelle trilogie de fantasy épique passionnante, qui promet énormément pour la suite. Préparez-vous à d’anciens mystères, à une magie comme vous n’en avez jamais lu et à quelques coups de théâtre. » Brandon Sanderson

Toute l’économie de l’opulente cité de Tevanne repose sur une puissante magie : l’enluminure. À l’aide de sceaux complexes, les maîtres enlumineurs donnent aux objets des pouvoirs insoupçonnés et contournent les lois de la physique. Sancia Grado est une jeune voleuse qui a le don de revivre le passé des objets et d’écouter chuchoter leurs enluminures. Engagée par une des grandes familles de la cité pour dérober une étrange clé dans un entrepôt sous très haute surveillance, elle ignore que cet artefact a le pouvoir de changer l’enluminure à jamais : quiconque entrera en sa possession pourra mettre Tevanne à genoux. Poursuivie par un adversaire implacable, Sancia n’aura d’autre choix que de se trouver des alliés.

 

Si William Gibson avait écrit un roman de fantasy…

Quel roman ! Palpitant, très rythmé, doté de beaux personnages savoureux et attachants, et basé sur un système de magie très malin qui lui donne une aura cyberpunk pourtant a priori bien éloignée de ce qui constitue habituellement un roman de fantasy, ce qu’il est pourtant jusqu’au bout des ongles, “Les maîtres enlumineurs” impressionne. Mais je m’emballe et manque à tous mes devoirs en commençant par la conclusion… Avant d’aller plus loin, commençons donc par paraphraser la quatrième de couverture, histoire de voir où le roman emmène les lecteurs.

Tout commence donc avec Sancia Grado, une jeune voleuse bien connue dans la “profession” qui a été engagée pour voler un objet sur le port de la cité de Tevanne. Introduction très habile de Robert Jackson Bennett qui, en nous plongeant tout de suite dans le bain avec une scène de vol évidemment délicate (et avec quelques éléments non prévus), pose ici les bases de son roman : la cité de Tevanne et son fonctionnement global (quatre grandes familles, les “Maisons Marchandes”, se partagent le commerce et les richesses de la ville, enfermées dans leur “campos”, sortes de QG ultra-surveillés et (apparemment… 😉 ) inviolables, alors que le reste de la population s’entasse à l’extérieur des campos dans ce qui ressemble à des bidonvilles), le personnage de Sancia Grado, qui de toute évidence n’a pas eu une vie facile et dispose de certains “pouvoirs”, et la magie de cet univers, basée sur les fameuses enluminures, sortes de glyphes tracés sur les objets (ou sur des éléments extérieurs pour plus de puissance mais je vous laisse découvrir tout ça, c’est un vrai régal) que l’ont veut “enchanter” et leur permettant de se jouer de la physique en leur faisant croire qu’ils sont un peu plus que ce qu’ils sont en vrai ou bien que leur environnement n’est pas tel qu’il est.

Un exemple : les roues d’un chariot auxquelles on fait croire qu’elles sont sur un terrain en pente, ce qui leur permet d’avancer en continu, même en côte. Ou bien des flèches qui “pensent” qu’elles sont tirées vers le bas, leur donnant donc une impulsion de départ plus élevée, avec donc une portée et une puissance supérieure. Ces enluminures permettent donc tout simplement, en modifiant la perception de la réalité, de jouer avec la physique. Et on peut les combiner pour encore plus de puissance ou bien des effets plus complexes.

Et donc là, vous commencez à voir pourquoi je parle de cyberpunk plus haut : les Maisons Marchandes (des méga-corporations), les enluminures, simples ou complexes (on n’est pas loin d’un sorte de programmation informatique), les objets enchantés à plus ou moins grande échelle disposant d’une influence notable voire d’une certaine conscience (des intelligences artificielles pour les plus complexes), une distorsion de la réalité permettant d’obtenir via les objets enluminés (notamment en jouant avec la gravité) des pouvoirs très spéciaux (vous vous souvenez de Neo et son bullet-time dans une certain Matrice ?)… On est bien dans une vraie fantasy (monde secondaire, magie…) mais Bennett utilise vraiment les tropes du cyberpunk. Absolument réjouissant, particulièrement malin et superbement mené par un auteur impressionnant de maîtrise. Ca commence donc donc sur les chapeaux de roue tout en distillant les éléments importants permettant de comprendre l’univers, le contexte global, et les éléments encore mystérieux qui vont faire le coeur du roman.

De son côté, Sancia Grado, rompant son habituel crédo l’interdisant de regarder ce qu’elle vole, découvre un objet étonnant, aux propriétés tout simplement stupéfiantes : une clef, avec laquelle elle peut communiquer par la pensée ! Commençant à comprendre que les choses sont plus complexes qu’elles paraissent, Sancia décide de garder l’objet plutôt que de le rendre à son mystérieux commanditaire, aux méthodes plutôt expéditives et sans scrupules, comme elle va vite le découvrir.

C’est le début d’un grand huit épique qui verra se mêler la quête personnelle de Sancia liée à son passé douloureux, et des enjeux beaucoup plus vastes, impliquant les Maisons Marchandes et la cité de Tevanne dans son ensemble, voire bien plus… Car, et c’est en cela que le blurb de Brandon Sanderson en quatrième de couverture n’est pas anodin, au fur et à mesure du récit, les choses prennent une ampleur insoupçonnée aussi bien du côté des possibilités apportées par les enluminures, que du passé d’un monde qui a vu des civilisations s’élever avant de s’écrouler mystérieusement. Robert Jackson Bennett fait donc monter les enchères de plus en plus haut, en élevant le niveau d’epicness toujours un peu plus, typiquement ce que fait un Sanderson dans son cycle “Fils des Brumes” ou dans celui des “Archives de Roshar”. Et ça fonctionne rudement bien, à tel point que pris dans une frénésie de vouloir en (sa)voir toujours plus, les pages se tournent sans pouvoir s’arrêter.

Pas besoin d’en dire plus, il vous suffit maintenant de relire mon introduction. 😉 Une chose est sûre : l’attente est largement récompensée et avec “Les maîtres enlumineurs” (traduit par Laurent Philibert-Caillat et illustré par Didier Graffet) Robert Jackson Bennett signe un nouveau gros coup qui, en plus d’être un véritable page-turner exaltant du genre fantasy porté par les codes du cyberpunk, ne manque pas d’amener quelques sujets sociaux/sociétaux pour faire bonne mesure. Un régal du début à la fin !

 

Lire aussi les avis de Gromovar, Artemus Dada, Yogo, le Chroniqueur, Feyd-Rautha, Lianne

 

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Le temps fut, de Ian McDonald https://www.lorhkan.com/2021/03/15/le-temps-fut-de-ian-mcdonald/ https://www.lorhkan.com/2021/03/15/le-temps-fut-de-ian-mcdonald/#comments Mon, 15 Mar 2021 07:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12963 Nouveau retour sur la collection “Une heure-lumière” du Bélial’, après “La chose” de John W. Campbell en demi-teinte… Et retour sur Ian McDonald, un auteur que j’apprécie beaucoup et pour lequel je m’aperçois que je n’ai pas encore lu le dernier tome de sa dernière trilogie parue en France (“Luna”). Scandale...

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Nouveau retour sur la collection “Une heure-lumière” du Bélial’, après “La chose” de John W. Campbell en demi-teinte… Et retour sur Ian McDonald, un auteur que j’apprécie beaucoup et pour lequel je m’aperçois que je n’ai pas encore lu le dernier tome de sa dernière trilogie parue en France (“Luna”). Scandale ! En attendant, c’est donc d’une novella dont il s’agit ici, avec un narrateur nommé Emmett, nom de Zeus !

 

Quatrième de couverture :

Bouquiniste indépendant, Emmett Leigh déniche un jour un petit recueil de poèmes lors de la liquidation de la librairie d’un confrère. Un recueil, Le Temps fut, qui s’avère vite d’une qualité littéraire au mieux médiocre… En revanche, ce qui intéresse Emmett au plus haut point, c’est la lettre manuscrite qu’il découvre glissée entre les pages de l’ouvrage. Pour le bouquiniste, tout ce qui peut donner un cachet unique et personnel à un livre est bon à prendre. Il se trouve ici en présence d’une lettre d’amour qu’un certain Tom adresse à son amant, Ben, en plein cœur de la Seconde Guerre mondiale. Remuant ciel et terre – et vieux papiers – afin d’identifier les deux soldats, Emmett finit par les retrouver sur diverses photos, prises à différentes époques. Or, la date présumée des photos et l’âge des protagonistes qui y figurent ne correspondent pas… Du tout.

 

Le temps fut, il sera de nouveau

“Le temps fut” fait l’effet d’une histoire douce et plaisante, qui déroule son récit tranquillement, sans volonté d’impressionner le lecteur avec des effets spectaculaires ou un style particulièrement notable. Cette phrase, qui pourrait être considérée comme un élément plutôt négatif, reflet d’un récit sans grande saveur, doit pourtant être prise comme ce qu’elle décrit réellement : une douceur.

Douceur d’une belle histoire d’amour au beau milieu de la Seconde Guerre Mondiale et qui va se voir bouleversée par de troublants effets temporels. Des effets qui vont également troubler un bouquiniste de notre temps qui met la main du un recueil de poèmes intitulé “Le temps fut” dans lequel il trouve une lettre d’amour manuscrite adressée à Ben et signée d’un certain Tom. Curieux, notre sympathique bouquiniste tente de mener l’enquête, une enquête qui va le mener bien plus loin que ce qu’il imaginait en découvrant différentes photos de Tom et Ben à différentes époques sans que l’âge des deux hommes ne reflète les années passées…

A partir de là, Ian McDonald s’amuse à dérouler son récit dans un cadre réaliste, en mêlant croyances locales, vieilles légendes, théorie du complot et sciences dures. Ainsi, le principe d’incertitude d’Heisenberg et la physique quantique côtoient l’incident de Rendlesham, le mystère de Shingle Street ou bien le sort du 5ème bataillon de Norfolk durant la Première Guerre Mondiale, en ancrant le tout dans des lieux très réels (que le lecteur s’amusera à mettre en image grâce à Google). Une sorte de gloubiboulga qui aurait pu paraître indigeste mais que Ian McDonald utilise avec talent pour en faire un récit à la fois doux, mystérieux et fascinant.

Alors c’est vrai, “Le temps fut” n’est pas un récit temporel qui va vous retourner le cerveau. Il ne joue pas avec toutes sortes de paradoxes propres à faire travailler vos neurones, non plus qu’il ne fait dans le spectaculaire, le côté réellement temporel du récit se jouant plutôt hors cadre, l’essentiel du texte se situant avant tout sur l’enquête que mène le bouquiniste d’une part, et sur les premiers instants amoureux de Ben et Tom. Deux récits parallèles que leur issue respective sur le plan personnel va finir par opposer, avant de les réunir à nouveau d’une certaine manière.

Par ailleurs, toujours dans ce qui semble être une volonté d’éviter le spectaculaire, le récit laisse en suspens un élément dont le lecteur (et le personnage concerné) connait à l’avance et avec certitude l’avènement prochain. Un élément que le lecteur un minimum attentif aura deviné depuis bien longtemps, une autre preuve que Ian McDonald n’a à aucun moment écrit “Le temps fut” pour surprendre son lectorat mais plutôt pour écrire une simple et belle histoire d’amour à travers temps (impeccablement traduite par Gilles Goullet), sans esbrouffe, une histoire que le lecteur va découvrir en même temps qu’Emmett tente d’en démêler l’écheveau. De ce point de vue, sans qu’il puisse être qualifié de chef d’oeuvre, le texte, tout à fait taillé pour être adapté sur grand écran, atteint largement son objectif.

 

Lire aussi les avis de Gromovar, Lune, Yogo, Feyd Rautha, Baroona, Anne-Laure, Nicolas, Dionysos, Boudicca, Soleilvert, BadTachyon, Tachan, Xapur, Célindanaé, Lianne, Yossarian, Acr0, Vert, Yuyine, Lullaby, Artemus Dada, Elhyandra

Critique écrite dans le cadre du challenge “#ProjetOmbre” de OmbreBones.

 

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La chose, de John W. Campbell https://www.lorhkan.com/2021/03/10/la-chose-de-john-w-campbell/ https://www.lorhkan.com/2021/03/10/la-chose-de-john-w-campbell/#comments Wed, 10 Mar 2021 07:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12979 “La chose”, “The thing”… Ok, vous voyez tout de suite le rapport entre le texte de John W. Campbell, écrit en 1938, et le célébrissime film de John Carpenter, réalisé en 1982. Le deuxième a pourtant largement éclipsé le premier, et c’est pour remettre l’oeuvre d’origine au premier plan que...

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“La chose”, “The thing”… Ok, vous voyez tout de suite le rapport entre le texte de John W. Campbell, écrit en 1938, et le célébrissime film de John Carpenter, réalisé en 1982. Le deuxième a pourtant largement éclipsé le premier, et c’est pour remettre l’oeuvre d’origine au premier plan que les éditions du Bélial’ ont décidé de faire paraître le texte de Campbell dans la collection “Une heure-lumière”, collection jusqu’ici proche du sans faute.

 

Quatrième de couverture :

En Antarctique, quelque part.
Enfoui sous la glace, aux abord d’un artefact aux allures de vaisseau spatial, des scientifiques découvrent un corps congelé — gisant là, sans doute, depuis des millions d’années. Un corps résolument inhumain. Résolument… autre. Le choix est alors fait de ramener la stupéfiante découverte à la station pour étude. Doucement, la gangue de glace autour de la créature commence à fondre, libérant peu à peu cette totale étrangeté à l’aspect terrifiant. Et les questions de traverser l’équipe de chercheurs : qu’est-ce que cette chose ? Comment est-elle arrivée là ? Et après tout, est-elle seulement morte ? N’ont-ils pas mis au jour la plus épouvantable des abominations — une horreur proprement cosmique ?
Récit haletant paru en 1938, proposé ici dans une nouvelle traduction, La Chose est un immense classique de la science-fiction mondiale. Porté à l’écran à trois reprises, ce court roman pose les bases du récit de SF horrifique.

 

Paranoïa en Antarctique

1938 ! Voilà un texte qui ne date pas d’hier… Situé dans un Antarctique mal connu à l’époque (ce qui pousserait à le comparer aux “Montagnes hallucinées” de Lovecraft, écrit en 1931 et paru en 1936, alors que les deux textes n’ont que très peu de choses en commun, si ce n’est une forme de vie “monstrueusement extraterrestre” et l’Antarctique, que Lovecraft décrit beaucoup mais que Campbell, au-delà de quelques éléments de contexte scientifiques, n’utilise que comme une solution permettant d’isoler ses personnages puisque le texte est essentiellement un huis-clos), “La chose”, portée à l’écran à plusieurs reprises dont le célèbre “The thing” de John Carpenter, met en scène un groupe de scientifiques qui découvre un vaisseau extraterrestre et surtout une créature, congelée. Créature qu’ils s’avisent de décongeler. Pour leur plus grand malheur bien sûr.

Plusieurs points d’intérêt sur ce texte. La créature tout d’abord. Dangereuse. Mortelle même. Mais intrinsèquement mauvaise ? Certes non, en tout cas pas apparemment. Un élément éclairé très directement par la nouvelle de Peter Watts, “Les choses”, dans le recueil “Au-delà du gouffre”, qui prend le point de vue de la créature, là ou John Campbell entretient le flou par l’intermédiaire de ces scientifiques qui tentent de survivre face à une créature qui n’a pourtant que le seul, unique et vraisemblablement même but.

Cette créature, pour qu’elle soit considérée comme si dangereuse, se doit d’avoir un petit quelque chose en plus. Et en effet, ses capacités biologiques font d’elle une forme de vie bien à part. Capable de prendre possession du corps de n’importe quelle forme de vie tout en gardant la possibilité de se multiplier (et donc de “posséder” un groupe entier de formes de vie étrangères à elle) , elle peut de ce fait être totalement invisible et continuer ses “méfaits”. De là, en creux, de pose la question de la définition de l’humain si une telle créature est capable de prendre possession des corps humains, sans modifier leur comportement, physique comme psychologique. Une créature radicalement autre mais qui sait aussi se faire totalement humaine, biologiquement parlant. La créature parfaite ? D’un certain point de vue, peut-être…

D’un point de vue narratif, c’est plus délicat… “La chose” se déroule sans temps mort. C’est sans doute là son point faible. En effet, alors que le récit se centre sur quelques personnes isolées et menacées par une forme de vie qui peut potentiellement tous les contaminer (et les éliminer) sans qu’aucun d’eux ne s’en rende compte, le côté paranoïaque du récit, qui devrait être poussé à son paroxysme (imaginez que ces personnes “s’obligent” à rester en petits groupes pour que le moindre élément suspect soit immédiatement mis au jour, ils doivent donc tous se poser mille questions sur ceux qu’ils fréquentent, avoir des doutes, surveiller de près, suspecter, etc…) tombe un peu à plat car la brièveté du récit nécessite d’avancer sans trop s’attarder.

Et pourtant, quoi de mieux pour sombrer dans la paranoïa que de prendre son temps ? Comme au cinéma lorsqu’une scène s’allonge, le temps se suspend pour mieux entretenir le malaise, l’interrogation, le suspense… Pas de ça ici car le texte avance, inéluctablement, en restant très factuel, loin des atermoiements et des doutes, qu’on imagine pourtant nombreux, des scientifiques. Aucune plongée dans la tête des uns et des autres, aucune introspection. “La chose” ne joue pas assez sur le ressort psychologique pour mettre le lecteur mal à l’aise, pour le faire douter, pour le rendre paranoïaque à l’égal des personnages. Le récit ne prend pas le temps suffisant pour cela.

On peut ajouter à cela des personnages finalement assez nombreux et interchangeables (et qu’on confond assez rapidement) et quelques explications scientifiques (élément qu’appréciait John W. Campbell pour “élever” la SF) pas toujours très claires, et on obtient au bout du compte un récit sans aucun doute archétypal de la SF horrifique qui a, à raison, fait sensation en son temps, mais qui, du fait d’avoir été vu et revu des centaines de fois depuis, n’a plus suffisamment d’éléments en sa faveur pour emporter l’adhésion complète (de mon point de vue en tout cas, la plupart de mes collègues blogueurs n’allant pas dans le même sens que moi…). Il existe, en tout cas en VO, une version longue de ce texte, un roman en fait, qui aurait potentiellement pu pallier les problèmes que je soulève ici, mais de l’avis général il n’est pas d’aussi bonne qualité que cette version courte. Dommage…

En l’état, à mes yeux, “La chose” vaut plus pour l’aspect historique et patrimonial de la SF que pour ses qualités intrinsèques qui ont quelque peu pâli aujourd’hui, ou en tout cas qui m’ont laissé un goût de trop peu sur un aspect psychologique que j’attendais nettement plus soutenu. Je tiens malgré tout à souligner la qualité de la traduction de Pierre-Paul Durastanti qui a su donner au texte une telle jeunesse que son âge disparaît totalement (plus de 80 ans ! Pas l’âge de Pierre-Paul hein, celui du texte de Campbell ! 😀 ). “La chose” se lit donc encore très bien, même s’il manque un peu de substance psychologique. Mais pour qui attend un texte direct et sans temps mort posant quelques questions en creux “à la Dick” sur ce qui constitue un être humain, mais abordées, via l’altérité, de manière radicalement différente et sur un plan évidemment plus organique que technologique, la novella de Campbell a encore des atouts pour convaincre.

 

Lire aussi les avis de Feyd-Rautha, Lutin, Célindanaé, TmbM, Nicolas, Marquise, Nomic, Aelinel, Gepe, Philémont, RoadReader, Boudicca

Critique écrite dans le cadre du challenge “#ProjetOmbre” de OmbreBones.

 

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Fungus, le roi des Pyrénées, de Albert Sánchez Piñol https://www.lorhkan.com/2021/03/01/fungus-le-roi-des-pyrenees-de-albert-sanchez-pinol/ https://www.lorhkan.com/2021/03/01/fungus-le-roi-des-pyrenees-de-albert-sanchez-pinol/#comments Mon, 01 Mar 2021 07:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12947 Ce roman marque mon premier contact avec Albert Sánchez Piñol, un auteur dont j’avais déjà entendu parler auparavant, notant même avec intérêt certaines de ses oeuvres passées, et dont je me suis aperçu sur les réseaux sociaux qu’il avait une belle cohorte de supporters “éclairés”. L’arrivée de ce nouveau roman...

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Ce roman marque mon premier contact avec Albert Sánchez Piñol, un auteur dont j’avais déjà entendu parler auparavant, notant même avec intérêt certaines de ses oeuvres passées, et dont je me suis aperçu sur les réseaux sociaux qu’il avait une belle cohorte de supporters “éclairés”. L’arrivée de ce nouveau roman est donc l’occasion idéale pour s’y mettre enfin.

 

Quatrième de couverture :

1888. Ric-Ric est un pauvre diable, un anarchiste dépenaillé qui ne trouve sa place que dans une grotte perdue des Pyrénées catalanes. Sur ce territoire sillonné par les contrebandiers et les malfaiteurs, il découvre par hasard des créatures ignorées de la civilisation : les fungus, gigantesques champignons anthropomorphes auxquels il donne vie accidentellement. Émerveillé par leurs extraordinaires capacités et leur sens de la communauté, Ric-Ric voit en eux l’arme définitive qui va lui permettre de concrétiser ses désirs : conquérir la belle Mailís, femme fatale malgré elle, instaurer une société anarchiste où régnerait une véritable fraternité et se venger de ceux qui l’ont traité cruellement, des gardes civils à l’aubergiste local qui se comporte en seigneur et maître des lieux. À la tête des fungus, Ric-Ric réussit à constituer une armée invincible afin d’affronter, lors de batailles homériques et grâce à une singulière stratégie militaire, les troupes françaises et espagnoles.

Dans son nouvel opus, Albert Sánchez Piñol renoue avec la veine fantastique. Porté par un souffle épique et une fantaisie débordante, ce « western hivernal du XIXe siècle dans les Pyrénées », pour reprendre les termes de l’auteur lui-même, absorbe le lecteur médusé dans une allégorie du pouvoir en forme de chimère romanesque.

 

Des champignons hallucinants !

Quel étonnant roman que ce “Fungus” signé Albert Sánchez Piñol ! Il faut en effet “oser” pour écrire l’histoire d’un homme réfugié dans les Pyrénées à la fin du XIXe siècle qui parvient à s’entourer d’une armée de champignons auxquels il a insufflé la vie ! Et pourtant, avec une bonne dose de suspension d’incrédulité, on se laisse embarquer et on suit Ric-Ric, anarchiste à la petite semaine qui, pour fuir les autorités espagnoles auprès desquelles il s’est un peu trop fait remarquer, décide de s’exiler au fin fond des Pyrénées, entre France et Espagne dans une zone contrôlée par les contrebandiers et autres petits voyous, là où il sera à l’abri du pouvoir étatique. Sans grand esprit ni grande volonté, il finit par tomber sous la coupe de Cassian, un malfrat local propriétaire d’un ostal (auberge) très fréquenté.

Dans ces montagnes, il rencontre également Mailís, une femme dont il va évidemment tomber amoureux. En chemin pour préparer un rendez-vous avec sa belle, l’impensable se produit : Ric-Ric, sans le vouloir (ni même savoir que cela était possible), éveille un de ces champignons… Effrayé, il court dans son dérisoire abri montagnard et s’y évanouit. Le lendemain, il s’aperçoit que cet énorme champignon l’a suivi et observé toute la nuit, sans bouger. Parvenant à l’enfermer, il se précipite à l’ostal de Cassian mais trop tard : Mailís est partie. Cassian lui raconte alors cyniquement ce qui est arrivé à l’élue de son coeur. Le début d’un engrenage infernal…

“Fungus, le roi des Pyrénées”, plus qu’un roman fantastique dont le genre serait une fin en soi, se lit comme une fable métaphorique sur le Pouvoir, celui qui donne des moyens, celui qui permet d’atteindre ses objectifs, mais aussi celui qui corrompt, celui qui transforme, celui qui déforme. Pour autant, soyons clair, d’une part le roman est bel et bien un roman fantastique, son contexte est en cela une évidence, et d’autre part si le côté “fable” peut faire peur et détourner les amateurs de fantastique, il faut bien dire ce qui est : le texte se lit avec un grand plaisir du début à la fin.

Oh certes, il n’invente rien dans son propos, d’autres sont passés avant lui, de Jonathan Swift avec “Les voyages de Gulliver” (les hommes sont-ils intrinsèquement corrompus ou bien le deviennent-ils ?) à Mary Shelley avec “Frankenstein” (avec la, ou dans le cas présent les créatures (car d’un seul au départ, les champignons vivants finiront par constituer une véritable armée) qui échappent à leur “créateur” et cherchent à devenir humaines, avec un certain succès, en tout cas plus que d’autres vrais humains). Mais ce roman soft-weird pastoral, qu’aurait pu écrire un Jeff VanderMeer s’il était né dans les montagnes pyrénéennes, et sa façon d’aborder la notion de Pouvoir (comment chacun le conçoit, ce qu’il en fait, ce qu’il en retire, etc…) fait mouche grâce à une maîtrise narrative tranquille de Albert Sánchez Piñol : les différents personnages sont développés (notamment leur passé) au bon moment, ce qui permet d’agréablement casser la linéarité du récit, le roman est relancé régulièrement à mesure que Ric-Ric, alcoolique notoire, s’enfonce dans le pétrin (et illustre encore une fois la corruption du pouvoir en perdant de vue son Idéal (avec la majuscule) pour devenir un simple tyran cherchant à exaucer ses souhaits par la force), l’action est bien présente (n’allez pas croire qu’il s’agit d’un pensum, on en est très loin !), l’ambiance est au rendez-vous, etc… De la belle ouvrage.

On trouvera bien ce qui pourrait passer pour quelques petites incohérences ici ou là (sur le nombre de fungus dévoués à Ric-Ric ou bien sur leur résistance aux balles), mais à l’évidence le worldbuilding (si tant est qu’on puisse parler de worldbuilding dans un roman comme celui-ci) n’était pas le souci principal de Albert Sánchez Piñol (malgré une belle carte en début d’ouvrage, l’occasion d’indiquer aussi les quelques illustrations et la couverture de Quim Hereu, et la traduction sans faille de Marianne Millon), et on lui pardonnera aisément ces quelques points un peu moins maîtrisés et qui n’ont au fond guère d’importance. On préfèrera sans peine garder en mémoire le message du roman et cette armée champignonnesque, une armée en marche, prête à déferler des Pyrénées et transformer la société humaine… Une vision étrange, hallucinante même ! 😉

 

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Cahier de croquis du Seigneur des Anneaux, de Alan Lee https://www.lorhkan.com/2021/02/19/cahier-de-croquis-du-seigneur-des-anneaux-de-alan-lee/ https://www.lorhkan.com/2021/02/19/cahier-de-croquis-du-seigneur-des-anneaux-de-alan-lee/#comments Fri, 19 Feb 2021 07:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12893 Tolkien encore, toujours du point de vue des illustrations, toujours avec des crayonnés, mais après John Howe on passe cette fois à Alan Lee, avec ce cahier de croquis dédié très spécifiquement à la trilogie cinématographique du “Seigneur des Anneaux” de Peter Jackson.   Quatrième de couverture : Alan Lee raconte...

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Tolkien encore, toujours du point de vue des illustrations, toujours avec des crayonnés, mais après John Howe on passe cette fois à Alan Lee, avec ce cahier de croquis dédié très spécifiquement à la trilogie cinématographique du “Seigneur des Anneaux” de Peter Jackson.

 

Quatrième de couverture :

Alan Lee raconte ici, en mots et en images, comment il a réalisé les magnifiques aquarelles de l’édition illustrée (dite du Centenaire) du “Seigneur des Anneaux”. Ces images se sont révélées si puissantes et évocatrices qu’elles ont finalement façonné le visuel des trois films de Peter Jackson et ont valu un Oscar à Alan Lee.

Le Cahier de croquis du Seigneur des Anneaux présente plus de 150 esquisses et croquis de travail, et montre comment ce projet est passé de l’idée à sa réalisation artistique. Il contient également un choix d’aquarelles en pleine page avec de nombreux dessins inédits réalisés pour le film ou spécialement pour ce livre.

Ce Cahier donne un aperçu fascinant de l’imaginaire d’un homme qui a représenté les visions de Tolkien, d’abord sur une page puis en trois dimensions au cinéma. Il intéressera les nombreux amateurs d’Alan Lee tout comme les artistes en herbe qui veulent découvrir les secrets de l’illustration.

 

Attention les yeux (bis) !

Alan Lee a, tout comme John Howe, fait partie de la direction artistique des films de Peter Jackson sur la Terre du Milieu, et c’est bien évidemment de cela dont il s’agit ici principalement. Avant les films, Lee a aussi été l’illustrateur de l’édition dite “du Centenaire” du “Seigneur des anneaux” (parue en 1991, pour célébrer le centenaire de la naissance de Tolkien donc), et n’a eu de cesse depuis lors d’illustrer la plupart des ouvrages du célèbre philologue (il est notamment en France plus ou moins l’illustrateur attitré des éditions Bourgois). Autant dire que les dessins de Lee sont intimement liées aux textes de J.R.R. Tolkien dans l’esprit de très nombreux lecteurs.

 

   

 

 

Sur le même principe que “Un voyageur en Terre du Milieu” de John Howe (mais qui, lui, s’intéressait à la Terre du Milieu dans son ensemble, à toute époque), ce “Cahier de croquis du Seigneur des Anneaux” propose avant tout des crayonnés de Alan Lee, uniquement sur “Le Seigneur des Anneaux”, en suivant le cheminement narratif des textes de Tolkien. On commence donc bien sûr par les Hobbits et la (le ? Hé non puisqu’étant sorti en 2006, ce cahier de croquis est basé sur l’ancienne traduction du “Seigneur des Anneaux”) Comté, avant d’aller vers la Vieille Forêt, les Hauts des Galgals, Fondcombe, etc… Vous connaissez le chemin je pense. 😉

 

   

 

 

La différence essentielle dans ce qui est proposé dans ce beau livre relié par rapport à “Un voyageur en Terre du Milieu”, c’est que là ou John Howe proposait essentiellement des crayonnés “travaux finis”, ici Alan Lee nous propose plus d’esquisses, d’essais, de tracés rapides, etc… On sent plus le travail de recherche que l’illustrateur a effectué pour arriver à un résultat qui le satisfasse. Le sentiment d’accompagner Lee dans une balade en Terre du Milieu sur les traces des héros, s’arrêtant ici ou là pour illustrer un décor, un bâtiment, un personnage, au gré des chemins, s’en trouve exacerbé. Mais il y a aussi de superbes crayonnés pleine page (ou en double page) qui en mettent plein les mirettes. C’est évidemment splendide. Oui, je l’ai déjà dit, j’adore les crayonnés. On trouve aussi ici ou là quelques aquarelles, issues il me semble de différentes éditions du roman de Tolkien.

 

   

 

 

Evidemment, c’est la trilogie cinématographique de Peter Jackson qui revient ici à l’esprit du lecteur puisque la plupart des dessins contenus dans ce livre ont été utilisés par le réalisateur néozélandais pour donner vie à la Terre du Milieu. C’est donc une belle partie du travail (de la vie ? Après tout, ce qui ne devait durer que six mois s’est transformé en odyssée de six ans…) artistique de Lee qui s’étale devant les yeux ébahis du lecteur, heureux de replonger dans une représentation visuelle qui est devenue plus ou moins une sorte “d’officielle” (avec tous les guillemets qui s’imposent). Et c’est un peu pour moins l’impression de revenir dans un monde qui m’a bercé depuis l’adolescence (avec les romans) et continue de le faire encore aujourd’hui (même si je ne m’y suis pas replongé littérairement parlant depuis longtemps). Comme une deuxième maison.

 

   

 

 

Mais il n’y a pas que les dessins qui comptent dans ce livre. Les textes ne sont en effet pas en reste. Car si ceux de John Howe restaient somme toute assez synthétiques en donnant quelques explications sur ce qui était présenté, Alan Lee nous donne ici des textes plus personnels, très en lien avec le déroulement de la production des films de Peter Jackson. Il nous livre donc tout un tas d’anecdotes et d’explications sur le déroulé de cet immense chantier cinématographique, et c’est un véritable plaisir à lire. On se rend compte qu’entre dessins, croquis, esquisses, sculptures, maquettes, miniatures, matte-painting et effets spéciaux numériques, le travail artistique sur cette trilogie a été rien de moins que colossal. Et certains détails révélés, de l’ordre de ceux qui ne sautent pas aux yeux quand on regarde les films, donnent envie de revoir la trilogie pour les remarquer (comme des peintures retraçant l’Histoire des Elfes à Fondcombe, ou bien des tapisseries sur le passé du Rohan dans le Château d’Or…).

 

   

 

Entre une préface signée Ian McKellen (le fameux Gandalf des fims bien sûr) et les copieux remerciements de l’illustrateur, c’est donc à un beau voyage que nous convie Alan Lee, au sein d’un livre à la fabrication soignée (relié, sous jaquette). A titre personnel je lui reprocherais juste un contraste globalement un peu faible, pour des crayonnés parfois très (trop) clairs (et du coup j’ai volontairement assombries les photos qui illustrent cet article, sans doute trop…). Un petit point de détail qui n’entache pas un résultat global vraiment merveilleux.

 

Lire aussi les avis de Spooky, Hëlëne.

 

 

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Peter Watts m’avait fait forte impression avec son recueil “Au-delà du gouffre”. Dans le petit monde des auteurs vraiment hard-SF, il fait incontestablement partie des grands. La lecture de ses textes est parfois exigeante c’est vrai, mais l’effort qu’il demande est bien souvent récompensé par des idées et un sense of wonder impressionnants. Avec “Eriophora”, grosse novella d’un peu plus de 200 pages (Watts insiste bien sur le fait qu’il s’agit bien d’une novella), il revient dans un univers qu’il avait déjà commencé à explorer avec trois excellentes nouvelles présentes dans le recueil mentionné plus haut. Et là, il va aller beaucoup plus loin.

 

Quatrième de couverture :

Ils sont trente mille.
Ils voyagent depuis soixante millions d’années.
Leur mission : déverrouiller la porte des étoiles…

Avez-vous jamais pensé à eux ?

Aux Progéniteurs, aux Précurseurs — qu’importe le nom que vous leur avez choisi cette semaine —, ces dieux anciens disparus qui ont laissé derrière eux leurs portails et leurs autoroutes galactiques pour votre plaisir ? Avez-vous jamais cessé de vous demander ce qu’ils ont vécu ?

Pas d’hyperespace de seconde main pour eux. Pas d’épaules de géant sur lesquelles se dresser. Ils rampent à travers la galaxie, pareils à des fourmis, en sommeil pendant des millénaires, se réveillant juste assez longtemps pour lancer un chantier d’un système solaire à l’autre. Ils vivent au fil d’instants répartis le long des millions d’années, au service d’ancêtres morts depuis une éternité, pour des descendants n’ayant plus rien de commun avec eux. À vrai dire, ce ne sont pas des dieux mais des ouvriers, des hommes des cavernes vivant dans des astéroïdes évidés, lancés dans une mission sans fin pour étendre un empire posthumain qui ne répond même plus à leurs appels…

 

Une mission sans fin

Vertigineux “Eriophora” ! Imaginez un vaisseau spatial (qui donne son nom au texte) qui n’est rien d’autre qu’un gros astéroïde d’une soixantaine de kilomètres de diamètre propulsé grâce à une singularité (un trou noir) nichée en son centre (ça ne sort pas de nulle part, Peter Watts s’est sérieusement documenté), creusé pour y abriter 30 000 personnes supervisées par une Intelligence Artificielle chargée d’accomplir la mission qui lui a été fixée lors du lancement du vaisseau au XXIIe siècle, à savoir la construction de portails (trous de ver) permettant à l’humanité de voyager à travers toute la galaxie. L’équipage du vaisseau, la plupart du temps en sommeil prolongé, n’est réveillé (seulement quelques personnes à la fois, et durant quelques jours) que lorsque l’IA du vaisseau rencontre des difficultés durant un chantier de construction. Lorsque le roman débute, le vaisseau a accomplit 32 tours de la galaxie et construit 100 000 portails durant cette mission qui a duré… 66 millions d’années, rien que ça, et qui se poursuit toujours.

Enorme donc, démesuré “Eriophora”, un sense of wonder au top, pour un texte qui ne se contente pas d’accumuler les ordres de grandeur puisqu’il s’intéresse principalement aux passagers du vaisseau qui, au fil de leurs réveils, commencent, du moins pour certains d’entre eux, à pressentir que quelque chose ne tourne pas rond avec cette IA qui priorise la mission avant tout le reste, et qui potentiellement se sert de l’équipage comme d’une variable d’ajustement. Mais cette mission, dont les concepteurs ont disparu depuis bien longtemps, aura-t-elle une fin, alors qu’au fil des chantiers, les “ouvriers” ont été témoin du passage d’étranges, terrifiantes et absolument non-humaines créatures ? A moins que ces créatures n’aient été des post-humains, une humanité dont l’évolution la rend totalement étrangère aux voyageurs peuplant l’Eriophora, partis au XXIIe siècle, des hommes de Néanderthal pour pour leurs lointains cousins du futur  ? Car après 66 millions d’années, qu’est devenue l’humanité ? Et quel serait le signal de la fin de mission ?

C’est dans ce contexte, qui m’a totalement émerveillé (oui j’accumule les superlatifs dans cet article, mais franchement comment faire autrement alors que cette novella m’a passionné tout au long de ma lecture ?), que quelques membres d’équipage vont tenter de reprendre la main sur le vaisseau. Mais comment faire, comment s’organiser alors que l’IA surveille tout, que plusieurs millénaires peuvent séparer deux phases de réveil ne durant que quelques jours, et que les mutins ne sont pas toujours actifs en même temps ?

“Eriophora” appartient à un univers que Peter Watts a déjà commencé à explorer avec trois nouvelles au sommaire du recueil “Au-delà du gouffre” : “L’île”, “Eclat” et “Géantes”., dont deux d’entre elles mettent déjà en scène Sunday Azhmundin, principal personnage de “Eriophora” qui a noué une relation particulière avec l’IA du vaisseau et qui se retrouve donc de fait dans une situation délicate. Trois nouvelles déjà lues mais que j’ai relues avec grand plaisir avant d’attaquer “Eriophora”, pour bien avoir le contexte global en tête. Que l’on se rassure, la novella se lit aussi très bien toute seule, même si connaître les autres textes apporte un petit plus. “Eriophora” est évidemment le gros morceau de cet univers commun à ces quatre textes, et il lui apporte tellement que j’ai à nouveau relu les trois textes après, avec du coup une meilleure vision de la chronologie de ces nouvelles et un éclairage très différent sur certains de leurs aspects (notamment sur le probable narrateur de “Géantes”, jamais nommé). Disons qu’il faut lire tous ces textes, quel qu’en soit l’ordre, ils sont de toutes façon tous au minimum très bons.

Bref, sans aller plus loin, vous aurez compris que j’ai totalement adoré ce texte, mené tambours battants et qui offre son lot de sense of wonder démesuré avec son contexte global où tout est complètement over-the-top. Malgré cela, il reste tout à fait accessible (alors que les autres récits de l’auteur ne le sont pas toujours) à condition d’avoir un minimum d’accointances avec la hard-SF (il y a certains phénomènes (astro)physiques un peu “extrêmes”, notamment vers la fin). Peter Watts nous gratifie même de quelques petites pointes d’humour ici ou là.

Tout à coup, la révolution était imminente. Nous n’avions plus guère de temps à perdre. Seulement deux cent mille ans.

En “bonus”, l’impression en bichromie (c’est comme ça qu’on dit ?) de cette novella offre au lecteur attentif un petit jeu de piste qui n’est pas si anodin que ça puisque d’une part il offre un petit quelque chose en plus (assez renversant encore, la suite, viiiiiite !) et d’autre part il est justifié par la conclusion du récit qui ajoute un élément inattendu et sans doute fondamental au contexte du vaisseau, à même de rebattre une parties des cartes abattues jusqu’ici, et qui offre de superbes perspectives pour de prochains textes dans le même univers.

Avec une traduction nickel de Gilles Goullet, des illustrations intérieures de Cédric Bucaille et une magistrale couverture de Manchu qui s’étale en quatrième et sur les rabats, “Eriophora” est un must absolu du genre space-opera de hard-SF. Superbe !

 

Lire aussi les avis de Feyd-Rautha, Gromovar, Lutin, Lune, Nicolas, Stéphanie Chaptal, Soleil Vert, Yogo, Le Chien critique, Tampopo24, Gepe, Nicolas Stetenfeld, Sylvain Bonnet, Mureliane, François Schnebelen, OmbreBones

Critique écrite dans le cadre du challenge “#ProjetOmbre” de OmbreBones.

 

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Bifrost 101, spécial Dan Simmons https://www.lorhkan.com/2021/02/12/bifrost-101-special-dan-simmons/ https://www.lorhkan.com/2021/02/12/bifrost-101-special-dan-simmons/#comments Fri, 12 Feb 2021 07:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12875 Ouf, avec cet article sur le Bifrost 101, voilà que je rattrape mon retard accumulé depuis deux numéros. Un numéro 101 placé sous le signe d’un auteur autrefois adulé, aujourd’hui plutôt décrié pour ses prises de position contestables : Dan Simmons. Mais ses oeuvres restent, absolument majeures et incontournables dans...

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Cet article Bifrost 101, spécial Dan Simmons est apparu en premier sur Lorhkan et les mauvais genres.

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Ouf, avec cet article sur le Bifrost 101, voilà que je rattrape mon retard accumulé depuis deux numéros. Un numéro 101 placé sous le signe d’un auteur autrefois adulé, aujourd’hui plutôt décrié pour ses prises de position contestables : Dan Simmons. Mais ses oeuvres restent, absolument majeures et incontournables dans le genre SFFF pour certaines d’entre elles.

 

Les rubriques habituelles

On commence évidemment par le traditionnel édito d’Olivier Girard qui revient sur une année 2020 forcément bousculée par la pandémie, et dont les chiffres sont par ailleurs trompeurs et très contrastés d’un éditeur à l’autre. Reste à croiser les doigts pour un retour à la normale le plus rapidement possible…

On trouve aussi bien sûr les critiques des récentes parutions de livres et de revues (Thomas Day toujours en grande forme), c’est une rubrique que j’affectionne toujours tant elle couvre un large spectre de l’actualité éditoriale et me permet de voir si j’ai raté quelques parutions potentiellement intéressantes (réponse : oui et non. Oui car je ne peux pas tout me procurer ni tout lire, non parce que rien d’intéressant n’était passé sous mon radar).

L’interview de ce numéro est consacré à Richard Comballot, homme aux multiples casquettes (essayiste, intervieweur-fleuve des auteurs de SF français, préfacier, anthologiste…). Un entretien intéressant, qui revient sur un “homme de l’ombre” à qui l’on doit notamment de nombreux entretiens très approfondis parus sur différents supports (dont le Bifrost bien sûr, la revue affectionnant les interviews avec les auteurs au sommaire).

L’article “Scientifiction” de Roland Lehoucq s’intéresse au temps, une notion fascinante lorsqu’elle est utilisée, souvent de manière vertigineuse, en SF. Ici, c’est évidemment la science qui prévaut, et il faut bien dire qu’il m’a fallu deux lectures de l’article pour appréhender tout (enfin, tout, c’est un bien grand mot… 😀 ) ce que le bon professeur Lehoucq aborde. C’est dense, c’est touffu, velu même. La science, c’est beau, mais parfois il faut s’accrocher. 😀

Suivent ensuite quelques news et l’annonce des lauréats du Prix des lecteurs de Bifrost 2020. Il semble que je sois un peu à côté de la plaque, ayant voté pour Ken Liu et Michel Pagel (après une lutte acharnée avec la fantasy de Thomas Day). Les goûts et les couleurs… 😉

Enfin, un bel hommage à Joseph Altairac, parti trop tôt rejoindre ses idoles de SF, nous est donné par ses amis Nelle Champdecoeurs et Martinique Domel (anagrammes faciles à décrypter). Forcément émouvant.

 

Le dossier Dan Simmons

Aaaaah, Dan Simmons, auteur clivant s’il en est. Quoique, peut-être fait-il dorénavant consensus… Contre lui ! Contre l’homme, s’entend, lui qui a depuis quelques années pris une tournure particulière, lorgnant plus qu’ouvertement vers l’extrême-droite américaine… C’est évidemment de l’homme Dan Simmons dont il est sujet dans ce dossier, mais aussi de ses oeuvres. Car pour aussi politiquement orienté soit-il depuis quelque temps, il a aussi beaucoup écrit dans nos genres favoris, et parfois avec grand talent.

Le dossier débute donc avec un article écrit par Apophis qui se fait plaisir en lui donnant une structure faisant résonnance avec celle du roman “Hypérion”. A la fois thématique et chronologique, l’article permet de faire connaissance un peu plus en profondeur avec Dan Simmons, sa vie, sa carrière, sa manière d’aborder le travail d’écrivain, etc… Evidemment instructif.

On trouve également un entretien avec Simmons, mené par David Barr Kirtley en 2013. Il est toujours intéressant de voir la personne concernée par un dossier de l’intérieur. Ca donne une vision différente, plus personnelle, forcément plus partiale, mais toujours intéressante. C’est le cas ici, même on trouve évidemment quelques redites avec l’article précédent. Après tout, l’interview est assez classique dans ses questions : ses débuts en tant qu’auteur, son avis sur l’état du marché éditorial du genre horrifique, quelques focus sur des points ou des textes particuliers, etc… Avec en bonus quelques questions un peu plus politiques, rien d’étonnant vu les réactions à certaines de ses sorties verbales ou livresques (“Flashback” notamment)…

Le traditionnel guide de lecture est scindé en trois articles : les nouvelles, les romans SFFF et les polars. Alors là, bien sûr, on sort la liste de courses en lisant tout ça. Quelques nouvelles me semblent intéressantes, et au-delà du cycle des “Cantos d’Hypérion” que je suis en train de lire, il faudra bien un jour que je me frotte à “L’échiquier du mal” et à “Terreur”. “Ilium” me tente beaucoup aussi, mais les critiques globalement négatives (pas seulement sur ce Bifrost) de la suite, “Olympos“, me refroidissent un peu… Pour le reste, il y a aussi des choses qui m’intéressent moins, question de goût sans doute, mais pas seulement, les critiques dans ce guide de lecture montrant aussi que Simmons n’a pas écrit que des chefs d’oeuvre (mais un “seulement bon” roman de Simmons, c’est déjà pas mal, non ?).

Dominique Warfa a écrit un volumineux et sans doute très complet article sur le cycle des “Cantos d’Hypérion”, oeuvre majeure de l’auteur américain et incontournable en SF. Je dis sans doute car je n’ai pas tout lu. M’étant pour le moment arrêté à la fin du premier tome, j’ai arrêté ma lecture de l’article dès que “La chute d’Hypérion” est abordée. J’y reviendrai une fois le cycle terminé. Mais de ce que j’en ai lu, l’analyse est approfondie et passionnante.

Jean-Daniel Brèque revient ensuite sur le clash (début 2009) entre Simmons et lui-même, qui a conduit à son éviction pure et simple par l’auteur, à l’époque où il en était plus ou moins le traducteur attitré. C’est un point de vue éminemment personnel sur la question qui nous est proposé là, un évènement que le traducteur a pris de plein fouet. Il revient sur sa découverte des romans de Simmons, personnellement comme professionnellement, puis sur le clash en lui-même, avant de l’analyser avec quelques années de recul. A l’évidence, la fracture est irrémédiable.

Enfin, as usual, Alain Sprauel se fend d’une bibliographie complète, le genre d’article qu’on aime potasser autant que Noosfere (sauf que c’est en version papier et que c’est donc moins pratique d’y faire des recherches… 😀 ). Un travail formidable et à saluer bien bas.

Et en bonus, uniquement dans le version numérique (epub) de la revue, un bel article dans lequel Dan Simmons dévoile tout l’amour qu’il porte aux écrits de Jack Vance (article auparavant paru dans le Bifrost HS2, consacré à Vance justement). Prenant appui notamment sur deux romans, “Les maîtres des dragons” et “Les langages de Pao” (que Simmons résume de manière assez détaillée…), il dissèque la manière d’écrire de Vance, sa façon à la fois simple et étudiée, exotique et porteuse d’interrogations, de décrire des mondes originaux, transportant le lecteur dans un ailleurs surprenant. On y parle aussi d’exigence de lecture, de personnages-modèles, de la carrière de Vance, etc… Et même si on pourra tiquer ici ou là sur certaines idées bien tranchées (ou clichées) de Simmons, cet article reste un bel hommage à un auteur auquel on sent bien qu’il doit beaucoup et qu’il n’oubliera jamais.

 

Les nouvelles

Greg Egan ouvre le bal avec “La fièvre de Steve” (traduit par Erwann Perchoc), un texte tout sauf démonstratif sur un futur relativement proche qui voit des nanomachines, figurant une sorte d’IA distribuée, poursuivre le but que leur a fixé leur créateur, coûte que coûte. Temps de cerveau disponible ( 😉 ), réalité virtuelle, acharnement d’une IA qui dispose d’un temps infini, déséquilibre de la société, tels sont quelques-uns des thèmes (finalement assez classiques) sur lesquels de penche l’auteur australien. C’est évidemment fascinant, mais ça n’a rien d’un festival pyrotechnique. Le texte est calme, posé, et ne cède jamais à la facilité. Greg Egan ne mâche pas le travail du lecteur, et même s’il a écrit des textes plus vertigineux que celui-ci, c’est encore une belle démonstration de son talent d’auteur de hard-SF.

Christian Léourier, avec “Je vous ai donné toute herbe”, nous propose une humanité en quête de nouveaux mondes habitables. Pour cela, elle envoie des sondes ultra-technologiques chargées de terraformer les planètes visées, pour mieux les adapter aux futurs colons. Une mission de longue haleine, les étoiles ne sont pas toutes proches… Bien sûr, tout ne se passe pas toujours comme prévu, mais les structures de terraformation peuvent peut-être faire ce qu’il faut pour atteindre le but fixé. Oui mais l’humain dans tout ca ? Car qui dit Christian Léourier dit l’humain avant tout, et avec ce texte superbement écrit et qui est un véritable modèle de progression narrative, cet adage se vérifie une nouvelle fois. C’est vertigineux, aussi bien dans cette histoire future de l’humanité que dans la question métaphysique qui se pose à la toute fin du texte. Magnifique !

Bon, ça fait deux textes qui reposent fortement sur des machines/intelligences artificielles, il faudrait peut-être penser à parler d’autre chose… Avec Hannu Rajaniemi, c’est raté puisque de forme de vie, il n’y a pas trace (en tout cas pas de manière biologique) dans “Le serveur et la dragonne” (traduit par Apophis), étrange nouvelle relevant autant du conte que du texte ultra hard-SF. En effet, entre ingénierie planétaire, voire stellaire (ou carrément galactique !), statites de Dyson, propulseur de Shkadov, kugelblitz (non cité tel quel mais il me semble que c’est bel et bien ce phénomène qui est représenté) et tout un tas d’autres termes très scientifiques servant à mettre en scène virtualité, réseau galactique de communication, trou de ver, création ex nihilo d’un mini-univers, virus “informatique”, etc…, le texte semble hors de portée de la majorité des lecteurs. Et pourtant… Alors certes, je ne vais pas prétendre avoir tout compris de A à Z, mais malgré tout, au-delà des aspects purement physiques décrits dans le récit (qui narre l’établissement d’un structure automatisée, à l’échelle d’un système planétaire qu’elle reconfigure entièrement, chargée de jouer son rôle de serveur dans un système de communication à l’échelle galactique. Malheureusement, l’étoile autour de laquelle elle s’est établie s’éloigne irrémédiablement de la galaxie, réduisant sa mission de serveur à néant, isolation oblige…) “Le serveur et la dragonne” est tout simplement un beau texte, empli de poésie astrophysique. C’est évidemment vertigineux (encore ! Le Bifrost le plus vertigineux jamais paru ? 😀 ), remarquablement écrit en dépit des apparences d’hermétisme scientifique, et, encore plus étonnant, par moment émouvant. Superbe, à l’échelle démesurée, et surprenant, même si sans doute réservé à un public de niche.

Et enfin, puisqu’il s’agit de “son” numéro, Dan Simmons est à l’affiche avec “La barbe et les cheveux : deux morsures” (traduit par Jacques Chambon), un titre pas très adroit (il ne l’est guère plus en VO…) pour un texte horrifique jouant avec la figure du vampire (fini les machines ! 😀 ). Ca commence gentiment avec deux adolescents qui jouent à se faire peur en suivant à la trace deux coiffeurs que l’un des deux ados soupçonne d’être des vampires, et puis le texte sombre de plus en plus dans l’horreur. Une belle progression narrative, deux temporalités distinctes, et une finesse d’écriture de Simmons qui ne se dément pas. Encore une incontestable réussite qui illustre à quel point l’équipe du Bifrost sait choisir des textes la plupart du temps excellents. Il n’y a tout simplement aucune fausse note à ce niveau dans ce numéro.

 

Pour conclure

Ce numéro, illustré par la couverture colorée de Pascal Blanché, nous permet donc d’aborder l’oeuvre d’un auteur complexe, qui se joue des genres et des styles pour mieux illustrer son talent d’auteur de premier plan. Certes, tout n’est pas parfait, aussi bien du côté des oeuvres que du côté de l’homme en lui-même (c’est le moins que l’on puisse dire, et ce Bifrost se charge de le rappeler au lecteur à (trop ?) maintes reprises), mais quiconque a écrit un triptyque tel que “Hypérion”“L’échiquier du mal”“Terreur”, encensé par une large part de la critique, ne peut que figurer au rang des auteurs importants du genre SFFF, pour le moins.

Après ce numéro 101 de haute volée (avec notamment quatre nouvelles de très grande qualité), place au 102 avec un de mes auteurs chouchous (pourtant peu lu, mais toujours adoré), Arthur C. Clarke. J’espère un dossier à la hauteur et des nouvelles du même acabit que ce numéro. Vu le niveau proposé ici, c’est un véritable défi !

 

Critique écrite dans le cadre du challenge “#ProjetOmbre” de OmbreBones.

 

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Les langages de Pao, de Jack Vance https://www.lorhkan.com/2021/02/10/les-langages-de-pao-de-jack-vance/ https://www.lorhkan.com/2021/02/10/les-langages-de-pao-de-jack-vance/#comments Wed, 10 Feb 2021 07:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12869 Une petite période de creux, un cerveau un peu moins disponible pour des romans nécessitant une concentration certaine, et me voilà parti sur un récit de Jack Vance, promesse d’exotisme et d’évasion (et on le verra plus loi, ce n’est pas toujours le cas, comme ici…). Il ne faut pas...

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Une petite période de creux, un cerveau un peu moins disponible pour des romans nécessitant une concentration certaine, et me voilà parti sur un récit de Jack Vance, promesse d’exotisme et d’évasion (et on le verra plus loi, ce n’est pas toujours le cas, comme ici…). Il ne faut pas y voir un jugement de valeur, je ne dénigre pas cette littérature, bien au contraire, mais il faut aussi savoir adapter ses lectures à son état d’esprit du moment. Alors partons à l’aventure, en se laissant embarquer par un des auteurs maîtres du genre, avec ce roman issu d’un gros recueil publié dans la collection Lunes d’Encre de Denoël, “Les Maîtres des dragons et autres aventures”.

 

Quatrième de couverture (tirée de l’édition Folio SF du roman) :

Lorsque son père est assassiné, Béran Panasper, neuf ans, devient le panarque légitime de la planète Pao. Mais Bustamonte l’évince et tente de le tuer. Le garçon ne doit son salut qu’à l’aide de Palafox, seigneur de la planète Frakha. Les motivations de ce dernier ne sont pas désintéressées, mais Béran n’a pas d’autre choix que de suivre l’éducation dispensée sur la planète de son sauveur.
Pendant ce temps, Pao, planète pacifiste, se laisse envahir par un peuple belliqueux, les Brumbos. Seule solution : remodeler les langages de Pao afin de donner à la population paonaise l’élan guerrier nécessaire à sa survie.
Les langages de Pao est un roman aussi divertissant qu’intelligent. Une preuve supplémentaire du talent incomparable de Jack Vance, un des plus grands maîtres de la science-fiction.

 

Le langage structure la société

Court roman (moins de 200 pages en grand format) paru en VO en 1958, “Les langages de Pao”, sous ses abords de pur roman d’aventures, ce qu’il est avant tout, pose des questions très intéressantes sur le langage comme structuration des individus et, à plus grande échelle, de la société. Roman d’aventures avant tout car il s’agit ni plus ni moins pour le jeune (9 ans) héritier du trône de la planète Pao, Béran Panasper, évincé suite aux manigances de son oncle Bustamonte qui prend le titre de Panarque de la planète après l’assassinat du père de Béran, de récupérer son dû.

Exil, apprentissage des codes (et du langage) d’une nouvelle société, retour sur sa planète d’origine, etc…, il n’y a, du côté de l’intrigue, rien de fondamentalement renversant, mais le récit est suffisamment bien mené pour s’avérer rythmé et maintenir l’attention du lecteur. La brièveté du roman n’y est sans doute pas pour rien, Jack Vance prenant le parti de ne jamais s’appesantir sur quoi que ce soit, même sur ses personnages qui n’ont guère d’épaisseur, y compris Béran, le héros du roman, qui manque singulièrement de charisme. Ce n’est clairement pas lui qui porte le roman, on se laisse plus facilement happer par le rythme du récit, qui se déroule sur plusieurs années, et donne au lecteur une belle vue d’ensemble de l’évolution d’une société.

Car c’est bien de cela dont il s’agit, même si là encore on regrettera que Vance, alors que la question est au coeur de son texte, n’en ait pas un peu plus creusé les fondements (malgré quelques exemples donnés tout à fait parlants). Pourtant, c’est sur ce point que le roman doit une bonne partie de son intérêt. Aborder des changements sociétaux en SF dans les années 50 sous un abord socio-linguistique, ce n’est pas si courant, et ça ne l’est pas beaucoup plus aujourd’hui.

Les mots sont des outils. La langue est une structure, et elle définit la façon dont on utilise ces mots-outils.

La planète Pao a ceci de particulier que son peuple, modelé par un langage particulier prônant l’unité et ne connaissant pas l’individualisme, semble quelque peu “apathique”, réfractaire à l’innovation comme à la prise de décision. Cela le rend à la fois simple à gouverner tout en limitant le pouvoir de son dirigeant. En revanche, une invasion éclair venue d’une autre planète, même en nette infériorité numérique, est aussi susceptible de la faire chuter facilement et de lui réclamer très régulièrement de colossaux tributs. C’est ce qui arrive sous le règne de Bustamonte, qui se décide alors à demander l’aide des “sorciers” (plutôt scientifiques en réalité) de la planète Frakha, une société hyper-individualiste plus ou moins à l’opposé total de celle de Pao. L’un d’entre eux, Palafox, qui a secouru Béran avant que Bustamonte ne l’élimine, a un plan, pour la planète Pao comme pour lui-même. Et cela passe par un remodelage de la langue de Pao, qu’il modifiera pour créer plusieurs dialectes à même de transformer les modes de pensée de ses pratiquants (un travail de fond sur au moins une génération bien sûr) et, in fine, de changer la société : industrie, commerce et armements deviennent une réalité sur Pao.

Toutes ces langues s’appuieront sur la sémantique. Pour les militaires, “un homme qui réussit” sera synonyme de “vainqueur dans un violent combat”; pour les industriels, de “fabricant infaillible”; pour les commerçants, de “vendeur irrésistible”. De telles empreintes s’insinueront dans chacun de ces idiomes. Bien entendu, l’effet ne sera pas le même sur chaque individu, mais l’action sur la masse devrait être décisive.

Et au milieu de tout ça, il y a Béran, qui souhaite retrouver sa planète, mais qui a vécu des années sur Frakha, a appris sa langue, et voit donc les deux extrémités du spectre. De quoi, peut-être, mettre en place “le meilleur des deux mondes”, à moins qu’il ne se fasse emporter par les aléas de l’Histoire…

Individualité et communautarisme, tradition et modernité, langage structurant les individus, la pensée et la société, allant même jusqu’à jouer un rôle dans la façon subjective d’aborder la réalité, “Les langages de Pao” pose bien des questions pertinentes, et si Jack Vance préfère se concentrer sur le côté aventures du récit, c’est bien le fond du roman qui fait de lui un texte intéressant, quand bien même ses défauts restent bien présents (personnages falots, intrigue convenue, et un exotisme attendu aux abonnés absents tant Pao n’est qu’assez peu décrite et pas spécialement exotique tandis que Frakha, planète rocailleuse et montagneuse sans arbres ni océans, ne fait pas du tout rêver…).

On ne mettra donc pas “Les langages de Pao” dans la catégorie des chefs d’oeuvre, mais ce n’est pas une raison pour l’oublier puisqu’il a quelques atouts dans sa manche à même de contenter un certain lectorat apte à passer au-delà de ses défauts et d’une SF qui, par moment, accuse un peu son âge. Mais soyons clair : ça se laisse lire avec plaisir, le temps de quelques heures.

 

Lire aussi les avis de Baroona, Efelle, Nebal, Biblioblog, Culture-SF, Manu B., Vicklay, Stéphane Pons.

 

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Hypérion, de Dan Simmons https://www.lorhkan.com/2021/02/05/hyperion-de-dan-simmons/ https://www.lorhkan.com/2021/02/05/hyperion-de-dan-simmons/#comments Fri, 05 Feb 2021 08:35:37 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12852 Attention, monument ! S’il y a un bien un roman qui jouit du statut d’incontournable absolu dans les trente dernières années (bon, un tout petit peu plus puisqu’il est sorti en 1989), il s’agit bien de “Hypérion”, qui figure fréquemment dans les listes des incontournables du genre SF, au même...

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Attention, monument ! S’il y a un bien un roman qui jouit du statut d’incontournable absolu dans les trente dernières années (bon, un tout petit peu plus puisqu’il est sorti en 1989), il s’agit bien de “Hypérion”, qui figure fréquemment dans les listes des incontournables du genre SF, au même rang que les “grands anciens” comme le “Fondation” de Isaac Asimov ou le “Dune” de Frank Herbert. Bon, au passage, on n’oubliera pas qu’il y a aussi des chefs d’oeuvre récents hein… 😉 Mais alors, moi petit lecteur, je dois forcément m’attendre à me prendre une baffe monumentale n’est-ce pas ? Voyons voir…

 

Quatrième de couverture :

Sur Hypérion, planète située aux confins de l’Hégémonie, erre une terrifiante créature, à la fois adulée et crainte par les hommes : le Gritche. Dans la mystérieuse vallée des Tombeaux du Temps, il attend son heure…
À la veille d’une guerre apocalyptique, sept pèlerins sont envoyés sur Hypérion. Leur mission : empêcher la réouverture des Tombeaux. Ils ne se connaissent pas, mais cachent tous un terrible secret – et un espoir démesuré.
Et l’un d’entre eux pourrait même tenir le destin de l’humanité entre ses mains.

 

La Mecque de la SF ?

Aborder “Hypérion” en 2021 nécessite, pour en mesurer l’importance, de le replacer dans son contexte. Non pas qu’il souffre qualitativement d’une lecture plus de 30 ans après sa sortie, mais plutôt parce que le re-situer à la fin des années 80 permet de se rendre compte de tout ce qu’il a inventé/repris/amalgamé et qui a depuis essaimé dans de nombreux récits de SF jusqu’à aujourd’hui, parfois de manière très proche. Lire “Hypérion” et saluer sa qualité et son modernisme d’alors, c’est un peu rendre à César ce qui appartient à César.

Comment résumer succinctement “Hypérion” ? La tâche est délicate… Disons que le roman se situe au XXVIIIe siècle, un futur dans lequel l’humanité a essaimé sur de nombreuses planètes à la suite de la mort de la Terre. Cette “Hégémonie” (puisque c’est ainsi qu’elle se fait appeler) tient notamment grâce à un réseau de transport et de communication particulièrement performant (appelé le “Retz”), constitué de portails “distrans” permettant le voyage instantané (mais couteux) d’un point à un autre de l’univers mais aussi de moteurs Hawking permettant de voyager plus vite que la lumière (avec le problème bien connu de la relativité d’Einstein qui est la dilatation du temps (appelée “dette de temps” dans le roman de Simmons) : un déplacement de quelques semaines pour le voyageur peut représenter quelques mois voire quelques années pour les personnes restées immobiles).

Ces moyens de transport et de communication sont gérées (et ont été inventés) par des Intelligences Artificielles qui ont depuis fait sécession de l’influence humaine. On a donc une première faction indépendante mais malgré tout infiltrée dans tous les rouages de la société humaine (à l’évidence Adam-Troy Castro doit sur ce point beaucoup à “Hypérion”…). L’autre faction importante du récit (et, du point de vue de l’Hégémonie, un ennemi) est celle des Extros, des humains qui, plutôt que de tenter de continuer à vivre “à l’ancienne”, se sont adaptés à l’espace. Voilà le transhumanisme de Dan Simmons, que l’on peut retrouver récemment, de manière un peu moins extrême, dans la “somaformation” de Becky Chambers.

Tout le récit de Dan Simmons tourne autour de la planète Hypérion, une planète éloignée sur laquelle se trouvent les Tombeaux du Temps, mystérieux édifices qui semblent avoir des capacités “temporelles” particulières et qui abritent le Gritche, étrange et mortelle créature ayant donné naissance à un culte (l’église gritchtèque) et sur laquelle chaque faction a sa propre interprétation quant à la raison de sa venue et de ses motivations.

L’oeuvre de Simmons se présente sous la forme d’un récit-cadre décrivant le voyage de sept pèlerins vers les Tombeaux du Temps pour tenter de les refermer et  d’arrêter le progression du Gritche, alors que les Extros se dirigent aussi vers Hypérion dans un but inconnu (du moins au début…) et que l’Hégémonie y envoie ses propres forces pour tenter d’arrêter cette éventuelle invasion. Enchâssés dans ce récit-cadre se trouvent les récits personnels des pèlerins qui conteront leur histoire chacun leur tour, donnant par là même des explications sur ce qui les lie à Hypérion et sur le pourquoi de leur venue ici. C’est là que l’écriture de Dan Simmons fait merveille : chaque récit est différent, très typé (récit à la Joseph “Au coeur des ténèbres” Conrad, tragédie amoureuse, récit militaire, polar cyberpunk gibsonnien, récit d’un artiste en quête de sa muse…), et développe admirablement chaque personnage concerné. Ils se recoupent aussi ici ou là et surtout éclaircissent peu à peu le contexte du roman, en creux, aux yeux du lecteur avant au final de lui montrer son vrai visage et les courants d’influence qui s’y confrontent, plus ou moins ouvertement.

Donner au lecteur, au sein d’un gros roman de 650 pages, plusieurs “sous-récits” (qui forment la très grande majorité des pages du roman) qui abandonnent l’intrigue principale pour se concentrer sur un seul personnage, c’est un pari risqué mais tenu haut la main puisqu’il n’y a que du bon dans ces récits personnels, avec forcément des préférences plus ou moins marquées en fonction des lecteurs. Les personnages s’en trouvent nettement approfondis et certains passages se révèlent même brillants voire poignants dans leur style comme dans leur manière sensible d’aborder certains thèmes universels (la mort, l’amour,  l’art, la famille, l’environnement…).

Roman à la structure singulière, bardé de références littéraires (Keats, Chaucer et Yeats sont au premier rang) et usant de nombreux éléments de SF (dilatation relativiste du temps comme on a pu le voir dans de nombreuses autres oeuvres de SF (citons “Interstellar” de Christopher Nolan, “La guerre éternelle” de Joe Haldeman, “Tau zéro” de Poul Anderson ou bien la nouvelle “Souvenirs de ma mère” de Ken Liu qui fut adaptée en court-métrage), IA sous forme humaine avec les cybrides, posant la question du degré d’humanité de celles-ci, clone virtuel (ou un peu plus que virtuel…), transfert de conscience, voyage temporel, etc…) qui ont parfois été repris tels quels par d’autres auteurs jusqu’à aujourd’hui, témoignage d’une forme de syncrétisme thématique en SF qui n’a guère été égalé depuis, “Hypérion” impressionne.

Arrivé au bout du roman, force est de constater que le texte de Dan Simmons ne résout rien. Sa suite, “La chute d’Hypérion” est une lecture nécessaire (sur laquelle je ne tarderai pas à me pencher) et à l’évidence ces deux volumes ne constituent qu’un seul et volumineux ouvrage. Il peut donc être difficile de juger “Hypérion” à sa seule lecture, mais il apparaît déjà clairement que ce véritable livre-univers, à la hauteur de ce qu’a pu créer, dans un genre différent, Frank Herbert avec “Dune”, est d’une importance incontestable dans le genre SF. Un jalon, assurément.

 

 

Lire aussi les avis de Lune, Vert, Célindanaé, Xapur, Feyd-Rautha, Lutin, Herbefol

 

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Puisqu’être à la bourre est une vocation chez moi, voici encore un rattrapage pour le Bifrost avec le numéro 100, un numéro ô combien symbolique. L’occasion de marquer le coup avec un dossier sur un collaborateur de longue date et l’auteur qui a le plus publié de textes dans la revue : Thomas Day et son avatar dans la vraie vie, Gilles Dumay.

 

Les rubriques habituelles

Après un édito regardant en arrière avec un brin de fierté (et c’est bien normal) l’historique du Bifrost, on trouve comme d’habitude un volumineux cahier critique sur les parutions récentes, une double-page incisive et drôle (même si ça fait régulièrement grincer quelques dents) de Thomas Day sur les revues, une interview de Nicolas Martin qui revient sur son parcours et sur l’émission “La méthode scientifique” qu’il anime sur France Culture (intéressante mais j’aurais aimé qu’il revienne plus amplement sur son rapport et son parcours en science-fiction), un article “Scientifiction” de Roland Lehoucq dont le sujet passionnant, l’antimatière, est aussi une manière de nous montrer qu’entre science et science-fiction il y a parfois un monde (car oui, la propulsion à l’antimatière c’est… compliqué ! 😀 ), et quelques infos en vrac.

 

Le dossier Thomas Day

Le gros dossier de ce numéro est donc consacré à Thomas Day, auteur présent au sommaire du tout premier Bifrost il y a près de 25 ans, celui qui a publié le plus grand nombre de textes dans la revue (18 nouvelles en comptant les deux présentes au sommaire de ce numéro 100), et qui a collaboré très régulièrement, d’une manière ou d’une autre, à la plupart des numéros. 68 pages pour ce dossier qui débute par une interview-fleuve de 37 pages dans laquelle l’auteur se livre sans fard sur sa vie, personnelle et professionnelle. Parfois touchant, parfois grinçant, parfois énervant, c’est surtout une grande honnêteté qui prédomine, venant d’un homme qui a au départ baigné dans le fandom avant de passer de l’autre côté, dans la sphère professionnelle du secteur. C’est donc une bonne part de l’histoire éditoriale de la SF en France (en tout cas des trente dernières années) qui se livre ici. C’est partial forcément, c’est orienté, mais c’est personnel et c’est bien tout l’intérêt d’une interview de ce genre. Et c’est donc passionnant.

Suit ensuite le traditionnel guide de lecture des oeuvres de Thomas Day, quasi-intégral (voire vraiment intégral, en tout cas côté parutions en volumes, je n’ai pas vérifié). Ca donne bien évidemment quelques pistes de lecture et une wishlist qui grandit un peu plus encore.

Ugo Bellagamba s’exprime ensuite sur sa collaboration avec Thomas Day qui a débouché sur deux roman écrits à quatre mains : “L’école des assassins” et “Le double corps du roi”. Plus qu’un collaborateur, un ami, même si leur routes éditoriales ont depuis pris des directions différentes.

Et enfin, la traditionnelle bibliographie de Alain Sprauel. Celui qui veut se faire une intégrale de Thomas Day va avoir du boulot, surtout du côté des nouvelles, disséminées dans d’innombrables revues et autres fanzines…

 

Les nouvelles

Numéro spécial Thomas Day oblige, on commence par… Thomas Day, hé ouais, avec “La bête du loch Doine”, dans une Ecosse médiévale peut-être un brin uchronique, qui voit Zeite, un ancien rabbin qui a perdu la foi et qui tente de la retrouver en étudiant d’autres religions (le Coran ne l’a pas convaincu et le voilà qui tente sa chance avec la religion de l’Arbre, à forte consonnance scandinave avec un zest de culte celtique). Il se voit assigner une mission : aller “marteler” les arbres destinés à être coupés, plus loin au nord. Il y fera deux rencontres déterminantes.

Cette nouvelle s’inscrit dans un ensemble pas tout à fait délimité dont fait partie l’excellente nouvelle “Noc-Kerrigan” parue dans le Bifrost 76 et que j’ai relu pour l’occasion, avec toujours autant de plaisir. “La bête du loch Doine” m’a également tout à fait convaincu : le contexte est très intéressant, bien décrit, mystérieux, intrigant, et possède ce combo qui me fait bien souvent craquer, à savoir une nature omniprésente et un fort goût de spiritualité celto-scandinave, un brin mythologique. Oui, ça fleure bon le Robert Holdstock des “Mythagos”, dans un style malgré tout très différent, parce qu’on parle quand même de Thomas Day hein. 😀

Et donc j’ai adoré cette nouvelle, malgré son goût de trop peu. Elle est certes d’une taille respectable et son contenu est à la hauteur, mais sa conclusion tourne court et donne l’impression que le texte est une formidable introduction à quelque chose de plus vaste et plein de promesses. C’est un peu dommage, mais ce récit m’a malgré tout transporté ailleurs le temps de sa lecture, et ça, ça n’a pas de prix. Je suis prêt à replonger dans cet univers dès que l’auteur le voudra bien. 😉

“Circuits” de Rich Larson est un joli tour de force, pour plusieurs raisons, dont certaines que je préfère taire pour ne gâcher la surprise du lecteur. Je préfère rester évasif et signaler que ce texte nous présente une IA chargée du bien-être des passagers d’un train, les dits passagers ne semblant guère être réactifs aux bienfaits et autres petits soins que leur offre Mu, puisque c’est ainsi que se nomme cette IA. On finit par comprendre le problème : cela fait presque 25000 jours que Mu poursuit son circuit sans s’arrêter, les passagers sont morts, et sans doute le reste de l’humanité également. Mais alors, où est l’espoir ? Et pour qui ? C’est joli, c’est subtil, c’est malin et c’est émouvant alors que ça pourrait tout à fait ne pas l’être. Vous ne comprenez pas ce que j’essaie de vous dire ? C’est normal, lisez ce texte et vous comprendrez. C’est un avant-goût du recueil “La fabrique des lendemains” du même Rich Larson, et ça donne évidemment très envie de s’y mettre.

Catherine Dufour, avec “Des millénaires de silence”, au titre transparent quand on prend conscience du sujet du texte, s’intéresse à la vie et aux tracas de Claude, une femme qui grandit plus que de mesure et doit se confronter au regard et aux idées préconçues des autres, et de Caroline, une vieille dame aisée qui sent le terme de sa vie arriver mais peut-être pas assez vite, du moins du point de vue de sa famille. Poids du regard d’autrui, pressions sociales, professionnelles et familiales et libertés des femmes sont les thèmes majeurs de ce texte finalement assez peu fantastique à la conclusion au fort goût de “Thelma et Louise”.  Efficace et très parlant.

Thomas Day again, avec un titre tranchant qui lui va comme un gant : “Décapiter est la seule manière de vaincre”. L’univers (futuriste et japonisant, une marotte de l’auteur) est à peine esquissé, les enjeux du texte, hormis l’aspect très factuel qui y est décrit (un duel, ou plutôt une série de duels au sabre (puisque l’esprit des participants est “sauvegardé”, une issue fatale n’est pas la fin : il suffit de réintégrer l’esprit dans un nouveau corps) entre un cadre de Sony et une mystérieuse femme du clan Fujitsu) sont assez vagues (une vengeance envers un homme jugé rétrograde et misogyne, avec à la clé une montée dans les échelons hiérarchiques), mais l’écriture acérée permet de se concentrer sur ce qui est mis en scène, sans diluer l’action qui culmine dans ce duel court mais terriblement… tranchant là encore. Et la fin en forme de twist fonctionne, pour un résultat propre et net, sans gras. Un texte affuté comme le hasaki d’un katana.

 

Pour conclure

J’ai donc, avec ce numéro illustré de main de maître (mais comment pouvait-il en être autrement ?) par Guillaume Sorel (dont on attend d’ailleurs avec fébrilité la conclusion de sa collaboration shakespearienne avec Thomas Day), pu lire (avant la clôture des votes même si cet article paraît bien après, et même après la révélation des gagnants !… Oui, être en retard devient un engagement pour moi ! 😀 ) les dernières nouvelles éligibles au Prix des lecteurs de Bifrost 2020.

Et découvrir un joli dossier, honnête, touchant et éclairant sur une personnalité de premier rang du secteur éditorial de la SF en France, qui permet de mieux cerner (si ce n’est comprendre) l’homme et par extension l’éditeur. Place au Bifrost 101, déjà paru. Après tout le monde ? 😀

 

Critique écrite dans le cadre du challenge “#ProjetOmbre” de OmbreBones.

 

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Un Voyageur en Terre du Milieu, mon cahier de croquis de Cul-de-Sac en Mordor, de John Howe https://www.lorhkan.com/2021/01/26/un-voyageur-en-terre-du-milieu-mon-cahier-de-croquis-de-cul-de-sac-en-mordor-de-john-howe/ https://www.lorhkan.com/2021/01/26/un-voyageur-en-terre-du-milieu-mon-cahier-de-croquis-de-cul-de-sac-en-mordor-de-john-howe/#comments Tue, 26 Jan 2021 07:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12825 Une période qui me voit revenir au monde de Tolkien, mon anniversaire, et voilà, il n’en fallait pas plus pour que je me jette sur les carnets de croquis des deux grands artistes qui ont (grandement !) contribué à rendre “vraie” la Terre du Milieu dans toute sa splendeur au...

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Une période qui me voit revenir au monde de Tolkien, mon anniversaire, et voilà, il n’en fallait pas plus pour que je me jette sur les carnets de croquis des deux grands artistes qui ont (grandement !) contribué à rendre “vraie” la Terre du Milieu dans toute sa splendeur au cinéma, à savoir John Howe et Alan Lee. On commence par le premier avec ce “Voyageur en Terre du Milieu”.

 

Quatrième de couverture :

Elle a été cartographiée, schématisée, les voyages de Bilbo et Frodo, décortiqués, tracés à la règle. Pourtant, la Terre du Milieu demeure un espace sauvage. Pour chacune des routes où J. R. R. Tolkien nous a emportés, il existe mille chemins encore inexplorés.

Un voyageur en Terre du Milieu, c’est une excursion à travers le monde de Tolkien qui permet non seulement de visiter les lieux au centre de ses histoires, mais d’explorer ceux qui s’étendent par-delà la colline ou au-delà de notre horizon. Nous découvrons des batailles d’un autre âge, devenu quasi légendaire à l’époque du “Seigneur des Anneaux”, des royaumes perdus et des mythes anciens, et tous ces endroits qui ne sont jamais qu’entrevus : de lointains domaines du Nord et des terres au-delà des mers.

Des dessins d’allure spontanée côtoient les réflexions de l’artiste au contact des livres de Tolkien : ici, le dessinateur pose un temps ses crayons afin de peindre en mots les êtres et les paysages qui l’ont inspiré. Il revient également sur son expérience des plateaux de tournage aux côtés de Peter Jackson, réalisateur de la trilogie du “Seigneur des Anneaux” et de celle du “Hobbit”. Réunissant l’œuvre conceptuelle produite pour le cinéma, l’art tolkienien qui l’a fait connaître, et des dizaines de nouvelles peintures et esquisses exclusives à cet ouvrage, “Un voyageur en Terre du Milieu” raconte le périple singulier d’un artiste à travers le paysage merveilleux de l’œuvre-monde de Tolkien.

 

Attention les yeux !

John Howe et J.R.R. Tolkien, c’est une longue histoire d’amour. L’illustrateur canadien, maintenant domicilié en Suisse, est en effet, à travers ses nombreuses oeuvres, l’un de ceux qui ont le mieux mis en valeur la Terre du Milieu depuis de nombreuses années. Il a évidemment franchi un cap sur le plan de la notoriété en occupant le poste (partagé avec un autre grand, Alan Lee) de directeur artistique des deux trilogies (“Le Seigneur des Anneaux” et “Le Hobbit”) de Peter Jackson. On retrouve donc beaucoup de ce qui a été vu à l’écran dans ce livre qu’on peut qualifier d’artbook. Mais un artbook un peu particulier puisque s’il propose bien sûr quelques illustrations colorées (évidemment superbes), il présente avant tout des crayonnés, des croquis, comme l’indique son sous-titre.

Mais alors, quels crayonnés ! Bon, j’avoue, je suis un grand amateur de ce genre de croquis, une approche entre un tracé pris sur le vif et le dessin plus “complet”, plus fini. Donc, quand un livre me propose du John Howe, de la Terre du Milieu et du crayonné, je suis déjà à moitié conquis avant même d’avoir soulevé la couverture…

 

   

   

 

Et j’ai envie de dire que le reste n’est qu’une formalité. Découpé selon différentes thématiques (une introduction, un prologue, 13 chapitres et une postface plein d’anecdotes sur le tournage des films),  “Un Voyageur en Terre du Milieu” fait étalage de tout le talent de John Howe. Balayant une grande partie de l’histoire de la Terre du Milieu (certains éléments du fabuleux “Silmarillion” (et je pèse mes mots : je ne cesserai jamais de répéter que le grand chef d’oeuvre de J.R.R. Tolkien, c’est bel et bien “Le Silmarillion”, grâce en soit donc rendue à son défunt fils Christopher de l’avoir fait éditer après la mort de l’auteur), et donc des Premier et Deuxième Âge, sont abordés), tout en faisant, et c’est bien normal, la part belle aux deux romans phares de Tolkien puisque le développement artistique s’est surtout concentré sur cette période avec les deux trilogies cinématographiques, le livre donne l’impression au lecteur de se balader aux côtés de John Howe, s’arrêtant ici ou là au gré des envies de l’illustrateur, et offrant au lecteur la possibilité de regarder par-dessus l’épaule de Howe pendant qu’il crayonne tranquillement ici un personnage, là un paysage, ou bien encore différents objets.

 

   

   

 

Et c’est donc un plaisir de tous les instants. L’impression de revenir dans un univers que l’on connaît, que l’on aime, dont les créatures et les personnages n’ont plus de secrets, tout comme les lieux sûrs et les autres moins recommandables. John Howe s’attarde sur tout cela, à sa manière, à la fois fugace et précise. On lui reconnaitra des talents particuliers sur tout ce qui est architecture, intérieure comme extérieure, vaste ou plus intime. Son sens du détail, même en crayonné, fait véritablement merveille. Le Comté ou les réalisations des nains (Khazad-Dûm dans la Moria bien sûr, mais aussi la splendide façade de Belegost) en sont des exemples frappants. Mais le reste est aussi un pur ravissement. La structure de ses illustrations, son jeu avec l’éclairage (bon sang, le Gouffre de Helm, renversant !!)… Splendide !

 

   

   

 

Au-delà de ses illustrations à tomber, le livre propose aussi des textes qui sont tout sauf accessoires et qui “illustrent” (haha) ce qui est représenté visuellement. Présentés de manière synthétique, ils donnent quelques explications sur ce qui est proposé au lecteur, même s’il vaut mieux déjà connaître les récits de Tolkien pour vraiment comprendre de quoi il retourne. Par ailleurs ces textes, offrant aussi quelques détails sur les inspirations ou influences de John Howe, reprennent les éléments apportés par la toute dernière traduction en date signée Daniel Lauzon (c’est d’ailleurs lui qui officie à la traduction des textes de Howe ici). Une bonne chose puisque c’est cette traduction qui fait dorénavant foi, même si certains termes feront toujours tiquer ceux qui ont grandi avec la traduction de Francis Ledoux.

 

   

 

Est-il besoin d’en dire plus ? A tout amateur des illustrations de John Howe ou des récits de J.R.R. Tolkien, à tout fan des films de Peter Jackson, ce livre est un indispensable (à propos duquel on n’aura que deux regrets : un format que l’on aurait souhaité un peu plus grand, et une reliure qui gêne un peu la visualisation des illustrations s’étalant en double page, à tel point qu’on aurait bien aimé une reliure suisse, suivez mon regard😀 ). Quant aux autres, un simple coup d’oeil devrait les convaincre que John Howe est un artiste au talent inouï.

 

Lire aussi les avis de Célindanaé, Aelinel, Fantasy à la carte, Plumes de Lune.

 

 

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Axiomatique, de Greg Egan, deuxième partie https://www.lorhkan.com/2021/01/20/axiomatique-de-greg-egan-deuxieme-partie/ https://www.lorhkan.com/2021/01/20/axiomatique-de-greg-egan-deuxieme-partie/#comments Wed, 20 Jan 2021 07:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12802 Après une première partie plutôt très convaincante, on enchaîne sans transition vers, devinez quoi ? La deuxième partie. Oui c’est fou, je sais. Greg Egan parvient-il à garder le niveau ? Met-il enfin un peu de sentiments dans ses textes ? Voire même, challenge ultime, va-t-il jusqu’à tirer des larmes...

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Après une première partie plutôt très convaincante, on enchaîne sans transition vers, devinez quoi ? La deuxième partie. Oui c’est fou, je sais. Greg Egan parvient-il à garder le niveau ? Met-il enfin un peu de sentiments dans ses textes ? Voire même, challenge ultime, va-t-il jusqu’à tirer des larmes à son lectorat ?

 

Quatrième de couverture :

Dix-huit récits vertigineux…

Un monument de la SF moderne…

Des drogues qui brouillent la réalité et provoquent la conjonction des possibles. Des perroquets génétiquement améliorés qui jouent En attendant Godot. Des milliardaires élaborant des chimères, mi-hommes mi-animaux, pour assouvir leurs passions esthétiques. Des femmes qui accueillent dans leur ventre le cerveau de leur mari le temps de reconstruire son corps. Des enlèvements pratiqués sur des répliques mémorielles de personnalités humaines. Des fous de Dieu inventant un virus sélectif reléguant le SIDA au rang de simple grippe. Des implants cérébraux altérant suffisamment la personnalité pour permettre à quiconque de se transformer en tueur…

Greg Egan bâtit son futur en disséquant le présent avec une virtuosité aussi fascinante qu’implacable : nous voici prévenus…

Australien né à Perth en 1961, Greg Egan publie sa première nouvelle en 1983. Vingt années, six romans et une soixantaine de nouvelles plus tard, il est unanimement considéré comme l’auteur de science-fiction le plus novateur de sa génération. Une notoriété qui n’infléchit pas le caractère discret de l’auteur, dont on sait peu de choses. II confie toutefois avoir pris, suite à la sortie de son roman Schild’s Ladder en 2002, quelque distance avec l’écriture et ses fonctions de programmeur afin de se consacrer à l’aide aux réfugiés. Période de mise en retrait désormais révolue, puisqu’il travaille à l’heure actuelle sur son septième roman, Incandescence.

Axiomatique est sans conteste le recueil de SF le plus incontournable de la décennie 90. Annoncé en France depuis près de dix ans, sa présente publication en intégralité est un événement majeur. Axiomatique sera suivi par deux autres volumes, l’ensemble de ces trois tomes constituant à terme une intégrale raisonnée des nouvelles de l’auteur unique au monde.

Traductions revues et harmonisées par QUARANTE-DEUX

 

Jeu, set et match.

  • En apprenant à être moi

Le “cristal” est une sorte de circuit implanté dans le cerveau qui permet de mimer celui-ci, copiant souvenirs, réactions, et manière de vivre, tout au long de la vie de la personne implantée. Il permet, une fois la trentaine arrivée, à une période de la vie où le cerveau commence inexorablement à décliner, de “basculer”, c’est à dire de prendre la main sur un cerveau au sommet de ses moyens mais dont l’obsolescence ne pourra être ensuite qu’handicap pour l’être humain.

Le narrateur du texte est pourtant hésitant. Où se situe l’être humain, ce qui définit l’humanité ? La conscience, l’âme ? Dans le cerveau ? Dans le cristal ? Laisser la main au cristal, n’est-ce pas une sorte de mort, même si le corps (hormis le cerveau donc) reste physiquement inchangé ? Même si le cristal est une réplique parfaite du cerveau et que donc la personne concernée, vue de l’extérieur, reste totalement inchangée ? C’est d’ailleurs ce qu’a vécu le narrateur avec ses parents qui ne lui ont avoué leur bascule que quelques années après l’avoir effectuée… Et en fait, qui mène vraiment la danse, quand cerveau et cristal sont présents en parallèle ?

Toutes ces questions, et bien d’autres encore, sont abordées par Greg Egan en une vingtaine de pages, dans un style très eganien, donc très analytique et pas forcément très “romanesque”. Pourtant, comment ne pas s’incliner devant la profondeur des réflexions que l’auteur australien pose sur la table ? Touchant autant à l’éthique qu’à la science ou la philosophie, “En apprenant à être moi”, avec un twist plutôt malin porté par une sorte d’épiphanie du narrateur, est un texte vertigineux.

 

  • Les douves

Deux trames sont mises en parallèle dans ce texte. D’un côté, des informations sur l’état du monde (futur proche), entre dérèglement climatiques et afflux de migrants vers l’Australie, forcés de fuir leurs archipels inondés devenus inhabitables. Et par-dessus, la montée des extrêmes, la montée du racisme, la peur des migrants qui vont venir chambouler le délicat équilibre écologique et social que tente de maintenir le pays. Bref, notre monde quoi. De l’autre côté, un viol et une analyse qui met au jour des étrangetés au niveau de l’ADN du violeur.

Deux trames qui n’ont rien à voir ? A voir… Ici, Greg Egan nous dépeint un climat déréglé et la volonté inébranlable de certains de ne rien avoir à voir avec ces migrants soit disant menaçants. A tout prix, et quels qu’en soient les moyens… C’est court, il y a quelques informations scientifiques (biologiques) pas forcément simples à comprendre mais qui ne nuisent pas à la compréhension du récit. Et c’est donc très parlant.

 

  • La marche

Deux hommes marchent en forêt, mais ce n’est pas une marche amicale puisque l’un des deux pointe une arme vers l’autre. Au bout du chemin, l’exécution. A moins que le tueur ne cherche autre chose…

Le texte, voudrait nous parler du changement du mode de pensée via l’utilisation des implants mais n’y parvient qu’à moitié. Le récit est en effet un peu court pour réellement explorer cette thématique, et même s’il ne manque pas de bonnes idées (cette vision des évènements qui sont comme une roue qui tourne et qui se répètent de personne en personne), il ne parvient pas à vraiment éveiller l’intérêt. Il y a bien meilleur sur le sujet, y compris dans ce recueil.

 

  • Le p’tit mignon

Un homme désireux par dessus tout d’avoir un enfant, à tel point que la pression qu’il met sur sa compagne l’amène à une rupture, décide de profiter des avantages de la technologie pour être enceint. Il s’achète un kit “P’tit mignon” à pas cher, qui lui permet de réaliser son rêve. C’est légal puisque les p’tits mignons sont des êtres vivants sans intelligence (et donc sans conscience d’eux-mêmes) qui meurent naturellement à l’âge de quatre ans. Et oui, c’est aussi totalement tordu, mais c’est le seul moyen qu’a trouvé le narrateur pour satisfaire cet irrépressible besoin.

Un enfant à tout prix ? Mais avec quelles conséquences ? Le texte navigue entre horreur (horreur d’une situation en dehors de toute éthique) et réflexion sur le désir d’enfant, l’attachement d’un homme pour sa fille. Et la chute est évidemment terrible. Une nouvelle vraiment dérangeante.

 

  • Vers les ténèbres

Ce texte rappelle très clairement le tout premier du recueil, “L’assassin infini”, puisqu’il est bâti sur la même structure : un évènement extraordinaire faisant appel à une physique vertigineuse apparaît et un personnage est appelé pour tenter d’y faire face. Pas de vortex d’univers multiples ici, mais l’apparition d’un trou de ver d’un kilomètre de rayon (nommé le Seuil), créé par on ne sait qui et qui semble s’être effondré sur lui-même. Les personnes prises dans ce trou de ver n’ont qu’une seule possibilité : se diriger vers le centre du trou, le Coeur, qui n’est rien d’autre que son autre extrémité (à peine décalé temporellement).

Aller vers le Coeur nécessite de courir vers l’obscurité, hé oui, forcément, puisque dans un trou de ver le temps est anisotrope et se mélange à l’espace. C’est évident. Et il en va de même pour la lumière. Et puisque tout mouvement du futur vers le passé est impossible, la lumière ne peut qu’aller de la périphérie du Seuil (le passé) vers le Coeur (le futur). Et donc, courir vers le Coeur signifie courir vers l’obscurité puisqu’aucune lumière ne peut venir du Coeur. A l’inverse, se retourner vers la périphérie du Seuil peut vous permettre de voir ceux qui sont plus éloignés que vous du Coeur, mais eux ne vous verront pas… Ca va, vous suivez ? 😀

Bon, en vrai, je vous rassure, avec un peu de concentration, même sans comprendre les phénomènes physiques à l’oeuvre ici, on comprend tout à fait à quoi cela correspond visuellement, et c’est vraiment palpitant. Et donc John Nately, suite à l’apparition du Seuil en pleine zone urbaine, va tenter de secourir quelques personnes bloquées à l’intérieur. Le tout dans un temps le plus court possible, puisque le Seuil peut s’effondrer à tout moment, au passage en homogénéisant radialement l’espace qu’il a occupé. Ouais, carrément. En rasant tout ce qui était présent quoi.

Donc il vaut mieux se dépêcher. Quoique, puisque statistiquement, si le Seuil ne s’est pas écroulé, c’est que ceux qui étaient à l’intérieur avaient jusqu’ici 100% de chances de ne pas s’écrouler avec lui… 😀

Bon, j’arrête là pour les explications, mais ça vous donne une idée de tout ce avec quoi joue Greg Egan dans ce texte (et je vous passe quelques autres phénomènes qui découlent de cette étrange physique…). Tout ce qui est à retenir ici, c’est que c’est totalement vertigineux, absolument renversant, bourré d’action, palpitant, fabuleusement bouleversifiant. De la très très grande hard-SF quoi.

 

  • Un amour approprié

Un accident de train, un homme mutilé au corps impossible à remettre en état. Mais il y a une solution pour permettre à Carla, son épouse aimante, de le revoir en plein santé, d’autant que le couple avait souscrit à une police d’assurance le permettant : un nouveau corps.

Mais cela prend du temps pour que ce nouveau corps (enfanté par une mère porteuse, et au cerveau volontairement endommagé pour pouvoir greffer ensuite celui de l’assuré) soit disponible. Deux ans. Deux ans pendant lesquels il va falloir pour Carla trouver une solution pour conserver en bon état le cerveau de son mari. Les machines existent mais elles coûtent cher, et le couple a fait une petite erreur d’interprétation dans un truc écrit tout petit sur leur contrat d’assurance… C’est donc dans son propre corps que Carla va “héberger” le cerveau de Chris, plus ou moins contrainte par son assureur. Un corps qu’il va falloir “tromper” en lui faisant croire qu’il porte un enfant, avec tout le système biologique à même d’assurer la survie du cerveau. Carla va donc être enceinte, pendant deux ans, pour faire revivre son mari.

Liberté des femmes de disposer de son propre corps, pression sociale, diktat des compagnies d’assurance, éthique et dérives scientifiques, commerce du vivant, Greg Egan aborde de nombreux sujets, parfois assez proches de ceux déjà abordés dans “Le p’tit mignon”, avec ce même fond dérangeant. Cerise sur le gâteau, même si on ne pourra toujours pas louer Greg Egan pour la sensibilité de son écriture, le lecteur ressent viscéralement les tiraillements qui agitent Carla, son impression d’être prise au piège, son sentiment d’injustice devant ce qui lui arrive (à plusieurs niveaux) et on a vite fait de prendre fait et cause pour elle. Oui, le personnage de Carla est vivant (même si elle analyse les choses parfois assez froidement…) et émouvant, c’est rare chez Egan, il faut le signaler. Un texte qui fonctionne, qui interroge, qui bouscule, jusqu’à une conclusion totalement désenchantée…

 

  • La morale et le virologue

Le savant fou ! Oui, même Greg Egan aborde cet élément que la science-fiction s’est fait un malin plaisir d’explorer à de nombreuses reprises. Ici il s’agit d’un homme, fervent croyant, qui développe un virus particulièrement “bien pensé” pour faire ce qu’il a à faire, à savoir rien de moins que tuer les homosexuel(le)s et les personnes infidèles. Mais est-il réellement pensé jusque dans les moindres détails ? A moins qu’il suffise de s’aveugler volontairement pour s’en satisfaire…

Science fanatique, sans éthique et à disposition de qui a un peu de moyens, le texte fonctionne plutôt bien si l’on accepte, et c’est un peu étonnant venant de Greg Egan, qu’un homme seul soit capable de développer ce genre de virus, dont le cycle de mutation relève d’un très haut niveau en technique biologique. Sympathique, et intéressant en ce qui concerne l’évolution du virus (avec quelques explications scientifiques à la clé), mais pas plus marquant que ça malgré une chute efficace.

 

  • Plus près de toi

Vous êtes-vous déjà demandé ce que peuvent ressentir d’autres personnes, ce que cela ferait d’entrer dans leur corps et leur esprit pour comprendre leurs réactions, leurs sentiments ? C’est précisément ce que voudrait expérimenter le narrateur de ce texte, et comme nous sommes dans un texte de Greg Egan, coup de chance, la technologie du futur le permet. De plusieurs manières au fil du temps qui passe : échange de corps, fusion des deux êtres dans deux corps robotiques, jumeaux hermaphrodites, etc… Le narrateur a par ailleurs la chance d’être en couple avec Sian, une jeune femme qui, si elle ne partage pas cette obsession, est toujours d’accord pour vivre pleinement de nouvelles expériences.

Le récit commence bien, et expose assez clairement les enjeux, entre solipsisme et désir d’explorer la conscience d’un autre, avec les contradictions métaphysiques que cela implique.

Qu’est-ce que ça pourrait bien vouloir dire, de toute façon, de savoir ce que c’est que d’être quelqu’un d’autre ? Il faudrait avoir ses souvenirs, sa personnalité, son corps – tout. Et alors on serait juste lui, et plus soi-même, et on saurait rien de plus. Ça n’a aucun sens.

La deuxième partie du texte m’a en revanche moins convaincu, extrêmement analytique, presque comme un devoir de philo. Le fond est évidemment intéressant, mais la forme un peu rebutante, dommage.

 

  • Orbites instables dans la sphère des illusions

Parfois Greg Egan surprend. Comme avec ce texte, qui démontre que d’une part l’auteur australien ne manque pas d’idées saugrenues, et que d’autre part ces idées sont là pour pratiquer des expériences de pensée, très stimulantes intellectuellement mais qui rejettent l’intrigue du récit en queue de classement des préoccupations de l’auteur.

L’idée ici c’est de dire que la Fusion a eu lieu, c’est à dire que toute l’humanité est devenu un (beau ?) jour perméable aux croyances des uns et des autres. Vivre épiphanies sur épiphanies à fait plonger le monde dans le chaos, avant qu’il ne se restructure autour de pôles de croyances divers et variés, qui agissent comme des attracteurs pour ceux qui passent à proximité. Ce sont ces attracteurs qui ont refaçonné la situation géo-politico-sociale d’un monde que l’on pourrait croire post-apocalyptique.

Et c’est dans ce monde que vivent le narrateur et sa compagne Maria, qui se font fort de fuir les attracteurs pour rester libres de toute influence mystique ou religieuse. Jusqu’à ce qu’une rencontre les amène à reconsidérer ce qu’il prenait pour un sentiment de liberté face à un monde religieusement et communautairement très structuré. Et si leur prétendue liberté les avait en fait placés sous l’influence d’un attracteur d’un genre différent ? Où est la liberté ? Où est le libre-arbitre ?

C’est évidement questionnant, mais c’est aussi très cérébral. Les personnages, l’intrigue, ne sont que des prétextes à analyser un “problème” d’ordre métaphysique. Cela peut de toute évidence poser un problème si on attend un texte rythmé, un texte qui fait vivre une histoire au lecteur, en plus de l’amener à se pencher sur des situations ou des problématiques scientifico-éthico-philosophiques. L’auteur sait pourtant le faire, comme on a pu le voir avec quelques autres textes du recueil, mais ce n’est pas le cas ici. C’est aussi ça Greg Egan.

 

Voilà. Impressionnant. Comme dans tout recueil, il y a des choses plus intéressantes que d’autres, et Greg Egan est très fidèle à ce style aride qui met en retrait les personnages en les réduisant essentiellement à une simple fonction lui permettant de dérouler sa démonstration (avec parfois une exception ici ou là mais ce n’est pas la panacée…). Mais sur le plan des idées, c’est vraiment hors du commun, à la fois questionnant et vertigineux.

Par ailleurs, contrairement à ce que l’on pourrait penser, ce recueil et très accessible (toutes proportions gardées, ce n’est pas du pulp non plus… 😀 ), et si la science est évidemment très présente, elle n’est là que pour fournir un socle sur lequel s’appuient les questionnements soulevés par l’auteur australien. Là aussi il y a des exceptions, avec quelques textes ponctués d’explications un peu plus ardues ou faisant appel à des concepts physiques très éloignés de ce que nous connaissons et donc apparaissant contre-intuitifs. Mais c’est aussi ce qui fait leur force car avec un peu d’effort, ce sont alors des récits et des idées vertigineuses qui s’imposent dans la tête du lecteur. Mais l’essentiel des nouvelles présentées ici jouent avant tout sur la morale, l’éthique, la philosophie, le tout évidemment très lié à de possibles avancées scientifiques ou à des extrapolations posant de véritables dilemmes humains et métaphysiques.

Il ne faut donc pas avoir peur de Greg Egan, du moins pas avec ce recueil, qui joue clairement sur le même terrain qu’un Ted Chiang. On est ici très clairement au sommet du panier des auteurs de hard-SF. Place prochainement au deuxième volume des nouvelles de Greg Egan, avec “Radieux”.

 

Lire aussi l’avis de Feyd Rautha, Gromovar, Anudar, Lutin (partie 1, partie 2), Philémont, Le boudoir littéraire, Blackwolf, Hellrick, Falaise Lynnaenne, Gustave le chat, LadyScar, Le cri du lézard, Snow, Culture SF, Human after all, Culture remains, Le dernier des blogs

 

Critique écrite dans le cadre du challenge “#ProjetOmbre” de OmbreBones.

 

Cet article Axiomatique, de Greg Egan, deuxième partie est apparu en premier sur Lorhkan et les mauvais genres.

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https://www.lorhkan.com/2021/01/20/axiomatique-de-greg-egan-deuxieme-partie/feed/ 8 12802
Axiomatique, de Greg Egan, première partie https://www.lorhkan.com/2021/01/15/axiomatique-de-greg-egan-premiere-partie/ https://www.lorhkan.com/2021/01/15/axiomatique-de-greg-egan-premiere-partie/#comments Fri, 15 Jan 2021 07:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12094 Il était temps de m’y mettre sérieusement… J’ai longtemps tourné autour de Greg Egan, piochant une nouvelle ici ou là. Souvent ébloui par ce qu’il nous disait, souvent aussi déçu par la froideur de ses textes. Pour tout dire, j’ai même lu ce recueil “Axiomatique” il y a quelques années...

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Cet article Axiomatique, de Greg Egan, première partie est apparu en premier sur Lorhkan et les mauvais genres.

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Il était temps de m’y mettre sérieusement… J’ai longtemps tourné autour de Greg Egan, piochant une nouvelle ici ou là. Souvent ébloui par ce qu’il nous disait, souvent aussi déçu par la froideur de ses textes. Pour tout dire, j’ai même lu ce recueil “Axiomatique” il y a quelques années mais je n’avais pas fait d’article sur ce blog à l’époque. Voici donc une relecture suite à l’achat des trois tomes en grand format (dorénavant intégrés à la collection “42” du Bélial’, accompagnés des recueils de Ken Liu, “La Ménagerie de papier” et “Jardins de poussière”, de Nancy Kress, “Danses aériennes”, de Peter Watts, “Au-delà du gouffre”, et de Rich Larson, “La fabrique des lendemains”) de l’intégrale “raisonnée” (en tout cas au moment de sa parution) des nouvelles de Greg Egan. Une relecture attentive cette fois, avec une maturité de lecteur un peu plus affûtée. Puisque je me suis un peu étalé sur chaque texte du recueil, je vais scinder l’article en deux parties. Et comme je suis bien élevé, on va commencer ici avec la première. 😀

 

Quatrième de couverture :

Dix-huit récits vertigineux…

Un monument de la SF moderne…

Des drogues qui brouillent la réalité et provoquent la conjonction des possibles. Des perroquets génétiquement améliorés qui jouent En attendant Godot. Des milliardaires élaborant des chimères, mi-hommes mi-animaux, pour assouvir leurs passions esthétiques. Des femmes qui accueillent dans leur ventre le cerveau de leur mari le temps de reconstruire son corps. Des enlèvements pratiqués sur des répliques mémorielles de personnalités humaines. Des fous de Dieu inventant un virus sélectif reléguant le SIDA au rang de simple grippe. Des implants cérébraux altérant suffisamment la personnalité pour permettre à quiconque de se transformer en tueur…

Greg Egan bâtit son futur en disséquant le présent avec une virtuosité aussi fascinante qu’implacable : nous voici prévenus…

Australien né à Perth en 1961, Greg Egan publie sa première nouvelle en 1983. Vingt années, six romans et une soixantaine de nouvelles plus tard, il est unanimement considéré comme l’auteur de science-fiction le plus novateur de sa génération. Une notoriété qui n’infléchit pas le caractère discret de l’auteur, dont on sait peu de choses. II confie toutefois avoir pris, suite à la sortie de son roman Schild’s Ladder en 2002, quelque distance avec l’écriture et ses fonctions de programmeur afin de se consacrer à l’aide aux réfugiés. Période de mise en retrait désormais révolue, puisqu’il travaille à l’heure actuelle sur son septième roman, Incandescence.

Axiomatique est sans conteste le recueil de SF le plus incontournable de la décennie 90. Annoncé en France depuis près de dix ans, sa présente publication en intégralité est un événement majeur. Axiomatique sera suivi par deux autres volumes, l’ensemble de ces trois tomes constituant à terme une intégrale raisonnée des nouvelles de l’auteur unique au monde.

Traductions revues et harmonisées par QUARANTE-DEUX

 

C’est donc ça, Greg Egan…

Comme je le disais en introduction, j’ai lu “Axiomatique” il y a quelques années de ça. J’avoue qu’il ne m’en restait pas grand chose avant d’attaquer la relecture des 18 textes qui le composent, si ce n’est que la grosse hard-SF n’était pas si présente que ça et que le recueil était finalement relativement abordable et fascinant sur bien des points. Une exception tout de même : je me souviens très clairement ne rien avoir compris au premier récit, “L’assassin infini”. Et c’est là qu’on voit qu’un peu de “bagage” de lecteur et peut-être une maturité plus affirmée ont un rôle à jouer, car cette fois tout s’est éclairé.

 

  • L’assassin infini

“L’assassin infini” nous met dans la peau d’un homme, réputé “(…) stable. Fiable. Sûr”,  chargé d’éliminer un vortex créé par un consommateur de la drogue S. Car cette drogue permet aux consommateurs, appelés des “rêveurs”, de vivre les vies de leurs alter ego évoluant dans des réalités alternatives. Et quand le phénomène est à son paroxysme, les drogués peuvent carrément se déplacer physiquement dans ces univers alternatifs, et cela “casse” le tissu de la réalité, le phénomène s’accentuant lorsque ces alter ego sont aussi des rêveurs. Le vortex grandit alors, s’auto-alimente, menaçant de disloquer la réalité. La Firme envoie alors un assassin chargé de tuer le drogué (et ce dans tous les univers) et de mettre fin au vortex.

Greg Egan joue ici avec les univers multiples (infinis même !), les probabilités, les statistiques (car le tueur est lui aussi présent dans tous les univers alternatifs, et certaines de ses itérations peuvent réussir à tuer le rêveur, d’autres échouer, d’autres mourir. C’est là que la stabilité de l’homme envoyé par la Firme entre en jeu, puisque ses alter ego font nécessairement TOUS les choix possibles, mais sa stabilité fait qu’une majorité de ses alter ego font le “bon” choix, ce qui a une influence sur l’ensemble des univers. Et oui, incidemment se pose la question du libre-arbitre…).

C’est sans doute assez difficile d’accès mais c’est pourtant assez génial quand on parvient à entrer dans le récit et à se rendre compte des perspectives. Le passage où le tueur se rapproche du centre du vortex et où la (les) réalité(s) se délite(nt) autour de lui (en fonction du gradient du vortex) est par ailleurs vraiment superbement rendu, un moment plein de tension, très spectaculaire, vraiment renversant sur le plan physique. Oui c’est quantique, on y parle brièvement de poussière de Cantor et d’autres aspects purement hard-SF, mais même sans totalement comprendre le fondement scientifique de la chose, sur le plan du vertige on est servi. En plus, c’est rythmé, ça dépote, bref c’est réussi, et cette relecture (d’un texte qui approche des 30 ans tout de même !) est à peu près l’exact opposé de ma première lecture. Comme quoi…

 

  • Lumière des évènements

Et donc là, je viens de faire un pavé sur une seule nouvelle, alors que le recueil en compte 18… Tentons de faire plus court. Un peu. 😀 La deuxième nouvelle, “Lumière des évènements” est un peu plus accessible que la première. On y découvre des galaxies à temporalité inversée qui ont la particularité de recevoir des photons venant des détecteurs (les télescopes par exemple), l’inverse des galaxies classiques qui envoient leurs photons en direction des détecteurs. Et donc, au lieu d’observer le passé, ces étranges galaxies permettent d’observer l’avenir.

Et au prix d’une explication résolument scientifique qui pourrait perdre plus d’un lecteur (mais dont l’importance est au final toute relative puisque Greg Egan se concentre sur les conséquences sur les hommes et les femmes), on en arrive à une humanité capable de connaître son propre futur. Dès lors, là encore on aborde la notion de destinée et de libre-arbitre dans un monde où causes et conséquences sont inversées, et où ce qui forge une personne ce n’est plus seulement la connaissance de son passé mais aussi de son avenir.

Et puis, Egan donne à voir les petits (ou les grands) travers de l’humanité qui, entre non-dits, omissions et falsifications, s’est adaptée à ce changement de paradigme pour jouer avec (ou refaire) l’Histoire (pas seulement a posteriori cette fois mais aussi en quelque sorte a priori), individuellement ou collectivement. “Lumière des évènements” est donc un texte au fond tout à fait fascinant mais peut-être un peu trop verbeux être pleinement convaincant.

 

  • Eugene

Il est cette fois question d’eugénisme avec ce scientifique qui propose ses services à un jeune couple désirant enfanter et ayant des moyens conséquents du fait d’un tirage heureux dans un jeu de loterie. Un couple facilement impressionnable et un scientifique aux dents longues qui voit avant tout le côté financier des choses, un cocktail qui peut mener au pire. Mais c’est sans compter sur ce que pourrait éprouver le résultat de ce cocktail, un enfant parfait sur tous les plans.

La chute est surprenante, mêlant sciences et bouddhisme dans un avenir qui ne veut tout simplement pas être. Intéressant, et parfois amusant, j’avoue pourtant ne pas avoir été convaincu par cette chute plus “fiction” que “science”.

Je retiendrais malgré tout une écriture d’Egan dont la volonté de coller à des termes scientifiques rend amusante sa manière d’approcher l’amour et le mariage :

Il est difficile de déterminer si la naissance de ce lien fut le résultat du hasard, la conséquence d’expériences fondatrices de leur personnalité, ou le simple reflet d’un avantage qui, dans le passé, aurait existé de par la conjonction de l’expression visible de quelques-uns de leurs gènes. Peut-être les trois facteurs avaient-ils joué un rôle. En tout cas, le nœud de leurs interdépendances n’avait cessé de grandir, jusqu’à ce que le mariage commence à leur paraître beaucoup plus facile que la désintrication de leur relation et, une fois accepté, aussi naturel que la puberté ou la mort.

 

  • La caresse

Un policier intervient dans une maison dont une fenêtre a été fracturée. Il y découvre le corps d’une femme égorgée, ainsi qu’une “chimère” (un corps de léopard et une tête de femme), vivante. Débute alors une enquête qui amènera le policier à s’intéresser autant à l’art et à ses excentriques millionnaires dont la “vision” défie toute logique, qu’à la science pure et dure.

Egan fait ici une référence explicite au tableau “La caresse” de Fernand Khnopff. Art et sciences s’entremêlent dans un texte qui prouve que Greg Egan sait écrire des textes simples (aucune difficulté scientifique ici) mais non dénués d’intérêt. S’ajoute à tout cela une police qui utilise des drogues sur ses officiers pour rendre leurs sens plus affutés. Mais la descente, une fois revenu chez soi, est parfois éprouvante.

C’est le texte le plus long du recueil (un peu moins de 40 pages), mais ce n’est certainement pas le moins bon, j’ai beaucoup aimé.

 

  • Soeurs de sang

Deux soeurs jumelles qui ont fait un pacte de sang lorsqu’elles étaient enfants ont suivi des chemins différents. L’une est experte en informatique, l’autre fait plutôt dans le journalisme humanitaire. Mais elle vont toutes les deux être victimes d’un virus potentiellement mortel (échappé d’un laboratoire secret), pour un sort bien différent.

Nouvelle qui met en lumière les comportements en dehors de toute éthique et de toute morale des compagnies pharmaceutiques, “Soeurs de sang” fait mouche. La critique est très claire, le propos limpide, et les différentes techniques de test des médicaments, acceptables quand elles sont réalisées dans un cadre légal, le sont déjà nettement moins quand les lois, dans une sorte de principe de précaution virant à la psychose, permettent tous les débordements.

En ces temps de psychose collective due au Covid-19, ce texte prend bien évidemment une saveur toute particulière…

 

  • Axiomatique

Les implants cérébraux sont une réalité. Permettant au départ d’apprendre instantanément des langues étrangères, ils se sont sophistiqués et permettent maintenant d’orienter son mode de pensée.

C’est dans ce contexte qu’évolue Mark Carver, un homme dont la femme a été tuée sans raison apparente lors d’un braquage de banque. Le mauvais endroit au mauvais moment… Ce drame reste toujours une plaie ouverte pour Mark. Et quand le meurtrier sort de prison après une peine raccourcie (avec le jeu des remises de peine et surtout sa pleine et entière collaboration lors du procès durant lequel il a balancé ses complices), Carver se retrouve tiraillé entre l’idée de vengeance et sa morale personnelle qui proscrit ce genre de comportement. Un tiraillement qui, s’il ne fait rien, le poursuivra toute sa vie.

La solution : un implant cérébral qui injecte l’idée que la vie humaine n’a aucune valeur. Désinhibition totale pour Mark Carver, qui va pouvoir se faire justice, et reprendre ensuite une vie normale. Mais tout n’est pas si simple. Et si les implants laissaient une trace dans la psyché des utilisateurs ? Et si cette désinhibition ressentie par Mark était la solution idéale pour le reste de sa vie, au prix des sentiments qu’il éprouvait pour son épouse ?

Morale, comportement régi par les sciences, vengeance, deuil, le texte aborde toutes ces choses de fort belle manière. Et au fond, se pose l’ultime question : jusqu’où est-on prêt à aller, qu’est-on prêt à faire de la morale lorsqu’il en va de notre santé mentale ? Vous avez quatre heures. Greg Egan n’a eu besoin que de 18 excellentes pages.

 

  • Le coffre-fort

Un homme se réveille chaque jour dans la peau d’une personne différente, mais toujours à peu près d’un âge qui correspond au sien et dans une zone géographique limitée. Ainsi, au fil de sa vie, il revient plus ou moins régulièrement dans le corps d’une personne qu’il a déjà “habitée”.

Mais comment vivre sa vie quand on doit chaque jour vivre (et comprendre) la vie d’une personne différente ? Comment grandir, comment apprendre, comment aimer ? Autant de questions que Greg Egan, d’une manière assez analytique (un peu comme l’a fait Ted Chiang très récemment), étudie et explique, avec les “techniques” de cet homme qui ne demande qu’à avoir un nom. Il a notamment pris l’habitude, depuis plusieurs années, de prendre des notes qu’il garde bien précieusement dans un coffre-fort, ce qui lui permet de garder une trace de ses souvenir et de ses hôtes.

Et puis vient la chute, l’explication (pas absolument claire mais laissant le lecteur faire une partie du travail). Terrible, pour un récit très efficace qui place le narrateur au centre de celui-ci, la preuve que Egan se soucie de ses personnages mais que le ton qu’il emploie, très distancié malgré une narration à la première personne, restreint l’attachement que l’on pourrait leur vouer. Typiquement le genre de récit qu’un Ken Liu pourrait magnifier.

 

  • Le point de vue du plafond

Un riche homme d’affaires travaillant dans le cinéma se fait prend une balle dans la tête suite à une tentative d’assassinat, et se retrouve à l’hôpital. Sauvé, il est malgré tout victime de ce qu’il croit être, au départ, une expérience extracorporelle, durant son opération. Sauf que cette expérience dure, même une fois réveillé. Et son point de vue change, puisqu’il voit tout depuis… le plafond !

J’ai moins adhéré à ce texte, dont le changement de point de vue du personnage principal n’est pas clairement expliqué (et donc visualisé par le lecteur, ce qui est dommage quand on parle d’une altération visuelle…) et le texte semble n’aller nulle part, sans explication ni chute à proprement parler. Bof.

 

  • L’enlèvement

David reçoit une demande de rançon suite à l’enlèvement de son épouse. Sauf que son épouse est à la maison, en train de travailler sur une nouvelle oeuvre d’art, comme habituellement. Alors quoi ? Etait-ce un canular ? Mais le texte se situe dans un futur non daté, dans lequel les citoyens peuvent se faire scanner, pour “revivre” après leur mort dans une vaste simulation numérique. Le scan de l’épouse de David aurait-il été piraté ? Impossible, puisqu’elle a toujours refusé de se faire scanner, contrairement à lui.

Je n’en dirai pas plus sur un texte qui, l’air de rien, en vient à poser de vraies et très pertinentes question sur la vie, la mort, la “réincarnation numérique” et ce qui définit la vie, mais aussi, en allant plus loin, la conscience, la mémoire et l’importance de celle-ci quant à l’image que l’on se fait de ceux qui nous côtoient. Et le tout se mélange pour former une réflexion passionnante sur la vie, sur l’autre, rejoignant d’une certaine manière un proverbe malgache disant que “Les morts ne sont vraiment morts que lorsque les vivants les ont oubliés”.  Rien de très novateur au départ sur les thématiques abordées, mais le discours est d’une précision et d’une limpidité rare. Passionnant et questionnant.

 

On s’arrête à mi-chemin pour la première partie, mais je crois qu’on peut déjà sentir venir l’orientation de mon avis final sur ce recueil. Sur le plan des idées, c’est assez dingo !

 

Lire aussi l’avis de Feyd Rautha, Gromovar, Anudar, Lutin (partie 1, partie 2), Philémont, Le boudoir littéraire, Blackwolf, Hellrick, Falaise Lynnaenne, Gustave le chat, LadyScar, Le cri du lézard, Snow, Culture SF, Human after all, Culture remains, Le dernier des blogs

 

Critique écrite dans le cadre du challenge “#ProjetOmbre” de OmbreBones.

 

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Emissaires des morts, de Adam-Troy Castro https://www.lorhkan.com/2021/01/11/emissaire-des-morts-de-adam-troy-castro/ https://www.lorhkan.com/2021/01/11/emissaire-des-morts-de-adam-troy-castro/#comments Mon, 11 Jan 2021 07:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12767 Adam-Troy Castro n’est guère connu en francophonie, et pour cause : malgré une bibliographie conséquente en VO, il n’a été traduit, avant la parution de “Emissaires des morts”, qu’à trois reprises, trois nouvelles parues dans la revue numérique Angle Mort. Je n’avais pour ma part lu qu’un seul texte de...

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Adam-Troy Castro n’est guère connu en francophonie, et pour cause : malgré une bibliographie conséquente en VO, il n’a été traduit, avant la parution de “Emissaires des morts”, qu’à trois reprises, trois nouvelles parues dans la revue numérique Angle Mort. Je n’avais pour ma part lu qu’un seul texte de lui, mais quel texte ! “Une brève histoire des formes à venir” dans Angle Mort numéro 11, fut un régal d’absurde et d’humour, plein d’humanité. Un texte (librement disponible, et à la lecture très fortement conseillée donc) qui m’avait marqué et qui m’a fait voir d’un très bon oeil l’arrivée de l’auteur chez Albin Michel Imaginaire.

 

Quatrième de couverture :

Un space opera coup-de-poing situé dans un futur lointain, celui du Système Mercantile, où le racisme, la guerre, l’esclavagisme et la corruption n’ont pas pris fin, bien au contraire.

Quand elle avait huit ans, Andrea Cort a été témoin d’un génocide. Pis, après avoir vu ses parents massacrés, elle a rendu coup pour coup. En punition de ses crimes, elle est devenue la propriété perpétuelle du Corps diplomatique. Où, les années passant, elle a embrassé la carrière d’avocate, puis d’enquêtrice pour le bureau du procureur. Envoyée dans un habitat artificiel aussi inhospitalier qu’isolé, où deux meurtres viennent d’être commis, la jeune femme doit résoudre l’affaire sans créer d’incident diplomatique avec les intelligences artificielles propriétaires des lieux. Pour ses supérieurs, peu importe quel coupable sera désigné. Mais les leçons qu’Andrea a apprises enfant ont forgé l’adulte qu’elle est devenue : une femme pour le moins inflexible, qui ne vit que pour une chose, « combattre les monstres ».

 

Diplomatie spatiale

“Emissaires des morts” est un gros pavé de 700 pages (avec le toujours génial Manchu pour l’illustration de couverture), composé de quatre nouvelles ou novellas et d’un roman de 400 pages (traduits par Benoît Domis). Commençons par saluer l’initiative de Albin Michel Imaginaire qui a pris le parti d’offrir au lecteur un “tout” (présenté dans l’ordre chronologique interne du cycle) alors qu’il aurait été tout à fait possible de se passer des récits courts pour ne livrer que le roman, qui contient par ailleurs toutes les informations nécessaires pour en comprendre les tenants et les aboutissants.

Mais quelle erreur cela aurait été ! D’une part parce que les quatre novellas sont d’excellente facture, et d’autre part parce qu’elles éclairent de manière singulière le personnage d’Andrea Cort à travers certaines missions qui l’ont forgée, son passé dramatique qu’elle va être contrainte de (sup)porter jusqu’à la fin de sa vie, et surtout permettent de comprendre pleinement ce qui la hante tout au long du roman, suite à une sorte “d’épiphanie” vécu dans l’un de ces textes. Bref, les quatre premiers textes n’ont rien d’un apéritif dispensable, bien au contraire.

Andrea Cort travaille au sein du Corps Diplomatique, en qualité de répresentante du Procureur Général de la Confédération Homo Sapiens. Elle est donc chargée de gérer l’aspect diplomatique des affaires criminelles mêlant l’humanité à une ou plusieurs espèces extraterrestres parmi les nombreuses civilisations peuplant l’espace connu. Les quatre textes courts présente des situations variées dans lesquelles il s’agit pour Andrea Cort de négocier des accords pour livrer un criminel, débusquer un traître, tenter de trouver une solution alternative pour soustraire à la justice extraterrestre un homme condamné par celle-ci à la peine capitale, ou bien s’assurer que la justice passe et satisfasse tous les partis alors que la civilisation victime des crimes d’un meurtrier humain, déclarée sentiente mais très éloignée d’un quelconque anthropomorphisme, semble ne pas pouvoir entrer dans les cases du droit interstellaire…

Il y aurait beaucoup à dire sur ces textes très efficaces, écrits sur un mode policier, et qui jouent sur les thématiques de la justice et du châtiment, tout en proposant un personnage (Andrea Cort donc) complexe, que le drame qu’elle a vécu (et auquel elle a pris part) ne cesse de hanter et qui est le point de départ du reste de sa vie. Car cette humanité future n’est pas une utopie, et le Corps Diplomatique use de moyens assez douteux pour enrôler ceux qui œuvreront pour la justice des hommes. L’esclavage capitaliste existe toujours bel et bien, et pour se sortir d’une planète “usine” dominée par une mégaentreprise, il n’y a guère d’alternative si ce n’est le Corps Diplomatique qui peut acheter la liberté des citoyens auprès de leur employeur, moyennent un certain nombre d’années d’engagement (qui peut être allongé ou raccourci en fonction des résultats de l’engagé). Une forme d’esclavage pour se sortir d’un autre esclavage. Comme le dit l’un des personnages du roman :

Nous sommes tous des propriétés, Maître. la seule chose qui importe, c’est de bien choisir son maître.

Mais ce n’est pas tout à fait le cas d’Andrea Cort. Qualifiée de criminelle et condamnée à vie pour ce qu’elle a commis alors qu’elle avait huit ans, le Corps Diplomatique a acheté son engagement, mais il s’agit ici d’un engagement à vie. Andrea Cort est donc sous les ordres de son employeur, avec un contrat pas forcément à son avantage, contrainte et forcée, sans aucun moyen de s’en libérer. Voilà l’humanité du futur. Ce que la Représentante du Procureur a vécu (et les quelques années d’enfermement qu’elle a subi avant de rejoindre le Corps Diplomatique, entre violences physiques et psychologiques) a fait d’elle une femme repliée sur elle-même, refusant le contact physique et profondément misanthrope. Tout un programme dès lors qu’on travaille dans les relations diplomatiques…

Les quatre nouvelles, dont trois d’entre elles sont écrites à la troisième personne, ont la particularité (à l’exception de l’une d’elles, quoique…) de faire intervenir Andrea Cort alors que les crimes ont déjà été commis, que le criminel a déjà été arrêté voire déjà jugé. Notre enquêtrice ne manquera pourtant pas d’occasions d’aller mettre son nez là où on ne l’attendait pas forcément, et de découvrir les dessous d’évènements plus complexes qu’imaginés de prime abord. Quatre excellents textes, je l’ai déjà dit.

Le roman, quant à lui, écrit à la première personne, est moins surprenant sur la forme, ou disons plus classique. Cette fois Andrea Cort est chargée de trouver le coupable de deux meurtres ayant eu lieu sur une immense station spatiale perdue au milieu de nulle part et construite (de manière très particulière puisque tout ou presque y est inversé : l’atmosphère et ce qui fait office de soleil sont situés vers le bas, les habitants de cette station vivant dans des hamacs suspendus au-dessus de ce qu’il faut bien appeler le ciel !) par des intelligences artificielles s’étant émancipées de leurs anciens maîtres. Des intelligences artificielles forcément mystérieuses, qui sont présentes partout et ont infiltré tous les secteurs de la diplomatie/économie/société interstellaire et qu’il est donc risqué de se mettre à dos. Andrea Cort a donc pour mission de trouver le coupable, un coupable qui ne doit surtout pas être l’une de ces IA. Une enquête orientée dès le départ donc.

Adam-Troy Castro déroule ensuite son récit de manière très (peut-être un peu trop) classique : présentation du contexte, des enjeux, des protagonistes, etc, au fil des premiers chapitres. A défaut d’être surprenant, le texte a le mérite d’être efficace et entraînant, mais il manque un peu de “l’urgence” des premiers textes. En revanche, il approfondit le contexte général de cet univers de SF, par petites touches, même s’il manque encore bien des détails pour qui voudrait tout connaître de son fonctionnement (les voyages par exemple, qui semblent prendre du temps puisque la technique de la stase semble être utilisée. Mais comment se gèrent une ou des civilisations avec de tels voyages au long cours ? Notamment pour ce qui est des relations diplomatiques qui ont largement le temps d’évoluer entre deux missions… Par ailleurs, il semble que les communication ne subissent pas les mêmes contraintes de temps puisqu’elles semblent être plus rapides que la lumière : des messages s’échangent en quelques heures ou jours alors que la station est située à une vingtaine d’années-lumière du monde habité le plus proche…). Des points de world-building qui mériteraient un éclaircissement mais qui tiennent plus de l’ordre du pinaillage pour moi : je suis bon public, et tout à fait prêt à faire des concessions au réalisme dès lors que l’auteur n’en fait pas son cheval de bataille.

Et puis le roman (qui donne son nom au recueil), en plus d’offrir quelques beaux retournements de situation et d’user de quelques réjouissants “trucs” de SF qui font toujours plaisir aux fans du genre (créatures sentientes créées par des intelligences artificielles, nanomachines, intelligences artificielles rebelles, personnages liés par un lien “télépathico-cybernétique”…), n’a de cesse de faire évoluer son personnage principal. Andrea Cort n’est jamais figée, ni dans ses enquêtes, ni dans ses relations, et la fin du texte nous offre une belle ouverture sur l’avenir d’une héroïne (et d’un cycle) qu’on a hâte de découvrir dans un prochain volume. Ca tombe bien, Albin Michel Imaginaire a déjà prévu la sortie du deuxième tome pour le mois de juin. Rendez-vous est pris ! Et d’ici là, n’oubliez pas de lire le génial texte “Une brève histoire des formes à venir”. C’est très différent mais c’est aussi excellent. Adam-Troy Castro va peut-être enfin percer en France…

 

Lire aussi les avis de Stéphanie Chaptal, François Schnebelen, Yuyine, Artemus Dada, Zina, La Geekosophe

 

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Bonne année 2021 ! https://www.lorhkan.com/2021/01/01/bonne-annee-2021/ https://www.lorhkan.com/2021/01/01/bonne-annee-2021/#comments Fri, 01 Jan 2021 07:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12748 Après une année 2020 assez pourrie il faut bien le dire, je ne peux que vous souhaiter à toutes et tous une année 2021 qui soit meilleure que celle que pour la plupart nous sommes heureux de voir se terminer. C’est un peu le minimum syndical… Pour le reste, comme...

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Après une année 2020 assez pourrie il faut bien le dire, je ne peux que vous souhaiter à toutes et tous une année 2021 qui soit meilleure que celle que pour la plupart nous sommes heureux de voir se terminer. C’est un peu le minimum syndical…

Pour le reste, comme d’habitude, bonheur, travail, richesses en tous genres, mais surtout santé bien sûr. C’est de circonstance. Et aussi plein de belles lectures car c’est ce qui nous réunit, ici ou ailleurs.

Bonne année 2021 !

 

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Zapping VOD, épisode 57 https://www.lorhkan.com/2020/12/30/zapping-vod-episode-57/ https://www.lorhkan.com/2020/12/30/zapping-vod-episode-57/#comments Wed, 30 Dec 2020 07:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12757 Le dernier zapping date du mois d’août… J’ai sans doute zappé (haha) quelques trucs. Petit retour en arrière donc, sur des visionnages importants de ces derniers mois, séries ou films, rapidement car mes souvenirs s’estompent… 😀   Mulan, de Niki Caro Nouvelle adaptation “live” d’un classique Disney, “Mulan” était attendu...

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Le dernier zapping date du mois d’août… J’ai sans doute zappé (haha) quelques trucs. Petit retour en arrière donc, sur des visionnages importants de ces derniers mois, séries ou films, rapidement car mes souvenirs s’estompent… 😀

 

Mulan, de Niki Caro

Nouvelle adaptation “live” d’un classique Disney, “Mulan” était attendu au tournant pour plein de raisons. Plus ou moins spécifiquement développé en direction d’un public chinois qui pèse de plus en plus dans la balance financière des studios, avec un budget massif pour envoyer du lourd à l’écran, tout semblait fait pour assurer un monstrueux carton. Mais une certaine épidémie est passée par là, en plus de prises de paroles malheureuses de Liu Yifei, l’actrice qui incarne Mulan, et de quelques adaptations du récit qui ne sont pas passées inaperçues et ont fini par provoquer un appel au boycott du film… Et encore, j’en passe… Bref, de la case cinéma, le film s’est retrouvé, pour la plupart des téléspectateurs occidentaux, dans la case streaming. Et le verdict financier est sans appel : de carton il n’y aura pas, il n’est même sûr que Disney rentre dans ses frais (mais les chiffres du streaming ont le don d’être particulièrement opaques).

Mais quid du film en lui-même dans tout ça ? Hé bien à vrai dire, pas de quoi faire un carton. Le long-métrage de Niki Caro essaie beaucoup de choses, mais sans jamais pleinement réussir. Pour dire les choses simplement, “Mulan” est tiède sur à peu près tous les plans. Disney a voulu faire un film épique : mouais. C’est ultra balisé. Disney a voulu faire un film de sabre : mouais, pas grand chose de spectaculaire à se mettre sous la dent. Disney a voulu faire un film d’arts martiaux, avec Donnie Yen pour donner le change : mouais, idem, ça n’a rien de folichon. Il n’y a guère que les costumes et les décors qui emportent l’adhésion, de ce côté-là c’est vraiment splendide.

Ceci dit, il ne m’a pas été bien compliqué d’en déduire que je ne suis pas la cible de ce film, puisqu’avec un peu d’expérience cinématographique on constate vite que la plupart des aspects qu’il aborde ont été mieux traités ailleurs. Reste une belle héroïne féminine désireuse de mener sa vie comme elle l’entend et en dépit des conventions, une héroïne qui pourrait inspirer de nombreuses jeunes filles. C’est déjà une victoire en soi.

 

The Boys, saisons 1 et 2, de Erik Kripke

Marre des films et séries de super-héros ? “The Boys” est le remède idéal ! Oui, c’est aussi une série de super-héros, mais dans le genre déconstruction du mythe, “The Boys” se pose là ! Violent, irrévérencieux, drôle, la série déboulonne les icônes super-héroïques en en faisant des stars uniquement attirés par l’argent (avec contrat, merchandising, adaptations ciné, etc…), sans aucune considération pour ceux qui les adulent, des stars camées et/ou violentes, prêtes à mettre un mouchoir sur l’éthique quand ça les arrange.

Et à côté de ces douteux super-héros, il y a Butcher, un homme “normal” qui a décidé des les traquer pour faire éclater la vérité sur leur comportement et qui, pour se faire, va monter une fine (enfin, fine…) équipe.

Mélangeant thriller, violence, action et humour (parfois très décalé, les (més)aventures du looser The Deep sont à mourir de rire !), doté d’un fond particulièrement riche (le star-system, l’industrie des super-héros, le personnage messianique, etc…), “The Boys” est une petite merveille. Mené par un Karl “Eomer” Urban des grands jours d’un côté et un terriblement flippant de folie Antony Starr dans le rôle de Homelander (l’équivalent de Superman) de l’autre, la série est une cure de jouvence pour le genre désormais essoré des super-héros sur écran (petit ou grand). Deux saisons, deux petits bijoux, vivement la troisième !

 

The Mandalorian, saisons 1 et 2, de Jon Favreau

Après une certaine désaffection de ma part pour la saga “Star Wars” à cause d’une dernière trilogie pas franchement enthousiasmante (je n’ai d’ailleurs même pas parlé sur ce blog de l’épisode IX qui a fini par sombrer dans le ridicule en ressassant toujours les mêmes thèmes et les mêmes personnages…), j’ai vu l’arrivée en streaming de “The Mandalorian” avec circonspection. Mais les critiques étant plutôt élogieuses, je m’y suis mis moi aussi. Et que dire si ce n’est que la série sonne comme un nouvel espoir pour une franchise qui me paraissait sacrément mal barrée ? La contre-attaque de Disney est en effet une franche réussite, qui réussit l’exploit de revenir à l’essence même de la saga (du space-opera d’aventure, limite pulp), de jouer astucieusement du fan-service pour caresser les fans dans le sens du poil, et d’avoir une identité propre.

Le ton est donné dès l’intro du premier épisode : un homme dans une armure mandalorienne entre dans une taverne, peuplée d’extraterrestres divers et variés, à la recherche d’un homme dont la tête est mise à prix. Ainsi donc, tout y est : les codes du western, que l’on retrouvera tout au long de la série (le héros est un solitaire chasseur de primes, les planètes visitées sont souvent plutôt arides…), et les passages obligés de “Star Wars” : des extraterrestres de toutes sortes, une cantina. On sait dans quoi on met les pieds, et on a ce qu’on est venu chercher.

Les trois premiers épisodes forment un arc introductif passionnant (Baby Yoda bien sûr…), et on se dit qu’on tient là un gros morceau. Les trois épisodes suivants douchent un peu l’enthousiasme, plus ou moins indépendants (en tout cas sur le coup puisqu’ils prennent de l’importance plus tard, grâce à ce qu’ils introduisent) et surtout plus ou moins bien amenés (la palme revenant à un épisode 6 sorti de nulle part…) et moins prenants, avant de revenir sur un diptyque final de première saison qui renoue avec la qualité. La deuxième saison enfonce le clou, avec à nouveau du fan-service qui fait bien plaisir (surtout quand on a un peu de connaissance de l’univers étendu).

Prenant des libertés avec les durées souvent calibrées des épisodes de séries télé (ici on passe d’à peine plus d’une demi-heure à 45 voire 50 minutes), “The Mandolarian” ne raconte que ce qui est nécessaire, sans en faire trop pour rallonger la sauce. Les acteurs sont bons (un grand bravo à Pedro Pascal qui parvient à faire passer des émotions et des manières d’être alors qu’on ne voit pratiquement jamais son visage), la musique de Ludwig Göransson est une vraie réussite (à mi chemin entre le western d’un Ennio Morricone et l’épique d’un John Williams de la grande époque).

Les effets spéciaux sont évidemment au top, on visite du pays (avec parfois un petit aspect “monstre de la semaine” amusant, notamment dans les deux premiers épisodes de la deuxième saison ou dans le troisième de la première), et l’ambiance western (parfois très appuyée comme dans le deuxième épisode de la deuxième saison avec le marshall qui fait la justice avec son armure dans un petit village qui a tout d’un village “de l’Ouest”) est un atout incontestable et  remarquablement géré.

Pas grand chose à ajouter : “The Mandalorian” mérite tous les éloges. Le seul risque est qu’il se retrouve à l’avenir “vampirisé” par les ambitions de Disney qui a annoncé rien de moins qu’une dizaine de séries en plus des inévitables films qui suivront eux aussi. Espérons que la (ou les) saison(s) suivante(s) ne devienne(nt) pas un hub pour introduire les autres personnages qui auront eux aussi droit à leur série. Ce serait lui jouer un bien mauvais tour alors qu’elle a toute les qualités requises pour voler de ses propres ailes. Croisons les doigts.

 

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Joyeux Noël ! https://www.lorhkan.com/2020/12/25/joyeux-noel-8/ https://www.lorhkan.com/2020/12/25/joyeux-noel-8/#comments Fri, 25 Dec 2020 07:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12745 Ho ho ho ! L’heure est venu de vous souhaiter à toutes et tous un très joyeux Noël ! Faites comme cette yodesque et mignonne créature juste au-dessus (enfin presque : elle a oublié son masque ! :O ) : prenez un thé, faites un feu, ouvrez vos cadeaux, et...

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Ho ho ho ! L’heure est venu de vous souhaiter à toutes et tous un très joyeux Noël ! Faites comme cette yodesque et mignonne créature juste au-dessus (enfin presque : elle a oublié son masque ! :O ) : prenez un thé, faites un feu, ouvrez vos cadeaux, et surtout profitez bien ! On en a tous besoin en ce moment…

Joyeux Noël ! 😉

 

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Bifrost 99, spécial Shirley Jackson https://www.lorhkan.com/2020/12/18/bifrost-99-special-shirley-jackson/ https://www.lorhkan.com/2020/12/18/bifrost-99-special-shirley-jackson/#comments Fri, 18 Dec 2020 07:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12731 Devinez quoi ? Je suis en retard ! Incroyable… Mais dans la perspective du vote pour le Prix des lecteurs de Bifrost 2020, j’ai décidé de me bouger un peu. Et donc, rattrapage en bonne et due forme avec ce Bifrost 99, paru en août 2020 (quand même…), consacré à...

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Devinez quoi ? Je suis en retard ! Incroyable… Mais dans la perspective du vote pour le Prix des lecteurs de Bifrost 2020, j’ai décidé de me bouger un peu. Et donc, rattrapage en bonne et due forme avec ce Bifrost 99, paru en août 2020 (quand même…), consacré à Shirley Jackson et illustré avec talent par Myles Hyman, petit-fils de l’autrice. Un bel hommage que voilà.

 

Les rubriques habituelles

L’édito post-(premier)confinement sonne comme de jolies retrouvailles pour tout un pan de la grande famille SF en France. Le bonheur de pouvoir enfin se réunir après une épreuve… délicate et qui amènera sans doute quelques conséquences. Mais l’heure (au moment de cet édito, le deuxième confinement et la suite de la crise sanitaire lui conférant une atmosphère forcément particulière…) n’est pas à la morosité, celle-ci arrivera bien assez tôt…

Du côté du reste des rubriques habituelles, on trouve le toujours attendu (et très fourni, la crise sanitaire n’a pas eu raison de la surprodution semble-t-il…) cahier critique permettant d’orienter quelques achats en vue de Noël (retard du lecteur oblige ! 😀 ), une interview (j’aime toujours autant cet article, donnant la parole à une cheville ouvrière de nos genres préférés, qu’ils soient traducteurs, éditeurs, libraires, bibliothécaires ou autres) de Benoît Domis, éditeur et traducteur spécialisé dans le fantastique (mais pas que), un article de Roland Lehoucq qui, après nous avoir expliqué comment déplacer une planète, s’attaque cette fois au déplacement du système solaire entier ! Mais où s’arrêtera-t-il ?  Le verdict est en tout cas sans appel : c’est techniquement possible (mais bien au-delà de nos moyens évidemment) mais surtout très TRES TRES long… Et enfin, quelques news en vrac sur des anthologies, des prix et des revues. Tiens à propos des revues, point de Thomas Day dans ce numéro, faute de place, ça lui laisse un peu de temps pour calmer ses ardeurs. 😀

 

Le dossier Shirley Jackson

Les nouvelles prenant beaucoup de places, comme on le verra plus bas, le dossier n’est pas des plus épais : 44 pages bibliographie comprise, ou 35 pages de rédactionnel. A moins que ce ne soit du fait d’un dossier court que les nouvelles prennent de la place ?… Peu importe, court ne veut pas dire mauvais, hein ? La taille ne compte pas (pas trop… 😀 ), tout le monde le sait. 😉

Bref, après cette intelligente introduction, place au dossier en lui-même. Qui commence avec un article mi-biographique mi thématique de Jean-Daniel Brèque, permettant de mieux connaître Shirley Jackson. Sa vie, son oeuvre en somme. Eclairant.

Suit la transcription d’une conférence donnée en 1959, dans laquelle Jackson détaille sa manière d’aborder l’écriture et les “petits trucs” nécessaires pour capter le lecteur. D’où le titre de l’article : “L’ail dans la fiction”. Un peu long mais intéressant.

C’est ensuite l’ami Gromovar qui dissèque l’oeuvre de Shirley Jackson pour tenter d’en dévoiler les thèmes essentiels, par l’exemple, en citant les textes concernés. Une approche qu’on aurait pu trouver redondante avec celle du premier article, mais elle donne un résultat plutôt complémentaire.

Vient ensuite l’inévitable guide de lecture, assez courts (cinq livres) puisque Shirley Jackson n’a publié de son vivant que six romans (dont trois traduits en français). En revanche, avec 170 nouvelles, il semblerait que nous ayons encore beaucoup à découvrir… En l’état, ce qui est paru, et que je n’ai pas lu (j’ai raté le recueil “La loterie et autre contes noirs” de peu), semble déjà tout à fait digne d’intérêt.

Myles Hyman, le fameux illustrateur et auteur de la couverture de ce numéro, se prête à l’exercice de l’interview dans laquelle il revient sur son parcours, ses influences, ses techniques, etc… Domicilié en France, il revient également sur son travail en rapport avec les textes de Shirley Jackson (une grand-mère qu’il n’a que peu connue : il n’avait pas trois ans quand elle est décédée) puisqu’il a adapté en BD la fameuse nouvelle “La loterie”.

Enfin, le toujours impressionnant travail de bibliographique d’Alain Sprauel dévoile une large part de textes non traduits en France. Mais parmi ceux-ci, il faut malgré tout signaler qu’une part non négligeable ne relève pas de la littérature de genre.

 

Les nouvelles

A tout seigneur tout honneur, on commence avec “La souris” de Shirley Jackson. Ne relevant pas de la littérature de genre, ce texte représente malgré tout le coeur de la fiction de l’autrice, à savoir l’horreur psychologique. Le récit est très court (quatre pages), mais il est édifiant. Il faut cependant être attentif à tout ce qui est dit (et surtout non dit) dans cette histoire de couple, d’enfants (absents) et de… souris pour comprendre la chute. Glaçante.

Deuxième texte au sommaire de Bifrost, “Noirs vaisseaux apparus au sud du Paradis”, de Caitlín R. Kiernan, se situe dans le même univers que sa novella “Les agents de Dreamland” parue il y a peu dans la collection “Une heure-lumière” du Bélial’. On y retrouve le noir futur que l’on entrevoyait dans la novella. L’ambiance reste la même : noire, désespérément noire. Si Lovecraft, que Kiernan convoquait déjà dans “Les agents de Dreamland”, hante à nouveau le récit, les entités que l’auteur de Providence se plaisait à “dévoiler sans les dévoiler” sont ici pleinement invoquées. Mieux que ça : elles consument le monde. Cthulhu s’est réveillé, R’Lyeh est apparue dans le Pacifique et l’humanité est sur le point de disparaître. Mais certains luttent encore, tentant d’entretenir l’espoir. Malheureusement pour eux, les “cultistes de l’ombre” ne sont jamais loin et sapent l’effort des derniers résistants… Et qui mieux que le Pharaon Noir pour cela, oeuvrant à accomplir les sombres desseins des entités extraterrestres toutes puissantes ?

Première publication française pour Alix E. Harrow, “Guide sorcier de l’évasion : atlas pratique des contrées réelles et imaginaires” et son hommage à la lecture en tant que nécessaire moyen d’évasion d’une vie réelle aux accents dramatiques est une ode aux livres. C’est aussi une manière de rendre hommage  au travail des bibliothécaires, à même d’orienter ou du moins de soulager les maux de la vie. Avec un brin de magie en sus et de multiples citations de romans bien connus, ce texte fait évidemment penser au célèbre “Morwenna” de Jo Walton, un même amour de la littérature de genre animant les deux textes.

Le couple Kloetzer revient, avec “Ouroboros”, dans son univers du “Satori” (lequel contient déjà “Vostok”, “Issa Elohim” ou “L’anamnèse de Lady Star”) pour une virée au pas de course dans une station spatiale en orbite autour de l’astéroïde Vesta. Et le texte, sur lequel j’étais un peu dubitatif au premier abord, m’a finalement entraîné à la suite de cette coureuse de fond qui tente de battre le record du tour de la station, à la découverte de ce satellite artificiel et ses habitants. Et sur un rythme trépidant, les Kloetzer nous montre l’organisation sociale de la station, la séparation des populations dans différents modules, les luttes de pouvoir au Conseil, l’omniprésence des intelligences artificielles, etc… Un texte très habile.

Dans “Par les visages”, Olivier Caruso nous montre une humanité victime d’une pandémie : la population est en effet victime de prosopagnosie généralisée, c’est à dire l’incapacité de reconnaître les visages. On pourrait se dire qu’il est relativement simple de passer outre (avec des noms sur les vêtements ou d’autres trucs plus ou moins simples), mais tellement de choses passent par les visages, notamment dans le cadre personnel… C’est donc une grave crise d’identité et de confiance qui se pose à notre espèce, et certains en profitent pour jouer les imposteurs, avec à terme l’écroulement de la société. Et quand on suit les pas d’une jeune femme (dont la soeur jumelle est dans l’espace et sur le point de faire une découverte majeure) mariée avec un enfant en bas âge, on imagine bien que cette prosopagnosie ne va pas être une partie de plaisir… Un texte noir, mais dont les situations prêtent parfois à sourire. Il en résulte un effet de malaise très efficace.

Et enfin, pour clore ce volumineux chapitre des nouvelles (6 récits pour presque une centaine de pages, plus de la moitié de ce numéro), retour à Shirley Jackson avec “Un jour comme les autres, avec des cacahouètes”. A nouveau un récit à chute, à nouveau un sentiment d’étrangeté et de malaise qui saisit le lecteur à l’issue d’un texte qui, au départ avec cet homme qui semble passer sa journée à faire le bien autour de lui, semblait pourtant être lumineux. Un texte efficace, une chute réussie. Mais là non plus, pas de littérature de genre à l’horizon. Mais qu’importe le flacon… 😉

 

Pour conclure

La phase 1 du rattrapage pour les vote du Prix des lecteurs de Bifrost 2020 est donc terminée. Place à la phase 2, dont l’article paraîtra après la date limite des votes. Que l’on se rassure, le Bifrost 100 est déjà lu… 😉 En tout cas, ce fut une découverte sympathique d’une autrice que je ne connaissais que de nom. Je ne suis pas sûr que ses écrits me conviennent parfaitement mais je pense bien lire un jour au moins ses deux romans les plus connus, à savoir “La maison hantée” et “Nous avons toujours vécu au château”, mais aussi quelques nouvelles, sa façon de jouer sur la chute me semblant assez efficace. Allez, direction le Bifrost 100 !

 

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Rockyrama – Voyage Galactique, une traversée imaginaire dans l’univers de Dune https://www.lorhkan.com/2020/12/15/rockyrama-voyage-galactique-une-traversee-imaginaire-dans-lunivers-de-dune/ https://www.lorhkan.com/2020/12/15/rockyrama-voyage-galactique-une-traversee-imaginaire-dans-lunivers-de-dune/#comments Tue, 15 Dec 2020 07:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12708 Encore un financement participatif, il faut croire que c’est la saison… Toujours est-il que la revue Rockyrama est passée par ce type de financement pour la parution d’un numéro spécial sur “Dune”. Oui, ça aussi c’est de saison. Format magazine, nombre de pages limité, illustrations au style si singulier d’Alex...

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Encore un financement participatif, il faut croire que c’est la saison… Toujours est-il que la revue Rockyrama est passée par ce type de financement pour la parution d’un numéro spécial sur “Dune”. Oui, ça aussi c’est de saison. Format magazine, nombre de pages limité, illustrations au style si singulier d’Alex Jay Brady, l’approche est donc forcément différente de celle d’un déjà fameux mook plus épais, pour ne citer que lui. Allons voir ça de plus près.

 

Quatrième de couverture :

Rockyrama vous embarque pour un voyage vers la planète Arrakis, à la découverte d’un monument de la SF. Retour sur l’oeuvre-monde de l’immense Frank Herbert. ainsi s’ouvre la porte des étoiles, un chemin vers l’infini et les contrées obscures de mondes inconnus. Ainsi commence… le Voyage Galactique.

 

Une introduction à l’univers littéraire et cinématographique de Dune

Sur 64 pages, il parait difficile de balayer tout le spectre d’une saga comme “Dune”, surtout si on s’attaque au versant littéraire comme cinématographique. Et ce n’est pas ce que tente ce numéro spécial de la revue Rockyrama. Il s’agit plutôt ici d’aborder l’oeuvre en douceur, sans plonger dans des détails scientifiques comme dans la parution du Bélial’, et sans tenter d’être exhaustif (si tant est qu’il est possible de l’être…) comme peut le faire le mook paru récemment. Une approche qui fait oeuvre de synthèse, vraisemblablement plutôt à destination des non-connaisseurs qui trouveront ici un ouvrage leur permettant d’avoir une première approche d’un univers qui a infusé dans bien des domaines, en insistant notamment sur les adaptations cinématographiques, tout en lui apportant quelques éléments d’analyse.

 

 

 

A ce titre, le sommaire est assez exemplaire. On commence avec un court article biographique sur Frank Herbert (on constatera qu’il n’insiste pas sur les mêmes détails que le même article dans le mook : rien sur les liens père-fils ici, rien non plus sur la carrière politique de l’auteur). Puis on aborde l’héritage de “Dune”, au cinéma bien sûr (avec un focus sur l’adaptation manquée de Jodorowsky, adaptation qui a malgré tout largement essaimé), mais aussi télévision, jeux vidéo, et d’autres licences moins évidentes comme “Warhammer 40K” (à titre personnel je dirais pourquoi pas pour les navigateurs, à la limite pour les mondes agricoles, en revanche le reste…).

 

 

 

Place ensuite à l’artiste britannique dont les oeuvres illustrent l’ensemble de ce numéro (à quelques exceptions près), Alex Jay Brady, pour un entretien assez classique (parcours, influences, références, rapport à “Dune”, etc…) mais intéressant. J’en profite pour saluer le talent de l’artiste, ses oeuvres sont très singulières, loin d’un aspect réaliste qu’on a trop souvent tendance à rechercher avant tout mais le résultat, parfois très “plastique-numérique” et parfois très “toiles”, est toujours très évocateur et non dénué d’un certain “sense of wonder”. C’est parfois assez radical mais ça ne peut pas laisser indifférent.

 

 

 

On aborde ensuite le coté cinématographique de l’oeuvre de Frank Herbert, avec le “Jodorowsky’s Dune” dont la dream team (les fameux “guerriers spirituels” du réalisateur chilien) laisse rêveur autant que circonspect, un entretien avec Chris Foss, artiste faisant partie de l’aventure Jodorowsky (avec quelques illustrations présentées, seules exceptions à l’omniprésence d’Alex Jay Brady), et bien sûr un article sur l’adaptation réussie cette fois (quoique… 😀 ) de David Lynch, un article qui montre que le cinéaste semble avoir été un peu dépassé par l’ampleur du projet mais qui, bizarrement, passe sous silence le fait qu’il ait fini par carrément le renier. Etrange.

 

 

 

Enfin, deux articles d’analyse sur le texte de Frank Herbert, l’un revenant sur “l’esthétique du désert” (couleurs, sons, musiques, temps, le tout dans un article bien sourcé, puisant entre autres chez “Lawrence d’Arabie”), l’autre sur “la géopolitique de Dune”, s’appuyant à nouveau sur “Lawrence d’Arabie” (et c’est un peu dommage de voir les deux articles sur l’aspect littéraire de l’oeuvre utiliser la même source, donnant l’illusion d’un texte un peu mono-référencé), pour un résultat pertinent même si les spécialistes n’apprendront rien (mais comme dit plus haut, ce n’est pas le but). On pourrait quand même regretter, vu le public visé, de ne pas trouver un vrai condensé clair et concis de l’intrigue pour donner envie, les éléments-clés de celle-ci se retrouvant dispatchés ici ou là, mais aussi que certains grands thèmes du roman ne soient qu’à peine effleurés (ou bien “par la bande”), tel le côté écologique ou bien la collusion politique-religion.

 

 

 

Au final, on a donc là, malgré quelques manques ici ou là, une belle introduction à l’oeuvre de Frank Herbert, touchant autant le texte que les adaptations, sans oublier l’apport que “Dune” a pu apporter à de nombreux domaines. Ce numéro spécial (plutôt un livre qu’un numéro spécial d’ailleurs, puisqu’il n’est dispo qu’en librairie), au maxi-format magazine, avec couverture cartonnée et papier épais, par ailleurs richement illustré (parfois en pleine page ou même en double pages) par les oeuvres d’Alex Jay Brady (et quelques autres de Chris Foss) si particulières et typées mais malgré tout marquantes, atteint son but : faire découvrir “Dune” à un public qui n’en a qu’une vague notion. Nul doute qu’après la lecture de cet ouvrage, sans en devenir un spécialiste, il en aura une vision plus éclairée.

 

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Artbook Florence Magnin https://www.lorhkan.com/2020/12/10/artbook-florence-magnin/ https://www.lorhkan.com/2020/12/10/artbook-florence-magnin/#comments Thu, 10 Dec 2020 07:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12697 Crowdfundé sur la plateforme Ulule, l’artbook tant attendu consacré à Florence Magnin, venant des éditions Nestiveqnen, est enfin arrivé ! Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il ne déçoit pas, présentant les oeuvres de l’artiste de superbe manière, tout en nous faisant un récapitulatif complet de sa carrière. Must...

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Crowdfundé sur la plateforme Ulule, l’artbook tant attendu consacré à Florence Magnin, venant des éditions Nestiveqnen, est enfin arrivé ! Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il ne déçoit pas, présentant les oeuvres de l’artiste de superbe manière, tout en nous faisant un récapitulatif complet de sa carrière. Must have ? Voyons cela.

 

Quatrième de couverture :

Florence Magnin est connue pour ses illustrations de romans de science-fiction et de fantasy, notamment le Cycle des Princes d’Ambre dans la prestigieuse collection “Présence du Futur” des éditions Denoël. Quant aux rôlistes, ils découvrent son talent dans les pages de Casus Belli, puis sur les couvertures de la gamme Rêve de Dragon, qui donnent magnifiquement vie au monde onirique et baroque de Denis Gerfaud.

Florence Magnin a également su imposer son style en bande dessinée, et ses séries L’autre Monde, Mary la Noire, L’héritage d’Emilie et Mascarade sont aujourd’hui incontournables dans le domaine du fantastique.

Avec plus de 600 illustrations réparties sur 208 pages, ce livre d’art vous présentera l’immense talent de l’artiste. Découpé en chapitres thématiques, l’ouvrage est agrémenté d’une longue interview inédite, ainsi que d’anecdotes et de commentaires partagées par l’artiste ele-même.

Illustrations, peintures, planches de BD, crayonnés… Toute la richesse de l’oeuvre de Florence Magnin réunie pour la première fois dans un superbe livre d’art.

 

Superbe vue d’ensemble du talent de Florence Magnin

C’est donc une approche thématique qui a été retenue pour aborder l’oeuvre de Florence Magnin, célèbre illustratrice (et bien plus que cela ensuite) dans les genres de l’imaginaire depuis les années 80. Mais avant d’entrer dans le vif du sujet, nous avons droit à une vaste interview d’une quinzaine de pages grand format, très instructive et dans laquelle l’artiste revient sur les grands jalons de sa carrière, ses rencontres, ses collaborations, ses techniques personnelles (où l’on apprend qu’elle est autodidacte, impressionnant !), ses influences, ses inspirations, etc… Une interview passionnante de bout en bout.

Puis “l’exposition” des oeuvres de Florence Magnin débute avec ses illustrations diverses dans le domaine de la fantasy et de la SF (dont le style penche assez nettement pour l’essentiel vers quelque chose de très organique, plutôt science-fantasy, point de hard-SF ici). Des collaborations multiples (Fleuve Noir, Denoël, Opta, J’ai Lu…), qui débouchent sur nombre de superbes tableaux, présentés ici dans une forme assez simple (la mise en page, et c’est aussi le cas pour les textes, est sans chichi dirons-nous, voire un peu sommaire) mais après tout, les stars de cet artbook sont bien les illustrations avant tout.

 

   

 

Un chapitre est consacré à part entière à ce qui a sans doute rendu Florence Magnin célèbre : le “Cycle des Neuf Princes d’Ambre” de Roger Zelazny. Des illustrations de couvertures iconiques, parues chez Denoël en collection “Présence du futur”, qui se sont vues ensuite accompagnées du fameux tarot qui atteint des prix dingues sur le marché de l’occasion et du livre “L’univers d’Ambre” écrit par François Nédelec. Et là, comment dire… La forêt d’Arden, la Marelle, Rebma, Tir-Na Nog’th… Tout un tas de lieux, de personnages et de scènes reviennent à la surface. Un brin de nostalgie aussi. Et l’envie relire le cycle (ou le lire tout court, je n’ai pas encore attaqué les cinq derniers romans…). Culte. Et bon sang, une réédition du tarot, un jour, please…

 

   

 

 

Puis on aborde le côté ludique des illustrations de Florence Magnin. “Rêve de dragon” bien sûr, l’autre oeuvre culte de l’artiste, le jeu de rôle que tout bon rôliste, à défaut d’y avoir joué, connait au moins de nom et de réputation. Mais Florence Magnin a également oeuvré dans le domaine pour bien d’autres “clients” : différents jeux de rôles mais aussi des jeux de cartes, des jeux de société, le magazine “Casus Belli”, etc… Des débouchés variés pour autant d’illustrations majeures.

 

   

 

 

Puis l’artbook nous présente les oeuvres orientées “jeunesse” de l’illustratrice, là encore déclinées sur plusieurs thèmes plus ou moins génériques : le Petit Peuple, Halloween, Noël, etc… Ce fut l’occasion pour moi de me remémorer une oeuvre lue il y a fort longtemps, enfouie tout au fond de ma mémoire et dont le titre m’a frappé lorsque je l’ai vu reproduit ici : “Jehan de Loin” de Bertrand Solet, à la couverture signée Florence Magnin donc, ce que j’ignorais totalement.

 

   

 

Puis on attaque un autre gros morceau : les BD, car Florence Magnin y a officié avec succès, à plusieurs reprises. Là encore, de bien belles oeuvres, et une somme de travail sans doute assez colossale. Mais le résultat valait l’effort, et même si c’est un domaine que je connais (et maîtrise) moins, cela donne envie de s’y intéresser de plus près…

 

 

Enfin, la dernière partie de l’artbook nous présente quelques essais, techniques diverses et autres travaux préparatoires qui ont jalonnée la carrière de Florence Magnin, qu’ils aient été retenus ou non. On y voit quelques belles choses aussi, notamment sur les aquarelles ou les crayonnés qui, pour préparatoires qu’il puissent être, imposent le respect par leur précision et le souci du détail qui ont toujours animé l’illustratrice.

 

   

 

Alors que dire si ce n’est : waouuuuh ! Quel livre ! Les amateurs de l’artiste se voient servir ici sur un plateau une sorte de best-of de l’oeuvre immense de la non moins immense Florence Magnin. Un style inimitable, reconnaissable entre mille, sans pour autant manquer de diversité (même si on découvre au fil des pages quelques motifs qui reviennent de temps en temps, comme le personnage au premier plan qui guide le spectateur du regard vers le reste de la scène, ou bien des dragons que l’artiste aime dessiner avec un corps zébré…), pour une somme d’illustrations toutes plus somptueuses les unes que les autres, présentées de manière simple tout en les mettant bien en valeur (les quelques doubles pages sont évidemment à tomber…), voilà ce qui constitue le coeur d’un artbook incontournable, dont les pages de garde sont également signifiantes (un crayonné non fini après la première de couverture, le même crayonné terminé avant la quatrième de couverture, tout un symbole).

 

 

On n’oubliera donc pas de remercier les éditions Nestiveqnen d’avoir permis la naissance d’un tel livre, de même que les contributeurs (dont je suis, oui je m’autocongratule ! 😀 ) qui ont aidé au financement de celui-ci. Des contributeurs qui ont d’ailleurs la joie d’avoir reçu, en sus du livre, un tas de goodies qui ne sont pas que de simples petits bonus cosmétiques : entre une douzaine de marque-pages (malheureusement un peu trop fins), deux ex-libris, trois cartes postales, un bloc-notes, un paravent (recto fantasy, verso SF, qui aurait belle allure sur une table de jeu de rôle), et un poster plastifié (avec une face Jeu de l’Oie, une face Nain Jaune), il y a de quoi faire.

   

 

Alors, must-have ? Oui, totalement must-have !

 

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Le Bureau des atrocités, La Laverie tome 1, de Charles Stross https://www.lorhkan.com/2020/12/07/le-bureau-des-atrocites-la-laverie-tome-1-de-charles-stross/ https://www.lorhkan.com/2020/12/07/le-bureau-des-atrocites-la-laverie-tome-1-de-charles-stross/#comments Mon, 07 Dec 2020 07:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12666 Je n’avais jusqu’à présent lu que le côté purement hard-SF de Charles Stross, via le court roman (ou grosse novella, avant que ce terme et ce format ne deviennent enfin à la mode en France) “Palimpseste” et le très touffu mais tout à fait excellent “Accelerando”. Avec “Le Bureau des...

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Je n’avais jusqu’à présent lu que le côté purement hard-SF de Charles Stross, via le court roman (ou grosse novella, avant que ce terme et ce format ne deviennent enfin à la mode en France) “Palimpseste” et le très touffu mais tout à fait excellent “Accelerando”. Avec “Le Bureau des atrocités”, j’attaque un pan moins “sérieux” de sa bibliographie mais résolument réjouissant, où l’auteur mélange espionnage et épouvante, Len Deighton et H.P. Lovecraft, magie et science, services secrets et entités indicibles et innommables… Tout un programme !

 

Quatrième de couverture :

On vous a menti sur toute l’histoire contemporaine. Durant la Seconde Guerre mondiale, les nazis ont failli l’emporter grâce à leurs sacrifices humains et à leurs invocations de puissances ténébreuses.
L’informaticien Bob Howard a été engagé au Bureau des atrocités, dit aussi la Laverie centrale, parce qu’il a eu le malheur d’explorer des archives qui auraient dû être effacées. Et d’y apprendre la thaumaturgie mathématique.
En effet, la Laverie, le plus secret des services secrets britanniques, veille à ce que certains théorèmes qui ouvrent l’accès à d’autres univers ne soient jamais redécouverts. Elle enquête sur tous les phénomènes étranges afins de les résorber. Ce qui n’exclut pas la bureaucratie la plus tatillonne.
Howard est l’un de ses agents qualifiés action.
Issu d’un croisement improbable entre James Hadley Chase, Ian Fleming et H.P. LovecraftX Files et Men in Black, ce roman déplace les frontières entre les genres. Et Charles Stross s’y montre désopilant autant que terrifiant.

 

Des espions, des nazis, des entités indicibles, what else ?

Charles Stross est un auteur prolifique (pas loin d’une trentaine de romans alors qu’il n’a que 56 ans) et très inventif mais qui a du mal à se faire une vraie place en francophonie, la faute sans doute à un style trop technolo-geek et bardé de références qui ne parlent pas aux pratiquants de la langue de Molière et qui restreignent le public déjà pas forcément très large en SF “classique”. Résultat : les ventes semblent ne pas suivre, et les deux séries phares de l’auteur, “Les Princes-Marchands” et “La Laverie”, semblent être au point mort côté traduction, après quatre tomes pour la première (huit tomes et bientôt neuf en VO…) et seulement deux tomes pour la deuxième (chez deux éditeurs différents en grand format, ça n’aide pas, contre neuf romans et plusieurs récits courts en VO).

Quoique, pour cette dernière, les choses semblent en passe de changer grâce à la pugnacité de quelques personnes éclairées au sein du collectif Exoglyphes et de la maison d’édition associative 500 nuances de geek qui se sont données pour mission de continuer à publier Charles Stross (entre autres, car ils ont des idées, et des belles !) en France, et notamment son cycle de “La Laverie”. Les tomes 3 et 4 sont d’ores et déjà disponibles, les tomes 5 et 6 viennent de bénéficier d’un financement participatif, en plus d’être disponibles sur le Tipee d’Exoglyphes (même si j’ai du mal à comprendre comment cette dernière possibilité fonctionne, ça doit être mon côté vieux déjà dépassé… 😀 Du coup j’ai préféré me tourner plus simplement vers le financement participatif). Bref, ça avance, et c’est tant mieux. Et du coup avant de lire les tomes 3 et 4, il est de bon ton de lire d’abord les tomes 1 et 2, en commençant donc par “Le Bureau des atrocités”.

Et donc, c’est quoi cette Laverie ? C’est un organe des services secrets britanniques, chargé de protéger l’humanité contre “ceux-aux-nombreux-angles”, comprenez de sombres entités qui se cachent dans des univers parallèles ou bien des structures insoupçonnées que seules les mathématiques, platoniques ou non, informatiques ou non, peuvent découvrir. C’est ici que se trouve un élément important dans le roman de Charles Stross : une part de ce que l’on pourrait considérer comme étant “magique” est en fait tout ce qu’il y a de plus scientifique, notamment mathématique. On y parle de théorème de Turing, de complétude polynomiale dans les réseaux hamiltoniens, théorie des quanta, univers de Linde ou d’autres termes plus ou moins fumeux qu’il n’est absolument pas nécessaire de comprendre car ce qu’il faut retenir avant tout, c’est que Charles Stross s’amuse à donner un fondement mathématique à la magie et à ce qui peut provoquer l’ouverture d’une faille vers un autre monde duquel peut surgir à tout moment une entité tout ce qu’il y a de plus désagréable. La Laverie est là pour que ça n’arrive pas et que Lovecraft ne soit pas considéré, pour notre plus grand malheur, comme un visionnaire.

Et nous suivons donc Bob Howard (H.P. Lovecraft, Robert Howard, vous commencez à saisir ? 😉 ), arrivé il y a quelque temps à la Laverie plus ou moins de force du fait d’avoir joué d’un peu trop près avec une théorie mathématique potentiellement dangereuse pour notre dimension, qui mène une petite mission sur le terrain, censé être sans danger, juste un petit cambriolage de rien du tout. De fil en aiguille, il va devenir un vrai et officiel agent de terrain, et mettre le doigt dans un engrenage qui va l’emmener loin, très loin, jusqu’à des choses potentiellement indicibles et innommables…

Soyons clair : ce roman n’a rien de très sérieux. Charles Stross s’amuse comme un petit fou avec de multiples références, a une idée ou une blague de geek qui lui vient en tête à chaque page ou presque, et le roman, qui base son ambiance sur un pur récit d’espionnage avec rencontre discrète, couverture compromise et affaires plutôt louches sur un mode lovecraftien plein d’humour, en bénéficie à plein, sur un rythme plutôt élevé et sans guère de temps mort. Si temps est que le lecteur ne soit pas hermétique à cet humour très british et à la fois très geek, ultra référencé (les informaticiens seront aux anges) et qui fuse à chaque instant. Le roman n’est pourtant pas un roman d’humour, mais à l’évidence l’auteur s’éclate, et le lecteur avec.

Avec ce que je viens de dire, on pourrait penser à un roman potache qui mêle théories fumeuses, humour parfois balourd et action lovecrafienne pour un résultat amusant mais un brin idiot. Ce serait faire erreur car Charles Stross semble avoir très bien étudié son affaire, et pour faire de son texte un bon roman d’espionnage il a parsemé son récit de très nombreuses références historiques tout ce qu’il y a de plus sérieuses, et je me suis surpris plus d’une fois à consulter Wikipedia pour en savoir plus sur ce que Stross abordait. Oui, le roman joue beaucoup sur l’histoire secrète, notamment durant la Seconde Guerre Mondiale, une facette de plus à un texte qui ne manque décidément pas d’atouts.

Et donc, au bout du compte, Stross mélange du lovecratien, de l’espionnage, de l’épouvante, de l’histoire secrète, des nazis (hé oui !), et quelques piques envers les lourdeurs administratives qui ne manquent pas de perturber le fonctionnement d’un service secret dont on imagine pourtant que le côté comptabilité ne devrait pas interférer avec le travail de terrain. Erreur, grave erreur ! 😀 Et le lecteur se retrouve donc embarqué dans une trépidante aventure, un joyeux mélange des genres absolument réjouissant, parfois un peu border-line à trop vouloir en faire, mais qui emporte l’adhésion par l’évident enthousiasme qu’il provoque.

“Le Bureau des atrocités” nous donne également à lire une novella, “La jungle de béton”, moins orientée sur les lovecrafteries mais plutôt sur un cyber-piratage potentiellement dévastateur et une lutte d’influence au sein de la Laverie. Peut-être moins ouvertement loufoque que le roman, elle ne manque pas non plus d’intérêt, et nous montre quelques nouveaux éléments de ce service décidément très secret et aux multiples ressources.

Enfin, on trouve une très intéressante postface dans laquelle Stross nous donne son point de vue, tout à fait pertinent, sur ce qui différencie les romans d’espionnage et les romans d’épouvante, mais aussi ce qui les lie, “Le Bureau des atrocités” se réclamant des deux genres. L’auteur y discute également de l’image du hackeur et du lien entre magie antique et science et espionnage d’aujourd’hui.

Un excellent début donc pour ce cycle de “La Laverie”, fun, rythmé, ultra-référencé, intelligent et érudit également, et qu’il est bien difficile de lâcher. Il y a tout de même un risque que le style très “chien fou” de Stross puisse ne pas convenir à tout le monde, le ventes décevantes et l’arrêt des traductions dans le circuit classique de l’édition le montrent bien. Mais si on accroche à cet univers où la paranoïa, la science et l’espionnage côtoient les entités lovecraftesques, on s’embarque là dans un cycle hautement addictif. Vivement la suite !

 

Lire aussi les avis de Shaya, Artemus Dada, Mr K, Shooter, Maître Sinh

 

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Dune, exploration scientifique et culturelle d’une planète-univers, sous la direction de Roland Lehoucq https://www.lorhkan.com/2020/12/01/dune-exploration-scientifique-et-culturelle-dune-planete-univers-sous-la-direction-de-roland-lehoucq/ https://www.lorhkan.com/2020/12/01/dune-exploration-scientifique-et-culturelle-dune-planete-univers-sous-la-direction-de-roland-lehoucq/#comments Tue, 01 Dec 2020 07:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12643 La collection “Parallaxe” des éditions du Bélial’ ne cesse de grandir avec déjà cinq volumes au compteur, cinq volumes qui sont tous dans ma bibliothèque mais que je tarde un peu à lire… La hype grandissante autour de l’oeuvre-phare de Frank Herbert, “Dune”, essentiellement due à l’arrivée un peu moins...

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La collection “Parallaxe” des éditions du Bélial’ ne cesse de grandir avec déjà cinq volumes au compteur, cinq volumes qui sont tous dans ma bibliothèque mais que je tarde un peu à lire… La hype grandissante autour de l’oeuvre-phare de Frank Herbert, “Dune”, essentiellement due à l’arrivée un peu moins prochaine que prévue du film de Denis Villeneuve, m’a quand même poussé (d’autant plus que le roman est encore frais dans ma mémoire) à m’intéresser à la facette scientifique de l’un des plus célèbres romans de SF à travers cet essai dirigé par Roland Lehoucq, qui s’est entouré pour l’occasion de neuf acolytes pour décrypter la science dunienne.

 

Quatrième de couverture :

Dix spécialistes, scientifiques, philosophes et linguistes se penchent sur le chef-d’œuvre de Frank Herbert et dissèquent l’un des plus grands monuments de la science-fiction mondiale.
Ecologie, biologie, histoire des religions, astronomie, science politique ou chimie : de l’épice de longue vie aux fameux vers géants des sables, des mystères des Fremen aux arcanes de l’ordre féminin du Bene Gesserit en passant par les pouvoirs de la Voix, DUNE révèle ses secrets sous le prisme de la science !

 

La science dans “Dune” est peu visible et pourtant tellement présente

Voilà un volume qui impose le respect ! Composé de 14 articles (et un peu moins de 350 pages, soit la plus épaisse parution de la collection “Parallaxe” jusqu’à présent) permettant de dresser un vaste panorama scientifique et culturel du “Dune” de Frank Herbert (le premier tome essentiellement, même si le suite de la saga est aussi abordée ici ou là), Roland Lehoucq et son équipe ont su montrer de belle manière qu’alors que la science paraît très en retrait dans le roman elle est fait extrêmement présente mais “dans l’ombre”, elle soutient le roman et lui donne une vraie cohérence sans que cela ne devienne une difficulté pour le lecteur puisqu’elle ne s’impose jamais à lui. En somme, la dream-team scientifico-philosophico-culturelle du Bélial’ nous montre que Frank Herbert a réalisé un solide travail de recherche scientifique-historique-philosophique (et plein d’autres mots en -ique) et que rien n’est dû au hasard. Le résultat en devient même impressionnant : réussir à ce point à marier différents domaines tout en restant signifiant sur chacun d’entre eux (et pas qu’un peu !) relève de l’exceptionnel.

L’analyse de ce volume débute par un article de Roland Lehoucq lui-même qui nous montre que les planètes citées par Frank Herbert ne sont pas imaginées au hasard et reposent sur un solide socle scientifique. Tout n’y est pas parfaitement réaliste, mais la base est suffisamment cohérente pour donner l’illusion du vrai alors que pour un lecteur lambda ce sont des informations qui n’ont finalement aucune espèce d’importance.

Roland Lehoucq à nouveau, dans l’article suivant qui nous parle du voyage spatial, un élément sur lequel Frank Herbert n’a jamais été très explicite, notamment quand il s’agit de comprendre comment les navigateurs de la Guilde Spatiale utilise l’épice pour rendre ces voyages possibles. On n’en ressort pas forcément avec une compréhension plus grande de “comment ça marche” dans “Dune”, mais en revanche on comprend bien les problématiques du voyage spatial et ce qu’il est nécessaire d’envisager pour rendre un empire galactique à peu près gouvernable (car si vous voyagez à la vitesse de la lumière, passer d’une étoile à l’autre prend peut-être peu de temps pour le voyageur, mais pour ceux qui ne bougent pas le voyage dure quand même quelques dizaines ou centaines d’années, relativité oblige ! Difficile dans ces cas-là d’envisager une quelconque gouvernance à l’échelle galactique…), et ce qu’il est scientifiquement possible d’envisager pour ce faire (même si cela reste extrêmement hypothétique !).

La parole est ensuite à Jean-Sébastien Steyer pour étudier l’écosystème global de la planète Arrakis : la planète en elle-même, son sable, la vie qui la peuple et notamment les fameux vers des sables, avec pour finir un petit focus sur les “mutants” que sont les navigateurs de la Guilde, en tentant là encore de décrypter et d’interpréter scientifiquement les renseignements à notre disposition. Le réalisme n’est pas totalement assuré là non plus, mais les fondements scientifiques sont bel et bien présents.

Fabrice Chemla s’intéresse de son côté à l’épice, que cela soit scientifiquement mais aussi “culturellement” c’est à dire en cherchant les références auxquelles s’attache Herbert ou bien les éléments desquels il s’est inspiré. Production, usage, constitution, effets, tout est étudié de près, Fabrice Chemla, chimiste de métier, connait bien son affaire, on se demande même s’il n’a pas payé de sa personne auprès d’un certain nombre de chamanes pour tenter de voir l’avenir lui aussi… 😀

Daniel Suchet nous parle ensuite du “trilemme énergétique”, c’est à dire l’équilibre entre sécurité énergétique (l’approvisionnement), équité énergétique (l’accès à l’énergie pour tous) et durabilité énergétique (la capacité à faire durer le système dans le temps), pour analyser de manière un peu détournée les sociétés d’Arrakis et quelques éléments particuliers à cette planète. Un point de vue surprenant mais qui permet d’analyser le texte d’une façon différente mais pas moins pertinente.

Roland Lehoucq revient pour discuter du distille et de sa faisabilité technique. Avec toujours cette manière très “lehoucquienne” de nous expliquer simplement des notions scientifiques aux mécanismes complexes, l’article est un régal à lire et démontre une nouvelle fois que le texte et les éléments apparemment science-fictifs d’Herbert possèdent un vrai fondement scientifique. Le distille est donc théoriquement faisable. En pratique en revanche…

C’est ici que s’arrête pour l’essentiel l’étude tournée vers les sciences dites “dures”. On en arrive donc à un côté plutôt sciences humaines avec pour commencer Vincent Bontems qui porte un oeil sur l’innovation dans le roman “Dune”, en s’intéressant aux personnages qui peuvent être considérés comme innovateurs et de quelle manière. L’innovation ne se situe pas forcément là où on le pense… Un article original qui éclaire le texte d’Herbert d’une façon inattendue.

Frédéric Landragin aborde l’aspect linguistique du récit, ou plus précisément la manière dont Herbert distille (haha…) des renseignements essentiels au lecteur. Une analyse très fine de la façon qu’a l’auteur américain de gérer la narration de son récit, avec lexique et néologismes. Passionnant !

Carrie Lynn Evans, quant à elle, étudie les femmes dans Dune, un sujet d’actualité et dont le traitement par Herbert (son roman date de 1965 faut-il le rappeler, un époque bien différente sur ce point…) peut poser problème comme je le soulignais. Et pour l’essentiel, Carrie Lynn Evans considère en effet que les personnages féminins, aussi puissants qu’ils puissent sembler être et reposant pour l’essentiel sur la figure du cyborg (le “Manifeste cyborg” de Donna Haraway est bien sûr cité), sont l’incarnation de fantasmes masculins, que le texte de Frank Herbert montre implicitement que le danger vient des femmes et que le basculement d’une société patriarcale vers une “déségrégation des femmes” ne peut qu’amener trouble et catastrophes. Une approche radicale.

Puis vient Sam Azulys, docteur en philosophie, qui m’a en revanche un peu perdu dans un article essentiellement philosophique sur la géopolitique dans l’oeuvre phare de Frank Herbert. La philosophie n’étant pas vraiment ma tasse de thé, il faut être très didactique et accessible pour ne pas me barber. L’article étant un poil ardu avec plein de mots savants, j’avoue avoir fini par lire un peu en diagonale même si les fondements de l’article sont à l’évidence pertinents.

Fabrice Chemla revient à la charge en étudiant le côté religieux de la saga, évidemment très important. Événements marquants dans la saga, personnages, influences, références, syncrétisme, tout y est, l’article est à nouveau passionnant. Le chimiste Fabrice Chemla a plus d’une corde à son arc, et le montre de manière éclatante dans un article référence.

Frédéric Ferro nous parle de prescience et de prophétie, deux termes proches mais bien différents, abordés ici essentiellement sous l’angle de la philosophie. Un peu ardu là encore (oui, moi et la philosophie…), pas mon article favori.

Fabrice Chemla, encore lui, revient ensuite nous parler de la Mémoire Seconde des Révérendes Mères du Bene Gesserit, en revenant sur différents types de possession dans différentes cultures au fil de notre histoire, qu’elles soient voulues ou subies, comme dans le roman. Entre les visions enfumés des chamanes et les possessions démoniaques, je commence à comprendre ce que “chimiste” veut dire chez Fabrice Chemla😀

Et pour finir, Christopher L. Robinson fait oeuvre de synthèse dans le dernière article, réabordant le texte de Frank Herbert sous l’angle littéraire, et posant entre autres la question du genre auquel appartient le roman. Un article en forme de conclusion idéale.

Alors que dire si ce n’est que cette parution de la collection “Parallaxe” est un superbe recueil d’articles (en plus d’être un bel objet joliment illustré par Cédric Bucaille), passionnant de bout en bout et offrant un éclairage complet et remarquablement documenté sur une oeuvre qui n’a pas fini de faire parler d’elle et qui s’impose encore aujourd’hui comme un texte majeure du genre SF ? Tout simplement indispensable à tout lecteur cherchant à tirer la substantifique moelle du roman de Frank Herbert.

 

Lire aussi les avis de Feyd-Rautha, Touchez mon blog Monseigneur, Mureliane, Emmanuelle, François Schnebelen.

 

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Céder la place, de Emmanuel Quentin https://www.lorhkan.com/2020/11/26/ceder-la-place-de-emmanuel-quentin/ https://www.lorhkan.com/2020/11/26/ceder-la-place-de-emmanuel-quentin/#comments Thu, 26 Nov 2020 07:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12636 Cela fait un bon moment que je me suis promis de m’intéresser aux textes d’Emmanuel Quentin, sans en avoir eu l’occasion jusqu’ici. Et à l’occasion d’un concours organisé par les éditions 1115, me voilà lauréat d’une nouvelle et une novella du catalogue de l’éditeur (dans lequel j’ai déjà lu le...

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Cela fait un bon moment que je me suis promis de m’intéresser aux textes d’Emmanuel Quentin, sans en avoir eu l’occasion jusqu’ici. Et à l’occasion d’un concours organisé par les éditions 1115, me voilà lauréat d’une nouvelle et une novella du catalogue de l’éditeur (dans lequel j’ai déjà lu le fort sympathique “Sur Mars” de Arnault Pontier). L’occasion idéale de se faire un lot spécial Emmanuel Quentin, en commençant par la courte nouvelle “Céder la place”.

 

Quatrième de couverture :

Il y a des moments dans la vie pour partir en voyage. Et d’autres pour visiter des endroits insolites. D’autres, encore, pour faire des rencontres qui vous glacent le sang. Et d’autres, enfin, pour céder la place, même si rien ne vous dit que vous la retrouverez en revenant.

C’est vrai, si vous en revenez un jour…

 

Tourisme virtuel

Une vingtaine de pages plutôt efficace, voilà comment on pourrait résumer “Céder la place”. Dans un futur non daté dans lequel le tourisme est autant virtuel que réel (c’est à dire qu’on est physiquement présent dans un lieu recréé numériquement, l’aspect virtuel avec acteurs étant celui qui s’offre aux yeux des visiteurs) et dont les clients aiment à se faire peur dans des lieux symboliquement “chargés”, comme les catacombes de Paris, le Takakanomura Greenland Park au Japon ou le très charmant ancien hôpital psychiatrique de Kazan en Russie, dans lequel on usait régulièrement de la “psychiatrie punitive”, tout un programme…

On y suit Nat, acteur ayant servi à créer cette visite virtuelle, qui revient sur les lieux de sa dernière prestation pour voir le résultat en vrai et en situation, au sein d’un groupe de touristes lambdas. On pourrait voir venir le truc, mais Emmanuel Quentin nous emmène habilement dans une direction inattendue qui, si elle n’a rien d’originale dans le fond, offre son lot de surprises (que je ne dévoilerai bien sûr pas).

Alors certes, on ne tombe pas de sa chaise en se disant qu’on n’avait jamais lu ça auparavant, mais le récit est très efficacement mené et ne dévoile que ce dont le lecteur a besoin pour faire travailler son imagination (et de ce côté-là ca fonctionne parfaitement !), en le trompant au départ sur ce qu’il va lire, tout en étant limpide sur le contexte, lui aussi amené petit à petit.

Le tout fonctionne très bien, et si le mystère demeure arrivé à la conclusion, ça ne rend cette dernière que plus effrayante encore. Et, comme le dit Feyd-Rautha, on referme le livre et on découvre avec effroi ce que signifie cette curieuse couverture (et non, ce n’est pas, comme je le croyais au début, une sonnette de concierge… 😀 ), ainsi que le titre du texte. Aucun doute, “Céder la place” est une bonne pioche.

 

Lire aussi les avis de Yogo, Feyd-Rautha, Lune, la Lectrice Hérétique.

Critique écrite dans le cadre du challenge “Le Projet Maki” de Yogo.

 

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Vita Nostra, de Marina et Sergueï Diatchenko https://www.lorhkan.com/2020/11/16/vita-nostra-de-marina-et-serguei-diatchenko/ https://www.lorhkan.com/2020/11/16/vita-nostra-de-marina-et-serguei-diatchenko/#comments Mon, 16 Nov 2020 07:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12567 S’il est un roman qui a fait l’unanimité en France ces derniers mois, c’est bien “Vita Nostra” de Marina et Sergueï Diatchenko. Jugez plutôt : Grand Prix de l’Imaginaire 2020, Prix Imaginales 2020 et tout récemment le Prix Planète-SF des blogueurs 2020. Etant juré de ce dernier Prix, voici ma...

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S’il est un roman qui a fait l’unanimité en France ces derniers mois, c’est bien “Vita Nostra” de Marina et Sergueï Diatchenko. Jugez plutôt : Grand Prix de l’Imaginaire 2020, Prix Imaginales 2020 et tout récemment le Prix Planète-SF des blogueurs 2020. Etant juré de ce dernier Prix, voici ma chronique, forcément (très) en retard puisqu’évidemment j’ai lu ce roman avant la délibération… 😉

 

Quatrième de couverture :

Vita nostra brevis est, brevi finietur…
« Notre vie est brève, elle finira bientôt… »

C’est dans le bourg paumé de Torpa que Sacha entonnera l’hymne des étudiants, à l’« Institut des technologies spéciales ». Pour y apprendre quoi ? Allez savoir. Dans quel but et en vue de quelle carrière ? Mystère encore. Il faut dire que son inscription ne relève pas exactement d’un choix : on la lui a imposée… Comment s’étonner dès lors de l’apparente absurdité de l’enseignement, de l’arbitraire despotisme des professeurs et de l’inquiétante bizarrerie des étudiants ?

A-t-on affaire, avec “Vita nostra”, à un roman d’initiation à la magie ? Oui et non. On évoque irrésistiblement la saga d’Harry Potter et plus encore “Les Magiciens” de Lev Grossman. Mêmes jeunes esprits en formation, même apprentissage semé d’obstacles. Mais c’est sur une autre terre et dans une autre culture, slaves celles-là, que reposent les fondations d’un livre qui nous rappellera que le Verbe se veut à l’origine du monde. Les lecteurs de fantasy occidentale saturés d’aspirations à l’héroïsme tous azimuts en seront tourneboulés.

 

Transmutation

Tout commence étrangement : Sacha, jeune fille vivant avec sa mère, est abordée durant ses vacances au bord de la mer par un homme qui, avec quelques éléments de pression, lui demande d’aller se baigner nue chaque nuit à 4h du matin. Pour qui, pourquoi ? Mystère. De fil en aiguille, ce qui se révèle être une épreuve pour elle puis finalement un test l’emmènera s’inscrire à l’Institut des Technologies Spéciales, étrange université quasi inconnue située dans une ville perdue, Torpa.

C’est le point de départ de ce qui doit amener une sorte de transmutation, ou plutôt de métamorphose puisque ce roman est une adaptation/inspiration des “Métamorphoses” d’Ovide. Métamorphose comme un passage à l’âge adulte pour une jeune fille plus ou moins contrainte (du moins au départ) de faire ses études dans un endroit qu’elle n’a pas choisi, pour un cycle de plusieurs années. Transmutation car ce cycle d’études n’a rien d’un parcours classique. On y trouve des cours et des examens, c’est vrai, mais d’un genre assez particulier. Expliquer cela plus en profondeur serait trop en dévoiler alors que tout l’intérêt est de découvrir l’évolution de Sacha (et de bien d’autres étudiants) au contact de bien étranges professeurs qui semblent savoir des choses presque “au-delà du réel”.

Et au fil d’une écriture d’une remarquable finesse, on se prend très rapidement à suivre Sacha, à souffrir avec elle au fil de ses épreuves qui doivent autant à l’étrangeté et à une certaine forme de violence de ce cursus si particulier qu’à la vie classique d’une jeune fille en internat avec ses hauts et ses bas, des épreuves très humaines que tout un chacun traverse à un moment de sa vie, à rire avec elle lors de moments de joie, à être heureux des rencontres qui lui offrent du bonheur, de l’amour, à être effrayé quand on commence à discerner ce dans quoi elle s’est engagée et des conséquences qu’une mauvaise décision pourrait avoir sur son entourage.

Et puis l’étrangeté des professeurs, des cours, et des étudiants plus “avancés” dans le cursus frappent le lecteur. Où Sacha a-t-elle mis les pieds ? A quoi cela va-t-il la mener ? Pourquoi elle ? Le danger rôde, on le comprend vite, et les avertissements des professeurs se font pressants, inquiétants. Ainsi, le roman devient un vrai page-turner, à la fois chroniques d’une vie estudiantine, urban-fantasy light et mystérieuse, roman initiatique fantastique (dans tous les sens du terme) qui s’amuse à jouer avec les codes des romans de genre, mêlant frissons, fantastique et même un brin de SF quand le temps devient quelque chose de très relatif…

Tout cela est bel et bon, mais une chose m’a gêné, et pas qu’un peu. C’est le fait que le mystère demeure jusqu’au bout sur ce vers quoi vont les élèves, le but de leur enseignement “spécial”, pour dire le moins. C’est en effet vers cet inconnu que tend tout le roman, c’est sur lui que tient tout ou au moins une grande partie du suspense. Et si bien sûr cet élément, qui restera à jamais inconnu, n’est pas le coeur du roman ni de fait l’élément le plus important (le voyage, la destination, tout ça…), cette absence totale d’explication m’a vraiment laissé sur ma fin. Je n’ai rien contre les fins ouvertes, j’en suis même plutôt amateur en règle générale, mais ici je voulais savoir. Je voulais savoir car tout le roman tient, et ce depuis le tout début, sur quelque chose qui est totalement éludé. C’est à la fois très adroit de la part des auteurs, car cela entretient au moins en partie l’attention du lecteur, mais cela se termine en une énorme frustration. Et c’est un peu cette frustration qui domine à la fin, et qui participe du ressenti ultime une fois la dernière page tournée.

Alors soyons clairs, “Vita nostra” est un excellent roman, extrêmement riche, offrant plusieurs niveaux de lecture et abordant de nombreux thèmes de très belle manière, subtilement, adroitement, métaphoriquement ou non, doté de personnages plus vrais que nature, à la fois agaçants et attendrissants (comme dans la vraie vie, preuve que le roman vise particulièrement juste sur ce point). Mais sachez que vous n’obtiendrez aucune réponse au bout du chemin, ce qui m’a demandé un peu de recul pour réellement en venir à apprécier le roman, en laissant mon ressenti se “reposer” un peu. Soyez prévenus donc. Mais pour ceux qui sauront faire abstraction de ça, soyez sûrs que vous découvrirez un roman rare, unique même (et lisible par à peu près tout le monde, amateurs de genres ou non), remarquablement mené et à l’ambiance singulière, un grand roman tout simplement.

 

Lire aussi les avis de Gromovar, Lune, Anudar, Cédric, Tigger Lilly, Baroona, Anne-Laure, Célindanaé, Vert, Feyd-Rautha, Brize, Sometimes a book

 

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Dune, de Frank Herbert https://www.lorhkan.com/2020/11/11/dune-de-frank-herbert/ https://www.lorhkan.com/2020/11/11/dune-de-frank-herbert/#comments Wed, 11 Nov 2020 07:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12606 Une chronique sur “Dune”, intemporel chef d’oeuvre de la SF, est-ce bien utile voire même raisonnable ? Aurais-je la prétention d’apporter une analyse ou un point de vue inédit sur le roman de Frank Herbert, déjà étudié sous toutes les coutures ? Certes non. Pour autant, à l’occasion de la...

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Une chronique sur “Dune”, intemporel chef d’oeuvre de la SF, est-ce bien utile voire même raisonnable ? Aurais-je la prétention d’apporter une analyse ou un point de vue inédit sur le roman de Frank Herbert, déjà étudié sous toutes les coutures ? Certes non. Pour autant, à l’occasion de la sortie d’une belle édition collector (et de la résurrection pour l’occasion de la collection Ailleurs & Demain chez Robert Laffont), reparler de “Dune” c’est surfer sur la hype actuelle, malgré le report du tant attendu film de Denis Villeneuve en octobre 2021. Alors surfons. 😉

 

Quatrième de couverture :

Le chef-d’oeuvre absolu de la science-fiction.
Édition du cinquantenaire.
Traduction revue et corrigée.

Il n’y a pas, dans tout l’Empire, de planète plus inhospitalière que Dune.
Partout du sable, à perte de vue.
Une seule richesse : l’épice de longue vie, née du désert et que l’univers tout entier convoite.

 

Un commencement est un moment d’une délicatesse extrême

Comment aborder une critique de “Dune” alors que tout ou presque a déjà été dit (ou est en passe de l’être tant l’actualité éditoriale tournant autour de la saga de Frank Herbert est chargée en raison de l’adaptation cinématographique toute prochaine pas trop lointaine de Denis Villeneuve,  pour preuve la parution imminente d’un mook sur le roman chapeauté par Lloyd Chéry, d’un essai signé Nicolas Allard, d’un hors-série de la revue Rockyrama ou bien d’une étude plus axée sur les sciences aux éditions du Bélial’) sur ce célébrissime roman de SF, sans doute le plus vendu au monde ?

On va faire simple : comme un lecteur lambda (ça tombe bien, c’est ce que je suis) qui redécouvre un roman qu’il a lu adolescent et dont il ne garde en souvenir que les grandes lignes de l’intrigue et dont bon nombre de thématiques lui avaient alors échappé. Environ un quart de siècle après la première lecture, ça donne quoi “Dune” ?

Hé bien c’est encore et toujours vachement bien ! D’une manière différente de l’époque de ma première lecture (et c’est tant mieux), mais malgré tout avec toujours autant d’intérêt. Il faut dire que le roman, désolé de ne pas être original sur ce point, est d’une richesse impressionnante, abordant de nombreux thèmes d’importance (écologie, religion, politique, exercice du pouvoir, responsabilité et bien d’autres encore…), toujours d’actualité aujourd’hui (quelle clairvoyance de la part de Frank Herbert qui, plus de 50 ans après la parution du roman, semble nous parler de notre société d’aujourd’hui où politique et religion, en se mêlant, tendent au désastreux, où l’écologie est au centre de nos préoccupations (mais sans doute pas assez malheureusement…), où l’exercice du pouvoir par ceux qui nous gouvernent pose question, etc…), sans jamais oublier d’être également un roman d’aventures, un récit initiatique sur le passage à l’âge adulte en traversant de douloureuses épreuves, un livre-monde qui ne se dévoile pas forcément facilement (de nombreux néologismes ou mots importés/transformés depuis des langues “inhabituelles” (latin, arabe, hébreu, persan…) et un important lexique en fin de volume) mais qui donne au lecteur sa dose de dépaysement avec son riche contexte qui se dessine peu à peu.

Un contexte qui ne manque pas d’attraits, ne serait-ce que parce que ce lointain avenir (presque 25 000 ans après notre époque !), dépouillé de tout artifice technologique (tout au moins semble-t-il l’être) après un Jihad Butlérien qui a vu les machines pensantes disparaître au profit d’une sur-humanité (les Mentats, véritables ordinateurs-humains, le Bene Gesserit, sororité dont le conditionnement mental et physique donne à ses membres (tous féminins) des capacités hors du commun, ou bien les navigateurs de la Guilde Spatiale, sorte de super-mutants pilotes de vaisseaux spatiaux, le tout n’étant rien d’autre qu’une forme de transhumanisme avant l’heure), est un futur assez rare pour être signalé. Mais c’est évidemment loin d’être le seul attrait du récit. Car il y aurait encore beaucoup à dire sur la planète Arrakis en elle-même, sur l’épice et ses effets, sur les nombreuses factions présentes et les complexes rapports de force qui les lient, sur les plans dans les plans, les machinations à plusieurs niveaux, et bien sûr la destinée de Paul “Muad’Dib” Atréides, “héros” du roman (avec tous les guillemets qui s’imposent mais il faut avoir lu la suite, “Le Messie de Dune”, pour en prendre pleinement conscience…). Tant de choses qui font de “Dune” un grand (et gros : plus de 600 pages) roman.

Il y a aussi des choses qui sont moins réussies dans “Dune” : le rôle des femmes, certes parfois fortes mais dont l’influence sur le récit n’est pas si importante que ça, et la place qu’elles occupent à certains moments (à la mort de leur conjoint chez les Fremen notamment) pose question. Le cycle de l’épice manque également de clarté. Mais aussi gênants qu’il puisse être, et à moins de mettre une priorité absolue sur ces détails (qui n’en sont donc pas forcément, notamment sur les femmes), ils ne pèsent pas tant que ça dans la balance. Tout juste font-ils lever les yeux au ciel de temps en temps, et font se rappeler que le roman date des années 60… Pour le reste, oui “Dune” résiste à l’épreuve du temps, et de quelle manière !

Joliment remis sur le devant des étals avec une belle édition collector au style métallo-rétro qui lui sied ma foi fort bien (avec un design de couverture signé du graphiste espagnol Alex Trochut, une traduction révisée par le bien nommé Feyd-Rautha, une préface inutilement alambiquée et très commerciale de Denis Villeneuve qui a toutefois le mérite d’être là, une deuxième préface autrement plus intéressante et personnelle de Pierre Bordage qui, en plus d’être joliment écrite, fait autant lieu d’hommage au roman d’Herbert que de grille de lecture et de réflexion touchante et personnelle sur ce qu’a apporté la lecture de l’oeuvre au romancier français, et une postface de l’inaltérable Gérard Klein qui fait du Gérard Klein, c’est à dire qu’elle est érudite, qu’il se la pète un peu et qu’il envoie aussi quelques piques ici ou là… 😀 ), “Dune” mérite son statut de roman culte.

Je n’ai pas parlé de l’intrigue du roman, bien connue et sur laquelle il n’est pas bien compliqué de trouver moult renseignements, mais à celui ou celle qui voudrait en savoir plus, si tant est que j’ai pu lui donner envie d’aller plus loin, je n’aurais qu’une chose à dire : lisez “Dune”, arpentez le désert de la planète Arrakis, faites connaissance avec les Fremen, craignez les plans du Bene Gesserit, de l’Imperium ou des Harkonnen, volez en ornithoptère, observer les fameux vers des sables, rencontrez les inoubliables personnages que sont Dame Jessica, le duc Leto Atréides, Gurney Halleck, Duncan Idaho et bien évidemment Paul Atréides, et entrez dans un univers que vous n’oublierez pas de sitôt !

 

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Neuromancien, de William Gibson https://www.lorhkan.com/2020/11/06/neuromancien-de-william-gibson/ https://www.lorhkan.com/2020/11/06/neuromancien-de-william-gibson/#comments Fri, 06 Nov 2020 07:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12607 “Neuromancien”, le roman qui a, à lui seul ou presque, lancé un genre : le cyberpunk. Mais qu’en est-il aujourd’hui du récit de William Gibson, très ancré dans les années 80 ? La nouvelle traduction ici présente, oeuvre de Laurent Queyssi et sortie tout récemment chez Au diable Vauvert (ouvrant...

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“Neuromancien”, le roman qui a, à lui seul ou presque, lancé un genre : le cyberpunk. Mais qu’en est-il aujourd’hui du récit de William Gibson, très ancré dans les années 80 ? La nouvelle traduction ici présente, oeuvre de Laurent Queyssi et sortie tout récemment chez Au diable Vauvert (ouvrant le bal d’une réédition quasi totale des romans de William Gibson chez le même éditeur dans les mois et années à venir), joue-t-elle en sa faveur ?

 

Quatrième de couverture :

Case est le meilleur cow-boy des interfaces, un hacker lâché sur les autoroutes du cyberespace, le seul qui ait jamais traversé la matrice avant de rencontrer les mauvaises personnes au mauvais moment…
Première grande dystopie sociale aux côtés du “Blade Runner” de Philip K. Dick, un chef d’oeuvre prémonitoire, fondateur de la SF moderne.

 

Là où tout commence et où tout finit ?

Roman culte, “Neuromancien”, devenu difficile à trouver neuf en librairie ces derniers mois, bénéficie enfin d’une nouvelle traduction. Oui, enfin. Car pour culte qu’il soit, un statut d’ailleurs bien mérité pour une oeuvre considérée comme fondatrice du mouvement cyberpunk, mouvement qui, s’il n’a pas été strictement inventé par “Neuromancien” (on pourrait citer “Sur l’onde de choc” de John Brunner, écrit presque 10 ans auparavant), doit à son auteur, William Gibson, d’avoir su sentir l’air du temps et d’avoir amalgamé toutes sortes de tendances et de détails propres à propulser sur le devant de la scène un genre qui ne demandait qu’à émerger, le roman souffrait malgré tout d’une traduction poussive et datée qui n’en facilitait pas la lecture.

Il s’agit d’ailleurs pour moi d’une relecture, sur laquelle je suis allé à tâtons tant je me souviens avoir pas mal galéré sur la première traduction de Jean Bonnefoy, célèbre malgré tout pour son fameux incipit (dont la célébrité doit bien sûr beaucoup plus à William Gibson lui-même, mais sa traduction a marqué la SF en France) :

Le ciel au-dessus du port était couleur télé calée sur un émetteur hors service.

C’est Laurent Queyssi qui s’est chargé de la délicate tâche de la retraduction. Et si on pourra être circonspect devant le nouvel incipit (plus parce que c’est une sorte de rupture sur une phrase à laquelle tout lecteur de SF s’était plus ou moins habitué qu’à cause d’un problème qualitatif)  :

Le ciel au-dessus du port avait la couleur d’une télévision allumée sur une chaîne défunte.

… On sera ensuite rapidement rassuré. Certes, le premier contact avec cette nouvelle traduction n’avait pas été très rassurant il y a quelques mois (un extrait proposé hors contexte dans le Bifrost 96 consacré justement à William Gibson), mais en reprenant depuis le début le roman de Gibson se retrouve enfin paré d’atours autrement plus séduisants que ce que proposait Jean Bonnefoy. Finies les tournures de phrase et les expressions datées, finie la francisation à tout prix de noms propres (qui ne “claquaient” pas vraiment) dans un monde globalisé (excepté pour Neuromancien bien sûr mais il était difficile de faire autrement, pour le reste Muetdhiver devient Wintermute, Lumierrante devient Straylight, Trait Plat reste francisé mais devient plus subtilement Tracé Plat, etc…), et pour avoir comparé quelques morceaux de l’ancienne et de la nouvelle traduction, il n’y a pas photo. L’effet est radical : le roman devient plus clair, tout simplement plus compréhensible, et ce qui est bien plus qu’un simple coup de polish lui redonne une vraie modernité.

C’est d’ailleurs un vrai tout de force pour un roman directement lié à son époque (1984 pour la VO), extrapolant sur l’avenir de l’informatique et le devenir d’une société laissée en pâture à un capitalisme dévorant tout sur son passage. Le cyberpunk a émergé avec “Neuromancien” (puisque tout y est ou presque : des megacorporations, des villes tentaculaires éclairées au néon, des gangs, des drogues, des implants cybernétiques, des intelligences artificielles aux motivations obscures voire incompréhensibles pour les êtres humains, des consciences numériques, la singularité technologique, la fameuse matrice, etc…) et il est vrai qu’à la lecture on peut avoir la sensation que le mouvement est né avec ce roman et qu’il a également cessé de vivre avec lui. L’alpha et l’oméga en quelque sorte, une époque et un genre défunts (ce n’est sans doute pas tout à fait vrai pour le mouvement cyberpunk qui a, au moins un peu, évolué mais qui reste malgré tout très marqué par toute l’imagerie véhiculée par le roman de Gibson).

On discerne également plus nettement les références ou emprunts que lui ont fait de nombreuses oeuvres postérieures, tel dernièrement “Void star” de Zachary Mason ou bien, plus anciennes mais plus connues, “Ghost in the shell” (Masamune Shirow pour le manga, Mamoru Oshii pour le (chef d’oeuvre !) film d’animation) ou “Matrix” des soeurs Wachowski (pour la matrice bien sûr mais aussi pour plein d’autres choses dont une Trinity qui semble être le portrait craché de Molly Millions). Sans “Neuromancien”, rien de tout ça.

Alors bien sûr, Bonnefoy ou Queyssi, il n’est pas question de nier l’importance du roman dans l’histoire de la SF, mais à l’évidence la version Queyssi apporte un vrai plus qui permet enfin au roman d’être abordé par un lecteur actuel sans se faire des noeuds au cerveau ou soupirer devant une langue française qui ne correspondait pas vraiment (ou qui ne correspond plus, de nos jours) à l’univers assez radical dépeint par Gibson. “Neuromancien” redevient donc un roman à conseiller, un roman agréable, un roman qu’il faut avoir lu. C’est un nouveau “Neuromancien”, tout simplement, un incontournable qui devient encore plus incontournable, par ailleurs sublimé par la superbe couverture signée Josan Gonzalez.

Et quand on sait que cette nouvelle traduction, sous l’égide des éditions Au Diable Vauvert, n’est que le début d’un renouveau de l’oeuvre (retraduite) de William Gibson en librairie, me voilà maintenant très impatient de découvrir les autres textes de l’auteur, ceux que j’ai lus (comme “Gravé sur chrome” qui ne m’avait qu’à moitié convaincu, dans une traduction de… Jean Bonnefoy, tiens donc !) comme ceux que je n’ai pas encore lus. Les années qui viennent seront cyberpunks ou ne seront pas !

 

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Apprendre, si par bonheur, de Becky Chambers https://www.lorhkan.com/2020/10/30/apprendre-si-par-bonheur-de-becky-chambers/ https://www.lorhkan.com/2020/10/30/apprendre-si-par-bonheur-de-becky-chambers/#comments Fri, 30 Oct 2020 07:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12598 Becky Chambers a le vent en poupe en ce moment, avec notamment le Prix Hugo 2019 de la meilleure série pour sa trilogie des “Voyageurs” (dont je n’ai, pour le moment, lu que le premier volume). La voici à nouveau sur les étals avec cette fois une novella indépendante. Nouveau...

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Becky Chambers a le vent en poupe en ce moment, avec notamment le Prix Hugo 2019 de la meilleure série pour sa trilogie des “Voyageurs” (dont je n’ai, pour le moment, lu que le premier volume). La voici à nouveau sur les étals avec cette fois une novella indépendante. Nouveau format certes, mais toujours dans cette mouvance optimiste, diverse, ouverte, tolérante et bienveillante.

 

Quatrième de couverture :

« Nous n’avons rien trouvé que vous pourrez vendre. Nous n’avons rien trouvé d’utile. Nous n’avons trouvé aucune planète qu’on puisse coloniser facilement ou sans dilemme moral, si c’est un but important. Nous n’avons rien satisfait que la curiosité, rien gagné que du savoir. »
Un groupe de quatre astronautes partis explorer des planètes susceptibles d’abriter la vie : hommes et femmes, trans, asexuels, fragiles, déterminés, ouverts et humains, ils représentent la Terre dans sa complexité.

Le nouveau roman du sommet actuel de la SF positive.

Becky Chambers, après les trois volumes du cycle des « Voyageurs » (prix Hugo de la meilleure série en 2019), nous livre une méditation tendre et joyeuse sur l’appel de l’espace, le but ultime de la science et, au bout du compte, sur l’étincelle de vie qui nous anime tous.

« Écrire de la SF positive, c’est regarder les injustices dans les yeux et continuer de croire qu’on va les vaincre. » Élisa ThévenetLe Monde.

 

Love boat spaceship

“Apprendre, si par bonheur” est narré par une femme, Ariadne, faisant partie d’une équipe de quatre astronautes chargés d’étudier quatre exoplanètes susceptibles d’abriter la vie. Cette équipe a été envoyée au loin dans ce but purement scientifique par un organisme citoyen qui semble essentiellement être financé par ce qui ressemble à un genre de crowdfunding. Et c’est cette odyssée scientifique autant qu’humaine qui est au centre du récit.

Odyssée scientifique tout d’abord car là où on pouvait reprocher quelques facilités technico-scientifique dans “L’espace d’un an”, on est ici en terrain beaucoup plus (apparemment) réaliste. Je ne me prononcerai certes pas sur ce qui est dans le champ du possible et ce qui ne l’est pas, toujours est-il que le ton est beaucoup plus “sérieux” (avec les guillemets qui s’imposent hein !), pour un récit qui se veut “possible”. Et au-delà du principe du voyage interstellaire qui repose sur la toujours bien pratique technique de stase (appelé ici “torpeur”), on a donc une équipe d’astronautes confrontée à des formes de vie très diverses, qu’elle soit microscopique dans un environnement glacé, très luxuriante sur une planète à la gravité élevée, ou du type mollusque sur une planète particulièrement tempétueuse… Becky Chambers en profite pour aborder de nombreux aspects scientifiques à travers la chimie, la génétique, la biologie, la géologie, etc… On pourrait presque admettre ce texte dans le genre hard-SF.

Et cette odyssée scientifique est donc aussi très humaine. Car l’humain est au coeur du texte, dans un style tout à fait Becky Chambers c’est à dire toujours bienveillant, très ouvert à la différence, la tolérance, la diversité. Alors oui, on a des relations très libres entre les astronautes mais ça va bien au-delà de cette seule solution de facilité. Car l’autrice a pensé à l’humain en écrivant son texte et en construisant son contexte. Sur le plan social, le programme spatial dont dépendent les astronautes est comme je le disais plus haut un programme citoyen, dénué de toute recherche de profit au-delà du seul financement de la mission. Sur le plan personnel, on trouve parmi les astronautes différentes orientations sexuelles, ce qui conduit à une certaine forme d’harmonie au sein de l’équipage (ce qui est tout sauf accessoire quand on part sur une mission spatiale particulièrement longue), sans systématiquement empêcher les tensions de monter quand le personnel de la mission est soumis à rude épreuve lors d’une exploration qui accumule les difficultés. Sur le plan technique, tout est fait pour que le bien-être des astronautes soit assuré, comme une certaine intimité qui leur est allouée lors de la sortie de la “torpeur”. Et là où le côté technico-scientifique rejoint le côté humain c’est que contrairement à de nombreux romans de SF qui ont tendance à jouer sur la terraformation pour adapter l’habitat aux humains, ici c’est l’humain qu’on adapte à l’habitat avec la “somaformation” (soma en grec ancien signifiant le corps). Jolie trouvaille jouant tout autant avec la science qu’avec une sorte de transhumanisme exoplanétaire écolo…

De nombreuses thémathiques sont donc abordées, le tout dans un volume de texte assez restreint. Il en ressort à la fois une sorte d’apaisement, dû au côté bienveillant du texte, mêlé à un vertige science-fictif bien présent. Un joli cocktail qui culmine dans une magnifique conclusion sonnant comme une déclaration d’amour à la science, avec un sens du sacrifice ultime pour que la science et l’humain avancent main dans la main. C’est juste beau. On pourrait certes, à l’instar de “L’espace d’un an”, regretter une intrigue assez réduite (de fait, le texte ici présent ne s’intéresse qu’à la mission et aux personnages, il n’y a pas d’intrigue en tant que telle sauf à considérer que la mission en elle-même constitue l’intrigue, ce qui peut d’ailleurs tout à fait s’entendre), mais le reste fait du bien par où il passe et c’est un défaut qui finalement passe au second plan. Il n’empêche que le jour où Becky Chambers parviendra à marier sa bienveillance avec une intrigue digne de ce nom, ça vaudra certainement plus qu’un coup d’oeil…

En l’état, “Apprendre, si par bonheur” (titre dont l’explication est donnée à la toute fin) est un fix de positivité, mêlant science et bienveillance pour nous offrir un concentré d’optimisme. Et par les temps qui courent, ça fait un bien fou…

 

Lire aussi les avis de Yogo, Lune, Célindanaé, Ombrebones, Gepe., Anne-Laure, Yuyine, Le syndrome Quickson.

Critique écrite dans le cadre du challenge “Le Projet Maki” de Yogo.

 

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Cheval de Troie, Journal d’un AssaSynth tome 3, de Martha Wells https://www.lorhkan.com/2020/10/26/cheval-de-troie-journal-dun-assasynth-tome-3-de-martha-wells/ https://www.lorhkan.com/2020/10/26/cheval-de-troie-journal-dun-assasynth-tome-3-de-martha-wells/#comments Mon, 26 Oct 2020 07:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12590 Quelques mois après la lecture du tome 2 de la série “Journal d’un AssaSynth”, il est temps de retrouver ce sympathique AssaSynth, androïde de son état mais peut-être plus humain que bien des humains. Une troisième novella dans laquelle le droïde de sécurité va tenter de se rapprocher encore un...

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Quelques mois après la lecture du tome 2 de la série “Journal d’un AssaSynth”, il est temps de retrouver ce sympathique AssaSynth, androïde de son état mais peut-être plus humain que bien des humains. Une troisième novella dans laquelle le droïde de sécurité va tenter de se rapprocher encore un peu plus de son passé dramatique mais “effacé” et des affaires plutôt sombres de la corporation GrayCris, entrevues dans les deux tomes précédents.

 

Quatrième de couverture :

« Je n’ai vraiment pas de bol avec les transports autopilotés.
Le premier à me prendre en stop n’avait eu d’autre motivation que celle de profiter de ma collection de fichiers multimédias.
L’emmerdeur de vaisseau expéditionnaire, EVE, le temps de notre collaboration, avait menacé de me tuer, regardé mes émissions préférées, altéré ma configuration structurelle, fourni un excellent soutien tactique, argumenté jusqu’à me convaincre de jouer les consultants en sécurité, sauvé la vie de mes clients et nettoyé derrière moi quand j’avais dû assassiner des humains. (C’étaient des méchants.) EVE me manquait beaucoup.
Et il y avait ce transport-ci.
 Qui s’était mis en tête de me confier le maintien de l’ordre à bord et de m’envoyer des notifications à chaque querelle entre passagers. Imbécile que je suis, j’y avais répondu. Pourquoi ? Je ne le sais pas moi-même. »

Enfin parvenu sur la planète Milu, AssaSynth est contraint d’endosser de nouveau son rôle de SecUnit afin de protéger son identité et, au passage, des clients officieux, accompagnés d’un bot de compagnie, Miki.

Confronté à plus puissants que lui, mais aussi à l’innocence déstabilisante de Miki, notre androïde devra allier les deux parts de son être pour survivre : la puissance de feu du robot et le libre arbitre de l’humain.

“Défaillances systèmes”, la première des quatre novellas qui forment “Journal d’un AssaSynth”, a reçu les prix Hugo, Nebula, Alex et Locus.

 

Terminator bisounours

On poursuit donc les aventures de l’androïde de sécurité qui a réussi à hacker son module superviseur, lui permettant de devenir seul maître de ses décisions, chose par ailleurs absolument illégale. Pensez donc : un androïde aux capacités hors du commun, soumis à son seul libre-arbitre ? Terrible danger pour l’humanité ! Sauf que l’androïde en question a plutôt tendance à vouloir se poser, au calme et si possible le plus loin possible de tout être humain, pour s’adonner à sa plus grande passion : regarder à la chaîne tout un tas d’épisodes de séries télévisées. Pour le danger, on repassera.

Pour autant, il semble avoir le chic pour s’attirer les ennuis, même s’il semble avoir pris toutes les précautions pour les éviter. A nouveau, ça ne rate pas : son idée de départ est d’infiltrer une station spatiale à l’abandon susceptible de contenir des renseignements sur les agissements de la corporation GrayCris (déjà à l’oeuvre dans les tomes précédents) pour rendre service au Docteur Mensah (personnage important du tome 1) en profitant d’un vaisseau chargé d’auditer la station pour savoir si elle mérite d’être sauvée. Pas question de suivre les auditeurs cependant, l’androïde a l’intention de faire ça de manière discrète, sans que sa présence ne soit relevée. Mais rien ne va se dérouler comme prévu, bien évidemment. Et notre AssaSynth, “victime” de ses bons sentiments, va à nouveau devoir utiliser ses talents d’androïde de sécurité tout autant que ses émotions très humaines.

La trame narrative reste donc à peu près dans la droite lignée des tomes précédents, il n’y a pas vraiment de surprise à attendre de ce côté. Ni d’un autre côté d’ailleurs, car même si le récit reste très agréable à lire, on sent peut-être venir les limites d’une recette qui peine à se renouveler, d’autant que les touches d’humour, un peu moins présentes que précédemment, semblent moins faire mouche.

Avec un début un peu longuet avant d’atteindre la fameuse station, on se prend à se demander si on n’est pas en train de lire le volume de trop. Puis soudain Martha Wells parvient à remettre son récit sur de meilleurs rails, tout d’abord avec une exploration à l’atmosphère tendue faisant nettement penser au film “Alien”, puis en lâchant les chevaux quand le calme cède la place à l’action. Le récit prend alors des allures d’excellent “actionner” à grand spectacle, avec un androïde à l’humour cynique et acide digne d’un Bruce Willis dans la série “Die Hard”.

Et on prend alors un vrai plaisir à voir notre androïde AssaSynth, libéré des contraintes de son module superviseur, ne pas pouvoir s’empêcher d’aider ces humains en détresse. On ajoutera à sa relation particulière avec l’humanité la relation de l’androïde de confort Miki avec sa propriétaire Abene, une relation qui amène à se poser de bonnes questions sur le statuts de ces androïdes et leur place dans la société, et aboutissant sur la fin à quelque chose de spécial (et pourtant totalement improbable tant tout semble les opposer) entre AssaSynth et Miki. A ce titre il est amusant de voir qu’après EVE dans le deuxième tome, AssaSynth évolue à nouveau au contact d’un être robotique plutôt qu’à celui des humains, ces derniers lui montrant moins d’empathie que les êtres pourtant artificiels. A moins que ce ne soit un tout. Mais AssaSynth cherchant à tout prix à éviter le contact humain (le fait qu’il soit considéré comme un être illégal joue évidemment beaucoup) alors qu’au début du texte il indique qu’EVE lui manque, il y a là quelque chose de révélateur…

Rien de nouveau sous le soleil donc, mais ça fonctionne encore. Malgré un début un peu délicat, “Cheval de Troie” parvient à emporter l’adhésion. La conclusion du récit, ouvrant très nettement sur le volume suivant (largement plus que les deux tomes précédents), rend la lecture de la quatrième novella à peu près indispensable. Une dernière novella avant que Martha Wells passe sa série au format roman. Mais ceci est une autre histoire…

 

Lire aussi les avis de Baroona, Anne-Laure, Herbefol, Lullaby, Dionysos, Lianne.

Critique écrite dans le cadre du challenge “Le Projet Maki” de Yogo.

 

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Expiration, de Ted Chiang https://www.lorhkan.com/2020/10/12/expiration-de-ted-chiang/ https://www.lorhkan.com/2020/10/12/expiration-de-ted-chiang/#comments Mon, 12 Oct 2020 06:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12565 Ted Chiang est un auteur rare mais pourtant célèbre dans le monde de la SF à tendance hard. S’il n’était cette rareté éditoriale (un peu moins d’une vingtaine de nouvelles en trente ans de carrière, mais une multitude de prix : 5 Hugo, 6 Locus, 4 Nebula, 1 British SF...

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Ted Chiang est un auteur rare mais pourtant célèbre dans le monde de la SF à tendance hard. S’il n’était cette rareté éditoriale (un peu moins d’une vingtaine de nouvelles en trente ans de carrière, mais une multitude de prix : 5 Hugo, 6 Locus, 4 Nebula, 1 British SF Award, 1 Theodore Sturgeon Award…), on pourrait même parier qu’il serait sans doute au niveau d’un Greg Egan dans le genre. J’avoue ne pas avoir été ultra convaincu par son précédent recueil, “La tour de Babylone”, un peu trop “froid” malgré deux textes d’exception. Le nouveau recueil ici présent, “Expiration”, semble pourtant mettre tout le monde d’accord. Moi y compris ?

 

Quatrième de couverture :

Les neuf histoires qui constituent ce livre brillent à la fois par leur originalité et leur universalité. Des questions ancestrales – l’homme dispose-t-il d’un libre arbitre? si non, que peut-il faire de sa vie? – sont abordées sous un angle radicalement nouveau.
Ted Chiang pousse à l’extrême la logique, la morale et jusqu’aux lois de la physique pour créer des mondes inédits dans lesquels les machines en disent long sur notre humanité.
Auréolé d’un immense succès critique et commercial aux États-Unis, “Expiration” est en cours de publication dans vingt et un pays, installant définitivement son auteur parmi les écrivains américains les plus importants.

 

Ted Chiang au sommet

N’y allons pas par quatre chemins, le titre de cette chronique est d’ailleurs très parlant, oui “Expiration” est formidable. C’est peut-être même un sommet de la SF contemporaine, même s’il est possible qu’il ne plaise pas à tout le monde, son côté très analytique et parfois un peu désincarné pouvant déplaire aux lecteurs qui ne vivent que par et à travers des personnages complexes et “vivants”. C’est pourtant mon cas à moi aussi, mais là il faut bien dire que la finesse d’analyse et les multiples pistes explorées forcent le respect. Il n’y manque sans doute plus qu’un brin d’humanité supplémentaire pour que les textes de Ted Chiang s’ouvrent au plus grand nombre et finissent d’installer l’écrivain dans les très hautes sphères des auteurs de SF d’aujourd’hui. Mais qu’on ne s’y trompe pas, malgré ce léger reproche, “Expiration” est un recueil (9 nouvelles au sommaire, écrites entre 2007 et 2019 (on peut d’ailleurs regretter que le volume n’indique pas les premières dates de publication des textes, en VO comme en VF) absolument remarquable, emblématique de cette “littérature des idées” qu’est la SF, stimulante intellectuellement et posant de juste questions, technologiques autant qu’éthiques et morales. Revue de détail.

 

  • Le marchand et la porte de l’alchimiste

Le recueil s’ouvre avec cette étonnante nouvelle, pleine de malice et de SF, qui prouve que quand Chiang s’en donne la peine il est tout à fait capable d’enrober son texte d’un merveilleux contexte pour en faire un récit qui va bien au-delà d’une simple analyse d’une problématique donnée.

On est en présence ici d’un texte s’intéressant au voyage dans le temps (futur aussi bien que passé), à travers un texte arabisant prenant des allures de “Contes des mille et une nuits” en enchâssant plusieurs récits sans oublier d’y ajouter une pointe d’érotisme. On est presque dans l’exercice de style sur la forme mais c’est extrêmement bien ficelé.

Fuwaad ibn Abbas est un marchand qui fait le récit de sa rencontre à Bagdad avec un alchimiste, Bashaarat, qui, non content de proposer des objets extrêmement bien ciselés, a aussi “inventé” des portes permettant de voyager dans le temps. Avant de s’y plonger, Fuwaad cherche à savoir si d’autres personnes ont utilisé cette incroyable invention. Bashaarat lui narre donc les aventures de quelques autres clients. Fuwaad décide alors d’utiliser cette porte pour tenter de régler un drame personnel qui le mine depuis de nombreuses années.

Exploration originale du voyage dans le temps, ce texte joue avec la causalité tout en posant la question du libre-arbitre et des conséquences de nos actes. La thématique n’a rien d’originale en soi, mais le traitement l’est beaucoup plus et la morale de l’histoire est empreinte d’une belle résilience et d’une bonne dose d’humanité, le tout insistant sur l’acceptation de ce que la vie nous offre, en bien comme en mal. Le recueil commence donc sous les meilleurs auspices.

 

  • Expiration

Après “Les mille et une nuits” on passe à quelque chose de mi-SF mi-steampunk avec une civilisation étrange, faite d’êtres mécaniques dont la source d’énergie est l’air, comme des automates utilisant de l’air comprimé pour se mouvoir. Mais il s’agit bel et bien d’une civilisation vivante ici, et Ted Chiang fait montre d’une belle inventivité et d’une remarquable précision dans la description du métabolisme de ces êtres en narrant les découvertes de l’un d’entre eux, chercheur en anatomie, déterminé à découvrir le fonctionnement de la mémoire (ou en tout cas leur mémoire) et tentant de résoudre un mystère lié à un écoulement du temps qui semble différent de ce qu’il fut.

De fil en aiguille, et en empilant les découvertes du narrateur, Ted Chiang se fend d’un remarquable texte sur la constitution d’un univers, ou des univers, les uns nourrissant les autres, jusqu’à s’intéresser avec une rare acuité à l’entropie générale et la mort thermique de l’univers et, en toute fin, de toute vie. Ça paraît sombre, et ça l’est d’une certaine manière, et pourtant il y a un sentiment d’espoir et d’optimisme qui transparaît dans tout cela, avec l’idée de célébrer la vie telle que nous la vivons, rejoignant ainsi le texte précédent.

 

  • Ce qu’on attend de nous

Petit texte de quatre pages jouant sur une idée simple (le libre-arbitre encore une fois, ou plutôt l’illusion du libre-arbitre et le besoin qu’a l’humanité d’en croire en son libre-arbitre), “Ce qu’on attend de nous” ressemble presque plus à une démonstration qu’à un récit, et sa brièveté n’en fait pas un texte majeur. Il illustre le besoin de l’humanité de croire qu’il est possible de prendre son destin en main et que les choix qu’elle fait ne sont pas tout tracés. Amusant mais somme toute mineur par rapport au reste du recueil.

 

  • Le cycle de vie des objets logiciels

Le gros morceau du recueil, c’est ce texte, une novella de 132 pages. Ted Chiang s’intéresse ici aux intelligences artificielles, un thème largement rabâché dans la SF. Mais ici, pas d’accession soudaine à la conscience d’une intelligence artificielle distribuée et omnisciente, non, il s’agit tout simplement, du moins au départ, de “tamagotchis ++” (des “digimos”) développés par la société Blue Gamma, évoluant dans un monde virtuel également accessible aux êtres humains équipés des accessoires adéquats et qui se développent en interagissant avec leurs propriétaires humains, en temps réel. Presque comme un véritable enfant, ce qu’ils vont plus ou moins devenir pour certains propriétaires, d’autant que leur avatar dans le monde virtuel est un petit animal tout mignon ou un petit robot tout aussi cute. Sauf qu’ils ne sont pas humains, n’ont pas de droits et restent dépendants du support sur lequel ils ont été développés. Vous voyez sans doute venir ce vers quoi va s’orienter Ted Chiang.

Car il va en effet être question de droit, de conscience, de libre-arbitre (encore), et de bien d’autres choses dans ce texte qui se déroule sur un temps relativement long (plus d’une dizaine d’années). En plus de la problématique directement liée à la considération qu’il faut accorder à ces êtres virtuels,  se posent des questions plus pragmatiques liées, elles, à la société humaine dans son ensemble. Blue Gamma finit par faire faillite (car ce temps long nécessaire à l’évolution de ces petits êtres finit par lasser…), puis c’est l’environnement sur lequel ont été développés les digimos qui est racheté par une société concurrente en même temps que d’autres entités développent leur propres digimos, avec un code différent, et des capacités différentes. Moins (ou plus…) expérimentaux, peut-être plus tournés vers diverses utilisations possibles (et monnayables) que les digimos de Blue Gamma ? Ça reste à prouver, la flexibilité de ces derniers semblant leur permettre de développer des capacités réellement humaines. Et qui dit capacités humaines dit… industrie du sexe, pour une nouvelle direction de développement des digimos qui n’est peut-être pas si incongrue que ce que l’on pourrait penser de prime abord.

Et au fil des années, c’est tout un environnement en plus d’une nouvelle manière d’éduquer et d’appréhender la vie et la conscience qui est à repenser. Ted Chiang étudie toutes ces thématiques sous de nombreux aspects, posant la question de la reconnaissance des digimos, de leur éventuelle marchandisation, de leur libre-arbitre et de maintes autres perspectives toujours abordées en confrontant le pour et le contre à travers les propriétaires humains des digimos (notamment Ana et Derek, que l’on suit sur toutes ces années), forcément amenés à se poser ces questions devant le développement de plus en plus avancé des créatures virtuelles (notamment Jax, le digimo d’Ana, et Marco et Polo, les digimos de Derek, tous ces personnages donnant un fil directeur au récit et un point d’accroche “incarné” au lecteur) qui finissent d’ailleurs par ne pas être seulement virtuelles puisqu’elles ont la possibilité de se télécharger dans un petit robot bien réel, pour encore plus d’interactions bien réelles elles aussi.

Passionnant de bout en bout, intelligemment brillant (ou brillamment intelligent), et finalement très subtil, ce texte est un petite merveille qui a le bon goût d’éviter de chausser les gros sabots classiques de la SF dès qu’on parle d’IA.

 

  • La nurse automatique brevetée de Dacey

On retrouve ici un peu de steampunk ici avec l’invention du mathématicien Reginald Dacey : une nourrice mécanique. Fatigué de voir l’humeur changeante de son fils, avec pour conséquence les méthodes changeantes de sa nourrice (une nourrice trop indulgente amène des comportements déplaisants de l’enfant, ce qui énerve la nourrice qui punit l’enfant. L’enfant pleure, la nourrice regrette et fait donc preuve d’indulgence, etc… Le cycle se répétant à l’infini, voire s’auto-alimentant, le mathématicien y voit là un système instable auquel il faut remédier), il décide d’inventer une nourrice mécanique qui “élèverait” les enfants de manière totalement rationnelle. Une invention qui ne convaincra guère mais qui renaîtra quelques années plus tard, lors de l’étude du cas d’un enfant ne répondant pas aux stimuli des personnes qui le côtoient.

Récit à chute, “La nurse automatique brevetée de Dacey”, s’il ne convainc pas totalement, est en creux une critique des vieilles méthodes d’éducation et insiste sur l’importance de l’humain, aussi irrationnel qu’il puisse être, pour le bon développement de son prochain et que c’est cette irrationalité qui fait notre humanité.

 

  • La vérité du fait, la vérité de l’émotion

Ici, au travers de son texte, Ted Chiang étudie l’impact de la technologie conduisant à un changement de paradigme au sein de la société, et ce de deux manières. Une manière futuriste avec l’arrivée, à la façon de ce qu’avait déjà imaginé “Black Mirror” dans le troisième épisode de la première saison, d’un nouvel outil de recherche/assistant personnel virtuel permettant d’indexer tout ce qu’enregistrent les caméras personnelles (permettant de tenir des “lifelogs”, sorte de vlogs reprenant toutes les vidéos qui retracent la vie entière des utilisateurs) déjà largement implantées dans la population. Il est possible quasiment instantanément de retrouver un épisode de sa vie en le demandant à cet assistant personnel appelé Memori, ce qui conduit à de nombreuses interrogations sur l’utilisation qui en est faite, jusqu’à se demander si c’est un bienfait ou un préjudice exacerbant les mauvais côtés de l’humanité. Quid de l’oubli, du pardon, du temps même alors que la moindre dispute peut être retrouvée en moins d’une seconde ? Que devient la subjectivité intrinsèque à l’espèce humaine alors que cet assistant personnel retrouve tout de manière 100% objective ? Que deviennent les relations humaines sous l’égide de ce nouveau système ?

L’autre impact technologique est celui de l’arrivée de l’écriture, amenée par les colons européens au sein du peuple Tiv, et des dérives associées, allant jusqu’à un réel impact culturel dénaturant toute une tradition en modifiant rien de moins que le système de pensée.

Ces deux impacts sont mis en parallèle, le côté futuriste étant “humanisé” par l’histoire du journaliste-narrateur et sa relation avec sa fille, le côté Tiv l’étant par différents récits impliquant certains de ses habitants notamment Jijingi, jeune garçon qui apprend l’écriture pensant que cela aidera sa tribu auprès des Européens. Cette ligne narrative, qui a un petit côté Mike Resnick en mode “Kirinyaga”, ne manque pas de saveur, avec un petit côté “conte philosophique” qui intervient de manière judicieuse en entrecoupant le récit du journaliste. Tout cela est très finement analysé, en pesant le pour et le contre de ce qu’amène cette nouvelle technologie, pose de multiples questions éthiques et se lit avec aisance malgré un côté démonstratif très présent. Mais encore une fois, l’analyse est remarquable.

 

  • Le grand silence

Autre texte court (sept pages), il est ici question de l’humanité qui cherche à trouver des sources d’intelligence extraterrestre très éloignées, d’une certaine manière se confronter à l’altérité, alors qu’elle détruit inexorablement des sources d’intelligence qu’elle ne comprend pas et avec lesquelles elle n’a jamais cherché à communiquer sur sa propre planète (ici des perroquets). Joli texte très poétique issu d’un projet vidéo au départ, c’est l’occasion de lire quelque chose d’un peu moins analytique de la part de Ted Chiang.

 

  • Omphalos

Ici, c’est de Dieu dont il s’agit. Et d’une Terre et d’une humanité “alternative” dont la science se met en phase avec la religion (à moins que ce ne soit l’inverse). Toujours est-il qu’ici c’est le créationnisme qui prévaut (l’Histoire de l’humanité et du monde remonte à 8000 ans, pas plus), avec une subtile modification des découvertes scientifiques permettant à ce créationnisme d’être crédible, jusqu’à une encore plus subtile modification des lois physiques liées à cette origine “différente” de l’humanité et de l’univers.

Mais si tout cela n’était malgré tout pas la vérité ? Et si en fin de compte, l’humanité n’était pas la vraie raison de la création de l’univers ? Dans cette histoire alternative, tout en gardant une physique et une Histoire (avec une majuscule) différente, Ted Chiang s’amuse à déconstruire une doctrine qui ne parvient plus à être en phase avec les dernières découvertes scientifiques. C’est un texte qui d’une certaine manière fait prévaloir la science sur les croyances tout en s’interrogeant sur le besoin de croire et qui, ultimement, célèbre le fait de donner un sens à sa vie (le libre-arbitre, encore lui), de manière individuelle comme collective, tout en admirant les réussites de l’humanité et le besoin de comprendre son passé, son histoire.

 

  • L’angoisse est le vertige de la liberté

Deuxième plus long texte du recueil (84 pages), “L’angoisse est le vertige de la liberté” imagine une société légèrement futuriste dans laquelle sont disponibles des “prismes” qui reposent sur l’intrication quantique pour rendre disponibles des univers parallèles dont l’histoire diverge à partir du moment où le prisme est mis en service. Mieux : il est possible de communiquer avec ces univers parallèles. Chacun a donc la possibilité d’interroger son “parallêtre” pour, par exemple, connaître les conséquences d’une  décision délicate. Ecrit, audio ou vidéo, tout est possible, dans une certaine limite puisque ces prismes n’ont pas une quantité d’information illimitée à échanger, la vidéo consommant plus de données que l’écrit. Plus les prismes sont anciens, plus il est possible de remonter loin dans le passé pour voir ce que sont devenus les univers parallèles proposés, mais les anciens prismes avec encore un stock d’information échangeable sont évidemment rares, donc chers. L’information venant d’univers parallèles est donc devenue une ressource qui se monnaie, on en arrive donc à l’apparition de “courtiers en données”, ou bien de cybercafés mettant des prismes à disposition.

Pas forcément simple à appréhender en quelques lignes, tout cela est malgré tout véritablement vertigineux, les implications d’une telle découverte sont immenses et Ted Chiang, en bon analyste qu’il est, étudie ça dans les moindres détails. Le texte étant d’une longueur respectable, il se permet qui plus est d’y placer quelques personnages intéressants, avec un passé et/ou des choix qui posent question et qui ont façonné leur vie. Comment les prismes vont-ils influencer l’humanité ? Là encore, la notion de libre-arbitre est pregnante. Quel est la valeur du choix, de la décision, quand il est possible de vérifier les conséquences de nos actes ? Comment est-il possible de les justifier et même d’en tirer une valeur en fonction des choix de nos parallêtres dans plusieurs autres univers ? Comment réagir quand on estime avoir pris la mauvaise décision et que dans un autre univers son parallêtre se porte beaucoup mieux que soi ? Quel rapport face à la mort, la mort dans notre univers mais pas dans un univers parallèle, ou vice versa ? Et quels abus tout cela peut-il amener ?

Toutes ces questions peuvent paraître ici très abstraites ou obscures mais à la lecture du texte de Chiang, c’est un festival de questionnements divers et variés, éthiques, moraux, sociaux, sociétaux même. Remarquable de bout en bout, avec une superbe conclusion pleine d’humanité que n’aurait pas renié Ken Liu, ce texte est un nouveau sommet. Un de plus.

 

On tient donc là incontestablement un recueil de très haute tenue, avec seulement trois textes un peu moins convaincants (dont les deux plus courts de 4 et 7 pages…), les autres tenant tous plus ou moins de l’excellence, et qui personnellement m’a largement plus convaincu que son prédécesseur “La tour de Babylone” (dans lequel on trouvait aussi quelques textes vraiment remarquables mais en moindre nombre qu’ici), avec toujours autant d’analyses d’une finesse remarquable que Ted Chiang n’oublie pas d’humaniser. Et même si cela reste perfectible ici ou là quand la démonstration prend le pas sur le récit, c’est toujours intéressant à lire et stimulant intellectuellement. De la SF d’idées, que l’on peut peut-être situer presque à mi-chemin entre Greg Egan et Ken Liu, dans sa forme la plus remarquable.

 

Lire aussi les avis de Gromovar, Feyd-Rautha, Nicolas, Soleilvert.

 

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Vita Nostra, de Marina et Sergueï Diatchenko, Prix Planète-SF 2020 https://www.lorhkan.com/2020/10/09/vita-nostra-de-marina-et-serguei-diatchenko-prix-planete-sf-2020/ https://www.lorhkan.com/2020/10/09/vita-nostra-de-marina-et-serguei-diatchenko-prix-planete-sf-2020/#comments Fri, 09 Oct 2020 07:44:01 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12570 Il y a quelques jours déjà a été annoncé le lauréat de l’édition 2020 du Prix Planète-SF, et ce sont Marina et Sergueï Diatchenko, avec leur roman “Vita Nostra”, qui sont sortis vainqueur au terme d’une âpre lutte au sein du jury. Genre ça (vous remarquerez que Gromovar compte les...

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Il y a quelques jours déjà a été annoncé le lauréat de l’édition 2020 du Prix Planète-SF, et ce sont Marina et Sergueï Diatchenko, avec leur roman “Vita Nostra”, qui sont sortis vainqueur au terme d’une âpre lutte au sein du jury. Genre ça (vous remarquerez que Gromovar compte les points, imperturbable) :

Et finalement est venu l’argument imparable, qui a mis tout le monde KO. Genre ça :

Mais quand on y pense, vu la qualité de la shortlist, il est logique que le choix ait été difficile tant tous les sélectionnés méritaient une récompense. Gloire à Marina et Sergueï Diatchenko donc, gloire à leur éditeur L’Atalante, et gloire à leur traducteur Denis Savine pour nous avoir offert un tel roman (dont ma critique tarde à venir, mais oui je l’ai lu ! 😀 ), incontestable incontournable qui rafle tous les prix cette année.

Et pour parfaire cet article, un lien vers le communiqué du jury.

 

 

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Gravité à la manque, de George Alec Effinger https://www.lorhkan.com/2020/10/05/gravite-a-la-manque-de-george-alec-effinger/ https://www.lorhkan.com/2020/10/05/gravite-a-la-manque-de-george-alec-effinger/#comments Mon, 05 Oct 2020 06:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12558 Etant actuellement dans une sorte de revival cyberpunk, à l’aube de la sortie du très attendu jeu vidéo “Cyberpunk 2077”, je reviens sur certains classiques du genre. Au moment même de la ressortie du “Neuromancien” de William Gibson dans une nouvelle traduction, je me suis replongé dans un des classiques...

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Etant actuellement dans une sorte de revival cyberpunk, à l’aube de la sortie du très attendu jeu vidéo “Cyberpunk 2077”, je reviens sur certains classiques du genre. Au moment même de la ressortie du “Neuromancien” de William Gibson dans une nouvelle traduction, je me suis replongé dans un des classiques du genre, que j’avais beaucoup apprécié à l’adolescence. Mais ces “vieux” classiques, dans un genre par ailleurs très marqué par son époque, résistent-ils à l’épreuve du temps ?

 

Quatrième de couverture :

Dans le monde exotique et décadent du Boudayin, il faut être prêt aux rencontres les plus inattendues. On y croise aussi bien des avatars de James Bond (sorucil arqué, gin et Walther PPK) que des Levantins adipeux, des disciples enturbannés de Jack l’Éventreur, des Sœurs Veuves noires (cuir et couteau), ou un «parrain» bicentenaire. Il faut dire que dans ce Moyen-Orient du XXIIe siècle, il suffit de s’enficher dans le crâne un module mimétique pour changer de personnalité. Mais pour Marîd Audran, synthèse islamique de Philip Marlowe et Nero Wolfe, comme pour tous les autres protagonistes de cet additif aux Mille et Une Nuits, le monde a beau se déglinguer, le rite du café à la cardamome ou le ramadân, ça reste sacré.
Et c’est ainsi qu’Allah est grand.

 

Cyberpunk au bled

“Gravité à la manque” figure à peu près dans chaque liste relevant les classiques du genre cyberpunk. Ça n’a rien d’illogique puisqu’il en reprend les codes, du moins un certain nombre d’entre eux. Mais pas tous. Car si on associe volontiers à ce genre les villes tentaculaires et surpeuplées, la mainmise des méga-corporations sur les aspects politiques, sociaux et économiques des états (qui, pour la plupart, n’en sont plus vraiment) ou bien un “cyberworld” informatique, il n’y a pas de ça ici. En revanche, on y retrouve les quartiers (ou plutôt le quartier, puisque le roman ne quitte que très rarement le Boudayin, sorte de “quartier des plaisirs” dans une ville moyen-orientale jamais explicitement nommée) un peu mal famés où celui qui y met les pieds, s’il n’en connaît pas les codes et les dangers, n’est pas sûr d’en ressortir autrement que les deux pieds devant, mais aussi les implants cybernétiques dans le cerveau (avec des “papies” (périphériques d’apprentissage intégré électroniques), implants permettant de se doter de capacités particulières (comme maîtriser une langue étrangère) et des “mamies” (modules d’aptitude mimétique) qui, eux, ont la faculté de faire endosser à leur utilisateur la personnalité qui est enregistrée dans l’implant, comme une star du porno ou bien James Bond).

Mais plus que du cyberpunk, qui fait plutôt office au départ de décorum “exotisé” par une situation géographique assez rarement utilisée en SF (surtout dans les années 80 puisque le roman est paru en 1986), lui donnant une touche tout à fait délicieuse (avec tout de même un worldbuilding réduit mais bien présent, notamment une balkanisation des USA et de la Russie menant à l’apparition d’une multitude de minis états) avec une place majeure réservée à l’Islam et au Coran (avec ramadan, keffiehs, djellabas, muezzins et appels réguliers à la prière, etc…), le roman doit avant tout au genre du roman noir, notamment avec son personnage principal, Marîd Audran, détective privé qui doit tout ou presque à Philip Marlowe ou Sam Spade. Un brin cynique et désabusé, il a toutefois sa ligne de conduite, lui qui n’est ni pratiquant ni “câblé” et qui s’estime indépendant (et fier de l’être) des puissants qui régissent aussi bien le Boudayin que la ville entière.

Là dessus viennent se greffer crimes sanglants, manipulations politiques, flics pas forcément très intègres et une sorte de mafia qui régit tout le quartier. Marîd Audran va devoir naviguer en eaux troubles pour mettre fins aux crimes d’un (ou plusieurs ?) tueurs, quitte pour cela à oublier ses principes, à moins qu’il n’en ait pas vraiment le choix… Et même si l’aspect cyberpunk du récit semble n’être au départ qu’un décor supplémentaire à un “simple” roman noir, sa présence est malgré tout au coeur du récit, puisqu’avec les papies, les mamies, les drogues et les divers changements de sexe de nombreux personnages qui ne sont rien que de très normal, on nage en plein futurisme très eighties et ce sont les thèmes de l’identité et du choix de faire ce que l’on veut de son corps (et de sa vie de manière plus globale) qui surnagent.

“Gravité à la manque”, s’il prend un peu son temps au début pour mieux imprégner le lecteur de l’ambiance si particulière du Boudayin, se révèle très rythmé, avec un ton lui aussi très “roman noir” qui lui donne un incontestable cachet (lié aussi à cette atmosphère musulmane faite de multiples formules de politesse, de religion plus ou moins suivie, et d’une population cosmopolite qui ne fait que rendre le tout encore plus surprenant), et le roman défile pour le plus grand plaisir du lecteur. Il faut dire que Marîd Audran se révèle un personnage tout à fait attachant, loin d’être un “super détective”. Mais même s’il subit beaucoup, doit un peu au hasard, consomme des drogues à tout va, il tire malgré tout son épingle du jeu en ayant quelques intuitions salvatrices. La galerie de personnages qui l’entoure, si elle est bien sûr moins développée, ne manque pas non plus d’attraits, entre prostituées amicales et “sexchangistes”, tenancier(e)s de bars et conducteur de taxi constamment stone pour cause d’implant distributeur de drogue, c’est haut en couleurs ! On peut quand même regretter que la plupart des femmes du récit sont des prostituées. Des femmes de pouvoir, il n’y en a pas ici (même si certaines d’entre elles ne manquent pas de poigne)…

Court, rythmé, avec un ton noir parfaitement maîtrisé par George Alec Effinger, et une ambiance musulmane inimitable, “Gravité à la manque” est un pur plaisir cyberpunk décalé. Et sitôt lue la conclusion douce-amère (quoique plutôt amère pour Marîd Audran…), on n’a qu’une envie, c’est de replonger dans le Boudayin avec le roman suivant, “Privé de désert”.

 

Lire aussi l’avis de Stéphanie Chaptal, Homéostasie.

 

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Les agents de Dreamland, de Caitlín R. Kiernan https://www.lorhkan.com/2020/09/28/les-agents-de-dreamland-de-caitlin-r-kiernan/ https://www.lorhkan.com/2020/09/28/les-agents-de-dreamland-de-caitlin-r-kiernan/#comments Mon, 28 Sep 2020 06:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12537 “Une Heure-Lumière” à nouveau, avec une des dernières sorties en date, “Les agents de Dreamland” de Caitlín R. Kiernan. Il va falloir être fort pour passer après l’exceptionnel “Vigilance” de Robert Jackson Bennett. Mais avec un récit lovecraftien, tout est possible, même l’indicible…   Quatrième de couverture : Winslow, Arizona....

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“Une Heure-Lumière” à nouveau, avec une des dernières sorties en date, “Les agents de Dreamland” de Caitlín R. Kiernan. Il va falloir être fort pour passer après l’exceptionnel “Vigilance” de Robert Jackson Bennett. Mais avec un récit lovecraftien, tout est possible, même l’indicible…

 

Quatrième de couverture :

Winslow, Arizona. Deux agences du renseignement y ont dépêché leur meilleur élément. Il y a le Signaleur, un homme désabusé, brûlé aux secrets défense d’un nombre d’administrations qu’il ne peut même plus compter. Et il y a Immacolata Sexton, un mythe vivant, une femme à la réputation proprement terrifiante — si elle n’était pas humaine, le Signaleur n’en serait pas plus étonné que cela… Leur mission ? Enquêter sur une secte dont on vient de retrouver les membres à l’état de cadavres horriblement mutilés au cœur du désert. Une femme en a réchappé. Persuadée d’être investie d’une mission sacrée, elle représente peut-être une bombe à retardement pour l’humanité toute entière… Car dans les tréfonds ténébreux du Système solaire, la sonde New Horizons s’approche de Pluton. Or, nul ne sait ce qu’elle va vraiment trouver aux abords de la planète naine…

« Peut-être la meilleure autrice de weird de sa génération. » Ann et Jeff VanderMeer

“Les Agents de Dreamland” a été nommé aux prix Bram Stoker 2017 et Locus 2018

 

What do Yuggoth ?

Moonlight Ranch, Californie, début juillet 2015. Un massacre. Une horreur. Innommable. Indicible. Sans doute pas tout à fait humaine. Quelque chose s’est passé, il faut le comprendre et vite, avant que cela ne devienne une potentielle menace incontrôlable à plus grande échelle.

On fait donc la connaissance de deux agents issus de services de renseignement, le Signaleur d’un côté (Américain, un peu revenu de tout), Immacolata Sexton de l’autre (Britannique, humaine mais rien n’est moins sûr), qui vont devoir collaborer pour tenter de comprendre ce qui s’est passé dans ce ranch perdu au fin fond de nulle part, et dans lequel l’horreur a été découverte.

Caitlín R. Kiernan mêle dans son récit fiction et faits réels (la sonde New Horizons qui a survolé Yuggoth Pluton ce même mois de juillet 2015, subissant même un étrange problème technique au tout début du mois…), avec une pointe d’histoire secrète pour brouiller les pistes et donner par la même occasion une sorte de “validation historique” à ce qu’a écrit H.P. Lovecraft dans l’un de ses textes (que je nommerai pas mais dont les indices sont suffisamment gros pour que l’amateur de Lovecraft le découvre rapidement (j’ai d’ailleurs déjà plus ou moins vendu la mèche…), sans que cela ne soit un handicap pour ceux qui ne connaîtraient pas l’oeuvre de l’écrivain de Providence) dont “Les agents de Dreamland” n’est rien de moins qu’une suite. Un projet intéressant, d’autant qu’il est bien mené, particulièrement narrativement, avec une déconstruction chronologique qui ménage un certain suspense sans que celui-ci ne soit nécessairement le moteur du récit. Car en effet, Caitlín R. Kiernan n’hésite pas à donner au lecteur, à travers des “visions” (appelons ça comme ça à défaut d’avoir de plus amples renseignements sur le pourquoi du comment, ce qui est bien dommage d’ailleurs et ressemble furieusement à une certaine facilité narrative sur ce point précis…) d’Immacolata Sexton, ce qui ressemble au fin mot de l’histoire. Ou de l’Histoire. Car il y a bien l’Histoire, globale, celle de l’humanité, et l’histoire, celle de ce qui s’est passé dans le Moonlight Ranch, de Chloé qui y a (sur)vécu, et des deux agents.

Parsemé de références que les spécialistes se feront un plaisir de débusquer, “Les agents de Dreamland” est donc un texte malin et sombre à la fois, déconstruit chronologiquement sans que cela ne pose le moindre problème de compréhension (même si ce procédé me fait toujours m’interroger sur sa réelle utilité) et qui se lit avec un intérêt que je qualifierai de… mesuré, malheureusement. Non, je ne me suis à aucun moment ennuyé mais le manque d’enjeux m’a empêché d’être embarqué dans le récit, la faute à une inéluctabilité qui joue contre lui. Car tout est joué, et les personnages de Caitlín R. Kiernan ne font que se débattre dans quelque chose qui est perdu d’avance, ce que le texte ne manque d’ailleurs pas de souligner bien avant sa conclusion. Certes, dans les récits de Lovecraft, c’est un peu la même chose, mais ce cosmicisme lovecraftien, dans lequel l’humanité n’est que peu de choses au sein d’un univers bien plus vaste n’apparaît que peu, ou en tout cas pas suffisamment ici pour provoquer effroi (hormis une scène d’interrogatoire) ou sense of wonder, d’autant que les personnages ne sont finalement pas acteurs de grand chose mais plutôt spectateurs de ce qui se passe (et de ce qui adviendra) pour le montrer au lecteur. Dommage alors qu’il y avait un vrai potentiel, et que du côté de la “continuation” d’un récit lovecraftien, “Les agents de Dreamland” fait malgré tout bonne figure, grâce entre autres à la très bonne traduction de Mélanie Fazi. Absolument pas mauvais, ni même désagréable en fait, loin de là, simplement en demi-teinte.

 

Lire aussi les avis de Gromovar, Feyd Rautha, Artemus Dada, Célindanaé.

Critique écrite dans le cadre du challenge “Le Projet Maki” de Yogo.

 

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Vigilance, de Robert Jackson Bennett https://www.lorhkan.com/2020/09/22/vigilance-de-robert-jackson-bennett/ https://www.lorhkan.com/2020/09/22/vigilance-de-robert-jackson-bennett/#comments Tue, 22 Sep 2020 06:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12530 Bon, ce n’est pas tout ça, mais j’ai une nouvelle fois laissé la collection “Une heure-lumière” me distancer. Mais avec cette collection, refaire son retard est un bonheur. Même si dans le cas de la novella ici présente de Robert Jackson Bennett, “Vigilance”, utiliser le mot bonheur n’est pas des...

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Bon, ce n’est pas tout ça, mais j’ai une nouvelle fois laissé la collection “Une heure-lumière” me distancer. Mais avec cette collection, refaire son retard est un bonheur. Même si dans le cas de la novella ici présente de Robert Jackson Bennett, “Vigilance”, utiliser le mot bonheur n’est pas des plus adapté. Non pas en raison de la qualité du récit, bien au contraire, mais parce que vu le propos, il est difficile de parler de bonheur…

 

Quatrième de couverture :

Trois tireurs armés jusqu’aux dents lâchés dans un « environnement » public aléatoire délimité. Un but : abattre le plus de personnes possible. Une promesse : un énorme paquet de fric pour celui qui quitte les lieux indemne. Si l’une des « cibles » met hors d’état de nuire l’un des tireurs et survit, une part du pactole lui échoit. Des règles simplissimes, et des dizaines de drones qui filment le tout pour le plus grand bonheur de millions de spectateurs hystérisés, d’annonceurs aux anges et de John McDean, producteur et chef d’orchestre de Vigilance, le show TV qui a résolu le problème des tueries de masses aux États-Unis…

« Si l’Amérique ne fabrique plus grand-chose, elle produit à coup sûr quantité d’enfants morts : abattus à l’école, chez eux, sur les terrains de jeux ; abattus par des flics, par eux-mêmes, par leurs parents, par d’autres enfants… Des tas et des tas de petits corps angéliques, tous perforés par des balles, tous immobiles, froids, parfaits.  »

Un récit effarant, corrosif et brutal. L’autopsie littéraire d’une american way of life aussi éculée que mortifère.

« Lucide et débordant d’une colère sauvage, voici un livre que vous n’oublierez pas de sitôt. » NPR

 

Quand Robert Jackson Bennett sort l’artillerie lourde…

Futur proche. Les Etats-Unis sont en phase d’écroulement. La Chine a pris la tête de l’économie mondiale, l’Amérique s’avérant incapable de garder une jeunesse qui l’a fuit en masse pour des cieux plus cléments (et économiquement plus avantageux), une Amérique dévastée au sud par des incendies à répétition et plus au nord par des ouragans réguliers. Le pays vieillissant, constamment gouverné par des politiciens usant de la peur (de l’autre, de l’infiltré, de l’étranger), ne tient pour ainsi dire que grâce à deux choses : son Deuxième Amendement (autorisant chaque citoyen à posséder une arme) et les divertissements abrutissants proposée par une télévision qui ne recule plus devant rien pour faire de l’audience et satisfaire son public-cible (essentiellement blanc, celui qui détient l’argent), à coup de falsifications et de fake-news.

C’est dans ce contexte que certaines personnes sans scrupules ont flairé un bon coup. Car en 2026, une tuerie de masse dans une école (la 514ème…) streamée sur les réseaux sociaux depuis l’intérieur, a attiré d’innombrables spectateurs.Et eux d’habitude si prompts à passer d’une chose à l’autre là où l’information (ou la désinformation…) n’a qu’une durée de vie très limitée, sont restés collés à leur écran durant des heures, tandis que les publicités visibles automatiquement au même moment ont vu leur impact décuplé, leurs ventes exploser ! Et là, c’est le déclic : y aurait-il un moyen de reproduire cela, de manière plus “contrôlée” et bénéficier des mêmes effets ? Oui, “Vigilance” est né.

“Vigilance” est un programme télévisé qui envoie trois tireurs (dépressifs et/ou instables psychologiquement) armés jusqu’aux dents dans un lieu public clôt (en tout cas isolé de l’extérieur par la production du “spectacle” et à l’insu des citoyens passant par là) comme une gare ou un centre commercial, avec à la clé quelques millions de dollars pour celui des trois qui parviendrait à s’en sortir (et un million de dollar à sa famille s’il échoue). Mais aussi quelques millions de dollars pour le citoyen qui parviendrait à éliminer l’un des tireurs. Le nom de l’émission ne doit donc rien au hasard, car il s’agit bien de montrer aux citoyens américains à quel point il est important d’être vigilant. Vigilant au cas où l’émission démarre là où ils se trouvent (car elle débarque toujours sans prévenir), mais surtout de manière plus globale vigilant envers l’ennemi, l’insidieux, celui qui tente d’envahir le pays, l’étranger, le migrant, le dangereux. Être vigilant signifiant bien évidemment être armé. Avec une classe politique qui en a fait son maître-mot depuis des dizaines d’années, jouant sans cesse sur la peur, ce crédo, allié au Deuxième Amendement, a fini par devenir quelque chose de normal, ce sur quoi joue l’émission “Vigilance” dans laquelle les commentateurs ne cessent de déplorer, sur un ton faussement ému que telle ou telle victime des tireurs n’a pas été suffisamment vigilante.

Le cynisme de cette émission pousse le vice jusqu’à manipuler tout ce qui est nécessaire pour satisfaire son public-cible, depuis la création de la présentatrice idéale et de ses interventions orales par une intelligence artificielle (idem pour les commentateurs de l’émission) jusqu’à la manipulation outrancière des réseaux sociaux, en passant par une sorte de deepfake en temps réel permettant de masquer/transformer en direct l’identité d’une citoyenne qui a réussi à se défendre contre un tireur, une Asiatique immigrée devenant ainsi, pour ne pas choquer le public-cible (ou plutôt marché-cible…), une américaine d’origine irlandaise bien blanche. Tout est donc calculé, mesuré, soupesé,  optimisé, maximisé sans jamais que le côté humain n’intervienne autrement que par ce que ce marché-cible pourrait rapporter à la chaîne et aux annonceurs.

Robert Jackson Bennett, en écrivant “Vigilance”, n’a pas pris de gants. Le cynisme de cette émission (et de la société américaine dans son ensemble) est total, la noirceur et l’horreur s’accumulent, notamment quand l’émission débute (après des slogans qu’on imagine dits avec une grosse voix sur une grosse musique angoissante, pas si loin de ce que nous connaissons déjà…) et que les premières victimes tombent, sans distinction d’âge ou de genre, hommes, femmes et enfants donc. Mais après tout, les commentateurs ne manqueront pas de souligner que c’est de leur faute : ils n’étaient pas assez vigilants…

Alors oui, le texte choque. C’est violent, c’est cynique, c’est terrible, c’est glaçant. Mais c’est notre société, avec les curseurs poussés à fond. Un peu comme ce que fait Jean Baret de notre côté de l’Atlantique, mais en visant directement un pays, un peuple et ses dérives. Et sans le côté outrancier et drôle voire loufoque de l’auteur français, qui permet de souffler un peu. Il n’y a pas d’humour ici. La société américaine n’est pas drôle. Elle ne l’est pas pour les personnes de couleur, elle ne l’est pas pour les pauvres. Elle ne l’est pas aujourd’hui, elle ne le sera pas demain puisqu’elle sera encore pire. Tel est l’avertissement lancé par Robert Jackson Bennett dans un texte qu’il est difficile de ne pas dévorer d’une traite, à bout de souffle et complètement ahuri par ce que l’auteur nous donne à lire.

Les seuls bémols que je pourrais trouver à “Vigilance” seraient une justification de l’acceptation d’une telle émission de télévision (par les autorités d’une part et par le public d’autre part) un peu poussée à l’extrême, jouant avec la suspension d’incrédulité du lecteur (mais être Américain permettrait peut-être d’accepter ça plus facilement), et un dernier mouvement du texte, basé sur une IA révolutionnaire, qui tient un peu de la magie alors que jusqu’ici le côté technologique était certes assez poussé mais plutôt simple à imaginer en extrapolant sur ce qui est déjà aujourd’hui à notre disposition.

Rien de bien méchant ceci dit, tant tout le reste est d’une maîtrise et d’une nervosité folles. Le message de Robert Jackson Bennett est un véritable direct au visage, on en ressort sonné, avec la conviction (s’il en était besoin), que le véritable ennemi des Américains, ce sont bien les Américains eux-même. L’actualité récente nous le montre parfaitement, et résonne de manière terrible avec ce texte. Rendez-vous en novembre prochain pour un peu d’espoir. Ou pas…

Texte époustouflant donc, glaçant comme rarement, “Vigilance” vient sans contestation possible se placer là-haut tout là-haut, dans les hautes sphères des plus grands textes de la collection “Une heure-lumière”. Oui, c’est un peu rengaine de dire ça, mais croyez-moi, celui-ci n’est pas près de descendre de son piédestal. In-dis-pen-sable !

 

Lire aussi les avis de Gromovar, Feyd Rautha, Yogo, Artemus Dada, Anne-Laure.

Critique écrite dans le cadre du challenge “Le Projet Maki” de Yogo.

 

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Trop semblable à l’éclair, Terra Ignota tome 1, de Ada Palmer https://www.lorhkan.com/2020/09/10/trop-semblable-a-leclair-terra-ignota-tome-1-de-ada-palmer/ https://www.lorhkan.com/2020/09/10/trop-semblable-a-leclair-terra-ignota-tome-1-de-ada-palmer/#comments Thu, 10 Sep 2020 06:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12394 Allez, je me lance. J’ai longtemps repoussé la lecture de ce roman acheté et dédicacé aux dernières Utopiales, préférant attendre l’arrivée du deuxième volume, définit sur la quatrième de couverture comme étant “indissociable” de celui-ci. Mais ça y est, je m’y suis mis, la chronique de cet intimidant roman encensé...

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Allez, je me lance. J’ai longtemps repoussé la lecture de ce roman acheté et dédicacé aux dernières Utopiales, préférant attendre l’arrivée du deuxième volume, définit sur la quatrième de couverture comme étant “indissociable” de celui-ci. Mais ça y est, je m’y suis mis, la chronique de cet intimidant roman encensé par des nombreux lecteurs mais réputé comme clivant en est la preuve.

 

Quatrième de couverture :

Année 2454. Trois siècles après des évènements meurtriers ayant remodelé la société, les concepts d’État-nation et de religion organisée ont disparu. Dix milliards d’êtres humains se répartissent ainsi par affinités, au sein de sept Ruches aux ambitions distinctes. Paix, loisirs, prospérité et abondance définissent ce XXVe siècle radieux aux atours d’utopie. Qui repose toutefois sur un équilibre fragile. Et Mycroft Canner le sait mieux que personne… Coupable de crimes atroces, condamné à une servitude perpétuelle mais confident des puissants, il lui faut enquêter sur le vol d’un document crucial : la liste des dix principaux influenceurs mondiaux, dont la publication annuelle ajuste les rapports de force entre les Ruches. Surtout, Mycroft protège un secret propre à tout ébranler : un garçonnet aux pouvoirs uniques, quasi divins. Or, dans un monde ayant banni l’idée même de Dieu, comment accepter la survenue d’un miracle ?

Diplômée de Harvard, Ada Palmer enseigne au département d’histoire de l’université de Chicago. “Trop semblable à l’éclair” a été salué par le prix Compton Crook et a valu à son autrice le prestigieux John W. Campbell Award. Considéré d’emblée comme un livre majeur outre-Atlantique, il forme avec “Sept redditions”, sa suite indissociable, le premier versant de “Terra Ignota”, l’un des projets littéraires les plus ambitieux que la science-fiction moderne ait produit, quelque part entre “Dune” et “Hypérion”, entre philosophie des Lumières et sidération radicale.

 

Ada Palmer convoque Voltaire et Diderot au 25e siècle

Comment aborder un tel pavé de 650 pages, précédé d’une telle aura et, soyons honnête, rempli d’intelligence et d’ambition ? La réponse est : je ne sais pas car je me sens bien petit face à ce roman…

Je pourrais parler de la Philosophie des Lumières tant le roman fait à de nombreuses reprises référence explicitement à Voltaire, Diderot, Rousseau ou Sade en n’hésitant à aucun moment à briser le quatrième mur (un concept, tiens donc, formulé pour la première fois par… Diderot, et ce n’est pas un hasard car il n’y a PAS de hasard dans un roman signé Ada Palmer😉 ) puisque le narrateur s’adresse au lecteur et ce dernier s’adressant parfois au narrateur en retour (!!), mais je n’en ai pas les connaissances nécessaires.

Je pourrais parler du monde inventé par l’autrice qui est une projection du nôtre en l’an 2454, avec de nombreux changements sociétaux assez radicaux qui rendent la société de cette époque à la fois familière et radicalement différente, telle que la disparition de la cellule familiale “nucléaire” (cette cellule familiale, appelée “bash”, n’est plus dépendante des liens du sang et peut contenir plusieurs couples de tous types élevant leurs enfants en commun, tout ce petit monde étant lié autant par les sentiments que par simple affinité intellectuelle) tout autant que celle des nations (dorénavant ce sont les “ruches” qui font le monde, leur fonctionnement étant assez semblable à celle des bash, mais sur un monde plus global. Il y a sept ruches mais un citoyen peut fort bien décider de n’appartenir à aucune d’entre elles), l’importance du système de transport par voitures volantes qui semble être un des piliers les plus importants de cette société qui permet à tout un chacun d’aller en n’importe quel point du globe en deux petites heures, un système judiciaire radicalement inédit mais reposant sur des concepts très anciens, des enfants qu’on élève pour qu’ils deviennent peu ou prou des mentats ordinateurs humains,  la notion de genre qui est devenue tabou, etc… Soyez prévenus : je ne fais qu’effleurer les nombreux concepts du roman, il y a encore plein de choses à découvrir, rendant le contexte du récit absolument unique, extrêmement réfléchi et très solide. Fascinant. Mais tout cela ne fait pas un roman.

Je pourrais donc aussi vous parler de l’intrigue du récit. Mais il n’y en a pas. Mais elle est très clairement au second plan puisque “Trop semblable à l’éclair”, disons-le tout net, est une introduction. De 650 pages. Ouais. Mais une belle introduction hein, tout y est : le monde, l’intrigue (qui ne fait donc que démarrer en n’évoluant guère dans ce premier volume, tout commençant par le vol d’une liste de célébrités avant sa publication officielle, le type de liste à même de faire basculer l’équilibre du monde, rien que ça, alors que d’autre part on découvre le personnage de Bridger, jeune enfant qui semble doté de “pouvoirs” ce qui, potentiellement, est un gros problème dans une société qui a totalement proscrit la religion), les personnages. A la fin du roman, le lecteur est paré, prêt à enclencher la seconde. Mais il faut avaler ce premier tome qui n’est certes pas un pensum mais peut-être pas tout à fait un roman non plus… J’exagère sans doute, d’autant que les deux premiers volumes de la série d’Ada Palmer (“Trop semblable à l’éclair” donc et sa suite “Sept redditions”) ne sont en fait qu’un seul et vaste roman, coupé en deux pour d’évidentes raisons éditoriales. Tout s’explique et voilà pourquoi la quatrième de couverture nous dit que “Sept redditions” est la “suite indissociable” du texte ici présent.

Je pourrais aussi vous parler des personnages, nombreux et très… particuliers. Tous liés, tous plus ou moins issus de la classe dirigeante (sauf, et c’est tant mieux tant l’absence des “petites gens” est regrettable au sens où la société est extrêmement décrite mais la vie quotidienne des citoyens de ce monde passe malheureusement totalement à l’as, le mystérieux narrateur, Mycroft Canner, coupable d’horribles crimes et puni comme il se doit dans ce monde si spécifique, mais très intégré au cercle des puissants pour une raison qui n’apparaît pas dans ce premier tome), tous hauts en couleurs pour différentes raisons (chacun ayant évidemment leur propre agenda, avec un impact sur l’intrigue du roman et l’orientation du monde), et finalement très “théâtraux” d’une certaine manière. D’ailleurs, certains passages du roman se font en mode théâtre, et ce n’est pas un hasard car il n’y a PAS de hasard dans un roman signé Ada Palmer. Oui je l’ai déjà dit. Et ça non plus ce n’est pas un hasard… 😀

Et donc voilà. “Trop semblable à l’éclair” est impressionnant. Fascinant. Intimidant. Complexe (il faut accepter de ne pas tout comprendre tout de suite). Époustouflant. Intelligent. Stimulant. Philosophique. Extrêmement riche. Enthousiasmant parfois. Parfois un peu moins. Un peu chiant aussi avec son intrigue qui se traîne désespérément. Mais il force le respect, quoi qu’on en pense au final.

En fait je crois que je suis plus admiratif et impressionné par ce qu’a imaginé Ada Palmer plutôt que réellement enthousiasmé et captivé par ce que j’ai lu. La faute sans doute à un roman qui n’est qu’une entrée en matière et qui, à ce titre, n’apporte aucune réponse aux questions qu’il ne manque pas de poser. “Trop semblable à l’éclair” est sans doute extrêmement intelligent et redoutablement construit, mais ces qualités risquent bien de n’apparaître clairement qu’avec la lecture de “Sept redditions”, lecture sur laquelle je ne vais bien sûr pas manquer de me pencher. Cela peut objectivement être un vrai problème et provoquer un sentiment de lassitude ou d’exaspération à cause d’un goût à la fois de trop (de pages) et de trop peu (d’évolution de l’intrigue et de réponses). Mais je subodore que le meilleur est à venir… Et d’une certaine manière, mais là je m’avance un peu, il se pourrait que la série d’Ada Palmer fasse parti de celles dont le tout vaut mieux que la somme de leurs parties. On verra ça dans quelque temps…

 

Lire aussi les avis de Gromovar, Anudar, Feyd Rautha, Célindanaé, Lutin82, Yogo, Ombre Bones, Stéphanie Chaptal, L’Ours Inculte (éblouichiant, bravo, j’applaudis ! 😀 ), Lune, Anouchka, Cédric, Vert, Le Chroniqueur

 

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Retour à n’dau, de Kij Johnson – Hors-série 2020 “Une heure-lumière” https://www.lorhkan.com/2020/09/07/retour-a-ndau-de-kij-johnson-hors-serie-2020-une-heure-lumiere/ https://www.lorhkan.com/2020/09/07/retour-a-ndau-de-kij-johnson-hors-serie-2020-une-heure-lumiere/#comments Mon, 07 Sep 2020 06:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12514 Le désormais traditionnel hors-série estival de la collection “Une heure-lumière” du Bélial’ est arrivé. Toujours gratuit pour l’achat de deux livres de la dite collection, c’est une petite sucrerie qui ne se refuse pas. Au menu : quelques mots des traducteurs ayant officié sur une des novellas du catalogue, le...

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Le désormais traditionnel hors-série estival de la collection “Une heure-lumière” du Bélial’ est arrivé. Toujours gratuit pour l’achat de deux livres de la dite collection, c’est une petite sucrerie qui ne se refuse pas. Au menu : quelques mots des traducteurs ayant officié sur une des novellas du catalogue, le catalogue complet justement, et une novelette de Kij Johnson. En route !

 

Quatrième de couverture :

Une heure-lumière, c’est la distance que parcourt un photon dans le vide en 3600 secondes, soit plus d’un milliard de kilomètres…

C’est aussi le nom d’une collection réunissant à ce jour vingt-six titres, un espace éditorial inédit, unique, tant par le fond que par la forme, qui ambitionne de faire voyager vite et loin le lecteur.

Une collection qui, en l’espace de quelques années à peine, s’est bâti un statut de référence dans le paysage éditorial hyper-saturé des littératures de genre. Une heure-lumière célèbre les horizons nouveaux ; le Hors-série 2020, troisième du genre, célèbre Une heure-lumière. Avec entre autres un long récit inédit signé Kij Johnson, autrice, dans cette même collection, de l’époustouflant “Un pont sur la brume” salué par une kyrielle de prix, dont le Hugo, le Nebula et le Grand Prix de l’Imaginaire.

Une heure-lumière… sous une pluie d’étoiles !

 

Être là où on doit être : n’dau.

Il est particulièrement amusant/surprenant de lire “Retour à n’dau” peu après “La Marche du Levant” tant les deux textes ont des points communs sur le contexte astronomique. En effet, là ou “La Marche du Levant” mettait en scène une ville et tout un peuple qui avançait au même rythme que le soleil dans le ciel d’une Terre future, on a dans “Retour à n’dau” (novelette d’une quarantaine de pages) un peuple de nomades, pour lequel les chevaux sont des animaux extrêmement importants (difficile de ne pas penser aux habitants des steppes mongoles), qui s’efforce d’être à la bonne place, n’dau, là où le corps et l’ombre qu’il projette au sol ont la même taille. Un peuple qui bouge donc au gré du mouvement solaire, un mouvement particulièrement lent puisqu’une vie ne suffit pas à la planète (nommée Ping) pour faire un tour complet sur elle-même.

La façon qu’ont les habitants de la planète de voir les mouvements astronomiques est très original : ce ne sont pas eux qui se déplacent, mais la planète qui bouge sous leurs pieds, eux considérant qu’ils restent immobiles sous le soleil, idéalement à n’dau, là où est leur place.

Le sextant nous apprend où nous sommes par rapport au nord et au sud, et l’angle du soleil nous montre que nous sommes là où notre place se trouve, au centre des choses. Les fleuves, les collines, les lacs, les plaines : tout bouge sous nos pieds, mais nous et le soleil restons immobiles : n’dau.

C’est dans ce contexte que nous faisons connaissance avec Katia, jeune dresseuse-guérisseuse du clan Winden, soignant les chevaux et dressant une troupe de chiens rendant de nombreux services au clan entouré d’immenses steppes. Un clan qui s’est éloigné de n’dau, faisant une longue pause pour permettre à leurs chevaux de se repaître correctement et de les faire se reproduire pour en tirer un bon prix. Mais le voici attaqué par une troupe aux ordres d’un certain Empereur, qui cherche à soigner ses chevaux victimes d’une étrange et dévastatrice maladie…

Kij Johnson a déjà eu les honneurs de la collection “Une heure-lumière” avec l’excellent “Un pont sur la brume” (un texte issu du même recueil en VO que “Retour à n’dau”, recueil dont est également issu le très bon “Magie des renards” paru dans l’anthologie 2018 des Utopiales mais aussi “Mêlée” paru dans le numéro 3 de la revue Angle Mort et “Poneys” paru dans le numéro 7 de la même revue), et les éditions du Bélial’ semblent fort justement décidées à continuer de la mettre en avant. On leur en saura gré puisque “Retour à n’dau” est à nouveau une belle réussite de l’autrice américaine (parue en 2000 en VO, pas vraiment récente donc).

Kij Johnson met en effet ici en avant une belle héroïne féminine dotée d’une grande force de caractère, un combat pour la vie, avec une jolie conclusion en forme de radical changement d’orientation sans se poser de questions, qu’elles soient de genre, culturelles, ou hiérarchiques. On ajoutera à tout cela un monde joliment esquissé, avec une incontestable “Le Guin-touch” capable d’imaginer une société “autre” dans un texte empreint d’humanisme et d’une certaine sérénité paisible (avec de la douleur malgré tout, mais Katia ne réagit pas à la violence par la violence, même si elle ne manque pas d’y songer) alors que les évènements vécus par l’héroïne tiennent sans contexte du drame traumatisant. C’est beau, c’est touchant, c’est sensible, ça tient autant de la SF que de la fantasy, c’est très joliment traduit par Anne-Sylvie Homassel (signalons d’ailleurs au passage que, chose surprenante dans le petit monde de la traduction SFFF, Kij Johnson, sur ses six textes traduits en français, a vu défiler six traducteurs différents, cinq femmes et un homme…), c’est réussi. A quand le prochain texte de l’autrice ?

Pour être complet sur ce hors-série, en plus du petit mot d’Olivier Girard (le Big Boss) en tête de volume et du traditionnel catalogue en toute fin, signalons, car il s’agit plus que d’un petit bonus, la vingtaine de pages permettant aux différents traductrices et traducteurs de la collection de s’exprimer sur le format novella, notamment sur celles qu’elles ou ils ont eu l’occasion de traduire pour “Une heure-lumière” avec leurs éventuelles difficultés spécifiques, et puisque qu’un certain nombre de ces traductrices et traducteurs sont aussi des autrices et auteurs, quelle influence la traduction a eu sur leur travail de création fictionnelle. Très intéressant, et en peu de mots on apprend des choses intéressantes sur leur approche de ce type de texte.

Une belle friandise que ce hors-série donc, il serait dommage de ne pas en profiter tant que l’offre dure.

 

Critique écrite dans le cadre des challenges “Le Projet Maki” de Yogo et “Summer Star Wars épisode IX” de Lhisbei.

 

 

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La Marche du Levant, de Léafar Izen https://www.lorhkan.com/2020/09/04/la-marche-du-levant-de-leafar-izen/ https://www.lorhkan.com/2020/09/04/la-marche-du-levant-de-leafar-izen/#comments Fri, 04 Sep 2020 06:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12477 Comme à peu près toujours depuis le lancement de la collection, Albin Michel Imaginaire nous propose le roman d’un auteur quasiment inconnu en France, en tout cas en ce qui concerne les littératures de l’imaginaire (les seules exceptions en tant qu’auteurs ayant “un nom” en francophonie et publiés dans la...

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Comme à peu près toujours depuis le lancement de la collection, Albin Michel Imaginaire nous propose le roman d’un auteur quasiment inconnu en France, en tout cas en ce qui concerne les littératures de l’imaginaire (les seules exceptions en tant qu’auteurs ayant “un nom” en francophonie et publiés dans la collection étant Neal Stephenson et Franck Ferric). Léafar Izen arrive donc avec un roman mettant en scène une ville qui se déplace pour suivre la course du soleil dans le ciel. Un soleil très nettement ralenti puisque le jour dure 300 ans…

 

Quatrième de couverture :

Trois cents ans. C’est le temps que met la Terre pour tourner sur elle-même. Dans le ciel du Long Jour, le soleil se traîne et accable continents et océans, plongés tantôt dans une nuit de glace, tantôt dans un jour de feu. Contraints à un nomadisme lent, les peuples du Levant épousent l’aurore, les hordes du Couchant s’accrochent au crépuscule.

Récemment promue au rang de maître, l’assassine émérite Célérya accepte un enrôlement douteux dans le désert de l’est. Là, sans le vouloir, elle contribue à l’accomplissement d’une prophétie en laquelle elle n’a jamais cru.

Un domino vient de tomber ; les autres suivront-ils ?

 

A la poursuite de l’aube du Long Jour

Le contexte de ce roman est diablement intéressant, jugez plutôt. A une date indéterminée, le soleil est “ralenti” (du point de vue des habitants de notre planète, puisque astronomiquement c’est plutôt la rotation de la Terre qui est ralentie) pour une raison inconnue ce qui a pour conséquence de considérablement rallonger le durée d’une journée. En effet, un jour terrestre dure maintenant 300 ans, et il est fort justement appelé le Long Jour. Une journée plus longue qu’une année, ça peut sembler étrange mais ça existe déjà sur la planète Vénus, même si l’écart entre les deux durées n’est pas aussi important qu’ici. Toujours est-il que c’est astronomiquement possible. Avec une journée aussi longue, la planète, toujours soumise aux saisons de l’année, se retrouve donc avec des zones chauffées par le soleil durant de longues périodes (150 ans), ce qui finit par les rendre désertiques, tandis que les zones qui restent dans l’ombre durant la même période de temps deviennent glacées. La région habitable se situe donc près du terminateur, la bande faisant office de séparation entre l’ombre et la lumière du soleil, un territoire qui, forcément, se déplace avec lui. Et c’est là que se situe la ville d’Odessa, la capitale de la Marche Centrale, forcée pour survivre de constamment poursuivre l’aube pour ne pas se retrouver dans une zone désertique sans ressource. Et donc de se déplacer, de 300 pas chaque jour.

Premier hic, c’est quoi un jour ? Ben oui, un jour dure 300 ans et s’appelle le Long Jour, alors c’est quoi un jour (sans la majuscule) ? Bon, il semblerait que les habitants d’Odessa continuent d’utiliser la mesure du temps telle que nous la connaissons (avec des clepsydres pas très précises pour mesurer une heure, car “La Marche du Levant” revêt les atours d’un roman de fantasy relativement classique, donc la technologie n’est pas très avancée), et donc une journée dure vraisemblablement 24 heures. On pourrait se demander pourquoi garder ce principe de “jour” alors que ça n’a physiquement aucune signification sur cette Terre déréglée, mais soit. Par ailleurs, sur un pur plan physiologique, le roman, qui ne manque pourtant pas de dévoiler le fonctionnement de ce monde étrange au fil de la lecture, ne donne guère d’indications sur le rythme de vie des hommes et des femmes… Comment dorment-ils ? A quel moment ? Car oui, suivre le soleil éternellement, cela signifie ne jamais avoir de nuit. Et donc côté rythmes circadiens, ça doit être un peu nawak, puisque les périodes de 24 heures n’ont plus de sens physiquement. Et encore, je ne parle là que des êtres humains, mais on imagine que ça doit être la même chose pour les animaux qui eux n’ont pas de clepsydre (ni de nuit obscure donc) pour leur indiquer qu’il est l’heure de se coucher. Et les végétaux au fait ? Parce qu’il me semble que les végétaux ont aussi besoin de l’alternance jour-nuit pour correctement se développer. Et que dorer au soleil pendant 150 ans, ça doit être compliqué à encaisser pour une plante verte… Alors bien sûr, on peut imaginer que les formes de vie se sont adaptées à ce nouveau rythme solaire, mais de cela le lecteur n’aura aucune info (ou alors j’ai raté quelque chose), et puisque la vie humaine du roman ressemble ma foi très fort à la nôtre, on est en droit de se poser la question pour le reste des organismes terrestres…

Alors voilà, le contexte est très intéressant, mais peut-être un peu perfectible si on creuse un peu… Mais Léafar Izen a de la chance, je suis bon public et prêt à avaler quelques couleuvres s’il parvient à m’embarquer dans son récit. Et sur ce point, ça a fonctionné, même s’il faut bien avouer que l’originalité n’est pas son point fort. On a une voleuse/assassine, Célérya, revenant des terres glacées de l’ouest, qui est envoyée, accompagnée de son fidèle camarade Oroverne, un vieux guerrier du Nord, taciturne mais fiable et redoutable, à l’est par sa Guilde à la solde du pouvoir central. Elle y fera face à certaines déconvenues qui lui feront voir d’un autre oeil les jeux de pouvoirs auxquels elle a pourtant été entraînée à prendre part. S’en suit une sorte de quête personnelle qui la verra s’allier, autant par les circonstances que par réelle volonté, à un petit groupe de “rebelles” persuadés d’abriter en leur sein l’élue d’une prophétie. Cela passera par des manigances politiques, des guerres, des coups d’état, des joies, des peines, des sacrifices, la vie dans tout bon roman de fantasy en somme. Et tout se transforme ensuite en quête de tout un peuple pour… Mais ça, c’est au lecteur de le découvrir… 😉

Composé de trois parties (trois “Chants”), “La Marche du Levant” montre peut-être un peu trop sa structure de départ puisque le volumineux roman de presque 650 pages était prévu pour être une trilogie à part entière. Pour en arriver à un seul livre, il a donc fallu trancher. Il y a donc des ellipses, parfois assez vertigineuses, notamment dans la troisième partie qui couvre une période de temps nettement plus longue que les deux premières et qui lui donne des allures de “chroniques d’une longue marche”. Pas désagréable d’ailleurs, bien au contraire, j’aime assez ce style, mais sur un plan narratif, le roman est un peu déséquilibré.

Plus que son intrigue, c’est donc son contexte (même s’il n’est pas parfait comme on l’a vu) qui donne au texte son sel, avec une nécessité pour Odessa de planifier sur le long terme sa survie. Où doit-elle passer par rapport au obstacles naturels (montagnes, lacs, mers, etc…), comment doit-elle gérer ses ressources (des hommes font des plantations loin à l’ouest, là où étaient situées les glaces peu de temps auparavant, ces mêmes plantations étant récoltées des années plus tard au passage d’Odessa, voire sont transformées en charbon par ceux qui suivent la ville loin à l’est dans les zones désertiques là encore de nombreuses années après), etc… Sur un plan logistique, c’est très intéressant à imaginer.

Et puis il y a le jeu avec la prophétie. Une prophétie que Léafar Izen nous montre comme un truc fait un peu au hasard au départ, et dont l’accomplissement ne tient que parce qu’elle est déjà écrite. La prophétie autoréalisatrice parfaite. Cet aspect du roman est très réussi, et a pour effet d’enlever tout pouvoir ou rôle mystique à cette élue qui ne doit sa charge que parce qu’elle se trouvait au bon endroit au bon moment et dont la vie est dictée (et dirigée par d’autres, du moins au début) par ce qui est écrit.

“La Marche du Levant” n’est donc pas un roman parfait, loin s’en faut, mais c’est un roman qui ne manque pas de qualités, d’écriture notamment, ni de souffle quand il prend des allures de chroniques presque historiques, lui donnant une certaine hauteur de vue qui lui réussit. On pourrait tout de même regretter que le roman, peut-être là aussi à cause des coupures nécessaires pour le transformer en un seul volume, délaisse parfois un peu trop ses personnages (je pense en particulier à Oroverne qui, certes, garde tout son mystère, mais pour lequel je reste persuadé qu’il n’a pas eu l’attention ni le destin qu’il méritait). Pas parfait non, mais l’aventure est belle, le contexte étonnant, et Léafar Izen, avec son final renversant (dans tous les sens du terme), ne manque pas de terminer en beauté sur une note vertigineuse qui donne à réfléchir sur tout ce qui vient d’être lu précédemment.

 

Lire aussi les avis de Gromovar, Feyd Rautha, Anouchka, Nicolas, Fantasy à la carte, Célindanaé, L’Ours Inculte, Le Chroniqueur, François Schnebelen, Yogo, Le Chien Critique, Xapur, Artemus Dada, Les Blablas de Tachan.

 

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La galaxie en flammes, de Ben Counter https://www.lorhkan.com/2020/09/01/la-galaxie-en-flammes-de-ben-counter/ https://www.lorhkan.com/2020/09/01/la-galaxie-en-flammes-de-ben-counter/#comments Tue, 01 Sep 2020 06:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12493 Troisième opus de la monumentale saga “L’Hérésie d’Horus”, “La galaxie en flammes” de Ben Counter est en forme de première conclusion. Une conclusion intermédiaire bien sûr pour une série de plus de 50 volumes… Il n’empêche, on arrive là à un premier tournant avec une rébellion qui apparaît aux yeux...

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Troisième opus de la monumentale saga “L’Hérésie d’Horus”, “La galaxie en flammes” de Ben Counter est en forme de première conclusion. Une conclusion intermédiaire bien sûr pour une série de plus de 50 volumes… Il n’empêche, on arrive là à un premier tournant avec une rébellion qui apparaît aux yeux de tous, ou presque.

 

Quatrième de couverture :

Dans un sombre et lointain futur, il n’y a que la guerre. Mais il n’en a pas toujours été ainsi. La grande croisade de l’Empereur de l’Humanité est en cours, et bientôt tous les mondes habités par l’homme vivront en paix sous son regard bienveillant. Bientôt, il n’y aura que la paix. Bientôt… l’humanité découvrira que son pire ennemi réside en son sein. Le conflit le plus vaste et le plus meurtrier de l’histoire humaine est sur le point de débuter.

Ces trois romans explorent l’origine de l’Hérésie d’Horus et le début de l’affrontement entre les guerriers de l’Empereur et les forces du Chaos qui définira l’Imperium pour les 10 000 années à venir. La trilogie initiale de cette série à succès comprend les romans les plus populaires de toute l’histoire de Black Library.

 

Un schisme au sein de l’Imperium

Troisième auteur pour le troisième roman de la saga, Ben Counter a la charge de mettre l’hérésie d’Horus “sur des rails” en la rendant visible aux yeux de tous. Car oui, cette fameuse hérésie, même si les démons n’apparaissent toujours pas ouvertement (quoiqu’on trouve dans ce roman, comme dans les deux premiers, une manifestation “difforme” directement en lien avec eux), est consommée. Reste à l’afficher, en plongeant, comme le titre l’indique, la galaxie dans les flammes.

Car il s’agit bien là d’un schisme en bonne et due forme, un retournement total de pensée opérée par Horus, se traduisant en actes littéralement impensables, notamment pour des Space Marines élevés en bouffant du crédo impérial au petit déjeuner. Et pourtant. C’est peut-être d’ailleurs la partie du roman la plus discutable : comprendre comment ces soldats (certes sous influence plus ou moins visible) ont pu accepter de suivre Horus, un chef certes à peine moins révéré que l’Empereur lui-même, mais que les actes font radicalement sombrer dans le mal absolu (au prix de milliers de vies humaine, parmi les Space Marines eux-mêmes). C’est un peu la même problématique que dans le tome précédent. La solution à ce dilemme posé au lecteur reste la même : accepter ce revirement de pensée, même s’il est difficile à comprendre.

Car une fois lancée, l’hérésie semble ne plus avoir de limites, tout comme Horus qui se lance à fond dans son projet : renverser l’Empereur qu’il estime avoir délaissé l’humanité en installant un culte de sa propre personne déifiée. Pour cela, un alibi : la planète Istvaan III et son leader qui semble s’être retourné contre la Grande Croisade de l’Empereur. Un leader dont Horus n’a que faire mais qui va lui donner l’occasion de trier le bon grain de l’ivraie entre les soldats prêts à le suivre et les autres, qu’il va falloir éliminer. Alors on les envoie sur la planète, les rebelles sympathisants d’Horus restant en orbite.

Parmi les loyalistes envoyés sur Istvaan III, Loken bien sûr, mais aussi Torgaddon, Saul Tarvitz, Lucius et quelques autres personnages croisés dans les deux premiers romans. Tout se petit monde s’apercevra, mais un peu tard, de l’ampleur de la trahison d’Horus, et de son prix. Istvaan III risque bien d’être leur tombeau, et leur mort loin d’être agréable…

Et donc “La galaxie en flammes” fait la part belle à l’action, avec ces loyalistes pris en étau entre les rebelles istvaaniens et les rebelles impériaux. Dès lors, le combat est un combat désespéré et Ben Counter rend particulièrement bien cette ambiance d’ultime bataille qui ne peut se terminer que d’une seule manière. On a déjà vu ce type de récits, dans différents médias (réussi au cinéma dans “Star Wars Rogue One” ou dans “300” par exemple, sans grande émotion dans le pourtant bon jeu vidéo “Halo Reach”), c’est le truc idéal pour afficher de l’héroïsme à outrance, avec un sens du sacrifice poussé au maximum. C’est le cas ici, et il faut bien dire que ça fonctionne, d’autant plus que cela concerne évidemment des personnages auxquels les deux romans précédents ont permis aux lecteurs de s’attacher.

Schisme au sein de l’Imperium donc, schisme également au sein du Mournival (le conseil d’Horus, constitué des quatre soldats les plus proches de lui, avec Loken et Torgaddon d’un côté et Abaddon et Aximand de l’autre), l’hérésie d’Horus montre déjà toute l’ampleur de ce qu’elle implique pour l’humanité autrefois unie (ou en passe de l’être avec la Grande Croisade). Sauf que les plans d’Horus nécessitent de rester discret, pour ne pas que les Légions loyalistes de Space Marines lui tombent dessus trop rapidement, avant qu’il ait pu se faire suffisamment d’alliés. Un but pas tout à fait atteint, à cause d’un de ses alliés justement, mais surtout à cause d’une fuite, qui sera d’ailleurs l’objet du roman suivant (“La fuite de l’Eisenstein”), et qui va permettre au lectorat d’enfin voir cette hérésie de l’extérieur.

On notera que ce volume donne également à voir la montée en puissance de l’influence des loges guerrières, notamment auprès d’Horus lui-même, mais aussi l’apparition d’un culte qui fait de plus en plus d’émules, à savoir celui de l’Empereur, un culte qu’il a toujours rejeté mais les rebelles l’accusent de vouloir installer. Une dichotomie intéressante, que les romans suivants ne manqueront sans doute pas de développer.

“La galaxie en flammes” atteint donc son objectif : faire passer un cap à l’hérésie d’Horus, en jouant sur l’action, sans pour autant négliger l’ambiance et le destin de ses personnages. Pour les amateurs de l’univers, c’est encore une fois une belle friandise.

 

Lire aussi les avis de Nebal, Nicolas.

Critique écrite dans le cadre du challenge “Summer Star Wars épisode IX” de Lhisbei.

 

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Les faux dieux, de Graham McNeill https://www.lorhkan.com/2020/08/28/les-faux-dieux-de-graham-mcneill/ https://www.lorhkan.com/2020/08/28/les-faux-dieux-de-graham-mcneill/#comments Fri, 28 Aug 2020 06:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12491 Suite de la vaste série “L’Hérésie d’Horus” dans l’univers de “Warhammer 40,000” avec le deuxième tome, “Les faux dieux”. Après le très sympathique “L’ascension d’Horus” de Dan Abnett qui semait les graines de cette fameuse hérésie, il est temps d’en voir la floraison décrite par Graham McNeill, avant une vraisemblable...

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Suite de la vaste série “L’Hérésie d’Horus” dans l’univers de “Warhammer 40,000” avec le deuxième tome, “Les faux dieux”. Après le très sympathique “L’ascension d’Horus” de Dan Abnett qui semait les graines de cette fameuse hérésie, il est temps d’en voir la floraison décrite par Graham McNeill, avant une vraisemblable récolte des fruits dans le troisième tome bien nommé “La galaxie en flammes” de Ben Counter (dont je parlerai dans un article ultérieur).

 

Quatrième de couverture :

Dans un sombre et lointain futur, il n’y a que la guerre. Mais il n’en a pas toujours été ainsi. La grande croisade de l’Empereur de l’Humanité est en cours, et bientôt tous les mondes habités par l’homme vivront en paix sous son regard bienveillant. Bientôt, il n’y aura que la paix. Bientôt… l’humanité découvrira que son pire ennemi réside en son sein. Le conflit le plus vaste et le plus meurtrier de l’histoire humaine est sur le point de débuter.

Ces trois romans explorent l’origine de l’Hérésie d’Horus et le début de l’affrontement entre les guerriers de l’Empereur et les forces du Chaos qui définira l’Imperium pour les 10 000 années à venir. La trilogie initiale de cette série à succès comprend les romans les plus populaires de toute l’histoire de Black Library.

 

La floraison de l’Hérésie d’Horus

Avec “Les faux dieux”, pas de surprise, on prend les mêmes et on recommence. Après tout, ne pas capitaliser sur la réussite du premier volume aurait été surprenant. Et donc, les mêmes ingrédients, peu ou prou, se retrouvent ici, poussés de manière à entrevoir encore un peu plus ce qui va faire basculer l’Imperium, l’humanité et même l’univers tout entier.

“Les faux dieux” débute donc à peu près là où “L’ascension d’Horus” s’arrêtait. Direction Davin donc, à la demande du chapelain Erebus, qui indique à Horus que la planète, après avoir été pacifiée, a vu l’émergence d’une rébellion qu’il va falloir mater à coups de bolters dans la tronche. Mais Erebus n’a pas choisi cette lune pour rien, et tout ceci ressemble bel et bien à un piège ourdi pour faire tomber Horus (et quelques autres avec lui tant qu’à faire) sous l’influence des forces du Warp.

“L’ascension d’Horus” posait les bases de ce qui deviendra l’hérésie d’Horus, “Les faux dieux” voit les pions bouger plus clairement, avec le basculement tant attendu. L’action se fait ici un peu moins présente (mais quand même un peu hein, on est dans “Warhammer 40,000” bon sang !), notamment quand le roman s’intéresse plus précisément à Horus lui-même dès lors qu’il est sur le point de basculer et que sa vie même est en jeu. C’est bien là qu’on attendait le roman, pour comprendre comment Horus, le primarque le plus aimé de l’Empereur, a pu tomber dans l’exact opposé de ce pour quoi il a lutté presque toute sa vie. C’est un élément important, central même, et forcément difficile à mettre en scène et à expliquer. Et même si on peut mettre bien des choses, notamment des réactions ou des choix qui peuvent paraître incompréhensibles, sur le dos de l’irrationnel, il faut bien dire que ce basculement extrême a un peu de mal à convaincre. Ça n’altère pas la qualité de la saga (pour laquelle on a acté depuis longtemps qu’Horus a sombré du coté obscur), mais disons que l’explication du pourquoi du comment est une semi réussite (ou un semi échec, c’est selon…).

Reste que le roman amène des éléments intéressants à cette hérésie, notamment lorsqu’on comprend que bien qu’elle porte le nom d’Horus, elle n’a pas réellement démarré avec lui mais plutôt avec d’autres personnages qui ont réussi, à travers leurs machinations, à faire tomber le primarque des Luna Wolves (rebaptisés à la fin du tome précédent, un signe de plus, les Sons of Horus). Même chose à travers certaines visions apparues à Horus, et amenées par des personnes déjà sous l’influence du Chaos, qui mettent le doute sur la probité de l’Empereur. Un doute qui s’insinue (s’il n’était pas déjà présent…) dans l’esprit du lecteur autant que dans celui d’Horus (de ce point de vue c’est plutôt réussi) et qui mènera finalement à une rébellion totale et cataclysmique.

Mais nous n’en sommes pas là avec “Les faux dieux”, qui ne montre que la manière dont Horus a vu “l’autre côté” et comment il y a réagi en fonction des informations dont il disposait à ce moment-là. Les personnages qui gravitent autour de lui sont eux aussi amenés à faire des choix, parfois orientés en sous-main, parfois sous pression et pressés par le temps, et on sent donc déjà venir les dissensions qui, là encore c’est un élément intéressant, étaient déjà présentes au cours de la Grande Croisade de l’Empereur qui n’avait donc rien d’une virée entre potes pour pacifier l’univers. Là aussi le terreau était fertile à l’éclosion d’un conflit…

Pour le reste, les personnages sont les mêmes, tout est fait (plutôt efficacement d’ailleurs) pour qu’on s’attache à Loken ou qu’on sente la fourberie d’Erebus, et les scènes d’action offrent de jolis moments de tension alors que la sombre atmosphère de Davin, putréfiée et nauséabonde, amène une “belle” atmosphère viciée.

Les graines de “L’ascension d’Horus” ont donc poussé, les premières fleurs commencent à éclore, et si les puissances du Chaos n’apparaissent pas encore au grand jour (il est tout de même question de “(les) expériences nouvelles, (le) changement, (la) guerre et (la) décomposition”, les amateurs de l’univers de “Warhammer 40,000” auront bien évidemment reconnu les quatre démons majeurs du Chaos…), leur influence est déjà largement manifeste en fin de roman, quand les actes et les choix d’Horus ne laisse plus de place au doute avant d’annoncer véritablement ses plans à ses alliés.

Plus qu’une floraison, “Les faux dieux”, signé Graham McNeill qui succède donc avec brio à Dan Abnett, nous montre en fait un Horus qui a croqué dans le fruit défendu avec des conséquences que la fin du roman, sur le même mode que dans “L’ascension d’Horus”, annonce pour le troisième volume. Direction Isstvan III, un nom qui fait frémir les connaisseurs de l’univers, avec le roman suivant, “La galaxie en flammes” écrit cette fois par Ben Counter.

 

Lire aussi les avis de Nebal, Nicolas.

Critique écrite dans le cadre du challenge “Summer Star Wars épisode IX” de Lhisbei.

 

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Zapping cinéma et VOD, épisode 56 https://www.lorhkan.com/2020/08/20/zapping-cinema-et-vod-episode-56/ https://www.lorhkan.com/2020/08/20/zapping-cinema-et-vod-episode-56/#comments Thu, 20 Aug 2020 06:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12471 Arts martiaux toujours, avec cette fois, chose rare dans ce domaine, une sortie cinéma. “Ip Man 4” bénéficie en effet d’une actualité cinématographique plus que perturbée par la situation sanitaire actuelle, ce qui offre une belle mise en avant pour des films habituellement laissés de côté. Les deux autres films...

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Arts martiaux toujours, avec cette fois, chose rare dans ce domaine, une sortie cinéma. “Ip Man 4” bénéficie en effet d’une actualité cinématographique plus que perturbée par la situation sanitaire actuelle, ce qui offre une belle mise en avant pour des films habituellement laissés de côté. Les deux autres films dont il est question ici me permettent de poursuivre mon exploration des oeuvres récentes sur les arts martiaux, la bonne surprise venant incontestablement de “Le maître d’armes” avec la star Jet Li.

 

Ip Man 4, de Wilson Yip

Cette fois ça y est, la saga dédiée au maître du wing chun, qui aura finalement clairement marqué le cinéma d’arts martiaux, touche à sa fin.

Les trois premiers films ne s’étaient pas vraiment fait remarquer par la subtilité de leur propos, exacerbant l’honneur chinois au détriment du vice des Japonais, des Européens ou des Américains. Rebelote ici avec Ip Man qui, alors qu’il apprend qu’il est atteint d’un cancer, voyage à San Francisco (dans les années 60) pour trouver une école pour son fils qui défie régulièrement l’autorité. Il va y être confronté au racisme ambiant (dans plusieurs milieux : l’école, l’administration, l’armée) envers la communauté asiatique, alors que le communautarisme de cette diaspora (illustré par le rejet de Bruce Lee par les maîtres chinois du kung-fu qui n’apprécient pas de le voir présenter sa discipline aux Américains) n’aide pas non plus à l’intégration.

Ça n’est pas très subtil dans le propos (quoique si on y regarde de près, il y a quelques éléments qui apportent un peu de mesure (comme un gradé de l’armée à un peu plus ouvert que les autres), et les propos les plus outranciers viennent d’un membre des Marines, une entité dont je doute que l’on puisse dire qu’elle est des plus ouverte d’esprit…) mais comment en vouloir au film au vu des tensions Chine-USA actuellement ? Par ailleurs, le cinéma hollywoodien nous a tellement abreuvé de propagande pro-USA que le contrepoint qu’apporte le film, même s’il est simpliste, pas très moderne par les temps qui courent et ne fait peut-être que jeter un peu plus d’huile sur le feu (ou de caresser le public chinois, le coeur de cible du film, dans le le sens du poil), a le mérite de renverser un peu le discours habituel, au minimum très américano-centré.

Pour le reste, Donnie Yen (à presque 60 ans, respect !) est toujours aussi charismatique et emprunt d’une sérénité à toute épreuve, le méchant est tellement très très méchant que c’est un pur plaisir de voir Ip Man le ratatiner (en y laissant quelques plumes tout de même) et les scènes de combats, certes filmées de manière certes assez classique (souvent sur des rings, ce n’est pas très novateur, ni très risqué en terme de mise en scène…), sont dotées de chorégraphies ébouriffantes et d’une rare lisibilité (le cinéma US devrait vraiment en prendre de la graine). À ce titre, le combat final, climax logique, est très tendu, très brutal aussi, et même si on en devine évidemment l’issue, la tension engendrée par le violent salopard joué par Scott Adkins nous fait agripper les accoudoirs du siège. Saluons également le beau combat de rue mettant en scène Bruce Lee, qui réjouira ceux qui ont été frustrés par la manière dont Quentin Tarantino l’avait fait apparaître dans son dernier film.

Ce “Ip Man 4”, qui a donc la chance de sortir sur grand écran au contraire de ses prédécesseurs, reste donc un très digne représentant de cette saga qui a toujours su offrir de belles choses, sans non plus se départir de quelques défauts (la structure des quatre films se ressemble un peu, et certaines scènes de cet épisode 4 semblent directement tirées du deuxième film, jusqu’à un méchant qui fait penser dans son sadisme et sa démesure au boxeur anglais du même épisode), et pour laquelle j’aurais bien du mal a établir un quelconque classement entre les films.

Il y a donc, comme dans les autres films, de l’action, du fond (parfois contestable mais il a le mérite d’être là), un brin d’émotion (toujours très contenue avec le personnage de Ip Man), et ce long-métrage offre surtout une belle conclusion à une saga à laquelle je ne pensais pas m’attacher à ce point.

 

Le règne des assassins, de Su Chao-bin et John Woo

Ha tiens, John Woo ? Bon, ne nous emballons pas, il semblerait que la production du film ait surtout voulu mettre son nom sur l’affiche pour attirer les spectateurs alors que le cinéaste semble en réalité n’avoir joué qu’un rôle de producteur et ne s’est pas approché de la caméra… Quoiqu’il en soit, John Woo ou pas (et d’ailleurs je reparlerai bientôt du cinéma de John Woo un de ces jours à travers une énooooorme fresque historique), “Le règne des assassins” a bien des choses à proposer.

Du côté des acteurs déjà, avec le retour de Michelle Yeoh dans un film d’arts martiaux, ses premières amours (“Tai Chi Master”, “Wing Chun”) et ce qui l’a rendue célèbre (“Tigre et Dragon” bien sûr, si on ne compte pas le James Bond “Demain ne meurt jamais”). Toujours étincelante, elle campe ici un beau personnage, ancienne assassine, à la recherche d’une vie plus simple et retirée des affaires. Mais avant cela, elle décide de voler la moitié de la dépouille de Bodhidharma, alors que son clan d’assassins est à la recherche des deux moitiés dont la possession, dit-on, donne accès à de grands pouvoirs. Poursuivie, elle va devoir changer de visage pour commencer une nouvelle vie. Sauf que, bien évidemment, on ne trahit pas un clan d’assassins sans avoir à en payer le prix…

Alors bon, trahison, rédemption, romance, vengeance, etc… Rien de neuf. Mais même si l’originalité n’est pas au rendez-vous, si c’est bien fait, pourquoi se priver ? N’allez pas croire pour autant que “Le règne des assassins” est un film inoubliable, ce n’est pas le cas, mais il réserve son lot de retournements de situations (qu’on sent parfois venir quand même, notamment LE twist), de combats de sabre bien ficelés (et le terme “ficelés” n’est pas là par hasard tant les câbles sont ici très utilisés pour les voltiges aériennes), et d’une histoire somme toute déjà vue mais plutôt touchante et bien présentée.

On pourra quand même regretter un rythme un peu variable, et surtout une narration qui oublie la base de son scénario (bah oui, arrivé au bout du film, sans rien révéler de l’intrigue, on n’a aucune idée de ce qu’est devenue la dépouille de Bodhidharma après laquelle tout le monde court…). Ça fait un peu tâche…

Il n’empêche, pris comme un film pour se détendre, ça se laisse regarder sans déplaisir aucun. Mais à l’évidence, il n’a pas les épaules pour rivaliser ni avec le film au-dessus ni avec celui d’en-dessous.

 

Le maître d’armes, de Ronny Yu

Jet Li est une des stars asiatiques des arts martiaux, même s’il est moins mis en avant qu’il ne l’était par le passé, sans doute un peu éclipsé (en plus de s’être compromis dans des films européens ou américains de piètre qualité) par l’étincelant et omniprésent Donnie Yen. Toujours est-il que ce long métrage de 2006 est un des derniers grands films de la star, par la grâce d’un scénario simple mais universel, d’un personnage historique (mais comme souvent à l’histoire personnelle romancée voire dramatisée pour les besoins du film) qui donne du corps au film, et d’une prestation de Jet Li à la hauteur des enjeux (sur le plan martial comme sur le plan du jeu d’acteur).

“Le maître d’armes” (je parle ici de la version longue de 2h20, bien plus détaillée que la version classique de 1h45) démarre lors d’une présentation (par Michelle Yeoh) au CIO du wushu pour sa possible entrée au rang de sport olympique. Revenant sur ce qui fait l’essence de cet art martial, elle propose pour l’illustrer de raconter au public l’histoire de Huo Yuanjia.

Et nous voici donc revenu au XIXème sicèle, avec un tout jeune Huo Yuanjia qui doit faire face au refus de son père de lui apprendre les arts martiaux. Ce qui ne l’empêche pas de s’entraîner dans son coin… et de subir une sévère défaite contre un des ses “camarades” dont le père est un pratiquant d’une école rivale. Ce double trauma de jeunesse (et la défaite de son père dans un tournoi, de manière injuste) va orienter la vie de Huo Yuanjia, au moins dans sa première partie, lui qui décidera de tout faire pour être le meilleur, au prix d’une certaine insouciance et d’une arrogance certaine. Une vie vide de sens et surtout au mépris de la philosophie des arts martiaux qui est, en plus de simplement entretenir son corps, d’aider son prochain et de réparer les injustices. Une arrogance qui lui vaudra un drame personnel à l’issue d’une broutille qui se transforme en combat à mort, avec vengeance personnelle à la clé. Un drame qui poussera le personnage à l’exil dans un village isolé. Et ultimement à la rédemption et à la découverte d’une certaine philosophie de vie, plus en adéquation avec celle des arts martiaux.

Un scénario simple donc, déjà vu sans aucun doute, mais au message universel et qui, s’il est bien filmé (comme c’est le cas ici), fonctionne toujours. A défaut d’originalité, on trouvera donc ici du sens, en lien avec le support du film lui-même, les arts martiaux. Le fait que la vie de Huo Yuanjia, héros national en Chine, soit entourée dans le film par un cadre “méta” reposant sur la philosophie des arts martiaux (qui se conclut par une question montrant que tout le monde n’est pas à même de la comprendre), renforce ce message.

Jet Li campe efficacement un personnage qui prend conscience de ses actes, de ses biais, et qui va donc changer son orientation de vie au contact d’une vie rurale, frugale, et d’un début de romance chaste. On n’attendait pas forcément l’acteur sur ce plan là, mais il fait du bon travail, sans que ce soit digne de figurer dans les annales du cinéma mais c’est tout de même tout à fait convaincant.

Evidemment il y a des scènes de combats, notamment dans la première heure du film, celle qui voit l’arrogance du personnage le dominer, et de ce côté-là, sous la houlette de l’incontournable “action director” Yuen Woo-ping, ça envoie du lourd, notamment lors d’un combat “aérien” au-dessus de la foule et lors du “combat de trop” face à son rival dans la ville de Tianjin. Jet Li montre ici toute l’étendue de son talent martial. La suite de film est plus mesurée de ce côté-là, hormis un combat face à un énorme boxeur américain illustrant le changement de mentalité de Huo, et dans une longue scène finale où se succèdent quatre combats aux poings, à l’épée et à la lance, avant de revenir aux poings dans un duel face à un karatéka japonais, un modèle du genre où le respect de l’adversaire prime avant tout, un duel qui a en quelques sorte déjà eu lieu auparavant lors d’une cérémonie du thé qui a vu les deux protagonistes opposer leur divergence de vue, toujours dans un grand respect. Deux belles scènes qui tempèrent le propos un peu nationaliste du film (plus mesuré que dans nombre d’autre longs métrages).

Peu de choses à redire à ce film donc, qui offre son lot de combats spectaculaires, de scènes plus intimistes, poétiques même par moments, et d’un message venant soutenir et illustrer ce que doivent être les arts martiaux, à travers la vie du personnage de Huo Yuanjia et du cadre méta du film. Dans le genre des films d’arts martiaux, “Le maître d’armes” (titre français sans aucun intérêt face à un déjà discutable mais plus en accord avec le personnage “Fearless” dans les pays anglophones et un plus simple mais plus juste “Huo Yuanjia” dans les pays asiatiques) est sans aucun doute un film important.

 

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L’ascension d’Horus, de Dan Abnett https://www.lorhkan.com/2020/08/17/lascension-dhorus-de-dan-abnett/ https://www.lorhkan.com/2020/08/17/lascension-dhorus-de-dan-abnett/#comments Mon, 17 Aug 2020 06:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12480 Mon attrait pour la licence “Warhammer 40,000” ne date pas d’hier. Au départ (c’est à dire à l’adolescence) plutôt attiré par le médiéval-fantastique de “Warhammer”, j’ai switché un peu plus tard sur son pendant SF, plus pour son univers radicalo-religio-gothico-extremo-darko-SF d’ailleurs que pour le célèbre jeu de plateau en lui-même...

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Mon attrait pour la licence “Warhammer 40,000” ne date pas d’hier. Au départ (c’est à dire à l’adolescence) plutôt attiré par le médiéval-fantastique de “Warhammer”, j’ai switché un peu plus tard sur son pendant SF, plus pour son univers radicalo-religio-gothico-extremo-darko-SF d’ailleurs que pour le célèbre jeu de plateau en lui-même (mais bon, quand même, j’ai joué les eldars). Ainsi donc, d’une certaine manière, le background “Warhammer 40,000” coule dans mes veines depuis plusieurs années, et si je n’avais jusqu’ici jamais franchi la porte du côté littéraire de cet univers, c’était plus par manque de temps et à cause d’une certaine méfiance quant au côté “romans de licence” que par manque d’intérêt. Mais cette fois, ça y est.

 

Quatrième de couverture :

Dans un sombre et lointain futur, il n’y a que la guerre. Mais il n’en a pas toujours été ainsi. La grande croisade de l’Empereur de l’Humanité est en cours, et bientôt tous les mondes habités par l’homme vivront en paix sous son regard bienveillant. Bientôt, il n’y aura que la paix. Bientôt… l’humanité découvrira que son pire ennemi réside en son sein. Le conflit le plus vaste et le plus meurtrier de l’histoire humaine est sur le point de débuter.

Ces trois romans explorent l’origine de l’Hérésie d’Horus et le début de l’affrontement entre les guerriers de l’Empereur et les forces du Chaos qui définira l’Imperium pour les 10 000 années à venir. La trilogie initiale de cette série à succès comprend les romans les plus populaires de toute l’histoire de Black Library.

 

Une introduction à l’évènement fondateur de l’univers “Warhammer 40,000”

Il faut un peu de courage pour se lancer dans cette aventure littéraire. L’univers est très typé, si on ne connait pas le dit univers on pourrait avoir peur de se sentir largué, et la série de “L’hérésie d’Horus” dont il est question ici est constitué de plus de cinquante (!!) romans. Autant d’éléments (même si tous ne me concernent pas puisque je pense raisonnablement connaître le vaste et très détaillé univers de la licence), en plus du côté “romans de licence” que je regarde toujours d’un oeil suspect (mais j’en ai déjà lu, et le constat est souvent le même : ce n’est pas de la grande littérature mais quand on aime l’univers ça peut valoir le coup, même si c’est aussi parfois très mauvais), qui m’ont un peu freiné jusqu’ici.

Et puis en fin d’année 2019 est sorti un premier volume imposant et de fort belle facture (relié, illustrations intérieures) reprenant les trois premiers tomes de la série. Volume rapidement suivi d’autres (le quatrième sort au mois de septembre), permettant de se faire une collection à moindre coup (28€ le volume quand même…). L’occasion était trop belle. Me voici donc lancé.

Revenons un instant rapidement (si tant est que ce soit possible…) sur l’univers de “Warhammer 40,000”… Il s’agit donc d’un univers de SF situé au 41ème millénaire, dans lequel l’humanité a essaimé dans de nombreux systèmes planétaires et rencontré de nombreuses espèces extraterrestres. La licence n’est pas connue pour faire dans la dentelle, et si les rencontres avec les E.T. se soldent la plupart du temps par une lutte armée, c’est pour une “bonne” raison : l’humanité est guidée par une théocratie ultra-autoritaire et militariste (qui a tendance à éradiquer à peu près tout ce qui n’est pas humain et/ou conforme à la doctrine officielle) qui a divinisé l’Empereur de l’humanité, un sur-homme mort (ou quasi…) 10 000 ans auparavant, dont le corps momifié est maintenu en stase sur le Trône d’Or et qui avait au départ pour but de rallier toutes les branches de l’humanité éparpillées dans l’univers au fil des millénaires et qui ont perdu le contact avec la Terre. Mais les choses ont mal tourné puisque l’Empereur est mort (ou quasi comme je le disais plus haut, le mystère n’a jamais été totalement levé), tué des mains mêmes de l’un de ses plus proches alliés, un fils pour ainsi dire, un des vingt Primarques créés génétiquement par l’Empereur lui-même et chargés de diriger les légions de Space Marines (des super guerriers génétiquement augmentés) pour accomplir son rêve d’une humanité réunie et unifiée : Horus. Car le Chaos n’est jamais loin dans cet univers, et les démons qui le composent ne manquent pas une occasion de tenter, de corrompre et de posséder cette humanité finalement très faillible. Horus y céda, pour un résultat catastrophique.

Cette “hérésie” n’est rien de moins que l’élément fondateur de l’univers “Warhammer 40,000”. D’une part, elle a brisé l’Empereur lui-même et le rêve qu’il briguait, provoquant une division terrible au sein même des troupes de l’Imperium, d’autre part elle a mené l’humanité sur le chemin que l’Empereur a toujours refusé : une théocratie autoritaire qui le divinise, lui qui a toujours refusé ce statut. Et quand je dis autoritaire, c’est encore trop doux : tout ce qui n’est pas conforme à la parole de l’Imperium est sérieusement réprimé (à coup d’armes létales, soyons clairs), qu’il soit extraterrestre ou non. Enfin, l’Hérésie d’Horus a dévoilé à l’humanité son plus terrible ennemi : les forces du Chaos. Ajoutons à tout cela, sur un plan purement formel, une esthétique et une ambiance très gothiques qui piochent à droite à gauche de manière parfois un peu voyante (des Révoltes Cybernétiques qui ne sont rien d’autre qu’un Jihad Butlérien dunien) mais qui donnent un résultat ma foi tout à fait goûtu et assez unique (un tel radicalisme dans son univers où le désespoir est roi ne me semble pas exister ailleurs, en tout cas pas à un point aussi poussé qu’ici). Il y aurait encore beaucoup à dire sur cet univers qui s’est développé, transformé et a évolué au fil des décennies, mais il n’est pas ici question de tout détailler (il y a des myriades de sites internet qui font ça très bien). Toujours est-il que cet univers jusqu’au-boutiste a été “formé” par l’Hérésie d’Horus, et la vaste série littéraire dont le premier tome est ici chroniqué s’est donnée pour mission de la détailler dans les grandes largeurs, 10 000 ans avant l’époque du jeu de plateau donc (au 31ème millénaire), quand l’Imperium n’était pas  encore aussi extrême (mais un peu quand même…), ni une théocratie.

Le roman maintenant. Ecrit par Dan Abnett, l’un des plus réputés parmi ceux qui officient au sein de la Black Library (la branche littéraire du géant du jeu de plateau Games Workshop), il a la lourde tâche de lancer la série et de l’installer sur de bons rails. Pour se faire, l’auteur débute son récit au moment où l’Empereur, qui jusqu’ici menait lui-même la Grande Croisade censée réunifier les mondes humains au sein de l’Imperium, retourne sur Terra et passe la main à celui qu’il désigne comme étant le “Maître de Guerre” de l’Imperium, à savoir Horus, le plus réputé des Primarques. La légion d’Horus, les Luna Wolves, arrivent sur un monde se faisant appeler également Terra et dirigé par un faux Empereur. La suite, c’est l’invasion et la destitution de ce pseudo Empereur (de quelle manière, je vous laisse deviner…) pour faire rentrer cette branche de l’humanité dans le droit chemin. On a donc bien sûr droit à de belles scènes d’action, claires, lisibles, épiques comme il faut.

Mais Dan Abnett, pour bien rendre compte de l’état d’esprit des space marines et de leurs dirigeants, n’oublie pas de faire intervenir des “petites gens”, de simples hommes et femmes, avec notamment les commémorateurs chargés de relater la Grande Croisade d’une manière plus objective, pour éviter une propagande trop voyante. À travers eux, l’auteur va frontalement poser la question de la légitimité de l’Imperium à agir de la sorte (avec les armes donc) plutôt que de laisser ces civilisations tranquilles dans leur coin. Idem avec la deuxième partie du récit qui voit cette fois les Luna Wolves, en compagnie de quelques membres d’une autre légion, les Emperor’s Children, faire face à une race d’arachnides certes belliqueux mais a priori bien incapables d’aller au-delà de leur planète.

Dan Abnett pose donc les bonnes questions, qui résonnent plus d’une fois dans la tête de Garviel Loken, un capitaine Luna Wolf, le héros du roman. Un Garviel Loken à la psychologie allant au-delà du simple “beuuuuaaaaaarrrrhhh” ce qui permet d’amener très progressivement les éléments venant semer le trouble au sein d’un ordre bien établi. Car le Chaos est là, même s’il est caché au commun des mortels, et sa manifestation physique fera vaciller Loken, de même qu’un ou deux autres témoins. Les graines sont donc semées : en plus du trouble jeté par une apparition/transformation horrifique, l’auteur pointe également l’existence des loges au sein de la légion des Luna Wolves (cultivant le secret et censées renforcer la cohésion et la confiance en mettant tous les participants sur un pied d’égalité, sans tenir compte de la hiérarchie) et un sens de l’honneur qui, poussé à son extrémité, pourrait faire prévaloir  la loyauté envers les autres membres de la légion plutôt qu’envers le reste de l’humanité. Mélangez le tout, et vous obtenez… 😉

Tout est donc là, à l’état embryonnaire. Car “L’ascension d’Horus” n’est qu’une introduction. Une introduction de 400 pages au format normal (un peu moins de 300 pages dans ce gros volume bien tassé) qui fait bien le job, très rythmé, donnant à la fois des scènes d’action remarquablement menées mais aussi des moments plus intimistes développant la psychologie de certains de ses personnages, tout autant que l’état d’esprit de différentes légions de space marines, de manière je dois dire assez inattendue, et surtout posant les bonnes questions quant aux actions de l’Imperium tout en jetant les bases de ce qui deviendra par la suite la période la plus sombre de cette humanité du futur.

Bonne pioche donc, mais j’ai envie que c’était presque du tout cuit quand on est déjà amateur de l’univers “Warhammer 40,000”. Après tout, quand on a vécu avec cette licence en tête depuis l’adolescence, voir “en vrai” les actions des Primarques, ces êtres qui sont au 41ème millénaire (l’époque à laquelle se déroule le jeu de plateau) de véritables légendes, ça fait quelque chose. Ceux qui n’ont aucune connaissance ou aucune appétence pour cet univers verront peut-être ça d’un autre oeil, d’autant qu’objectivement (mais c’est l’univers qui veut ça, lui qui a été créé en 1987 et clairement marketé pour les jeunes garçons) ça n’est ni très subtil ni très féminin. Pas de surprise, ce n’est ni un chef d’oeuvre ni de la grande littérature, mais c’est un très bon récit d’action dans un lointain avenir très sombre, à même de séduire celui ou celle qui rechercherait un roman de ce type et d’éventuellement l’amener à découvrir un très vaste univers multi-médias. Quant à moi, la suite, vite !

 

Lire aussi les avis de Nebal, Nicolas.

Critique écrite dans le cadre du challenge “Summer Star Wars épisode IX” de Lhisbei.

 

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Sur ma lancée de la dernière fois, je reste dans le domaine des arts martiaux avec la suite de la (fausse) vie de Ip Man, puis avec un autre film mettant en scène Donnie Yen (devenu incontournable dans le cinéma d’arts martiaux), et enfin avec

 

Ip Man 3, de Wilson Yip

On prend les mêmes et on recommence ? Pas tout à fait, enfin. Ce troisième opus de la série consacrée au maître du wing chun, Ip Man (toujours sous les traits du charismatique Donnie Yen) prend enfin ses distances avec un message à la limite de la xénophobie pour se rapprocher un peu plus de l’intimité de l’homme. Cela a pour conséquence de rapprocher le spectateur du personnage qui n’est plus seulement le maître d’arts martiaux que l’on connaît mais aussi un homme confronté à des problèmes contre lesquels ses poings ne peuvent rien. C’est l’occasion pour lui de s’éloigner un peu de ce à quoi il a voué sa vie entière pour se recentrer sur les fondamentaux familiaux qu’il avait trop tendance à délaisser (ce que le deux premiers films montraient d’ailleurs à plusieurs reprises). Cela permet aussi, enfin, à Lynn Hung (l’actrice jouant le rôle de Cheung Tin-chi, l’épouse d’Ip Man) de s’exprimer un peu plus en allant au-delà de la femme s’occupant du foyer pendant que son cher et tendre va tatanner les méchants. Et il faut bien dire que ces séquences centrées sur l’émotion, essentiellement regroupées vers les deux tiers du film, fonctionnent parfaitement et humanisent très nettement le personnage d’Ip Man.

En revanche, sur le plan de l’intrigue, le bilan est nettement plus mitigé. Trois arcs se partagent le film, celui de la cellule familiale d’Ip Man donc, mais aussi celui d’un homme cherchant à se faire sa place dans le domaine des arts martiaux (je vous le donne en mille : il va falloir passer par Ip Man), ainsi qu’une partie sur des méchants promoteurs américains (avec en tête de liste Mike Tyson himself !) qui voudraient acheter (avec pots de vin et aide des petits voyous locaux, le tout soutenu par la police anglaise corrompue) le terrain sur lequel est bâtie une école (je vous le donne en mille : il va falloir passer par Ip Man). Ces trois arcs ne se mélangent pas très harmonieusement, celui sur les américains étant même carrément inintéressant, permettant certes de mettre en scène celui qui va vouloir rivaliser avec Ip Man dans le domaine des arts martiaux mais surtout d’aboutir à un combat entre le maître du wing chun et Mike Tyson.

Alors oui, c’est vrai, Mike Tyson dans un film, ça fait peur. Mais bon, il est juste là pour prendre quelques billets et sortir les poings. D’ailleurs, chose amusante, le combat Ip ManTyson se termine sur un match nul. “Défaite interdite” était peut-être une clause écrite dans le contrat du boxeur ?… 😉

Et les combats justement. Chorégraphiés par le célèbre Yuen Woo-ping, ils jouent d’abord sur le nombre (un homme ou peu d’hommes contre plein) avant de se recentrer sur les duels qui sont ceux où s’exprime le mieux Donnie Yen. Les trois derniers combats du film sont vraiment superbes (la cage d’ascenseur d’abord, Tyson ensuite, et surtout le combat final contre le rival d’Ip Man dans lequel tout y est : des bâtons, puis des couteaux, puis les poings, magnifique !).

Et donc, malgré une narration pas vraiment satisfaisante, ce “Ip Man 3” reste encore tout à fait sympathique, grâce essentiellement à ses derniers combats et son approche de l’intimité d’Ip Man, tout ce qui se trouve concentré en deuxième partie de long-métrage en fait. Et de manière globale, les trois films “Ip Man” sont tous très sympathiques et apportent quelque chose à l’ensemble. Il est simplement dommage qu’aucun d’entre eux n’arrive à l’excellence. Il faudrait pour cela reprendre le réalisme et le solide contexte historique du premier, le fabuleux dernier combat du deuxième et le côté intime du troisième. Qui sait, peut-être que “Ip Man 4” y parvient, lui qui est en salles depuis fin juillet ?

 

Swordsmen, de Peter Chan

Vous reprendrez bien un peu de Donnie Yen et d’arts martiaux ? 😉 Cette fois, “Swordsmen” est autant un film d’arts martiaux que d’enquête policière, style “Les Experts en Chine” dans un petit village perdu au fin fond de la campagne au début du XXème siècle. Avec un casting où figurent Donnie Yen donc, mais aussi Takeshi Kaneshiro, on peut s’attendre à quelque chose de sympathique.

Et c’est bien le cas, même si tout n’est pas parfait. Mais on sent l’envie de bien faire, et pas mal de moyens pour y arriver. Des effets spéciaux plutôt pas trop mal (même si parfois un peu trop “numériques”), de très jolis décors naturels, des chorégraphies martiales (pas très nombreuses, seulement trois scènes de combat au compteur) imaginées par Donnie Yen lui-même et vraiment réussies, il y a de la qualité.

L’histoire ? Un paysan, Liu Jinxi (Donnie Yen), se retrouve embarqué dans une bagarre suite à une tentative de braquage du magasin du coin par deux voyous. Finalement, les deux malfrats trouvent la mort. Un enquêteur, Xu Baijiu (Takeshi Kaneshiro), est dépêché sur place pour faire la lumière sur cette affaire. Et cet enquêteur, qui a la justice chevillée au corps, va donc, sur un mode “Les Experts”, utiliser sa science (de l’observation mais aussi celle, très chinoise, des méridiens et des points vitaux) pour découvrir la vérité. Qui est ce paysan qui prétend avoir eu de la chance ? La première partie du récit est donc centrée sur cette enquête, joliment menée quoique de manière un peu hâtive (Xu Baijiu arrive un peu vite à se représenter la scène du crime), avec des témoignages durant lequel sa “conscience” apparaît pour refaire le fil de la scène, et quelques ralentis et autres effets spéciaux “biologiques” qui donnent une vraie modernité à l’ensemble.

Et puis, et puis, une fois qu’on cerne un peu mieux qui est qui, le film se laisse aller à une histoire de rédemption d’un côté, de vengeance de l’autre. C’est assez convenu, même si le film ne perd jamais de vue ses personnages, notamment celui de Donnie Yen bien sûr, qui a tendance à éclipser un peu tous les autres, y compris celui de Takeshi Kaneshiro qui a pourtant, avec son aveuglement dû à une justice qu’il place au-dessus de tout en oubliant parfois le simple “esprit de la loi”, un beau personnage qu’il peine à réellement développer. Mais l’intrigue (et le (les) drame(s) associé(s)), pour convenue qu’elle soit, se ménage quand même quelques jolis moments, soit surprenants, soit frappants (la violence n’est pas frontale mais on comprend très clairement ce dont il est question, et les enfants ne sont pas épargnés), soit émouvants. Et pour une fois, la retenue est à l’oeuvre dans l’ensemble du casting ou presque, et ça fait du bien dans un film chinois.

Mais je dis presque parce qu’arrive le combat final, où le méchant laisse libre cours à sa soif de vengeance, de manière un peu extrême, flirtant avec le grotesque. Le combat en lui-même vaut le détour si on accepte, même si c’est souvent l’usage dans les films d’arts martiaux, des exploits physiques totalement cheatés comme le fait de bloquer les coups d’épée comme si son corps était devenu du béton armé… Et c’est vrai que du coup ce sentiment mitigé sur ce dernier acte pèse un peu sur le ressenti du film, alors que les deux autres combats, notamment le deuxième, sont tout à fait excellents.

Reste au final un film (qui n’est pas tout à fait un film d’arts martiaux vu le peu de scènes de combat) sympathique, à la réalisation moderne, accompagné par une musique jouant à la fois sur le traditionnel et l’anachronique (guitare électrique dans les scènes d’action) et qui, en menant son intrigue en deux temps, permet de s’assurer un peu de suspense et un beau développement du personnage principal qui cherche, bon gré mal gré, à laisser son passé derrière lui. Pas si mal.

 

Seven Swords, de Tsui Hark

Le montage original de ce film durait 4 heures mais a été réduit à 2h30 lors de sa sortie publique. La plupart des défauts de ce film sont dûs à ce dégraissage qui a vraiment trop taillé dans le gras pour commencer à attaquer les parties nobles. En effet, malgré une intrigue très simple frôlant l’épure scénaristique (une bande de mercenaires, liée à l’Empereur qui a interdit la pratique des arts martiaux, ravage les villages du nord-ouest de la Chine. Sept guerriers, armés de puissantes épées, vont se dresser pour défendre l’un de ces villages), le récit reste confus, bardé d’ellipses manifestes là où il aurait fallu apporter quelques éléments pour comprendre de quoi il s’agit et quelles sont les motivations des personnages. On peut même aller jusqu’à se demander qui sont les personnages mis en scène dans le film, c’est dire à quel point il a été charcuté…

Car oui, de ces sept guerriers (ou plutôt cinq d’entre eux, puisque les deux derniers viennent du village assiégé, sans qu’on sache pourquoi ils se retrouvent munis d’une de ces épées particulières et intégrés à ces “Seven Swords”…), on ne saura quasiment rien, si ce n’est via un ultra bref flashback dans le tout dernier segment du film. C’est maigre, très maigre… Et ces épées, qui semblent dotées de certaines caractéristiques bien spéciales, comment ont-elles été forgées, quels sont les “pouvoirs” de ce vieux maître qui les a forgées ? Et qui est-il ce vieux maître ?… Autant de questions qui n’ont pas de réponse, ou si peu… Et quand on regarde les ambitions de Tsui Hark au départ, on comprend mieux le pourquoi du comment… Le réalisateur comptait en effet réaliser six (!!) films, une série télé, des bandes-dessinées, etc… De cette ambition initiale, il ne reste qu’un seul film, et une saison de série télé qui semble d’ailleurs retravailler le scénario de ce film. Maigre, très maigre. On peut facilement imaginer que ce qui aurait dû devenir une franchise aurait apporté toutes les réponses que le spectateur ne peut manquer de se poser, mais en l’état c’est famélique de ce point de vue. D’où la déception de ne pas rendre disponible le montage de 4 heures qui aurait sans doute largement pu adoucir les angles, en plus de lisser les ruptures de ton qui donnent lieu à des digressions tombant comme un cheveu sur la soupe, à la limite de l’incompréhensible tant les personnages et leurs motivations restent obscurs (l’adieu au cheval par exemple, sur un mode “Sam avec Bill le poney”).

Et c’est bien dommage car sur le plan formel, le film est pétri de belles images, de beaux décors, de beaux costumes. Il y a du “Conan le barbare” dans cette Chine du XVIIème siècle sillonnée par des bandits peinturlurés qui auraient très bien pu être intégrés à l’armée de Thulsa Doom. Les belles images dans les steppes chinoises sont bien là, et la caméra de Tsui Hark, même si on pourrait parfois lui reprocher de filmer les combats de manière un peu trop serrée, se fait dynamique, à l’image de ces combats justement, pas si virevoltants que ça mais en revanche assez brutaux (ça tranche pas mal, les têtes et les membres volent…) et surtout tout à fait à la hauteur du film, notamment le dernier d’entre eux qui culmine dans un duel au milieu d’un couloir étroit qui voit les combattants prendre appui sur les murs pour tenter de prendre l’ascendant sur l’adversaire (là pour le coup, c’est virevoltant).

Alors, Tsui Hark oblige, le film n’en reste pas moins agréable à regarder, mais bon sang, où est sa substance ? Les personnages (l’un d’entre eux étant joué par le décidément incontournable Donnie Yen…) sont à peine esquissés, on ne comprend pas qui ils sont, ce qu’ils font là, etc… C’est à se demander comment quelqu’un a pu donner son aval à une sortie en salles dans cet état. Car le résultat, pour aussi beau qu’il soit, c’est que les 2h30 du film paraissent bien longues. D’où le paradoxe de souhaiter voir cette fameuse version de 4 heures… Mais un tel charcutage fait au détriment de toute la structure et des personnages du film, franchement, c’est une hérésie… Et pourtant, quel potentiel il y a derrière tout ça ! Un beau et agréable gâchis certes, mais un gâchis quand même…

 

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Ellipses, de Audrey Pleynet https://www.lorhkan.com/2020/07/28/ellipses-de-audrey-pleynet/ https://www.lorhkan.com/2020/07/28/ellipses-de-audrey-pleynet/#comments Tue, 28 Jul 2020 06:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12456 Remarquée dans la blogosphère depuis quelques mois et par plusieurs éditeurs qui ont fait paraître un certain nombre de ses récits dans différentes anthologies, Audrey Pleynet a rassemblé quelques nouvelles qui n’ont pas trouvé preneur lors d’appels à textes (et dont elle possède donc les droits) pour les réunir au...

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Remarquée dans la blogosphère depuis quelques mois et par plusieurs éditeurs qui ont fait paraître un certain nombre de ses récits dans différentes anthologies, Audrey Pleynet a rassemblé quelques nouvelles qui n’ont pas trouvé preneur lors d’appels à textes (et dont elle possède donc les droits) pour les réunir au sein de ce recueil autoédité.

 

Quatrième de couverture :

Une reine qui découvre le secret de sa planète et l’origine de son pouvoir, d’inestimables leçons de survie dans un monde post-apocalyptique, une puce qui permet de vendre sa douleur, un programme du gouvernement tirant partie de notre addiction aux réseaux sociaux… Parcourez les ellipses de huit nouvelles de science-fiction qui explorent l’avenir de l’humanité, autant dans sa capacité de création que dans les sombres dérives qui la guettent… Au sommaire: – Les reines de Cyanira – Tu t’en souviendras ? – Les questions que l’on pose – Dolores – Icône – Alchimistes du rêve – Tu étais pourtant si fier de moi – Citoyen+.

Professionnelle de l’humanitaire et du social, Audrey Pleynet a publié son premier roman de science-fiction “Noosphère” en 2017. Lauréate de nombreux concours de nouvelles, elle signe avec “Ellipses” son premier recueil personnel.

 

Une future grande ?

Huit textes sont au sommaire de ce court recueil de 150 pages, disponible en numérique à petit prix ou en papier (vraisemblablement en impression à la demande). Des textes qui n’ont pas eu les honneurs d’être sélectionnés lors des appels à textes auxquels Audrey Pleynet les a soumis, ce qui ne les empêche nullement d’être de qualité même si on pourra leur trouver quelques défauts ici ou là. Revue de détail.

 

  • Les reines de Cyanira

La reine nouvellement couronnée de la planète Cyanira, Shyrel, est chargée de faire face aux ambitions des gouvernants des planètes voisines alors qu’elle ne possède pas le puissant don télépathique de ses ancêtres qui leur permettait de faire valoir leurs droits sans trop de problèmes.

Un texte peut-être un peu trop optimiste sur la nature humaine (mais c’est sans doute moi qui suis un peu trop cynique…), à ceci près que le peuple qui est doté de “super pouvoirs” (et qui permet à Shyrel et ses ancêtres de bénéficier du fameux don) n’est plus vraiment humain donc pourquoi pas… Pour le reste, si on arrive à suspendre son incrédulité (ou à être de nature idéaliste), on a là un sympathique texte de “empowerment” avec l’aide d’un peuple utopiste et altruiste. Et quelque part, c’est beau.

 

  • Tu t’en souviendras ?

Dans un futur qui a sombré, une femme se retrouve à prendre sous son aile une petite fille non préparée à faire face à ce monde ravagé et donc condamnée à plus ou moins brève échéance. Mais s’ouvrir et avoir des sentiments, c’est se mettre en danger…

Récit post-apocalyptique sur la transmission, la filiation, la protection, dans un monde où avoir des sentiments est une faiblesse et augmente le risque d’une fin tragique, ce récit à chute, sans concession, est réussi alors qu’on est presque en terme d’optimisme dans l’exact opposé du texte précédent.

 

  • Les questions que l’on pose

Réflexion sur les big datas et l’usage qu’il est possible d’en faire, du plus simple et innocent (quoique, déjà, se pose la question des données personnelles non anonymes) au plus intrusif et expéditif dès lors que des personnes mal intentionnés et/ou radicales, notamment sur le plan politique, s’en mêlent.

La progression est bien menée, et la conclusion va à l’encontre de ce que nombre de récits de SF n’auraient pas hésité à explorer, pour un résultat plus terrible encore, accentué par le ton détaché du narrateur qui n’est autre que l’intelligence artificielle chargée de compiler toutes ces big datas. Excellent et glaçant, ce texte sonne comme un vrai avertissement.

 

  • Dolores

Un texte sur une biotechnologie révolutionnaire, que n’aurait pas renié Nancy Kress (et qui fait également penser très fort à ce qu’avait écrit Charles Yu dans sa nouvelle “Pack de solitude standard” écrite en 2010) : une femme scientifique, avec une amie informaticienne, a trouvé le moyen de “dériver” le signal de la douleur émis par le cerveau pour l’envoyer vers des personnes saines et volontaires.

On pourra dès le départ trouver regrettable qu’Audrey Pleynet ait cédé à la facilité d’une évolution technologique et scientifique de cette envergure uniquement réalisée semble-t-il par deux personnes (on sait très bien que quelque chose de ce genre, touchant à la gestion de la douleur et au cerveau peut difficilement se passer d’une coopération scientifique très large et internationale) et que ce qu’elle implique éthiquement parlant ne semble pas être un obstacle à sa commercialisation (là encore, éthiquement et politiquement, je ne suis pas sûr que les choses puissent se faire aussi simplement que l’accord de quelques investisseurs, un petit coup de pression politique et hop, l’affaire est dans le sac…), mais pour le reste le texte est thématiquement très riche dans son exploration des conséquences d’une telle invention.

Il y a du Ken Liu dans la manière qu’a l’autrice d’explorer les aspects sociaux, éthiques, politiques, en si peu de pages mais en posant les bonnes questions, le tout écrit avec une fluidité exemplaire. Par ailleurs, le côté humain via “l’inventrice” de cette puce Dolores n’est pas en reste et ses motivations, en plus d’être le moteur de son projet, sont tout à fait justes, crédibles et touchantes.

Des défauts donc (des facilités narratives surtout) mais le récit est malgré tout très intelligent et fonctionne bien.

 

  • Icône

Arsène est un photographe qui se trouve laid. Du moins n’est-il pas dans ce que la société appelle la norme. Mais il a une petite amie, Rosaline, qu’il retrouve un jour transformée, avec l’aide d’un peu de chirurgie esthétique, pour ressembler un peu plus à la starlette du moment.

Texte sur la dictature de la norme, de la beauté standardisée des magazine people, de l’uniformisation du physique des personnes nourries au papier glacé, de la superficialité du paraître au détriment de l’être et d’une certaine manière sur les girouettes médiatiques et la relativité de la beauté (qui est dans l’oeil de celui qui regarde, pas dans les magazines), “Icône” est thématiquement très parlant mais manque singulièrement de punch. Le message est clair, mais la façon de le faire passer ne m’a pas vraiment embarqué.

 

  • Alchimistes du rêve

Grâce à la possibilité de manipuler la réalité à travers les rêves, les duos de Veilleurs/Rêveurs sont chargés de construire les bâtiments nécessaires aux habitants de la cité de Urumqi, seule au milieu d’un immense océan. Raina et Kaiden forment un de ces duos. Mais peut-être sont-ils un peu plus que cela, avec tous les risques que cela implique…

Un peu comme pour “Les reines de Cyanira”, ma suspension d’incrédulité en a pris un coup dans ce texte à la fois SF et “magique” (même si ce terme n’est pas le bon puisque les capacités des Veilleurs et des Rêveurs sont justifiés, même si c’est très succinct). Ceci dit, l’histoire est belle et le récit est très visuel avec des constructions qui se font en se défont “en suspension”, à l’image de ce que les rêves permettent dans le film “Inception”. Comme pour les autres textes du recueil, la narration est simple, sans fioriture, mais d’une belle limpidité. Ce texte se lit donc avec plaisir, même s’il est loin d’être le plus marquant du recueil, la faute sans doute à des thématiques en retrait par rapport à d’autres récits ici présents. Mais pour ceux qui aiment simplement les belles histoires, ça peut faire tilt.

 

  • Tu étais pourtant si fier de moi

D’une manière un peu similaire à la nouvelle “Les questions que l’on pose”, ce texte se dévoile sous la forme d’un monologue entre une fille et son père.

La thématique de “Frankenstein” n’est pas loin, et la progression du récit se fait de la même façon que le texte sus-cité, avec un résultat à la fois similaire et très différent puisque cette fois, si la créature échappe à son créateur (ce qu’elle faisait aussi d’une certaine manière dans “Les questions que l’on pose”), elle finit en revanche par passer d’elle-même à l’action, pour un résultat marquant. Simple mais efficace, je lui préfère toutefois l’autre texte de l’autrice, plus proche de nous, plus réaliste, plus inquiétant.

 

  • Citoyen+

Audrey Pleynet aurait pu s’appeler Jean Baret ! 😀 En effet, à la lecture de “Citoyen+”, difficile de ne pas penser à la fois à “Bonheur™pour la société poussant à la consommation continue et à “Vie™ pour l’omniprésence des réseaux sociaux et des algorithmes régissant la vie de ceux qui acceptent de devenir des “citoyens+”. Certes, le propos n’est ni aussi outrancier que celui de Jean Baret, ni aussi drôle, pour un résultat donc en deça de celui de l’avocat culturiste, mais comparer un nouvelle de 15 pages et deux romans de 300, ça n’est pas non plus très honnête.

Rendons donc à Audrey Pleynet les honneurs d’avoir écrit ici une nouvelle finalement assez “synthétique” sur le sujet de la société de consomation et ses dérives numériques, avec ces “citoyens+” qui pensent être libres de mener la vie qu’ils souhaitent (et qu’ils croient aimer), surtout quand elle semble être particulièrement contestataire. La réalité, et la chute du texte, est à ce titre particulièrement déprimante. Encore un texte qui, sans être follement original, est bien écrit, avec une narration simple mais prenante, et qui touche au but.

 

Pas mal de belles choses donc dans ce recueil, malgré quelques achoppements que l’on qualifiera de défauts (qui sont d’ailleurs relativement mineurs) de jeunesse. Audrey Pleynet a un vrai talent pour produire des textes simples et clairs, qui n’en font pas des caisses mais qui sont toujours limpides sur le plan de la narration, présentant efficacement leur contexte (varié qui plus est) avant d’aller étudier de plus près des thématiques très actuelles (et très SF) et/ou universelles.

Après un tel recueil (autoédité) et quelques nouvelles disséminées dans différentes anthologies, on attend maintenant qu’un éditeur s’intéresse à l’autrice en mettant son nom en gros en haut de la couverture d’un livre disponible en librairie. Parce qu’à l’évidence il y a du potentiel. Et aussi parce qu’elle vit dans une ville où j’ai passé nombre d’étés dans la maison de mes grands parents. Mais ça c’est plus personnel… 😀

 

Lire aussi les avis de Xapur, Yogo, Feyd Rautha, Brize.

Critique écrite dans le cadre du challenge “Summer Star Wars épisode IX” de Lhisbei (pour la nouvelle “Les reines de Cyanira”).

 

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Les menhirs de glace, de Kim Stanley Robinson https://www.lorhkan.com/2020/07/24/les-menhirs-de-glace-de-kim-stanley-robinson/ https://www.lorhkan.com/2020/07/24/les-menhirs-de-glace-de-kim-stanley-robinson/#comments Fri, 24 Jul 2020 06:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12425 Depuis “Aurora”, Kim Stanley Robinson ne me fait plus peur. Enfin… la fameuse “Trilogie martienne” reste un tel monument que bon, sa lecture n’est pas encore à l’ordre du jour. En revanche, “Les menhirs de glace”, l’un de ses premiers romans, publié en 1984, oui. Et comme il est parfois...

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Depuis “Aurora”, Kim Stanley Robinson ne me fait plus peur. Enfin… la fameuse “Trilogie martienne” reste un tel monument que bon, sa lecture n’est pas encore à l’ordre du jour. En revanche, “Les menhirs de glace”, l’un de ses premiers romans, publié en 1984, oui. Et comme il est parfois considéré comme une sorte de roman annonçant cette trilogie, qui sait, un jour…

 

Quatrième de couverture :

Les progrès de la médecine ont donné à l’humanité une espérance de vie moyenne de six cents ans, qui sera sans doute bientôt prolongée jusqu’à mille. Mais la mémoire n’a pas suivi : n’y subsistent que les souvenirs les plus récents, ceux qui couvrent l’étendue d’une durée de vie jadis «normale».
Dans ces conditions, que devient l’histoire, lorsqu’elle est écrite par des gens qui l’ont à la fois vécue et oubliée ? C’est l’énigme que pose la découverte, sur Pluton, d’un mystérieux monument : un cercle de gigantesques blocs de glace. Scintillant dans la pâle lueur du lointain soleil, «Icehenge» défie toutes les explications. Quel rapport cette construction entretient-elle avec la révolte qui, jadis, a enflammé les colonies martiennes ? Qui en est le constructeur et pourquoi l’histoire officielle n’en montre-t-elle nulle trace ?
Par l’auteur de la grandiose Trilogie martienne, une splendide réflexion sur l’histoire et la mémoire, une vaste fresque couvrant cinq cents années du futur de l’humanité.

 

Mémoire et Histoire entremêlées

“Les menhirs de glace” est un fix-up dont l’histoire éditoriale pourrait faire penser à quelque chose d’assez artificiel. Il est en effet divisé en trois parties bien distinctes, éloignées dans le temps, dont la première et la troisième sont parues dans des revues en tant que novellas, respectivement en 1982 et 1980, avant que Kim Stanley Robinson ne les retravaille (surtout la troisième partie) pour les intégrer dans un récit plus “grand” et en faire le roman ici présent. Et finalement, même si les ruptures se sentent bien puisque les personnages et les époques changent entre chaque récit, il y a bel et bien un lien entre eux qui permet de d’approcher différentes thématiques sur un temps long, ce qui ne manque pas d’intérêt vu les dites thématiques.

Car il en effet question notamment d’Histoire et de mémoire, la division en trois récits distincts entretenant volontairement une certaine confusion liée à la véracité historique (avec toutes les questions attenantes : qui écrit l’Histoire ? Qui détient la vérité ? Peut-on manipuler des faits historiques ? Dans quel but ? Politique ? Idéologique ? Etc…) quant à l’objet qui fait le titre du roman, à savoir ces dizaines de blocs de glace dressés autour du pole nord de Pluton (et qui donne aussi le titre VO de bien plus belle manière : “Icehenge”), alors que la technologie permet à l’humanité de vivre plusieurs siècles mais sans garantir que la mémoire puisse suivre une si longue période…

Mais avant d’en arriver à ces monolithes, la première partie située en 2248 nous narre les évènements vécus par Emma Weil, spécialiste en systèmes de survie, qui se retrouve mêlée à une mutinerie de plusieurs vaisseaux minéraliers, las de subir le joug du Comité chargé de gérer la planète Mars. On sent déjà l’importance du côté technique et scientifique des choses dans l’insistance de Robinson à nous détailler le délicat équilibre écologique entre gains et pertes dans un environnement fermé comme un vaisseau spatial. les lecteurs de “Aurora” seront familiers de la chose. Le but des mutins est tout simplement d’aller coloniser une planète extrasolaire, il faut pour cela modifier les systèmes de survie pour permettre un voyage très long pour lequel ils n’ont jamais été prévus. D’où l’intérêt des révoltés pour Emma Weil.

La deuxième partie du roman se déroule 300 ans plus tard, sur une planète Mars qui a vécu la guerre. Certains historiens et archéologues tentent, avec l’accord du Comité, d’explorer les ruines de cette guerre qui a failli voir une rébellion réussir à renverser le gouvernement. Une rébellion qui, au passage, n’a pas hésité à faire des milliers de victimes en détruisant les dômes protégeant certaines cités. Pourtant, le doute s’installe quand l’archéologue Hjalmar Nederland met au jour certaines traces aptes à remettre en cause la version officielle, notamment le journal personnel d’Emma Weil… C’est à cette époque que sont découverts les menhirs de glace, sans qu’aucune trace historique de cette construction n’existe nulle part…

Enfin, 150 ans plus tard, la dernière partie du récit nous place au coeur d’une expédition vers ces menhirs pour tenter d’enfin élucider le mystère qui les entoure. Edmond Doya, petit fils de Hjalmar Nederland, pense surtout à une vaste falsification, aussi bien en ce qui concerne les menhirs de glace que le journal d’Emma, l’un comme l’autre semblant liés à une même machination historique. Mais où se situe la vérité ?

Comme je le disais plus haut, les première et troisième parie sont parues indépendamment en tant que novella. On ne sera donc pas étonné de constater qu’elles sont les meilleures parties du récit. La deuxième, servant de lien entre elles, tout en ayant une grande importance sur l’approche de la vérité avec une intéressante réflexion sur l’Histoire, qui écrit l’Histoire et comment il est possible de la récupérer à son profit (avec démonstration à la clé), étant quant à elle un peu longue et pas toujours passionnante, malgré une intense expédition dans le désert martien… Dommage car les deux autres morceaux sont quant à eux tout à fait réussis.

On obtient donc un roman un peu bancal, au propos très prenant mais qui souffre tout de même un peu de cette structure pas totalement idéale. Par ailleurs, pour mener sont récit, Kim Stanley Robinson s’appuie à une ou deux reprises sur des deus ex machina un peu trop évidents. On pardonnera à l’auteur sa jeunesse au moment de l’écriture (à peine 30 ans).

Ceci dit, ce constat mitigé ne doit pas masquer les thématiques importantes sur la manipulation de l’Histoire et des faits pour orienter une vérité qui porte bien mal son nom, ou bien la difficile objectivité de la mémoire, toujours capable de jouer des tours même au plus honnête des hommes, surtout quand le temps passe. Des approches toujours très modernes à notre époque troublée par les fake news et autres petits arrangements avec l’Histoire… A ce titre, les menhirs de glace du roman font office de rappel salvateur.

Dommage donc que Robinson n’ait pas un peu plus soigné le rythme un peu trop indolent de son récit (on sera d’ailleurs saisi par la conclusion très rapide, notamment la solution au mystère des menhirs, comparativement à la longueur de certains passages plus rébarbatifs), alors qu’il avait toutes les cartes en main pour en faire quelque chose de marquant. Ce qu’il est, d’une certaine manière, malgré tout parvenu à faire ici, en produisant le germes de ce qui deviendra plus tard “La trilogie martienne”. Qu’il va bien falloir que je lise un jour…

 

Lire aussi les avis de Culture SF, Manu B., Critiques libres.

Critique écrite dans le cadre du challenge “Summer Star Wars épisode IX” de Lhisbei.

 

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