Lorhkan et les mauvais genres https://www.lorhkan.com Science-fiction, fantastique, fantasy Tue, 01 Dec 2020 06:21:46 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=5.3.6 88322955 Dune, exploration scientifique et culturelle d’une planète-univers, sous la direction de Roland Lehoucq https://www.lorhkan.com/2020/12/01/dune-exploration-scientifique-et-culturelle-dune-planete-univers-sous-la-direction-de-roland-lehoucq/ https://www.lorhkan.com/2020/12/01/dune-exploration-scientifique-et-culturelle-dune-planete-univers-sous-la-direction-de-roland-lehoucq/#comments Tue, 01 Dec 2020 07:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12643 La collection “Parallaxe” des éditions du Bélial’ ne cesse de grandir avec déjà cinq volumes au compteur, cinq volumes qui sont tous dans ma bibliothèque mais que je tarde un peu à lire… La hype grandissante autour de l’oeuvre-phare de Frank Herbert, “Dune”, essentiellement due à l’arrivée un peu moins...

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La collection “Parallaxe” des éditions du Bélial’ ne cesse de grandir avec déjà cinq volumes au compteur, cinq volumes qui sont tous dans ma bibliothèque mais que je tarde un peu à lire… La hype grandissante autour de l’oeuvre-phare de Frank Herbert, “Dune”, essentiellement due à l’arrivée un peu moins prochaine que prévue du film de Denis Villeneuve, m’a quand même poussé (d’autant plus que le roman est encore frais dans ma mémoire) à m’intéresser à la facette scientifique de l’un des plus célèbres romans de SF à travers cet essai dirigé par Roland Lehoucq, qui s’est entouré pour l’occasion de neuf acolytes pour décrypter la science dunienne.

 

Quatrième de couverture :

Dix spécialistes, scientifiques, philosophes et linguistes se penchent sur le chef-d’œuvre de Frank Herbert et dissèquent l’un des plus grands monuments de la science-fiction mondiale.
Ecologie, biologie, histoire des religions, astronomie, science politique ou chimie : de l’épice de longue vie aux fameux vers géants des sables, des mystères des Fremen aux arcanes de l’ordre féminin du Bene Gesserit en passant par les pouvoirs de la Voix, DUNE révèle ses secrets sous le prisme de la science !

 

La science dans “Dune” est peu visible et pourtant tellement présente

Voilà un volume qui impose le respect ! Composé de 14 articles (et un peu moins de 350 pages, soit la plus épaisse parution de la collection “Parallaxe” jusqu’à présent) permettant de dresser un vaste panorama scientifique et culturel du “Dune” de Frank Herbert (le premier tome essentiellement, même si le suite de la saga est aussi abordée ici ou là), Roland Lehoucq et son équipe ont su montrer de belle manière qu’alors que la science paraît très en retrait dans le roman elle est fait extrêmement présente mais “dans l’ombre”, elle soutient le roman et lui donne une vraie cohérence sans que cela ne devienne une difficulté pour le lecteur puisqu’elle ne s’impose jamais à lui. En somme, la dream-team scientifico-philosophico-culturelle du Bélial’ nous montre que Frank Herbert a réalisé un solide travail de recherche scientifique-historique-philosophique (et plein d’autres mots en -ique) et que rien n’est dû au hasard. Le résultat en devient même impressionnant : réussir à ce point à marier différents domaines tout en restant signifiant sur chacun d’entre eux (et pas qu’un peu !) relève de l’exceptionnel.

L’analyse de ce volume débute par un article de Roland Lehoucq lui-même qui nous montre que les planètes citées par Frank Herbert ne sont pas imaginées au hasard et reposent sur un solide socle scientifique. Tout n’y est pas parfaitement réaliste, mais la base est suffisamment cohérente pour donner l’illusion du vrai alors que pour un lecteur lambda ce sont des informations qui n’ont finalement aucune espèce d’importance.

Roland Lehoucq à nouveau, dans l’article suivant qui nous parle du voyage spatial, un élément sur lequel Frank Herbert n’a jamais été très explicite, notamment quand il s’agit de comprendre comment les navigateurs de la Guilde Spatiale utilise l’épice pour rendre ces voyages possibles. On n’en ressort pas forcément avec une compréhension plus grande de “comment ça marche” dans “Dune”, mais en revanche on comprend bien les problématiques du voyage spatial et ce qu’il est nécessaire d’envisager pour rendre un empire galactique à peu près gouvernable (car si vous voyagez à la vitesse de la lumière, passer d’une étoile à l’autre prend peut-être peu de temps pour le voyageur, mais pour ceux qui ne bougent pas le voyage dure quand même quelques dizaines ou centaines d’années, relativité oblige ! Difficile dans ces cas-là d’envisager une quelconque gouvernance à l’échelle galactique…), et ce qu’il est scientifiquement possible d’envisager pour ce faire (même si cela reste extrêmement hypothétique !).

La parole est ensuite à Jean-Sébastien Steyer pour étudier l’écosystème global de la planète Arrakis : la planète en elle-même, son sable, la vie qui la peuple et notamment les fameux vers des sables, avec pour finir un petit focus sur les “mutants” que sont les navigateurs de la Guilde, en tentant là encore de décrypter et d’interpréter scientifiquement les renseignements à notre disposition. Le réalisme n’est pas totalement assuré là non plus, mais les fondements scientifiques sont bel et bien présents.

Fabrice Chemla s’intéresse de son côté à l’épice, que cela soit scientifiquement mais aussi “culturellement” c’est à dire en cherchant les références auxquelles s’attache Herbert ou bien les éléments desquels il s’est inspiré. Production, usage, constitution, effets, tout est étudié de près, Fabrice Chemla, chimiste de métier, connait bien son affaire, on se demande même s’il n’a pas payé de sa personne auprès d’un certain nombre de chamanes pour tenter de voir l’avenir lui aussi… 😀

Daniel Suchet nous parle ensuite du “trilemme énergétique”, c’est à dire l’équilibre entre sécurité énergétique (l’approvisionnement), équité énergétique (l’accès à l’énergie pour tous) et durabilité énergétique (la capacité à faire durer le système dans le temps), pour analyser de manière un peu détournée les sociétés d’Arrakis et quelques éléments particuliers à cette planète. Un point de vue surprenant mais qui permet d’analyser le texte d’une façon différente mais pas moins pertinente.

Roland Lehoucq revient pour discuter du distille et de sa faisabilité technique. Avec toujours cette manière très “lehoucquienne” de nous expliquer simplement des notions scientifiques aux mécanismes complexes, l’article est un régal à lire et démontre une nouvelle fois que le texte et les éléments apparemment science-fictifs d’Herbert possèdent un vrai fondement scientifique. Le distille est donc théoriquement faisable. En pratique en revanche…

C’est ici que s’arrête pour l’essentiel l’étude tournée vers les sciences dites “dures”. On en arrive donc à un côté plutôt sciences humaines avec pour commencer Vincent Bontems qui porte un oeil sur l’innovation dans le roman “Dune”, en s’intéressant aux personnages qui peuvent être considérés comme innovateurs et de quelle manière. L’innovation ne se situe pas forcément là où on le pense… Un article original qui éclaire le texte d’Herbert d’une façon inattendue.

Frédéric Landragin aborde l’aspect linguistique du récit, ou plus précisément la manière dont Herbert distille (haha…) des renseignements essentiels au lecteur. Une analyse très fine de la façon qu’a l’auteur américain de gérer la narration de son récit, avec lexique et néologismes. Passionnant !

Carrie Lynn Evans, quant à elle, étudie les femmes dans Dune, un sujet d’actualité et dont le traitement par Herbert (son roman date de 1965 faut-il le rappeler, un époque bien différente sur ce point…) peut poser problème comme je le soulignais. Et pour l’essentiel, Carrie Lynn Evans considère en effet que les personnages féminins, aussi puissants qu’ils puissent sembler être et reposant pour l’essentiel sur la figure du cyborg (le “Manifeste cyborg” de Donna Haraway est bien sûr cité), sont l’incarnation de fantasmes masculins, que le texte de Frank Herbert montre implicitement que le danger vient des femmes et que le basculement d’une société patriarcale vers une “déségrégation des femmes” ne peut qu’amener trouble et catastrophes. Une approche radicale.

Puis vient Sam Azulys, docteur en philosophie, qui m’a en revanche un peu perdu dans un article essentiellement philosophique sur la géopolitique dans l’oeuvre phare de Frank Herbert. La philosophie n’étant pas vraiment ma tasse de thé, il faut être très didactique et accessible pour ne pas me barber. L’article étant un poil ardu avec plein de mots savants, j’avoue avoir fini par lire un peu en diagonale même si les fondements de l’article sont à l’évidence pertinents.

Fabrice Chemla revient à la charge en étudiant le côté religieux de la saga, évidemment très important. Événements marquants dans la saga, personnages, influences, références, syncrétisme, tout y est, l’article est à nouveau passionnant. Le chimiste Fabrice Chemla a plus d’une corde à son arc, et le montre de manière éclatante dans un article référence.

Frédéric Ferro nous parle de prescience et de prophétie, deux termes proches mais bien différents, abordés ici essentiellement sous l’angle de la philosophie. Un peu ardu là encore (oui, moi et la philosophie…), pas mon article favori.

Fabrice Chemla, encore lui, revient ensuite nous parler de la Mémoire Seconde des Révérendes Mères du Bene Gesserit, en revenant sur différents types de possession dans différentes cultures au fil de notre histoire, qu’elles soient voulues ou subies, comme dans le roman. Entre les visions enfumés des chamanes et les possessions démoniaques, je commence à comprendre ce que “chimiste” veut dire chez Fabrice Chemla😀

Et pour finir, Christopher L. Robinson fait oeuvre de synthèse dans le dernière article, réabordant le texte de Frank Herbert sous l’angle littéraire, et posant entre autres la question du genre auquel appartient le roman. Un article en forme de conclusion idéale.

Alors que dire si ce n’est que cette parution de la collection “Parallaxe” est un superbe recueil d’articles (en plus d’être un bel objet joliment illustré par Cédric Bucaille), passionnant de bout en bout et offrant un éclairage complet et remarquablement documenté sur une oeuvre qui n’a pas fini de faire parler d’elle et qui s’impose encore aujourd’hui comme un texte majeure du genre SF ? Tout simplement indispensable à tout lecteur cherchant à tirer la substantifique moelle du roman de Frank Herbert.

 

Lire aussi les avis de Feyd-Rautha, Touchez mon blog Monseigneur, Mureliane, Emmanuelle, François Schnebelen.

 

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Céder la place, de Emmanuel Quentin https://www.lorhkan.com/2020/11/26/ceder-la-place-de-emmanuel-quentin/ https://www.lorhkan.com/2020/11/26/ceder-la-place-de-emmanuel-quentin/#comments Thu, 26 Nov 2020 07:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12636 Cela fait un bon moment que je me suis promis de m’intéresser aux textes d’Emmanuel Quentin, sans en avoir eu l’occasion jusqu’ici. Et à l’occasion d’un concours organisé par les éditions 1115, me voilà lauréat d’une nouvelle et une novella du catalogue de l’éditeur (dans lequel j’ai déjà lu le...

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Cela fait un bon moment que je me suis promis de m’intéresser aux textes d’Emmanuel Quentin, sans en avoir eu l’occasion jusqu’ici. Et à l’occasion d’un concours organisé par les éditions 1115, me voilà lauréat d’une nouvelle et une novella du catalogue de l’éditeur (dans lequel j’ai déjà lu le fort sympathique “Sur Mars” de Arnault Pontier). L’occasion idéale de se faire un lot spécial Emmanuel Quentin, en commençant par la courte nouvelle “Céder la place”.

 

Quatrième de couverture :

Il y a des moments dans la vie pour partir en voyage. Et d’autres pour visiter des endroits insolites. D’autres, encore, pour faire des rencontres qui vous glacent le sang. Et d’autres, enfin, pour céder la place, même si rien ne vous dit que vous la retrouverez en revenant.

C’est vrai, si vous en revenez un jour…

 

Tourisme virtuel

Une vingtaine de pages plutôt efficace, voilà comment on pourrait résumer “Céder la place”. Dans un futur non daté dans lequel le tourisme est autant virtuel que réel (c’est à dire qu’on est physiquement présent dans un lieu recréé numériquement, l’aspect virtuel avec acteurs étant celui qui s’offre aux yeux des visiteurs) et dont les clients aiment à se faire peur dans des lieux symboliquement “chargés”, comme les catacombes de Paris, le Takakanomura Greenland Park au Japon ou le très charmant ancien hôpital psychiatrique de Kazan en Russie, dans lequel on usait régulièrement de la “psychiatrie punitive”, tout un programme…

On y suit Nat, acteur ayant servi à créer cette visite virtuelle, qui revient sur les lieux de sa dernière prestation pour voir le résultat en vrai et en situation, au sein d’un groupe de touristes lambdas. On pourrait voir venir le truc, mais Emmanuel Quentin nous emmène habilement dans une direction inattendue qui, si elle n’a rien d’originale dans le fond, offre son lot de surprises (que je ne dévoilerai bien sûr pas).

Alors certes, on ne tombe pas de sa chaise en se disant qu’on n’avait jamais lu ça auparavant, mais le récit est très efficacement mené et ne dévoile que ce dont le lecteur a besoin pour faire travailler son imagination (et de ce côté-là ca fonctionne parfaitement !), en le trompant au départ sur ce qu’il va lire, tout en étant limpide sur le contexte, lui aussi amené petit à petit.

Le tout fonctionne très bien, et si le mystère demeure arrivé à la conclusion, ça ne rend cette dernière que plus effrayante encore. Et, comme le dit Feyd-Rautha, on referme le livre et on découvre avec effroi ce que signifie cette curieuse couverture (et non, ce n’est pas, comme je le croyais au début, une sonnette de concierge… 😀 ), ainsi que le titre du texte. Aucun doute, “Céder la place” est une bonne pioche.

 

Lire aussi les avis de Yogo, Feyd-Rautha, Lune, la Lectrice Hérétique.

Critique écrite dans le cadre du challenge “Le Projet Maki” de Yogo.

 

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Vita Nostra, de Marina et Sergueï Diatchenko https://www.lorhkan.com/2020/11/16/vita-nostra-de-marina-et-serguei-diatchenko/ https://www.lorhkan.com/2020/11/16/vita-nostra-de-marina-et-serguei-diatchenko/#comments Mon, 16 Nov 2020 07:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12567 S’il est un roman qui a fait l’unanimité en France ces derniers mois, c’est bien “Vita Nostra” de Marina et Sergueï Diatchenko. Jugez plutôt : Grand Prix de l’Imaginaire 2020, Prix Imaginales 2020 et tout récemment le Prix Planète-SF des blogueurs 2020. Etant juré de ce dernier Prix, voici ma...

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S’il est un roman qui a fait l’unanimité en France ces derniers mois, c’est bien “Vita Nostra” de Marina et Sergueï Diatchenko. Jugez plutôt : Grand Prix de l’Imaginaire 2020, Prix Imaginales 2020 et tout récemment le Prix Planète-SF des blogueurs 2020. Etant juré de ce dernier Prix, voici ma chronique, forcément (très) en retard puisqu’évidemment j’ai lu ce roman avant la délibération… 😉

 

Quatrième de couverture :

Vita nostra brevis est, brevi finietur…
« Notre vie est brève, elle finira bientôt… »

C’est dans le bourg paumé de Torpa que Sacha entonnera l’hymne des étudiants, à l’« Institut des technologies spéciales ». Pour y apprendre quoi ? Allez savoir. Dans quel but et en vue de quelle carrière ? Mystère encore. Il faut dire que son inscription ne relève pas exactement d’un choix : on la lui a imposée… Comment s’étonner dès lors de l’apparente absurdité de l’enseignement, de l’arbitraire despotisme des professeurs et de l’inquiétante bizarrerie des étudiants ?

A-t-on affaire, avec “Vita nostra”, à un roman d’initiation à la magie ? Oui et non. On évoque irrésistiblement la saga d’Harry Potter et plus encore “Les Magiciens” de Lev Grossman. Mêmes jeunes esprits en formation, même apprentissage semé d’obstacles. Mais c’est sur une autre terre et dans une autre culture, slaves celles-là, que reposent les fondations d’un livre qui nous rappellera que le Verbe se veut à l’origine du monde. Les lecteurs de fantasy occidentale saturés d’aspirations à l’héroïsme tous azimuts en seront tourneboulés.

 

Transmutation

Tout commence étrangement : Sacha, jeune fille vivant avec sa mère, est abordée durant ses vacances au bord de la mer par un homme qui, avec quelques éléments de pression, lui demande d’aller se baigner nue chaque nuit à 4h du matin. Pour qui, pourquoi ? Mystère. De fil en aiguille, ce qui se révèle être une épreuve pour elle puis finalement un test l’emmènera s’inscrire à l’Institut des Technologies Spéciales, étrange université quasi inconnue située dans une ville perdue, Torpa.

C’est le point de départ de ce qui doit amener une sorte de transmutation, ou plutôt de métamorphose puisque ce roman est une adaptation/inspiration des “Métamorphoses” d’Ovide. Métamorphose comme un passage à l’âge adulte pour une jeune fille plus ou moins contrainte (du moins au départ) de faire ses études dans un endroit qu’elle n’a pas choisi, pour un cycle de plusieurs années. Transmutation car ce cycle d’études n’a rien d’un parcours classique. On y trouve des cours et des examens, c’est vrai, mais d’un genre assez particulier. Expliquer cela plus en profondeur serait trop en dévoiler alors que tout l’intérêt est de découvrir l’évolution de Sacha (et de bien d’autres étudiants) au contact de bien étranges professeurs qui semblent savoir des choses presque “au-delà du réel”.

Et au fil d’une écriture d’une remarquable finesse, on se prend très rapidement à suivre Sacha, à souffrir avec elle au fil de ses épreuves qui doivent autant à l’étrangeté et à une certaine forme de violence de ce cursus si particulier qu’à la vie classique d’une jeune fille en internat avec ses hauts et ses bas, des épreuves très humaines que tout un chacun traverse à un moment de sa vie, à rire avec elle lors de moments de joie, à être heureux des rencontres qui lui offrent du bonheur, de l’amour, à être effrayé quand on commence à discerner ce dans quoi elle s’est engagée et des conséquences qu’une mauvaise décision pourrait avoir sur son entourage.

Et puis l’étrangeté des professeurs, des cours, et des étudiants plus “avancés” dans le cursus frappent le lecteur. Où Sacha a-t-elle mis les pieds ? A quoi cela va-t-il la mener ? Pourquoi elle ? Le danger rôde, on le comprend vite, et les avertissements des professeurs se font pressants, inquiétants. Ainsi, le roman devient un vrai page-turner, à la fois chroniques d’une vie estudiantine, urban-fantasy light et mystérieuse, roman initiatique fantastique (dans tous les sens du terme) qui s’amuse à jouer avec les codes des romans de genre, mêlant frissons, fantastique et même un brin de SF quand le temps devient quelque chose de très relatif…

Tout cela est bel et bon, mais une chose m’a gêné, et pas qu’un peu. C’est le fait que le mystère demeure jusqu’au bout sur ce vers quoi vont les élèves, le but de leur enseignement “spécial”, pour dire le moins. C’est en effet vers cet inconnu que tend tout le roman, c’est sur lui que tient tout ou au moins une grande partie du suspense. Et si bien sûr cet élément, qui restera à jamais inconnu, n’est pas le coeur du roman ni de fait l’élément le plus important (le voyage, la destination, tout ça…), cette absence totale d’explication m’a vraiment laissé sur ma fin. Je n’ai rien contre les fins ouvertes, j’en suis même plutôt amateur en règle générale, mais ici je voulais savoir. Je voulais savoir car tout le roman tient, et ce depuis le tout début, sur quelque chose qui est totalement éludé. C’est à la fois très adroit de la part des auteurs, car cela entretient au moins en partie l’attention du lecteur, mais cela se termine en une énorme frustration. Et c’est un peu cette frustration qui domine à la fin, et qui participe du ressenti ultime une fois la dernière page tournée.

Alors soyons clairs, “Vita nostra” est un excellent roman, extrêmement riche, offrant plusieurs niveaux de lecture et abordant de nombreux thèmes de très belle manière, subtilement, adroitement, métaphoriquement ou non, doté de personnages plus vrais que nature, à la fois agaçants et attendrissants (comme dans la vraie vie, preuve que le roman vise particulièrement juste sur ce point). Mais sachez que vous n’obtiendrez aucune réponse au bout du chemin, ce qui m’a demandé un peu de recul pour réellement en venir à apprécier le roman, en laissant mon ressenti se “reposer” un peu. Soyez prévenus donc. Mais pour ceux qui sauront faire abstraction de ça, soyez sûrs que vous découvrirez un roman rare, unique même (et lisible par à peu près tout le monde, amateurs de genres ou non), remarquablement mené et à l’ambiance singulière, un grand roman tout simplement.

 

Lire aussi les avis de Gromovar, Lune, Anudar, Cédric, Tigger Lilly, Baroona, Anne-Laure, Célindanaé, Vert, Feyd-Rautha, Brize, Sometimes a book

 

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Dune, de Frank Herbert https://www.lorhkan.com/2020/11/11/dune-de-frank-herbert/ https://www.lorhkan.com/2020/11/11/dune-de-frank-herbert/#comments Wed, 11 Nov 2020 07:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12606 Une chronique sur “Dune”, intemporel chef d’oeuvre de la SF, est-ce bien utile voire même raisonnable ? Aurais-je la prétention d’apporter une analyse ou un point de vue inédit sur le roman de Frank Herbert, déjà étudié sous toutes les coutures ? Certes non. Pour autant, à l’occasion de la...

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Une chronique sur “Dune”, intemporel chef d’oeuvre de la SF, est-ce bien utile voire même raisonnable ? Aurais-je la prétention d’apporter une analyse ou un point de vue inédit sur le roman de Frank Herbert, déjà étudié sous toutes les coutures ? Certes non. Pour autant, à l’occasion de la sortie d’une belle édition collector (et de la résurrection pour l’occasion de la collection Ailleurs & Demain chez Robert Laffont), reparler de “Dune” c’est surfer sur la hype actuelle, malgré le report du tant attendu film de Denis Villeneuve en octobre 2021. Alors surfons. 😉

 

Quatrième de couverture :

Le chef-d’oeuvre absolu de la science-fiction.
Édition du cinquantenaire.
Traduction revue et corrigée.

Il n’y a pas, dans tout l’Empire, de planète plus inhospitalière que Dune.
Partout du sable, à perte de vue.
Une seule richesse : l’épice de longue vie, née du désert et que l’univers tout entier convoite.

 

Un commencement est un moment d’une délicatesse extrême

Comment aborder une critique de “Dune” alors que tout ou presque a déjà été dit (ou est en passe de l’être tant l’actualité éditoriale tournant autour de la saga de Frank Herbert est chargée en raison de l’adaptation cinématographique toute prochaine pas trop lointaine de Denis Villeneuve,  pour preuve la parution imminente d’un mook sur le roman chapeauté par Lloyd Chéry, d’un essai signé Nicolas Allard, d’un hors-série de la revue Rockyrama ou bien d’une étude plus axée sur les sciences aux éditions du Bélial’) sur ce célébrissime roman de SF, sans doute le plus vendu au monde ?

On va faire simple : comme un lecteur lambda (ça tombe bien, c’est ce que je suis) qui redécouvre un roman qu’il a lu adolescent et dont il ne garde en souvenir que les grandes lignes de l’intrigue et dont bon nombre de thématiques lui avaient alors échappé. Environ un quart de siècle après la première lecture, ça donne quoi “Dune” ?

Hé bien c’est encore et toujours vachement bien ! D’une manière différente de l’époque de ma première lecture (et c’est tant mieux), mais malgré tout avec toujours autant d’intérêt. Il faut dire que le roman, désolé de ne pas être original sur ce point, est d’une richesse impressionnante, abordant de nombreux thèmes d’importance (écologie, religion, politique, exercice du pouvoir, responsabilité et bien d’autres encore…), toujours d’actualité aujourd’hui (quelle clairvoyance de la part de Frank Herbert qui, plus de 50 ans après la parution du roman, semble nous parler de notre société d’aujourd’hui où politique et religion, en se mêlant, tendent au désastreux, où l’écologie est au centre de nos préoccupations (mais sans doute pas assez malheureusement…), où l’exercice du pouvoir par ceux qui nous gouvernent pose question, etc…), sans jamais oublier d’être également un roman d’aventures, un récit initiatique sur le passage à l’âge adulte en traversant de douloureuses épreuves, un livre-monde qui ne se dévoile pas forcément facilement (de nombreux néologismes ou mots importés/transformés depuis des langues “inhabituelles” (latin, arabe, hébreu, persan…) et un important lexique en fin de volume) mais qui donne au lecteur sa dose de dépaysement avec son riche contexte qui se dessine peu à peu.

Un contexte qui ne manque pas d’attraits, ne serait-ce que parce que ce lointain avenir (presque 25 000 ans après notre époque !), dépouillé de tout artifice technologique (tout au moins semble-t-il l’être) après un Jihad Butlérien qui a vu les machines pensantes disparaître au profit d’une sur-humanité (les Mentats, véritables ordinateurs-humains, le Bene Gesserit, sororité dont le conditionnement mental et physique donne à ses membres (tous féminins) des capacités hors du commun, ou bien les navigateurs de la Guilde Spatiale, sorte de super-mutants pilotes de vaisseaux spatiaux, le tout n’étant rien d’autre qu’une forme de transhumanisme avant l’heure), est un futur assez rare pour être signalé. Mais c’est évidemment loin d’être le seul attrait du récit. Car il y aurait encore beaucoup à dire sur la planète Arrakis en elle-même, sur l’épice et ses effets, sur les nombreuses factions présentes et les complexes rapports de force qui les lient, sur les plans dans les plans, les machinations à plusieurs niveaux, et bien sûr la destinée de Paul “Muad’Dib” Atréides, “héros” du roman (avec tous les guillemets qui s’imposent mais il faut avoir lu la suite, “Le Messie de Dune”, pour en prendre pleinement conscience…). Tant de choses qui font de “Dune” un grand (et gros : plus de 600 pages) roman.

Il y a aussi des choses qui sont moins réussies dans “Dune” : le rôle des femmes, certes parfois fortes mais dont l’influence sur le récit n’est pas si importante que ça, et la place qu’elles occupent à certains moments (à la mort de leur conjoint chez les Fremen notamment) pose question. Le cycle de l’épice manque également de clarté. Mais aussi gênants qu’il puisse être, et à moins de mettre une priorité absolue sur ces détails (qui n’en sont donc pas forcément, notamment sur les femmes), ils ne pèsent pas tant que ça dans la balance. Tout juste font-ils lever les yeux au ciel de temps en temps, et font se rappeler que le roman date des années 60… Pour le reste, oui “Dune” résiste à l’épreuve du temps, et de quelle manière !

Joliment remis sur le devant des étals avec une belle édition collector au style métallo-rétro qui lui sied ma foi fort bien (avec un design de couverture signé du graphiste espagnol Alex Trochut, une traduction révisée par le bien nommé Feyd-Rautha, une préface inutilement alambiquée et très commerciale de Denis Villeneuve qui a toutefois le mérite d’être là, une deuxième préface autrement plus intéressante et personnelle de Pierre Bordage qui, en plus d’être joliment écrite, fait autant lieu d’hommage au roman d’Herbert que de grille de lecture et de réflexion touchante et personnelle sur ce qu’a apporté la lecture de l’oeuvre au romancier français, et une postface de l’inaltérable Gérard Klein qui fait du Gérard Klein, c’est à dire qu’elle est érudite, qu’il se la pète un peu et qu’il envoie aussi quelques piques ici ou là… 😀 ), “Dune” mérite son statut de roman culte.

Je n’ai pas parlé de l’intrigue du roman, bien connue et sur laquelle il n’est pas bien compliqué de trouver moult renseignements, mais à celui ou celle qui voudrait en savoir plus, si tant est que j’ai pu lui donner envie d’aller plus loin, je n’aurais qu’une chose à dire : lisez “Dune”, arpentez le désert de la planète Arrakis, faites connaissance avec les Fremen, craignez les plans du Bene Gesserit, de l’Imperium ou des Harkonnen, volez en ornithoptère, observer les fameux vers des sables, rencontrez les inoubliables personnages que sont Dame Jessica, le duc Leto Atréides, Gurney Halleck, Duncan Idaho et bien évidemment Paul Atréides, et entrez dans un univers que vous n’oublierez pas de sitôt !

 

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Neuromancien, de William Gibson https://www.lorhkan.com/2020/11/06/neuromancien-de-william-gibson/ https://www.lorhkan.com/2020/11/06/neuromancien-de-william-gibson/#comments Fri, 06 Nov 2020 07:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12607 “Neuromancien”, le roman qui a, à lui seul ou presque, lancé un genre : le cyberpunk. Mais qu’en est-il aujourd’hui du récit de William Gibson, très ancré dans les années 80 ? La nouvelle traduction ici présente, oeuvre de Laurent Queyssi et sortie tout récemment chez Au diable Vauvert (ouvrant...

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“Neuromancien”, le roman qui a, à lui seul ou presque, lancé un genre : le cyberpunk. Mais qu’en est-il aujourd’hui du récit de William Gibson, très ancré dans les années 80 ? La nouvelle traduction ici présente, oeuvre de Laurent Queyssi et sortie tout récemment chez Au diable Vauvert (ouvrant le bal d’une réédition quasi totale des romans de William Gibson chez le même éditeur dans les mois et années à venir), joue-t-elle en sa faveur ?

 

Quatrième de couverture :

Case est le meilleur cow-boy des interfaces, un hacker lâché sur les autoroutes du cyberespace, le seul qui ait jamais traversé la matrice avant de rencontrer les mauvaises personnes au mauvais moment…
Première grande dystopie sociale aux côtés du “Blade Runner” de Philip K. Dick, un chef d’oeuvre prémonitoire, fondateur de la SF moderne.

 

Là où tout commence et où tout finit ?

Roman culte, “Neuromancien”, devenu difficile à trouver neuf en librairie ces derniers mois, bénéficie enfin d’une nouvelle traduction. Oui, enfin. Car pour culte qu’il soit, un statut d’ailleurs bien mérité pour une oeuvre considérée comme fondatrice du mouvement cyberpunk, mouvement qui, s’il n’a pas été strictement inventé par “Neuromancien” (on pourrait citer “Sur l’onde de choc” de John Brunner, écrit presque 10 ans auparavant), doit à son auteur, William Gibson, d’avoir su sentir l’air du temps et d’avoir amalgamé toutes sortes de tendances et de détails propres à propulser sur le devant de la scène un genre qui ne demandait qu’à émerger, le roman souffrait malgré tout d’une traduction poussive et datée qui n’en facilitait pas la lecture.

Il s’agit d’ailleurs pour moi d’une relecture, sur laquelle je suis allé à tâtons tant je me souviens avoir pas mal galéré sur la première traduction de Jean Bonnefoy, célèbre malgré tout pour son fameux incipit (dont la célébrité doit bien sûr beaucoup plus à William Gibson lui-même, mais sa traduction a marqué la SF en France) :

Le ciel au-dessus du port était couleur télé calée sur un émetteur hors service.

C’est Laurent Queyssi qui s’est chargé de la délicate tâche de la retraduction. Et si on pourra être circonspect devant le nouvel incipit (plus parce que c’est une sorte de rupture sur une phrase à laquelle tout lecteur de SF s’était plus ou moins habitué qu’à cause d’un problème qualitatif)  :

Le ciel au-dessus du port avait la couleur d’une télévision allumée sur une chaîne défunte.

… On sera ensuite rapidement rassuré. Certes, le premier contact avec cette nouvelle traduction n’avait pas été très rassurant il y a quelques mois (un extrait proposé hors contexte dans le Bifrost 96 consacré justement à William Gibson), mais en reprenant depuis le début le roman de Gibson se retrouve enfin paré d’atours autrement plus séduisants que ce que proposait Jean Bonnefoy. Finies les tournures de phrase et les expressions datées, finie la francisation à tout prix de noms propres (qui ne “claquaient” pas vraiment) dans un monde globalisé (excepté pour Neuromancien bien sûr mais il était difficile de faire autrement, pour le reste Muetdhiver devient Wintermute, Lumierrante devient Straylight, Trait Plat reste francisé mais devient plus subtilement Tracé Plat, etc…), et pour avoir comparé quelques morceaux de l’ancienne et de la nouvelle traduction, il n’y a pas photo. L’effet est radical : le roman devient plus clair, tout simplement plus compréhensible, et ce qui est bien plus qu’un simple coup de polish lui redonne une vraie modernité.

C’est d’ailleurs un vrai tout de force pour un roman directement lié à son époque (1984 pour la VO), extrapolant sur l’avenir de l’informatique et le devenir d’une société laissée en pâture à un capitalisme dévorant tout sur son passage. Le cyberpunk a émergé avec “Neuromancien” (puisque tout y est ou presque : des megacorporations, des villes tentaculaires éclairées au néon, des gangs, des drogues, des implants cybernétiques, des intelligences artificielles aux motivations obscures voire incompréhensibles pour les êtres humains, des consciences numériques, la singularité technologique, la fameuse matrice, etc…) et il est vrai qu’à la lecture on peut avoir la sensation que le mouvement est né avec ce roman et qu’il a également cessé de vivre avec lui. L’alpha et l’oméga en quelque sorte, une époque et un genre défunts (ce n’est sans doute pas tout à fait vrai pour le mouvement cyberpunk qui a, au moins un peu, évolué mais qui reste malgré tout très marqué par toute l’imagerie véhiculée par le roman de Gibson).

On discerne également plus nettement les références ou emprunts que lui ont fait de nombreuses oeuvres postérieures, tel dernièrement “Void star” de Zachary Mason ou bien, plus anciennes mais plus connues, “Ghost in the shell” (Masamune Shirow pour le manga, Mamoru Oshii pour le (chef d’oeuvre !) film d’animation) ou “Matrix” des soeurs Wachowski (pour la matrice bien sûr mais aussi pour plein d’autres choses dont une Trinity qui semble être le portrait craché de Molly Millions). Sans “Neuromancien”, rien de tout ça.

Alors bien sûr, Bonnefoy ou Queyssi, il n’est pas question de nier l’importance du roman dans l’histoire de la SF, mais à l’évidence la version Queyssi apporte un vrai plus qui permet enfin au roman d’être abordé par un lecteur actuel sans se faire des noeuds au cerveau ou soupirer devant une langue française qui ne correspondait pas vraiment (ou qui ne correspond plus, de nos jours) à l’univers assez radical dépeint par Gibson. “Neuromancien” redevient donc un roman à conseiller, un roman agréable, un roman qu’il faut avoir lu. C’est un nouveau “Neuromancien”, tout simplement, un incontournable qui devient encore plus incontournable, par ailleurs sublimé par la superbe couverture signée Josan Gonzalez.

Et quand on sait que cette nouvelle traduction, sous l’égide des éditions Au Diable Vauvert, n’est que le début d’un renouveau de l’oeuvre (retraduite) de William Gibson en librairie, me voilà maintenant très impatient de découvrir les autres textes de l’auteur, ceux que j’ai lus (comme “Gravé sur chrome” qui ne m’avait qu’à moitié convaincu, dans une traduction de… Jean Bonnefoy, tiens donc !) comme ceux que je n’ai pas encore lus. Les années qui viennent seront cyberpunks ou ne seront pas !

 

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Apprendre, si par bonheur, de Becky Chambers https://www.lorhkan.com/2020/10/30/apprendre-si-par-bonheur-de-becky-chambers/ https://www.lorhkan.com/2020/10/30/apprendre-si-par-bonheur-de-becky-chambers/#comments Fri, 30 Oct 2020 07:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12598 Becky Chambers a le vent en poupe en ce moment, avec notamment le Prix Hugo 2019 de la meilleure série pour sa trilogie des “Voyageurs” (dont je n’ai, pour le moment, lu que le premier volume). La voici à nouveau sur les étals avec cette fois une novella indépendante. Nouveau...

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Becky Chambers a le vent en poupe en ce moment, avec notamment le Prix Hugo 2019 de la meilleure série pour sa trilogie des “Voyageurs” (dont je n’ai, pour le moment, lu que le premier volume). La voici à nouveau sur les étals avec cette fois une novella indépendante. Nouveau format certes, mais toujours dans cette mouvance optimiste, diverse, ouverte, tolérante et bienveillante.

 

Quatrième de couverture :

« Nous n’avons rien trouvé que vous pourrez vendre. Nous n’avons rien trouvé d’utile. Nous n’avons trouvé aucune planète qu’on puisse coloniser facilement ou sans dilemme moral, si c’est un but important. Nous n’avons rien satisfait que la curiosité, rien gagné que du savoir. »
Un groupe de quatre astronautes partis explorer des planètes susceptibles d’abriter la vie : hommes et femmes, trans, asexuels, fragiles, déterminés, ouverts et humains, ils représentent la Terre dans sa complexité.

Le nouveau roman du sommet actuel de la SF positive.

Becky Chambers, après les trois volumes du cycle des « Voyageurs » (prix Hugo de la meilleure série en 2019), nous livre une méditation tendre et joyeuse sur l’appel de l’espace, le but ultime de la science et, au bout du compte, sur l’étincelle de vie qui nous anime tous.

« Écrire de la SF positive, c’est regarder les injustices dans les yeux et continuer de croire qu’on va les vaincre. » Élisa ThévenetLe Monde.

 

Love boat spaceship

“Apprendre, si par bonheur” est narré par une femme, Ariadne, faisant partie d’une équipe de quatre astronautes chargés d’étudier quatre exoplanètes susceptibles d’abriter la vie. Cette équipe a été envoyée au loin dans ce but purement scientifique par un organisme citoyen qui semble essentiellement être financé par ce qui ressemble à un genre de crowdfunding. Et c’est cette odyssée scientifique autant qu’humaine qui est au centre du récit.

Odyssée scientifique tout d’abord car là où on pouvait reprocher quelques facilités technico-scientifique dans “L’espace d’un an”, on est ici en terrain beaucoup plus (apparemment) réaliste. Je ne me prononcerai certes pas sur ce qui est dans le champ du possible et ce qui ne l’est pas, toujours est-il que le ton est beaucoup plus “sérieux” (avec les guillemets qui s’imposent hein !), pour un récit qui se veut “possible”. Et au-delà du principe du voyage interstellaire qui repose sur la toujours bien pratique technique de stase (appelé ici “torpeur”), on a donc une équipe d’astronautes confrontée à des formes de vie très diverses, qu’elle soit microscopique dans un environnement glacé, très luxuriante sur une planète à la gravité élevée, ou du type mollusque sur une planète particulièrement tempétueuse… Becky Chambers en profite pour aborder de nombreux aspects scientifiques à travers la chimie, la génétique, la biologie, la géologie, etc… On pourrait presque admettre ce texte dans le genre hard-SF.

Et cette odyssée scientifique est donc aussi très humaine. Car l’humain est au coeur du texte, dans un style tout à fait Becky Chambers c’est à dire toujours bienveillant, très ouvert à la différence, la tolérance, la diversité. Alors oui, on a des relations très libres entre les astronautes mais ça va bien au-delà de cette seule solution de facilité. Car l’autrice a pensé à l’humain en écrivant son texte et en construisant son contexte. Sur le plan social, le programme spatial dont dépendent les astronautes est comme je le disais plus haut un programme citoyen, dénué de toute recherche de profit au-delà du seul financement de la mission. Sur le plan personnel, on trouve parmi les astronautes différentes orientations sexuelles, ce qui conduit à une certaine forme d’harmonie au sein de l’équipage (ce qui est tout sauf accessoire quand on part sur une mission spatiale particulièrement longue), sans systématiquement empêcher les tensions de monter quand le personnel de la mission est soumis à rude épreuve lors d’une exploration qui accumule les difficultés. Sur le plan technique, tout est fait pour que le bien-être des astronautes soit assuré, comme une certaine intimité qui leur est allouée lors de la sortie de la “torpeur”. Et là où le côté technico-scientifique rejoint le côté humain c’est que contrairement à de nombreux romans de SF qui ont tendance à jouer sur la terraformation pour adapter l’habitat aux humains, ici c’est l’humain qu’on adapte à l’habitat avec la “somaformation” (soma en grec ancien signifiant le corps). Jolie trouvaille jouant tout autant avec la science qu’avec une sorte de transhumanisme exoplanétaire écolo…

De nombreuses thémathiques sont donc abordées, le tout dans un volume de texte assez restreint. Il en ressort à la fois une sorte d’apaisement, dû au côté bienveillant du texte, mêlé à un vertige science-fictif bien présent. Un joli cocktail qui culmine dans une magnifique conclusion sonnant comme une déclaration d’amour à la science, avec un sens du sacrifice ultime pour que la science et l’humain avancent main dans la main. C’est juste beau. On pourrait certes, à l’instar de “L’espace d’un an”, regretter une intrigue assez réduite (de fait, le texte ici présent ne s’intéresse qu’à la mission et aux personnages, il n’y a pas d’intrigue en tant que telle sauf à considérer que la mission en elle-même constitue l’intrigue, ce qui peut d’ailleurs tout à fait s’entendre), mais le reste fait du bien par où il passe et c’est un défaut qui finalement passe au second plan. Il n’empêche que le jour où Becky Chambers parviendra à marier sa bienveillance avec une intrigue digne de ce nom, ça vaudra certainement plus qu’un coup d’oeil…

En l’état, “Apprendre, si par bonheur” (titre dont l’explication est donnée à la toute fin) est un fix de positivité, mêlant science et bienveillance pour nous offrir un concentré d’optimisme. Et par les temps qui courent, ça fait un bien fou…

 

Lire aussi les avis de Yogo, Lune, Célindanaé, Ombrebones, Gepe., Anne-Laure, Yuyine, Le syndrome Quickson.

Critique écrite dans le cadre du challenge “Le Projet Maki” de Yogo.

 

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Cheval de Troie, Journal d’un AssaSynth tome 3, de Martha Wells https://www.lorhkan.com/2020/10/26/cheval-de-troie-journal-dun-assasynth-tome-3-de-martha-wells/ https://www.lorhkan.com/2020/10/26/cheval-de-troie-journal-dun-assasynth-tome-3-de-martha-wells/#comments Mon, 26 Oct 2020 07:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12590 Quelques mois après la lecture du tome 2 de la série “Journal d’un AssaSynth”, il est temps de retrouver ce sympathique AssaSynth, androïde de son état mais peut-être plus humain que bien des humains. Une troisième novella dans laquelle le droïde de sécurité va tenter de se rapprocher encore un...

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Quelques mois après la lecture du tome 2 de la série “Journal d’un AssaSynth”, il est temps de retrouver ce sympathique AssaSynth, androïde de son état mais peut-être plus humain que bien des humains. Une troisième novella dans laquelle le droïde de sécurité va tenter de se rapprocher encore un peu plus de son passé dramatique mais “effacé” et des affaires plutôt sombres de la corporation GrayCris, entrevues dans les deux tomes précédents.

 

Quatrième de couverture :

« Je n’ai vraiment pas de bol avec les transports autopilotés.
Le premier à me prendre en stop n’avait eu d’autre motivation que celle de profiter de ma collection de fichiers multimédias.
L’emmerdeur de vaisseau expéditionnaire, EVE, le temps de notre collaboration, avait menacé de me tuer, regardé mes émissions préférées, altéré ma configuration structurelle, fourni un excellent soutien tactique, argumenté jusqu’à me convaincre de jouer les consultants en sécurité, sauvé la vie de mes clients et nettoyé derrière moi quand j’avais dû assassiner des humains. (C’étaient des méchants.) EVE me manquait beaucoup.
Et il y avait ce transport-ci.
 Qui s’était mis en tête de me confier le maintien de l’ordre à bord et de m’envoyer des notifications à chaque querelle entre passagers. Imbécile que je suis, j’y avais répondu. Pourquoi ? Je ne le sais pas moi-même. »

Enfin parvenu sur la planète Milu, AssaSynth est contraint d’endosser de nouveau son rôle de SecUnit afin de protéger son identité et, au passage, des clients officieux, accompagnés d’un bot de compagnie, Miki.

Confronté à plus puissants que lui, mais aussi à l’innocence déstabilisante de Miki, notre androïde devra allier les deux parts de son être pour survivre : la puissance de feu du robot et le libre arbitre de l’humain.

“Défaillances systèmes”, la première des quatre novellas qui forment “Journal d’un AssaSynth”, a reçu les prix Hugo, Nebula, Alex et Locus.

 

Terminator bisounours

On poursuit donc les aventures de l’androïde de sécurité qui a réussi à hacker son module superviseur, lui permettant de devenir seul maître de ses décisions, chose par ailleurs absolument illégale. Pensez donc : un androïde aux capacités hors du commun, soumis à son seul libre-arbitre ? Terrible danger pour l’humanité ! Sauf que l’androïde en question a plutôt tendance à vouloir se poser, au calme et si possible le plus loin possible de tout être humain, pour s’adonner à sa plus grande passion : regarder à la chaîne tout un tas d’épisodes de séries télévisées. Pour le danger, on repassera.

Pour autant, il semble avoir le chic pour s’attirer les ennuis, même s’il semble avoir pris toutes les précautions pour les éviter. A nouveau, ça ne rate pas : son idée de départ est d’infiltrer une station spatiale à l’abandon susceptible de contenir des renseignements sur les agissements de la corporation GrayCris (déjà à l’oeuvre dans les tomes précédents) pour rendre service au Docteur Mensah (personnage important du tome 1) en profitant d’un vaisseau chargé d’auditer la station pour savoir si elle mérite d’être sauvée. Pas question de suivre les auditeurs cependant, l’androïde a l’intention de faire ça de manière discrète, sans que sa présence ne soit relevée. Mais rien ne va se dérouler comme prévu, bien évidemment. Et notre AssaSynth, “victime” de ses bons sentiments, va à nouveau devoir utiliser ses talents d’androïde de sécurité tout autant que ses émotions très humaines.

La trame narrative reste donc à peu près dans la droite lignée des tomes précédents, il n’y a pas vraiment de surprise à attendre de ce côté. Ni d’un autre côté d’ailleurs, car même si le récit reste très agréable à lire, on sent peut-être venir les limites d’une recette qui peine à se renouveler, d’autant que les touches d’humour, un peu moins présentes que précédemment, semblent moins faire mouche.

Avec un début un peu longuet avant d’atteindre la fameuse station, on se prend à se demander si on n’est pas en train de lire le volume de trop. Puis soudain Martha Wells parvient à remettre son récit sur de meilleurs rails, tout d’abord avec une exploration à l’atmosphère tendue faisant nettement penser au film “Alien”, puis en lâchant les chevaux quand le calme cède la place à l’action. Le récit prend alors des allures d’excellent “actionner” à grand spectacle, avec un androïde à l’humour cynique et acide digne d’un Bruce Willis dans la série “Die Hard”.

Et on prend alors un vrai plaisir à voir notre androïde AssaSynth, libéré des contraintes de son module superviseur, ne pas pouvoir s’empêcher d’aider ces humains en détresse. On ajoutera à sa relation particulière avec l’humanité la relation de l’androïde de confort Miki avec sa propriétaire Abene, une relation qui amène à se poser de bonnes questions sur le statuts de ces androïdes et leur place dans la société, et aboutissant sur la fin à quelque chose de spécial (et pourtant totalement improbable tant tout semble les opposer) entre AssaSynth et Miki. A ce titre il est amusant de voir qu’après EVE dans le deuxième tome, AssaSynth évolue à nouveau au contact d’un être robotique plutôt qu’à celui des humains, ces derniers lui montrant moins d’empathie que les êtres pourtant artificiels. A moins que ce ne soit un tout. Mais AssaSynth cherchant à tout prix à éviter le contact humain (le fait qu’il soit considéré comme un être illégal joue évidemment beaucoup) alors qu’au début du texte il indique qu’EVE lui manque, il y a là quelque chose de révélateur…

Rien de nouveau sous le soleil donc, mais ça fonctionne encore. Malgré un début un peu délicat, “Cheval de Troie” parvient à emporter l’adhésion. La conclusion du récit, ouvrant très nettement sur le volume suivant (largement plus que les deux tomes précédents), rend la lecture de la quatrième novella à peu près indispensable. Une dernière novella avant que Martha Wells passe sa série au format roman. Mais ceci est une autre histoire…

 

Lire aussi les avis de Baroona, Anne-Laure, Herbefol, Lullaby, Dionysos, Lianne.

Critique écrite dans le cadre du challenge “Le Projet Maki” de Yogo.

 

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Expiration, de Ted Chiang https://www.lorhkan.com/2020/10/12/expiration-de-ted-chiang/ https://www.lorhkan.com/2020/10/12/expiration-de-ted-chiang/#comments Mon, 12 Oct 2020 06:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12565 Ted Chiang est un auteur rare mais pourtant célèbre dans le monde de la SF à tendance hard. S’il n’était cette rareté éditoriale (un peu moins d’une vingtaine de nouvelles en trente ans de carrière, mais une multitude de prix : 5 Hugo, 6 Locus, 4 Nebula, 1 British SF...

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Ted Chiang est un auteur rare mais pourtant célèbre dans le monde de la SF à tendance hard. S’il n’était cette rareté éditoriale (un peu moins d’une vingtaine de nouvelles en trente ans de carrière, mais une multitude de prix : 5 Hugo, 6 Locus, 4 Nebula, 1 British SF Award, 1 Theodore Sturgeon Award…), on pourrait même parier qu’il serait sans doute au niveau d’un Greg Egan dans le genre. J’avoue ne pas avoir été ultra convaincu par son précédent recueil, “La tour de Babylone”, un peu trop “froid” malgré deux textes d’exception. Le nouveau recueil ici présent, “Expiration”, semble pourtant mettre tout le monde d’accord. Moi y compris ?

 

Quatrième de couverture :

Les neuf histoires qui constituent ce livre brillent à la fois par leur originalité et leur universalité. Des questions ancestrales – l’homme dispose-t-il d’un libre arbitre? si non, que peut-il faire de sa vie? – sont abordées sous un angle radicalement nouveau.
Ted Chiang pousse à l’extrême la logique, la morale et jusqu’aux lois de la physique pour créer des mondes inédits dans lesquels les machines en disent long sur notre humanité.
Auréolé d’un immense succès critique et commercial aux États-Unis, “Expiration” est en cours de publication dans vingt et un pays, installant définitivement son auteur parmi les écrivains américains les plus importants.

 

Ted Chiang au sommet

N’y allons pas par quatre chemins, le titre de cette chronique est d’ailleurs très parlant, oui “Expiration” est formidable. C’est peut-être même un sommet de la SF contemporaine, même s’il est possible qu’il ne plaise pas à tout le monde, son côté très analytique et parfois un peu désincarné pouvant déplaire aux lecteurs qui ne vivent que par et à travers des personnages complexes et “vivants”. C’est pourtant mon cas à moi aussi, mais là il faut bien dire que la finesse d’analyse et les multiples pistes explorées forcent le respect. Il n’y manque sans doute plus qu’un brin d’humanité supplémentaire pour que les textes de Ted Chiang s’ouvrent au plus grand nombre et finissent d’installer l’écrivain dans les très hautes sphères des auteurs de SF d’aujourd’hui. Mais qu’on ne s’y trompe pas, malgré ce léger reproche, “Expiration” est un recueil (9 nouvelles au sommaire, écrites entre 2007 et 2019 (on peut d’ailleurs regretter que le volume n’indique pas les premières dates de publication des textes, en VO comme en VF) absolument remarquable, emblématique de cette “littérature des idées” qu’est la SF, stimulante intellectuellement et posant de juste questions, technologiques autant qu’éthiques et morales. Revue de détail.

 

  • Le marchand et la porte de l’alchimiste

Le recueil s’ouvre avec cette étonnante nouvelle, pleine de malice et de SF, qui prouve que quand Chiang s’en donne la peine il est tout à fait capable d’enrober son texte d’un merveilleux contexte pour en faire un récit qui va bien au-delà d’une simple analyse d’une problématique donnée.

On est en présence ici d’un texte s’intéressant au voyage dans le temps (futur aussi bien que passé), à travers un texte arabisant prenant des allures de “Contes des mille et une nuits” en enchâssant plusieurs récits sans oublier d’y ajouter une pointe d’érotisme. On est presque dans l’exercice de style sur la forme mais c’est extrêmement bien ficelé.

Fuwaad ibn Abbas est un marchand qui fait le récit de sa rencontre à Bagdad avec un alchimiste, Bashaarat, qui, non content de proposer des objets extrêmement bien ciselés, a aussi “inventé” des portes permettant de voyager dans le temps. Avant de s’y plonger, Fuwaad cherche à savoir si d’autres personnes ont utilisé cette incroyable invention. Bashaarat lui narre donc les aventures de quelques autres clients. Fuwaad décide alors d’utiliser cette porte pour tenter de régler un drame personnel qui le mine depuis de nombreuses années.

Exploration originale du voyage dans le temps, ce texte joue avec la causalité tout en posant la question du libre-arbitre et des conséquences de nos actes. La thématique n’a rien d’originale en soi, mais le traitement l’est beaucoup plus et la morale de l’histoire est empreinte d’une belle résilience et d’une bonne dose d’humanité, le tout insistant sur l’acceptation de ce que la vie nous offre, en bien comme en mal. Le recueil commence donc sous les meilleurs auspices.

 

  • Expiration

Après “Les mille et une nuits” on passe à quelque chose de mi-SF mi-steampunk avec une civilisation étrange, faite d’êtres mécaniques dont la source d’énergie est l’air, comme des automates utilisant de l’air comprimé pour se mouvoir. Mais il s’agit bel et bien d’une civilisation vivante ici, et Ted Chiang fait montre d’une belle inventivité et d’une remarquable précision dans la description du métabolisme de ces êtres en narrant les découvertes de l’un d’entre eux, chercheur en anatomie, déterminé à découvrir le fonctionnement de la mémoire (ou en tout cas leur mémoire) et tentant de résoudre un mystère lié à un écoulement du temps qui semble différent de ce qu’il fut.

De fil en aiguille, et en empilant les découvertes du narrateur, Ted Chiang se fend d’un remarquable texte sur la constitution d’un univers, ou des univers, les uns nourrissant les autres, jusqu’à s’intéresser avec une rare acuité à l’entropie générale et la mort thermique de l’univers et, en toute fin, de toute vie. Ça paraît sombre, et ça l’est d’une certaine manière, et pourtant il y a un sentiment d’espoir et d’optimisme qui transparaît dans tout cela, avec l’idée de célébrer la vie telle que nous la vivons, rejoignant ainsi le texte précédent.

 

  • Ce qu’on attend de nous

Petit texte de quatre pages jouant sur une idée simple (le libre-arbitre encore une fois, ou plutôt l’illusion du libre-arbitre et le besoin qu’a l’humanité d’en croire en son libre-arbitre), “Ce qu’on attend de nous” ressemble presque plus à une démonstration qu’à un récit, et sa brièveté n’en fait pas un texte majeur. Il illustre le besoin de l’humanité de croire qu’il est possible de prendre son destin en main et que les choix qu’elle fait ne sont pas tout tracés. Amusant mais somme toute mineur par rapport au reste du recueil.

 

  • Le cycle de vie des objets logiciels

Le gros morceau du recueil, c’est ce texte, une novella de 132 pages. Ted Chiang s’intéresse ici aux intelligences artificielles, un thème largement rabâché dans la SF. Mais ici, pas d’accession soudaine à la conscience d’une intelligence artificielle distribuée et omnisciente, non, il s’agit tout simplement, du moins au départ, de “tamagotchis ++” (des “digimos”) développés par la société Blue Gamma, évoluant dans un monde virtuel également accessible aux êtres humains équipés des accessoires adéquats et qui se développent en interagissant avec leurs propriétaires humains, en temps réel. Presque comme un véritable enfant, ce qu’ils vont plus ou moins devenir pour certains propriétaires, d’autant que leur avatar dans le monde virtuel est un petit animal tout mignon ou un petit robot tout aussi cute. Sauf qu’ils ne sont pas humains, n’ont pas de droits et restent dépendants du support sur lequel ils ont été développés. Vous voyez sans doute venir ce vers quoi va s’orienter Ted Chiang.

Car il va en effet être question de droit, de conscience, de libre-arbitre (encore), et de bien d’autres choses dans ce texte qui se déroule sur un temps relativement long (plus d’une dizaine d’années). En plus de la problématique directement liée à la considération qu’il faut accorder à ces êtres virtuels,  se posent des questions plus pragmatiques liées, elles, à la société humaine dans son ensemble. Blue Gamma finit par faire faillite (car ce temps long nécessaire à l’évolution de ces petits êtres finit par lasser…), puis c’est l’environnement sur lequel ont été développés les digimos qui est racheté par une société concurrente en même temps que d’autres entités développent leur propres digimos, avec un code différent, et des capacités différentes. Moins (ou plus…) expérimentaux, peut-être plus tournés vers diverses utilisations possibles (et monnayables) que les digimos de Blue Gamma ? Ça reste à prouver, la flexibilité de ces derniers semblant leur permettre de développer des capacités réellement humaines. Et qui dit capacités humaines dit… industrie du sexe, pour une nouvelle direction de développement des digimos qui n’est peut-être pas si incongrue que ce que l’on pourrait penser de prime abord.

Et au fil des années, c’est tout un environnement en plus d’une nouvelle manière d’éduquer et d’appréhender la vie et la conscience qui est à repenser. Ted Chiang étudie toutes ces thématiques sous de nombreux aspects, posant la question de la reconnaissance des digimos, de leur éventuelle marchandisation, de leur libre-arbitre et de maintes autres perspectives toujours abordées en confrontant le pour et le contre à travers les propriétaires humains des digimos (notamment Ana et Derek, que l’on suit sur toutes ces années), forcément amenés à se poser ces questions devant le développement de plus en plus avancé des créatures virtuelles (notamment Jax, le digimo d’Ana, et Marco et Polo, les digimos de Derek, tous ces personnages donnant un fil directeur au récit et un point d’accroche “incarné” au lecteur) qui finissent d’ailleurs par ne pas être seulement virtuelles puisqu’elles ont la possibilité de se télécharger dans un petit robot bien réel, pour encore plus d’interactions bien réelles elles aussi.

Passionnant de bout en bout, intelligemment brillant (ou brillamment intelligent), et finalement très subtil, ce texte est un petite merveille qui a le bon goût d’éviter de chausser les gros sabots classiques de la SF dès qu’on parle d’IA.

 

  • La nurse automatique brevetée de Dacey

On retrouve ici un peu de steampunk ici avec l’invention du mathématicien Reginald Dacey : une nourrice mécanique. Fatigué de voir l’humeur changeante de son fils, avec pour conséquence les méthodes changeantes de sa nourrice (une nourrice trop indulgente amène des comportements déplaisants de l’enfant, ce qui énerve la nourrice qui punit l’enfant. L’enfant pleure, la nourrice regrette et fait donc preuve d’indulgence, etc… Le cycle se répétant à l’infini, voire s’auto-alimentant, le mathématicien y voit là un système instable auquel il faut remédier), il décide d’inventer une nourrice mécanique qui “élèverait” les enfants de manière totalement rationnelle. Une invention qui ne convaincra guère mais qui renaîtra quelques années plus tard, lors de l’étude du cas d’un enfant ne répondant pas aux stimuli des personnes qui le côtoient.

Récit à chute, “La nurse automatique brevetée de Dacey”, s’il ne convainc pas totalement, est en creux une critique des vieilles méthodes d’éducation et insiste sur l’importance de l’humain, aussi irrationnel qu’il puisse être, pour le bon développement de son prochain et que c’est cette irrationalité qui fait notre humanité.

 

  • La vérité du fait, la vérité de l’émotion

Ici, au travers de son texte, Ted Chiang étudie l’impact de la technologie conduisant à un changement de paradigme au sein de la société, et ce de deux manières. Une manière futuriste avec l’arrivée, à la façon de ce qu’avait déjà imaginé “Black Mirror” dans le troisième épisode de la première saison, d’un nouvel outil de recherche/assistant personnel virtuel permettant d’indexer tout ce qu’enregistrent les caméras personnelles (permettant de tenir des “lifelogs”, sorte de vlogs reprenant toutes les vidéos qui retracent la vie entière des utilisateurs) déjà largement implantées dans la population. Il est possible quasiment instantanément de retrouver un épisode de sa vie en le demandant à cet assistant personnel appelé Memori, ce qui conduit à de nombreuses interrogations sur l’utilisation qui en est faite, jusqu’à se demander si c’est un bienfait ou un préjudice exacerbant les mauvais côtés de l’humanité. Quid de l’oubli, du pardon, du temps même alors que la moindre dispute peut être retrouvée en moins d’une seconde ? Que devient la subjectivité intrinsèque à l’espèce humaine alors que cet assistant personnel retrouve tout de manière 100% objective ? Que deviennent les relations humaines sous l’égide de ce nouveau système ?

L’autre impact technologique est celui de l’arrivée de l’écriture, amenée par les colons européens au sein du peuple Tiv, et des dérives associées, allant jusqu’à un réel impact culturel dénaturant toute une tradition en modifiant rien de moins que le système de pensée.

Ces deux impacts sont mis en parallèle, le côté futuriste étant “humanisé” par l’histoire du journaliste-narrateur et sa relation avec sa fille, le côté Tiv l’étant par différents récits impliquant certains de ses habitants notamment Jijingi, jeune garçon qui apprend l’écriture pensant que cela aidera sa tribu auprès des Européens. Cette ligne narrative, qui a un petit côté Mike Resnick en mode “Kirinyaga”, ne manque pas de saveur, avec un petit côté “conte philosophique” qui intervient de manière judicieuse en entrecoupant le récit du journaliste. Tout cela est très finement analysé, en pesant le pour et le contre de ce qu’amène cette nouvelle technologie, pose de multiples questions éthiques et se lit avec aisance malgré un côté démonstratif très présent. Mais encore une fois, l’analyse est remarquable.

 

  • Le grand silence

Autre texte court (sept pages), il est ici question de l’humanité qui cherche à trouver des sources d’intelligence extraterrestre très éloignées, d’une certaine manière se confronter à l’altérité, alors qu’elle détruit inexorablement des sources d’intelligence qu’elle ne comprend pas et avec lesquelles elle n’a jamais cherché à communiquer sur sa propre planète (ici des perroquets). Joli texte très poétique issu d’un projet vidéo au départ, c’est l’occasion de lire quelque chose d’un peu moins analytique de la part de Ted Chiang.

 

  • Omphalos

Ici, c’est de Dieu dont il s’agit. Et d’une Terre et d’une humanité “alternative” dont la science se met en phase avec la religion (à moins que ce ne soit l’inverse). Toujours est-il qu’ici c’est le créationnisme qui prévaut (l’Histoire de l’humanité et du monde remonte à 8000 ans, pas plus), avec une subtile modification des découvertes scientifiques permettant à ce créationnisme d’être crédible, jusqu’à une encore plus subtile modification des lois physiques liées à cette origine “différente” de l’humanité et de l’univers.

Mais si tout cela n’était malgré tout pas la vérité ? Et si en fin de compte, l’humanité n’était pas la vraie raison de la création de l’univers ? Dans cette histoire alternative, tout en gardant une physique et une Histoire (avec une majuscule) différente, Ted Chiang s’amuse à déconstruire une doctrine qui ne parvient plus à être en phase avec les dernières découvertes scientifiques. C’est un texte qui d’une certaine manière fait prévaloir la science sur les croyances tout en s’interrogeant sur le besoin de croire et qui, ultimement, célèbre le fait de donner un sens à sa vie (le libre-arbitre, encore lui), de manière individuelle comme collective, tout en admirant les réussites de l’humanité et le besoin de comprendre son passé, son histoire.

 

  • L’angoisse est le vertige de la liberté

Deuxième plus long texte du recueil (84 pages), “L’angoisse est le vertige de la liberté” imagine une société légèrement futuriste dans laquelle sont disponibles des “prismes” qui reposent sur l’intrication quantique pour rendre disponibles des univers parallèles dont l’histoire diverge à partir du moment où le prisme est mis en service. Mieux : il est possible de communiquer avec ces univers parallèles. Chacun a donc la possibilité d’interroger son “parallêtre” pour, par exemple, connaître les conséquences d’une  décision délicate. Ecrit, audio ou vidéo, tout est possible, dans une certaine limite puisque ces prismes n’ont pas une quantité d’information illimitée à échanger, la vidéo consommant plus de données que l’écrit. Plus les prismes sont anciens, plus il est possible de remonter loin dans le passé pour voir ce que sont devenus les univers parallèles proposés, mais les anciens prismes avec encore un stock d’information échangeable sont évidemment rares, donc chers. L’information venant d’univers parallèles est donc devenue une ressource qui se monnaie, on en arrive donc à l’apparition de “courtiers en données”, ou bien de cybercafés mettant des prismes à disposition.

Pas forcément simple à appréhender en quelques lignes, tout cela est malgré tout véritablement vertigineux, les implications d’une telle découverte sont immenses et Ted Chiang, en bon analyste qu’il est, étudie ça dans les moindres détails. Le texte étant d’une longueur respectable, il se permet qui plus est d’y placer quelques personnages intéressants, avec un passé et/ou des choix qui posent question et qui ont façonné leur vie. Comment les prismes vont-ils influencer l’humanité ? Là encore, la notion de libre-arbitre est pregnante. Quel est la valeur du choix, de la décision, quand il est possible de vérifier les conséquences de nos actes ? Comment est-il possible de les justifier et même d’en tirer une valeur en fonction des choix de nos parallêtres dans plusieurs autres univers ? Comment réagir quand on estime avoir pris la mauvaise décision et que dans un autre univers son parallêtre se porte beaucoup mieux que soi ? Quel rapport face à la mort, la mort dans notre univers mais pas dans un univers parallèle, ou vice versa ? Et quels abus tout cela peut-il amener ?

Toutes ces questions peuvent paraître ici très abstraites ou obscures mais à la lecture du texte de Chiang, c’est un festival de questionnements divers et variés, éthiques, moraux, sociaux, sociétaux même. Remarquable de bout en bout, avec une superbe conclusion pleine d’humanité que n’aurait pas renié Ken Liu, ce texte est un nouveau sommet. Un de plus.

 

On tient donc là incontestablement un recueil de très haute tenue, avec seulement trois textes un peu moins convaincants (dont les deux plus courts de 4 et 7 pages…), les autres tenant tous plus ou moins de l’excellence, et qui personnellement m’a largement plus convaincu que son prédécesseur “La tour de Babylone” (dans lequel on trouvait aussi quelques textes vraiment remarquables mais en moindre nombre qu’ici), avec toujours autant d’analyses d’une finesse remarquable que Ted Chiang n’oublie pas d’humaniser. Et même si cela reste perfectible ici ou là quand la démonstration prend le pas sur le récit, c’est toujours intéressant à lire et stimulant intellectuellement. De la SF d’idées, que l’on peut peut-être situer presque à mi-chemin entre Greg Egan et Ken Liu, dans sa forme la plus remarquable.

 

Lire aussi les avis de Gromovar, Feyd-Rautha, Nicolas, Soleilvert.

 

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Vita Nostra, de Marina et Sergueï Diatchenko, Prix Planète-SF 2020 https://www.lorhkan.com/2020/10/09/vita-nostra-de-marina-et-serguei-diatchenko-prix-planete-sf-2020/ https://www.lorhkan.com/2020/10/09/vita-nostra-de-marina-et-serguei-diatchenko-prix-planete-sf-2020/#comments Fri, 09 Oct 2020 07:44:01 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12570 Il y a quelques jours déjà a été annoncé le lauréat de l’édition 2020 du Prix Planète-SF, et ce sont Marina et Sergueï Diatchenko, avec leur roman “Vita Nostra”, qui sont sortis vainqueur au terme d’une âpre lutte au sein du jury. Genre ça (vous remarquerez que Gromovar compte les...

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Il y a quelques jours déjà a été annoncé le lauréat de l’édition 2020 du Prix Planète-SF, et ce sont Marina et Sergueï Diatchenko, avec leur roman “Vita Nostra”, qui sont sortis vainqueur au terme d’une âpre lutte au sein du jury. Genre ça (vous remarquerez que Gromovar compte les points, imperturbable) :

Et finalement est venu l’argument imparable, qui a mis tout le monde KO. Genre ça :

Mais quand on y pense, vu la qualité de la shortlist, il est logique que le choix ait été difficile tant tous les sélectionnés méritaient une récompense. Gloire à Marina et Sergueï Diatchenko donc, gloire à leur éditeur L’Atalante, et gloire à leur traducteur Denis Savine pour nous avoir offert un tel roman (dont ma critique tarde à venir, mais oui je l’ai lu ! 😀 ), incontestable incontournable qui rafle tous les prix cette année.

Et pour parfaire cet article, un lien vers le communiqué du jury.

 

 

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Gravité à la manque, de George Alec Effinger https://www.lorhkan.com/2020/10/05/gravite-a-la-manque-de-george-alec-effinger/ https://www.lorhkan.com/2020/10/05/gravite-a-la-manque-de-george-alec-effinger/#comments Mon, 05 Oct 2020 06:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12558 Etant actuellement dans une sorte de revival cyberpunk, à l’aube de la sortie du très attendu jeu vidéo “Cyberpunk 2077”, je reviens sur certains classiques du genre. Au moment même de la ressortie du “Neuromancien” de William Gibson dans une nouvelle traduction, je me suis replongé dans un des classiques...

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Etant actuellement dans une sorte de revival cyberpunk, à l’aube de la sortie du très attendu jeu vidéo “Cyberpunk 2077”, je reviens sur certains classiques du genre. Au moment même de la ressortie du “Neuromancien” de William Gibson dans une nouvelle traduction, je me suis replongé dans un des classiques du genre, que j’avais beaucoup apprécié à l’adolescence. Mais ces “vieux” classiques, dans un genre par ailleurs très marqué par son époque, résistent-ils à l’épreuve du temps ?

 

Quatrième de couverture :

Dans le monde exotique et décadent du Boudayin, il faut être prêt aux rencontres les plus inattendues. On y croise aussi bien des avatars de James Bond (sorucil arqué, gin et Walther PPK) que des Levantins adipeux, des disciples enturbannés de Jack l’Éventreur, des Sœurs Veuves noires (cuir et couteau), ou un «parrain» bicentenaire. Il faut dire que dans ce Moyen-Orient du XXIIe siècle, il suffit de s’enficher dans le crâne un module mimétique pour changer de personnalité. Mais pour Marîd Audran, synthèse islamique de Philip Marlowe et Nero Wolfe, comme pour tous les autres protagonistes de cet additif aux Mille et Une Nuits, le monde a beau se déglinguer, le rite du café à la cardamome ou le ramadân, ça reste sacré.
Et c’est ainsi qu’Allah est grand.

 

Cyberpunk au bled

“Gravité à la manque” figure à peu près dans chaque liste relevant les classiques du genre cyberpunk. Ça n’a rien d’illogique puisqu’il en reprend les codes, du moins un certain nombre d’entre eux. Mais pas tous. Car si on associe volontiers à ce genre les villes tentaculaires et surpeuplées, la mainmise des méga-corporations sur les aspects politiques, sociaux et économiques des états (qui, pour la plupart, n’en sont plus vraiment) ou bien un “cyberworld” informatique, il n’y a pas de ça ici. En revanche, on y retrouve les quartiers (ou plutôt le quartier, puisque le roman ne quitte que très rarement le Boudayin, sorte de “quartier des plaisirs” dans une ville moyen-orientale jamais explicitement nommée) un peu mal famés où celui qui y met les pieds, s’il n’en connaît pas les codes et les dangers, n’est pas sûr d’en ressortir autrement que les deux pieds devant, mais aussi les implants cybernétiques dans le cerveau (avec des “papies” (périphériques d’apprentissage intégré électroniques), implants permettant de se doter de capacités particulières (comme maîtriser une langue étrangère) et des “mamies” (modules d’aptitude mimétique) qui, eux, ont la faculté de faire endosser à leur utilisateur la personnalité qui est enregistrée dans l’implant, comme une star du porno ou bien James Bond).

Mais plus que du cyberpunk, qui fait plutôt office au départ de décorum “exotisé” par une situation géographique assez rarement utilisée en SF (surtout dans les années 80 puisque le roman est paru en 1986), lui donnant une touche tout à fait délicieuse (avec tout de même un worldbuilding réduit mais bien présent, notamment une balkanisation des USA et de la Russie menant à l’apparition d’une multitude de minis états) avec une place majeure réservée à l’Islam et au Coran (avec ramadan, keffiehs, djellabas, muezzins et appels réguliers à la prière, etc…), le roman doit avant tout au genre du roman noir, notamment avec son personnage principal, Marîd Audran, détective privé qui doit tout ou presque à Philip Marlowe ou Sam Spade. Un brin cynique et désabusé, il a toutefois sa ligne de conduite, lui qui n’est ni pratiquant ni “câblé” et qui s’estime indépendant (et fier de l’être) des puissants qui régissent aussi bien le Boudayin que la ville entière.

Là dessus viennent se greffer crimes sanglants, manipulations politiques, flics pas forcément très intègres et une sorte de mafia qui régit tout le quartier. Marîd Audran va devoir naviguer en eaux troubles pour mettre fins aux crimes d’un (ou plusieurs ?) tueurs, quitte pour cela à oublier ses principes, à moins qu’il n’en ait pas vraiment le choix… Et même si l’aspect cyberpunk du récit semble n’être au départ qu’un décor supplémentaire à un “simple” roman noir, sa présence est malgré tout au coeur du récit, puisqu’avec les papies, les mamies, les drogues et les divers changements de sexe de nombreux personnages qui ne sont rien que de très normal, on nage en plein futurisme très eighties et ce sont les thèmes de l’identité et du choix de faire ce que l’on veut de son corps (et de sa vie de manière plus globale) qui surnagent.

“Gravité à la manque”, s’il prend un peu son temps au début pour mieux imprégner le lecteur de l’ambiance si particulière du Boudayin, se révèle très rythmé, avec un ton lui aussi très “roman noir” qui lui donne un incontestable cachet (lié aussi à cette atmosphère musulmane faite de multiples formules de politesse, de religion plus ou moins suivie, et d’une population cosmopolite qui ne fait que rendre le tout encore plus surprenant), et le roman défile pour le plus grand plaisir du lecteur. Il faut dire que Marîd Audran se révèle un personnage tout à fait attachant, loin d’être un “super détective”. Mais même s’il subit beaucoup, doit un peu au hasard, consomme des drogues à tout va, il tire malgré tout son épingle du jeu en ayant quelques intuitions salvatrices. La galerie de personnages qui l’entoure, si elle est bien sûr moins développée, ne manque pas non plus d’attraits, entre prostituées amicales et “sexchangistes”, tenancier(e)s de bars et conducteur de taxi constamment stone pour cause d’implant distributeur de drogue, c’est haut en couleurs ! On peut quand même regretter que la plupart des femmes du récit sont des prostituées. Des femmes de pouvoir, il n’y en a pas ici (même si certaines d’entre elles ne manquent pas de poigne)…

Court, rythmé, avec un ton noir parfaitement maîtrisé par George Alec Effinger, et une ambiance musulmane inimitable, “Gravité à la manque” est un pur plaisir cyberpunk décalé. Et sitôt lue la conclusion douce-amère (quoique plutôt amère pour Marîd Audran…), on n’a qu’une envie, c’est de replonger dans le Boudayin avec le roman suivant, “Privé de désert”.

 

Lire aussi l’avis de Stéphanie Chaptal, Homéostasie.

 

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Les agents de Dreamland, de Caitlín R. Kiernan https://www.lorhkan.com/2020/09/28/les-agents-de-dreamland-de-caitlin-r-kiernan/ https://www.lorhkan.com/2020/09/28/les-agents-de-dreamland-de-caitlin-r-kiernan/#comments Mon, 28 Sep 2020 06:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12537 “Une Heure-Lumière” à nouveau, avec une des dernières sorties en date, “Les agents de Dreamland” de Caitlín R. Kiernan. Il va falloir être fort pour passer après l’exceptionnel “Vigilance” de Robert Jackson Bennett. Mais avec un récit lovecraftien, tout est possible, même l’indicible…   Quatrième de couverture : Winslow, Arizona....

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“Une Heure-Lumière” à nouveau, avec une des dernières sorties en date, “Les agents de Dreamland” de Caitlín R. Kiernan. Il va falloir être fort pour passer après l’exceptionnel “Vigilance” de Robert Jackson Bennett. Mais avec un récit lovecraftien, tout est possible, même l’indicible…

 

Quatrième de couverture :

Winslow, Arizona. Deux agences du renseignement y ont dépêché leur meilleur élément. Il y a le Signaleur, un homme désabusé, brûlé aux secrets défense d’un nombre d’administrations qu’il ne peut même plus compter. Et il y a Immacolata Sexton, un mythe vivant, une femme à la réputation proprement terrifiante — si elle n’était pas humaine, le Signaleur n’en serait pas plus étonné que cela… Leur mission ? Enquêter sur une secte dont on vient de retrouver les membres à l’état de cadavres horriblement mutilés au cœur du désert. Une femme en a réchappé. Persuadée d’être investie d’une mission sacrée, elle représente peut-être une bombe à retardement pour l’humanité toute entière… Car dans les tréfonds ténébreux du Système solaire, la sonde New Horizons s’approche de Pluton. Or, nul ne sait ce qu’elle va vraiment trouver aux abords de la planète naine…

« Peut-être la meilleure autrice de weird de sa génération. » Ann et Jeff VanderMeer

“Les Agents de Dreamland” a été nommé aux prix Bram Stoker 2017 et Locus 2018

 

What do Yuggoth ?

Moonlight Ranch, Californie, début juillet 2015. Un massacre. Une horreur. Innommable. Indicible. Sans doute pas tout à fait humaine. Quelque chose s’est passé, il faut le comprendre et vite, avant que cela ne devienne une potentielle menace incontrôlable à plus grande échelle.

On fait donc la connaissance de deux agents issus de services de renseignement, le Signaleur d’un côté (Américain, un peu revenu de tout), Immacolata Sexton de l’autre (Britannique, humaine mais rien n’est moins sûr), qui vont devoir collaborer pour tenter de comprendre ce qui s’est passé dans ce ranch perdu au fin fond de nulle part, et dans lequel l’horreur a été découverte.

Caitlín R. Kiernan mêle dans son récit fiction et faits réels (la sonde New Horizons qui a survolé Yuggoth Pluton ce même mois de juillet 2015, subissant même un étrange problème technique au tout début du mois…), avec une pointe d’histoire secrète pour brouiller les pistes et donner par la même occasion une sorte de “validation historique” à ce qu’a écrit H.P. Lovecraft dans l’un de ses textes (que je nommerai pas mais dont les indices sont suffisamment gros pour que l’amateur de Lovecraft le découvre rapidement (j’ai d’ailleurs déjà plus ou moins vendu la mèche…), sans que cela ne soit un handicap pour ceux qui ne connaîtraient pas l’oeuvre de l’écrivain de Providence) dont “Les agents de Dreamland” n’est rien de moins qu’une suite. Un projet intéressant, d’autant qu’il est bien mené, particulièrement narrativement, avec une déconstruction chronologique qui ménage un certain suspense sans que celui-ci ne soit nécessairement le moteur du récit. Car en effet, Caitlín R. Kiernan n’hésite pas à donner au lecteur, à travers des “visions” (appelons ça comme ça à défaut d’avoir de plus amples renseignements sur le pourquoi du comment, ce qui est bien dommage d’ailleurs et ressemble furieusement à une certaine facilité narrative sur ce point précis…) d’Immacolata Sexton, ce qui ressemble au fin mot de l’histoire. Ou de l’Histoire. Car il y a bien l’Histoire, globale, celle de l’humanité, et l’histoire, celle de ce qui s’est passé dans le Moonlight Ranch, de Chloé qui y a (sur)vécu, et des deux agents.

Parsemé de références que les spécialistes se feront un plaisir de débusquer, “Les agents de Dreamland” est donc un texte malin et sombre à la fois, déconstruit chronologiquement sans que cela ne pose le moindre problème de compréhension (même si ce procédé me fait toujours m’interroger sur sa réelle utilité) et qui se lit avec un intérêt que je qualifierai de… mesuré, malheureusement. Non, je ne me suis à aucun moment ennuyé mais le manque d’enjeux m’a empêché d’être embarqué dans le récit, la faute à une inéluctabilité qui joue contre lui. Car tout est joué, et les personnages de Caitlín R. Kiernan ne font que se débattre dans quelque chose qui est perdu d’avance, ce que le texte ne manque d’ailleurs pas de souligner bien avant sa conclusion. Certes, dans les récits de Lovecraft, c’est un peu la même chose, mais ce cosmicisme lovecraftien, dans lequel l’humanité n’est que peu de choses au sein d’un univers bien plus vaste n’apparaît que peu, ou en tout cas pas suffisamment ici pour provoquer effroi (hormis une scène d’interrogatoire) ou sense of wonder, d’autant que les personnages ne sont finalement pas acteurs de grand chose mais plutôt spectateurs de ce qui se passe (et de ce qui adviendra) pour le montrer au lecteur. Dommage alors qu’il y avait un vrai potentiel, et que du côté de la “continuation” d’un récit lovecraftien, “Les agents de Dreamland” fait malgré tout bonne figure, grâce entre autres à la très bonne traduction de Mélanie Fazi. Absolument pas mauvais, ni même désagréable en fait, loin de là, simplement en demi-teinte.

 

Lire aussi les avis de Gromovar, Feyd Rautha, Artemus Dada, Célindanaé.

Critique écrite dans le cadre du challenge “Le Projet Maki” de Yogo.

 

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Vigilance, de Robert Jackson Bennett https://www.lorhkan.com/2020/09/22/vigilance-de-robert-jackson-bennett/ https://www.lorhkan.com/2020/09/22/vigilance-de-robert-jackson-bennett/#comments Tue, 22 Sep 2020 06:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12530 Bon, ce n’est pas tout ça, mais j’ai une nouvelle fois laissé la collection “Une heure-lumière” me distancer. Mais avec cette collection, refaire son retard est un bonheur. Même si dans le cas de la novella ici présente de Robert Jackson Bennett, “Vigilance”, utiliser le mot bonheur n’est pas des...

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Bon, ce n’est pas tout ça, mais j’ai une nouvelle fois laissé la collection “Une heure-lumière” me distancer. Mais avec cette collection, refaire son retard est un bonheur. Même si dans le cas de la novella ici présente de Robert Jackson Bennett, “Vigilance”, utiliser le mot bonheur n’est pas des plus adapté. Non pas en raison de la qualité du récit, bien au contraire, mais parce que vu le propos, il est difficile de parler de bonheur…

 

Quatrième de couverture :

Trois tireurs armés jusqu’aux dents lâchés dans un « environnement » public aléatoire délimité. Un but : abattre le plus de personnes possible. Une promesse : un énorme paquet de fric pour celui qui quitte les lieux indemne. Si l’une des « cibles » met hors d’état de nuire l’un des tireurs et survit, une part du pactole lui échoit. Des règles simplissimes, et des dizaines de drones qui filment le tout pour le plus grand bonheur de millions de spectateurs hystérisés, d’annonceurs aux anges et de John McDean, producteur et chef d’orchestre de Vigilance, le show TV qui a résolu le problème des tueries de masses aux États-Unis…

« Si l’Amérique ne fabrique plus grand-chose, elle produit à coup sûr quantité d’enfants morts : abattus à l’école, chez eux, sur les terrains de jeux ; abattus par des flics, par eux-mêmes, par leurs parents, par d’autres enfants… Des tas et des tas de petits corps angéliques, tous perforés par des balles, tous immobiles, froids, parfaits.  »

Un récit effarant, corrosif et brutal. L’autopsie littéraire d’une american way of life aussi éculée que mortifère.

« Lucide et débordant d’une colère sauvage, voici un livre que vous n’oublierez pas de sitôt. » NPR

 

Quand Robert Jackson Bennett sort l’artillerie lourde…

Futur proche. Les Etats-Unis sont en phase d’écroulement. La Chine a pris la tête de l’économie mondiale, l’Amérique s’avérant incapable de garder une jeunesse qui l’a fuit en masse pour des cieux plus cléments (et économiquement plus avantageux), une Amérique dévastée au sud par des incendies à répétition et plus au nord par des ouragans réguliers. Le pays vieillissant, constamment gouverné par des politiciens usant de la peur (de l’autre, de l’infiltré, de l’étranger), ne tient pour ainsi dire que grâce à deux choses : son Deuxième Amendement (autorisant chaque citoyen à posséder une arme) et les divertissements abrutissants proposée par une télévision qui ne recule plus devant rien pour faire de l’audience et satisfaire son public-cible (essentiellement blanc, celui qui détient l’argent), à coup de falsifications et de fake-news.

C’est dans ce contexte que certaines personnes sans scrupules ont flairé un bon coup. Car en 2026, une tuerie de masse dans une école (la 514ème…) streamée sur les réseaux sociaux depuis l’intérieur, a attiré d’innombrables spectateurs.Et eux d’habitude si prompts à passer d’une chose à l’autre là où l’information (ou la désinformation…) n’a qu’une durée de vie très limitée, sont restés collés à leur écran durant des heures, tandis que les publicités visibles automatiquement au même moment ont vu leur impact décuplé, leurs ventes exploser ! Et là, c’est le déclic : y aurait-il un moyen de reproduire cela, de manière plus “contrôlée” et bénéficier des mêmes effets ? Oui, “Vigilance” est né.

“Vigilance” est un programme télévisé qui envoie trois tireurs (dépressifs et/ou instables psychologiquement) armés jusqu’aux dents dans un lieu public clôt (en tout cas isolé de l’extérieur par la production du “spectacle” et à l’insu des citoyens passant par là) comme une gare ou un centre commercial, avec à la clé quelques millions de dollars pour celui des trois qui parviendrait à s’en sortir (et un million de dollar à sa famille s’il échoue). Mais aussi quelques millions de dollars pour le citoyen qui parviendrait à éliminer l’un des tireurs. Le nom de l’émission ne doit donc rien au hasard, car il s’agit bien de montrer aux citoyens américains à quel point il est important d’être vigilant. Vigilant au cas où l’émission démarre là où ils se trouvent (car elle débarque toujours sans prévenir), mais surtout de manière plus globale vigilant envers l’ennemi, l’insidieux, celui qui tente d’envahir le pays, l’étranger, le migrant, le dangereux. Être vigilant signifiant bien évidemment être armé. Avec une classe politique qui en a fait son maître-mot depuis des dizaines d’années, jouant sans cesse sur la peur, ce crédo, allié au Deuxième Amendement, a fini par devenir quelque chose de normal, ce sur quoi joue l’émission “Vigilance” dans laquelle les commentateurs ne cessent de déplorer, sur un ton faussement ému que telle ou telle victime des tireurs n’a pas été suffisamment vigilante.

Le cynisme de cette émission pousse le vice jusqu’à manipuler tout ce qui est nécessaire pour satisfaire son public-cible, depuis la création de la présentatrice idéale et de ses interventions orales par une intelligence artificielle (idem pour les commentateurs de l’émission) jusqu’à la manipulation outrancière des réseaux sociaux, en passant par une sorte de deepfake en temps réel permettant de masquer/transformer en direct l’identité d’une citoyenne qui a réussi à se défendre contre un tireur, une Asiatique immigrée devenant ainsi, pour ne pas choquer le public-cible (ou plutôt marché-cible…), une américaine d’origine irlandaise bien blanche. Tout est donc calculé, mesuré, soupesé,  optimisé, maximisé sans jamais que le côté humain n’intervienne autrement que par ce que ce marché-cible pourrait rapporter à la chaîne et aux annonceurs.

Robert Jackson Bennett, en écrivant “Vigilance”, n’a pas pris de gants. Le cynisme de cette émission (et de la société américaine dans son ensemble) est total, la noirceur et l’horreur s’accumulent, notamment quand l’émission débute (après des slogans qu’on imagine dits avec une grosse voix sur une grosse musique angoissante, pas si loin de ce que nous connaissons déjà…) et que les premières victimes tombent, sans distinction d’âge ou de genre, hommes, femmes et enfants donc. Mais après tout, les commentateurs ne manqueront pas de souligner que c’est de leur faute : ils n’étaient pas assez vigilants…

Alors oui, le texte choque. C’est violent, c’est cynique, c’est terrible, c’est glaçant. Mais c’est notre société, avec les curseurs poussés à fond. Un peu comme ce que fait Jean Baret de notre côté de l’Atlantique, mais en visant directement un pays, un peuple et ses dérives. Et sans le côté outrancier et drôle voire loufoque de l’auteur français, qui permet de souffler un peu. Il n’y a pas d’humour ici. La société américaine n’est pas drôle. Elle ne l’est pas pour les personnes de couleur, elle ne l’est pas pour les pauvres. Elle ne l’est pas aujourd’hui, elle ne le sera pas demain puisqu’elle sera encore pire. Tel est l’avertissement lancé par Robert Jackson Bennett dans un texte qu’il est difficile de ne pas dévorer d’une traite, à bout de souffle et complètement ahuri par ce que l’auteur nous donne à lire.

Les seuls bémols que je pourrais trouver à “Vigilance” seraient une justification de l’acceptation d’une telle émission de télévision (par les autorités d’une part et par le public d’autre part) un peu poussée à l’extrême, jouant avec la suspension d’incrédulité du lecteur (mais être Américain permettrait peut-être d’accepter ça plus facilement), et un dernier mouvement du texte, basé sur une IA révolutionnaire, qui tient un peu de la magie alors que jusqu’ici le côté technologique était certes assez poussé mais plutôt simple à imaginer en extrapolant sur ce qui est déjà aujourd’hui à notre disposition.

Rien de bien méchant ceci dit, tant tout le reste est d’une maîtrise et d’une nervosité folles. Le message de Robert Jackson Bennett est un véritable direct au visage, on en ressort sonné, avec la conviction (s’il en était besoin), que le véritable ennemi des Américains, ce sont bien les Américains eux-même. L’actualité récente nous le montre parfaitement, et résonne de manière terrible avec ce texte. Rendez-vous en novembre prochain pour un peu d’espoir. Ou pas…

Texte époustouflant donc, glaçant comme rarement, “Vigilance” vient sans contestation possible se placer là-haut tout là-haut, dans les hautes sphères des plus grands textes de la collection “Une heure-lumière”. Oui, c’est un peu rengaine de dire ça, mais croyez-moi, celui-ci n’est pas près de descendre de son piédestal. In-dis-pen-sable !

 

Lire aussi les avis de Gromovar, Feyd Rautha, Yogo, Artemus Dada, Anne-Laure.

Critique écrite dans le cadre du challenge “Le Projet Maki” de Yogo.

 

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Trop semblable à l’éclair, Terra Ignota tome 1, de Ada Palmer https://www.lorhkan.com/2020/09/10/trop-semblable-a-leclair-terra-ignota-tome-1-de-ada-palmer/ https://www.lorhkan.com/2020/09/10/trop-semblable-a-leclair-terra-ignota-tome-1-de-ada-palmer/#comments Thu, 10 Sep 2020 06:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12394 Allez, je me lance. J’ai longtemps repoussé la lecture de ce roman acheté et dédicacé aux dernières Utopiales, préférant attendre l’arrivée du deuxième volume, définit sur la quatrième de couverture comme étant “indissociable” de celui-ci. Mais ça y est, je m’y suis mis, la chronique de cet intimidant roman encensé...

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Allez, je me lance. J’ai longtemps repoussé la lecture de ce roman acheté et dédicacé aux dernières Utopiales, préférant attendre l’arrivée du deuxième volume, définit sur la quatrième de couverture comme étant “indissociable” de celui-ci. Mais ça y est, je m’y suis mis, la chronique de cet intimidant roman encensé par des nombreux lecteurs mais réputé comme clivant en est la preuve.

 

Quatrième de couverture :

Année 2454. Trois siècles après des évènements meurtriers ayant remodelé la société, les concepts d’État-nation et de religion organisée ont disparu. Dix milliards d’êtres humains se répartissent ainsi par affinités, au sein de sept Ruches aux ambitions distinctes. Paix, loisirs, prospérité et abondance définissent ce XXVe siècle radieux aux atours d’utopie. Qui repose toutefois sur un équilibre fragile. Et Mycroft Canner le sait mieux que personne… Coupable de crimes atroces, condamné à une servitude perpétuelle mais confident des puissants, il lui faut enquêter sur le vol d’un document crucial : la liste des dix principaux influenceurs mondiaux, dont la publication annuelle ajuste les rapports de force entre les Ruches. Surtout, Mycroft protège un secret propre à tout ébranler : un garçonnet aux pouvoirs uniques, quasi divins. Or, dans un monde ayant banni l’idée même de Dieu, comment accepter la survenue d’un miracle ?

Diplômée de Harvard, Ada Palmer enseigne au département d’histoire de l’université de Chicago. “Trop semblable à l’éclair” a été salué par le prix Compton Crook et a valu à son autrice le prestigieux John W. Campbell Award. Considéré d’emblée comme un livre majeur outre-Atlantique, il forme avec “Sept redditions”, sa suite indissociable, le premier versant de “Terra Ignota”, l’un des projets littéraires les plus ambitieux que la science-fiction moderne ait produit, quelque part entre “Dune” et “Hypérion”, entre philosophie des Lumières et sidération radicale.

 

Ada Palmer convoque Voltaire et Diderot au 25e siècle

Comment aborder un tel pavé de 650 pages, précédé d’une telle aura et, soyons honnête, rempli d’intelligence et d’ambition ? La réponse est : je ne sais pas car je me sens bien petit face à ce roman…

Je pourrais parler de la Philosophie des Lumières tant le roman fait à de nombreuses reprises référence explicitement à Voltaire, Diderot, Rousseau ou Sade en n’hésitant à aucun moment à briser le quatrième mur (un concept, tiens donc, formulé pour la première fois par… Diderot, et ce n’est pas un hasard car il n’y a PAS de hasard dans un roman signé Ada Palmer😉 ) puisque le narrateur s’adresse au lecteur et ce dernier s’adressant parfois au narrateur en retour (!!), mais je n’en ai pas les connaissances nécessaires.

Je pourrais parler du monde inventé par l’autrice qui est une projection du nôtre en l’an 2454, avec de nombreux changements sociétaux assez radicaux qui rendent la société de cette époque à la fois familière et radicalement différente, telle que la disparition de la cellule familiale “nucléaire” (cette cellule familiale, appelée “bash”, n’est plus dépendante des liens du sang et peut contenir plusieurs couples de tous types élevant leurs enfants en commun, tout ce petit monde étant lié autant par les sentiments que par simple affinité intellectuelle) tout autant que celle des nations (dorénavant ce sont les “ruches” qui font le monde, leur fonctionnement étant assez semblable à celle des bash, mais sur un monde plus global. Il y a sept ruches mais un citoyen peut fort bien décider de n’appartenir à aucune d’entre elles), l’importance du système de transport par voitures volantes qui semble être un des piliers les plus importants de cette société qui permet à tout un chacun d’aller en n’importe quel point du globe en deux petites heures, un système judiciaire radicalement inédit mais reposant sur des concepts très anciens, des enfants qu’on élève pour qu’ils deviennent peu ou prou des mentats ordinateurs humains,  la notion de genre qui est devenue tabou, etc… Soyez prévenus : je ne fais qu’effleurer les nombreux concepts du roman, il y a encore plein de choses à découvrir, rendant le contexte du récit absolument unique, extrêmement réfléchi et très solide. Fascinant. Mais tout cela ne fait pas un roman.

Je pourrais donc aussi vous parler de l’intrigue du récit. Mais il n’y en a pas. Mais elle est très clairement au second plan puisque “Trop semblable à l’éclair”, disons-le tout net, est une introduction. De 650 pages. Ouais. Mais une belle introduction hein, tout y est : le monde, l’intrigue (qui ne fait donc que démarrer en n’évoluant guère dans ce premier volume, tout commençant par le vol d’une liste de célébrités avant sa publication officielle, le type de liste à même de faire basculer l’équilibre du monde, rien que ça, alors que d’autre part on découvre le personnage de Bridger, jeune enfant qui semble doté de “pouvoirs” ce qui, potentiellement, est un gros problème dans une société qui a totalement proscrit la religion), les personnages. A la fin du roman, le lecteur est paré, prêt à enclencher la seconde. Mais il faut avaler ce premier tome qui n’est certes pas un pensum mais peut-être pas tout à fait un roman non plus… J’exagère sans doute, d’autant que les deux premiers volumes de la série d’Ada Palmer (“Trop semblable à l’éclair” donc et sa suite “Sept redditions”) ne sont en fait qu’un seul et vaste roman, coupé en deux pour d’évidentes raisons éditoriales. Tout s’explique et voilà pourquoi la quatrième de couverture nous dit que “Sept redditions” est la “suite indissociable” du texte ici présent.

Je pourrais aussi vous parler des personnages, nombreux et très… particuliers. Tous liés, tous plus ou moins issus de la classe dirigeante (sauf, et c’est tant mieux tant l’absence des “petites gens” est regrettable au sens où la société est extrêmement décrite mais la vie quotidienne des citoyens de ce monde passe malheureusement totalement à l’as, le mystérieux narrateur, Mycroft Canner, coupable d’horribles crimes et puni comme il se doit dans ce monde si spécifique, mais très intégré au cercle des puissants pour une raison qui n’apparaît pas dans ce premier tome), tous hauts en couleurs pour différentes raisons (chacun ayant évidemment leur propre agenda, avec un impact sur l’intrigue du roman et l’orientation du monde), et finalement très “théâtraux” d’une certaine manière. D’ailleurs, certains passages du roman se font en mode théâtre, et ce n’est pas un hasard car il n’y a PAS de hasard dans un roman signé Ada Palmer. Oui je l’ai déjà dit. Et ça non plus ce n’est pas un hasard… 😀

Et donc voilà. “Trop semblable à l’éclair” est impressionnant. Fascinant. Intimidant. Complexe (il faut accepter de ne pas tout comprendre tout de suite). Époustouflant. Intelligent. Stimulant. Philosophique. Extrêmement riche. Enthousiasmant parfois. Parfois un peu moins. Un peu chiant aussi avec son intrigue qui se traîne désespérément. Mais il force le respect, quoi qu’on en pense au final.

En fait je crois que je suis plus admiratif et impressionné par ce qu’a imaginé Ada Palmer plutôt que réellement enthousiasmé et captivé par ce que j’ai lu. La faute sans doute à un roman qui n’est qu’une entrée en matière et qui, à ce titre, n’apporte aucune réponse aux questions qu’il ne manque pas de poser. “Trop semblable à l’éclair” est sans doute extrêmement intelligent et redoutablement construit, mais ces qualités risquent bien de n’apparaître clairement qu’avec la lecture de “Sept redditions”, lecture sur laquelle je ne vais bien sûr pas manquer de me pencher. Cela peut objectivement être un vrai problème et provoquer un sentiment de lassitude ou d’exaspération à cause d’un goût à la fois de trop (de pages) et de trop peu (d’évolution de l’intrigue et de réponses). Mais je subodore que le meilleur est à venir… Et d’une certaine manière, mais là je m’avance un peu, il se pourrait que la série d’Ada Palmer fasse parti de celles dont le tout vaut mieux que la somme de leurs parties. On verra ça dans quelque temps…

 

Lire aussi les avis de Gromovar, Anudar, Feyd Rautha, Célindanaé, Lutin82, Yogo, Ombre Bones, Stéphanie Chaptal, L’Ours Inculte (éblouichiant, bravo, j’applaudis ! 😀 ), Lune, Anouchka, Cédric, Vert, Le Chroniqueur

 

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Retour à n’dau, de Kij Johnson – Hors-série 2020 “Une heure-lumière” https://www.lorhkan.com/2020/09/07/retour-a-ndau-de-kij-johnson-hors-serie-2020-une-heure-lumiere/ https://www.lorhkan.com/2020/09/07/retour-a-ndau-de-kij-johnson-hors-serie-2020-une-heure-lumiere/#comments Mon, 07 Sep 2020 06:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12514 Le désormais traditionnel hors-série estival de la collection “Une heure-lumière” du Bélial’ est arrivé. Toujours gratuit pour l’achat de deux livres de la dite collection, c’est une petite sucrerie qui ne se refuse pas. Au menu : quelques mots des traducteurs ayant officié sur une des novellas du catalogue, le...

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Le désormais traditionnel hors-série estival de la collection “Une heure-lumière” du Bélial’ est arrivé. Toujours gratuit pour l’achat de deux livres de la dite collection, c’est une petite sucrerie qui ne se refuse pas. Au menu : quelques mots des traducteurs ayant officié sur une des novellas du catalogue, le catalogue complet justement, et une novelette de Kij Johnson. En route !

 

Quatrième de couverture :

Une heure-lumière, c’est la distance que parcourt un photon dans le vide en 3600 secondes, soit plus d’un milliard de kilomètres…

C’est aussi le nom d’une collection réunissant à ce jour vingt-six titres, un espace éditorial inédit, unique, tant par le fond que par la forme, qui ambitionne de faire voyager vite et loin le lecteur.

Une collection qui, en l’espace de quelques années à peine, s’est bâti un statut de référence dans le paysage éditorial hyper-saturé des littératures de genre. Une heure-lumière célèbre les horizons nouveaux ; le Hors-série 2020, troisième du genre, célèbre Une heure-lumière. Avec entre autres un long récit inédit signé Kij Johnson, autrice, dans cette même collection, de l’époustouflant “Un pont sur la brume” salué par une kyrielle de prix, dont le Hugo, le Nebula et le Grand Prix de l’Imaginaire.

Une heure-lumière… sous une pluie d’étoiles !

 

Être là où on doit être : n’dau.

Il est particulièrement amusant/surprenant de lire “Retour à n’dau” peu après “La Marche du Levant” tant les deux textes ont des points communs sur le contexte astronomique. En effet, là ou “La Marche du Levant” mettait en scène une ville et tout un peuple qui avançait au même rythme que le soleil dans le ciel d’une Terre future, on a dans “Retour à n’dau” (novelette d’une quarantaine de pages) un peuple de nomades, pour lequel les chevaux sont des animaux extrêmement importants (difficile de ne pas penser aux habitants des steppes mongoles), qui s’efforce d’être à la bonne place, n’dau, là où le corps et l’ombre qu’il projette au sol ont la même taille. Un peuple qui bouge donc au gré du mouvement solaire, un mouvement particulièrement lent puisqu’une vie ne suffit pas à la planète (nommée Ping) pour faire un tour complet sur elle-même.

La façon qu’ont les habitants de la planète de voir les mouvements astronomiques est très original : ce ne sont pas eux qui se déplacent, mais la planète qui bouge sous leurs pieds, eux considérant qu’ils restent immobiles sous le soleil, idéalement à n’dau, là où est leur place.

Le sextant nous apprend où nous sommes par rapport au nord et au sud, et l’angle du soleil nous montre que nous sommes là où notre place se trouve, au centre des choses. Les fleuves, les collines, les lacs, les plaines : tout bouge sous nos pieds, mais nous et le soleil restons immobiles : n’dau.

C’est dans ce contexte que nous faisons connaissance avec Katia, jeune dresseuse-guérisseuse du clan Winden, soignant les chevaux et dressant une troupe de chiens rendant de nombreux services au clan entouré d’immenses steppes. Un clan qui s’est éloigné de n’dau, faisant une longue pause pour permettre à leurs chevaux de se repaître correctement et de les faire se reproduire pour en tirer un bon prix. Mais le voici attaqué par une troupe aux ordres d’un certain Empereur, qui cherche à soigner ses chevaux victimes d’une étrange et dévastatrice maladie…

Kij Johnson a déjà eu les honneurs de la collection “Une heure-lumière” avec l’excellent “Un pont sur la brume” (un texte issu du même recueil en VO que “Retour à n’dau”, recueil dont est également issu le très bon “Magie des renards” paru dans l’anthologie 2018 des Utopiales mais aussi “Mêlée” paru dans le numéro 3 de la revue Angle Mort et “Poneys” paru dans le numéro 7 de la même revue), et les éditions du Bélial’ semblent fort justement décidées à continuer de la mettre en avant. On leur en saura gré puisque “Retour à n’dau” est à nouveau une belle réussite de l’autrice américaine (parue en 2000 en VO, pas vraiment récente donc).

Kij Johnson met en effet ici en avant une belle héroïne féminine dotée d’une grande force de caractère, un combat pour la vie, avec une jolie conclusion en forme de radical changement d’orientation sans se poser de questions, qu’elles soient de genre, culturelles, ou hiérarchiques. On ajoutera à tout cela un monde joliment esquissé, avec une incontestable “Le Guin-touch” capable d’imaginer une société “autre” dans un texte empreint d’humanisme et d’une certaine sérénité paisible (avec de la douleur malgré tout, mais Katia ne réagit pas à la violence par la violence, même si elle ne manque pas d’y songer) alors que les évènements vécus par l’héroïne tiennent sans contexte du drame traumatisant. C’est beau, c’est touchant, c’est sensible, ça tient autant de la SF que de la fantasy, c’est très joliment traduit par Anne-Sylvie Homassel (signalons d’ailleurs au passage que, chose surprenante dans le petit monde de la traduction SFFF, Kij Johnson, sur ses six textes traduits en français, a vu défiler six traducteurs différents, cinq femmes et un homme…), c’est réussi. A quand le prochain texte de l’autrice ?

Pour être complet sur ce hors-série, en plus du petit mot d’Olivier Girard (le Big Boss) en tête de volume et du traditionnel catalogue en toute fin, signalons, car il s’agit plus que d’un petit bonus, la vingtaine de pages permettant aux différents traductrices et traducteurs de la collection de s’exprimer sur le format novella, notamment sur celles qu’elles ou ils ont eu l’occasion de traduire pour “Une heure-lumière” avec leurs éventuelles difficultés spécifiques, et puisque qu’un certain nombre de ces traductrices et traducteurs sont aussi des autrices et auteurs, quelle influence la traduction a eu sur leur travail de création fictionnelle. Très intéressant, et en peu de mots on apprend des choses intéressantes sur leur approche de ce type de texte.

Une belle friandise que ce hors-série donc, il serait dommage de ne pas en profiter tant que l’offre dure.

 

Critique écrite dans le cadre des challenges “Le Projet Maki” de Yogo et “Summer Star Wars épisode IX” de Lhisbei.

 

 

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La Marche du Levant, de Léafar Izen https://www.lorhkan.com/2020/09/04/la-marche-du-levant-de-leafar-izen/ https://www.lorhkan.com/2020/09/04/la-marche-du-levant-de-leafar-izen/#comments Fri, 04 Sep 2020 06:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12477 Comme à peu près toujours depuis le lancement de la collection, Albin Michel Imaginaire nous propose le roman d’un auteur quasiment inconnu en France, en tout cas en ce qui concerne les littératures de l’imaginaire (les seules exceptions en tant qu’auteurs ayant “un nom” en francophonie et publiés dans la...

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Comme à peu près toujours depuis le lancement de la collection, Albin Michel Imaginaire nous propose le roman d’un auteur quasiment inconnu en France, en tout cas en ce qui concerne les littératures de l’imaginaire (les seules exceptions en tant qu’auteurs ayant “un nom” en francophonie et publiés dans la collection étant Neal Stephenson et Franck Ferric). Léafar Izen arrive donc avec un roman mettant en scène une ville qui se déplace pour suivre la course du soleil dans le ciel. Un soleil très nettement ralenti puisque le jour dure 300 ans…

 

Quatrième de couverture :

Trois cents ans. C’est le temps que met la Terre pour tourner sur elle-même. Dans le ciel du Long Jour, le soleil se traîne et accable continents et océans, plongés tantôt dans une nuit de glace, tantôt dans un jour de feu. Contraints à un nomadisme lent, les peuples du Levant épousent l’aurore, les hordes du Couchant s’accrochent au crépuscule.

Récemment promue au rang de maître, l’assassine émérite Célérya accepte un enrôlement douteux dans le désert de l’est. Là, sans le vouloir, elle contribue à l’accomplissement d’une prophétie en laquelle elle n’a jamais cru.

Un domino vient de tomber ; les autres suivront-ils ?

 

A la poursuite de l’aube du Long Jour

Le contexte de ce roman est diablement intéressant, jugez plutôt. A une date indéterminée, le soleil est “ralenti” (du point de vue des habitants de notre planète, puisque astronomiquement c’est plutôt la rotation de la Terre qui est ralentie) pour une raison inconnue ce qui a pour conséquence de considérablement rallonger le durée d’une journée. En effet, un jour terrestre dure maintenant 300 ans, et il est fort justement appelé le Long Jour. Une journée plus longue qu’une année, ça peut sembler étrange mais ça existe déjà sur la planète Vénus, même si l’écart entre les deux durées n’est pas aussi important qu’ici. Toujours est-il que c’est astronomiquement possible. Avec une journée aussi longue, la planète, toujours soumise aux saisons de l’année, se retrouve donc avec des zones chauffées par le soleil durant de longues périodes (150 ans), ce qui finit par les rendre désertiques, tandis que les zones qui restent dans l’ombre durant la même période de temps deviennent glacées. La région habitable se situe donc près du terminateur, la bande faisant office de séparation entre l’ombre et la lumière du soleil, un territoire qui, forcément, se déplace avec lui. Et c’est là que se situe la ville d’Odessa, la capitale de la Marche Centrale, forcée pour survivre de constamment poursuivre l’aube pour ne pas se retrouver dans une zone désertique sans ressource. Et donc de se déplacer, de 300 pas chaque jour.

Premier hic, c’est quoi un jour ? Ben oui, un jour dure 300 ans et s’appelle le Long Jour, alors c’est quoi un jour (sans la majuscule) ? Bon, il semblerait que les habitants d’Odessa continuent d’utiliser la mesure du temps telle que nous la connaissons (avec des clepsydres pas très précises pour mesurer une heure, car “La Marche du Levant” revêt les atours d’un roman de fantasy relativement classique, donc la technologie n’est pas très avancée), et donc une journée dure vraisemblablement 24 heures. On pourrait se demander pourquoi garder ce principe de “jour” alors que ça n’a physiquement aucune signification sur cette Terre déréglée, mais soit. Par ailleurs, sur un pur plan physiologique, le roman, qui ne manque pourtant pas de dévoiler le fonctionnement de ce monde étrange au fil de la lecture, ne donne guère d’indications sur le rythme de vie des hommes et des femmes… Comment dorment-ils ? A quel moment ? Car oui, suivre le soleil éternellement, cela signifie ne jamais avoir de nuit. Et donc côté rythmes circadiens, ça doit être un peu nawak, puisque les périodes de 24 heures n’ont plus de sens physiquement. Et encore, je ne parle là que des êtres humains, mais on imagine que ça doit être la même chose pour les animaux qui eux n’ont pas de clepsydre (ni de nuit obscure donc) pour leur indiquer qu’il est l’heure de se coucher. Et les végétaux au fait ? Parce qu’il me semble que les végétaux ont aussi besoin de l’alternance jour-nuit pour correctement se développer. Et que dorer au soleil pendant 150 ans, ça doit être compliqué à encaisser pour une plante verte… Alors bien sûr, on peut imaginer que les formes de vie se sont adaptées à ce nouveau rythme solaire, mais de cela le lecteur n’aura aucune info (ou alors j’ai raté quelque chose), et puisque la vie humaine du roman ressemble ma foi très fort à la nôtre, on est en droit de se poser la question pour le reste des organismes terrestres…

Alors voilà, le contexte est très intéressant, mais peut-être un peu perfectible si on creuse un peu… Mais Léafar Izen a de la chance, je suis bon public et prêt à avaler quelques couleuvres s’il parvient à m’embarquer dans son récit. Et sur ce point, ça a fonctionné, même s’il faut bien avouer que l’originalité n’est pas son point fort. On a une voleuse/assassine, Célérya, revenant des terres glacées de l’ouest, qui est envoyée, accompagnée de son fidèle camarade Oroverne, un vieux guerrier du Nord, taciturne mais fiable et redoutable, à l’est par sa Guilde à la solde du pouvoir central. Elle y fera face à certaines déconvenues qui lui feront voir d’un autre oeil les jeux de pouvoirs auxquels elle a pourtant été entraînée à prendre part. S’en suit une sorte de quête personnelle qui la verra s’allier, autant par les circonstances que par réelle volonté, à un petit groupe de “rebelles” persuadés d’abriter en leur sein l’élue d’une prophétie. Cela passera par des manigances politiques, des guerres, des coups d’état, des joies, des peines, des sacrifices, la vie dans tout bon roman de fantasy en somme. Et tout se transforme ensuite en quête de tout un peuple pour… Mais ça, c’est au lecteur de le découvrir… 😉

Composé de trois parties (trois “Chants”), “La Marche du Levant” montre peut-être un peu trop sa structure de départ puisque le volumineux roman de presque 650 pages était prévu pour être une trilogie à part entière. Pour en arriver à un seul livre, il a donc fallu trancher. Il y a donc des ellipses, parfois assez vertigineuses, notamment dans la troisième partie qui couvre une période de temps nettement plus longue que les deux premières et qui lui donne des allures de “chroniques d’une longue marche”. Pas désagréable d’ailleurs, bien au contraire, j’aime assez ce style, mais sur un plan narratif, le roman est un peu déséquilibré.

Plus que son intrigue, c’est donc son contexte (même s’il n’est pas parfait comme on l’a vu) qui donne au texte son sel, avec une nécessité pour Odessa de planifier sur le long terme sa survie. Où doit-elle passer par rapport au obstacles naturels (montagnes, lacs, mers, etc…), comment doit-elle gérer ses ressources (des hommes font des plantations loin à l’ouest, là où étaient situées les glaces peu de temps auparavant, ces mêmes plantations étant récoltées des années plus tard au passage d’Odessa, voire sont transformées en charbon par ceux qui suivent la ville loin à l’est dans les zones désertiques là encore de nombreuses années après), etc… Sur un plan logistique, c’est très intéressant à imaginer.

Et puis il y a le jeu avec la prophétie. Une prophétie que Léafar Izen nous montre comme un truc fait un peu au hasard au départ, et dont l’accomplissement ne tient que parce qu’elle est déjà écrite. La prophétie autoréalisatrice parfaite. Cet aspect du roman est très réussi, et a pour effet d’enlever tout pouvoir ou rôle mystique à cette élue qui ne doit sa charge que parce qu’elle se trouvait au bon endroit au bon moment et dont la vie est dictée (et dirigée par d’autres, du moins au début) par ce qui est écrit.

“La Marche du Levant” n’est donc pas un roman parfait, loin s’en faut, mais c’est un roman qui ne manque pas de qualités, d’écriture notamment, ni de souffle quand il prend des allures de chroniques presque historiques, lui donnant une certaine hauteur de vue qui lui réussit. On pourrait tout de même regretter que le roman, peut-être là aussi à cause des coupures nécessaires pour le transformer en un seul volume, délaisse parfois un peu trop ses personnages (je pense en particulier à Oroverne qui, certes, garde tout son mystère, mais pour lequel je reste persuadé qu’il n’a pas eu l’attention ni le destin qu’il méritait). Pas parfait non, mais l’aventure est belle, le contexte étonnant, et Léafar Izen, avec son final renversant (dans tous les sens du terme), ne manque pas de terminer en beauté sur une note vertigineuse qui donne à réfléchir sur tout ce qui vient d’être lu précédemment.

 

Lire aussi les avis de Gromovar, Feyd Rautha, Anouchka, Nicolas, Fantasy à la carte, Célindanaé, L’Ours Inculte, Le Chroniqueur, François Schnebelen, Yogo, Le Chien Critique, Xapur, Artemus Dada, Les Blablas de Tachan.

 

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La galaxie en flammes, de Ben Counter https://www.lorhkan.com/2020/09/01/la-galaxie-en-flammes-de-ben-counter/ https://www.lorhkan.com/2020/09/01/la-galaxie-en-flammes-de-ben-counter/#comments Tue, 01 Sep 2020 06:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12493 Troisième opus de la monumentale saga “L’Hérésie d’Horus”, “La galaxie en flammes” de Ben Counter est en forme de première conclusion. Une conclusion intermédiaire bien sûr pour une série de plus de 50 volumes… Il n’empêche, on arrive là à un premier tournant avec une rébellion qui apparaît aux yeux...

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Troisième opus de la monumentale saga “L’Hérésie d’Horus”, “La galaxie en flammes” de Ben Counter est en forme de première conclusion. Une conclusion intermédiaire bien sûr pour une série de plus de 50 volumes… Il n’empêche, on arrive là à un premier tournant avec une rébellion qui apparaît aux yeux de tous, ou presque.

 

Quatrième de couverture :

Dans un sombre et lointain futur, il n’y a que la guerre. Mais il n’en a pas toujours été ainsi. La grande croisade de l’Empereur de l’Humanité est en cours, et bientôt tous les mondes habités par l’homme vivront en paix sous son regard bienveillant. Bientôt, il n’y aura que la paix. Bientôt… l’humanité découvrira que son pire ennemi réside en son sein. Le conflit le plus vaste et le plus meurtrier de l’histoire humaine est sur le point de débuter.

Ces trois romans explorent l’origine de l’Hérésie d’Horus et le début de l’affrontement entre les guerriers de l’Empereur et les forces du Chaos qui définira l’Imperium pour les 10 000 années à venir. La trilogie initiale de cette série à succès comprend les romans les plus populaires de toute l’histoire de Black Library.

 

Un schisme au sein de l’Imperium

Troisième auteur pour le troisième roman de la saga, Ben Counter a la charge de mettre l’hérésie d’Horus “sur des rails” en la rendant visible aux yeux de tous. Car oui, cette fameuse hérésie, même si les démons n’apparaissent toujours pas ouvertement (quoiqu’on trouve dans ce roman, comme dans les deux premiers, une manifestation “difforme” directement en lien avec eux), est consommée. Reste à l’afficher, en plongeant, comme le titre l’indique, la galaxie dans les flammes.

Car il s’agit bien là d’un schisme en bonne et due forme, un retournement total de pensée opérée par Horus, se traduisant en actes littéralement impensables, notamment pour des Space Marines élevés en bouffant du crédo impérial au petit déjeuner. Et pourtant. C’est peut-être d’ailleurs la partie du roman la plus discutable : comprendre comment ces soldats (certes sous influence plus ou moins visible) ont pu accepter de suivre Horus, un chef certes à peine moins révéré que l’Empereur lui-même, mais que les actes font radicalement sombrer dans le mal absolu (au prix de milliers de vies humaine, parmi les Space Marines eux-mêmes). C’est un peu la même problématique que dans le tome précédent. La solution à ce dilemme posé au lecteur reste la même : accepter ce revirement de pensée, même s’il est difficile à comprendre.

Car une fois lancée, l’hérésie semble ne plus avoir de limites, tout comme Horus qui se lance à fond dans son projet : renverser l’Empereur qu’il estime avoir délaissé l’humanité en installant un culte de sa propre personne déifiée. Pour cela, un alibi : la planète Istvaan III et son leader qui semble s’être retourné contre la Grande Croisade de l’Empereur. Un leader dont Horus n’a que faire mais qui va lui donner l’occasion de trier le bon grain de l’ivraie entre les soldats prêts à le suivre et les autres, qu’il va falloir éliminer. Alors on les envoie sur la planète, les rebelles sympathisants d’Horus restant en orbite.

Parmi les loyalistes envoyés sur Istvaan III, Loken bien sûr, mais aussi Torgaddon, Saul Tarvitz, Lucius et quelques autres personnages croisés dans les deux premiers romans. Tout se petit monde s’apercevra, mais un peu tard, de l’ampleur de la trahison d’Horus, et de son prix. Istvaan III risque bien d’être leur tombeau, et leur mort loin d’être agréable…

Et donc “La galaxie en flammes” fait la part belle à l’action, avec ces loyalistes pris en étau entre les rebelles istvaaniens et les rebelles impériaux. Dès lors, le combat est un combat désespéré et Ben Counter rend particulièrement bien cette ambiance d’ultime bataille qui ne peut se terminer que d’une seule manière. On a déjà vu ce type de récits, dans différents médias (réussi au cinéma dans “Star Wars Rogue One” ou dans “300” par exemple, sans grande émotion dans le pourtant bon jeu vidéo “Halo Reach”), c’est le truc idéal pour afficher de l’héroïsme à outrance, avec un sens du sacrifice poussé au maximum. C’est le cas ici, et il faut bien dire que ça fonctionne, d’autant plus que cela concerne évidemment des personnages auxquels les deux romans précédents ont permis aux lecteurs de s’attacher.

Schisme au sein de l’Imperium donc, schisme également au sein du Mournival (le conseil d’Horus, constitué des quatre soldats les plus proches de lui, avec Loken et Torgaddon d’un côté et Abaddon et Aximand de l’autre), l’hérésie d’Horus montre déjà toute l’ampleur de ce qu’elle implique pour l’humanité autrefois unie (ou en passe de l’être avec la Grande Croisade). Sauf que les plans d’Horus nécessitent de rester discret, pour ne pas que les Légions loyalistes de Space Marines lui tombent dessus trop rapidement, avant qu’il ait pu se faire suffisamment d’alliés. Un but pas tout à fait atteint, à cause d’un de ses alliés justement, mais surtout à cause d’une fuite, qui sera d’ailleurs l’objet du roman suivant (“La fuite de l’Eisenstein”), et qui va permettre au lectorat d’enfin voir cette hérésie de l’extérieur.

On notera que ce volume donne également à voir la montée en puissance de l’influence des loges guerrières, notamment auprès d’Horus lui-même, mais aussi l’apparition d’un culte qui fait de plus en plus d’émules, à savoir celui de l’Empereur, un culte qu’il a toujours rejeté mais les rebelles l’accusent de vouloir installer. Une dichotomie intéressante, que les romans suivants ne manqueront sans doute pas de développer.

“La galaxie en flammes” atteint donc son objectif : faire passer un cap à l’hérésie d’Horus, en jouant sur l’action, sans pour autant négliger l’ambiance et le destin de ses personnages. Pour les amateurs de l’univers, c’est encore une fois une belle friandise.

 

Lire aussi les avis de Nebal, Nicolas.

Critique écrite dans le cadre du challenge “Summer Star Wars épisode IX” de Lhisbei.

 

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Les faux dieux, de Graham McNeill https://www.lorhkan.com/2020/08/28/les-faux-dieux-de-graham-mcneill/ https://www.lorhkan.com/2020/08/28/les-faux-dieux-de-graham-mcneill/#comments Fri, 28 Aug 2020 06:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12491 Suite de la vaste série “L’Hérésie d’Horus” dans l’univers de “Warhammer 40,000” avec le deuxième tome, “Les faux dieux”. Après le très sympathique “L’ascension d’Horus” de Dan Abnett qui semait les graines de cette fameuse hérésie, il est temps d’en voir la floraison décrite par Graham McNeill, avant une vraisemblable...

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Suite de la vaste série “L’Hérésie d’Horus” dans l’univers de “Warhammer 40,000” avec le deuxième tome, “Les faux dieux”. Après le très sympathique “L’ascension d’Horus” de Dan Abnett qui semait les graines de cette fameuse hérésie, il est temps d’en voir la floraison décrite par Graham McNeill, avant une vraisemblable récolte des fruits dans le troisième tome bien nommé “La galaxie en flammes” de Ben Counter (dont je parlerai dans un article ultérieur).

 

Quatrième de couverture :

Dans un sombre et lointain futur, il n’y a que la guerre. Mais il n’en a pas toujours été ainsi. La grande croisade de l’Empereur de l’Humanité est en cours, et bientôt tous les mondes habités par l’homme vivront en paix sous son regard bienveillant. Bientôt, il n’y aura que la paix. Bientôt… l’humanité découvrira que son pire ennemi réside en son sein. Le conflit le plus vaste et le plus meurtrier de l’histoire humaine est sur le point de débuter.

Ces trois romans explorent l’origine de l’Hérésie d’Horus et le début de l’affrontement entre les guerriers de l’Empereur et les forces du Chaos qui définira l’Imperium pour les 10 000 années à venir. La trilogie initiale de cette série à succès comprend les romans les plus populaires de toute l’histoire de Black Library.

 

La floraison de l’Hérésie d’Horus

Avec “Les faux dieux”, pas de surprise, on prend les mêmes et on recommence. Après tout, ne pas capitaliser sur la réussite du premier volume aurait été surprenant. Et donc, les mêmes ingrédients, peu ou prou, se retrouvent ici, poussés de manière à entrevoir encore un peu plus ce qui va faire basculer l’Imperium, l’humanité et même l’univers tout entier.

“Les faux dieux” débute donc à peu près là où “L’ascension d’Horus” s’arrêtait. Direction Davin donc, à la demande du chapelain Erebus, qui indique à Horus que la planète, après avoir été pacifiée, a vu l’émergence d’une rébellion qu’il va falloir mater à coups de bolters dans la tronche. Mais Erebus n’a pas choisi cette lune pour rien, et tout ceci ressemble bel et bien à un piège ourdi pour faire tomber Horus (et quelques autres avec lui tant qu’à faire) sous l’influence des forces du Warp.

“L’ascension d’Horus” posait les bases de ce qui deviendra l’hérésie d’Horus, “Les faux dieux” voit les pions bouger plus clairement, avec le basculement tant attendu. L’action se fait ici un peu moins présente (mais quand même un peu hein, on est dans “Warhammer 40,000” bon sang !), notamment quand le roman s’intéresse plus précisément à Horus lui-même dès lors qu’il est sur le point de basculer et que sa vie même est en jeu. C’est bien là qu’on attendait le roman, pour comprendre comment Horus, le primarque le plus aimé de l’Empereur, a pu tomber dans l’exact opposé de ce pour quoi il a lutté presque toute sa vie. C’est un élément important, central même, et forcément difficile à mettre en scène et à expliquer. Et même si on peut mettre bien des choses, notamment des réactions ou des choix qui peuvent paraître incompréhensibles, sur le dos de l’irrationnel, il faut bien dire que ce basculement extrême a un peu de mal à convaincre. Ça n’altère pas la qualité de la saga (pour laquelle on a acté depuis longtemps qu’Horus a sombré du coté obscur), mais disons que l’explication du pourquoi du comment est une semi réussite (ou un semi échec, c’est selon…).

Reste que le roman amène des éléments intéressants à cette hérésie, notamment lorsqu’on comprend que bien qu’elle porte le nom d’Horus, elle n’a pas réellement démarré avec lui mais plutôt avec d’autres personnages qui ont réussi, à travers leurs machinations, à faire tomber le primarque des Luna Wolves (rebaptisés à la fin du tome précédent, un signe de plus, les Sons of Horus). Même chose à travers certaines visions apparues à Horus, et amenées par des personnes déjà sous l’influence du Chaos, qui mettent le doute sur la probité de l’Empereur. Un doute qui s’insinue (s’il n’était pas déjà présent…) dans l’esprit du lecteur autant que dans celui d’Horus (de ce point de vue c’est plutôt réussi) et qui mènera finalement à une rébellion totale et cataclysmique.

Mais nous n’en sommes pas là avec “Les faux dieux”, qui ne montre que la manière dont Horus a vu “l’autre côté” et comment il y a réagi en fonction des informations dont il disposait à ce moment-là. Les personnages qui gravitent autour de lui sont eux aussi amenés à faire des choix, parfois orientés en sous-main, parfois sous pression et pressés par le temps, et on sent donc déjà venir les dissensions qui, là encore c’est un élément intéressant, étaient déjà présentes au cours de la Grande Croisade de l’Empereur qui n’avait donc rien d’une virée entre potes pour pacifier l’univers. Là aussi le terreau était fertile à l’éclosion d’un conflit…

Pour le reste, les personnages sont les mêmes, tout est fait (plutôt efficacement d’ailleurs) pour qu’on s’attache à Loken ou qu’on sente la fourberie d’Erebus, et les scènes d’action offrent de jolis moments de tension alors que la sombre atmosphère de Davin, putréfiée et nauséabonde, amène une “belle” atmosphère viciée.

Les graines de “L’ascension d’Horus” ont donc poussé, les premières fleurs commencent à éclore, et si les puissances du Chaos n’apparaissent pas encore au grand jour (il est tout de même question de “(les) expériences nouvelles, (le) changement, (la) guerre et (la) décomposition”, les amateurs de l’univers de “Warhammer 40,000” auront bien évidemment reconnu les quatre démons majeurs du Chaos…), leur influence est déjà largement manifeste en fin de roman, quand les actes et les choix d’Horus ne laisse plus de place au doute avant d’annoncer véritablement ses plans à ses alliés.

Plus qu’une floraison, “Les faux dieux”, signé Graham McNeill qui succède donc avec brio à Dan Abnett, nous montre en fait un Horus qui a croqué dans le fruit défendu avec des conséquences que la fin du roman, sur le même mode que dans “L’ascension d’Horus”, annonce pour le troisième volume. Direction Isstvan III, un nom qui fait frémir les connaisseurs de l’univers, avec le roman suivant, “La galaxie en flammes” écrit cette fois par Ben Counter.

 

Lire aussi les avis de Nebal, Nicolas.

Critique écrite dans le cadre du challenge “Summer Star Wars épisode IX” de Lhisbei.

 

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Zapping cinéma et VOD, épisode 56 https://www.lorhkan.com/2020/08/20/zapping-cinema-et-vod-episode-56/ https://www.lorhkan.com/2020/08/20/zapping-cinema-et-vod-episode-56/#comments Thu, 20 Aug 2020 06:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12471 Arts martiaux toujours, avec cette fois, chose rare dans ce domaine, une sortie cinéma. “Ip Man 4” bénéficie en effet d’une actualité cinématographique plus que perturbée par la situation sanitaire actuelle, ce qui offre une belle mise en avant pour des films habituellement laissés de côté. Les deux autres films...

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Arts martiaux toujours, avec cette fois, chose rare dans ce domaine, une sortie cinéma. “Ip Man 4” bénéficie en effet d’une actualité cinématographique plus que perturbée par la situation sanitaire actuelle, ce qui offre une belle mise en avant pour des films habituellement laissés de côté. Les deux autres films dont il est question ici me permettent de poursuivre mon exploration des oeuvres récentes sur les arts martiaux, la bonne surprise venant incontestablement de “Le maître d’armes” avec la star Jet Li.

 

Ip Man 4, de Wilson Yip

Cette fois ça y est, la saga dédiée au maître du wing chun, qui aura finalement clairement marqué le cinéma d’arts martiaux, touche à sa fin.

Les trois premiers films ne s’étaient pas vraiment fait remarquer par la subtilité de leur propos, exacerbant l’honneur chinois au détriment du vice des Japonais, des Européens ou des Américains. Rebelote ici avec Ip Man qui, alors qu’il apprend qu’il est atteint d’un cancer, voyage à San Francisco (dans les années 60) pour trouver une école pour son fils qui défie régulièrement l’autorité. Il va y être confronté au racisme ambiant (dans plusieurs milieux : l’école, l’administration, l’armée) envers la communauté asiatique, alors que le communautarisme de cette diaspora (illustré par le rejet de Bruce Lee par les maîtres chinois du kung-fu qui n’apprécient pas de le voir présenter sa discipline aux Américains) n’aide pas non plus à l’intégration.

Ça n’est pas très subtil dans le propos (quoique si on y regarde de près, il y a quelques éléments qui apportent un peu de mesure (comme un gradé de l’armée à un peu plus ouvert que les autres), et les propos les plus outranciers viennent d’un membre des Marines, une entité dont je doute que l’on puisse dire qu’elle est des plus ouverte d’esprit…) mais comment en vouloir au film au vu des tensions Chine-USA actuellement ? Par ailleurs, le cinéma hollywoodien nous a tellement abreuvé de propagande pro-USA que le contrepoint qu’apporte le film, même s’il est simpliste, pas très moderne par les temps qui courent et ne fait peut-être que jeter un peu plus d’huile sur le feu (ou de caresser le public chinois, le coeur de cible du film, dans le le sens du poil), a le mérite de renverser un peu le discours habituel, au minimum très américano-centré.

Pour le reste, Donnie Yen (à presque 60 ans, respect !) est toujours aussi charismatique et emprunt d’une sérénité à toute épreuve, le méchant est tellement très très méchant que c’est un pur plaisir de voir Ip Man le ratatiner (en y laissant quelques plumes tout de même) et les scènes de combats, certes filmées de manière certes assez classique (souvent sur des rings, ce n’est pas très novateur, ni très risqué en terme de mise en scène…), sont dotées de chorégraphies ébouriffantes et d’une rare lisibilité (le cinéma US devrait vraiment en prendre de la graine). À ce titre, le combat final, climax logique, est très tendu, très brutal aussi, et même si on en devine évidemment l’issue, la tension engendrée par le violent salopard joué par Scott Adkins nous fait agripper les accoudoirs du siège. Saluons également le beau combat de rue mettant en scène Bruce Lee, qui réjouira ceux qui ont été frustrés par la manière dont Quentin Tarantino l’avait fait apparaître dans son dernier film.

Ce “Ip Man 4”, qui a donc la chance de sortir sur grand écran au contraire de ses prédécesseurs, reste donc un très digne représentant de cette saga qui a toujours su offrir de belles choses, sans non plus se départir de quelques défauts (la structure des quatre films se ressemble un peu, et certaines scènes de cet épisode 4 semblent directement tirées du deuxième film, jusqu’à un méchant qui fait penser dans son sadisme et sa démesure au boxeur anglais du même épisode), et pour laquelle j’aurais bien du mal a établir un quelconque classement entre les films.

Il y a donc, comme dans les autres films, de l’action, du fond (parfois contestable mais il a le mérite d’être là), un brin d’émotion (toujours très contenue avec le personnage de Ip Man), et ce long-métrage offre surtout une belle conclusion à une saga à laquelle je ne pensais pas m’attacher à ce point.

 

Le règne des assassins, de Su Chao-bin et John Woo

Ha tiens, John Woo ? Bon, ne nous emballons pas, il semblerait que la production du film ait surtout voulu mettre son nom sur l’affiche pour attirer les spectateurs alors que le cinéaste semble en réalité n’avoir joué qu’un rôle de producteur et ne s’est pas approché de la caméra… Quoiqu’il en soit, John Woo ou pas (et d’ailleurs je reparlerai bientôt du cinéma de John Woo un de ces jours à travers une énooooorme fresque historique), “Le règne des assassins” a bien des choses à proposer.

Du côté des acteurs déjà, avec le retour de Michelle Yeoh dans un film d’arts martiaux, ses premières amours (“Tai Chi Master”, “Wing Chun”) et ce qui l’a rendue célèbre (“Tigre et Dragon” bien sûr, si on ne compte pas le James Bond “Demain ne meurt jamais”). Toujours étincelante, elle campe ici un beau personnage, ancienne assassine, à la recherche d’une vie plus simple et retirée des affaires. Mais avant cela, elle décide de voler la moitié de la dépouille de Bodhidharma, alors que son clan d’assassins est à la recherche des deux moitiés dont la possession, dit-on, donne accès à de grands pouvoirs. Poursuivie, elle va devoir changer de visage pour commencer une nouvelle vie. Sauf que, bien évidemment, on ne trahit pas un clan d’assassins sans avoir à en payer le prix…

Alors bon, trahison, rédemption, romance, vengeance, etc… Rien de neuf. Mais même si l’originalité n’est pas au rendez-vous, si c’est bien fait, pourquoi se priver ? N’allez pas croire pour autant que “Le règne des assassins” est un film inoubliable, ce n’est pas le cas, mais il réserve son lot de retournements de situations (qu’on sent parfois venir quand même, notamment LE twist), de combats de sabre bien ficelés (et le terme “ficelés” n’est pas là par hasard tant les câbles sont ici très utilisés pour les voltiges aériennes), et d’une histoire somme toute déjà vue mais plutôt touchante et bien présentée.

On pourra quand même regretter un rythme un peu variable, et surtout une narration qui oublie la base de son scénario (bah oui, arrivé au bout du film, sans rien révéler de l’intrigue, on n’a aucune idée de ce qu’est devenue la dépouille de Bodhidharma après laquelle tout le monde court…). Ça fait un peu tâche…

Il n’empêche, pris comme un film pour se détendre, ça se laisse regarder sans déplaisir aucun. Mais à l’évidence, il n’a pas les épaules pour rivaliser ni avec le film au-dessus ni avec celui d’en-dessous.

 

Le maître d’armes, de Ronny Yu

Jet Li est une des stars asiatiques des arts martiaux, même s’il est moins mis en avant qu’il ne l’était par le passé, sans doute un peu éclipsé (en plus de s’être compromis dans des films européens ou américains de piètre qualité) par l’étincelant et omniprésent Donnie Yen. Toujours est-il que ce long métrage de 2006 est un des derniers grands films de la star, par la grâce d’un scénario simple mais universel, d’un personnage historique (mais comme souvent à l’histoire personnelle romancée voire dramatisée pour les besoins du film) qui donne du corps au film, et d’une prestation de Jet Li à la hauteur des enjeux (sur le plan martial comme sur le plan du jeu d’acteur).

“Le maître d’armes” (je parle ici de la version longue de 2h20, bien plus détaillée que la version classique de 1h45) démarre lors d’une présentation (par Michelle Yeoh) au CIO du wushu pour sa possible entrée au rang de sport olympique. Revenant sur ce qui fait l’essence de cet art martial, elle propose pour l’illustrer de raconter au public l’histoire de Huo Yuanjia.

Et nous voici donc revenu au XIXème sicèle, avec un tout jeune Huo Yuanjia qui doit faire face au refus de son père de lui apprendre les arts martiaux. Ce qui ne l’empêche pas de s’entraîner dans son coin… et de subir une sévère défaite contre un des ses “camarades” dont le père est un pratiquant d’une école rivale. Ce double trauma de jeunesse (et la défaite de son père dans un tournoi, de manière injuste) va orienter la vie de Huo Yuanjia, au moins dans sa première partie, lui qui décidera de tout faire pour être le meilleur, au prix d’une certaine insouciance et d’une arrogance certaine. Une vie vide de sens et surtout au mépris de la philosophie des arts martiaux qui est, en plus de simplement entretenir son corps, d’aider son prochain et de réparer les injustices. Une arrogance qui lui vaudra un drame personnel à l’issue d’une broutille qui se transforme en combat à mort, avec vengeance personnelle à la clé. Un drame qui poussera le personnage à l’exil dans un village isolé. Et ultimement à la rédemption et à la découverte d’une certaine philosophie de vie, plus en adéquation avec celle des arts martiaux.

Un scénario simple donc, déjà vu sans aucun doute, mais au message universel et qui, s’il est bien filmé (comme c’est le cas ici), fonctionne toujours. A défaut d’originalité, on trouvera donc ici du sens, en lien avec le support du film lui-même, les arts martiaux. Le fait que la vie de Huo Yuanjia, héros national en Chine, soit entourée dans le film par un cadre “méta” reposant sur la philosophie des arts martiaux (qui se conclut par une question montrant que tout le monde n’est pas à même de la comprendre), renforce ce message.

Jet Li campe efficacement un personnage qui prend conscience de ses actes, de ses biais, et qui va donc changer son orientation de vie au contact d’une vie rurale, frugale, et d’un début de romance chaste. On n’attendait pas forcément l’acteur sur ce plan là, mais il fait du bon travail, sans que ce soit digne de figurer dans les annales du cinéma mais c’est tout de même tout à fait convaincant.

Evidemment il y a des scènes de combats, notamment dans la première heure du film, celle qui voit l’arrogance du personnage le dominer, et de ce côté-là, sous la houlette de l’incontournable “action director” Yuen Woo-ping, ça envoie du lourd, notamment lors d’un combat “aérien” au-dessus de la foule et lors du “combat de trop” face à son rival dans la ville de Tianjin. Jet Li montre ici toute l’étendue de son talent martial. La suite de film est plus mesurée de ce côté-là, hormis un combat face à un énorme boxeur américain illustrant le changement de mentalité de Huo, et dans une longue scène finale où se succèdent quatre combats aux poings, à l’épée et à la lance, avant de revenir aux poings dans un duel face à un karatéka japonais, un modèle du genre où le respect de l’adversaire prime avant tout, un duel qui a en quelques sorte déjà eu lieu auparavant lors d’une cérémonie du thé qui a vu les deux protagonistes opposer leur divergence de vue, toujours dans un grand respect. Deux belles scènes qui tempèrent le propos un peu nationaliste du film (plus mesuré que dans nombre d’autre longs métrages).

Peu de choses à redire à ce film donc, qui offre son lot de combats spectaculaires, de scènes plus intimistes, poétiques même par moments, et d’un message venant soutenir et illustrer ce que doivent être les arts martiaux, à travers la vie du personnage de Huo Yuanjia et du cadre méta du film. Dans le genre des films d’arts martiaux, “Le maître d’armes” (titre français sans aucun intérêt face à un déjà discutable mais plus en accord avec le personnage “Fearless” dans les pays anglophones et un plus simple mais plus juste “Huo Yuanjia” dans les pays asiatiques) est sans aucun doute un film important.

 

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L’ascension d’Horus, de Dan Abnett https://www.lorhkan.com/2020/08/17/lascension-dhorus-de-dan-abnett/ https://www.lorhkan.com/2020/08/17/lascension-dhorus-de-dan-abnett/#comments Mon, 17 Aug 2020 06:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12480 Mon attrait pour la licence “Warhammer 40,000” ne date pas d’hier. Au départ (c’est à dire à l’adolescence) plutôt attiré par le médiéval-fantastique de “Warhammer”, j’ai switché un peu plus tard sur son pendant SF, plus pour son univers radicalo-religio-gothico-extremo-darko-SF d’ailleurs que pour le célèbre jeu de plateau en lui-même...

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Mon attrait pour la licence “Warhammer 40,000” ne date pas d’hier. Au départ (c’est à dire à l’adolescence) plutôt attiré par le médiéval-fantastique de “Warhammer”, j’ai switché un peu plus tard sur son pendant SF, plus pour son univers radicalo-religio-gothico-extremo-darko-SF d’ailleurs que pour le célèbre jeu de plateau en lui-même (mais bon, quand même, j’ai joué les eldars). Ainsi donc, d’une certaine manière, le background “Warhammer 40,000” coule dans mes veines depuis plusieurs années, et si je n’avais jusqu’ici jamais franchi la porte du côté littéraire de cet univers, c’était plus par manque de temps et à cause d’une certaine méfiance quant au côté “romans de licence” que par manque d’intérêt. Mais cette fois, ça y est.

 

Quatrième de couverture :

Dans un sombre et lointain futur, il n’y a que la guerre. Mais il n’en a pas toujours été ainsi. La grande croisade de l’Empereur de l’Humanité est en cours, et bientôt tous les mondes habités par l’homme vivront en paix sous son regard bienveillant. Bientôt, il n’y aura que la paix. Bientôt… l’humanité découvrira que son pire ennemi réside en son sein. Le conflit le plus vaste et le plus meurtrier de l’histoire humaine est sur le point de débuter.

Ces trois romans explorent l’origine de l’Hérésie d’Horus et le début de l’affrontement entre les guerriers de l’Empereur et les forces du Chaos qui définira l’Imperium pour les 10 000 années à venir. La trilogie initiale de cette série à succès comprend les romans les plus populaires de toute l’histoire de Black Library.

 

Une introduction à l’évènement fondateur de l’univers “Warhammer 40,000”

Il faut un peu de courage pour se lancer dans cette aventure littéraire. L’univers est très typé, si on ne connait pas le dit univers on pourrait avoir peur de se sentir largué, et la série de “L’hérésie d’Horus” dont il est question ici est constitué de plus de cinquante (!!) romans. Autant d’éléments (même si tous ne me concernent pas puisque je pense raisonnablement connaître le vaste et très détaillé univers de la licence), en plus du côté “romans de licence” que je regarde toujours d’un oeil suspect (mais j’en ai déjà lu, et le constat est souvent le même : ce n’est pas de la grande littérature mais quand on aime l’univers ça peut valoir le coup, même si c’est aussi parfois très mauvais), qui m’ont un peu freiné jusqu’ici.

Et puis en fin d’année 2019 est sorti un premier volume imposant et de fort belle facture (relié, illustrations intérieures) reprenant les trois premiers tomes de la série. Volume rapidement suivi d’autres (le quatrième sort au mois de septembre), permettant de se faire une collection à moindre coup (28€ le volume quand même…). L’occasion était trop belle. Me voici donc lancé.

Revenons un instant rapidement (si tant est que ce soit possible…) sur l’univers de “Warhammer 40,000”… Il s’agit donc d’un univers de SF situé au 41ème millénaire, dans lequel l’humanité a essaimé dans de nombreux systèmes planétaires et rencontré de nombreuses espèces extraterrestres. La licence n’est pas connue pour faire dans la dentelle, et si les rencontres avec les E.T. se soldent la plupart du temps par une lutte armée, c’est pour une “bonne” raison : l’humanité est guidée par une théocratie ultra-autoritaire et militariste (qui a tendance à éradiquer à peu près tout ce qui n’est pas humain et/ou conforme à la doctrine officielle) qui a divinisé l’Empereur de l’humanité, un sur-homme mort (ou quasi…) 10 000 ans auparavant, dont le corps momifié est maintenu en stase sur le Trône d’Or et qui avait au départ pour but de rallier toutes les branches de l’humanité éparpillées dans l’univers au fil des millénaires et qui ont perdu le contact avec la Terre. Mais les choses ont mal tourné puisque l’Empereur est mort (ou quasi comme je le disais plus haut, le mystère n’a jamais été totalement levé), tué des mains mêmes de l’un de ses plus proches alliés, un fils pour ainsi dire, un des vingt Primarques créés génétiquement par l’Empereur lui-même et chargés de diriger les légions de Space Marines (des super guerriers génétiquement augmentés) pour accomplir son rêve d’une humanité réunie et unifiée : Horus. Car le Chaos n’est jamais loin dans cet univers, et les démons qui le composent ne manquent pas une occasion de tenter, de corrompre et de posséder cette humanité finalement très faillible. Horus y céda, pour un résultat catastrophique.

Cette “hérésie” n’est rien de moins que l’élément fondateur de l’univers “Warhammer 40,000”. D’une part, elle a brisé l’Empereur lui-même et le rêve qu’il briguait, provoquant une division terrible au sein même des troupes de l’Imperium, d’autre part elle a mené l’humanité sur le chemin que l’Empereur a toujours refusé : une théocratie autoritaire qui le divinise, lui qui a toujours refusé ce statut. Et quand je dis autoritaire, c’est encore trop doux : tout ce qui n’est pas conforme à la parole de l’Imperium est sérieusement réprimé (à coup d’armes létales, soyons clairs), qu’il soit extraterrestre ou non. Enfin, l’Hérésie d’Horus a dévoilé à l’humanité son plus terrible ennemi : les forces du Chaos. Ajoutons à tout cela, sur un plan purement formel, une esthétique et une ambiance très gothiques qui piochent à droite à gauche de manière parfois un peu voyante (des Révoltes Cybernétiques qui ne sont rien d’autre qu’un Jihad Butlérien dunien) mais qui donnent un résultat ma foi tout à fait goûtu et assez unique (un tel radicalisme dans son univers où le désespoir est roi ne me semble pas exister ailleurs, en tout cas pas à un point aussi poussé qu’ici). Il y aurait encore beaucoup à dire sur cet univers qui s’est développé, transformé et a évolué au fil des décennies, mais il n’est pas ici question de tout détailler (il y a des myriades de sites internet qui font ça très bien). Toujours est-il que cet univers jusqu’au-boutiste a été “formé” par l’Hérésie d’Horus, et la vaste série littéraire dont le premier tome est ici chroniqué s’est donnée pour mission de la détailler dans les grandes largeurs, 10 000 ans avant l’époque du jeu de plateau donc (au 31ème millénaire), quand l’Imperium n’était pas  encore aussi extrême (mais un peu quand même…), ni une théocratie.

Le roman maintenant. Ecrit par Dan Abnett, l’un des plus réputés parmi ceux qui officient au sein de la Black Library (la branche littéraire du géant du jeu de plateau Games Workshop), il a la lourde tâche de lancer la série et de l’installer sur de bons rails. Pour se faire, l’auteur débute son récit au moment où l’Empereur, qui jusqu’ici menait lui-même la Grande Croisade censée réunifier les mondes humains au sein de l’Imperium, retourne sur Terra et passe la main à celui qu’il désigne comme étant le “Maître de Guerre” de l’Imperium, à savoir Horus, le plus réputé des Primarques. La légion d’Horus, les Luna Wolves, arrivent sur un monde se faisant appeler également Terra et dirigé par un faux Empereur. La suite, c’est l’invasion et la destitution de ce pseudo Empereur (de quelle manière, je vous laisse deviner…) pour faire rentrer cette branche de l’humanité dans le droit chemin. On a donc bien sûr droit à de belles scènes d’action, claires, lisibles, épiques comme il faut.

Mais Dan Abnett, pour bien rendre compte de l’état d’esprit des space marines et de leurs dirigeants, n’oublie pas de faire intervenir des “petites gens”, de simples hommes et femmes, avec notamment les commémorateurs chargés de relater la Grande Croisade d’une manière plus objective, pour éviter une propagande trop voyante. À travers eux, l’auteur va frontalement poser la question de la légitimité de l’Imperium à agir de la sorte (avec les armes donc) plutôt que de laisser ces civilisations tranquilles dans leur coin. Idem avec la deuxième partie du récit qui voit cette fois les Luna Wolves, en compagnie de quelques membres d’une autre légion, les Emperor’s Children, faire face à une race d’arachnides certes belliqueux mais a priori bien incapables d’aller au-delà de leur planète.

Dan Abnett pose donc les bonnes questions, qui résonnent plus d’une fois dans la tête de Garviel Loken, un capitaine Luna Wolf, le héros du roman. Un Garviel Loken à la psychologie allant au-delà du simple “beuuuuaaaaaarrrrhhh” ce qui permet d’amener très progressivement les éléments venant semer le trouble au sein d’un ordre bien établi. Car le Chaos est là, même s’il est caché au commun des mortels, et sa manifestation physique fera vaciller Loken, de même qu’un ou deux autres témoins. Les graines sont donc semées : en plus du trouble jeté par une apparition/transformation horrifique, l’auteur pointe également l’existence des loges au sein de la légion des Luna Wolves (cultivant le secret et censées renforcer la cohésion et la confiance en mettant tous les participants sur un pied d’égalité, sans tenir compte de la hiérarchie) et un sens de l’honneur qui, poussé à son extrémité, pourrait faire prévaloir  la loyauté envers les autres membres de la légion plutôt qu’envers le reste de l’humanité. Mélangez le tout, et vous obtenez… 😉

Tout est donc là, à l’état embryonnaire. Car “L’ascension d’Horus” n’est qu’une introduction. Une introduction de 400 pages au format normal (un peu moins de 300 pages dans ce gros volume bien tassé) qui fait bien le job, très rythmé, donnant à la fois des scènes d’action remarquablement menées mais aussi des moments plus intimistes développant la psychologie de certains de ses personnages, tout autant que l’état d’esprit de différentes légions de space marines, de manière je dois dire assez inattendue, et surtout posant les bonnes questions quant aux actions de l’Imperium tout en jetant les bases de ce qui deviendra par la suite la période la plus sombre de cette humanité du futur.

Bonne pioche donc, mais j’ai envie que c’était presque du tout cuit quand on est déjà amateur de l’univers “Warhammer 40,000”. Après tout, quand on a vécu avec cette licence en tête depuis l’adolescence, voir “en vrai” les actions des Primarques, ces êtres qui sont au 41ème millénaire (l’époque à laquelle se déroule le jeu de plateau) de véritables légendes, ça fait quelque chose. Ceux qui n’ont aucune connaissance ou aucune appétence pour cet univers verront peut-être ça d’un autre oeil, d’autant qu’objectivement (mais c’est l’univers qui veut ça, lui qui a été créé en 1987 et clairement marketé pour les jeunes garçons) ça n’est ni très subtil ni très féminin. Pas de surprise, ce n’est ni un chef d’oeuvre ni de la grande littérature, mais c’est un très bon récit d’action dans un lointain avenir très sombre, à même de séduire celui ou celle qui rechercherait un roman de ce type et d’éventuellement l’amener à découvrir un très vaste univers multi-médias. Quant à moi, la suite, vite !

 

Lire aussi les avis de Nebal, Nicolas.

Critique écrite dans le cadre du challenge “Summer Star Wars épisode IX” de Lhisbei.

 

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Sur ma lancée de la dernière fois, je reste dans le domaine des arts martiaux avec la suite de la (fausse) vie de Ip Man, puis avec un autre film mettant en scène Donnie Yen (devenu incontournable dans le cinéma d’arts martiaux), et enfin avec

 

Ip Man 3, de Wilson Yip

On prend les mêmes et on recommence ? Pas tout à fait, enfin. Ce troisième opus de la série consacrée au maître du wing chun, Ip Man (toujours sous les traits du charismatique Donnie Yen) prend enfin ses distances avec un message à la limite de la xénophobie pour se rapprocher un peu plus de l’intimité de l’homme. Cela a pour conséquence de rapprocher le spectateur du personnage qui n’est plus seulement le maître d’arts martiaux que l’on connaît mais aussi un homme confronté à des problèmes contre lesquels ses poings ne peuvent rien. C’est l’occasion pour lui de s’éloigner un peu de ce à quoi il a voué sa vie entière pour se recentrer sur les fondamentaux familiaux qu’il avait trop tendance à délaisser (ce que le deux premiers films montraient d’ailleurs à plusieurs reprises). Cela permet aussi, enfin, à Lynn Hung (l’actrice jouant le rôle de Cheung Tin-chi, l’épouse d’Ip Man) de s’exprimer un peu plus en allant au-delà de la femme s’occupant du foyer pendant que son cher et tendre va tatanner les méchants. Et il faut bien dire que ces séquences centrées sur l’émotion, essentiellement regroupées vers les deux tiers du film, fonctionnent parfaitement et humanisent très nettement le personnage d’Ip Man.

En revanche, sur le plan de l’intrigue, le bilan est nettement plus mitigé. Trois arcs se partagent le film, celui de la cellule familiale d’Ip Man donc, mais aussi celui d’un homme cherchant à se faire sa place dans le domaine des arts martiaux (je vous le donne en mille : il va falloir passer par Ip Man), ainsi qu’une partie sur des méchants promoteurs américains (avec en tête de liste Mike Tyson himself !) qui voudraient acheter (avec pots de vin et aide des petits voyous locaux, le tout soutenu par la police anglaise corrompue) le terrain sur lequel est bâtie une école (je vous le donne en mille : il va falloir passer par Ip Man). Ces trois arcs ne se mélangent pas très harmonieusement, celui sur les américains étant même carrément inintéressant, permettant certes de mettre en scène celui qui va vouloir rivaliser avec Ip Man dans le domaine des arts martiaux mais surtout d’aboutir à un combat entre le maître du wing chun et Mike Tyson.

Alors oui, c’est vrai, Mike Tyson dans un film, ça fait peur. Mais bon, il est juste là pour prendre quelques billets et sortir les poings. D’ailleurs, chose amusante, le combat Ip ManTyson se termine sur un match nul. “Défaite interdite” était peut-être une clause écrite dans le contrat du boxeur ?… 😉

Et les combats justement. Chorégraphiés par le célèbre Yuen Woo-ping, ils jouent d’abord sur le nombre (un homme ou peu d’hommes contre plein) avant de se recentrer sur les duels qui sont ceux où s’exprime le mieux Donnie Yen. Les trois derniers combats du film sont vraiment superbes (la cage d’ascenseur d’abord, Tyson ensuite, et surtout le combat final contre le rival d’Ip Man dans lequel tout y est : des bâtons, puis des couteaux, puis les poings, magnifique !).

Et donc, malgré une narration pas vraiment satisfaisante, ce “Ip Man 3” reste encore tout à fait sympathique, grâce essentiellement à ses derniers combats et son approche de l’intimité d’Ip Man, tout ce qui se trouve concentré en deuxième partie de long-métrage en fait. Et de manière globale, les trois films “Ip Man” sont tous très sympathiques et apportent quelque chose à l’ensemble. Il est simplement dommage qu’aucun d’entre eux n’arrive à l’excellence. Il faudrait pour cela reprendre le réalisme et le solide contexte historique du premier, le fabuleux dernier combat du deuxième et le côté intime du troisième. Qui sait, peut-être que “Ip Man 4” y parvient, lui qui est en salles depuis fin juillet ?

 

Swordsmen, de Peter Chan

Vous reprendrez bien un peu de Donnie Yen et d’arts martiaux ? 😉 Cette fois, “Swordsmen” est autant un film d’arts martiaux que d’enquête policière, style “Les Experts en Chine” dans un petit village perdu au fin fond de la campagne au début du XXème siècle. Avec un casting où figurent Donnie Yen donc, mais aussi Takeshi Kaneshiro, on peut s’attendre à quelque chose de sympathique.

Et c’est bien le cas, même si tout n’est pas parfait. Mais on sent l’envie de bien faire, et pas mal de moyens pour y arriver. Des effets spéciaux plutôt pas trop mal (même si parfois un peu trop “numériques”), de très jolis décors naturels, des chorégraphies martiales (pas très nombreuses, seulement trois scènes de combat au compteur) imaginées par Donnie Yen lui-même et vraiment réussies, il y a de la qualité.

L’histoire ? Un paysan, Liu Jinxi (Donnie Yen), se retrouve embarqué dans une bagarre suite à une tentative de braquage du magasin du coin par deux voyous. Finalement, les deux malfrats trouvent la mort. Un enquêteur, Xu Baijiu (Takeshi Kaneshiro), est dépêché sur place pour faire la lumière sur cette affaire. Et cet enquêteur, qui a la justice chevillée au corps, va donc, sur un mode “Les Experts”, utiliser sa science (de l’observation mais aussi celle, très chinoise, des méridiens et des points vitaux) pour découvrir la vérité. Qui est ce paysan qui prétend avoir eu de la chance ? La première partie du récit est donc centrée sur cette enquête, joliment menée quoique de manière un peu hâtive (Xu Baijiu arrive un peu vite à se représenter la scène du crime), avec des témoignages durant lequel sa “conscience” apparaît pour refaire le fil de la scène, et quelques ralentis et autres effets spéciaux “biologiques” qui donnent une vraie modernité à l’ensemble.

Et puis, et puis, une fois qu’on cerne un peu mieux qui est qui, le film se laisse aller à une histoire de rédemption d’un côté, de vengeance de l’autre. C’est assez convenu, même si le film ne perd jamais de vue ses personnages, notamment celui de Donnie Yen bien sûr, qui a tendance à éclipser un peu tous les autres, y compris celui de Takeshi Kaneshiro qui a pourtant, avec son aveuglement dû à une justice qu’il place au-dessus de tout en oubliant parfois le simple “esprit de la loi”, un beau personnage qu’il peine à réellement développer. Mais l’intrigue (et le (les) drame(s) associé(s)), pour convenue qu’elle soit, se ménage quand même quelques jolis moments, soit surprenants, soit frappants (la violence n’est pas frontale mais on comprend très clairement ce dont il est question, et les enfants ne sont pas épargnés), soit émouvants. Et pour une fois, la retenue est à l’oeuvre dans l’ensemble du casting ou presque, et ça fait du bien dans un film chinois.

Mais je dis presque parce qu’arrive le combat final, où le méchant laisse libre cours à sa soif de vengeance, de manière un peu extrême, flirtant avec le grotesque. Le combat en lui-même vaut le détour si on accepte, même si c’est souvent l’usage dans les films d’arts martiaux, des exploits physiques totalement cheatés comme le fait de bloquer les coups d’épée comme si son corps était devenu du béton armé… Et c’est vrai que du coup ce sentiment mitigé sur ce dernier acte pèse un peu sur le ressenti du film, alors que les deux autres combats, notamment le deuxième, sont tout à fait excellents.

Reste au final un film (qui n’est pas tout à fait un film d’arts martiaux vu le peu de scènes de combat) sympathique, à la réalisation moderne, accompagné par une musique jouant à la fois sur le traditionnel et l’anachronique (guitare électrique dans les scènes d’action) et qui, en menant son intrigue en deux temps, permet de s’assurer un peu de suspense et un beau développement du personnage principal qui cherche, bon gré mal gré, à laisser son passé derrière lui. Pas si mal.

 

Seven Swords, de Tsui Hark

Le montage original de ce film durait 4 heures mais a été réduit à 2h30 lors de sa sortie publique. La plupart des défauts de ce film sont dûs à ce dégraissage qui a vraiment trop taillé dans le gras pour commencer à attaquer les parties nobles. En effet, malgré une intrigue très simple frôlant l’épure scénaristique (une bande de mercenaires, liée à l’Empereur qui a interdit la pratique des arts martiaux, ravage les villages du nord-ouest de la Chine. Sept guerriers, armés de puissantes épées, vont se dresser pour défendre l’un de ces villages), le récit reste confus, bardé d’ellipses manifestes là où il aurait fallu apporter quelques éléments pour comprendre de quoi il s’agit et quelles sont les motivations des personnages. On peut même aller jusqu’à se demander qui sont les personnages mis en scène dans le film, c’est dire à quel point il a été charcuté…

Car oui, de ces sept guerriers (ou plutôt cinq d’entre eux, puisque les deux derniers viennent du village assiégé, sans qu’on sache pourquoi ils se retrouvent munis d’une de ces épées particulières et intégrés à ces “Seven Swords”…), on ne saura quasiment rien, si ce n’est via un ultra bref flashback dans le tout dernier segment du film. C’est maigre, très maigre… Et ces épées, qui semblent dotées de certaines caractéristiques bien spéciales, comment ont-elles été forgées, quels sont les “pouvoirs” de ce vieux maître qui les a forgées ? Et qui est-il ce vieux maître ?… Autant de questions qui n’ont pas de réponse, ou si peu… Et quand on regarde les ambitions de Tsui Hark au départ, on comprend mieux le pourquoi du comment… Le réalisateur comptait en effet réaliser six (!!) films, une série télé, des bandes-dessinées, etc… De cette ambition initiale, il ne reste qu’un seul film, et une saison de série télé qui semble d’ailleurs retravailler le scénario de ce film. Maigre, très maigre. On peut facilement imaginer que ce qui aurait dû devenir une franchise aurait apporté toutes les réponses que le spectateur ne peut manquer de se poser, mais en l’état c’est famélique de ce point de vue. D’où la déception de ne pas rendre disponible le montage de 4 heures qui aurait sans doute largement pu adoucir les angles, en plus de lisser les ruptures de ton qui donnent lieu à des digressions tombant comme un cheveu sur la soupe, à la limite de l’incompréhensible tant les personnages et leurs motivations restent obscurs (l’adieu au cheval par exemple, sur un mode “Sam avec Bill le poney”).

Et c’est bien dommage car sur le plan formel, le film est pétri de belles images, de beaux décors, de beaux costumes. Il y a du “Conan le barbare” dans cette Chine du XVIIème siècle sillonnée par des bandits peinturlurés qui auraient très bien pu être intégrés à l’armée de Thulsa Doom. Les belles images dans les steppes chinoises sont bien là, et la caméra de Tsui Hark, même si on pourrait parfois lui reprocher de filmer les combats de manière un peu trop serrée, se fait dynamique, à l’image de ces combats justement, pas si virevoltants que ça mais en revanche assez brutaux (ça tranche pas mal, les têtes et les membres volent…) et surtout tout à fait à la hauteur du film, notamment le dernier d’entre eux qui culmine dans un duel au milieu d’un couloir étroit qui voit les combattants prendre appui sur les murs pour tenter de prendre l’ascendant sur l’adversaire (là pour le coup, c’est virevoltant).

Alors, Tsui Hark oblige, le film n’en reste pas moins agréable à regarder, mais bon sang, où est sa substance ? Les personnages (l’un d’entre eux étant joué par le décidément incontournable Donnie Yen…) sont à peine esquissés, on ne comprend pas qui ils sont, ce qu’ils font là, etc… C’est à se demander comment quelqu’un a pu donner son aval à une sortie en salles dans cet état. Car le résultat, pour aussi beau qu’il soit, c’est que les 2h30 du film paraissent bien longues. D’où le paradoxe de souhaiter voir cette fameuse version de 4 heures… Mais un tel charcutage fait au détriment de toute la structure et des personnages du film, franchement, c’est une hérésie… Et pourtant, quel potentiel il y a derrière tout ça ! Un beau et agréable gâchis certes, mais un gâchis quand même…

 

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Ellipses, de Audrey Pleynet https://www.lorhkan.com/2020/07/28/ellipses-de-audrey-pleynet/ https://www.lorhkan.com/2020/07/28/ellipses-de-audrey-pleynet/#comments Tue, 28 Jul 2020 06:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12456 Remarquée dans la blogosphère depuis quelques mois et par plusieurs éditeurs qui ont fait paraître un certain nombre de ses récits dans différentes anthologies, Audrey Pleynet a rassemblé quelques nouvelles qui n’ont pas trouvé preneur lors d’appels à textes (et dont elle possède donc les droits) pour les réunir au...

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Remarquée dans la blogosphère depuis quelques mois et par plusieurs éditeurs qui ont fait paraître un certain nombre de ses récits dans différentes anthologies, Audrey Pleynet a rassemblé quelques nouvelles qui n’ont pas trouvé preneur lors d’appels à textes (et dont elle possède donc les droits) pour les réunir au sein de ce recueil autoédité.

 

Quatrième de couverture :

Une reine qui découvre le secret de sa planète et l’origine de son pouvoir, d’inestimables leçons de survie dans un monde post-apocalyptique, une puce qui permet de vendre sa douleur, un programme du gouvernement tirant partie de notre addiction aux réseaux sociaux… Parcourez les ellipses de huit nouvelles de science-fiction qui explorent l’avenir de l’humanité, autant dans sa capacité de création que dans les sombres dérives qui la guettent… Au sommaire: – Les reines de Cyanira – Tu t’en souviendras ? – Les questions que l’on pose – Dolores – Icône – Alchimistes du rêve – Tu étais pourtant si fier de moi – Citoyen+.

Professionnelle de l’humanitaire et du social, Audrey Pleynet a publié son premier roman de science-fiction “Noosphère” en 2017. Lauréate de nombreux concours de nouvelles, elle signe avec “Ellipses” son premier recueil personnel.

 

Une future grande ?

Huit textes sont au sommaire de ce court recueil de 150 pages, disponible en numérique à petit prix ou en papier (vraisemblablement en impression à la demande). Des textes qui n’ont pas eu les honneurs d’être sélectionnés lors des appels à textes auxquels Audrey Pleynet les a soumis, ce qui ne les empêche nullement d’être de qualité même si on pourra leur trouver quelques défauts ici ou là. Revue de détail.

 

  • Les reines de Cyanira

La reine nouvellement couronnée de la planète Cyanira, Shyrel, est chargée de faire face aux ambitions des gouvernants des planètes voisines alors qu’elle ne possède pas le puissant don télépathique de ses ancêtres qui leur permettait de faire valoir leurs droits sans trop de problèmes.

Un texte peut-être un peu trop optimiste sur la nature humaine (mais c’est sans doute moi qui suis un peu trop cynique…), à ceci près que le peuple qui est doté de “super pouvoirs” (et qui permet à Shyrel et ses ancêtres de bénéficier du fameux don) n’est plus vraiment humain donc pourquoi pas… Pour le reste, si on arrive à suspendre son incrédulité (ou à être de nature idéaliste), on a là un sympathique texte de “empowerment” avec l’aide d’un peuple utopiste et altruiste. Et quelque part, c’est beau.

 

  • Tu t’en souviendras ?

Dans un futur qui a sombré, une femme se retrouve à prendre sous son aile une petite fille non préparée à faire face à ce monde ravagé et donc condamnée à plus ou moins brève échéance. Mais s’ouvrir et avoir des sentiments, c’est se mettre en danger…

Récit post-apocalyptique sur la transmission, la filiation, la protection, dans un monde où avoir des sentiments est une faiblesse et augmente le risque d’une fin tragique, ce récit à chute, sans concession, est réussi alors qu’on est presque en terme d’optimisme dans l’exact opposé du texte précédent.

 

  • Les questions que l’on pose

Réflexion sur les big datas et l’usage qu’il est possible d’en faire, du plus simple et innocent (quoique, déjà, se pose la question des données personnelles non anonymes) au plus intrusif et expéditif dès lors que des personnes mal intentionnés et/ou radicales, notamment sur le plan politique, s’en mêlent.

La progression est bien menée, et la conclusion va à l’encontre de ce que nombre de récits de SF n’auraient pas hésité à explorer, pour un résultat plus terrible encore, accentué par le ton détaché du narrateur qui n’est autre que l’intelligence artificielle chargée de compiler toutes ces big datas. Excellent et glaçant, ce texte sonne comme un vrai avertissement.

 

  • Dolores

Un texte sur une biotechnologie révolutionnaire, que n’aurait pas renié Nancy Kress (et qui fait également penser très fort à ce qu’avait écrit Charles Yu dans sa nouvelle “Pack de solitude standard” écrite en 2010) : une femme scientifique, avec une amie informaticienne, a trouvé le moyen de “dériver” le signal de la douleur émis par le cerveau pour l’envoyer vers des personnes saines et volontaires.

On pourra dès le départ trouver regrettable qu’Audrey Pleynet ait cédé à la facilité d’une évolution technologique et scientifique de cette envergure uniquement réalisée semble-t-il par deux personnes (on sait très bien que quelque chose de ce genre, touchant à la gestion de la douleur et au cerveau peut difficilement se passer d’une coopération scientifique très large et internationale) et que ce qu’elle implique éthiquement parlant ne semble pas être un obstacle à sa commercialisation (là encore, éthiquement et politiquement, je ne suis pas sûr que les choses puissent se faire aussi simplement que l’accord de quelques investisseurs, un petit coup de pression politique et hop, l’affaire est dans le sac…), mais pour le reste le texte est thématiquement très riche dans son exploration des conséquences d’une telle invention.

Il y a du Ken Liu dans la manière qu’a l’autrice d’explorer les aspects sociaux, éthiques, politiques, en si peu de pages mais en posant les bonnes questions, le tout écrit avec une fluidité exemplaire. Par ailleurs, le côté humain via “l’inventrice” de cette puce Dolores n’est pas en reste et ses motivations, en plus d’être le moteur de son projet, sont tout à fait justes, crédibles et touchantes.

Des défauts donc (des facilités narratives surtout) mais le récit est malgré tout très intelligent et fonctionne bien.

 

  • Icône

Arsène est un photographe qui se trouve laid. Du moins n’est-il pas dans ce que la société appelle la norme. Mais il a une petite amie, Rosaline, qu’il retrouve un jour transformée, avec l’aide d’un peu de chirurgie esthétique, pour ressembler un peu plus à la starlette du moment.

Texte sur la dictature de la norme, de la beauté standardisée des magazine people, de l’uniformisation du physique des personnes nourries au papier glacé, de la superficialité du paraître au détriment de l’être et d’une certaine manière sur les girouettes médiatiques et la relativité de la beauté (qui est dans l’oeil de celui qui regarde, pas dans les magazines), “Icône” est thématiquement très parlant mais manque singulièrement de punch. Le message est clair, mais la façon de le faire passer ne m’a pas vraiment embarqué.

 

  • Alchimistes du rêve

Grâce à la possibilité de manipuler la réalité à travers les rêves, les duos de Veilleurs/Rêveurs sont chargés de construire les bâtiments nécessaires aux habitants de la cité de Urumqi, seule au milieu d’un immense océan. Raina et Kaiden forment un de ces duos. Mais peut-être sont-ils un peu plus que cela, avec tous les risques que cela implique…

Un peu comme pour “Les reines de Cyanira”, ma suspension d’incrédulité en a pris un coup dans ce texte à la fois SF et “magique” (même si ce terme n’est pas le bon puisque les capacités des Veilleurs et des Rêveurs sont justifiés, même si c’est très succinct). Ceci dit, l’histoire est belle et le récit est très visuel avec des constructions qui se font en se défont “en suspension”, à l’image de ce que les rêves permettent dans le film “Inception”. Comme pour les autres textes du recueil, la narration est simple, sans fioriture, mais d’une belle limpidité. Ce texte se lit donc avec plaisir, même s’il est loin d’être le plus marquant du recueil, la faute sans doute à des thématiques en retrait par rapport à d’autres récits ici présents. Mais pour ceux qui aiment simplement les belles histoires, ça peut faire tilt.

 

  • Tu étais pourtant si fier de moi

D’une manière un peu similaire à la nouvelle “Les questions que l’on pose”, ce texte se dévoile sous la forme d’un monologue entre une fille et son père.

La thématique de “Frankenstein” n’est pas loin, et la progression du récit se fait de la même façon que le texte sus-cité, avec un résultat à la fois similaire et très différent puisque cette fois, si la créature échappe à son créateur (ce qu’elle faisait aussi d’une certaine manière dans “Les questions que l’on pose”), elle finit en revanche par passer d’elle-même à l’action, pour un résultat marquant. Simple mais efficace, je lui préfère toutefois l’autre texte de l’autrice, plus proche de nous, plus réaliste, plus inquiétant.

 

  • Citoyen+

Audrey Pleynet aurait pu s’appeler Jean Baret ! 😀 En effet, à la lecture de “Citoyen+”, difficile de ne pas penser à la fois à “Bonheur™pour la société poussant à la consommation continue et à “Vie™ pour l’omniprésence des réseaux sociaux et des algorithmes régissant la vie de ceux qui acceptent de devenir des “citoyens+”. Certes, le propos n’est ni aussi outrancier que celui de Jean Baret, ni aussi drôle, pour un résultat donc en deça de celui de l’avocat culturiste, mais comparer un nouvelle de 15 pages et deux romans de 300, ça n’est pas non plus très honnête.

Rendons donc à Audrey Pleynet les honneurs d’avoir écrit ici une nouvelle finalement assez “synthétique” sur le sujet de la société de consomation et ses dérives numériques, avec ces “citoyens+” qui pensent être libres de mener la vie qu’ils souhaitent (et qu’ils croient aimer), surtout quand elle semble être particulièrement contestataire. La réalité, et la chute du texte, est à ce titre particulièrement déprimante. Encore un texte qui, sans être follement original, est bien écrit, avec une narration simple mais prenante, et qui touche au but.

 

Pas mal de belles choses donc dans ce recueil, malgré quelques achoppements que l’on qualifiera de défauts (qui sont d’ailleurs relativement mineurs) de jeunesse. Audrey Pleynet a un vrai talent pour produire des textes simples et clairs, qui n’en font pas des caisses mais qui sont toujours limpides sur le plan de la narration, présentant efficacement leur contexte (varié qui plus est) avant d’aller étudier de plus près des thématiques très actuelles (et très SF) et/ou universelles.

Après un tel recueil (autoédité) et quelques nouvelles disséminées dans différentes anthologies, on attend maintenant qu’un éditeur s’intéresse à l’autrice en mettant son nom en gros en haut de la couverture d’un livre disponible en librairie. Parce qu’à l’évidence il y a du potentiel. Et aussi parce qu’elle vit dans une ville où j’ai passé nombre d’étés dans la maison de mes grands parents. Mais ça c’est plus personnel… 😀

 

Lire aussi les avis de Xapur, Yogo, Feyd Rautha, Brize.

Critique écrite dans le cadre du challenge “Summer Star Wars épisode IX” de Lhisbei (pour la nouvelle “Les reines de Cyanira”).

 

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Les menhirs de glace, de Kim Stanley Robinson https://www.lorhkan.com/2020/07/24/les-menhirs-de-glace-de-kim-stanley-robinson/ https://www.lorhkan.com/2020/07/24/les-menhirs-de-glace-de-kim-stanley-robinson/#comments Fri, 24 Jul 2020 06:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12425 Depuis “Aurora”, Kim Stanley Robinson ne me fait plus peur. Enfin… la fameuse “Trilogie martienne” reste un tel monument que bon, sa lecture n’est pas encore à l’ordre du jour. En revanche, “Les menhirs de glace”, l’un de ses premiers romans, publié en 1984, oui. Et comme il est parfois...

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Depuis “Aurora”, Kim Stanley Robinson ne me fait plus peur. Enfin… la fameuse “Trilogie martienne” reste un tel monument que bon, sa lecture n’est pas encore à l’ordre du jour. En revanche, “Les menhirs de glace”, l’un de ses premiers romans, publié en 1984, oui. Et comme il est parfois considéré comme une sorte de roman annonçant cette trilogie, qui sait, un jour…

 

Quatrième de couverture :

Les progrès de la médecine ont donné à l’humanité une espérance de vie moyenne de six cents ans, qui sera sans doute bientôt prolongée jusqu’à mille. Mais la mémoire n’a pas suivi : n’y subsistent que les souvenirs les plus récents, ceux qui couvrent l’étendue d’une durée de vie jadis «normale».
Dans ces conditions, que devient l’histoire, lorsqu’elle est écrite par des gens qui l’ont à la fois vécue et oubliée ? C’est l’énigme que pose la découverte, sur Pluton, d’un mystérieux monument : un cercle de gigantesques blocs de glace. Scintillant dans la pâle lueur du lointain soleil, «Icehenge» défie toutes les explications. Quel rapport cette construction entretient-elle avec la révolte qui, jadis, a enflammé les colonies martiennes ? Qui en est le constructeur et pourquoi l’histoire officielle n’en montre-t-elle nulle trace ?
Par l’auteur de la grandiose Trilogie martienne, une splendide réflexion sur l’histoire et la mémoire, une vaste fresque couvrant cinq cents années du futur de l’humanité.

 

Mémoire et Histoire entremêlées

“Les menhirs de glace” est un fix-up dont l’histoire éditoriale pourrait faire penser à quelque chose d’assez artificiel. Il est en effet divisé en trois parties bien distinctes, éloignées dans le temps, dont la première et la troisième sont parues dans des revues en tant que novellas, respectivement en 1982 et 1980, avant que Kim Stanley Robinson ne les retravaille (surtout la troisième partie) pour les intégrer dans un récit plus “grand” et en faire le roman ici présent. Et finalement, même si les ruptures se sentent bien puisque les personnages et les époques changent entre chaque récit, il y a bel et bien un lien entre eux qui permet de d’approcher différentes thématiques sur un temps long, ce qui ne manque pas d’intérêt vu les dites thématiques.

Car il en effet question notamment d’Histoire et de mémoire, la division en trois récits distincts entretenant volontairement une certaine confusion liée à la véracité historique (avec toutes les questions attenantes : qui écrit l’Histoire ? Qui détient la vérité ? Peut-on manipuler des faits historiques ? Dans quel but ? Politique ? Idéologique ? Etc…) quant à l’objet qui fait le titre du roman, à savoir ces dizaines de blocs de glace dressés autour du pole nord de Pluton (et qui donne aussi le titre VO de bien plus belle manière : “Icehenge”), alors que la technologie permet à l’humanité de vivre plusieurs siècles mais sans garantir que la mémoire puisse suivre une si longue période…

Mais avant d’en arriver à ces monolithes, la première partie située en 2248 nous narre les évènements vécus par Emma Weil, spécialiste en systèmes de survie, qui se retrouve mêlée à une mutinerie de plusieurs vaisseaux minéraliers, las de subir le joug du Comité chargé de gérer la planète Mars. On sent déjà l’importance du côté technique et scientifique des choses dans l’insistance de Robinson à nous détailler le délicat équilibre écologique entre gains et pertes dans un environnement fermé comme un vaisseau spatial. les lecteurs de “Aurora” seront familiers de la chose. Le but des mutins est tout simplement d’aller coloniser une planète extrasolaire, il faut pour cela modifier les systèmes de survie pour permettre un voyage très long pour lequel ils n’ont jamais été prévus. D’où l’intérêt des révoltés pour Emma Weil.

La deuxième partie du roman se déroule 300 ans plus tard, sur une planète Mars qui a vécu la guerre. Certains historiens et archéologues tentent, avec l’accord du Comité, d’explorer les ruines de cette guerre qui a failli voir une rébellion réussir à renverser le gouvernement. Une rébellion qui, au passage, n’a pas hésité à faire des milliers de victimes en détruisant les dômes protégeant certaines cités. Pourtant, le doute s’installe quand l’archéologue Hjalmar Nederland met au jour certaines traces aptes à remettre en cause la version officielle, notamment le journal personnel d’Emma Weil… C’est à cette époque que sont découverts les menhirs de glace, sans qu’aucune trace historique de cette construction n’existe nulle part…

Enfin, 150 ans plus tard, la dernière partie du récit nous place au coeur d’une expédition vers ces menhirs pour tenter d’enfin élucider le mystère qui les entoure. Edmond Doya, petit fils de Hjalmar Nederland, pense surtout à une vaste falsification, aussi bien en ce qui concerne les menhirs de glace que le journal d’Emma, l’un comme l’autre semblant liés à une même machination historique. Mais où se situe la vérité ?

Comme je le disais plus haut, les première et troisième parie sont parues indépendamment en tant que novella. On ne sera donc pas étonné de constater qu’elles sont les meilleures parties du récit. La deuxième, servant de lien entre elles, tout en ayant une grande importance sur l’approche de la vérité avec une intéressante réflexion sur l’Histoire, qui écrit l’Histoire et comment il est possible de la récupérer à son profit (avec démonstration à la clé), étant quant à elle un peu longue et pas toujours passionnante, malgré une intense expédition dans le désert martien… Dommage car les deux autres morceaux sont quant à eux tout à fait réussis.

On obtient donc un roman un peu bancal, au propos très prenant mais qui souffre tout de même un peu de cette structure pas totalement idéale. Par ailleurs, pour mener sont récit, Kim Stanley Robinson s’appuie à une ou deux reprises sur des deus ex machina un peu trop évidents. On pardonnera à l’auteur sa jeunesse au moment de l’écriture (à peine 30 ans).

Ceci dit, ce constat mitigé ne doit pas masquer les thématiques importantes sur la manipulation de l’Histoire et des faits pour orienter une vérité qui porte bien mal son nom, ou bien la difficile objectivité de la mémoire, toujours capable de jouer des tours même au plus honnête des hommes, surtout quand le temps passe. Des approches toujours très modernes à notre époque troublée par les fake news et autres petits arrangements avec l’Histoire… A ce titre, les menhirs de glace du roman font office de rappel salvateur.

Dommage donc que Robinson n’ait pas un peu plus soigné le rythme un peu trop indolent de son récit (on sera d’ailleurs saisi par la conclusion très rapide, notamment la solution au mystère des menhirs, comparativement à la longueur de certains passages plus rébarbatifs), alors qu’il avait toutes les cartes en main pour en faire quelque chose de marquant. Ce qu’il est, d’une certaine manière, malgré tout parvenu à faire ici, en produisant le germes de ce qui deviendra plus tard “La trilogie martienne”. Qu’il va bien falloir que je lise un jour…

 

Lire aussi les avis de Culture SF, Manu B., Critiques libres.

Critique écrite dans le cadre du challenge “Summer Star Wars épisode IX” de Lhisbei.

 

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Zapping VOD, épisode 54 https://www.lorhkan.com/2020/07/20/zapping-vod-episode-54/ https://www.lorhkan.com/2020/07/20/zapping-vod-episode-54/#comments Mon, 20 Jul 2020 06:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12413 Remise à niveau sur la saga “Alien” et deux films d’arts martiaux (il faut croire que “La guerre du pavot” m’a donné quelques envies), voici le programme du jour. Un grand écart stylistique donc, à l’image de ce que savent faire physiquement les virtuoses des arts martiaux asiatiques.   Alien...

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Remise à niveau sur la saga “Alien” et deux films d’arts martiaux (il faut croire que “La guerre du pavot” m’a donné quelques envies), voici le programme du jour. Un grand écart stylistique donc, à l’image de ce que savent faire physiquement les virtuoses des arts martiaux asiatiques.

 

Alien Covenant, de Ridley Scott

Vous vous souvenez de “Prometheus” ? Film que je n’arrive pas à ne pas aimer malgré ses scientifiques complètement stupides et son scénario rempli d’incohérences ? Hé bien “Covenant” est la suite. Première déception : moi qui m’attendais à ce que le film reprenne directement là où “Prometheus” s’était arrêté, on s’aperçoit vite que de nouveaux changements de direction sont intervenus. Je m’imaginais aller sur la planète des Ingénieurs, les rencontrer, comprendre toutes les implications de ce qu’on a entraperçu dans “Prometheus”… Las, Elizabeth Shaw (le personnage joué par Noomi Rapace dans “Prometheus”) est morte entre les deux films, et l’androïde David a fait quelques expérimentations qui font qu’on oublie vite les Ingénieurs. Dommage.

Reste l’alien, et la mythologie qui l’entoure. Fallait-il à tout prix donner une explication de l’origine des xénomorphes ? Le fan de background et de worldbuilding en moi crie oui, sauf qu’ici ça se perd en considérations pas forcément très intéressantes ni totalement satisfaisantes (ni parfaitement claires d’ailleurs, histoire de pousser vers un prochain film).

Reste un film sympathique, une nouvelle fois esthétiquement réussi (sans atteindre le niveau de “Prometheus”), mais qui peine à faire peur et qui montre que la saga “Alien” n’a jamais été aussi bonne que quand elle mettait en scène un jeu du chat et de la souris. Quand elle prend le virage du film d’action-SF moins surprenant, ronronnant un peu sur ses acquis, elle montre qu’en laissant de côté l’essence de ce qui faisait sa puissance, elle y perd grandement en substance. Car oui, “Covenant” est un bon petit film du dimanche soir…

 

Ip Man, de Wilson Yip

Envie d’un film récent d’arts martiaux sans tomber dans les festivals aériens remplis de câbles invisibles et complètement over-the-top ? “Ip Man”, sorti en 2008, est le film idéal !

Ip Man (ou Yip Man) est un grand maître chinois d’art martial et qui, fut, entre autres, le maître de Bruce Lee. Ce film est donc une sorte de biopic très (très très TRÈS !) romancé et, contrairement au “The Grandmaster” de Wong Kar-wai, met clairement l’accent sur les arts martiaux. Des arts martiaux qui se veulent réalistes (dans une certaine limite), donc au corps à corps et ancrés au sol. Les chorégraphies restent malgré tout très réussies et ce côté réaliste ajoute finalement au spectaculaire, apportant une tension certaine. Tension qui malheureusement à tendance à ne pas atteindre les niveaux qu’on aimerait qu’elle atteigne, la faute au personnage de Ip Man lui-même qui n’affronte pas vraiment d’adversaire de son niveau, même lors du combat final une nouvelle fois très réussi mais assez court et sans grande adversité.

Mais le film va plus loin, puisqu’après une première partie un peu longuette et sans grands enjeux ni réelle intrigue, il bascule ensuite dans la guerre avec l’invasion de la Chine par le Japon. Le ton change, les images aussi, ne manquant pas de montrer l’horreur de la guerre et le terrible impact qu’elle a sur les populations, riches comme pauvres, tout le monde se retrouvant au même niveau, avec le simple but de tenter de survivre. Bien évidemment, c’est aussi une manière de montrer la grandeur de la Chine et de son peuple, capable d’endurer le martyr et de garder sa fierté et sa force, même si certains sombrent dans la collaboration et survivent grâce à l’oppression de leurs concitoyens (mais la rédemption est au bout du chemin…).

Ip Man (le personnage) prend donc des airs de héros national combattant le joug des envahisseurs et “Ip Man” (le film) tente d’orienter le “roman national” chinois. Nationaliste donc, oui bien sûr, mais pas dénué de qualités, qu’elles soient sur la forme ou sur le fond, même si ce dernier est politiquement orienté.

Côté acteurs, malgré un côté surjoué parfois agaçant des personnages secondaires, le boulot est fait correctement et Donnie Yen surnage très clairement, dans les chorégraphies martiales bien sûr, mais aussi dans les émotions. Il est certes tout en retenue (l’humilité, le calme et la discrétion sont ce qui caractérise le mieux Ip Man), mais il parvient à faire passer l’essentiel, juste avec un regard ou une expression de visage.

Jolie réussite donc pour les amateurs du genre, amplifiée par le beau travail de Kenji Kawai à la musique, qui m’a mené à presque tout de suite enchaîner avec le film suivant.

 

Ip Man 2, de Wilson Yip

Une suite donc, sortie deux ans après, en 2010. Mieux que le premier ? Pas sûr, mais pas vraiment moins bien non plus. Juste différent, mais pas tant que ça en fait… 😀 “Ip Man 2” tente en effet de faire plus que le premier mais en à peu près pareil. Bon allez, je détaille un peu ! 😀 Il y a dans ce “Ip Man 2” plus de chorégraphies spectaculaires, plus de variété dans les affrontements, etc… Cela mène à tomber dans ce que le premier film avait évité de par sa volonté de rester du côté d’un certain réalisme. Et donc, ici, place à quelques affrontements un peu “extrêmes” comme dans la poissonnerie à deux contre quelques dizaines, à coups de palettes de bois et de bacs en plastique contre des types armés de machettes. Mouais. Le combat d’Ip Man contre les maîtres des autres écoles de Hong-Kong est aussi sur le fil du rasoir avec cette table branlante de laquelle il ne faut pas tomber. Ceci dit, côté chorégraphies des combats, il n’y a pas grand chose à redire.

Pour ce qui est de sa structure et de son intrigue, ce film-ci ne prend en revanche aucun risque et reste même sur une trame finalement très identique au premier “Ip Man” avec la fierté chinoise forcée de s’exprimer pour défendre ses valeurs face à un oppresseur étranger (ici les Anglais à Hong-Kong). Rien de neuf sous le soleil donc, et pour la subtilité du message, on repassera.

En revanche, soyons honnête, on regarde un film d’arts martiaux pour les combats principalement, et même si l’aspect spectaculaire des premiers combats m’a moins enthousiasmé que dans le premier “Ip Man”, dès lors qu’entre en scène le boxeur anglais (joué de manière très caricaturale par Darren Shahlavi, mais c’est ce qu’on lui demande) le niveau monte singulièrement. Contre le rival d’Ip Man tout d’abord, puis contre Ip Man lui-même, ce dernier combat étant une merveille du genre et qui a le bon goût de pallier le défaut du premier film puisque le boxeur anglais va donner du sacré fil à retordre au maître chinois. Et cette fois, même si on se doute de l’issue du combat, la tension est là, ça fonctionne parfaitement.

Pour le reste, c’est toujours un peu surjoué (sauf Donnie Yen, encore une fois très bon), c’est toujours très nationaliste, mais ça se regarde incontestablement avec plaisir (pour qui aime ce genre de films), le film étant de plus toujours porté par la belle partition de Kenji Kawai. Le côté biographie de Ip Man est toujours ultra approximatif (le combat contre le boxeur n’a jamais existé, alors que c’est le sommet vers lequel tend tout le film…) mais on voit l’arrivée d’un de ses disciples qui est ensuite devenu un grand maître très respecté (Wong Leung Sheung) puis en toute fin, un tout jeune Bruce Lee. Allez, “Ip Man 3” est pour bientôt…

 

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La guerre du pavot, de R.F. Kuang https://www.lorhkan.com/2020/07/16/la-guerre-du-pavot-de-r-f-kuang/ https://www.lorhkan.com/2020/07/16/la-guerre-du-pavot-de-r-f-kuang/#comments Thu, 16 Jul 2020 06:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12430 Auréolé d’une belle réputation aux Etats-Unis, voilà que débarque en France, chez Actes Sud, “La guerre du pavot” de l’autrice sino-américaine Rebecca F. Kuang. Transposition fantasy d’une partie de l’histoire de la Chine, le roman va-t-il au delà d’un nouveau récit nationaliste célébrant la grandeur et la force du peuple...

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Auréolé d’une belle réputation aux Etats-Unis, voilà que débarque en France, chez Actes Sud, “La guerre du pavot” de l’autrice sino-américaine Rebecca F. Kuang. Transposition fantasy d’une partie de l’histoire de la Chine, le roman va-t-il au delà d’un nouveau récit nationaliste célébrant la grandeur et la force du peuple chinois ?

 

Quatrième de couverture :

Deux pays s’affrontent depuis des siècles : l’immense empire de Nikara et une petite île voisine, Mugen. Jeune orpheline, Rin décide de tout faire pour échapper au mariage qu’ont arrangé ses parents adoptifs. Aidée d’un bibliothécaire qui s’est pris d’affection pour elle, elle se met à étudier en vue du concours Keju, qui ouvre aux enfants les plus brillants du pays accès à l’académie militaire de Sinegard, chargée de former les futures élites de l’Empire. Sous l’égide d’un vieux maître fantasque et mystérieux, elle s’éveille peu à peu aux pouvoirs chamaniques qui sont les siens, mais quand la guerre larvée éclate de nouveau, sous les coups de boutoir de Mugen, l’Académie est dissoute et ses membres affectés à l’une des douze divisions des Douze Provinces qui composent l’Empire. Rin rejoint les sicaires de l’Impératrice…

Mi-roman de formation évoquant les meilleures pages de Harry Potter, mi-épopée grimdark de fantasy militaire, le premier roman de R. F. Kuang, salué par la critique, détonne par son originalité.

 

L’apprentissage de la guerre

Vous voulez des arts martiaux (un peu), de la formation en école militaire (beaucoup), de la guerre (beaucoup également), avec de nombreuses références à l’histoire de nos civilisations (la Chine surtout, et notamment la guerre sino-japonaise, cela parsème le récit), le tout enrobé dans un monde fantasy très inspiré par l’Asie ? “La guerre du pavot” est fait pour vous. Très classique dans l’intrigue mais doté d’un ton résolument sombre, surtout en deuxième partie de récit, le roman joue avec les tropes de la fantasy et l’Histoire de la Chine, pour nous offrir un récit que l’on pourrait trouver outrageusement déjà vu, mais qui ne manque pourtant pas d’atouts pour séduire.

Débutant comme de nombreux romans de formation, le texte nous présente Fang Runin, surnommée Rin, jeune orpheline de guerre recueillie par une famille d’adoption qui voit plus en elle un larbin leur permettant de gérer leur petit trafic d’opium qu’une enfant à aimer. Rin est malheureuse, mais Rin à de l’ambition. Et puisqu’elle est douée, elle va tenter l’impossible : s’inscrire au concours Keju, à l’issue duquel seuls les plus méritants sont sélectionnés pour intégrer les grandes administrations ou les académies militaires du pays. N’ayant pas d’argent pour s’assurer une formation en cas de réussite au concours, elle vise rien de moins que l’élite : l’académie militaire de Sinegard, dont le cursus est gratuit mais qui ne sélectionne que le top du top du classement Keju. La suite, vous la connaissez : elle va réussir et intégrer l’académie. Fin du chapitre 1.

S’en suit un pur roman de formation : rencontre avec ses camarades, l’un d’entre eux, riche garçon issue de l’aristocratie (comme 99,9% de ses camarades), considère qu’elle n’a rien à faire ici et va lui faire savoir, même chose pour l’un de ses professeurs, puis Rin va se prendre de curiosité voire d’affection pour un autre et très étrange professeur qui pourrait cacher bien des choses et lui faire découvrir un monde insoupçonné (allant au delà des arts martiaux, même si tout débute par leur étude et leur philosophie, axée sur la défense et la méditation avant tout, sans toutefois oublier le combat, avec différents styles, différentes origines, etc…) et sur le point de disparaître, elle aura également un ami fidèle parmi les élèves, etc… Plein de découvertes et d’embûches donc pour notre jeune héroïne, dans un parcours ultra classique et balisé et… foutrement bien mené ! Cette partie dure pourtant un certain temps (pas loin de la moitié du roman), mais le récit est sans cesse relancé, il n’y a pas de temps mort, c’est vif et enlevé, bref, c’est du déjà vu mais du déjà vu bien fait, et donc ça fonctionne très bien.

Puis vient la guerre. Et là, les choses changent. Le contexte bien sûr, les personnages se retrouvent disséminés dans un conflit dont l’issue semble bien inquiétante devant l’avancée et la préparation des troupes ennemies… Le ton du roman prend aussi une tournure beaucoup plus sombre. Non pas qu’auparavant on nageait dans la joie et l’allégresse au vu des difficultés rencontrées par Rin, mais disons qu’ici l’ambiance se fait beaucoup plus désespérée à mesure que les évènements se précipitent.

Revenons un instant sur le contexte d’ailleurs. Rin appartient à l’immense Empire de Nikara, constitué de plusieurs provinces plus ou moins rivales aux noms qui résonnent très “astrologie chinoise” (les provinces du Singe, du Chien, du Coq, du Rat…). Son voisin belliqueux, un archipel en forme d’arc, la Fédération de Mugen, ne dispose depuis la dernière guerre avec Nikara (que l’Empire n’a “gagné” que grâce à l’intervention d’un tiers, les Hespériens, alertés par le génocide perpétré par Mugen sur l’île de Spir) que de quelques comptoirs dans le nord de l’Empire. Mais son ambition reste intacte… A partir de là, vous devez à peu près avoir cerné les références historiques : Nikara = Chine, Mugen = Japon, Hespériens = USA, dans les grandes lignes. Des évènements relatés dans le texte peuvent de même être directement rattachés à l’Histoire : le massacre de Spir lors de la première guerre du Pavot = le massacre de Port-Arthur par exemple. D’ailleurs, de manière simple, guerre du pavot = guerre sino-japonaise, première comme deuxième. Des exemples de ce type, il y en a plein le roman (et je n’en dévoilerai pas plus, pour ne rien spoiler), qu’ils soient historiques, géographiques, culturels (un texte sur l’art de la guerre écrit par un certain Sunzi, vous voyez le genre ?) ou autres… De quoi s’amuser à faire quelques recherches pour y voir les parallèles (dont on pourra éventuellement trouver la transposition fantasy un peu paresseuse, trop calquée sur les faits réels), de quoi s’apercevoir également que sur ce point le roman manque singulièrement de subtilité (le manichéisme géopolitique est flagrant), voire, si on tente une lecture politique du récit, frôle l’orientation politique dans la plus pure tradition des romans élevant la grandeur de la Chine au-dessus de toute autre nation. Le texte a donc un fond très référencé, sur lequel je laisserai chacun se faire son avis.

Sur un plan plus littéraire, si on ne se relèvera pas en pleine nuit pour admirer le style de l’écriture, on reconnaîtra en revanche une maîtrise certaine de la narration, qui sait miser sur l’action quand il le faut (en passant parfois par des scènes très impressionnantes), puis sur les sentiments des personnages (surtout Rin à vrai dire, elle reste au coeur du texte à chaque instant, ne laissant que bien peu de place aux autres protagonistes) pour calmer un peu le rythme. Cela passe certes par un petit ventre mou à la fin du deuxième tiers du récit, mais rien de très grave.

D’autant que là encore, dès qu’une baisse de rythme se fait sentir, Rebecca F. Kuang n’hésite pas à rebattre les cartes, en changeant de lieu de manière inattendue par exemple. Ou bien, même si elle avait déjà montré les horreurs de la guerre dans ce qu’elle implique de combats, de douleur et d’impact sur les civils (morts ou déplacés), en n’hésitant à montrer frontalement l’horreur absolue devant un lecteur forcément assommé par tant d’abominations. Oui, il faut parfois avoir le coeur bien accroché, et ne pas craindre de lire des descriptions très évocatrices d’un des plus grands massacres de la deuxième guerre sino-japonaise du pavot (c’est de toi que je parle, chapitre 21, et tes 20 pages d’une absolue noirceur), ou bien les agissements d’une unité supposément “scientifique” (donc axée, puisque nous sommes dans un monde de fantasy, sur l’étude de certains pouvoirs magiques, quelle que soit la méthode…) dont Ken Liu avait déjà parlé dans un de ses chefs d’oeuvre. Et on passe donc d’un roman de formation avec un personnage adolescent à un récit de guerre qui n’édulcore en rien les horreurs d’une telle période. Une énorme rupture de ton donc, qu’il faut accompagner d’un message explicite : âmes sensibles s’abstenir…

Et au milieu de tout ça, il y a Rin. Rin qui n’est pas là pour rien bien sûr, elle qui va démontrer que d’une part elle est très capable mais qu’en plus elle porte en elle la possibilité d’atteindre des pouvoirs proprement divins. Dès lors se pose la question de savoir quoi faire de tels pouvoirs. Comment en finir avec cette guerre ? La fin justifie-t-elle les moyens ? La vengeance peut-elle être une motivation ? Jusqu’où aller ? Un parallèle à nouveau évident avec la Seconde Guerre Mondiale et les justifications des bombardements atomiques. Rin ne sera pas la seule confrontée à ces questions, mais c’est elle qui devra prendre l’ultime décision avec, peut-être les inévitables conséquences qui en découleraient… Un personnage intéressant donc, pour laquelle R.F. Kuang n’a pas choisi la facilité. Tout n’est pas cousu de fil blanc dans son destin et surtout dans ses décisions, malgré un début de récit que l’on voit venir à des kilomètres. Et Rin s’avère être, un peu contre toute attente je dois dire dans un tel récit, un personnage qui prend un chemin bien sombre et dont le statut d’héroïne n’est pas d’une absolue évidence, loin s’en faut.

“La guerre du pavot” s’avère donc être un roman réussi, proposant de nombreux attraits et quelques jolies surprises au lecteur. Nerveux et rythmé, très référencé (peut-être même un peu trop ouvertement et manquant de subtilité dans le propos), ne prenant pas de gants avec ce qu’il dit de la guerre (encore une fois, j’insiste, certains passages sont VRAIMENT durs, et je ne suis pourtant pas le plus impressionnable en la matière), c’est une lecture tout à fait recommandable pour qui souhaiterait s’aventurer dans une fantasy à la fois classique dans son déroulé et différent dans son contexte de ce qu’on a l’habitude de lire dans le genre. Une dernière chose toutefois : il s’agit bien ici du premier tome d’une trilogie, chose qui n’est mentionné absolument NULLE PART dans le roman, une bien mauvaise habitude que prennent de plus en plus d’éditeurs…

 

Lire aussi les avis de Gromovar, Little.

 

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[TAG] Les incontournables (récents) en SFFF https://www.lorhkan.com/2020/07/12/tag-les-incontournables-recents-en-sfff/ https://www.lorhkan.com/2020/07/12/tag-les-incontournables-recents-en-sfff/#comments Sun, 12 Jul 2020 14:51:19 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12408 S’il est une chose énervante dès lors que les médias généralistes s’intéressent aux littératures de l’imaginaire et se mettent à conseiller des ouvrages, c’est de voir resurgir systématiquement ou presque les mêmes textes, bien souvent issus de années 50-60-70-80 mais n’allant guère au delà. Comme si ces littératures n’avaient rien...

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S’il est une chose énervante dès lors que les médias généralistes s’intéressent aux littératures de l’imaginaire et se mettent à conseiller des ouvrages, c’est de voir resurgir systématiquement ou presque les mêmes textes, bien souvent issus de années 50-60-70-80 mais n’allant guère au delà. Comme si ces littératures n’avaient rien produit d’intéressant depuis. C’est bien sûr faux, nous le savons tous, nous les amateurs de SFFF. Et si on peut accepter le fait qu’acquérir le statut de “classique” prend du temps, toujours mettre en avant les mêmes oeuvres relève de l’aveuglement littéraire, d’autant que durant toutes ces années la société a changé, et les littératures de l’imaginaire ont accompagné ce changement, dans les thèmes abordés comme dans la façon de le faire.

Partant de ce constat, Vert a eu la très bonne idée de lancer le tag “Les incontournables (récents) en SFFF” auprès des 10 blogs les plus prescripteurs de la blogosphère de l’imaginaire au sens large. Accompagné d’un logo réalisé par Anne-Laure du blog Chut… maman lit !, il s’agit, de manière forcément très subjective et sans thématique particulière, de choisir entre 5 et 10 titres de SFFF (science-fiction, fantasy, fantastique) que l’on considère comme étant des incontournables récents, le terme récent signifiant publié à partir de l’an 2000.

 

 

Un exercice pas si facile que ça finalement, d’autant qu’on s’aperçoit rapidement (en tout cas ce fut le cas pour moi) qu’un certain nombre des oeuvres que l’on juge cultes (lisez “Kirinyaga” !) date d’avant cette période à la fois large et restrictive. Mais en cherchant un peu, on trouve vite de quoi faire une petite sélection, avec de très très bon ouvrages.

Alors c’est parti ! Je précise tout de suite qu’il ne s’agit pas ici d’un classement, mais d’une sélection “globale”. Tous les textes présentés ici méritent d’être lus, sans en mettre un plus en avant qu’un autre.

 

  • Le fleuve céleste – Guy Gavriel Kay (2013)

Guy Gavriel Kay est un auteur qui s’est “spécialisé” dans la fantasy historique, c’est à dire très inspirée de fait réel mais qu’il replace dans un monde imaginaire. Toujours très documenté, l’auteur canadien a un talent fou pour dépeindre des personnages touchants, profonds et crédibles. “Le fleuve céleste” ne fait pas exception à la règle en reprenant certains évènements majeurs de la dynastie des Song en Chine, des évènements dans lesquels de somptueux personnages dramatiques surnagent.

Mon avis détaillé.

 

  • Le fleuve des dieux – Ian McDonald (2004)

Roman total (et fleuve, haha !), “Le fleuve des dieux” s’intéresse, à travers le portrait qu’il dépeint d’une Inde du futur, à l’avenir de l’humanité en brassant de nombreuses thématiques qui font l’essence même de la SF (intelligence artificielle, espace, cyberpunk, post-humanisme, etc…). Certes un peu long et lent au début, il finit pourtant par développer une ampleur et une ambition rares. Une somme dans le genre.

Mon avis détaillé.

 

  • Lumières noires – N.K. Jemisin (2018)

Il y a tout dans ce recueil de nouvelles : de la science-fiction, du fantastique, de la fantasy. Le tout écrit avec un grand sens du récit, un goût prononcé pour l’aventure et des revendications très claires, relatives à des problèmes de société très actuels. Le discours est limpide mais jamais N.K. Jemisin n’oublie qu’elle écrit de la fiction et non des essais. Toujours inventif, “Lumières noires” est un recueil modèle, un sans faute.

Mon avis détaillé.

 

  • L’homme qui mit fin à l’histoire – Ken Liu (2011)

Ken Liu est une des stars des littératures de l’imaginaire contemporaines. Auréolé de nombreux prix, découvreur de talents, traducteur, il n’a déjà plus rien à prouver. “L’homme qui mit fin à l’histoire” est assez typique de la “méthode” Ken Liu : présenter les faits, de manière détachée (accentué ici puisque le texte prend la forme d’un documentaire) mais sans perdre de vue l’émotion, et sans prendre parti à la place du lecteur, laissant celui-ci faire son cheminement de pensée devant ce qu’expose l’auteur. Ce récit est une merveille, abordant de multiples thématiques en quelques pages (une centaine). Court mais profond, c’est un texte qui dépasse très largement les frontières de la science-fiction. Essentiel.

Mon avis détaillé.

 

  • Les enfermés – John Scalzi (2014)

John Scalzi écrit des romans faciles d’accès mais qu’on aurait tort de prendre de haut car sous leur apparente légèreté se cachent en fait des récits très intelligents qui abordent des problématiques de manière très pertinente. “Les enfermés” entre dans cette catégorie puisque cette enquête policière a priori classique soulève en fait des questionnements éthiques, juridiques, sociétaux en somme, sur certaines avancées technologiques. C’est extrêmement bien pensé et très cohérent. Abordant de plus la question du handicap, de la différence et de l’intégration au sein de la société, avec une jolie finesse sur la question du genre, ce roman est une superbe réussite.

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  • Anatèm – Neil Stephenson (2008)

Enorme récit s’étalant en version française sur deux tomes, “Anatèm” est une sorte de relecture des sciences, de l’histoire des sciences, de la philosophie des sciences, sur un autre monde et dans une autre société que la nôtre. Extrêmement érudit sans être pompeux, drôle par moments, le roman de Neil Stephenson, longtemps considéré comme intraduisible (et de fait pas simple à aborder au début pour le lecteur, même s’il faut louer la qualité de la traduction de Jacques Collin) est appelé à faire date.

Mon avis détaillé : tome 1tome 2.

 

  • Mes vrais enfants – Jo Walton (2014)

Uchronie personnelle (puis un peu plus que cela), relatant deux trajectoires parallèles d’une seule et même femme, illustration du basculement d’un destin suite à un “petit” (ou pas…) évènement et mettant en balance le bien commun face au bien personnel, “Mes vrais enfants” est un récit touchant, moderne, féministe. S’adressant bien au-delà du seul public de la science-fiction, il mérite d’être lu et connu du plus grand nombre.

Mon avis détaillé.

 

  • Infinités – Vandana Singh (2008)

Recueil injustement méconnu, “Infinités” nous parle de l’Inde et de la place de la femme dans cette société encore très marquée par les castes. Apparaissant souvent à la marge, la science-fiction est pourtant un moyen ici de dénoncer les biais et les injustices vécues par les femmes indiennes, qu’il est parfois tout à fait possible de transposer à plus grande échelle. Avec une grande sensibilité, tout en douceur, Vandana Singh laisse une trace et interroge le lecteur. Brillant.

Mon avis détaillé.

 

  • Aurora – Kim Stanley Robinson (2015)

Les romans de conquête spatiale (vers une autre étoile) à l’aide de vaisseaux générationnels sont nombreux en SF. “Aurora” est un peu le texte ultime sur le sujet, reprenant peu ou prou tout ce qui “fait” ce genre de romans : vaisseau générationnel donc, avec un focus particulier sur l’aspect technique de la chose, installation sur une autre planète, désaccords sur l’orientation de la mission, conflits sociaux et politiques en vase clos,  vertigineuse navigation gravitationnelle, le tout sur un temps long… Sera-t-il possible de faire mieux et plus complet que “Aurora” sur ce sujet ?

Mon avis détaillé.

 

  • BonheurTM / VieTM, de Jean Baret (2018 / 2019)

Il fallait bien que je triche à un moment ou à un autre… Il est en effet bien difficile de départager les deux romans de Jean Baret, certes indépendants mais faisant partie d’un trilogie thématique sur l’avenir de notre société, le premier, “BonheurTM” s’intéressant à la société de consommation, le deuxième, “VieTM”, à nos vies régies par des algorithmes. Les deux romans sont frappants, violents, grinçants, drôles aussi. Poussant tous les curseurs à l’extrême, ils sont surtout très justes. Deux beaux uppercuts.

Mon avis détaillé sur “BonheurTM” et sur “VieTM”.

 

Le choix fut difficile, il faut bien le dire, et il a fallu trancher. Parmi les oeuvres restées bloquées dans “l’antichambre” de la sélection, on trouve :

Maintenant, à vous de jouer !

 

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Recueil paru aux éditions Scylla, inédit en français et regroupant des nouvelles liée à un même lieu, à savoir la ville imaginaire de Sturkeyville, “Bienvenue à Sturkeyville” permet au lectorat français de faire la connaissance avec la plume de Bob Leman, auteur américain quasi inconnu (seulement quinze nouvelles parues) et décédé en 2006. Voilà qui est incongru. Incongru mais particulièrement… bienvenu justement car la qualité, sur le fond comme sur la forme, est au rendez-vous.

 

Quatrième de couverture :

Y en n’a pas !

 

Si Lovecraft avait habité à Twin Peaks…

Voila ce que j’appelle un beau financement participatif. Une petite maison d’édition avec peu de moyens, un auteur inconnu ou presque, l’équation semble au départ un peu complexe à résoudre. Et au final le financement participatif (qui a pris fin en avril 2019) a permis d’obtenir ce recueil qui, avant même d’être lu, charme par ses atours. Une belle couverture avec rabats (parfaite illustration de Stéphane Perger,  qui nous amène à Sturkeyville avant même d’en avoir lu une seule ligne), des illustrations intérieures de Arnaud S. Maniak, et quelques fioritures pour parfaire le tout (cartes des lieux proposés dans les nouvelles), rien à dire, ça donne envie d’y plonger.

Côté récits, on trouve dans le recueil six textes, pour un relativement court total de moins de 200 pages. Six textes qui dressent un panorama géographique et temporel de la petite ville de Sturkeyville qui doit autant, vu ce qui s’y passe, à Twin Peaks qu’à Arkham ou Dunwich, et sur un plan littéraire autant à Stephen King qu’à H.P. Lovecraft (à moins que ce ne soit King qui doive beaucoup à Leman et Lovecraft…).

La première nouvelle, “La saison du ver”, donne le ton (sans toutefois atteindre la qualité des suivantes) avec cette famille sous l’emprise psychologique d’un ver géant capable de prendre forme humaine. Étrange et glauque, on entre ici dans l’horreur pure. Vous qui entrez ici, abandonnez toute espérance…

“La quête de Clifford M.” est une variation très originale sur le thème des vampires. Des vampires assez particuliers, ne serait-ce que sur un plan biologique. Écrite comme un compte-rendu documentaire, cette nouvelle qui met l’accent sur l’aspect réalistico-biologique fait écho au “Je suis une légende” de Richard Matheson avec cette volonté de comprendre les vampires et leur particularités. Mais elle n’est pas faite que de ça, et est le premier exemple de ce que Bob Leman fera à plusieurs reprises par la suite (et le fera toujours bien), à savoir une sorte de chronique d’une vie, ici en l’occurrence celle d’un vampire élevé parmi les hommes et qui cherche à retrouver les siens. Ce qu’il découvrira sera loin de l’image qu’il s’en faisait…

La très lovecraftienne (à plus d’un titre) “Les créatures du lac” paie son écot aux illustres prédécesseurs de Bob Leman. On y trouve en effet le lac d’Howard ou le domaine Phillips, dans un texte qui ne manque pas de faire penser au “Cauchemar d’Innsmouth”. Mêlant chroniques familiales, légendes rurales et déchéance d’un homme, c’est une nouvelle fois un excellent texte, poisseux et inquiétant.

L’ombre de Lovecraft plane aussi sur “Odila”, récit rural sur une famille soit disant arriérée et vivant en autarcie, les Selkirk, habitant la campagne de Sturkeyville, tout comme les Whateley, répugnants et consanguins, habitaient les environs de Dunwich dans “L’abomination de Dunwich”. Une famille qui, bien évidemment, cache bien des choses monstrueuses et pas très humaines. C’est glauque là encore, mais c’est à nouveau très efficace, en nous montrant l’horreur qui se cache à l’ombre de la normalité.

Le sommet du recueil est atteint avec “Loob”, récit auquel “Bienvenue à Sturkeyville” doit son existence puisque c’est ce texte qu’un lecteur, un certain Thierry B., aurait voulu voir réédité si on lui en donnait l’occasion. La réception de son mail chez Scylla a enclenché la machine éditoriale. Et il faut bien dire qu’il a raison ce Thierry B. car ce texte est un petit bijou. Avec une structure mettant en parallèle deux uchronies (ou plutôt une réalité et une uchronie sans que l’on sache où se situe le vrai), avec un vaste champ des possibles que vient perturber un évènement illustrant à merveille la théorie du chaos et ses conséquences sur le plan temporel, “Loob” nous montre deux Sturkeyville. L’une conquérante et étincelante, peuplée de citoyens heureux et bien portants, l’autre moribonde, dépeuplée, pauvre et en ruines. Et au milieu de tout ça, il y a Loob, simple d’esprit aux pouvoirs très particuliers, liés au temps et aux réalités parallèles. Dans ce texte somptueux de bout en bout, la plume de Bob Leman fait merveille : précise et légère, élégante et raffinée, elle dissèque Sturkeyville et dévoilant son destin, ou plutôt ses destins, notamment à travers l’histoire de la famille qui possède l’aciérie de la ville. C’est bien simple : tout ici se conjugue à la perfection pour nous donner un texte magistral de bout en bout. Je crois qu’on tient là un chef d’oeuvre, ni plus ni moins.

Le dernier texte, intrinsèquement très bon, pâtit un peu de son passage après “Loob”. Pourtant, “Viens là où mon amour repose et rêve” ne manque pas de qualités dans sa manière de revisiter le thème de la maison hantée avec cette histoire tragique et émouvante où deuil et amour se mêlent étroitement, jusqu’au bout du bout.

Il y a donc bien peu de choses qui déçoivent dans ce recueil, pétri de qualités. Bob Leman, dans un style assez discret, a l’art de décrire des vies, des destins, de superbe manière, tout en retenue mais sans que cela se fasse au détriment de l’émotion. C’est donc toujours beau, précis, cadré, et souvent touchant, et cela doit aussi très certainement beaucoup à l’irréprochable traduction de Nathalie Serval. Sturkeyville, dans ses six récits qui partagent quelques noms propres ici ou là, quelques lieux, quelques bâtiments, à travers différentes époques, en sort grandie et c’est à regret qu’on la quitte, quand bien même elle abrite bien des choses sombres. “Loob” est un tel chef d’oeuvre que passer à côté de ce recueil relève de l’hérésie pure et simple, d’autant plus que le reste est au minimum bon, la plupart du temps excellent. “Bienvenue à Sturkeyville”  : à ne pas rater !

 

Lire aussi les avis de Lune, Gromovar, Lhisbei, Tigger Lilly, Feyd Rautha, Vert, Chut Maman lit, Nebal, Célindanaé, Touchez mon blog, Lutin

 

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Bifrost 98, spécial Van Vogt https://www.lorhkan.com/2020/06/25/bifrost-98-special-van-vogt/ https://www.lorhkan.com/2020/06/25/bifrost-98-special-van-vogt/#comments Thu, 25 Jun 2020 06:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12389 Après le numéro 97, je rattrape le temps perdu et je me remets à jour avec le numéro… 98, oui oui. 😀 Avec un dossier consacré à A.E. Van Vogt, un auteur auquel je ne suis frotté qu’une seule fois et qui ne m’avait pas particulièrement enthousiasmé…   Les rubriques...

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Après le numéro 97, je rattrape le temps perdu et je me remets à jour avec le numéro… 98, oui oui. 😀 Avec un dossier consacré à A.E. Van Vogt, un auteur auquel je ne suis frotté qu’une seule fois et qui ne m’avait pas particulièrement enthousiasmé…

 

Les rubriques habituelles

L’édito de ce numéro est bien évidemment consacré à la crise sanitaire et à ses conséquences sur le monde du livre. Un choc pour beaucoup, peut-être même bien plus que ça pour les moins solides. Les mois qui viennent risquent d’être compliqués…

Le reste des rubriques n’a rien d’inhabituel : un cahier critique bien fourni (m’orientant vers deux ou trois que je n’ai pas (encore) achetées), un Gilles Dumay au ton toujours très franc dans les critiques de revues, une sympathique interview d’Eléonore Calvez de la librairie “Le nuage vert” à Paris, un passionnant (une nouvelle fois…) article “Scientifiction” de Roland Lehoucq qui revient sur “Terre errante” de Liu Cixin et ses bases scientifiques à côté de la plaque (on s’en doutait, c’est confirmé, il n’empêche que j’ai toujours des étoiles dans les yeux quand je repense à cette novella), et quelques news en vrac (notamment la lancement d’une collection chez Au Diable Vauvert et le décès du monument (trop peu traduit en français) Mike Resnick (lisez le chef d’oeuvre “Kirinyaga” ! Lisez le superbe recueil “Sous d’autres soleils” !). A quand un Bifrost spécial Resnick ?).

 

Le dossier A.E. Van Vogt

Quatre grosses parties composent ce dossier. Tout d’abord un long et passionnant article biographique signé Pascal J. Thomas. Clair et documenté, il offre une belle synthèse de la vie et de l’oeuvre de l’auteur canadien. Un auteur assez particulier, qui aura plus qu’un peu penché du côté des pseudo-sciences (sans y sombrer totalement comme John W. Campbell ou L. Ron Hubbard…) et qui s’est régulièrement astreint à des “contraintes” ou des techniques spécifiques pour écrire ses récits. Étonnant.

La deuxième partie du dossier rejoint la première, mais de manière plus personnelle puisqu’il s’agit d’un article écrit par Charles Platt à l’occasion d’une rencontre avec Van Vogt en 1979. Un beau complément, sur un auteur qui semble sympathique mais pas très loin d’être un peu “toqué”. L’un n’empêche pas l’autre.

La troisième partie du dossier est le classique guide de lecture qui revient sur quelques oeuvres (mais pas toutes, la bibliographie de Van Vogt étant pléthorique) emblématiques de l’écrivain. Des récits qui ont pour la plupart subit les affres du temps… Que reste-t-il de Van Vogt aujourd’hui ? Un auteur qui a marqué son époque, un auteur sans qui la SF ne serait sans doute pas ce qu’elle est de nos jours, mais un auteur qui laisse derrière lui des écrits aujourd’hui bien difficiles à lire semble-t-il, quand bien même ils ne manquent pas de qualités liées à l’imagination de l’auteur. C’est un peu ce que j’avais ressenti à la lecture de “A la poursuite des Slans”… Et si j’ai bien noté quelques textes qui pourraient m’intéresser (et que je possède, comme “Les armureries d’Isher”), ils restent bien loin dans ma liste de priorités…

La dernière partie est bien sûr la conséquente bibliographie dressée par Alain Spraeul. Une bibliographie qui lui aura donné du fil à retordre, notamment à cause des multiples textes courts de Van Vogt que l’auteur a ensuite agrégés (en les complétant) en textes plus longs, fix-up ou romans. Une quarantaine de romans, une centaine de nouvelles et pas mal de recueils, ça donne un idée du travail effectué par Alain Sprauel.

 

Les nouvelles

Cinq nouvelles au sommaire. On commence par A.E. Van Vogt himself avec “Le village enchanté”. Pure nouvelle à chute, elle raconte la survie d’un homme, Bill Jenner, dernier survivant d’un vaisseau qui s’est crashé sur Mars. Tentant de rejoindre la “mer polaire” (sic), il tombe sur un étrange village qui semble abandonné mais qui, pour son malheur, semble adapté à une autre forme de vie que celle des êtres humains. Impossible donc d’y trouver eau et nourriture consommables. A moins que Jenner ne parvienne à faire comprendre à ces machines automatiques ce dont il a besoin. Nouvelle à chute donc, sympathique et qui fait le job, sans qu’elle ne soit plus marquante que cela.

Deuxième texte au sommaire, “Plaine-guerre”, signé d’un habitué du Bifrost, Thierry Di Rollo. Récit évidemment noir (qu’attendre d’autre de Di Rollo ?), faisant très ouvertement référence aux no man’s land de la Première Guerre Mondiale, “Plaine-guerre” retrace la permission d’un homme autorisé à rejoindre sa famille au cours d’une guerre sans fin qu’on devine liée aux flux migratoires. C’est efficace, crasseux, noir, déshumanisé (jusqu’à l’ultime tabou), et c’est pourtant lumineux sur la fin. Une belle réussite.

Le troisième texte est l’oeuvre de Franck Ferric : “Le dernier verrou de Sveta Koslova”. Une femme qui se sait condamnée par un cancer revient sur les lieux de sa vie d’enfant. Des lieux transformés, des vies bouleversées, une planète bousculée, avec en fond une nostalgie des jours heureux, et l’échec des hautes technologies à sauver ce qui aurait pu l’être en ne faisant que réhabiter (et non pas réhabiliter…) des zones déjà mortes. Encore un récit pas très joyeux. Réussi lui aussi, mais pas très joyeux.

Pour ce qui est de la joie, il ne faut pas non plus compter sur Vandana Singh et son “C’est vous Sannata3159 ?”, sans doute la nouvelle la plus noire de ce numéro (et il y avait pourtant de la concurrence…). Dans un futur indéterminé, dans une ville où les pauvres s’entassent au sol quand les plus riches vivent dans des tours de verre, le texte suit Jinghur qui tente de survivre jour après jour. Sa mère et sa soeur travaillent pourtant dans un abattoir, lequel leur permet de subvenir plus ou moins à leurs besoins, avec notamment la possibilité de consommer de la viande régulièrement. Mais Jinghur est méfiant… Ce récit vaut plus pour son “univers” (aussi petit qu’il puisse être dans une nouvelle d’une vingtaine de pages) que pour son intrigue que l’on sent un peu venir de loin. Mais cette relative absence de suspense n’altère en rien la sidération éprouvée quand on lit ce que nous décrit Vandana Singh. On n’ose y croire, et pourtant. Ce texte nous rappelle malheureusement que les méventes de son pourtant excellent recueil “Infinités” (même pas repris en poche !) risquent de nous priver, pauvres francophones, de ses prochains récits. Et c’est très dommage.

Enfin, last but not least, Michel Pagel et la nouvelle “A la recherche du Slan perdu”. La présence de ce texte au sommaire de ce numéro ne doit bien sûr rien au hasard. Un récit directement inspiré du fameux roman de Van Vogt (un auteur qu’il semble apprécier puisqu’il y avait déjà fait référence avec la nouvelle “Le Monde des A ou la destruction organisée d’une utopie par le professeur A.E. Vandevogtte” au sommaire du Bifrost 52) et écrit en mode Marcel Proust. Je n’ai jamais lu Proust. Voilà qui est dit. Je ne saurais donc comparer le texte de Pagel à la prose proustienne, si ce n’est l’évidente allusion à la fameuse madeleine qui devient ici une tête de veau sauce gribiche préparée par une certaine Madeleine. Au-delà de ça, l’histoire est sympathique, la chute surprend, l’objectif est atteint. Mais cette plume !… J’adore. Précieuse, faite de phrases à rallonge, tout en finesse, elle décrit en profondeur un mode de vie bourgeois croisé avec la SF de Van Vogt. C’est délicieux de bout en bout. Comme une bonne madeleine.

 

Pour conclure

Et voilà donc pour ce numéro. Je ne sais pas s’il parviendra à convaincre les lecteurs de lire Van Vogt, mais il a au moins le mérite de montrer que la SF change avec le temps, et que la SF d’antan, fut-elle à succès, peut parfois être moins savoureuse de nos jours… Toujours est-il que le dossier en lui-même est une nouvelle fois de qualité, éclairant l’auteur canadien de belle manière. Alors quand en plus on a un “Scientifiction” de fort belle facture et des nouvelles (pas très joyeuses certes) qui vont du bon à l’excellent, la seule conclusion qui s’impose est que cette nouvelle itération du Bifrost est encore une belle cuvée.

 

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Zapping VOD, épisode 53 https://www.lorhkan.com/2020/06/22/zapping-vod-episode-53/ https://www.lorhkan.com/2020/06/22/zapping-vod-episode-53/#comments Mon, 22 Jun 2020 06:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12380 Et c’est reparti pour un nouveau zapping. Un zapping varié avec une enquête policière à la Agatha Christie, voilà, une série SF tirée d’illustrations d’un artiste suédois, et une énième adaptation cinématographique de “L’homme invisible” de H.G. Wells.   A couteaux tirés, de Rian Johnson Sur les bons conseils de...

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Et c’est reparti pour un nouveau zapping. Un zapping varié avec une enquête policière à la Agatha Christie, voilà, une série SF tirée d’illustrations d’un artiste suédois, et une énième adaptation cinématographique de “L’homme invisible” de H.G. Wells.

 

A couteaux tirés, de Rian Johnson

Sur les bons conseils de Li-An, j’ai jeté un oeil sur ce film qui met en scène une enquête qui doit beaucoup à Agatha Christie, dans un style (et à une époque) moderne même si les atours actuels du film auraient pu être transposés sans guère de difficultés à une époque plus “christienne”.

Le film est une franche réussite : casting flamboyant (Daniel Craig, Michael Shannon, Jamie Lee Curtis, Ana de Armas, Chris Evans, Toni Collette, Don Johnson, Christopher Plummer…), enquête roublarde, personnages parfois hauts en couleur… J’ai trouvé, en plus d’un hommage aux romans d’Agatha Christie avec ce qui commence comme une enquête en huis-clos dans un manoir tout ce qu’il y a de plus aristocratique, qu’il réutilisait aussi certains “trucs” d’une autre série policière célèbre, “Columbo”, notamment avec cet enquêteur qui, au premier abord, paraît un peu lourdaud et pas très efficace, mais aussi avec une révélation un peu après la moitié du film, de laquelle je ne dirai évidemment rien ici.

En tout cas, c’est très efficace, très malin, et le plaisir pris par les acteurs transparaît à l’écran. La dernière partie du film est certes peut-être un peu trop explicative mais c’est sans doute la meilleure solution pour exposer les faits au spectateur sans que celui-ci ne se pose trop de questions sur une intrigue un peu tarabiscotée. Il n’empêche que le film mériterait une deuxième vision, histoire de s’assurer de la cohérence de l’ensemble. Chose que je ne ferai sans doute jamais… 😀 Faisons confiance au réalisateur et scénariste Rian Johnson (célèbre depuis “Star Wars VIII”, mais qui m’avait surtout convaincu précédemment avec “Looper”, film de SF pour lequel il signait également le scénario et qui se pose aussi là en terme d’intrigue bien retorse…). Quant à ceux qui n’ont pas vu le film, jetez-y un oeil, ça risque fort de vous plaire.

 

Tales from the loop, de Nathaniel Halpern

Cette série est une surprise. D’une part parce qu’en gros elle adapte des illustrations. Bon ok, je triche un peu, puisque le livre d’illustrations de l’artiste suédois dont est tirée la série (Simon Stålenhag) possède une légère histoire (que je ne connais pas) mais je doute que la série en ait tiré quelque chose… Si quelqu’un sait, qu’il se manifeste (mais j’ai prévu l’achat du livre, donc je serai fixé par moi-même bientôt). Et d’autre part parce qu’au delà de cette genèse un peu particulière, c’est une vraie réussite.

Constituée de 10 épisodes, la série est avant tout centrée sur les personnages et tient presque de l’anthologie. En effet, il n’y a pas vraiment de trame globale autre que ce qui arrive aux personnages, chaque épisode s’intéressant plus particulièrement à l’un d’entre eux, ceux-ci étant malgré tout plus ou moins liés, soit par des liens familiaux, soit par des liens amicaux, géographiques ou professionnels…

Tout se passe dans une petite ville des Etats-Unis, dans une monde type années 80 qui a vu une partie de la technologie prendre de l’avance sur notre époque (véhicule à sustentation magnétique, gadgets qui jouent avec le temps, gravité modifiée, robots, etc…) grâce à une installation scientifique mystérieuse située non loin de là.

Les “effets” SF montrés dans la série sont à la fois classiques et purement SF (manipulation du temps, changement de corps, monde parallèle…) mais ne sont à aucun moment justifiés ou expliqués, car ce qui importe ici, sur un mode très Robert Charles Wilson, c’est de placer des gens ordinaires face à des situations extraordinaires et de voir comment ils s’en débrouillent. L’être humain avant tout.

C’est une série “posée”, qui prend son temps mais qui n’est pas lente pour autant, quand bien même ceux qui souhaiteraient un peu d’action en seraient pour leurs frais. Et elle est surtout très douce et bienveillante, avec bien évidemment une esthétique et un design absolument géniaux (via tous ces objets très marqués par l’époque dans laquelle la série prend place mais pourtant radicalement étranges et futuristes…) directement hérités des oeuvres de Simon Stålenhag (certaines scènes en sont tirées presque à l’identique). Si on ajoute à ça une superbe photographie et une bande originale signée Monsieur Philip Glass himself et Paul Leonard-Morgan de très grande classe et que j’écoute encore très régulièrement, on obtient une série à ne pas manquer. Excellent !

 

Invisible Man, de Leigh Whannel

Quoi ? Une nouvelle adaptation de “L’homme invisible” ? Quelle imagination à Hollywood ! C’est ce genre de remarque qui vient immédiatement à l’esprit. Parce que bon, on ne compte plus les adaptations plus ou moins directes du roman de H.G. Wells. Alors pour nous en resservir une nouvelle, il faut avoir quelque chose à dire. Et pour ce film-ci, la réponse est oui.

L’intrigue reste assez classique au fond, mais le contexte et ce qui sous-tend le film est plutôt explicite : il est ici question de harcèlement moral, de violence physique et psychologique, de pervers narcissique, de domination malsaine. Cette femme qui a peur de cet homme violent et dominateur et malfaisant, n’est qu’une illustration SF de ce que vivent de nombreuses femmes. La conclusion du film est d’ailleurs une manière d’enfoncer le clou et de bien montrer de quelle façon ces hommes sont des manipulateurs jouant sur la culpabilité des femmes qu’ils tentent de garder sous leur emprise.

Certes, la dernière partie du film devient un peu trop “déjà vue” dans le genre action, perdant un peu de la force de son message, mais ce serait un peu trop vite oublier tout ce qu’il a mis en place avant, avec une belle tension psychologique et la dérive du personnage incarné par Elisabeth Moss que personne ne croit (s’agissant de l’homme invisible dans le film / l’homme violent et manipulateur dans notre société). La prestation de cette dernière est d’ailleurs remarquable. Dommage que la mise en scène manque un peu de personnalité. Un film qui mérite malgré tout d’être vu. C’est dans l’air du temps, et c’est une bonne chose.

 

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Bifrost 97, spécial Sabrina Calvo https://www.lorhkan.com/2020/06/09/bifrost-97-special-sabrina-calvo/ https://www.lorhkan.com/2020/06/09/bifrost-97-special-sabrina-calvo/#respond Tue, 09 Jun 2020 06:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12373 Fidèle à moi-même et donc toujours à la pointe de l’actualité en retard, et alors même que le numéro 98 vient de paraître, voici mon retour sur le numéro 97 de la revue du Bélial’, consacré à Sabrina Calvo, une autrice assez radicalement inclassable à laquelle je ne me suis...

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Fidèle à moi-même et donc toujours à la pointe de l’actualité en retard, et alors même que le numéro 98 vient de paraître, voici mon retour sur le numéro 97 de la revue du Bélial’, consacré à Sabrina Calvo, une autrice assez radicalement inclassable à laquelle je ne me suis jamais frotté.

 

Les rubriques habituelles

Après un édito qui revient sur une année 2019 que les chiffres “bruts” annoncent comme étant plutôt positive, ce qu’Olivier Girard relativise quelque peu en pointant un bilan contrasté et en indiquant qu’il ne faut pas tomber dans l’euphorie (spoiler : 2020 va sans aucun doute en ramener plus d’un sur Terre…), on file directement aux rubriques habituelles : le cahier critique (qui n’est plus de toute première fraîcheur, on peut même le trouver déjà en ligne), un Gilles Dumay anormalement (mais pas totalement quand même… 😀 ) positif dans sa recension des revues du trimestre, une mise au point de Romain Lucazeau sur le fameux #Utogate (l’apparition de l’armée au festival des Utopiales et cette fameuse “Red team”, un pool d’auteurs de SF censés penser pour l’armée aux conflits de demain) que j’attendais autrement plus incisive et qui n’a pas fait les vagues escomptées, une interview de Thierry Fraysse, Monsieurs Editions Callidor en personne (L’Âge d’Or de la Fantasy, quelle belle collection !), un gros (et touffu, et surtout absolument passionnant pour qui s’intéresse à l’astronomie et l’astrophysique !) article “Scientifiction” de Roland Lehoucq et Bertrand Cordier sur les sursauts gamma, reprenant l’une des clés de “Diaspora”, le dernier roman paru en français de Greg Egan, et quelques news diverses et variés dont notamment le dévoilement des vainqueurs du Prix des lecteurs de Bifrost 2019 (j’avais vu juste côté francophone, moins côté étranger…).

 

Le dossier Sabrina Calvo

Le dossier de ce numéro est composé, une fois n’est pas coutume, uniquement d’interviews et d’un cahier critique divisé en deux, la première partie s’intéressant aux romans de l’autrice, l’autre à ses deux recueils de nouvelles.

Le nom de Sabrina Calvo ne m’est pas inconnu (je garde d’ailleurs un excellent souvenir d’une conférence aux Utopiales où elle était invitée sur le thème du voyage dans le temps en science-fiction) mais je n’ai jamais eu l’occasion de lire un de ses textes, sans doute un peu effrayé par le risque de ne pas “entrer dans son trip”. Le cahier critique me confirme cette impression : je ne pense pas être client de ses textes, à la possible exception de son premier roman, peut-être le plus “sage”, “Délius”, récemment réédité chez Mnémos. On verra plus loin que si cette impression persiste à la lecture du cahier critique, elle sera plus ou moins confirmée à l’issue de la nouvelle au sommaire…

Quant aux interviews, au nombre de trois mais dont la première seulement fait intervenir l’autrice elle-même, elles sont tout simplement excellentes. Celle dans laquelle s’exprime Sabrina Calvo (29 pages tout de même) est vraiment superbe tant elle aborde tout concernant l’autrice, depuis sa jeunesse, ses rencontres, ses occupations et/ou métiers, sa manière de travailler, jusqu’à ses oeuvres bien sûr, tout y est. J’ai vraiment eu l’impression de découvrir une personne qui se dévoile, avec pudeur (seule sa transition est quasiment passée sous silence, on notera d’ailleurs que la seule photo d’elle dans la revue est prise de dos…), mais sans fard.

Les deux autres interviews, de son ami (et auteur) Fabrice Colin et de son ami (et éditeur) Mathias Echenay, sont tout aussi intéressantes. Pleines d’humour, elle dévoile d’autres facettes de l’autrice, d’autres points de vue. Drôles et tendres, deux beaux articles.

Le dossier se termine bien sûr par la traditionnelle et exhaustive bibliographie dressée par l’inévitable Alain Sprauel.

 

Les nouvelles

Trois nouvelles au sommaire. La première, “Baiser la face cachée d’un proton” étant logiquement signée Sabrina Calvo. Alors bon, comme je le dis plus haut, dans la genre inclassable et peut-être un peu “perchée”, l’autrice se pose là. Et ce texte en est un peu la preuve. Difficile de tout saisir, sur le fond comme sur la forme d’ailleurs. C’est saccadé, avec de nombreuses phrases non verbales, le contexte n’est pas très explicité, ce n’est de toute évidence pas ce qu’il y a de plus facile à lire. Ni à comprendre. Et puis il y a aussi quelques fulgurances, quelques instants de pure poésie. Et le concept au coeur de ce texte (hacker la neige) est juste beau.

On sent bien que Sabrina Calvo a mis un peu (beaucoup ?) d’elle-même dans ce texte, ce qui le rend d’autant plus touchant. Il n’empêche que c’est parfois bien obscur…

Ken Liu arrive ensuite avec “Pensés et prières”. Ken Liu, en nouvelles, c’est un peu l’assurance tout risque, le danger de se planter est minime. Et là, pas de surprise, il ne s’est pas planté DU TOUT, il s’est même fendu d’un texte absolument remarquable (on tient déjà le futur Prix des lecteurs du Bifrost 2020 ?) sur un phénomène qui ronge les échanges sur les réseaux sociaux : les trolls, ceux qui se moquent, insultent, dégradent, le tout bien cachés derrière leurs écrans et avec beaucoup de violence, sans aucune considération pour les victimes.

Liu fait ici dans l’anticipation (proche). Tout part de la mort d’une jeune fille au cours d’un fusillade aux Etats-Unis. Pour que sa mort ne soit pas “inutile”, sa mère accepte que la vie de Hayley soit “reconstituée” sur Internet par un protocole d’intelligence artificielle pour en faire un exemple, le porte-voix d’une jeunesse sacrifiée. Mais c’est sans compter sur le déferlement de haine, de propos orduriers, d’images de Hayley détournées, dégradées, voire même de deepfakes la mettant en scène dans les pires situations possibles (pornographie, etc…).

Dans ce contexte légèrement futuriste, une technologie existe, une “armure” qui prend la forme de lunettes, et qui permet de filtrer les informations de manière à ce que la personne protégée ne voit ne n’entende pas ce qui pourrait la blesser. Ainsi volontairement aveuglée, la mère de Hayley va continuer le combat, entre naïveté, candeur et désir de justice, jusqu’au point de non retour.

Ken Liu est donc, sur ce sujet délicat, encore une fois magistral. Sans forcer le trait, donnant la parole à plusieurs personnes (sous forme de propos recueillis), y compris ces fameux trolls, tout ce que montre Liu dans la nouvelle existe déjà. Le curseur technologique est un peu poussé, mais c’est pour mieux dénoncer l’incurie des réseau sociaux, la violence qui peut en découler et le mal irréversible qu’ils peuvent amener, comme une double-peine pour des personnes déjà victimes. Absolument terrifiant, glaçant, et malheureusement extrêmement juste…

Enfin, Daryl Gregory, un autre auteur maison du Bélial’ (sauf quand il leur fait des infidélités chez Jean-Claude Lattès…) avec “Les neuf derniers jours sur Terre”, une sorte de texte post-apocalyptique sur un temps long puisqu’il montre la chute sur Terre de météorites contenant des graines qui vont permettre le développement de plantes extraterrestres. Des plantes à la fois classiques et étranges mais qui vont avoir un impact fort sur l’écosystème terrestre, prenant la place de nombreux végétaux, amenant ainsi la famine en de nombreuses régions du globe.

Ces neuf derniers jours sont en fait neuf épisodes temporellement éloignés de la vie de LT, entre 1975 (LT a alors dix ans) et 2062. L’occasion pour Daryl Gregory de mélanger chroniques familiales, premier contact, destin individuel et évolution de la société au sein d’un texte qui laisse toujours une belle place à l’espoir, alors que l’humanité fait face à un phénomène qui la pousse à changer, à s’adapter pour survivre. Vous y voyez un parallèle avec notre époque, vous ? 😉 En tout cas, c’est tour à tour touchant, doux, optimiste et réconfortant. Un beau texte.

 

Pour conclure

Un excellent dossier, deux superbes nouvelles sur trois, un article “Scientifiction” de très haute tenue, une magnifique couverture de Chloé Veillard (qu’il ne faut malheureusement pas regarder de trop près, la compression/définition lui ayant joué des tours…), pas de doute, on tient là un bonne cuvée, ce qui n’était pas gagné d’avance avec ce numéro consacré à une autrice dont les récits ne sont à l’évidence pas ma tasse de thé. Mais vous savez ce qu’on dit sur la dissociation entre l’auteur et son oeuvre… 😉

 

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Un hiver avec Fermi, de Ugo Bellagamba https://www.lorhkan.com/2020/06/01/un-hiver-avec-fermi-de-ugo-bellagamba/ https://www.lorhkan.com/2020/06/01/un-hiver-avec-fermi-de-ugo-bellagamba/#comments Mon, 01 Jun 2020 06:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12367 Astronomie toujours, plongée dans mes vieilles revues de “Ciel & Espace” également ! Après la construction d’un vaisseau interstellaire, on s’intéresse à la présence ou non des extraterrestres dans l’univers. Sommes-nous seuls ? C’est, en partie, ce à quoi s’intéresse Ugo Bellagamba avec cette vision à long terme du futur...

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Astronomie toujours, plongée dans mes vieilles revues de “Ciel & Espace” également ! Après la construction d’un vaisseau interstellaire, on s’intéresse à la présence ou non des extraterrestres dans l’univers. Sommes-nous seuls ? C’est, en partie, ce à quoi s’intéresse Ugo Bellagamba avec cette vision à long terme du futur de l’humanité, un texte paru dans le hors-série numéro 19 de juillet 2012 (consacré aux extraterrestres) de la revue “Ciel & Espace” et réédité en 2017 (en numérique seulement) aux éditions ActuSF au sein du recueil “Le petit répertoire des légendes rationnelles”.

 

Quatrième de couverture :

Y en n’a pas !

 

L’Humanité à l’heure pour le premier réveillon de l’Univers

“Un hiver avec Fermi” est un relativement court texte de quatre pages qui propose une vaste vision de futur de l’humanité, avec bien sûr en toile de fond le fameux paradoxe de Fermi. Narré par une sorte de conscience omnisciente et désincarnée dont l’origine et l’état restent bien mystérieux (elle semble liée d’une certaine manière au trou noir supermassif au centre de notre galaxie) et tenant le rôle d’archiviste de l’histoire de l’humanité (et créé par elle ?), le texte est un récit de notre futur, depuis la découverte des premières exoplanètes jusqu’à un avenir très lointain.

* A partir d’ici, soyez prévenus, je vais spoiler !! Que ceux qui ne veulent rien savoir du contenu de la nouvelle passent directement au dernier paragraphe ! *

La vie extraterrestre a rapidement été découverte (algues, organismes multicellulaires…), mais pas de trace de vie intelligente, ce qui va amener l’humanité, elle qui semble tirer son évolution du conflit, à “collapser” puis à se relever sous l’impulsion des “Fictionnistes”, des penseurs réutilisant les écrits des auteurs et autrices de SF pour relancer le Merveilleux et le Mythe de la Frontière, amenant de nouveau une grande période de prospérité et d’extension autour du XXIIIème siècle.

Puis le temps se dilate, et les dates retenues ne font plus appel au calendrier classique mais à un temps “contracté” dans lequel le Big Bang s’est produit à minuit le 1er janvier, tandis que le système solaire s’est formé le 13 septembre de cette même année et que l’Homme lui-même n’est apparu que dans l’après-midi du 31 décembre. Une manière de replacer l’humanité à son échelle par rapport à l’univers : nous sommes bien peu de choses.

Et l’histoire se poursuit : le 2 janvier de l’an universel 2 (je me suis amusé à faire le calcul, on est sur une échelle d’un peu plus de 37 millions de nos années pour chaque jour de l’an universel…), nouvelle crise. La civilisation humaine s’est tellement étendue que malgré une espérance de vie décuplée, elle avait atteint un maximum au-delà duquel il n’était plus physiquement possible d’aller. D’autant que les moyens de communication n’atteignirent jamais une hypothétique instantanéité (références explicites à l’ansible d’Ursula Le Guin et l’épice de Frank Herbert), la suite ne put être qu’une nouvelle crise. Nouveau repli, certaines zones de l’espace colonisé perdirent le contact.

Des guerres éclatèrent le 4 janvier en début d’après-midi (souvenons-nous : 37 millions d’années par jour…), qui ne durèrent que 3,5 secondes universelles (j’ai fait le calcul pour vous : à peu près 1500 ans !), avec la destruction de mondes entiers, jusqu’à l’inéluctable disparition de l’humanité, quelques minutes universelles plus tard…

Mais l’histoire de l’univers se poursuit, et avec elle la réponse au paradoxe de Fermi, donnée par le narrateur, ce qui l’amène à s’interroger sur son propre rôle au sein d’un univers mort. Mais restera-t-il mort éternellement ?…

J’en raconte beaucoup (trop) sur ce texte, trahissant même un peu son esprit poétique en remettant son échelle temporelle sur des bases qui nous correspondent plus (alors que justement le texte s’évertue à nous montrer que l’histoire de l’humanité n’est qu’un instant fugace à l’échelle de l’univers), mais c’est trahir pour mieux dire que j’ai énormément apprécié ce texte qui au fond n’est ni le premier ni le dernier à imaginer le vaste futur de notre espèce et de l’univers (pensez à Ken Liu par exemple tout récemment) mais qui le fait bien, sur un mode assez sombre mais pourtant très poétique grâce notamment à la très belle plume de Ugo Bellagamba, ce qui n’a rien d’étonnant quand on connaît l’auteur. C’est court, ce n’est pas foncièrement très optimisme (quoique, si on y pense, le 4 janvier universel, ça nous amène à un paquet de millions d’années dans le futur, pas si mal pour une civilisation qu’on prédit souvent au bord de l’extinction), mais pourtant c’est beau.

 

Critique écrite dans le cadre des challenges “Le Projet Maki” de Yogo.

 

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Les flammes de l’Empire, L’Interdépendance tome 2, de John Scalzi https://www.lorhkan.com/2020/05/26/les-flammes-de-lempire-linterdependance-tome-2-de-john-scalzi/ https://www.lorhkan.com/2020/05/26/les-flammes-de-lempire-linterdependance-tome-2-de-john-scalzi/#comments Tue, 26 May 2020 06:00:46 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12360 Comment, après l’enthousiasmante lecture du tome 1 de la série “L’Interdépendance” de John Scalzi, ne pas lire la suite ? Problème : le confinement. J’avais acheté le tome 1 en papier, avec l’intention de continuer la série sur ce même support. Une généreuse amie qui se reconnaîtra m’a donc fait...

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Comment, après l’enthousiasmante lecture du tome 1 de la série “L’Interdépendance” de John Scalzi, ne pas lire la suite ? Problème : le confinement. J’avais acheté le tome 1 en papier, avec l’intention de continuer la série sur ce même support. Une généreuse amie qui se reconnaîtra m’a donc fait cadeau de la version numérique pour me permettre d’assouvir mes pulsions de lecteur scalziesque en manque, en attendant d’assouvir mes pulsions de collectionneur de séries littéraires en version papier. 😀

 

Quatrième de couverture :

C’était donc vrai : un premier courant du Flux vient de s’effondrer ; d’autres suivront.
Ces couloirs de voyage interstellaire qui irriguent l’Interdépendance, l’empire de l’humanité, sont appelés à disparaître l’un après l’autre, entraînant la sclérose et la mort des colonies humaines isolées, privées de ressources.

Passe qu’il reste des sceptiques pour ergoter, mais les dignitaires aux dents longues des grandes maisons commerciales trouvent là encore matière à comploter, et ce ne sont ni l’assassinat ni la guerre civile qui les arrêteront dans leur soif de pouvoir.

Dans ce contexte, la jeune emperox Griselda II paraît bien vulnérable. Qui est l’ami, qui l’ennemi ?

Mais à Machiavel Machiavel et demie…

Au demeurant, il y a une lueur dans le tunnel : des courants du Flux fermés depuis longtemps commenceraient à réapparaître.
Une expédition s’impose qui pourrait valoir aux hardis aventuriers de stupéfiantes révélations sur l’histoire de l’humanité dans les étoiles avant l’Interdépendance.

Le premier roman de « L’Interdépendance », L’Effondrement de l’empire, a reçu en 2018 le prix Locus de meilleur roman de science-fiction et a été finaliste du prix Hugo.

 

L’Interdépendance va de mal Empire ?

Je préfère le signaler tout de suite, s’agissant d’un tome 2, il va m’être difficile d’en parler sans rien dévoiler du premier volume. Soyez donc prévenus, lecteurs qui n’êtes pas encore entrés dans cette série de John Scalzi (“L’Interdépendance”) : commencez par lire ma critique du tome 1 avant d’éventuellement aller voir la conclusion de l’article ici présent. Pour le reste, je vous aurais prévenu… 😉

Ainsi donc, on l’a appris à la fin du premier volume, Marce Claremont (et son père resté sur la planète du Bout) avait raison : le Flux est en train de s’écrouler, la voie menant du Bout au Central a déjà disparu. Le frère de la traîtresse Nadashe Nohamapetan, Ghreni, en profite d’ailleurs (même si son plan n’était pas celui qu’il avait prévu au départ puisque sa vision de ce qu’allait devenir le Flux était largement erronée) pour faire un blocus sur la grève d’arrivée à la planète. Cette dernière étant en effet la seule habitable de l’Interdépendance sans aménagement particulier, c’est l’occasion pour lui de prendre le contrôle d’un astre appelé, peut-être, a passé du statut de trou du c… du monde connu à celui de capitale d’un nouvel Empire. Nadashe Nohamapetan est quant à elle en prison, suite à ses multiples machinations et autres tentatives de meurtre sur l’Emperox Griselda II elle-même.

Il n’empêche que tout ce petit monde, malgré le relatif coup d’arrêt apporté aux intrigues d’arrière-cour à la fin du tome 1, va tout de même devoir faire avec ce Flux qui risque de mettre à mal les nombreux habitats dispersés de l’Interdépendance qui comptent les uns sur les autres, économiquement, commercialement, technologiquement, pour survivre en des lieux qui ne sont pas faits pour accueillir l’espèce humaine. Il faut donc réagir, s’adapter, changer de stratégie. Et à l’échelle d’un Empire (dans lequel l’Emperox n’est pas tout puissant, il y a d’autres organes politiques qui ont leur importance), cela implique d’avoir l’aval et le support de nombreux décisionnaires pas forcément faciles à convaincre. La disparition du Flux mettrait en effet à mal leur petit (ou moins petit) monopole sur différents produits qui leur apportent richesse et aisance. Remettre en cause leurs privilèges n’est pas ce qu’ils avaient imaginé pour les années suivantes.

Et donc, rebelote, ça va intriguer, manigancer, discuter à tout va. Car pour tenter d’infléchir l’opinion, voilà que Griselda II se targue d’avoir eu des visions mystiques sur l’avenir de l’Empire, à l’instar de la première Emperox et fondatrice de l’Interdépendance ! Mais que pourrait donc en penser la religion majoritaire de l’Empire, l’Eglise de l’Interdépendance, elle qui pourrait se voir court-circuiter par une Emperox qui, au départ, aurait pourtant dû être facilement manipulable ?

S’en suit donc de multiples plans qui se mettent en branle, chacun tentant de s’en sortir au mieux sans bien sûr penser à la majorité. Tirer son épingle du jeu semble être la principale priorité de tous ces puissants. Tous sauf une : l’Emperox Griselda II elle-même, la générosité et l’altruisme faite femme (dénuée par ailleurs de tout naïveté). Oui, elle n’était pas destinée à être Emperox et n’avait donc pas prévu cette charge difficile à assumer, mais elle va apprendre à endosser le costume et à prendre les décisions qui s’imposent, quitte à sortir de ce “personnage féminin idéal” qu’elle aurait pu incarner. Elle pourra pour cela compter sur ses alliés, Kiva Lagos, toujours la langue bien pendue et avides d’expériences sexuelles débridées, et Marce Claremont qui, lui aussi, va devoir lutter pour imposer sa science auprès de scientifiques bien installés qui voient d’un mauvais oeil l’arrivée de ce jeune homme sorti du fin fond de l’univers avec une théorie que personne d’autre n’avait imaginé.

Ces luttes politiques et scientifiques entre sceptiques et convaincus fait bien évidemment penser aux joutes verbales, diplomatiques et scientifiques, concernant le réchauffement climatique, avec en filigrane les conséquences que cela pourrait avoir sur les mouvements migratoires. Il est également bien difficile, même si le roman a été écrit avant, de ne pas faire le parallèle avec la pandémie due au Covid-19, et ces politiques qui ne veulent pas y croire jusqu’à ce que les conséquences de leur immobilisme leur reviennent dans la figure.

Et comme nous sommes dans un roman de John Scalzi, “Les flammes de l’Empire” est un texte écrit de manière très légère, à la fois drôle, très rythmé, et bien plus malin qu’il n’y paraît. C’est vraiment enthousiasmant et absolument impossible à lâcher. On voit bien malgré tout que ce deuxième volume d’une trilogie est un tome de transition (certaines intrigues et/ou personnages avancent peu, notamment tout ce que tourne autour de Griselda II qui ressemble plutôt à une vaste mise en place avant le feu d’artifice du dernier tome, à la dernière partie près et ses retournements de situations assez jouissifs qui lancent le dernier volume de la série), mais absolument aucun ennui grâce au talent de l’auteur qui passe allègrement d’un long et passionnant développement sur le passé et l’origine de l’Interdépendance (un peu didactique malgré tout…) au sombre avenir (sur plusieurs millénaires) d’un vaisseau coincé dans un Flux qui se désagrège…

C’est toujours intéressant, faussement léger, et le roman prend qui plus est quelques nouvelles directions diablement intrigantes qui ont le mérite de développer un univers riche de nombreux mystères que ne manquera pas de nous dévoiler John Scalzi dans le tome 3.

Ce style très scalzien, à la fois léger et intelligent, semble être à la fois sa meilleure qualité (cela rend ses romans très accessibles) et son pire handicap. John Scalzi, ce n’est pas “frontalement” intello, ni vraiment hard-SF, ni SF engagée socialement et politiquement de manière évidente, ni SF jouant sur les genres comme c’est à la mode en ce moment (mais c’est pourtant là, même si pas de manière affichée, car “Les enfermés” représentent pour moi ce qui s’est fait de mieux ses dernières années sur les questions de genre, même si cela reste très discret). Pourtant il y a un peu de tout ça, couvert d’un vernis pop et fun qui lui garantit un certain succès (voire même un succès certain, Scalzi est l’un des auteurs SF les plus bankables au US) mais qui pourrait le desservir auprès des “élites” (avec tous les guillemets qui s’imposent), quelles qu’elles soient, car oui John Scalzi c’est aussi du roman populaire.

En tout cas, “Les flammes de l’Empire” confirme tout le bien que l’on pouvait penser du premier volume de “L’Interdépendance”. Malin, entraînant, doté de personnages intéressants, tout à fait actuel dans le propos avec des séquences qui font régulièrement écho à notre monde et notre société, le roman est pétri de qualités. Il a aussi quelques défauts (celui du tome de transition que l’on retrouve souvent dans les trilogies, et certaines facilités comme ces scientifiques capables de pondre des théories à même de renverser la vision de tout un univers chacun dans leur coin…), mais que John Scalzi parvient toujours à contrebalancer pour que jamais le lecteur ne s’ennuie. C’est très efficace et réellement prenant. Sa seule véritable faiblesse pourrait finalement être sa longueur : c’est trop couuuurt. Quoiqu’au vu des romans à rallonge qu’on nous sert bien trop souvent, un roman de 300 pages a aussi son charme (mais alors, on aurait pu avoir la trilogie complète en un seul roman de 1000 pages ? 😀 ). Mais du coup, l’attente du troisième et dernier tome va être trèèèèèèèèèèèès longue…

 

Lire aussi les avis de Gromovar, Anudar, Feyd Rautha, Célindanaé, Lutin82, Yogo, Ombre Bones, Stéphanie Chaptal.

 

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Comment construire son vaisseau interstellaire, de Claude Ecken et Roland Lehoucq https://www.lorhkan.com/2020/05/23/comment-construire-son-vaisseau-interstellaire-de-claude-ecken-et-roland-lehoucq/ https://www.lorhkan.com/2020/05/23/comment-construire-son-vaisseau-interstellaire-de-claude-ecken-et-roland-lehoucq/#comments Sat, 23 May 2020 06:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12345 Changement de registre. Avec les beaux jours actuels, je suis dans une période “astronomique”, et j’ai donc ressorti pour l’occasion quelques vieux numéros de la revue “Ciel & Espace”, pour retrouver quelques pistes d’objets célestes à observer. Et me voilà qui retombe, dans lu numéro 459 d’août 2008, sur ce...

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Changement de registre. Avec les beaux jours actuels, je suis dans une période “astronomique”, et j’ai donc ressorti pour l’occasion quelques vieux numéros de la revue “Ciel & Espace”, pour retrouver quelques pistes d’objets célestes à observer. Et me voilà qui retombe, dans lu numéro 459 d’août 2008, sur ce texte signé Claude Ecken et Roland Lehoucq.

 

Quatrième de couverture :

2030. Deux amis commentent les dernières images de Caladan, une planète de type terrestre découverte en 2020 par l’observatoire spatial Darwin, dans la zone d’habitabilité de l’étoile Delta de la constellation du paon, à 20 années-lumière du Soleil. Il serait intéressant d’y aller voir. La conversation s’échauffe sur la possibilité de s’installer là-bas. mais le voyage est-il possible ? Pour Greg Ecken, romancier, cela tient du rêve, mieux vaut ne pas y penser. Mais Cornélius Lehoucq, astrophysicien, ne l’entend pas de cette oreille. Qui convaincra l’autre ?…

 

Rêve ou future réalité ?

Ce texte relève-t-il de la nouvelle si l’on considère qu’il a d’abord été publié dans deux numéros de la revue Bifrost, dans la rubrique “Scientifiction” animé par Roland Lehoucq ? On peut dire que oui car sous l’évident propos scientifique se trouve un mini (vraiment mini, mais il est là quand même) contexte : nous sommes en 2030, une exoplanète a été découverte en 2020, et deux amis, l’un romancier? Greg Ecken, l’autre scientifique, Cornélius Lehoucq, évidents avatars des auteurs du texte, en discutent sous forme de dialogue. Pas de worldbuilding de quelque ordre que ce soit, pas de mise en situation, un simple dialogue, sans même une quelconque introduction. Mini contexte donc. Peut-être légèrement étoffé dans la version Bifrost (le texte publié dans “Ciel & Espace” est la version raccourcie), mais ne possédant pas les numéros concernés (44 et 45), je ne saurais dire.

Quoiqu’il en soit, puisque ce texte a aujourd’hui pratiquement quinze ans, il a plusieurs intérêts. Sur le plan scientifique, autant que je puisse en juger, il reste toujours très actuel, notre technologie de constructions de vaisseaux interstellaires n’ayant guère évolué depuis ces quelques années… Et surtout, il offre une amusante mise en perspective de ce que l’on imaginait pouvoir faire en astronomie/astrophysique il y a une quinzaine d’années. Par exemple, on nous dit qu’une exoplanète de type terrestre à été découverte en 2020. L’année n’est certes pas finie, mais ce type de planète n’a pas encore été découverte, même si on s’en rapproche (et que la liste des potentialités ne cesse de s’allonger) mais pas de là à débattre de l’opportunité d’aller la coloniser… Plus précisément, on nous parle même d’images de cette planète, dont les deux protagonistes discutent en 2030. Découverte en 2020, images en 2030. Qui sait ?… On notera également qu’en 2030, une base lunaire sera réalité, accompagnée d’une catapulte électromagnétique pour envoyer des matières premières en orbite basse…

En tout cas, cette nouvelle que l’on peut donc qualifier de “pédagogique”, à l’image de ce que fait Roland Lehoucq dans ses conférences (Utopiales ou autres) dans lesquelles il décrypte certaines possibilités (ou non…) astrophysiques, techniquement et physiquement, nous explique tout ce que nécessite un voyage interstellaire vers une exoplanète située à 20 années-lumière à bord d’un vaisseau embarquant un millier de passagers pour une croisière de quatre siècles.

Immédiatement m’est venu à l’esprit le fabuleux roman “Aurora” de Kim Stanley Robinson, dans lequel on avait plus de 2000 passagers parti vers une planète située à 12 années-lumière, pour un voyage de 170 ans. Le ratio est presque le même, aux technologies utilisées près, qui rallongent la durée du voyage si l’accélération ou le freinage prend plus de temps. On verra d’ailleurs que le parallèle avec “Aurora” (écrit en 2015) ne s’arrête pas là.

Le texte de Lehoucq et Ecken est évidemment très scientifique, rien d’étonnant étant donné la revue dans laquelle il a été publié, mais il reste extrêmement accessible (“Ciel & Espace” est une revue grand public). Il aborde le sujet du voyage interstellaire sur de nombreux plans, qu’il soient purement sociaux (quelle politique mettre en place dans le vaisseau, comment communiquer avec la Terre, est-ce d’ailleurs nécessaire, on aborde la question de la divergence civilisationnelle entre un vaisseau en vase clos parti depuis plusieurs siècles et qui ne peut que s’éloigner sur le plan politique/social/linguistique/scientifique de ce qui se fait sur Terre, ainsi que des comportements forcément imprévisibles d’une société humaine dont on ne peut pas prévoir les faits et gestes sur une si longue durée : nostalgie de ceux qui ont connu la Terre, générations intermédiaires “sacrifiées”, refus de quitter le vaisseau pour ceux qui y ont passé leur vie, etc…) ou bien technologiques (comment construire le vaisseau, à quel endroit, comment est-il constitué, quels moyens pour le faire, quelle taille, quel poids, comment accélérer tout ça, jusqu’à quelle vitesse, comment freiner une fois arrivé à destination, quel carburant, quelle quantité faut-il apporter (avec un juste équilibre entre poids/accélération et freinage donc vitesse du vaisseau/durée du voyage), gestion des déchets, des cultures, etc…).

L’étude est claire et précise, et recoupe (parfois de manière très semblable) à de nombreuses reprises ce que Kim Stanley Robinson a mis en place dans “Aurora”, comme la notion de bactérie risquant de faire s’écrouler l’écosystème du vaisseau, la gestion des déchets, le système de freinage du vaisseau (un laser et l’aide de l’assistance gravitationnelle), des usines pour fabriquer “à peu près n’importe quoi” (les fameuses imprimantes 3D à tout faire), etc… Il donne l’occasion de se rendre compte, pour qui en doutait, du souci du détail scientifique et technologique de Robinson lors de l’écriture de son roman.

On se rend évidemment bien vite compte que malgré l’optimisme (feint ?) de Cornélius/Roland Lehoucq, le vaisseau interstellaire, tellement contraignant à de multiples niveaux, n’est une possibilité que dans les récits de science-fiction, récits de SF que les voyageurs ne manqueront d’ailleurs pas d’embarquer car ils sont vecteur d’éducation et d’étude de cas en ce qui concerne le voyage interstellaire. Claude Ecken et Roland Lehoucq aiment la SF, et ils n’oublient pas de le dire. 😉

 

Critique écrite dans le cadre des challenges “Le Projet Maki” de Yogo.

 

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Continuum, de James Lovegrove https://www.lorhkan.com/2020/05/17/continuum-de-james-lovegrove/ https://www.lorhkan.com/2020/05/17/continuum-de-james-lovegrove/#comments Sun, 17 May 2020 06:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12341 Après le joli texte de Peter F. Hamilton, on continue avec une autre nouvelle offerte par Bragelonne durant le confinement, “Continuum” de James Lovegrove (paru à l’origine dans la même anthologie que le récit d’Hamilton, “Science-fiction 2006”), un auteur que je lis pour la première fois.   Quatrième de couverture...

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Après le joli texte de Peter F. Hamilton, on continue avec une autre nouvelle offerte par Bragelonne durant le confinement, “Continuum” de James Lovegrove (paru à l’origine dans la même anthologie que le récit d’Hamilton, “Science-fiction 2006”), un auteur que je lis pour la première fois.

 

Quatrième de couverture :

Robert Stoneham est un Fogg, un pèlerin perpétuel en quête d’éternité, à la recherche du Continuum. Lorsqu’on voyage de cette façon, il faut sans cesse prendre de la Vitesse, et parfois on fait une petite erreur de planification, et on Ralentit. Voilà ce qui est arrivé à Robert Stoneham, qui se retrouve à errer dans une ville glauque, où il s’est réveillé dans un hôpital…

 

Toujours plus vite

Étonnant texte que ce “Continuum”. A la fois terriblement excitant une fois qu’on a saisi le concept qui le sous-tend, et terriblement frustrant tant l’auteur peine à expliciter le dit concept. Grosso modo, il s’agit pour Robert Stoneham (le personnage principal), un “Fogg”, c’est à dire un riche voyageur qui, s’il parvient à Accélérer (la majuscule n’est pas là par hasard), à prendre de la Vitesse (là non plus), va tendre à se rapprocher du fameux Continuum, un bon gros MacGuffin bien voyant, tout en modifiant la réalité autour de lui. Ce n’est pas clair ? C’est normal.

Prendre de la Vitesse, c’est voyager sans cesse, sans s’arrêter, en voiture en train puis en avion, passant d’aéroports aux gares et autres terminaux de voyages quasiment sans discontinuer. Avec pour effet de traverser des villes et des pays (plus ou moins uchroniques) de plus en plus agréables, technologiquement plus évoluées, au niveau de vie plus élevé. Le but étant de parvenir à ce Continuum que certains voyageurs semblent avoir atteint mais duquel ils ne sont jamais revenus.

Mais le moindre problème peut faire Ralentir. Et Ralentir, volontairement ou non, c’est revenir dans des zones moins huppées. Et un Fogg peut être Ralentit par un Fix, une personne qui souhaite se faire un nom en Ralentissant jusqu’à l’arrêt un riche Fogg. Et c’est peut-être bien ce qui est en train d’arriver à Robert Stoneham, lui qui se réveille dans un hôpital d’une ville sordide, victime d’une obscure maladie, avec en tête un rêve étrange. Ce n’est toujours pas clair ? C’est normal.

Et c’est bien le problème de ce texte. Quand on saisit le truc, c’est potentiellement super intéressant, le problème c’est qu’il faut le piger, et même après avoir lu le texte et rédigé cet article, je ne suis toujours pas sûr d’avoir tout bien saisi. En fait, “Continuum” donne l’impression que James Lovegrove a pensé à un concept intéressant mais qu’il n’a pas su l’utiliser/l’expliciter clairement.

Alors pendant tout le texte, au demeurant pas désagréable à lire, on lutte pour y voir clair avec le sentiment qu’on est à deux doigts d’avoir un texte renversant. Sans jamais y parvenir. Bien sûr, on peut voir dans tout ça une critique du tourisme fait à toute vitesse, sans s’attarder sur ce qu’on a devant les yeux et courant à droite à gauche à la poursuite de pas grand chose, et c’est aussi un hommage à Jules Verne avec cette “Fogg Society” qui a ses bureaux à Londres (on pense bien sûr au Reform Club auquel Jules Verne fait référence dans “Le tour du monde en 80 jours”, roman dont le personnage principal est PhileasFogg !) et dont le fondateur s’appelle Julian Vernon. Robert Stoneham possède par ailleurs un Passepartout, un gadget qui lui permet notamment d’avoir des traductions instantanées de n’importe quelle langue, clin d’oeil plus qu’appuyé au Jean Passepartout de Verne.

Ceci étant posé, où cela nous mène-t-il ? A la conclusion du texte de Lovegrove, qui tente de boucler la boucle avec les premiers mots du récit, sauf que, là encore, je n’ai pas su interpréter ce que l’auteur a voulu dire. Ça commence à faire beaucoup. Pourtant, aussi étrange que cela puisse paraître, je ne peux pas dire que je n’ai pas apprécié ce texte, mais je n’ai pas su le comprendre, tout en ayant constamment en tête qu’il ne manque pas grand chose pour en faire quelque chose de vraiment bien. Mais en l’état, ça ne fonctionne pas. Dommage.

 

Critique écrite dans le cadre des challenges “Le Projet Maki” de Yogo.

 

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Les sept morts d’Evelyn Hardcastle, de Stuart Turton https://www.lorhkan.com/2020/05/12/les-sept-morts-develyn-hardcastle-de-stuart-turton/ https://www.lorhkan.com/2020/05/12/les-sept-morts-develyn-hardcastle-de-stuart-turton/#comments Tue, 12 May 2020 19:33:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12321 “Les sept morts d’Evelyn Hardcastle” est un roman qui a pas mal fait parler de lui à sa sortie en mai 2019. Il faut dire que ce mix d’Agatha Christie, “Downtown Abbey” et “Un jour sans fin” (comme mentionné en quatrième de couverture) semble à la fois improbable et terriblement...

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“Les sept morts d’Evelyn Hardcastle” est un roman qui a pas mal fait parler de lui à sa sortie en mai 2019. Il faut dire que ce mix d’Agatha Christie, “Downtown Abbey” et “Un jour sans fin” (comme mentionné en quatrième de couverture) semble à la fois improbable et terriblement intrigant. Mais avec une telle hype, le truc c’est d’arriver à être à la hauteur. Verdict.

 

Quatrième de couverture :

Mixez Agatha Christie, “Downton Abbey” et “Un jour sans fin”… voilà le roman le plus divertissant de l’année. Lauréat du prestigieux Costa Award, le premier roman de Stuart Turton est à la fois un formidable jeu de l’esprit et un régal de lecture.

Ce soir à 11 heures, Evelyn Hardcastle va être assassinée. Qui, dans cette luxueuse demeure anglaise, a intérêt à la tuer ? Aiden Bishop a quelques heures pour trouver l’identité de l’assassin et empêcher le meurtre. Tant qu’il n’est pas parvenu à ses fins, il est condamné à revivre sans cesse la même journée. Celle de la mort d’Evelyn Hardcastle.

Prêt pour un plaisir de lecture comme vous n’en avez pas connu depuis longtemps ? Plongez dans ce labyrinthe des délices. Chaque personnage, chaque recoin obscur de la maison cache un mystère. Chaque page ou presque offre un rebondissement inattendu. Et il y a 500 pages.

 

Un Cluedo sans fin

Difficile de ne pas penser au célèbre jeu de société quand on se met en tête le contexte du roman : une aristocratie britannique qui se regroupe dans une vaste propriété constituée d’un manoir et de ses dépendances, des personnages qui ont tous quelque chose à cacher, et un meurtre à élucider. D’ailleurs, la couverture s’en inspire plus qu’ouvertement dans ce parcours relevant du jeu de l’oie illustré par différents indices importants dans l’intrigue du roman (mais il manque le chandelier du colonel Moutarde…). De même, les rabats et la deuxième de couverture reprennent la liste des invités et le plan de Blackheath House (et là on est vraiment sur le plateau de jeu du Cluedo).

Mais comme le dit la quatrième de couverture, le roman va un peu plus lojn qu’un simple Cluedo, car il y a un élément fantastique avec ce “Jour sans fin” que le protagoniste principal est condamné à revivre à de multiples reprises, une boucle temporelle dont il ne pourra s’extirper que s’il parvient à élucider un meurtre qui va avoir lieu. Il faut ajouter à cela le fait que notre enquêteur (et le lecteur avec lui) se retrouve in media res au début du roman, tout en ayant perdu la mémoire sur qui il est et ce qu’il fait là. Il va donc avant tout devoir tenter d’y comprendre quelque chose dans ce qui s’apparente à un joli panier de crabes. Autre élément important : il s’avère que l’enquêteur (Aiden Bishop) n’est jamais vraiment lui-même puisqu’il se réveille chaque jour dans la peau d’un hôte différent.

Voilà qui fait beaucoup d’inconnues pour une équation qui semble totalement insoluble. Bien évidemment, il va finir par parvenir à y voir plus clair (et le lecteur avec lui là encore) au fur et à mesure des nouvelles journées et des nouveaux hôtes qui vont lui permettre de multiplier les points de vue et de jouer avec la chronologie de la journée (pour faire passer des messages à ses hôtes futurs, contrer ou anticiper les actes de certains autres, etc…).

Il faut être honnête : la complexité de l’intrigue, ou plutôt sa construction, est remarquable. Roman choral d’une certaine manière (chaque hôte est différent et son caractère influe sur les actes et les pensées de Aiden Bishop) mais malgré tout centré sur l’enquêteur puisqu’il se cache dans la peau de chaque hôte, “Les sept morts d’Evelyn Hardcastle” dévoile très progressivement le jeu trouble de cette aristocratie qui n’est jamais ce qu’elle voudrait sembler être. Couplé avec le jeu sur les boucles temporelles et les multiples entrelacements des actes de chaque personnage et des conséquences de ceux-ci sur les uns et les autres, ça nous donne un truc à la fois un peu fou et apparemment tout à fait cohérent. Quand on sait que ce roman est le premier de son auteur, ça force le respect et j’avoue que j’aimerais bien voir si Stuart Turton a fait un “plan” avant d’écrire ce livre, parce que franchement ça doit être quelque chose !

Et du coup, c’est vrai que tout ça est assez passionnant. Mystérieux bien sûr, surtout, et on a évidemment très envie d’avoir le fin mot de cette histoire. Et puis, j’avoue, j’ai commencé à peiner un peu. Les intrigues en huis clos de ce style là, c’est vrai que quand c’est bien mené c’est passionnant, mais il ne faut pas non plus que ça s’éternise trop, le huis clos ayant aussi ses limites. Et, pour moi, ces limites se situent sous la barre des 550 pages de ce roman. Oui, c’est un peu long quand même. Par ailleurs, Stuart Turton utilise quelques “trucs” qui lui permettent d’entretenir le suspense de manière un peu artificielle (quand un élément important est identifié par Bishop mais que celui-ci n’en fait pas mention avant d’en reparler au moment opportun à un autre personnage) et qui, surtout, empêchent le lecteur de pouvoir réfléchir “à armes égales” en même temps que Bishop puisqu’il n’a pas toutes les clés pour ça. Pour ceux qui ont lu le roman, je pense notamment

Spoiler !
au médaillon retrouvé par Bishop sur le corps de Ted Stanwin et représentant une Lucy Harper jeune que Bishop identifie immédiatement mais qu’il ne mentionne que bien plus tard (dans la pagination du roman, mais plus tôt chronologiquement parlant, vous suivez ? 😀 ), au moment de confronter Ted Stanwin. C’est donc un élément important de l’intrigue que le personnage comprend mais qui reste “injustement” caché au lecteur, ce qui est d’autant moins compréhensible que le roman est à la première personne et donc que le lecteur est clairement “dans la tête” de Bishop.

De même, dans la lettre adressée à Bishop lui disant de prendre garde à ses gants qui brûlent, cette dernière phrase est écrite par une personne différente du reste du texte. Un élément pourtant visuellement explicite mais que le lecteur ne découvre que sur le tard, comme si l’auteur avait voulu lui cacher cette information pourtant remarquable au premier coup d’oeil.

Et je pourrais encore citer deux ou trois autres trucs du même genre…

Saluons tout de même la maestria avec laquelle ce roman est mené, savourons cette enquête aux innombrables rebondissements (que l’on pourra relire pour tenter de trouver une faille dans la construction, à ce titre je regrette un peu que les chapitres ou même le texte ne mentionnent pas l’heure de l’action un peu plus explicitement puisque c’est là que se situe toute la subtilité de la chronologie de l’intrigue) et à la conclusion satisfaisante même si la résolution du côté fantastique ne soulèvera pas les foules et, sans faire abstraction des quelques défauts qui, personnellement, m’empêcheront d’encenser ce roman au-delà du raisonnable, reconnaissons que cette intrigue est à nulle autre pareille. C’est remarquable par certains côtés, moins enthousiasmant par d’autres, mais le public semble conquis, et ça, quoi qu’on en dise, Stuart Turton le mérite totalement.

 

Lire aussi les avis de Gromovar, Lune, Tigger Lilly, Yogo, Célindanaé, Feyd-Rautha, Baroona, Artemus Dada, Touchez mon blog monseigneur, Yuyine, Mr K, et plein plein d’autres…

Critique écrite dans le cadre du challenge “Défi Cortex” de Lune (catégorie “Dans une dimension parallèle ou une timeline divergente”).

 

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Je rêvais d’étoiles, de Peter F. Hamilton https://www.lorhkan.com/2020/05/09/je-revais-detoiles-de-peter-f-hamilton/ https://www.lorhkan.com/2020/05/09/je-revais-detoiles-de-peter-f-hamilton/#comments Sat, 09 May 2020 06:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12325 Confinement, encore et toujours. Bragelonne a suivi le mouvement des éditeurs de genre (et ils sont nombreux, notamment à travers l’opération Bol d’Air) qui ont proposé à leurs lecteurs quelques textes gratuitement. L’occasion pour moi, instant confession, de lire du Peter F. Hamilton pour la première fois. Hé oui, bien...

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Confinement, encore et toujours. Bragelonne a suivi le mouvement des éditeurs de genre (et ils sont nombreux, notamment à travers l’opération Bol d’Air) qui ont proposé à leurs lecteurs quelques textes gratuitement. L’occasion pour moi, instant confession, de lire du Peter F. Hamilton pour la première fois. Hé oui, bien que je sois conscient que ses écrits ont tout pour me satisfaire, je ne me suis toujours pas engagé dans ces cycles à la longueur plutôt impressionnante… En attendant, une petite nouvelle (paru à l’origine dans l’anthologie “Science-fiction 2006”, toujours chez Bragelonne), pour commencer en douceur.

 

Quatrième de couverture :

Dans une Angleterre future, on restaure la forêt primitive des premiers temps… ce qui permet le retour des fées et des elfes ! Mais ces créatures sont-elles de taille pour affronter un gang de jeunes venus des cités ?

 

Le futur de l’humanité… et des fées !

Le Petit Peuple est revenu, le voici qui peuple à nouveau les forêts d’une Angleterre du futur. Un futur éloigné, qui a vu l’avènement des voyages interstellaires, vidant la Terre d’une bonne partie de ses habitants… pour son plus grand bien ! Car voici l’époque de la “régression”, une régression qui table pourtant sur la haute technologie mais qui permet surtout à la Terre de redonner ses droits à la nature : l’agriculture est devenue inutile, et les Terriens sont engagés dans un processus amenant la nature à réinvestir des zones auparavant dévastées. C’est ainsi que les forêts ont de nouveau prospéré, et avec elle sont réapparus les fées et autres elfes légendaires.

Alors oui, des elfes et des fées dans le monde des humains, j’en ai déjà parlé tout récemment. La différence ici, c’est que c’est nettement plus réussi. Le contexte est bien posé, à petits touches mais de manière claire (après une introduction frappante pour capter le lecteur, Hamilton calme le jeu et explique son univers par des flashbacks, avant de revenir à ce qui se passe en introduction puis de filer vers la conclusion, une narration classique mais impeccablement maîtrisée), les motivations des personnages sont explicites, la conclusion du texte est limpide et ne nécessite pas d’aller plus loin, bref, c’est carré, c’est efficace, ça fonctionne.

En plus de ça, l’idée d’un futur ultra technologique qui fait la part belle à la nature, avec une vraie volonté de régression de l’impact de l’homme sur la planète, ne manque pas d’intérêt. Et puis il y a cette intrigue, implacable, terrible, violente et choquante même. Gangs d’une jeunesse un brin désoeuvrée, histoire d’amour (les histoires d’amour… vous connaissez la chanson !), et un peuple légendaire qui revient habiter une forêt qui se remet à “chanter” (toute proportions gardées, ça m’a rappelé le chef d’oeuvre “La forêt des mythagos” croisé avec “Tales from the loop”, allez savoir pourquoi…), tout ça nous donne un cocktail qui ne peut que virer au drame. Le désenchantement est au coeur du texte, alors que la “régression” semble pourtant aller dans le sens du réenchantement. Mais l’homme et ses éternels travers…

Tout cela ne fait pas de ce texte la nouvelle du siècle (après tout, l’intrigue et la narration n’ont rien de fondamentalement original), mais on obtient tout de même un récit (daté de 1994, donc un texte de “jeunesse” de l’auteur, de l’époque de sa première trilogie, “Greg Mandel”) mêlant SF et fantasy et qui se lit avec plaisir, préfigurant l’attrait de Peter Hamilton pour les futurs ultratechnologiques. Fort sympathique.

 

Critique écrite dans le cadre des challenges “Le Projet Maki” de Yogo.

 

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Vie™, de Jean Baret https://www.lorhkan.com/2020/05/05/vie-de-jean-baret/ https://www.lorhkan.com/2020/05/05/vie-de-jean-baret/#comments Tue, 05 May 2020 06:00:30 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12211 Aaaaah, “Bonheur™”, cet énorme coup de poing dans la figure. C’est peu dire que j’ai adoré ce roman de Jean Baret. Il n’y a donc rien de plus logique à ce que je lise la suite de sa trilogie “Trademark”, une trilogie, rappelons-le, purement thématique et qui peut donc être...

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Aaaaah, “Bonheur™, cet énorme coup de poing dans la figure. C’est peu dire que j’ai adoré ce roman de Jean Baret. Il n’y a donc rien de plus logique à ce que je lise la suite de sa trilogie “Trademark”, une trilogie, rappelons-le, purement thématique et qui peut donc être lue dans n’importe quel ordre. Après la société de consommation de “Bonheur™, place maintenant aux algorithmes de “Vie™.

 

Quatrième de couverture :

Sylvester Staline, citoyen X23T800S13E616, tourne des cubes colorés. Un boulot qui en vaut bien un autre, au fond, et qui a ses avantages. Son compte en banque affiche un solde créditeur de 4632 unités. Et si son temps de loisirs mensuel est débiteur de huit heures, son temps d’amitié restant à acheter est dans le vert. Sans même parler de son temps d’amour : plus de quarante-trois heures ! Une petite anomalie, c’est sûr ; il va falloir qu’il envisage de dépenser quelques heures de sexe… Mais de là à ce qu’un algorithme du bonheur intervienne ? Merde ! À moins que cela ait à voir avec cette curieuse habitude qu’il a de se suicider tous les soirs ? Il n’y a jamais trop songé, à vrai dire… Sylvester ne le sait pas encore, mais il pourrait bien être le grain de sable, le V de la vendetta dans l’horlogerie sociale du monde et ses dizaines de milliards d’entités. D’ailleurs, les algorithmes Bouddha et Jésus veillent déjà sur lui…

Avocat au barreau de Paris, culturiste et nihiliste, Jean Baret est un prophète, une voix sans pareille dans le concert de l’anticipation sociale, quelque part entre Chuck Palahniuk, Philip K. Dick et Warren EllisBonheur™, paru en 2018 aux éditions du Bélial’, finaliste au Grand Prix de l’Imaginaire et au Prix Utopiales 2019, a été salué par le Huffington Post comme un « violent cri d’alerte, entre cyberpunk et satire politique ». Vie™, son nouveau roman, deuxième opus du projet « Trademark », offre la vision d’un futur dont l’esquisse gît dans les entrailles d’un présent déliquescent. Un livre éminemment politique. Une nécessité.

 

Ça clic clic !

La “méthode” Jean Baret, déjà vue dans “Bonheur™reste la même dans “Vie™, à savoir une outrance de tous les instants, un monde futuriste basé sur un ou plusieurs éléments de notre monde actuel, les dits éléments étant poussés à leur paroxysme pour voir où ils peuvent nous mener, et une répétitivité dans la narration servant à accentuer le message. En cela, “Vie™ ne diffère donc guère de son prédécesseur.

Pourtant, s’arrêter à ce constat ne serait pas lui rendre justice. Car “Vie™ est aussi très différent : les répétitions sont accentuées à l’extrême (de chapitres en chapitres, j’y reviendrai) mais d’une certaine manière passent mieux que dans “Bonheur™, il y a beaucoup (beaucoup !) plus d’humour dans “Vie™, (très premier degré c’est vrai, assez noir aussi bien sûr vu le sujet du roman, mais ça m’a fait beaucoup rire), et l’intrigue (assez minimaliste dans “Bonheur™), sans être un modèle du genre, est ici mieux intégrée dans le propos du roman. Cela fait-il de “Vie™ un meilleur roman que “Bonheur™ ? Je ne saurais le dire, tout dépend des sensibilités de chacun, mais une chose est sûre : il me semble nettement plus accessible.

Revenons un moment sur l’univers dépeint par Jean Baret. “Vie™ nous montre la vie du citoyen X23T800S13E616, pseudonyme Sylvester Staline (sic !), dont les journées sont partagées entre un temps de travail (effectué dans son logement grand comme un placard, et qui lui demande de tourner sur un écran des cubes qui changent de couleur…), un temps d’amour, un temps d’amitié et un temps de loisirs. Tout est décompté, et un déficit dans une de ces catégories devra être récupéré sur une autre. A la fin de ses journées sans intérêt ni but, gérées à l’extrême par toutes sortes d’algorithmes, Sylvester Staline finit inévitablement par se suicider d’une balle dans la bouche. Avant qu’une nouvelle journée ne recommence le lendemain.

Les voici donc les fameuses répétitions, de chapitres en chapitres (il y en a 61, mais les choses évoluent au fil du récit) : suicide en fin de chapitre, yeux qui s’ouvrent au début du suivant alors que Sly Staline est allongé dans un bain nutritif, grâce à une matrice régénératrice. Symboles d’une vie dénuée de sens, ponctuée de récompenses diverses rappelant les “achievements” que l’on trouve de plus en plus dans nombre d’applications numériques ou de commerces tout ce qu’il y a de plus physiques dans notre monde. L’aliénation par la récompense. Vous avez bien travaillé ? Bravo, vous avez gagné un nouveau costume pour votre avatar sur le vaste réseau numérique, seul lieu d’interaction possible entre les hommes et les femmes du monde imaginé par Jean Baret.

Après tout, qui aurait l’idée de sortir de chez lui alors que tout est possible sur le réseau, avec divers accessoires de réalité virtuelle ou augmentée (AugEyez™, AugEars™, ButtPlug™, PumPénis™, etc…) ? On peut regarder des infomercials (un terme qui dit tout ce qu’il y a à savoir sur leur contenu), des doculs (un terme là aussi assez transparent…), des “reconstitutions hystériques” (sortes de documentaires ridicules censés instruire le spectateur mais sans aucune échelle de valeur sur les comparaisons totalement fantaisistes qui y sont présentées, telle celle très légère entre Hitler et Darth Vader ou bien “une relecture du mythe éternel de Cendrillon comme fondateur du foot fetish” (oui oui !)), assister aux relations sexuelles de ses amis (mais ça rapporte moins que de pratiquer) voire s’y inviter, louer des amis (tarifés bien sûr mais ça fait monter la jauge d’amitié) pour avoir de “vraies” conversations dont le maître mot reste bien souvent la futilité, etc… Futilité, voilà bien ce qui ressort de ce monde, une futilité et un bonheur apparents où tout est régulé par des algorithmes intervenant dès qu’un défaut est détecté et qui se chargent, sous couvert d’un hasard particulièrement bien régulé, de faire en sorte que tout reste sous contrôle.

Les innombrables suicides de Sylvester Staline (personnage “inconsciemment conscient” que quelque chose ne tourne pas rond) vont bien évidemment éveiller l’attention, et de fil en aiguille il va se retrouver embarqué dans un séminaire sur le nihilisme (désopilant passage rythmé par les paroles de la chanson de Starmania “S.O.S. d’un terrien en détresse” !), avant que tout cela ne le mène plus loin, avec l’apparition d’un certain V. Le vent de la Révolution ? C’est à voir…

Peut-être moins immédiat que “Bonheur™, “Vie™ finit pourtant immanquablement par accrocher le lecteur, scotché, étourdi, médusé par ce qu’il est en train de lire. Et on finit, un peu à l’image des hommes et des femmes présentés dans le roman, à devenir esclave de la prose de Jean Baret, esclaves volontaires tant que la distraction est présente. N’allez pourtant pas croire que “Vie™ n’est que distraction. L’humour est omniprésent, le ton de l’auteur est volontairement joueur, provocateur, outrancier, rigolard ( le roman est ponctué d’expressions drolatiques et très orientées informatique : “c’est trop clic clic”, “je suis à la limite du BSOD, là”, “je suis overclocké de rire”, il faut également voir les pseudos des personnages qui apparaissent au fil du récit : Simone de Bavoir, Brousse Willis, Brad Bite, Steven Cigale, Vin Sansplomb… Oui c’est un peu bête mais ça me fait bien rire !), mais le fond reste toujours aussi pertinent, frappant. La conclusion est d’ailleurs assez marquante quant à l’importance que nous voulons bien allouer aux algorithmes pour que ceux-ci se chargent de nos vies. Sans eux, sommes-nous libérés ou bien désarmés ? Le roman ne tranche pas, au lecteur de se faire son avis.

Toujours aussi direct donc, sans prendre de gants, Jean Baret continue, après “Bonheur™, son déboulonnage en règle de notre société et de ses excès. Moins immédiat mais paradoxalement globalement plus facile d’accès (car plus drôle, moins noir, en tout cas moins “visiblement” noir), “Vie™ est une vraie expérience. De celles qui marquent. Vivement le troisième et dernier volume de sa trilogie. Allez, “à plus on se suce !”. 😉

 

Lire aussi les avis de Gromovar, Lune, Célindanaé, Dionysos, Le chroniqueur, Chut Maman lit, Touchez mon blog, Le chien critique, Yuyine, Feyd Rautha, Le vaisseau-livres

 

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La nature de l’exécuteur, de Rachel Tanner https://www.lorhkan.com/2020/05/02/la-nature-de-lexecuteur-de-rachel-tanner/ https://www.lorhkan.com/2020/05/02/la-nature-de-lexecuteur-de-rachel-tanner/#comments Sat, 02 May 2020 06:00:39 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12309 Encore une nouvelle gratuite, encore offerte dans le cadre du confinement actuel. Cette fois, en réaction à son annulation, le festival des Imaginales a décidé d’offrir à la lecture gratuitement plusieurs nouvelles issues des différentes éditions de son anthologie officielle. Le texte ici présent est celui de Rachel Tanner (paru...

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Encore une nouvelle gratuite, encore offerte dans le cadre du confinement actuel. Cette fois, en réaction à son annulation, le festival des Imaginales a décidé d’offrir à la lecture gratuitement plusieurs nouvelles issues des différentes éditions de son anthologie officielle. Le texte ici présent est celui de Rachel Tanner (paru dans l’anthologie “Elfes et Assassins”, correspondant à l’édition 2013 du festival), que j’ai lu un peu un hasard parmi tous ceux disponibles (au nombre de onze, même si je n’ai reçu des lines que pour 10 d’entre eux…).

 

Quatrième de couverture :

Y en n’a pas !

 

Elfes militants

Choisir un texte au hasard, sans même avoir lu le moindre début d’indice sur le contenu, c’est toujours un peu risqué. Ça peut être une bonne surprise, ou un désagréable raté. Ça peut aussi être tomber un peu entre ces deux extrêmes. C’est un peu le cas ici. Parce que le texte, même si son contexte n’a rien de très original (le monde des feys, des elfes notamment, se mélange à la société des humains, dans un monde contemporain) ni de quoi faire rêver (le dossier très politisé de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes à proximité de Nantes), est plutôt bien écrit, avec même une ambiance réussie, mêlant un brin de fantastique (avec son héroïne mi-elfe mi humaine et ses capacités afférentes, et quelques manifestations surnaturelles) avec un ton froid et détaché, digne des récits d’espionnage (l’héroïne, Juliette, en est d’ailleurs une, d’espionne, ceci explique cela).

Sauf que derrière son intrigue là encore pas vraiment renversante (notre espionne métissée est chargée par les services secrets d’éliminer une figure du militantisme anti-aéroport et qui se trouve être son propre oncle), on trouve un message politique asséné sans grande finesse. Qui plus est, cette nouvelle entre clairement dans la catégorie des textes trop courts pour leur propre bien. Une nouvelle repose bien souvent sur une idée forte, un concept suffisamment captivant pour tenir le récit à lui seul. Mais le concept qui donne son sel à “La nature de l’exécuteur” (le mélange de deux mondes) et qui lui permet de ne pas être un simple texte militant comme un autre, n’est pas exploré ici, et le lecteur ressort du texte avec trop de questions sans réponse.

Car après les évènements décrits, qui semblent n’être qu’un élément d’un canevas plus vaste, what’s next ? Le monde des feys va réagir comment ? Idem pour les services secrets ? Pourquoi Juliette, qui n’est pas une tueuse professionnelle, a-t-elle vraiment été choisie pour cette mission, au-delà de ce qu’on pourrait comme un test ? Quel est le plan des services secrets la concernant ? Oui, ce texte mériterait d’être développé, pour densifier un univers qui a du potentiel et surtout pour lui donner du corps, alors qu’ici il en manque cruellement.

Soyons clair, ça se lit bien, c’est bien écrit, ça fonctionne (malgré une ou deux facilités scénaristiques), mais il lui manque un truc pour ne pas être rapidement oublié. Dommage.

 

Critique écrite dans le cadre des challenges “Le Projet Maki” de Yogo.

 

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Thin air, de Richard Morgan https://www.lorhkan.com/2020/04/29/thin-air-de-richard-morgan/ https://www.lorhkan.com/2020/04/29/thin-air-de-richard-morgan/#comments Wed, 29 Apr 2020 05:30:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12293 Richard Morgan est surtout connu pour ses romans de SF, notamment la trilogie “Carbone modifié” qui a eu les honneurs d’une adaptation Netflix. Il avait pourtant un peu abandonné la SF ces dernières années au profit d’une trilogie de fantasy dont j’ai lu le premier tome (“Rien que l’acier”), sans...

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Richard Morgan est surtout connu pour ses romans de SF, notamment la trilogie “Carbone modifié” qui a eu les honneurs d’une adaptation Netflix. Il avait pourtant un peu abandonné la SF ces dernières années au profit d’une trilogie de fantasy dont j’ai lu le premier tome (“Rien que l’acier”), sans toutefois aller au-delà, ne l’ayant pas trouvé suffisamment convaincant. Mais le revoilà aux affaires, dans cette SF-thriller hard-boiled lorgnant sur le cyberpunk qui l’a fait connaître. Un retour gagnant ?

 

Quatrième de couverture :

Hakan Veil est un ex-agent de sécurité haut de gamme, dont le corps équipé de technologies militaires fait de lui une véritable machine à tuer. Ses anciens employeurs l’ont abandonné sur une planète Mars troublée, où les institutions terriennes se battent pour l’argent et le pouvoir sur fond de luttes d’indépendance. Mais Veil rêve de retourner sur Terre – ce que lui offrent les autorités terriennes, s’il accepte d’assurer la protection de l’une de leurs employées. Une mission facile pour un expert comme lui… jusqu’à ce que tout bascule.

Lorsque sa cliente se met à enquêter sur la mystérieuse disparition d’un gagnant de la loterie, elle dévoile un nid d’intrigues et de meurtres. Veil reprend ces investigations à son compte, déterrant de terribles secrets enfouis sous la surface martienne. La machine à tuer devient alors la cible de puissants ennemis prêts à tout pour l’éliminer…

 

Embrouille politico-socio-économique sur Mars

“Thin air”, dont le titre fait ouvertement référence à l’atmosphère très ténue de la planète rouge, se déroule donc sur Mars, environ trois siècles après le début de la colonisation. Mars qui n’est, une nouvelle fois, qu’une reproduction de tous les travers des sociétés basées sur la recherche du profit à tout prix : énormes écarts financiers entre les plus riches et les plus pauvres, corruption à presque tous les étages, esclavage moderne, billet de retour vers la Terre hors de prix, paix sociale plus que branlante mais qui tient plus ou moins malgré tout, crime organisé, mainmise économique (de manière plus ou moins discrète) de la nation-berceau (la Terre en l’occurrence) sur la société martienne, etc… Rien de très nouveau sous le faible soleil reçu sur Mars.

C’est dans ce contexte que nous faisons la connaissance de Hakan Veil, ancien agent de sécurité “amélioré” (biologiquement et cybernétiquement avec notamment une IA d’assistance nommée Osiris), licencié par son employeur à l’issue d’une intervention qui a mal tourné, et envoyé sur Mars sans grand espoir de pouvoir rejoindre la Terre un jour. Il vivote de petits boulots, en chasseur de primes, retrouvant des “qualpros” (professionnels qualifiés, les travailleurs envoyés sur Mars par leur employeur terrien pour quelques années, motivés par un gros salaire mais qui finissent par craquer sous la pression engendrée par cette planète à la terraformation inachevée, à la fois si proche et si éloignée de la Terre), ce qui lui permet de payer son loyer. Un loyer qu’il doit prévoir à l’avance puisque sa constitution, modifiée depuis son plus jeune âge, l’oblige à entrer en “hibernation” quatre mois par an, pour régénérer son métabolisme. Il a réussi, pour gérer cet inconvénient, à se procurer un petit module d’habitation armé jusqu’aux dents.

Et un beau jour (ça dépend pour qui…), la Terre, via la LINCOLN (l’Initiative Coloniale, vaste entité à mi chemin entre une administration et une entreprise aux dents longues, et par qui passe tout ce qui concerne la colonisation spatiale, notamment son aspect financier), décide de venir mettre son nez dans les affaires martiennes avec un audit de grande envergure, histoire de faire un peu le ménage dans la classe politico-économique martienne quelque peu corrompue. Et Hakan Veil, tout juste “réveillé”, va se retrouver chargé de protéger l’un de ces auditeurs, en l’occurrence une femme, Madison Madekwe, dont le rôle est d’enquêter sur la disparition d’un homme qui a eu la chance d’obtenir un ticket de retour sur Terre via une grande loterie (les jeux, l’opium du peuple ? Ou en tout cas un maigre espoir qui fait vivre…).

Vous connaissez la suite : rien n’est simple, les apparences sont trompeuses, personne n’est ce qu’il semble être, les différentes factions martiennes ont toutes un agenda qui entre en conflit avec celui des autres, le truc derrière tout ça est bien plus énorme que ce que le début laisse présager, etc… Veil va devoir se débrouiller avec ce panier de crabes complexe (je ne vous ai pas parlé des Rocheux, désirant l’indépendance martienne, des Sacranistes, incarnant le socialisme martien, des triades chinoises qui ont elles aussi colonisé Mars de leur côté, ou bien des différents groupes intervenant dans l’intrigue, la police bien sûr, les Marshals aussi, ainsi qu’un paquet de personnalités telles le gouverneur de Mars, le préfet, etc…) mais remarquablement décrit par Richard Morgan qui a su garder une belle clarté dans une intrigue qui a pourtant largement le potentiel pour paumer son lecteur. Chose qui n’arrive jamais, et cela relève vraiment de la gageure vu le nombre de personnages et leurs buts qui ne cessent de se télescoper.

Bien sûr, en bon thriller-SF hard-boiled qui se respecte (Hakan Veil en parfait anti-héros, taciturne et n’hésitant pas à recourir à la violence, société sombre gangrenée par la corruption, scènes d’action bien musclées, scènes de sexe bien explicites, etc…), l’intrigue, digne héritière de celle des romans noirs, n’hésite pas à jouer sur les rebondissements et les faux-semblants mais toujours de manière limpide, sans jamais perdre le fil.

Et puis il y a ce concept de “Haute Frontière”. A travers elle, “Thin air” tient également du western futuriste avec ces Uplands, lieux éloignés de la capitale “civilisée” Bradbury (façon de parler, vous l’aurez compris), soit parce que l’orientation de la colonisation a changé en cours de route, soit parce qu’il s’ y trouve une forme de richesse possible (mais jamais pour ceux qui s’y tuent à la tâche bien sûr…). Des Uplands qui ont tout de la petite ville du Far West, celle qui voit le shérif local galérer avec les bandits venus faire leur loi. On y voit entre autre ce qui tient lieu de saloon, dans lequel le justicier solitaire peut mener son enquête en rencontrant la faune locale.

Alors disons-le très clairement, “Thin air” n’invente pas grand chose, il ne fait que marcher sur les traces de ses prédécesseurs, réutilisant une recette certes un peu éculée mais qui, menée de main de maître par un Richard Morgan en très grande forme, fait toujours mouche. Haletant, punchy, badass même, mais sans jamais oublier d’être malin, avec un worldbuilding aux petits oignons et un sous-texte politique loin d’être simpliste, le tout plongé dans une intrigue tortueuse à souhait et vraiment captivante, “Thin air” est une grande réussite. J’ai quand même un regret qui m’a poursuivi tout le long du roman, le choix de traduire le mot “headgear” (sorte de lunettes améliorées, permettant entre autre d’analyser le comportement de ses interlocuteurs, en plus d’être dotées d’autres fonctions diverses, sortes de Google Glass ++) par “lorgnon”… Le côté SF du roman en prend un sale coup… Au-delà de ça, même si “Thin air” ne sera sans doute pas à même de contenter tout le monde puisque mené à la première personne avec un protagoniste très… masculin dirons-nous (mais la plupart des femmes du roman n’ont rien à lui envier côté cojones), le récit saura pourtant sans aucun doute marquer le lecteur qui se laissera happer par son univers. Des thrillers SF-cyberpunk de cette trempe, on n’en rencontre pas tous les jours et celui-là, croyez-moi, il décoiffe et vaut son pesant de régolite martien !

 

Lire aussi les avis de Gromovar, Yogo, CultureVsNews, Artemus Dada (épisode 1, épisode 2…), Julien Fleury, Lauryn, Grigri_lit.

Critique écrite dans le cadre du challenge “Défi Cortex” de Lune (catégorie “Dans le système solaire mais pas sur Terre”).

 

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Les Tiges, de Thomas Geha https://www.lorhkan.com/2020/04/26/les-tiges-de-thomas-geha/ https://www.lorhkan.com/2020/04/26/les-tiges-de-thomas-geha/#comments Sun, 26 Apr 2020 06:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12297 Les textes offerts gracieusement par les éditeurs ou les auteurs eux-même pleuvent en ce moment, et la chronique de Célindanaé m’a rappelé que Thomas Geha, un auteur très discret qui n’a pas, à mon humble avis, la place qu’il mérite au sein des auteurs de SFFF francophones, y est aussi...

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Les textes offerts gracieusement par les éditeurs ou les auteurs eux-même pleuvent en ce moment, et la chronique de Célindanaé m’a rappelé que Thomas Geha, un auteur très discret qui n’a pas, à mon humble avis, la place qu’il mérite au sein des auteurs de SFFF francophones, y est aussi allé de son petit cadeau, à savoir la nouvelle “Les Tiges”, téléchargeable sur son site et faisant partie du cycle des “Planètes Pirates” dont j’ai lu les très bons (et ma foi très différents) “La guerre des chiffonneurs” et “Sous l’ombre des étoiles”.

 

Quatrième de couverture :

Y en n’a pas !

 

Symbiose et mimétisme

Le cycle “Planètes Pirates” de Thomas Geha est-il toujours vivant ? Voilà une question que l’on peut se poser puisque le dernier texte paru, le très bon (et très vancien) “Sous l’ombre des étoiles” date de 2013… Quoiqu’il en soit, la nouvelle “Les Tiges” (initialement parue au sein de l’anthologie “Destination Univers” chez Griffe d’Encre et qui a obtenu le Prix Rosny aîné l’année suivante) en fait partie et permet de mieux connaitre ces fameuses Tiges que l’on a pu croiser subrepticement dans “La guerre des chiffonneurs” (mais mes souvenirs au sujet de ce roman restent très vagues, au-delà d’un sentiment de récit pulp très réussi). Rappelons tout de même que tous ces textes peuvent se lire de manière indépendante, donc n’hésitez pas chers lecteurs ! Les Tiges donc, une forme de vie semblant relever du monde végétal et utilisant l’espèce humaine dans une sorte de symbiose pas tout à fait parasitaire, en guerre contre les mystérieux Ailaidarlis (que personne n’a jamais vus) qui utilisent eux aussi l’espèce humaine mais de manière plus… intrusive.

Les informations sont données au lecteur au fil d’un déroulé pas complètement chronologique, donnant une narration efficace et assez captivante. Les formes de vie évoquées dans ce texte sont plutôt originales, et sont en tout cas loin d’être les plus courantes au sein de la SF. Ça c’est pour le petit vent de fraîcheur apporté par une nouvelle au récit dynamique qui laisse une jolie place à l’action, en mettant en scène quelques personnages humains, dans une station spatiale mi-humaine mi-Tige, confrontés à l’arrivée d’une flotte Ailaidarlis. C’est rythmé, c’est efficace, ça accroche bien.

Et puis il y a le côté biologique, et les théories sous-jacentes. Je ne suis pas biologiste donc je m’abstiendrais d’analyser ce que je ne maîtrise pas (après tout je ne suis pas Donald Trump😀 ), mais j’ai beaucoup aimé la relation entre symbiose et mimétisme, avec en toile de fond la théorie de la reine rouge et la nécessaire évolution (voire co-évolution) pour réussir à survivre, et la relation tri-partite (espèce modèle/espèce imitatrice/espèce dupée) qu’implique le mimétisme. La guerre nécessaire à la survie, non pas dans un but de conquête mais d’adaptation à un environnement changeant, allant même jusqu’à une volonté de faire évoluer cet environnement pour convenir à l’espèce, avec en toile de fond le devenir d’une espèce humaine plus tout à fait maîtresse de son destin. Fascinant, tout à fait réaliste, et amené par Thomas Geha à un niveau civilisationnel intelligent dans un univers SF. Moi je dis : mes respects Monsieur Geha. Et du coup, avec un tel “substrat” (histoire de filer la métaphore botanique), ce serait dommage de laisser tomber le cycle “Planètes Pirates”, hein ?

 

Critique écrite dans le cadre des challenges “Le Projet Maki” de Yogo et le “Défi Cortex” de Lune (catégorie “Bretagne”).

 

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Void star, de Zachary Mason https://www.lorhkan.com/2020/04/22/void-star-de-zachary-mason/ https://www.lorhkan.com/2020/04/22/void-star-de-zachary-mason/#comments Wed, 22 Apr 2020 05:30:00 +0000 http://www.lorhkan.com/?p=11244 Le cyberpunk, ça vous dit quelque chose ? Genre emblématique des années 80, porté par le célèbre “Neuromancien” de William Gibson et tous les auteurs qui l’ont suivi (Bruce Sterling, Walter Jon Williams, George Alec Effinger…), certains le disent mort et enterré depuis belle lurette, trop lié qu’il était à...

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Le cyberpunk, ça vous dit quelque chose ? Genre emblématique des années 80, porté par le célèbre “Neuromancien” de William Gibson et tous les auteurs qui l’ont suivi (Bruce Sterling, Walter Jon Williams, George Alec Effinger…), certains le disent mort et enterré depuis belle lurette, trop lié qu’il était à une époque très spécifique. Il a pourtant essaimé dans de nombreux romans qui, même s’ils ne s’en réclament pas totalement, lui doivent énormément (cités sur ce blog : “Dans la dèche au Royaume Enchanté” de Cory Doctorow“Le fleuve des dieux” de Ian McDonald, “Des larmes sous la pluie” et “Le poids du coeur” de Rosa Montero, “Ch3val de Troi3” de Eric Nieudan, “Station : la chute” de Al Robertson, “La cité de l’orque” de Sam J. Miller ou “Rosewater” de Tade Thompson, et tant d’autres…). Zachary Mason replace le cyberpunk dans un monde moderne, avec les problématiques de notre temps, et avec “Void star” fait carrément oeuvre d’hommage envers le maître Gibson.

 

Quatrième de couverture :

Dans un futur proche, en Californie… Tandis que les réfugiés climatiques s’entassent dans les favelas surveillées par des drones armés, les cliniques privées proposent aux plus riches des vies à rallonge. Un luxe qu’Irina peut s’offrir depuis qu’elle joue les intermédiaires entre ses clients fortunés et des intelligences artificielles devenues incontrôlables. Kern, lui, a fait de la rue son terrain de chasse préféré. Petit voleur passionné d’arts martiaux, il s’est spécialisé dans le recouvrement musclé. Quant à Thales, blessé dans l’attentat qui a coûté la vie à son père, il a fui son Brésil natal, mais sait que ses jours sont comptés car son implant cérébral se détériore inexorablement. Trois destins appelés à se croiser quand Irina surprend dans un reflet d’écran ce qu’elle n’aurait jamais dû voir, quand Kern se trompe de cible, quand une mystérieuse voix exige de Thales qu’il livre ses souvenirs. Trois personnages poursuivis par des forces insoupçonnées, et désormais en danger de mort……

 

Le cyberpunk bouge toujours, et pas qu’un peu !

Dans un monde futuriste mais non daté, les ravages climatiques que nous pressentons ont eu lieu : les eaux sont montées, de nombreuses zones côtières, voire des villes entières, ont été submergées, causant des flots massifs massifs de réfugiées climatiques fuyant les zones sinistrées. Tout ceci s’accompagne du chute plus ou moins prononcée des pouvoirs politiques et étatiques (au profit d’immenses multinationales tentaculaires), amenant les populations de nouveaux arrivants à se mêler à la population de ceux déjà sur place mais exclus car trop pauvres pour se faire une place parmi les bien-portants, tout le monde s’entassant dans des favelas délabrées.

Et puis, bien au-dessus de tout cet amas d’humains, il y a les IA. Des Intelligences Artificielles mystérieuses, capables de s’auto-répliquer et d’évoluer, qui continuent de faire ce pour quoi elles ont été conçues au départ mais que plus personne, à part quelques rares spécialistes, ne parvient à comprendre.

C’est dans ce paysage pas très optimiste que naviguent les trois personnages principaux du récit. Irina tout d’abord, l’une des rares personnes aptes à communiquer avec les IA (grâce à un implant cérébral), et qui fait payer très cher ce talent. Elle arrive d’ailleurs au début du roman à San Francisco pour honorer un contrat avec un milliardaire, ce qui lui permettra de continuer à se payer son traitement anti-vieillissement pour lequel il ne faut surtout pas rater une échéance sans quoi il devient inefficace.

Ensuite il y a Kern, jeune réfugié dans une favela de Los Angeles, passionné d’arts martiaux et qui vit de petits deals sans grande importance. Jusqu’au jour où le vol d’un simple téléphone portable va l’amener à mettre le doigt dans un engrenage qui le dépasse totalement.

Enfin, Thales, fils du Premier Ministre brésilien, qui a échappé de peu à l’attentat qui a tué son père et qui a fui à Los Angeles pour se remettre de cet évènement dramatique qui l’a obligé à se faire poser un implant pour remplacer une partie de son cerveau endommagé.

Trois personnages pour trois trajectoires individuelles qui vont inévitablement finir par se croiser, voire se percuter, dans ce monde ou dans un autre, cyberpunk oblige.

“Void star” est un roman assez excitant, reprenant toutes les habituelles thématiques du genre cyberpunk tout en les actualisant pour les faire correspondre au monde que nous connaissons aujourd’hui.

Fait de chapitres courts, jouant sur une alternance presque frénétique entre les différents personnages, le roman part sur des bases assez classiques avant de flouter les lignes en basculant à mi-récit sur quelque chose de différent, typiquement cyberpunk là encore, et qui hérite d’une part de mystère dû à ces Intelligences Artificielles incompréhensibles pour le commun des mortels. D’ailleurs, le fin mot de l’histoire n’a rien d’évident, et bien malin celui qui pourra prétendre avoir vu clair dans leur jeu…

Mêlant habilement transhumanisme et cyberpunk dans un récit ou différents niveaux de réalité se mélangent, jouant avec les perspectives apportées par les évolutions technologiques (qu’elles soient numériques ou non), Zachary Mason est parvenu à faire oeuvre d’hommage, à William Gibson avant tout bien sûr, tout en écrivant une oeuvre très personnelle, moderne et qui fait écho à notre société et nos préoccupations d’aujourd’hui.

Rythmé, dynamique, un brin exigeant mais résolument captivant, abordant les notions de mémoire et d’immortalité, deux concepts qui se font écho mais de manière bien différente en fonction des personnages, “Void star” est tout cela à la fois et récompensera le lecteur qui saura s’accrocher (un peu) avant d’accrocher (beaucoup) à ce futur imaginé par Zachary Mason. En espérant tout de même que notre vrai futur ne soit pas tout à fait comme celui-ci…

Lire aussi les avis de Gromovar, Alias, Yogo, Xapur, Nicolas, Victor Montag, Jean-Louis Dragon, Hilaire Alrune, Callysse.

 

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La voie de la liberté, de Tang Fei https://www.lorhkan.com/2020/04/19/la-voie-de-la-liberte-de-tang-fei/ https://www.lorhkan.com/2020/04/19/la-voie-de-la-liberte-de-tang-fei/#comments Sun, 19 Apr 2020 06:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12278 Confinement encore et toujours, et cette fois ce sont les éditions Jentayu (qui publient la revue du même nom et des livres mettant en avant des écrivains asiatiques peu connus en France) qui nous offrent une nouvelle gratuite issue du dernier numéro (le 10) de la revue dont le thème...

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Confinement encore et toujours, et cette fois ce sont les éditions Jentayu (qui publient la revue du même nom et des livres mettant en avant des écrivains asiatiques peu connus en France) qui nous offrent une nouvelle gratuite issue du dernier numéro (le 10) de la revue dont le thème était “l’avenir”. Il n’en fallait pas plus pour avoir un peu de SF asiatique, avec donc au programme “La voie de la liberté” de la jeune autrice chinoise Tang Fei.

 

Quatrième de couverture :

Y en n’a pas !

 

Le confinement poussé à l’extrême

Voilà un texte dont la période actuelle de confinement fait un étrange écho… Je ne saurais dire s’il est visionnaire (l’avenir nous le dira, nous n’en sommes pas encore sortis…), mais les éditions Jentayu ne pouvaient pas manquer de faire le parallèle avec l’actualité en le rendant disponible gratuitement en ce moment.

Car “La voie de la liberté” parle de confinement. Une femme, une des premières malades d’un genre nouveau, sent le vent tourner et décide donc de rester cloîtrer chez elle, avec ses deux enfants. Une décision étonnante alors que le monde n’a pas encore conscience de ce qui va arriver. Et finalement, la catastrophe sanitaire arrive (il s’agit ici d’une pollution de l’air particulièrement néfaste), et la société finit par s’écrouler. Du moins c’est ce qu’il semble du point de cette famille confinée, alors que la femme et ses enfants (et plus tard ses petits-enfants, l’un d’entre eux (fille ou garcon, le mystère demeure) étant le narrateur du texte) n’ont absolument aucun contact avec l’extérieur.

Isolement total, sur un temps long (plusieurs années), “La voie de la liberté” nous montre que le retranchement prolongé, s’il est au départ salvateur, conduit finalement à un repli sur soi duquel il est impossible de sortir. Tang Fei, jouant plus sur la parabole que sur le réalisme (notamment scientifique, mais aussi sur le plan un peu bancal de la cohérence narrative), utilise pour cela un thème éculé de la littérature fantastique, proche de la manière de faire d’un Richard Matheson (pris à l’envers, mais je ne détaille pas… 😉 ). C’est un brin déstabilisant, surprenant, mais le discours est limpide.

On pense donc inévitablement à la situation que nous vivons en ce moment, mais en se détachant de la période actuelle, le texte peut avoir (surtout qu’il vient d’une autrice chinoise) une portée beaucoup plus sociétale, voire économique et donc aussi politique. Pas mal pour un texte d’une vingtaine de pages, joliment traduit par Coraline Jortay.

 

Critique écrite dans le cadre des challenges “Le Projet Maki” de Yogo et le “Défi Cortex” de Lune (catégorie “Asie”).

 

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Pirates, de Michael Crichton https://www.lorhkan.com/2020/04/13/pirates-de-michael-crichton/ https://www.lorhkan.com/2020/04/13/pirates-de-michael-crichton/#comments Mon, 13 Apr 2020 05:30:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12268 Une fois n’est pas coutume, pas de fantasy ni de fantastique ni de SF au programme du jour, mais plutôt un pur roman de divertissement sur le thème des pirates, signé par l’un des géants (au moins en termes de vente) de la littérature moderne, décédé en 2008, Michael Crichton....

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Une fois n’est pas coutume, pas de fantasy ni de fantastique ni de SF au programme du jour, mais plutôt un pur roman de divertissement sur le thème des pirates, signé par l’un des géants (au moins en termes de vente) de la littérature moderne, décédé en 2008, Michael Crichton. Alors hissez la grand-voile, embarquez à bord du Cassandra, et en route vers la citadelle de Matanceros en compagnie d’une bande de pirates de choc !

 

Quatrième de couverture :

1665. La Jamaïque est une petite colonie britannique perdue au milieu des possessions de l’Empire espagnol. Port Royal, capitale de l’île, n’est pas un endroit où s’établir si l’on veut vivre centenaire : c’est un véritable coupe-gorge où se bousculent aventuriers, loups de mer, filles de mauvaise vie et autres repris de justice. Du point de vue du capitaine Edward Hunter, cependant, la vie sur l’île est riche de promesses. Il faut juste s’y entendre un peu en matière de piraterie…
La rumeur circule justement qu’un navire chargé d’or est à quai dans le port voisin de Matanceros. Gouvernée par le sanguinaire Cazalla, l’un des chefs militaires favoris du roi d’Espagne, l’île est réputée imprenable. Qu’à cela ne tienne ! Hunter met rapidement sur pied une équipe pour s’emparer du galion. Une femme pirate, fine gâchette dotée de la meilleure vue des Caraïbes, un ancien esclave, muet doué d’une force herculéenne, un vieillard paranoïaque expert en explosifs, et le plus remarquable barreur du Nouveau Monde seront ses compagnons de voyage…

 

Taillé pour devenir un blockbuster hollywoodien

Michael Crichton a vendu un gros paquet de romans (plus de 200 millions nous dit Wikipedia, une paille quoi !), et pourtant je n’en ai lu qu’un seul, le fameux “Jurassic park” (dans mes souvenirs plus développé que le film et que j’avais beaucoup aimé, mais j’étais ado à l’époque…). Mais Michael Crichton était aussi en contact étroit avec le cinéma d’Hollywood, en témoignent ses nombreux récits qui ont été adaptés en longs métrages (“Jurassic park” et “Le monde perdu” bien sûr puis toute la ribambelle de films basés sur ce qui est devenu une franchise, mais aussi “Sphere”, “Le 13ème guerrier”, “Harcèlement”…). Et voilà que l’envie de lire un roman de pirates me fait croiser la route de ce récit publié à titre posthume (décédé en 2008, Michael Crichton travaillait toujours sur ce roman qui finit par paraître en 2009). Avec ce qui est dit plus haut, mon ressenti ne sera pas une véritable surprise…

Car comme l’indique le titre de cette chronique, “Pirates” est en effet un festival d’action, d’actes héroïques et abracadabrantesques, de batailles navales et de trahisons, le tout avec une galerie de personnages très typés. Autant d’aspects dont se nourrit le cinéma hollywoodien et “Pirates” a en effet tout ce qu’il faut pour être adapté en un bon gros blockbuster (Steven Spielberg s’est d’ailleurs déclaré intéressé) qui tiendrait la dragée haute à un “Pirates des Caraïbes”, la loufoquerie en moins.

Revenons un moment sur l’intrigue. Tout commence avec le gouverneur de Port Royal, Sir James Almont, nommé par le roi d’Angleterre, qui découvre au cours d’une coucherie avec une de ses employées de maison qu’un galion espagnol semble avoir jeté l’ancre non loin d’ici, dans une baie au large de l’île de Matanceros, une zone extrêmement bien protégée par une forteresse espagnole réputée imprenable. S’il est à l’arrêt à cet endroit, c’est qu’il est en difficulté, les galions espagnols ayant l’habitude, pour éviter les attaques de pirates, de naviguer en groupe. Dès lors, si celui-ci n’a pas levé l’ancre  après avoir réparé, c’est forcément que ses cales sont trop bien remplies pour prendre le risque de repartir seul. Donc soit il attend la prochaine vague de galions, soit il attend carrément une escorte militaire rien que pour lui. Quoiqu’il en soit, la cupidité de Almont l’amène à converser avec Edward Hunter, corsaire au service de sa Majesté (et pirate à ses heures perdues) pour tenter de s’emparer de ce galion, même si cela semble mission impossible à cause de la redoutable forteresse qui le protège. Il faut faire vite, et Hunter va donc devoir recruter une équipe de choc…

Et donc, c’est bien joli mais cela fait-il de “Pirates” un bon roman ? Hé bien pas vraiment… Ho l’honnêteté me force à dire que le récit est très bien mené, l’exposition du roman est efficace (quoiqu’un poil longuette peut-être compte tenu de la taille restreinte du roman, 300 pages), les péripéties se succèdent à un rythme élevé amenant le lecteur dans un grand huit duquel il est difficile de décrocher. Mais ça finit par aller tellement vite qu’on ne se soucie plus vraiment des personnages, persuadé que Hunter finira forcément par triompher. A un point tel que cette succession de scènes parfois “over the top” (mais vraiment hein, on parle d’une soixantaine de prisonniers qui s’échappent au nez et à la barbe de tout l’équipage, bien plus nombreux et armé, d’un vaisseau de guerre grâce au talent d’un seul homme par exemple) laisse à penser qu’en effet Crichton, plutôt habitué des pavés volumineux, n’avait pas fini de faire gonfler son texte, ce qui lui aurait permis d’espacer un peu ses scènes d’action pour permettre au lecteur de souffler un peu.

Parce que là, en l’état, la densité du roman est telle qu’on a l’impression que l’écrivain américain a voulu cocher toutes les cases du bingo des pirates en un minimum de pages… Bataille(s) navale(s) : check, trahison : check, trésor caché : check, attaque d’une place forte : check, échouage sur une île : check, méchants indiens cannibales : check, tempête dévastatrice : check, et j’en passe. Tout y est. Avec en prime la scène de recrutement de l’équipage (très hétéroclite, chaque membre ayant ses points forts, du maître timonier qui fait aussi office de médecin au petit génie des explosifs, en passant par le colosse noir et ancien esclave mais aussi par la femme-vigie à la vue perçante que la fainéantise de Crichton a doté d’une histoire personnelle plus qu’inspirée de celle de Mary Read, etc…) dont la plupart des membres importants auront leur heure de gloire, à la manière d’un film de casse. L’auteur pousse même le vice jusqu’à l’apparition d’un kraken surgi de nulle part (et n’amenant strictement rien au récit…), comme s’il avait voulu refaire un “Pirates des Caraïbes” à sa sauce. Stop, n’en jetez plus. Certes, il est difficile de concevoir un roman de piraterie sans une bataille navale, mais voir tous ces poncifs, ces passages (un peu trop) obligés, être alignés sans guère de surprise, même si ça se lit bien, au bout d’un moment ça fait vraiment beaucoup…

Et donc, au terme du roman qui se voudrait être haletant de bout en bout mais qui ne l’est que par intermittence et qui finit par devenir fatigant à trop vouloir en faire, on en arrive à se dire que même si c’est incontestablement bien mené (la preuve, je l’ai lu en deux ou trois jours tant les pages se tournent toutes seules) et même par moment franchement agréables (les batailles navales encore une fois), ça fait un peu le même effet qu’un Big Mac : sur le coup ça cale bien, ça se mange vite, et puis on finit par se dire que ça manque franchement de finesse. Mais un Big Mac de temps en temps, ça fait aussi du bien par où ça passe, si oublie la culpabilité qui vient après. 😀

 

Lire aussi les avis de Koyolite Tseila, Olga, Folfaerie, Skritt.

 

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La Suriedad, de Estelle Faye https://www.lorhkan.com/2020/04/11/la-suriedad-de-estelle-faye/ https://www.lorhkan.com/2020/04/11/la-suriedad-de-estelle-faye/#comments Sat, 11 Apr 2020 06:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12262 Je commence à avoir lu quelques nouvelles de Estelle Faye, dispersées ici ou là puisqu’elle n’a pour l’instant pas eu les honneurs d’un recueil qui lui serait dédié. En attendant, voici un autre texte, “La Suriedad”, daté de 2008, et exclusivement disponible en numérique.   Quatrième de couverture : Il...

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Je commence à avoir lu quelques nouvelles de Estelle Faye, dispersées ici ou là puisqu’elle n’a pour l’instant pas eu les honneurs d’un recueil qui lui serait dédié. En attendant, voici un autre texte, “La Suriedad”, daté de 2008, et exclusivement disponible en numérique.

 

Quatrième de couverture :

Il est toujours dangereux de rencontrer les dragons…

« J’écris pour ne pas oublier. J’ai déjà perdu la mémoire, une fois, et maintenant je vis dans la crainte que cela se produise à nouveau. Je ne peux pas me le permettre. Je ne peux plus.J’écris dans un petit port de l’archipel des Galantes, il fait une chaleur étouffante. Ici, aujourd’hui, c’est la fête des morts, et c’est peut-être ce qui m’a décidé à coucher sur le papier cette histoire. »

La première nouvelle d’Estelle Faye, parue en 2008, en version numérique exclusive.

 

Corsaires et dragon

Comme on peut le voir juste au-dessus, l’éditeur de ce texte, Les Moutons Électriques, indique que ce texte est la première nouvelle de Estelle Faye, parue en 2008. Il se trouve qu’en cherchant un peu, il s’agit plutôt du deuxième texte paru de l’autrice, le premier étant “Menthe sauvage” paru dans l’anthologie “Dieu reconnaîtra les siens…” en 2006. Quant à la nouvelle ici présente, “La Suriedad”, elle est apparu pour la première fois dans l’anthologie “Dragons” chez Calmann-Lévy, non pas en 2008 mais en 2009… Hum. A ces quelques approximations près, disons que Les Moutons Électriques veulent nous indiquer qu’il s’agit là d’un texte d’une Estelle Faye “débutante”. 😉

“La Suriedad” commence avec à homme arrivé à un tournant de sa vie et qui éprouve le besoin de coucher sur le papier tout ce qu’il a vécu. Du moins tout ce dont il se souvient puisque sa mémoire remonte au moment où il a été repêché par un navire faisant la chasse aux corsaires. Avant, rien, le néant. “La Suriedad” est donc le récit des deux dernières années de sa vie, depuis cet évènement jusqu’à l’écriture de ses mémoires.

On avait déjà remarqué l’amour qu’Estelle Faye voue à l’océan et qui transparaît dans plusieurs de ses écrits (“Hoorn” et “Les nuages de Magellan” pour ne citer que ceux que j’ai lus). “La Suriedad” en est un autre exemple. On est en effet devant un pur récit maritime de fantasy, se déroulant dans un monde très proche du nôtre, les noms des lieux, peuples ou même certains noms propres étant directement inspirés de ce que nous connaissons sans correspondre tout à fait (océan du Ponant, archipel des Galantes, les Phaenicians, les Fjordmen, les Néderlands, Mitgard…).

On pourrait dès lors imaginer un récit haletant fait de batailles navales, de trésor, de mutinerie, de beuveries dans les ports, etc… Et pour être honnête il y a un peu de ça, mais sur un ton très éloigné du récit maritime classique basé sur l’aventure au grand air avant tout. Ici, le ton se fait beaucoup plus mélancolique, du fait des questionnements amenés par le personnage principal et des évènements dont il est témoin. Cela amène un vrai plus pour l’atmosphère du récit, relativement calme et introspectif, sans pour autant négliger l’intrigue et l’aventure en elle-même.

“La Suriedad” est donc un texte sympathique qui permet de passer un bon moment, notamment aux amateurs de récits de pirates/corsaires, le tout dans un monde fantasy où la mythologie n’est jamais bien loin (n’oublions que le texte est a au départ été publié dans une anthologie intitulée “Dragons”…). Entre mythe fondateur et fardeau mythologique, le récit (disponible sur le site de l’éditeur pour 1,99€), sans dévoiler totalement tous ses mystères, parvient à laisser une belle petite trace dans l’esprit du lecteur. 

 

Critique écrite dans le cadre du challenge “Le Projet Maki” de Yogo.

 

 

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Je suis fille de rage, de Jean-Laurent Del Socorro https://www.lorhkan.com/2020/04/06/je-suis-fille-de-rage-de-jean-laurent-del-socorro/ https://www.lorhkan.com/2020/04/06/je-suis-fille-de-rage-de-jean-laurent-del-socorro/#comments Mon, 06 Apr 2020 05:30:04 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12233 De Jean-Laurent Del Socorro, j’avais déjà lu et grandement apprécié “Royaume de vent et de colères”, roman de fantasy historique sur une période mal connue de l’histoire de France (et de Marseille). L’auteur étant un peu notre Guy Gavriel Kay à nous, il a poursuivi dans cette veine historique avec...

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De Jean-Laurent Del Socorro, j’avais déjà lu et grandement apprécié “Royaume de vent et de colères”, roman de fantasy historique sur une période mal connue de l’histoire de France (et de Marseille). L’auteur étant un peu notre Guy Gavriel Kay à nous, il a poursuivi dans cette veine historique avec “Boudicca” (que je n’ai pas encore lu) puis avec le présent “Je suis fille de rage”, vaste fresque à mi chemin entre roman et documentaire sur la guerre de Sécession.

 

Quatrième de couverture :

1861 : la guerre de Sécession commence. À la Maison Blanche, un huis clos oppose Abraham Lincoln à la Mort elle-même. Le président doit mettre un terme au conflit au plus vite, mais aussi à l’esclavage, car la Faucheuse tient le compte de chaque mort qui tombe. Militaires, affranchis, forceurs de blocus, politiciens, comédiens, poètes… Traversez cette épopée pour la liberté aux côtés de ceux qui la vivent, comme autant de portraits de cette Amérique déchirée par la guerre civile.

Après Royaume de vent et de colères et Boudicca, Jean-Laurent Del Socorro nous propose une nouveau récit historique et fantastique.

 

Poignant panorama de la guerre de Sécession

“Je suis fille de rage” est un roman ambitieux puisqu’il prétend couvrir toute la guerre de Sécession (et même un peu plus, en couvrant les années 1861 à 1865) au sein de ses 500 et quelques pages. Un pari risqué pour Jean-Laurent Del Socorro tant ce conflit, période évidemment charnière de l’histoire des USA (et par voie de conséquence du monde), a eu des répercussions allant bien au-delà de l’état fédéral américain. L’esclavagisme et son abolition sur le sol américain y sont bien sûr au coeur, mais c’est aussi un conflit qui a vu la guerre passer d’un style “napoléonien” vers quelque chose de plus moderne, y compris dans les moyens techniques (premiers bateaux cuirassés, première victime d’un sous-marin, premières mitrailleuses). Un conflit complexe donc (politiquement, économiquement, socialement), long, avec de multiples personnages à l’importance primordiale et nombre de batailles cruciales, qu’il paraît bien difficile d’aborder de manière claire et surtout exhaustive en 500 pages. Et pourtant…

Allez, disons-le, même si Jean-Laurent Del Socorro n’explore pas la guerre de Sécession dans son entièreté, l’essentiel y est. Fait de très nombreux (et très courts) chapitres centrés sur de multiples points de vue (unionistes comme confédérés (même si ces derniers sont moins nombreux), simples soldats aussi bien que généraux, acteurs ou personnalités publiques d’importance, hommes ou femmes, à travers des récits de fictions inspirés de faits réels mais aussi de traductions de lettres réellement écrites, textes “à grande échelle” et d’autres beaucoup plus intimes et personnels), “Je suis fille de rage” force le respect.

Certes, le cahier des charges du roman (explorer le conflit sous de nombreux aspects) rend difficile l’attachement aux nombreux personnages rencontrés. Pourtant, la plume de l’auteur fait parfois merveille et quelques belles envolées (notamment sur la fin, rien de plus normal alors qu’arrive le dénouement personnel pour de nombreux personnages) ne peuvent que toucher le lecteur, notamment par le biais de ces “petites gens” broyés par la guerre et qui donnent l’essentiel de l’émotion du roman alors que les “grands de ce monde” sont au-dessus de la mêlée, parfois (souvent ?) froids et distants, voire cruellement “comptables”. Un lecteur qui ressortira forcément du roman (à moins d’être déjà très au point sur le sujet) plus connaisseur d’une période, il faut bien le dire, assez peu enseignée il me semble en France.

Alors on hurle devant les hésitations du général McClellan (qui aurait pu en finir avec cette guerre plus rapidement), on est pétrifié devant le froid réalisme politique d’un Lincoln qui tarde à faire de l’abolition de l’esclavage le sujet même de la guerre (alors qu’il n’en est au départ qu’un élément parmi d’autres, notamment économiques, ce que Jean-Laurent Del Socorro aborde peut-être un peu trop succinctement au début du récit), on suffoque devant un général Grant qui fait certes basculer le conflit avec ses victoires mais à quel prix, on est étonné de voir la droiture de certains généraux sudistes (Robert E. Lee au premier chef), on souffre avec l’ancienne esclave Minuit qui donne tout (et son espoir avec) pour l’Union, on admire le courage de Caroline, cette “fille de rage” qui quitte sa famille sudiste (dont le père et le frère sont engagés chez les Confédérés) pour rejoindre les rangs de l’Union, etc… De multiples aspects, présentés comme un kaléidoscope de cette guerre terrible qui n’en finit pas, alors que les incapables semblent se succéder parmi les dirigeants militaires. Et puis il y a le seul élément fantastique du récit, les dialogues entre Abraham Lincoln et la Mort (“personnage” qui pourrait tout aussi bien être le fruit de l’imagination de Lincoln, une personnification de sa conscience) qui fait les comptes des victimes de cette guerre à la craie sur les murs du bureau du Président des Etats-Unis d’Amérique.

J’ai longuement hésité avant de me plonger dans cet épais volume, dont les premières pages intriguent et peuvent éventuellement effrayer ceux qui goûteraient peu les récits de guerre (cartes des USA et emplacement des principales batailles, dramatis personae, un petit guide pour comprendre les en-têtes de chapitre qui sont plein d’indication sur les lieux de l’action et l’allégeance des personnages, etc…), alors qu’il n’y a pas de quoi être effrayé. Car “Je suis fille de rage” n’est pas un récit documentaire décrivant par le menu les stratégies et tactiques de chaque camp (chose qui aurait peut-être malgré tout mérité d’être un peu abordé pour mieux saisir l’évolution du conflit au fil des mois). Et que d’une part le roman n’est pas aussi long que ce que sa taille laisse imaginer et que d’autre part la petite gymnastique intellectuelle nécessaire à chaque début de chapitre (identification des lieux et de l’allégeance, chaque personnage-narrateur est introduit par une même phrase à chaque chapitre qui le concerne, tel le Général Grant avec “Le Général qui ne compte pas ses morts” ou pour Sherman “L’Officier qui lutte contre la folie”) est vite acquise. Et les pages (et les années de cette guerre, chacune nommée de façon détournée par une lettre de l’alphabet, jusqu’à ce magistral “Haine comme nation” pour l’année 1865, j’applaudis des deux mains !) se mettent alors à défiler toute seule tant on a du mal à lâcher le roman (que j’ai lu en quatre jours).

Alors que dire de plus ? Pas grand chose à vrai dire, tant “Je suis fille de rage” semble irréprochable sur bien des points. La prose de l’écrivain est très élégante, la documentation qu’il a forcément dû accumuler pour écrire le roman force le respect, et le panorama sans concession qu’il propose (chaque camp en prend pour son grade, et les “héros” paraissent parfois en dessous de tout…) sur la guerre de Sécession est tout simplement remarquable, sans cesse replacé dans le contexte de son époque et abordant de thématiques riches et toujours d’actualité (malheureusement pour certaines…). Par ailleurs, on ne peut qu’admirer l’objet-livre en lui-même, avec grosse reliure type “vieux roman”, tranchefile et signet, c’est superbe. On regrettera juste quelques boulettes durant le récit (confusion entre Fort Donelson et Fort Donaldson, une erreur de date, une erreur d’allégeance, des lettres du Général Lee adressées à son épouse Julia alors que celle-ci s’appelait en réalité Mary (à moins qu’un détail ne m’ait échappé…)…) mais au fond rien de très grave.

Il faut donc saluer la prouesse de Jean-Laurent Del Socorro d’avoir mené à son terme un tel projet, à l’envergure un peu folle, mais qu’il a parfaitement maîtrisé de bout en bout. “Je suis fille de rage” est un roman certes, mais ne serait-il pas également la lecture parfaite pour qui souhaiterait connaître, à hauteur des hommes et des femmes qui l’ont faite ou qui l’ont vécue, l’essentiel du déroulement de la guerre de Sécession ?

 

Lire aussi les avis de Tigger Lilly, Anne-Laure, Elhyandra, Xapur, Célindanaé, Dionysos, Dup, Nanet, Nicolas, Yuyine, Le chroniqueur, Dreambookeuse, Aurore, Redbluemoon, Sometimes a book, Miss Chatterton, Fungilumini, Les lectures d’A, Nathalie Z., Thomas Riquet, Vincent Degrez

 

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Le col et la courtisane, de Emmanuel Chastellière https://www.lorhkan.com/2020/04/03/le-col-et-la-courtisane-de-emmanuel-chastelliere/ https://www.lorhkan.com/2020/04/03/le-col-et-la-courtisane-de-emmanuel-chastelliere/#comments Fri, 03 Apr 2020 06:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12250 Le confinement actuel a au moins un avantage : celui de multiplier les initiatives des uns et des autres pour proposer de la lecture gratuite aux personnes obligées de rester chez elles. Emmanuel Chastellière y est allé de sa bonne action en proposant la nouvelle “Le col et la courtisane”...

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Le confinement actuel a au moins un avantage : celui de multiplier les initiatives des uns et des autres pour proposer de la lecture gratuite aux personnes obligées de rester chez elles. Emmanuel Chastellière y est allé de sa bonne action en proposant la nouvelle “Le col et la courtisane” en téléchargement gratuit.

 

Quatrième de couverture :

Y en n’a pas !

 

Vous ne passerez pas !

Au départ écrite à destination d’une anthologie dédiée au mouvement “silkpunk” (une fantasy d’inspiration asiatique pour simplifier à l’extrême), anthologie qui n’a jamais vue le jour puisque les Editions de l’Instant ont mis entre temps la clé sous la porte, “Le col et la courtisane” est une courte nouvelle qu’Emmanuel Chastellière a décidé de mettre à disposition gratuitement, le temps du confinement.

Le récit nous conte l’histoire d’un homme pressé qui, pour aller au plus court, est obligé de passer un col montagneux chargé d’une sombre légende. Avant de le franchir, notre homme va en rencontrer un autre, isolé dans un vieille cahute, qui va lui conter cette légende.

 

 

Silkpunk donc, ce récit en a les atours. Du moins en surface, puisqu’il faut bien avouer que son intrigue pourrait être transposée sans trop de problèmes dans n’importe quel univers de fantasy, en changeant les noms (qui ont une consonance asiatique bien sûr, le côté silkpunk (plutôt silk que punk d’ailleurs) reposant essentiellement sur eux, si ce n’est un grand classique du genre chinois apparaissant en conclusion du texte dont je ne dirai évidemment rien ici). Et même si le procédé “d’asiatisation” du texte paraît un peu mécanique, comme un vernis, il faut bien avouer qu’il fonctionne malgré tout et que l’ambiance orientalisante qui se dégage du texte change avantageusement des trop classiques fantaisies médiévales occidentales.

 

 

Le récit n’a rien de foncièrement original, mais fonctionne bien jusqu’à sa conclusion, qu’on sent quand même venir de loin. “Le col et la courtisane” n’est donc à l’évidence pas un chef d’oeuvre mais fait son office durant la vingtaine de minutes de lecture qu’il offre. Mission évasion réussie donc puisque Emmanuel Chastellière transporte le lecteur dans des montagnes “fantasiatiques” pendant un petit moment, permettant d’oublier le confinement.

 

Critique écrite dans le cadre du challenge “Le Projet Maki” de Yogo.

Illustration en une de Valentina Phillips. Les illustrations suivantes sont, dans l’ordre, les oeuvres de inetgrafx et de MLeth.

 

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Zapping VOD, épisode 52 https://www.lorhkan.com/2020/03/30/zapping-vod-episode-52/ https://www.lorhkan.com/2020/03/30/zapping-vod-episode-52/#comments Mon, 30 Mar 2020 05:30:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12145 Et voilà, les vacances scolaires que Mini-Miss passe dans la famille pendant que les parents travaillent, c’est aussi pour ces derniers un peu les vacances. Trois nouveaux films donc, pour autant de temps de lecture en moins mais surtout pour un peu de détente fort agréable comme on le constate...

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Et voilà, les vacances scolaires que Mini-Miss passe dans la famille pendant que les parents travaillent, c’est aussi pour ces derniers un peu les vacances. Trois nouveaux films donc, pour autant de temps de lecture en moins mais surtout pour un peu de détente fort agréable comme on le constate ci-dessous… 😀

 

Your name, de Makoto Shinkai

Cela faisait bien longtemps que je voulais regarder ce film, et c’est enfin chose faite. Il est parfois dangereux d’être appâté par les commentaires des uns et des autres, avec à la clé un risque de déception non négligeable, surtout quand, comme ici, les avis étaient très majoritairement laudatifs. Aucune déconvenue ici, les film tient toutes ses promesses.

Sur le plan artistique tout d’abord, réussite totale. Pas tant sur les personnages, relativement classiques pour un film d’animation japonais (quoique l’animation soit de très bonne qualité), que sur les décors absolument splendides. Qu’ils soient urbains ou ruraux, c’est magnifique, le soin apporté aux détails est impressionnant, chaque décor relevant presque du tableau de maître. Superbe.

Mais le fond est lui aussi tout à fait réussi. Cette histoire d’amitié/amour entre deux personnages que tout sépare, si elle n’a elle non plus rien de particulièrement original au départ, le devient de par la manière dont elle s’installe, c’est à dire à travers le temps et l’espace avec ces deux personnages qui se réveillent successivement dans le corps de l’autre. C’est plutôt fin, drôle autant qu’émouvant, avec aussi un peu d’action quand il le faut.

Ici ou là, la critique d’une société japonaise un peu sclérosée et victime de son attachement aux vieilles traditions au détriment de l’avenir de sa jeunesse se fait sentir. L’intrigue du film n’est pas sacrifiée sur l’autel de la simplicité et s’il peut être considéré comme un long-métrage sur les amours adolescents mêlés aux affres que cet âge amène souvent avec lui, “Your name” est avant tout un film pour tous, pour qui a envie de rire et de pleurer, car c’est souvent quand les deux sont habilement mêlés que la magie opère. Et c’est bien le cas ici.

 

Europa report, de Sebastián Cordero

Petit film tourné en 18 jours pour moins de 10 millions de dollars, “Europa report” est une vraie réussite. Narrant les évènements vécus par une équipe d’astronautes en route vers Europe, un des gros satellites de Jupiter, pour tenter d’y découvrir une éventuelle vie extraterrestre, le film du réalisateur équatorien Sebastián Cordero, basé essentiellement sur des vidéos délivrées par les différentes caméras du vaisseau, étonne par sa maîtrise.

Scientifiquement tout à fait crédible et réaliste quant à ce qui relève de l’exploration spatiale, le film délaisse les effets tape à l’oeil pour plus de retenue, ce qui sert à 100% son sujet, à savoir une mission spatiale qui ne va pas être une sinécure. Du coup, le suspense fonctionne, et la crédibilité de l’ensemble s’en trouve renforcée.

Sans s’éterniser (le film dure 1h30), “Europa report” joue donc efficacement sur plusieurs tableaux : thriller, found-footage, science-fiction, et ce mix fonctionne très bien. Certes, sur le plan purement narratif, on pourra trouver que les vidéos présentées dans le désordre ne sont là que pour entretenir par moment un faux suspense, notamment avec ces vidéos post-mission qui montrent très bien que le déroulé de la mission est connu des protagonistes mais pas du spectateur, cet aspect “déchronologique” est donc un pur artifice de narration qui n’est à aucun moment justifié. Un petit écueil qui n’entache en rien la qualité de l’ensemble. Une belle réussite donc pour un petit film qui mérite sa bonne réputation. Vivement conseillé !

 

Dernier train pour Busan, de Yeon Sang-Ho

Ceux qui me connaissent savent que je ne suis pas grand amateur de zombies. Mais là encore, “Dernier train pour Busan”, avec ses critiques très positives, m’a intrigué. Le fait qu’il ne soit pas un film américain (avec un balisage narratif mille fois vu) n’y est sans doute pas pour rien…

Et j’ai bien fait de m’y mettre car pour tout dire j’ai vraiment apprécié. On dit souvent que les zombies ne sont qu’un prétexte pour parler de l’humanité et de ses travers, de notre société et de ses maux. C’est ce que fait “Dernier train pour Busan” avec cette épidémie qui est la conséquence d’une spéculation financière qui ne cherche rien d’autre que le profit à tout prix, et avec ses personnages attachants (le père et sa fille, donnant lieu à de touchantes réflexions sur la parentalité et l’entraide entre différentes strates de la population) ou révoltants (le cadre dirigeant, un brin caricatural malgré tout).

On a donc droit à une critique sociale et politique couplée à des enjeux humains qui embarquent le spectateur dans une crispante (Madame était à fond dans le film ! 😀 ) course effrénée vers un point de sauvetage peut-être illusoire. Le tout illustré par une belle réalisation (lisibilité totale de l’action, c’est assez rare pour être souligné) qui se joue des contraintes de mise en scène imposées par le train pour en faire un point fort.

Socialement fort, politiquement engagé à sa manière, avec un suspense savamment dosé (reprenant les passages obligés du genre, mais de belle manière) et une réalisation au poil (malgré quelques artifices un peu “cheap” ici ou là), on aurait tort d’éviter le film sous prétexte qu’il n’est qu’un simple film de zombies. “Dernier train pour Busan” est bien plus que cela, et c’est notamment un très bon film tout court.

 

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Concours Ken Liu / Pocket / Outrefleuve : les résultats ! https://www.lorhkan.com/2020/03/28/concours-ken-liu-pocket-outrefleuve-les-resultats/ https://www.lorhkan.com/2020/03/28/concours-ken-liu-pocket-outrefleuve-les-resultats/#comments Sat, 28 Mar 2020 06:30:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12225 Oyez, oyez, le concours Ken Liu / Pocket / Outrefleuve étant clôt, il est temps de proclamer les résultats ! Avant toute chose, merci aux participants d’avoir, euuuuh… participé ! 😀 Et aux éditeurs Pocket Imaginaire et Outrefleuve d’avoir mis ces livres à disposition pour ce concours. Dans l’idéal, ils...

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Oyez, oyez, le concours Ken Liu / Pocket / Outrefleuve étant clôt, il est temps de proclamer les résultats !

Avant toute chose, merci aux participants d’avoir, euuuuh… participé ! 😀 Et aux éditeurs Pocket Imaginaire et Outrefleuve d’avoir mis ces livres à disposition pour ce concours. Dans l’idéal, ils auraient fait un parfait palliatif au confinement actuel mais envoyer un colis ne fait pas vraiment partie des premières nécessités et je vais donc repousser un peu l’expédition des lots…

Mais malgré tout, nous avons deux gagnants ! Avant de hurler leur glorieux nom à la face du monde, je reviens sur les questions du concours.

A la question du lieu de naissance de Ken Liu, presque tout le monde a eu la bonne réponse, qui était la Chine. Oui presque, car un des participants a considéré qu’il était péruvien. Je table malgré tout sur une erreur d’inattention… 😀

La deuxième question proposait quatre récits de l’auteur sont l’un a été adapté en court-métrage. Il fallait répondre “Souvenirs de ma mère”, texte dont j’avais déjà parlé dans l’article consacré au Bifrost 91, le court-métrage ayant aussi eu droit à quelques lignes dans un autre article. Très exactement 21,6% d’erreurs tout de même sur cette question.

Et enfin, question numéro trois qui demandait un petit peu de recherche, je vous demandais de m’indiquer de la montée au pouvoir de quelle dynastie chinoise dans notre histoire s’est inspiré Ken Liu pour l’écriture de “La grâce des rois”. La bonne réponse était la dynastie Han (qui a émergé après la chute de la dynastie Qin), comme il l’a indiqué dans plusieurs interviews ou articles (un exemple parmi de nombreux autres). 37,8% d’erreurs sur cette question, qui a vraiment fait un écrémage parmi les participants.

Et donc, restait la question subsidiaire servant à départager les bonnes réponses. A l’issue des trois questions précédentes, il ne restait que 45,9% des participants qui avaient tout juste.

Parmi ceux-ci, nous avons Cornwall qui avait estimé le nombre de participants au concours à 35 personnes, concours qui en aura réuni 37. Elle est donc la plus proche et remporte le premier lot, à savoir “La grâce des rois” (en poche), “Le goût de la victoire” (en grand format) et “Le mur de tempêtes” (en grand format également). Bravo à elle !

Le deuxième lot, “La grâce des rois” (en version poche), revient à MarionK dont l’estimation était de 42 personnes, bravo à elle également. Chose amusante, si tous les participants avaient donné de bonnes réponses à chaque question, les résultats auraient été les mêmes, pas de regret donc pour ceux qui ont fait des erreurs, d’inattention ou non.

Je contacte les deux gagnantes rapidement pour récupérer leur adresse, le confinement faisant le reste pour le délai avant l’expédition…

Encore merci à tous, et surtout lisez Ken Liu (et #RestezChezVous 😉 ).

 

    

 

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Abimagique, de Lucius Shepard https://www.lorhkan.com/2020/03/26/abimagique-de-lucius-shepard/ https://www.lorhkan.com/2020/03/26/abimagique-de-lucius-shepard/#comments Thu, 26 Mar 2020 06:30:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12215 Je me rapproche du but : être (presque) à jour des parutions de la collection “Une heure-lumière”. “Abimagique” est l’avant-dernière étape. Et quelle étape puisque Lucius Shepard (déjà au catalogue de la collection avec “Les attracteurs de Rose Street”), auteur singulier s’il en est, est un des chouchous des éditions...

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Je me rapproche du but : être (presque) à jour des parutions de la collection “Une heure-lumière”. “Abimagique” est l’avant-dernière étape. Et quelle étape puisque Lucius Shepard (déjà au catalogue de la collection avec “Les attracteurs de Rose Street”), auteur singulier s’il en est, est un des chouchous des éditions du Bélial’, à juste titre.

 

Quatrième de couverture :

« C’est la fille coiffée style Halloween. Coupe Morticia Addams, teinture noir de jais, mèches orangées asymétriques. Elle a vingt-quatre ou vingt-cinq ans. Une femme-enfant, songes-tu, qui dévore des biographies d’empoisonneurs célèbres et s’est affublée des piercings les plus douloureux du marché. De la chair à goth typique. Pourtant, une fois passé les cheveux, les robes vintage, la bague-araignée au ventre de perle, les tatouages sur les mains (un crâne de vampire, un cœur humain) et le maquillage outrancier, tu remarques que son visage est empreint d’une douceur et d’une sensualité maternelles qui semblent trop vulnérables pour participer de ce monde moderne… »

Elle a pour nom Abi — diminutif d’Abimagique. Elle est volupté, sensualité, violence aussi, parfois.  Le monde court à sa perte, elle en est convaincue, mais elle dit avoir le pouvoir de sauver ce qui peut l’être… Elle est impénétrable. Possible qu’elle soit Cybèle, Magna Mater, femme sorcière tellurique. Possible aussi que le temps soit venu ; celui du sacrifice…

« Lucius Shepard est incomparable… » THE TIMES

 

Tu tenteras le tantra

Lucius Shepard, en écrivant cette novella, a fait un pari, un peu sur un coup de tête comme il s’en explique dans une courte postface. Un pari sacrément casse-gueule : utiliser la deuxième personne du singulier. D’autres l’ont fait avant lui bien sûr, mais le risque est élevé. L’intérêt d’une telle technique narrative est d’impliquer le lecteur, et ici ça fonctionne à la perfection. Il faut dire que l’identification du lecteur au personnage principal, qui n’est d’ailleurs pas nommé, fonctionne à plein alors qu’il sont l’un comme l’autre ballottés au gré d’évènements qui les dépassent et qu’ils sont bien en peine de comprendre. A moins qu’il ne s’agisse d’une personne qui s’adresse à elle-même, avec donc une forte dose de subjectivité, ce qui correspond là aussi tout à fait à l’esprit du récit…

Car Abimagique, cette femme voluptueuse et mystérieuse que croise pour la première fois notre homme dans un restaurant, semble être bien plus qu’une “simple” femme. Qui est-elle réellement ? Que cherche-t-elle, ou plutôt contre qui lutte-t-elle ? Le personnage principal (le lecteur ?) n’est-il pas en train de se faire manipuler, d’être un simple objet utilitaire sous l’emprise d’une femme fascinante et hypnotisante aux buts et aux pratiques obscures, portant de mystérieux tatouages, étrangement proche de la nature, à la sexualité tantrique débridée ? Autant de questions qui n’auront guère de réponses à l’issue d’un texte à la conclusion ouverte, et dont on sent bien que l’histoire se poursuit au-delà de la dernière page. De fait, il appartiendra au lecteur d’imaginer ses propres explications à partir des maigres informations délivrées au cours du récit, se demandant si ce qu’il a lu (ou vécu…) est une réalité pleine de surnaturel ou bien le fruit d’une imagination déchaînée…

Pour magnifier ce récit troublant et fascinant, on peut bien sûr compter sur la plume de Lucius Shepard, toujours aussi précise, poétique, chatoyante. Les mots sont justes, les descriptions tout comme les pensées du personnage principal sont une merveille stylistique (qui doit bien sûr beaucoup à la qualité de la traduction de Jean-Daniel Brèque, traducteur attitré de Lucius Shepard, auquel l’auteur fait d’ailleurs un bref clin d’oeil dans le texte). On ne sera donc pas étonné de constater que l’utilisation de la deuxième personne du singulier semble être une formalité pour un écrivain aussi talentueux.

Je ne m’étalerai pas plus sur un texte qui n’en sera que meilleur si le lecteur en sait le moins possible. Tout juste pourrai-je conclure sur le fait que ce récit, puissamment érotique (mais dans un tout autre genre que “Les attracteurs de Rose Street”) et à l’ambiance troublante, poisseuse et sensuelle tout autant que captivante (à l’image du personnage d’Abimagique, qui échappe à toute classification), exerce une réelle fascination longtemps après avoir tourné la dernière page. N’est-ce pas la marque des grands ?

 

Lire aussi l’avis de Gromovar, Feyd Rautha, Célindanaé, Artemus Dada, Yuyine, Ombre Bones, Fantastinet, Boudicca, Stéphanie Chaptal, Mélie

Critique écrite dans le cadre du challenge “Le Projet Maki” de Yogo.

 

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L’enfance attribuée, de David Marusek https://www.lorhkan.com/2020/03/23/lenfance-attribuee-de-david-marusek/ https://www.lorhkan.com/2020/03/23/lenfance-attribuee-de-david-marusek/#comments Mon, 23 Mar 2020 06:30:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12190 “Une heure-lumière”, encore et toujours, histoire d’être à peu près à jour sur les sorties de la collection (encore qu’avec le confinement, la dernière sortie en date au moment où j’écris ces lignes, à savoir “Le temps fût” de Ian McDonald, attendra un peu, d’autant que j’ai du coup un...

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“Une heure-lumière”, encore et toujours, histoire d’être à peu près à jour sur les sorties de la collection (encore qu’avec le confinement, la dernière sortie en date au moment où j’écris ces lignes, à savoir “Le temps fût” de Ian McDonald, attendra un peu, d’autant que j’ai du coup un peu l’esprit ailleurs…), avec un autre auteur peu connu en francophonie, Dave Marusek.

 

Quatrième de couverture :

« Le 30 mars 2092, le ministère de la Santé et des Affaires sociales nous délivra un permis, à Eleanor et moi. Le sous-secrétaire d’État à la Population nous fit part de la nouvelle avec les félicitations officielles. Nous étions abasourdis par tant de bonne fortune. Le sous-secrétaire nous invita à contacter l’Orphelinat National. Dans un tiroir se trouvait un bébé à notre nom. Nous étions fous de joie. »
En cette fin de siècle surpeuplée, quand les traitements anti-vieillissements rendent chaque individu virtuellement immortel, avoir un enfant relève du luxe le plus extrême. Sam Harger, artiste spécialisé en design intérieur, ne s’attendait pas à tant de bonne fortune lorsqu’il rencontra l’ambitieuse Eleanor Starke. Couler le parfait amour, puis obtenir l’autorisation d’avoir un bébé… une chance inouïe pour le couple, qui ne cache pas son bonheur. Mais dans ce monde surveillé à l’extrême, dominé par l’informatique et les intelligences artificielles, est-on jamais à l’abri des bugs ?

 

Grandeur et décadence…

David Marusek n’est pas publié ici pour la première fois en France puisque cette novella, déjà publiée chez le Bélial’ dans le millénaire précédent (en 1999), est donc une réédition (la première de la collection “Une heure-lumière”). En sus, il avait déjà bénéficié de la publication de deux de ses nouvelles dans les revues “Etoiles vives” et “Fiction”, et d’un roman, “Un paradis d’enfer”, aux Presses de la Cité, roman dont “L’enfance attribuée” dont il est question ici est en fait l’introduction.

Et donc, “L’enfance attribuée” nous présente un futur fin de 21e siècle où l’humanité a pour ainsi dire atteint l’immortalité et donc a drastiquement restreint les naissances. Ce futur, richement doté en hautes technologies avec les applications qui vont avec (assistant personnel très évolués dotés de proto-personnalité (pour une novella écrite en 1995, on admirera l’aspect visionnaire avec ce vers quoi tendent les Siri, Alexa, Cortana et consorts…), hologrammes permettant d’assister à distance à n’importe quel évènement ou bien un simple dîner entre amoureux, bases lunaires, clones génériques chargés des “basses besognes”, etc…), est bien décrit, d’une manière très positive à travers le couple au centre de l’histoire, Sam Harger et Eleanor Starke, l’un artiste designer bien implanté dans la jet-set, l’autre politicienne en pleine ascension, deux personnages qui ont l’heureuse surprise de se voir attribués, sans l’avoir demandé, un bébé. Don du ciel ou cadeau  empoisonné ?

Car quand la machine s’emballe, après une longue introduction nous montrant la rencontre des deux personnages, leur mise en couple malgré leurs emplois du temps bien remplis et des vies finalement assez différentes, David Marusek nous montre l’envers du décor et l’implacable rouleur compresseur d’une société faite pour les plus riches et qui, pour ceux qui s’écartent du droit chemin, quelle qu’en soit la raison, avérée ou non, ne fait preuve d’aucune clémence, méprisant même les droits les plus basiques.

Oui la première partie de “L’enfance attribuée”, disons quasiment les deux premiers tiers, est un peu plan-plan et longuette, certes loin d’être inintéressante dans ce qu’elle présente de cette société du futur, mais laisse un peu à désirer sur le plan de l’intrigue. Mais tout cela sert en fait à mieux mettre en relief le dernier tiers (ou peut-être est-ce l’inverse…) qui brise le rêve et cette douce langueur qui s’était installée auparavant. Le choc est violent, pour le lecteur comme pour les protagonistes.

Et même si David Marusek se garde bien de tout révéler, notamment sur les causes et les personnes derrière les évènements touchants Sam et Eleanor (mais dont les réponses existent dans la “version longue”, à savoir le roman “Un paradis d’enfer” ? Je ne saurais dire…), il n’en reste pas moins que le texte est, ça commence à devenir rengaine, une nouvelle belle réussite dans la collection. Sans doute pas un chef d’oeuvre mais incontestablement un texte qu’on lit avec un grand plaisir.

 

Lire aussi l’avis de Gromovar, Vert, Fantastinet, Célindanaé, Yogo, Le chien critique, Aelinel, Boudicca, PatiVore, Yossarian, Un bouquin sinon rien

Critique écrite dans le cadre du challenge “Le Projet Maki” de Yogo.

 

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Acadie, de Dave Hutchinson https://www.lorhkan.com/2020/03/19/acadie-de-dave-hutchinson/ https://www.lorhkan.com/2020/03/19/acadie-de-dave-hutchinson/#comments Thu, 19 Mar 2020 06:30:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12176 Allez hop, on continue (dans un parfait désordre mais on s’en fiche) d’écluser le retard pris sur les sorties de la collection “Une heure-lumière”, avec cette fois une novella d’un parfait inconnu, Dave Hutchinson.   Quatrième de couverture : Il y a la Colonie, une constellation d’habitats spatiaux cachée au...

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Allez hop, on continue (dans un parfait désordre mais on s’en fiche) d’écluser le retard pris sur les sorties de la collection “Une heure-lumière”, avec cette fois une novella d’un parfait inconnu, Dave Hutchinson.

 

Quatrième de couverture :

Il y a la Colonie, une constellation d’habitats spatiaux cachée au sein d’un système stellaire isolé et sans intérêt. Et puis il y a Duke, le Président de ladite Colonie, élu au poste car il était précisément le type qui le désirait le moins. Essentiellement honorifique, le job s’avère toutefois offrir certains avantages. En temps normal… Car voilà qu’une sonde terrienne franchit les limites du système. La pire des nouvelles au regard des membres de la Colonies, eux qui, sous la houlette d’Isabel Potter, généticienne de légende, ont élaboré une utopie contrainte de fuir l’autorité du Berceau depuis plus de cinq siècles. Or, en ce qui concerne le viol des strictes lois bioéthiques terriennes, il n’existe aucune prescription, et la Colonie n’encourt rien moins que l’annihilation. Sauf à ce que Duke, contre toute attente, ne se révèle l’homme de la situation…

 

Twist and shout

Dave Hutchinson, c’est qui ça ? On peut se poser la question puisque l’auteur britannique de bientôt 60 ans voit avec “Acadie” sa première traduction en francophonie. Un petit défi pour le Bélial’ et sa collection “Une heure-lumière” tant on sait que lancer un nouvel auteur n’est jamais simple. Mais un défi déjà relevé par l’éditeur avec Geoffrey Landis (qui avait certes déjà été publié mais il y a bien longtemps, l’éditer de nouveau c’est donc un peu recommencer de zéro) ou bien Victor LaValle.

Et voici donc Dave Hutchinson qui débarque avec cette novella se déroulant dans un futur lointain (que le lecteur pourra approximativement dater à plus de cinq siècles après notre époque), un futur qui a vu l’humanité essaimé à travers la galaxie, sous l’égide de l’Agence. Mais “Acadie” nous montre la dissidence avec Duke (de son vrai nom John Wayne Faraday, vous voyez la référence ? 😉 ), le Président (non volontaire, puisque ne sont élus que ceux qui ne veulent pas le pouvoir) de la Colonie, sorte d’agrégat d’habitats spatiaux, issus de la fuite d’Isabel Potter, géniale généticienne, et de ses disciples qui ont donc fondé cette Colonie hors de la juridiction de l’Agence.

Mais l’Agence, malgré les cinq siècles passés depuis cette acte de dissidence initiale, reste toujours à la recherche de Potter, et la Colonie est donc toujours sur le qui-vive, avec notamment une “ligne d’alerte” composée de machines de von Neumann chargées de signaler toute intrusion étrangère.

Mené tambours battant, avec un juste dosage d’humour, de référence geek (les Écrivains, fondateurs historiques de la Colonie et grands utilisateurs d’une génétique sans limite, sont un mélange hétéroclite de toute une pop culture très actuelle : elfes, vampires, Klingons, etc…), et de haute technologie (la génétique bien sûr mais aussi les voyages spatiaux relativistes et les habitats extra-terestres), “Acadie” est un sympathique récit de SF space-opera, vif et enlevé mais qui il faut l’avouer, ne semble rien amener de réellement original ou surprenant.

Jusqu’à ce qu’on en arrive au twist majeur, remarquablement amené, déroutant, inattendu. Je n’en dirai rien de plus bien sûr mais c’est le genre de twist qui donne envie de relire le texte pour voir si des indices étaient bien présents. Ça n’en fait pas un texte révolutionnaire pour autant mais ça lui donne une réelle plus-value et amène il faut bien le dire une bonne grosse dose de plaisir quand on le découvre.

Space-opera transhumaniste, abordant la génétique dans ses avantages comme ses mauvais côtés, “Acadie” est donc un récit, à défaut d’être incontournable, tout à fait à même de divertir le lecteur durant deux heures. Et c’est bien là l’essentiel.

 

Lire aussi l’avis de Feyd Rautha, Gromovar, Yogo, Vert, Acaniel, Hellrick, Elhyandra, Célindanaé, Pativore, Yossarian, Dionysos, Bad Tachyon, François Schnebelen, Nicolas, Allan, Yuyine, Un bouquin sinon rien, Noé Gaillard, Vincent Degrez, Stéphanie Chaptal, Sylvain Bonnet

Critique écrite dans le cadre des challenges “Le Projet Maki” de Yogo et le “Défi Cortex” de Lune (catégorie “Europe occidentale”).

 

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