Lorhkan et les mauvais genres https://www.lorhkan.com Science-fiction, fantastique, fantasy Wed, 24 Jun 2020 16:19:36 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=5.3.4 88322955 Bifrost 98, spécial Van Vogt https://www.lorhkan.com/2020/06/25/bifrost-98-special-van-vogt/ https://www.lorhkan.com/2020/06/25/bifrost-98-special-van-vogt/#comments Thu, 25 Jun 2020 06:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12389 Après le numéro 97, je rattrape le temps perdu et je me remets à jour avec le numéro… 98, oui oui. 😀 Avec un dossier consacré à A.E. Van Vogt, un auteur auquel je ne suis frotté qu’une seule fois et qui ne m’avait pas particulièrement enthousiasmé…   Les rubriques...

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Après le numéro 97, je rattrape le temps perdu et je me remets à jour avec le numéro… 98, oui oui. 😀 Avec un dossier consacré à A.E. Van Vogt, un auteur auquel je ne suis frotté qu’une seule fois et qui ne m’avait pas particulièrement enthousiasmé…

 

Les rubriques habituelles

L’édito de ce numéro est bien évidemment consacré à la crise sanitaire et à ses conséquences sur le monde du livre. Un choc pour beaucoup, peut-être même bien plus que ça pour les moins solides. Les mois qui viennent risquent d’être compliqués…

Le reste des rubriques n’a rien d’inhabituel : un cahier critique bien fourni (m’orientant vers deux ou trois que je n’ai pas (encore) achetées), un Gilles Dumay au ton toujours très franc dans les critiques de revues, une sympathique interview d’Eléonore Calvez de la librairie “Le nuage vert” à Paris, un passionnant (une nouvelle fois…) article “Scientifiction” de Roland Lehoucq qui revient sur “Terre errante” de Liu Cixin et ses bases scientifiques à côté de la plaque (on s’en doutait, c’est confirmé, il n’empêche que j’ai toujours des étoiles dans les yeux quand je repense à cette novella), et quelques news en vrac (notamment la lancement d’une collection chez Au Diable Vauvert et le décès du monument (trop peu traduit en français) Mike Resnick (lisez le chef d’oeuvre “Kirinyaga” ! Lisez le superbe recueil “Sous d’autres soleils” !). A quand un Bifrost spécial Resnick ?).

 

Le dossier A.E. Van Vogt

Quatre grosses parties composent ce dossier. Tout d’abord un long et passionnant article biographique signé Pascal J. Thomas. Clair et documenté, il offre une belle synthèse de la vie et de l’oeuvre de l’auteur canadien. Un auteur assez particulier, qui aura plus qu’un peu penché du côté des pseudo-sciences (sans y sombrer totalement comme John W. Campbell ou L. Ron Hubbard…) et qui s’est régulièrement astreint à des “contraintes” ou des techniques spécifiques pour écrire ses récits. Étonnant.

La deuxième partie du dossier rejoint la première, mais de manière plus personnelle puisqu’il s’agit d’un article écrit par Charles Platt à l’occasion d’une rencontre avec Van Vogt en 1979. Un beau complément, sur un auteur qui semble sympathique mais pas très loin d’être un peu “toqué”. L’un n’empêche pas l’autre.

La troisième partie du dossier est le classique guide de lecture qui revient sur quelques oeuvres (mais pas toutes, la bibliographie de Van Vogt étant pléthorique) emblématiques de l’écrivain. Des récits qui ont pour la plupart subit les affres du temps… Que reste-t-il de Van Vogt aujourd’hui ? Un auteur qui a marqué son époque, un auteur sans qui la SF ne serait sans doute pas ce qu’elle est de nos jours, mais un auteur qui laisse derrière lui des écrits aujourd’hui bien difficiles à lire semble-t-il, quand bien même ils ne manquent pas de qualités liées à l’imagination de l’auteur. C’est un peu ce que j’avais ressenti à la lecture de “A la poursuite des Slans”… Et si j’ai bien noté quelques textes qui pourraient m’intéresser (et que je possède, comme “Les armureries d’Isher”), ils restent bien loin dans ma liste de priorités…

La dernière partie est bien sûr la conséquente bibliographie dressée par Alain Spraeul. Une bibliographie qui lui aura donné du fil à retordre, notamment à cause des multiples textes courts de Van Vogt que l’auteur a ensuite agrégés (en les complétant) en textes plus longs, fix-up ou romans. Une quarantaine de romans, une centaine de nouvelles et pas mal de recueils, ça donne un idée du travail effectué par Alain Sprauel.

 

Les nouvelles

Cinq nouvelles au sommaire. On commence par A.E. Van Vogt himself avec “Le village enchanté”. Pure nouvelle à chute, elle raconte la survie d’un homme, Bill Jenner, dernier survivant d’un vaisseau qui s’est crashé sur Mars. Tentant de rejoindre la “mer polaire” (sic), il tombe sur un étrange village qui semble abandonné mais qui, pour son malheur, semble adapté à une autre forme de vie que celle des êtres humains. Impossible donc d’y trouver eau et nourriture consommables. A moins que Jenner ne parvienne à faire comprendre à ces machines automatiques ce dont il a besoin. Nouvelle à chute donc, sympathique et qui fait le job, sans qu’elle ne soit plus marquante que cela.

Deuxième texte au sommaire, “Plaine-guerre”, signé d’un habitué du Bifrost, Thierry Di Rollo. Récit évidemment noir (qu’attendre d’autre de Di Rollo ?), faisant très ouvertement référence aux no man’s land de la Première Guerre Mondiale, “Plaine-guerre” retrace la permission d’un homme autorisé à rejoindre sa famille au cours d’une guerre sans fin qu’on devine liée aux flux migratoires. C’est efficace, crasseux, noir, déshumanisé (jusqu’à l’ultime tabou), et c’est pourtant lumineux sur la fin. Une belle réussite.

Le troisième texte est l’oeuvre de Franck Ferric : “Le dernier verrou de Sveta Koslova”. Une femme qui se sait condamnée par un cancer revient sur les lieux de sa vie d’enfant. Des lieux transformés, des vies bouleversées, une planète bousculée, avec en fond une nostalgie des jours heureux, et l’échec des hautes technologies à sauver ce qui aurait pu l’être en ne faisant que réhabiter (et non pas réhabiliter…) des zones déjà mortes. Encore un récit pas très joyeux. Réussi lui aussi, mais pas très joyeux.

Pour ce qui est de la joie, il ne faut pas non plus compter sur Vandana Singh et son “C’est vous Sannata3159 ?”, sans doute la nouvelle la plus noire de ce numéro (et il y avait pourtant de la concurrence…). Dans un futur indéterminé, dans une ville où les pauvres s’entassent au sol quand les plus riches vivent dans des tours de verre, le texte suit Jinghur qui tente de survivre jour après jour. Sa mère et sa soeur travaillent pourtant dans un abattoir, lequel leur permet de subvenir plus ou moins à leurs besoins, avec notamment la possibilité de consommer de la viande régulièrement. Mais Jinghur est méfiant… Ce récit vaut plus pour son “univers” (aussi petit qu’il puisse être dans une nouvelle d’une vingtaine de pages) que pour son intrigue que l’on sent un peu venir de loin. Mais cette relative absence de suspense n’altère en rien la sidération éprouvée quand on lit ce que nous décrit Vandana Singh. On n’ose y croire, et pourtant. Ce texte nous rappelle malheureusement que les méventes de son pourtant excellent recueil “Infinités” (même pas repris en poche !) risquent de nous priver, pauvres francophones, de ses prochains récits. Et c’est très dommage.

Enfin, last but not least, Michel Pagel et la nouvelle “A la recherche du Slan perdu”. La présence de ce texte au sommaire de ce numéro ne doit bien sûr rien au hasard. Un récit directement inspiré du fameux roman de Van Vogt (un auteur qu’il semble apprécier puisqu’il y avait déjà fait référence avec la nouvelle “Le Monde des A ou la destruction organisée d’une utopie par le professeur A.E. Vandevogtte” au sommaire du Bifrost 52) et écrit en mode Marcel Proust. Je n’ai jamais lu Proust. Voilà qui est dit. Je ne saurais donc comparer le texte de Pagel à la prose proustienne, si ce n’est l’évidente allusion à la fameuse madeleine qui devient ici une tête de veau sauce gribiche préparée par une certaine Madeleine. Au-delà de ça, l’histoire est sympathique, la chute surprend, l’objectif est atteint. Mais cette plume !… J’adore. Précieuse, faite de phrases à rallonge, tout en finesse, elle décrit en profondeur un mode de vie bourgeois croisé avec la SF de Van Vogt. C’est délicieux de bout en bout. Comme une bonne madeleine.

 

Pour conclure

Et voilà donc pour ce numéro. Je ne sais pas s’il parviendra à convaincre les lecteurs de lire Van Vogt, mais il a au moins le mérite de montrer que la SF change avec le temps, et que la SF d’antan, fut-elle à succès, peut parfois être moins savoureuse de nos jours… Toujours est-il que le dossier en lui-même est une nouvelle fois de qualité, éclairant l’auteur canadien de belle manière. Alors quand en plus on a un “Scientifiction” de fort belle facture et des nouvelles (pas très joyeuses certes) qui vont du bon à l’excellent, la seule conclusion qui s’impose est que cette nouvelle itération du Bifrost est encore une belle cuvée.

 

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Zapping VOD, épisode 53 https://www.lorhkan.com/2020/06/22/zapping-vod-episode-53/ https://www.lorhkan.com/2020/06/22/zapping-vod-episode-53/#comments Mon, 22 Jun 2020 06:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12380 Et c’est reparti pour un nouveau zapping. Un zapping varié avec une enquête policière à la Agatha Christie, voilà, une série SF tirée d’illustrations d’un artiste suédois, et une énième adaptation cinématographique de “L’homme invisible” de H.G. Wells.   A couteaux tirés, de Rian Johnson Sur les bons conseils de...

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Et c’est reparti pour un nouveau zapping. Un zapping varié avec une enquête policière à la Agatha Christie, voilà, une série SF tirée d’illustrations d’un artiste suédois, et une énième adaptation cinématographique de “L’homme invisible” de H.G. Wells.

 

A couteaux tirés, de Rian Johnson

Sur les bons conseils de Li-An, j’ai jeté un oeil sur ce film qui met en scène une enquête qui doit beaucoup à Agatha Christie, dans un style (et à une époque) moderne même si les atours actuels du film auraient pu être transposés sans guère de difficultés à une époque plus “christienne”.

Le film est une franche réussite : casting flamboyant (Daniel Craig, Michael Shannon, Jamie Lee Curtis, Ana de Armas, Chris Evans, Toni Collette, Don Johnson, Christopher Plummer…), enquête roublarde, personnages parfois hauts en couleur… J’ai trouvé, en plus d’un hommage aux romans d’Agatha Christie avec ce qui commence comme une enquête en huis-clos dans un manoir tout ce qu’il y a de plus aristocratique, qu’il réutilisait aussi certains “trucs” d’une autre série policière célèbre, “Columbo”, notamment avec cet enquêteur qui, au premier abord, paraît un peu lourdaud et pas très efficace, mais aussi avec une révélation un peu après la moitié du film, de laquelle je ne dirai évidemment rien ici.

En tout cas, c’est très efficace, très malin, et le plaisir pris par les acteurs transparaît à l’écran. La dernière partie du film est certes peut-être un peu trop explicative mais c’est sans doute la meilleure solution pour exposer les faits au spectateur sans que celui-ci ne se pose trop de questions sur une intrigue un peu tarabiscotée. Il n’empêche que le film mériterait une deuxième vision, histoire de s’assurer de la cohérence de l’ensemble. Chose que je ne ferai sans doute jamais… 😀 Faisons confiance au réalisateur et scénariste Rian Johnson (célèbre depuis “Star Wars VIII”, mais qui m’avait surtout convaincu précédemment avec “Looper”, film de SF pour lequel il signait également le scénario et qui se pose aussi là en terme d’intrigue bien retorse…). Quant à ceux qui n’ont pas vu le film, jetez-y un oeil, ça risque fort de vous plaire.

 

Tales from the loop, de Nathaniel Halpern

Cette série est une surprise. D’une part parce qu’en gros elle adapte des illustrations. Bon ok, je triche un peu, puisque le livre d’illustrations de l’artiste suédois dont est tirée la série (Simon Stålenhag) possède une légère histoire (que je ne connais pas) mais je doute que la série en ait tiré quelque chose… Si quelqu’un sait, qu’il se manifeste (mais j’ai prévu l’achat du livre, donc je serai fixé par moi-même bientôt). Et d’autre part parce qu’au delà de cette genèse un peu particulière, c’est une vraie réussite.

Constituée de 10 épisodes, la série est avant tout centrée sur les personnages et tient presque de l’anthologie. En effet, il n’y a pas vraiment de trame globale autre que ce qui arrive aux personnages, chaque épisode s’intéressant plus particulièrement à l’un d’entre eux, ceux-ci étant malgré tout plus ou moins liés, soit par des liens familiaux, soit par des liens amicaux, géographiques ou professionnels…

Tout se passe dans une petite ville des Etats-Unis, dans une monde type années 80 qui a vu une partie de la technologie prendre de l’avance sur notre époque (véhicule à sustentation magnétique, gadgets qui jouent avec le temps, gravité modifiée, robots, etc…) grâce à une installation scientifique mystérieuse située non loin de là.

Les “effets” SF montrés dans la série sont à la fois classiques et purement SF (manipulation du temps, changement de corps, monde parallèle…) mais ne sont à aucun moment justifiés ou expliqués, car ce qui importe ici, sur un mode très Robert Charles Wilson, c’est de placer des gens ordinaires face à des situations extraordinaires et de voir comment ils s’en débrouillent. L’être humain avant tout.

C’est une série “posée”, qui prend son temps mais qui n’est pas lente pour autant, quand bien même ceux qui souhaiteraient un peu d’action en seraient pour leurs frais. Et elle est surtout très douce et bienveillante, avec bien évidemment une esthétique et un design absolument géniaux (via tous ces objets très marqués par l’époque dans laquelle la série prend place mais pourtant radicalement étranges et futuristes…) directement hérités des oeuvres de Simon Stålenhag (certaines scènes en sont tirées presque à l’identique). Si on ajoute à ça une superbe photographie et une bande originale signée Monsieur Philip Glass himself et Paul Leonard-Morgan de très grande classe et que j’écoute encore très régulièrement, on obtient une série à ne pas manquer. Excellent !

 

Invisible Man, de Leigh Whannel

Quoi ? Une nouvelle adaptation de “L’homme invisible” ? Quelle imagination à Hollywood ! C’est ce genre de remarque qui vient immédiatement à l’esprit. Parce que bon, on ne compte plus les adaptations plus ou moins directes du roman de H.G. Wells. Alors pour nous en resservir une nouvelle, il faut avoir quelque chose à dire. Et pour ce film-ci, la réponse est oui.

L’intrigue reste assez classique au fond, mais le contexte et ce qui sous-tend le film est plutôt explicite : il est ici question de harcèlement moral, de violence physique et psychologique, de pervers narcissique, de domination malsaine. Cette femme qui a peur de cet homme violent et dominateur et malfaisant, n’est qu’une illustration SF de ce que vivent de nombreuses femmes. La conclusion du film est d’ailleurs une manière d’enfoncer le clou et de bien montrer de quelle façon ces hommes sont des manipulateurs jouant sur la culpabilité des femmes qu’ils tentent de garder sous leur emprise.

Certes, la dernière partie du film devient un peu trop “déjà vue” dans le genre action, perdant un peu de la force de son message, mais ce serait un peu trop vite oublier tout ce qu’il a mis en place avant, avec une belle tension psychologique et la dérive du personnage incarné par Elisabeth Moss que personne ne croit (s’agissant de l’homme invisible dans le film / l’homme violent et manipulateur dans notre société). La prestation de cette dernière est d’ailleurs remarquable. Dommage que la mise en scène manque un peu de personnalité. Un film qui mérite malgré tout d’être vu. C’est dans l’air du temps, et c’est une bonne chose.

 

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Bifrost 97, spécial Sabrina Calvo https://www.lorhkan.com/2020/06/09/bifrost-97-special-sabrina-calvo/ https://www.lorhkan.com/2020/06/09/bifrost-97-special-sabrina-calvo/#respond Tue, 09 Jun 2020 06:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12373 Fidèle à moi-même et donc toujours à la pointe de l’actualité en retard, et alors même que le numéro 98 vient de paraître, voici mon retour sur le numéro 97 de la revue du Bélial’, consacré à Sabrina Calvo, une autrice assez radicalement inclassable à laquelle je ne me suis...

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Fidèle à moi-même et donc toujours à la pointe de l’actualité en retard, et alors même que le numéro 98 vient de paraître, voici mon retour sur le numéro 97 de la revue du Bélial’, consacré à Sabrina Calvo, une autrice assez radicalement inclassable à laquelle je ne me suis jamais frotté.

 

Les rubriques habituelles

Après un édito qui revient sur une année 2019 que les chiffres “bruts” annoncent comme étant plutôt positive, ce qu’Olivier Girard relativise quelque peu en pointant un bilan contrasté et en indiquant qu’il ne faut pas tomber dans l’euphorie (spoiler : 2020 va sans aucun doute en ramener plus d’un sur Terre…), on file directement aux rubriques habituelles : le cahier critique (qui n’est plus de toute première fraîcheur, on peut même le trouver déjà en ligne), un Gilles Dumay anormalement (mais pas totalement quand même… 😀 ) positif dans sa recension des revues du trimestre, une mise au point de Romain Lucazeau sur le fameux #Utogate (l’apparition de l’armée au festival des Utopiales et cette fameuse “Red team”, un pool d’auteurs de SF censés penser pour l’armée aux conflits de demain) que j’attendais autrement plus incisive et qui n’a pas fait les vagues escomptées, une interview de Thierry Fraysse, Monsieurs Editions Callidor en personne (L’Âge d’Or de la Fantasy, quelle belle collection !), un gros (et touffu, et surtout absolument passionnant pour qui s’intéresse à l’astronomie et l’astrophysique !) article “Scientifiction” de Roland Lehoucq et Bertrand Cordier sur les sursauts gamma, reprenant l’une des clés de “Diaspora”, le dernier roman paru en français de Greg Egan, et quelques news diverses et variés dont notamment le dévoilement des vainqueurs du Prix des lecteurs de Bifrost 2019 (j’avais vu juste côté francophone, moins côté étranger…).

 

Le dossier Sabrina Calvo

Le dossier de ce numéro est composé, une fois n’est pas coutume, uniquement d’interviews et d’un cahier critique divisé en deux, la première partie s’intéressant aux romans de l’autrice, l’autre à ses deux recueils de nouvelles.

Le nom de Sabrina Calvo ne m’est pas inconnu (je garde d’ailleurs un excellent souvenir d’une conférence aux Utopiales où elle était invitée sur le thème du voyage dans le temps en science-fiction) mais je n’ai jamais eu l’occasion de lire un de ses textes, sans doute un peu effrayé par le risque de ne pas “entrer dans son trip”. Le cahier critique me confirme cette impression : je ne pense pas être client de ses textes, à la possible exception de son premier roman, peut-être le plus “sage”, “Délius”, récemment réédité chez Mnémos. On verra plus loin que si cette impression persiste à la lecture du cahier critique, elle sera plus ou moins confirmée à l’issue de la nouvelle au sommaire…

Quant aux interviews, au nombre de trois mais dont la première seulement fait intervenir l’autrice elle-même, elles sont tout simplement excellentes. Celle dans laquelle s’exprime Sabrina Calvo (29 pages tout de même) est vraiment superbe tant elle aborde tout concernant l’autrice, depuis sa jeunesse, ses rencontres, ses occupations et/ou métiers, sa manière de travailler, jusqu’à ses oeuvres bien sûr, tout y est. J’ai vraiment eu l’impression de découvrir une personne qui se dévoile, avec pudeur (seule sa transition est quasiment passée sous silence, on notera d’ailleurs que la seule photo d’elle dans la revue est prise de dos…), mais sans fard.

Les deux autres interviews, de son ami (et auteur) Fabrice Colin et de son ami (et éditeur) Mathias Echenay, sont tout aussi intéressantes. Pleines d’humour, elle dévoile d’autres facettes de l’autrice, d’autres points de vue. Drôles et tendres, deux beaux articles.

Le dossier se termine bien sûr par la traditionnelle et exhaustive bibliographie dressée par l’inévitable Alain Sprauel.

 

Les nouvelles

Trois nouvelles au sommaire. La première, “Baiser la face cachée d’un proton” étant logiquement signée Sabrina Calvo. Alors bon, comme je le dis plus haut, dans la genre inclassable et peut-être un peu “perchée”, l’autrice se pose là. Et ce texte en est un peu la preuve. Difficile de tout saisir, sur le fond comme sur la forme d’ailleurs. C’est saccadé, avec de nombreuses phrases non verbales, le contexte n’est pas très explicité, ce n’est de toute évidence pas ce qu’il y a de plus facile à lire. Ni à comprendre. Et puis il y a aussi quelques fulgurances, quelques instants de pure poésie. Et le concept au coeur de ce texte (hacker la neige) est juste beau.

On sent bien que Sabrina Calvo a mis un peu (beaucoup ?) d’elle-même dans ce texte, ce qui le rend d’autant plus touchant. Il n’empêche que c’est parfois bien obscur…

Ken Liu arrive ensuite avec “Pensés et prières”. Ken Liu, en nouvelles, c’est un peu l’assurance tout risque, le danger de se planter est minime. Et là, pas de surprise, il ne s’est pas planté DU TOUT, il s’est même fendu d’un texte absolument remarquable (on tient déjà le futur Prix des lecteurs du Bifrost 2020 ?) sur un phénomène qui ronge les échanges sur les réseaux sociaux : les trolls, ceux qui se moquent, insultent, dégradent, le tout bien cachés derrière leurs écrans et avec beaucoup de violence, sans aucune considération pour les victimes.

Liu fait ici dans l’anticipation (proche). Tout part de la mort d’une jeune fille au cours d’un fusillade aux Etats-Unis. Pour que sa mort ne soit pas “inutile”, sa mère accepte que la vie de Hayley soit “reconstituée” sur Internet par un protocole d’intelligence artificielle pour en faire un exemple, le porte-voix d’une jeunesse sacrifiée. Mais c’est sans compter sur le déferlement de haine, de propos orduriers, d’images de Hayley détournées, dégradées, voire même de deepfakes la mettant en scène dans les pires situations possibles (pornographie, etc…).

Dans ce contexte légèrement futuriste, une technologie existe, une “armure” qui prend la forme de lunettes, et qui permet de filtrer les informations de manière à ce que la personne protégée ne voit ne n’entende pas ce qui pourrait la blesser. Ainsi volontairement aveuglée, la mère de Hayley va continuer le combat, entre naïveté, candeur et désir de justice, jusqu’au point de non retour.

Ken Liu est donc, sur ce sujet délicat, encore une fois magistral. Sans forcer le trait, donnant la parole à plusieurs personnes (sous forme de propos recueillis), y compris ces fameux trolls, tout ce que montre Liu dans la nouvelle existe déjà. Le curseur technologique est un peu poussé, mais c’est pour mieux dénoncer l’incurie des réseau sociaux, la violence qui peut en découler et le mal irréversible qu’ils peuvent amener, comme une double-peine pour des personnes déjà victimes. Absolument terrifiant, glaçant, et malheureusement extrêmement juste…

Enfin, Daryl Gregory, un autre auteur maison du Bélial’ (sauf quand il leur fait des infidélités chez Jean-Claude Lattès…) avec “Les neuf derniers jours sur Terre”, une sorte de texte post-apocalyptique sur un temps long puisqu’il montre la chute sur Terre de météorites contenant des graines qui vont permettre le développement de plantes extraterrestres. Des plantes à la fois classiques et étranges mais qui vont avoir un impact fort sur l’écosystème terrestre, prenant la place de nombreux végétaux, amenant ainsi la famine en de nombreuses régions du globe.

Ces neuf derniers jours sont en fait neuf épisodes temporellement éloignés de la vie de LT, entre 1975 (LT a alors dix ans) et 2062. L’occasion pour Daryl Gregory de mélanger chroniques familiales, premier contact, destin individuel et évolution de la société au sein d’un texte qui laisse toujours une belle place à l’espoir, alors que l’humanité fait face à un phénomène qui la pousse à changer, à s’adapter pour survivre. Vous y voyez un parallèle avec notre époque, vous ? 😉 En tout cas, c’est tour à tour touchant, doux, optimiste et réconfortant. Un beau texte.

 

Pour conclure

Un excellent dossier, deux superbes nouvelles sur trois, un article “Scientifiction” de très haute tenue, une magnifique couverture de Chloé Veillard (qu’il ne faut malheureusement pas regarder de trop près, la compression/définition lui ayant joué des tours…), pas de doute, on tient là un bonne cuvée, ce qui n’était pas gagné d’avance avec ce numéro consacré à une autrice dont les récits ne sont à l’évidence pas ma tasse de thé. Mais vous savez ce qu’on dit sur la dissociation entre l’auteur et son oeuvre… 😉

 

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Un hiver avec Fermi, de Ugo Bellagamba https://www.lorhkan.com/2020/06/01/un-hiver-avec-fermi-de-ugo-bellagamba/ https://www.lorhkan.com/2020/06/01/un-hiver-avec-fermi-de-ugo-bellagamba/#comments Mon, 01 Jun 2020 06:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12367 Astronomie toujours, plongée dans mes vieilles revues de “Ciel & Espace” également ! Après la construction d’un vaisseau interstellaire, on s’intéresse à la présence ou non des extraterrestres dans l’univers. Sommes-nous seuls ? C’est, en partie, ce à quoi s’intéresse Ugo Bellagamba avec cette vision à long terme du futur...

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Astronomie toujours, plongée dans mes vieilles revues de “Ciel & Espace” également ! Après la construction d’un vaisseau interstellaire, on s’intéresse à la présence ou non des extraterrestres dans l’univers. Sommes-nous seuls ? C’est, en partie, ce à quoi s’intéresse Ugo Bellagamba avec cette vision à long terme du futur de l’humanité, un texte paru dans le hors-série numéro 19 de juillet 2012 (consacré aux extraterrestres) de la revue “Ciel & Espace” et réédité en 2017 (en numérique seulement) aux éditions ActuSF au sein du recueil “Le petit répertoire des légendes rationnelles”.

 

Quatrième de couverture :

Y en n’a pas !

 

L’Humanité à l’heure pour le premier réveillon de l’Univers

“Un hiver avec Fermi” est un relativement court texte de quatre pages qui propose une vaste vision de futur de l’humanité, avec bien sûr en toile de fond le fameux paradoxe de Fermi. Narré par une sorte de conscience omnisciente et désincarnée dont l’origine et l’état restent bien mystérieux (elle semble liée d’une certaine manière au trou noir supermassif au centre de notre galaxie) et tenant le rôle d’archiviste de l’histoire de l’humanité (et créé par elle ?), le texte est un récit de notre futur, depuis la découverte des premières exoplanètes jusqu’à un avenir très lointain.

* A partir d’ici, soyez prévenus, je vais spoiler !! Que ceux qui ne veulent rien savoir du contenu de la nouvelle passent directement au dernier paragraphe ! *

La vie extraterrestre a rapidement été découverte (algues, organismes multicellulaires…), mais pas de trace de vie intelligente, ce qui va amener l’humanité, elle qui semble tirer son évolution du conflit, à “collapser” puis à se relever sous l’impulsion des “Fictionnistes”, des penseurs réutilisant les écrits des auteurs et autrices de SF pour relancer le Merveilleux et le Mythe de la Frontière, amenant de nouveau une grande période de prospérité et d’extension autour du XXIIIème siècle.

Puis le temps se dilate, et les dates retenues ne font plus appel au calendrier classique mais à un temps “contracté” dans lequel le Big Bang s’est produit à minuit le 1er janvier, tandis que le système solaire s’est formé le 13 septembre de cette même année et que l’Homme lui-même n’est apparu que dans l’après-midi du 31 décembre. Une manière de replacer l’humanité à son échelle par rapport à l’univers : nous sommes bien peu de choses.

Et l’histoire se poursuit : le 2 janvier de l’an universel 2 (je me suis amusé à faire le calcul, on est sur une échelle d’un peu plus de 37 millions de nos années pour chaque jour de l’an universel…), nouvelle crise. La civilisation humaine s’est tellement étendue que malgré une espérance de vie décuplée, elle avait atteint un maximum au-delà duquel il n’était plus physiquement possible d’aller. D’autant que les moyens de communication n’atteignirent jamais une hypothétique instantanéité (références explicites à l’ansible d’Ursula Le Guin et l’épice de Frank Herbert), la suite ne put être qu’une nouvelle crise. Nouveau repli, certaines zones de l’espace colonisé perdirent le contact.

Des guerres éclatèrent le 4 janvier en début d’après-midi (souvenons-nous : 37 millions d’années par jour…), qui ne durèrent que 3,5 secondes universelles (j’ai fait le calcul pour vous : à peu près 1500 ans !), avec la destruction de mondes entiers, jusqu’à l’inéluctable disparition de l’humanité, quelques minutes universelles plus tard…

Mais l’histoire de l’univers se poursuit, et avec elle la réponse au paradoxe de Fermi, donnée par le narrateur, ce qui l’amène à s’interroger sur son propre rôle au sein d’un univers mort. Mais restera-t-il mort éternellement ?…

J’en raconte beaucoup (trop) sur ce texte, trahissant même un peu son esprit poétique en remettant son échelle temporelle sur des bases qui nous correspondent plus (alors que justement le texte s’évertue à nous montrer que l’histoire de l’humanité n’est qu’un instant fugace à l’échelle de l’univers), mais c’est trahir pour mieux dire que j’ai énormément apprécié ce texte qui au fond n’est ni le premier ni le dernier à imaginer le vaste futur de notre espèce et de l’univers (pensez à Ken Liu par exemple tout récemment) mais qui le fait bien, sur un mode assez sombre mais pourtant très poétique grâce notamment à la très belle plume de Ugo Bellagamba, ce qui n’a rien d’étonnant quand on connaît l’auteur. C’est court, ce n’est pas foncièrement très optimisme (quoique, si on y pense, le 4 janvier universel, ça nous amène à un paquet de millions d’années dans le futur, pas si mal pour une civilisation qu’on prédit souvent au bord de l’extinction), mais pourtant c’est beau.

 

Critique écrite dans le cadre des challenges “Le Projet Maki” de Yogo.

 

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Les flammes de l’Empire, L’Interdépendance tome 2, de John Scalzi https://www.lorhkan.com/2020/05/26/les-flammes-de-lempire-linterdependance-tome-2-de-john-scalzi/ https://www.lorhkan.com/2020/05/26/les-flammes-de-lempire-linterdependance-tome-2-de-john-scalzi/#comments Tue, 26 May 2020 06:00:46 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12360 Comment, après l’enthousiasmante lecture du tome 1 de la série “L’Interdépendance” de John Scalzi, ne pas lire la suite ? Problème : le confinement. J’avais acheté le tome 1 en papier, avec l’intention de continuer la série sur ce même support. Une généreuse amie qui se reconnaîtra m’a donc fait...

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Comment, après l’enthousiasmante lecture du tome 1 de la série “L’Interdépendance” de John Scalzi, ne pas lire la suite ? Problème : le confinement. J’avais acheté le tome 1 en papier, avec l’intention de continuer la série sur ce même support. Une généreuse amie qui se reconnaîtra m’a donc fait cadeau de la version numérique pour me permettre d’assouvir mes pulsions de lecteur scalziesque en manque, en attendant d’assouvir mes pulsions de collectionneur de séries littéraires en version papier. 😀

 

Quatrième de couverture :

C’était donc vrai : un premier courant du Flux vient de s’effondrer ; d’autres suivront.
Ces couloirs de voyage interstellaire qui irriguent l’Interdépendance, l’empire de l’humanité, sont appelés à disparaître l’un après l’autre, entraînant la sclérose et la mort des colonies humaines isolées, privées de ressources.

Passe qu’il reste des sceptiques pour ergoter, mais les dignitaires aux dents longues des grandes maisons commerciales trouvent là encore matière à comploter, et ce ne sont ni l’assassinat ni la guerre civile qui les arrêteront dans leur soif de pouvoir.

Dans ce contexte, la jeune emperox Griselda II paraît bien vulnérable. Qui est l’ami, qui l’ennemi ?

Mais à Machiavel Machiavel et demie…

Au demeurant, il y a une lueur dans le tunnel : des courants du Flux fermés depuis longtemps commenceraient à réapparaître.
Une expédition s’impose qui pourrait valoir aux hardis aventuriers de stupéfiantes révélations sur l’histoire de l’humanité dans les étoiles avant l’Interdépendance.

Le premier roman de « L’Interdépendance », L’Effondrement de l’empire, a reçu en 2018 le prix Locus de meilleur roman de science-fiction et a été finaliste du prix Hugo.

 

L’Interdépendance va de mal Empire ?

Je préfère le signaler tout de suite, s’agissant d’un tome 2, il va m’être difficile d’en parler sans rien dévoiler du premier volume. Soyez donc prévenus, lecteurs qui n’êtes pas encore entrés dans cette série de John Scalzi (“L’Interdépendance”) : commencez par lire ma critique du tome 1 avant d’éventuellement aller voir la conclusion de l’article ici présent. Pour le reste, je vous aurais prévenu… 😉

Ainsi donc, on l’a appris à la fin du premier volume, Marce Claremont (et son père resté sur la planète du Bout) avait raison : le Flux est en train de s’écrouler, la voie menant du Bout au Central a déjà disparu. Le frère de la traîtresse Nadashe Nohamapetan, Ghreni, en profite d’ailleurs (même si son plan n’était pas celui qu’il avait prévu au départ puisque sa vision de ce qu’allait devenir le Flux était largement erronée) pour faire un blocus sur la grève d’arrivée à la planète. Cette dernière étant en effet la seule habitable de l’Interdépendance sans aménagement particulier, c’est l’occasion pour lui de prendre le contrôle d’un astre appelé, peut-être, a passé du statut de trou du c… du monde connu à celui de capitale d’un nouvel Empire. Nadashe Nohamapetan est quant à elle en prison, suite à ses multiples machinations et autres tentatives de meurtre sur l’Emperox Griselda II elle-même.

Il n’empêche que tout ce petit monde, malgré le relatif coup d’arrêt apporté aux intrigues d’arrière-cour à la fin du tome 1, va tout de même devoir faire avec ce Flux qui risque de mettre à mal les nombreux habitats dispersés de l’Interdépendance qui comptent les uns sur les autres, économiquement, commercialement, technologiquement, pour survivre en des lieux qui ne sont pas faits pour accueillir l’espèce humaine. Il faut donc réagir, s’adapter, changer de stratégie. Et à l’échelle d’un Empire (dans lequel l’Emperox n’est pas tout puissant, il y a d’autres organes politiques qui ont leur importance), cela implique d’avoir l’aval et le support de nombreux décisionnaires pas forcément faciles à convaincre. La disparition du Flux mettrait en effet à mal leur petit (ou moins petit) monopole sur différents produits qui leur apportent richesse et aisance. Remettre en cause leurs privilèges n’est pas ce qu’ils avaient imaginé pour les années suivantes.

Et donc, rebelote, ça va intriguer, manigancer, discuter à tout va. Car pour tenter d’infléchir l’opinion, voilà que Griselda II se targue d’avoir eu des visions mystiques sur l’avenir de l’Empire, à l’instar de la première Emperox et fondatrice de l’Interdépendance ! Mais que pourrait donc en penser la religion majoritaire de l’Empire, l’Eglise de l’Interdépendance, elle qui pourrait se voir court-circuiter par une Emperox qui, au départ, aurait pourtant dû être facilement manipulable ?

S’en suit donc de multiples plans qui se mettent en branle, chacun tentant de s’en sortir au mieux sans bien sûr penser à la majorité. Tirer son épingle du jeu semble être la principale priorité de tous ces puissants. Tous sauf une : l’Emperox Griselda II elle-même, la générosité et l’altruisme faite femme (dénuée par ailleurs de tout naïveté). Oui, elle n’était pas destinée à être Emperox et n’avait donc pas prévu cette charge difficile à assumer, mais elle va apprendre à endosser le costume et à prendre les décisions qui s’imposent, quitte à sortir de ce “personnage féminin idéal” qu’elle aurait pu incarner. Elle pourra pour cela compter sur ses alliés, Kiva Lagos, toujours la langue bien pendue et avides d’expériences sexuelles débridées, et Marce Claremont qui, lui aussi, va devoir lutter pour imposer sa science auprès de scientifiques bien installés qui voient d’un mauvais oeil l’arrivée de ce jeune homme sorti du fin fond de l’univers avec une théorie que personne d’autre n’avait imaginé.

Ces luttes politiques et scientifiques entre sceptiques et convaincus fait bien évidemment penser aux joutes verbales, diplomatiques et scientifiques, concernant le réchauffement climatique, avec en filigrane les conséquences que cela pourrait avoir sur les mouvements migratoires. Il est également bien difficile, même si le roman a été écrit avant, de ne pas faire le parallèle avec la pandémie due au Covid-19, et ces politiques qui ne veulent pas y croire jusqu’à ce que les conséquences de leur immobilisme leur reviennent dans la figure.

Et comme nous sommes dans un roman de John Scalzi, “Les flammes de l’Empire” est un texte écrit de manière très légère, à la fois drôle, très rythmé, et bien plus malin qu’il n’y paraît. C’est vraiment enthousiasmant et absolument impossible à lâcher. On voit bien malgré tout que ce deuxième volume d’une trilogie est un tome de transition (certaines intrigues et/ou personnages avancent peu, notamment tout ce que tourne autour de Griselda II qui ressemble plutôt à une vaste mise en place avant le feu d’artifice du dernier tome, à la dernière partie près et ses retournements de situations assez jouissifs qui lancent le dernier volume de la série), mais absolument aucun ennui grâce au talent de l’auteur qui passe allègrement d’un long et passionnant développement sur le passé et l’origine de l’Interdépendance (un peu didactique malgré tout…) au sombre avenir (sur plusieurs millénaires) d’un vaisseau coincé dans un Flux qui se désagrège…

C’est toujours intéressant, faussement léger, et le roman prend qui plus est quelques nouvelles directions diablement intrigantes qui ont le mérite de développer un univers riche de nombreux mystères que ne manquera pas de nous dévoiler John Scalzi dans le tome 3.

Ce style très scalzien, à la fois léger et intelligent, semble être à la fois sa meilleure qualité (cela rend ses romans très accessibles) et son pire handicap. John Scalzi, ce n’est pas “frontalement” intello, ni vraiment hard-SF, ni SF engagée socialement et politiquement de manière évidente, ni SF jouant sur les genres comme c’est à la mode en ce moment (mais c’est pourtant là, même si pas de manière affichée, car “Les enfermés” représentent pour moi ce qui s’est fait de mieux ses dernières années sur les questions de genre, même si cela reste très discret). Pourtant il y a un peu de tout ça, couvert d’un vernis pop et fun qui lui garantit un certain succès (voire même un succès certain, Scalzi est l’un des auteurs SF les plus bankables au US) mais qui pourrait le desservir auprès des “élites” (avec tous les guillemets qui s’imposent), quelles qu’elles soient, car oui John Scalzi c’est aussi du roman populaire.

En tout cas, “Les flammes de l’Empire” confirme tout le bien que l’on pouvait penser du premier volume de “L’Interdépendance”. Malin, entraînant, doté de personnages intéressants, tout à fait actuel dans le propos avec des séquences qui font régulièrement écho à notre monde et notre société, le roman est pétri de qualités. Il a aussi quelques défauts (celui du tome de transition que l’on retrouve souvent dans les trilogies, et certaines facilités comme ces scientifiques capables de pondre des théories à même de renverser la vision de tout un univers chacun dans leur coin…), mais que John Scalzi parvient toujours à contrebalancer pour que jamais le lecteur ne s’ennuie. C’est très efficace et réellement prenant. Sa seule véritable faiblesse pourrait finalement être sa longueur : c’est trop couuuurt. Quoiqu’au vu des romans à rallonge qu’on nous sert bien trop souvent, un roman de 300 pages a aussi son charme (mais alors, on aurait pu avoir la trilogie complète en un seul roman de 1000 pages ? 😀 ). Mais du coup, l’attente du troisième et dernier tome va être trèèèèèèèèèèèès longue…

 

Lire aussi les avis de Gromovar, Anudar, Feyd Rautha, Célindanaé, Lutin82, Yogo, Ombre Bones, Stéphanie Chaptal.

 

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Comment construire son vaisseau interstellaire, de Claude Ecken et Roland Lehoucq https://www.lorhkan.com/2020/05/23/comment-construire-son-vaisseau-interstellaire-de-claude-ecken-et-roland-lehoucq/ https://www.lorhkan.com/2020/05/23/comment-construire-son-vaisseau-interstellaire-de-claude-ecken-et-roland-lehoucq/#comments Sat, 23 May 2020 06:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12345 Changement de registre. Avec les beaux jours actuels, je suis dans une période “astronomique”, et j’ai donc ressorti pour l’occasion quelques vieux numéros de la revue “Ciel & Espace”, pour retrouver quelques pistes d’objets célestes à observer. Et me voilà qui retombe, dans lu numéro 459 d’août 2008, sur ce...

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Changement de registre. Avec les beaux jours actuels, je suis dans une période “astronomique”, et j’ai donc ressorti pour l’occasion quelques vieux numéros de la revue “Ciel & Espace”, pour retrouver quelques pistes d’objets célestes à observer. Et me voilà qui retombe, dans lu numéro 459 d’août 2008, sur ce texte signé Claude Ecken et Roland Lehoucq.

 

Quatrième de couverture :

2030. Deux amis commentent les dernières images de Caladan, une planète de type terrestre découverte en 2020 par l’observatoire spatial Darwin, dans la zone d’habitabilité de l’étoile Delta de la constellation du paon, à 20 années-lumière du Soleil. Il serait intéressant d’y aller voir. La conversation s’échauffe sur la possibilité de s’installer là-bas. mais le voyage est-il possible ? Pour Greg Ecken, romancier, cela tient du rêve, mieux vaut ne pas y penser. Mais Cornélius Lehoucq, astrophysicien, ne l’entend pas de cette oreille. Qui convaincra l’autre ?…

 

Rêve ou future réalité ?

Ce texte relève-t-il de la nouvelle si l’on considère qu’il a d’abord été publié dans deux numéros de la revue Bifrost, dans la rubrique “Scientifiction” animé par Roland Lehoucq ? On peut dire que oui car sous l’évident propos scientifique se trouve un mini (vraiment mini, mais il est là quand même) contexte : nous sommes en 2030, une exoplanète a été découverte en 2020, et deux amis, l’un romancier? Greg Ecken, l’autre scientifique, Cornélius Lehoucq, évidents avatars des auteurs du texte, en discutent sous forme de dialogue. Pas de worldbuilding de quelque ordre que ce soit, pas de mise en situation, un simple dialogue, sans même une quelconque introduction. Mini contexte donc. Peut-être légèrement étoffé dans la version Bifrost (le texte publié dans “Ciel & Espace” est la version raccourcie), mais ne possédant pas les numéros concernés (44 et 45), je ne saurais dire.

Quoiqu’il en soit, puisque ce texte a aujourd’hui pratiquement quinze ans, il a plusieurs intérêts. Sur le plan scientifique, autant que je puisse en juger, il reste toujours très actuel, notre technologie de constructions de vaisseaux interstellaires n’ayant guère évolué depuis ces quelques années… Et surtout, il offre une amusante mise en perspective de ce que l’on imaginait pouvoir faire en astronomie/astrophysique il y a une quinzaine d’années. Par exemple, on nous dit qu’une exoplanète de type terrestre à été découverte en 2020. L’année n’est certes pas finie, mais ce type de planète n’a pas encore été découverte, même si on s’en rapproche (et que la liste des potentialités ne cesse de s’allonger) mais pas de là à débattre de l’opportunité d’aller la coloniser… Plus précisément, on nous parle même d’images de cette planète, dont les deux protagonistes discutent en 2030. Découverte en 2020, images en 2030. Qui sait ?… On notera également qu’en 2030, une base lunaire sera réalité, accompagnée d’une catapulte électromagnétique pour envoyer des matières premières en orbite basse…

En tout cas, cette nouvelle que l’on peut donc qualifier de “pédagogique”, à l’image de ce que fait Roland Lehoucq dans ses conférences (Utopiales ou autres) dans lesquelles il décrypte certaines possibilités (ou non…) astrophysiques, techniquement et physiquement, nous explique tout ce que nécessite un voyage interstellaire vers une exoplanète située à 20 années-lumière à bord d’un vaisseau embarquant un millier de passagers pour une croisière de quatre siècles.

Immédiatement m’est venu à l’esprit le fabuleux roman “Aurora” de Kim Stanley Robinson, dans lequel on avait plus de 2000 passagers parti vers une planète située à 12 années-lumière, pour un voyage de 170 ans. Le ratio est presque le même, aux technologies utilisées près, qui rallongent la durée du voyage si l’accélération ou le freinage prend plus de temps. On verra d’ailleurs que le parallèle avec “Aurora” (écrit en 2015) ne s’arrête pas là.

Le texte de Lehoucq et Ecken est évidemment très scientifique, rien d’étonnant étant donné la revue dans laquelle il a été publié, mais il reste extrêmement accessible (“Ciel & Espace” est une revue grand public). Il aborde le sujet du voyage interstellaire sur de nombreux plans, qu’il soient purement sociaux (quelle politique mettre en place dans le vaisseau, comment communiquer avec la Terre, est-ce d’ailleurs nécessaire, on aborde la question de la divergence civilisationnelle entre un vaisseau en vase clos parti depuis plusieurs siècles et qui ne peut que s’éloigner sur le plan politique/social/linguistique/scientifique de ce qui se fait sur Terre, ainsi que des comportements forcément imprévisibles d’une société humaine dont on ne peut pas prévoir les faits et gestes sur une si longue durée : nostalgie de ceux qui ont connu la Terre, générations intermédiaires “sacrifiées”, refus de quitter le vaisseau pour ceux qui y ont passé leur vie, etc…) ou bien technologiques (comment construire le vaisseau, à quel endroit, comment est-il constitué, quels moyens pour le faire, quelle taille, quel poids, comment accélérer tout ça, jusqu’à quelle vitesse, comment freiner une fois arrivé à destination, quel carburant, quelle quantité faut-il apporter (avec un juste équilibre entre poids/accélération et freinage donc vitesse du vaisseau/durée du voyage), gestion des déchets, des cultures, etc…).

L’étude est claire et précise, et recoupe (parfois de manière très semblable) à de nombreuses reprises ce que Kim Stanley Robinson a mis en place dans “Aurora”, comme la notion de bactérie risquant de faire s’écrouler l’écosystème du vaisseau, la gestion des déchets, le système de freinage du vaisseau (un laser et l’aide de l’assistance gravitationnelle), des usines pour fabriquer “à peu près n’importe quoi” (les fameuses imprimantes 3D à tout faire), etc… Il donne l’occasion de se rendre compte, pour qui en doutait, du souci du détail scientifique et technologique de Robinson lors de l’écriture de son roman.

On se rend évidemment bien vite compte que malgré l’optimisme (feint ?) de Cornélius/Roland Lehoucq, le vaisseau interstellaire, tellement contraignant à de multiples niveaux, n’est une possibilité que dans les récits de science-fiction, récits de SF que les voyageurs ne manqueront d’ailleurs pas d’embarquer car ils sont vecteur d’éducation et d’étude de cas en ce qui concerne le voyage interstellaire. Claude Ecken et Roland Lehoucq aiment la SF, et ils n’oublient pas de le dire. 😉

 

Critique écrite dans le cadre des challenges “Le Projet Maki” de Yogo.

 

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Continuum, de James Lovegrove https://www.lorhkan.com/2020/05/17/continuum-de-james-lovegrove/ https://www.lorhkan.com/2020/05/17/continuum-de-james-lovegrove/#comments Sun, 17 May 2020 06:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12341 Après le joli texte de Peter F. Hamilton, on continue avec une autre nouvelle offerte par Bragelonne durant le confinement, “Continuum” de James Lovegrove (paru à l’origine dans la même anthologie que le récit d’Hamilton, “Science-fiction 2006”), un auteur que je lis pour la première fois.   Quatrième de couverture...

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Après le joli texte de Peter F. Hamilton, on continue avec une autre nouvelle offerte par Bragelonne durant le confinement, “Continuum” de James Lovegrove (paru à l’origine dans la même anthologie que le récit d’Hamilton, “Science-fiction 2006”), un auteur que je lis pour la première fois.

 

Quatrième de couverture :

Robert Stoneham est un Fogg, un pèlerin perpétuel en quête d’éternité, à la recherche du Continuum. Lorsqu’on voyage de cette façon, il faut sans cesse prendre de la Vitesse, et parfois on fait une petite erreur de planification, et on Ralentit. Voilà ce qui est arrivé à Robert Stoneham, qui se retrouve à errer dans une ville glauque, où il s’est réveillé dans un hôpital…

 

Toujours plus vite

Étonnant texte que ce “Continuum”. A la fois terriblement excitant une fois qu’on a saisi le concept qui le sous-tend, et terriblement frustrant tant l’auteur peine à expliciter le dit concept. Grosso modo, il s’agit pour Robert Stoneham (le personnage principal), un “Fogg”, c’est à dire un riche voyageur qui, s’il parvient à Accélérer (la majuscule n’est pas là par hasard), à prendre de la Vitesse (là non plus), va tendre à se rapprocher du fameux Continuum, un bon gros MacGuffin bien voyant, tout en modifiant la réalité autour de lui. Ce n’est pas clair ? C’est normal.

Prendre de la Vitesse, c’est voyager sans cesse, sans s’arrêter, en voiture en train puis en avion, passant d’aéroports aux gares et autres terminaux de voyages quasiment sans discontinuer. Avec pour effet de traverser des villes et des pays (plus ou moins uchroniques) de plus en plus agréables, technologiquement plus évoluées, au niveau de vie plus élevé. Le but étant de parvenir à ce Continuum que certains voyageurs semblent avoir atteint mais duquel ils ne sont jamais revenus.

Mais le moindre problème peut faire Ralentir. Et Ralentir, volontairement ou non, c’est revenir dans des zones moins huppées. Et un Fogg peut être Ralentit par un Fix, une personne qui souhaite se faire un nom en Ralentissant jusqu’à l’arrêt un riche Fogg. Et c’est peut-être bien ce qui est en train d’arriver à Robert Stoneham, lui qui se réveille dans un hôpital d’une ville sordide, victime d’une obscure maladie, avec en tête un rêve étrange. Ce n’est toujours pas clair ? C’est normal.

Et c’est bien le problème de ce texte. Quand on saisit le truc, c’est potentiellement super intéressant, le problème c’est qu’il faut le piger, et même après avoir lu le texte et rédigé cet article, je ne suis toujours pas sûr d’avoir tout bien saisi. En fait, “Continuum” donne l’impression que James Lovegrove a pensé à un concept intéressant mais qu’il n’a pas su l’utiliser/l’expliciter clairement.

Alors pendant tout le texte, au demeurant pas désagréable à lire, on lutte pour y voir clair avec le sentiment qu’on est à deux doigts d’avoir un texte renversant. Sans jamais y parvenir. Bien sûr, on peut voir dans tout ça une critique du tourisme fait à toute vitesse, sans s’attarder sur ce qu’on a devant les yeux et courant à droite à gauche à la poursuite de pas grand chose, et c’est aussi un hommage à Jules Verne avec cette “Fogg Society” qui a ses bureaux à Londres (on pense bien sûr au Reform Club auquel Jules Verne fait référence dans “Le tour du monde en 80 jours”, roman dont le personnage principal est PhileasFogg !) et dont le fondateur s’appelle Julian Vernon. Robert Stoneham possède par ailleurs un Passepartout, un gadget qui lui permet notamment d’avoir des traductions instantanées de n’importe quelle langue, clin d’oeil plus qu’appuyé au Jean Passepartout de Verne.

Ceci étant posé, où cela nous mène-t-il ? A la conclusion du texte de Lovegrove, qui tente de boucler la boucle avec les premiers mots du récit, sauf que, là encore, je n’ai pas su interpréter ce que l’auteur a voulu dire. Ça commence à faire beaucoup. Pourtant, aussi étrange que cela puisse paraître, je ne peux pas dire que je n’ai pas apprécié ce texte, mais je n’ai pas su le comprendre, tout en ayant constamment en tête qu’il ne manque pas grand chose pour en faire quelque chose de vraiment bien. Mais en l’état, ça ne fonctionne pas. Dommage.

 

Critique écrite dans le cadre des challenges “Le Projet Maki” de Yogo.

 

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Les sept morts d’Evelyn Hardcastle, de Stuart Turton https://www.lorhkan.com/2020/05/12/les-sept-morts-develyn-hardcastle-de-stuart-turton/ https://www.lorhkan.com/2020/05/12/les-sept-morts-develyn-hardcastle-de-stuart-turton/#comments Tue, 12 May 2020 19:33:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12321 “Les sept morts d’Evelyn Hardcastle” est un roman qui a pas mal fait parler de lui à sa sortie en mai 2019. Il faut dire que ce mix d’Agatha Christie, “Downtown Abbey” et “Un jour sans fin” (comme mentionné en quatrième de couverture) semble à la fois improbable et terriblement...

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“Les sept morts d’Evelyn Hardcastle” est un roman qui a pas mal fait parler de lui à sa sortie en mai 2019. Il faut dire que ce mix d’Agatha Christie, “Downtown Abbey” et “Un jour sans fin” (comme mentionné en quatrième de couverture) semble à la fois improbable et terriblement intrigant. Mais avec une telle hype, le truc c’est d’arriver à être à la hauteur. Verdict.

 

Quatrième de couverture :

Mixez Agatha Christie, “Downton Abbey” et “Un jour sans fin”… voilà le roman le plus divertissant de l’année. Lauréat du prestigieux Costa Award, le premier roman de Stuart Turton est à la fois un formidable jeu de l’esprit et un régal de lecture.

Ce soir à 11 heures, Evelyn Hardcastle va être assassinée. Qui, dans cette luxueuse demeure anglaise, a intérêt à la tuer ? Aiden Bishop a quelques heures pour trouver l’identité de l’assassin et empêcher le meurtre. Tant qu’il n’est pas parvenu à ses fins, il est condamné à revivre sans cesse la même journée. Celle de la mort d’Evelyn Hardcastle.

Prêt pour un plaisir de lecture comme vous n’en avez pas connu depuis longtemps ? Plongez dans ce labyrinthe des délices. Chaque personnage, chaque recoin obscur de la maison cache un mystère. Chaque page ou presque offre un rebondissement inattendu. Et il y a 500 pages.

 

Un Cluedo sans fin

Difficile de ne pas penser au célèbre jeu de société quand on se met en tête le contexte du roman : une aristocratie britannique qui se regroupe dans une vaste propriété constituée d’un manoir et de ses dépendances, des personnages qui ont tous quelque chose à cacher, et un meurtre à élucider. D’ailleurs, la couverture s’en inspire plus qu’ouvertement dans ce parcours relevant du jeu de l’oie illustré par différents indices importants dans l’intrigue du roman (mais il manque le chandelier du colonel Moutarde…). De même, les rabats et la deuxième de couverture reprennent la liste des invités et le plan de Blackheath House (et là on est vraiment sur le plateau de jeu du Cluedo).

Mais comme le dit la quatrième de couverture, le roman va un peu plus lojn qu’un simple Cluedo, car il y a un élément fantastique avec ce “Jour sans fin” que le protagoniste principal est condamné à revivre à de multiples reprises, une boucle temporelle dont il ne pourra s’extirper que s’il parvient à élucider un meurtre qui va avoir lieu. Il faut ajouter à cela le fait que notre enquêteur (et le lecteur avec lui) se retrouve in media res au début du roman, tout en ayant perdu la mémoire sur qui il est et ce qu’il fait là. Il va donc avant tout devoir tenter d’y comprendre quelque chose dans ce qui s’apparente à un joli panier de crabes. Autre élément important : il s’avère que l’enquêteur (Aiden Bishop) n’est jamais vraiment lui-même puisqu’il se réveille chaque jour dans la peau d’un hôte différent.

Voilà qui fait beaucoup d’inconnues pour une équation qui semble totalement insoluble. Bien évidemment, il va finir par parvenir à y voir plus clair (et le lecteur avec lui là encore) au fur et à mesure des nouvelles journées et des nouveaux hôtes qui vont lui permettre de multiplier les points de vue et de jouer avec la chronologie de la journée (pour faire passer des messages à ses hôtes futurs, contrer ou anticiper les actes de certains autres, etc…).

Il faut être honnête : la complexité de l’intrigue, ou plutôt sa construction, est remarquable. Roman choral d’une certaine manière (chaque hôte est différent et son caractère influe sur les actes et les pensées de Aiden Bishop) mais malgré tout centré sur l’enquêteur puisqu’il se cache dans la peau de chaque hôte, “Les sept morts d’Evelyn Hardcastle” dévoile très progressivement le jeu trouble de cette aristocratie qui n’est jamais ce qu’elle voudrait sembler être. Couplé avec le jeu sur les boucles temporelles et les multiples entrelacements des actes de chaque personnage et des conséquences de ceux-ci sur les uns et les autres, ça nous donne un truc à la fois un peu fou et apparemment tout à fait cohérent. Quand on sait que ce roman est le premier de son auteur, ça force le respect et j’avoue que j’aimerais bien voir si Stuart Turton a fait un “plan” avant d’écrire ce livre, parce que franchement ça doit être quelque chose !

Et du coup, c’est vrai que tout ça est assez passionnant. Mystérieux bien sûr, surtout, et on a évidemment très envie d’avoir le fin mot de cette histoire. Et puis, j’avoue, j’ai commencé à peiner un peu. Les intrigues en huis clos de ce style là, c’est vrai que quand c’est bien mené c’est passionnant, mais il ne faut pas non plus que ça s’éternise trop, le huis clos ayant aussi ses limites. Et, pour moi, ces limites se situent sous la barre des 550 pages de ce roman. Oui, c’est un peu long quand même. Par ailleurs, Stuart Turton utilise quelques “trucs” qui lui permettent d’entretenir le suspense de manière un peu artificielle (quand un élément important est identifié par Bishop mais que celui-ci n’en fait pas mention avant d’en reparler au moment opportun à un autre personnage) et qui, surtout, empêchent le lecteur de pouvoir réfléchir “à armes égales” en même temps que Bishop puisqu’il n’a pas toutes les clés pour ça. Pour ceux qui ont lu le roman, je pense notamment

Spoiler !
au médaillon retrouvé par Bishop sur le corps de Ted Stanwin et représentant une Lucy Harper jeune que Bishop identifie immédiatement mais qu’il ne mentionne que bien plus tard (dans la pagination du roman, mais plus tôt chronologiquement parlant, vous suivez ? 😀 ), au moment de confronter Ted Stanwin. C’est donc un élément important de l’intrigue que le personnage comprend mais qui reste “injustement” caché au lecteur, ce qui est d’autant moins compréhensible que le roman est à la première personne et donc que le lecteur est clairement “dans la tête” de Bishop.

De même, dans la lettre adressée à Bishop lui disant de prendre garde à ses gants qui brûlent, cette dernière phrase est écrite par une personne différente du reste du texte. Un élément pourtant visuellement explicite mais que le lecteur ne découvre que sur le tard, comme si l’auteur avait voulu lui cacher cette information pourtant remarquable au premier coup d’oeil.

Et je pourrais encore citer deux ou trois autres trucs du même genre…

Saluons tout de même la maestria avec laquelle ce roman est mené, savourons cette enquête aux innombrables rebondissements (que l’on pourra relire pour tenter de trouver une faille dans la construction, à ce titre je regrette un peu que les chapitres ou même le texte ne mentionnent pas l’heure de l’action un peu plus explicitement puisque c’est là que se situe toute la subtilité de la chronologie de l’intrigue) et à la conclusion satisfaisante même si la résolution du côté fantastique ne soulèvera pas les foules et, sans faire abstraction des quelques défauts qui, personnellement, m’empêcheront d’encenser ce roman au-delà du raisonnable, reconnaissons que cette intrigue est à nulle autre pareille. C’est remarquable par certains côtés, moins enthousiasmant par d’autres, mais le public semble conquis, et ça, quoi qu’on en dise, Stuart Turton le mérite totalement.

 

Lire aussi les avis de Gromovar, Lune, Tigger Lilly, Yogo, Célindanaé, Feyd-Rautha, Baroona, Artemus Dada, Touchez mon blog monseigneur, Yuyine, Mr K, et plein plein d’autres…

Critique écrite dans le cadre du challenge “Défi Cortex” de Lune (catégorie “Dans une dimension parallèle ou une timeline divergente”).

 

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Je rêvais d’étoiles, de Peter F. Hamilton https://www.lorhkan.com/2020/05/09/je-revais-detoiles-de-peter-f-hamilton/ https://www.lorhkan.com/2020/05/09/je-revais-detoiles-de-peter-f-hamilton/#comments Sat, 09 May 2020 06:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12325 Confinement, encore et toujours. Bragelonne a suivi le mouvement des éditeurs de genre (et ils sont nombreux, notamment à travers l’opération Bol d’Air) qui ont proposé à leurs lecteurs quelques textes gratuitement. L’occasion pour moi, instant confession, de lire du Peter F. Hamilton pour la première fois. Hé oui, bien...

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Confinement, encore et toujours. Bragelonne a suivi le mouvement des éditeurs de genre (et ils sont nombreux, notamment à travers l’opération Bol d’Air) qui ont proposé à leurs lecteurs quelques textes gratuitement. L’occasion pour moi, instant confession, de lire du Peter F. Hamilton pour la première fois. Hé oui, bien que je sois conscient que ses écrits ont tout pour me satisfaire, je ne me suis toujours pas engagé dans ces cycles à la longueur plutôt impressionnante… En attendant, une petite nouvelle (paru à l’origine dans l’anthologie “Science-fiction 2006”, toujours chez Bragelonne), pour commencer en douceur.

 

Quatrième de couverture :

Dans une Angleterre future, on restaure la forêt primitive des premiers temps… ce qui permet le retour des fées et des elfes ! Mais ces créatures sont-elles de taille pour affronter un gang de jeunes venus des cités ?

 

Le futur de l’humanité… et des fées !

Le Petit Peuple est revenu, le voici qui peuple à nouveau les forêts d’une Angleterre du futur. Un futur éloigné, qui a vu l’avènement des voyages interstellaires, vidant la Terre d’une bonne partie de ses habitants… pour son plus grand bien ! Car voici l’époque de la “régression”, une régression qui table pourtant sur la haute technologie mais qui permet surtout à la Terre de redonner ses droits à la nature : l’agriculture est devenue inutile, et les Terriens sont engagés dans un processus amenant la nature à réinvestir des zones auparavant dévastées. C’est ainsi que les forêts ont de nouveau prospéré, et avec elle sont réapparus les fées et autres elfes légendaires.

Alors oui, des elfes et des fées dans le monde des humains, j’en ai déjà parlé tout récemment. La différence ici, c’est que c’est nettement plus réussi. Le contexte est bien posé, à petits touches mais de manière claire (après une introduction frappante pour capter le lecteur, Hamilton calme le jeu et explique son univers par des flashbacks, avant de revenir à ce qui se passe en introduction puis de filer vers la conclusion, une narration classique mais impeccablement maîtrisée), les motivations des personnages sont explicites, la conclusion du texte est limpide et ne nécessite pas d’aller plus loin, bref, c’est carré, c’est efficace, ça fonctionne.

En plus de ça, l’idée d’un futur ultra technologique qui fait la part belle à la nature, avec une vraie volonté de régression de l’impact de l’homme sur la planète, ne manque pas d’intérêt. Et puis il y a cette intrigue, implacable, terrible, violente et choquante même. Gangs d’une jeunesse un brin désoeuvrée, histoire d’amour (les histoires d’amour… vous connaissez la chanson !), et un peuple légendaire qui revient habiter une forêt qui se remet à “chanter” (toute proportions gardées, ça m’a rappelé le chef d’oeuvre “La forêt des mythagos” croisé avec “Tales from the loop”, allez savoir pourquoi…), tout ça nous donne un cocktail qui ne peut que virer au drame. Le désenchantement est au coeur du texte, alors que la “régression” semble pourtant aller dans le sens du réenchantement. Mais l’homme et ses éternels travers…

Tout cela ne fait pas de ce texte la nouvelle du siècle (après tout, l’intrigue et la narration n’ont rien de fondamentalement original), mais on obtient tout de même un récit (daté de 1994, donc un texte de “jeunesse” de l’auteur, de l’époque de sa première trilogie, “Greg Mandel”) mêlant SF et fantasy et qui se lit avec plaisir, préfigurant l’attrait de Peter Hamilton pour les futurs ultratechnologiques. Fort sympathique.

 

Critique écrite dans le cadre des challenges “Le Projet Maki” de Yogo.

 

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Vie™, de Jean Baret https://www.lorhkan.com/2020/05/05/vie-de-jean-baret/ https://www.lorhkan.com/2020/05/05/vie-de-jean-baret/#comments Tue, 05 May 2020 06:00:30 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12211 Aaaaah, “Bonheur™”, cet énorme coup de poing dans la figure. C’est peu dire que j’ai adoré ce roman de Jean Baret. Il n’y a donc rien de plus logique à ce que je lise la suite de sa trilogie “Trademark”, une trilogie, rappelons-le, purement thématique et qui peut donc être...

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Aaaaah, “Bonheur™, cet énorme coup de poing dans la figure. C’est peu dire que j’ai adoré ce roman de Jean Baret. Il n’y a donc rien de plus logique à ce que je lise la suite de sa trilogie “Trademark”, une trilogie, rappelons-le, purement thématique et qui peut donc être lue dans n’importe quel ordre. Après la société de consommation de “Bonheur™, place maintenant aux algorithmes de “Vie™.

 

Quatrième de couverture :

Sylvester Staline, citoyen X23T800S13E616, tourne des cubes colorés. Un boulot qui en vaut bien un autre, au fond, et qui a ses avantages. Son compte en banque affiche un solde créditeur de 4632 unités. Et si son temps de loisirs mensuel est débiteur de huit heures, son temps d’amitié restant à acheter est dans le vert. Sans même parler de son temps d’amour : plus de quarante-trois heures ! Une petite anomalie, c’est sûr ; il va falloir qu’il envisage de dépenser quelques heures de sexe… Mais de là à ce qu’un algorithme du bonheur intervienne ? Merde ! À moins que cela ait à voir avec cette curieuse habitude qu’il a de se suicider tous les soirs ? Il n’y a jamais trop songé, à vrai dire… Sylvester ne le sait pas encore, mais il pourrait bien être le grain de sable, le V de la vendetta dans l’horlogerie sociale du monde et ses dizaines de milliards d’entités. D’ailleurs, les algorithmes Bouddha et Jésus veillent déjà sur lui…

Avocat au barreau de Paris, culturiste et nihiliste, Jean Baret est un prophète, une voix sans pareille dans le concert de l’anticipation sociale, quelque part entre Chuck Palahniuk, Philip K. Dick et Warren EllisBonheur™, paru en 2018 aux éditions du Bélial’, finaliste au Grand Prix de l’Imaginaire et au Prix Utopiales 2019, a été salué par le Huffington Post comme un « violent cri d’alerte, entre cyberpunk et satire politique ». Vie™, son nouveau roman, deuxième opus du projet « Trademark », offre la vision d’un futur dont l’esquisse gît dans les entrailles d’un présent déliquescent. Un livre éminemment politique. Une nécessité.

 

Ça clic clic !

La “méthode” Jean Baret, déjà vue dans “Bonheur™reste la même dans “Vie™, à savoir une outrance de tous les instants, un monde futuriste basé sur un ou plusieurs éléments de notre monde actuel, les dits éléments étant poussés à leur paroxysme pour voir où ils peuvent nous mener, et une répétitivité dans la narration servant à accentuer le message. En cela, “Vie™ ne diffère donc guère de son prédécesseur.

Pourtant, s’arrêter à ce constat ne serait pas lui rendre justice. Car “Vie™ est aussi très différent : les répétitions sont accentuées à l’extrême (de chapitres en chapitres, j’y reviendrai) mais d’une certaine manière passent mieux que dans “Bonheur™, il y a beaucoup (beaucoup !) plus d’humour dans “Vie™, (très premier degré c’est vrai, assez noir aussi bien sûr vu le sujet du roman, mais ça m’a fait beaucoup rire), et l’intrigue (assez minimaliste dans “Bonheur™), sans être un modèle du genre, est ici mieux intégrée dans le propos du roman. Cela fait-il de “Vie™ un meilleur roman que “Bonheur™ ? Je ne saurais le dire, tout dépend des sensibilités de chacun, mais une chose est sûre : il me semble nettement plus accessible.

Revenons un moment sur l’univers dépeint par Jean Baret. “Vie™ nous montre la vie du citoyen X23T800S13E616, pseudonyme Sylvester Staline (sic !), dont les journées sont partagées entre un temps de travail (effectué dans son logement grand comme un placard, et qui lui demande de tourner sur un écran des cubes qui changent de couleur…), un temps d’amour, un temps d’amitié et un temps de loisirs. Tout est décompté, et un déficit dans une de ces catégories devra être récupéré sur une autre. A la fin de ses journées sans intérêt ni but, gérées à l’extrême par toutes sortes d’algorithmes, Sylvester Staline finit inévitablement par se suicider d’une balle dans la bouche. Avant qu’une nouvelle journée ne recommence le lendemain.

Les voici donc les fameuses répétitions, de chapitres en chapitres (il y en a 61, mais les choses évoluent au fil du récit) : suicide en fin de chapitre, yeux qui s’ouvrent au début du suivant alors que Sly Staline est allongé dans un bain nutritif, grâce à une matrice régénératrice. Symboles d’une vie dénuée de sens, ponctuée de récompenses diverses rappelant les “achievements” que l’on trouve de plus en plus dans nombre d’applications numériques ou de commerces tout ce qu’il y a de plus physiques dans notre monde. L’aliénation par la récompense. Vous avez bien travaillé ? Bravo, vous avez gagné un nouveau costume pour votre avatar sur le vaste réseau numérique, seul lieu d’interaction possible entre les hommes et les femmes du monde imaginé par Jean Baret.

Après tout, qui aurait l’idée de sortir de chez lui alors que tout est possible sur le réseau, avec divers accessoires de réalité virtuelle ou augmentée (AugEyez™, AugEars™, ButtPlug™, PumPénis™, etc…) ? On peut regarder des infomercials (un terme qui dit tout ce qu’il y a à savoir sur leur contenu), des doculs (un terme là aussi assez transparent…), des “reconstitutions hystériques” (sortes de documentaires ridicules censés instruire le spectateur mais sans aucune échelle de valeur sur les comparaisons totalement fantaisistes qui y sont présentées, telle celle très légère entre Hitler et Darth Vader ou bien “une relecture du mythe éternel de Cendrillon comme fondateur du foot fetish” (oui oui !)), assister aux relations sexuelles de ses amis (mais ça rapporte moins que de pratiquer) voire s’y inviter, louer des amis (tarifés bien sûr mais ça fait monter la jauge d’amitié) pour avoir de “vraies” conversations dont le maître mot reste bien souvent la futilité, etc… Futilité, voilà bien ce qui ressort de ce monde, une futilité et un bonheur apparents où tout est régulé par des algorithmes intervenant dès qu’un défaut est détecté et qui se chargent, sous couvert d’un hasard particulièrement bien régulé, de faire en sorte que tout reste sous contrôle.

Les innombrables suicides de Sylvester Staline (personnage “inconsciemment conscient” que quelque chose ne tourne pas rond) vont bien évidemment éveiller l’attention, et de fil en aiguille il va se retrouver embarqué dans un séminaire sur le nihilisme (désopilant passage rythmé par les paroles de la chanson de Starmania “S.O.S. d’un terrien en détresse” !), avant que tout cela ne le mène plus loin, avec l’apparition d’un certain V. Le vent de la Révolution ? C’est à voir…

Peut-être moins immédiat que “Bonheur™, “Vie™ finit pourtant immanquablement par accrocher le lecteur, scotché, étourdi, médusé par ce qu’il est en train de lire. Et on finit, un peu à l’image des hommes et des femmes présentés dans le roman, à devenir esclave de la prose de Jean Baret, esclaves volontaires tant que la distraction est présente. N’allez pourtant pas croire que “Vie™ n’est que distraction. L’humour est omniprésent, le ton de l’auteur est volontairement joueur, provocateur, outrancier, rigolard ( le roman est ponctué d’expressions drolatiques et très orientées informatique : “c’est trop clic clic”, “je suis à la limite du BSOD, là”, “je suis overclocké de rire”, il faut également voir les pseudos des personnages qui apparaissent au fil du récit : Simone de Bavoir, Brousse Willis, Brad Bite, Steven Cigale, Vin Sansplomb… Oui c’est un peu bête mais ça me fait bien rire !), mais le fond reste toujours aussi pertinent, frappant. La conclusion est d’ailleurs assez marquante quant à l’importance que nous voulons bien allouer aux algorithmes pour que ceux-ci se chargent de nos vies. Sans eux, sommes-nous libérés ou bien désarmés ? Le roman ne tranche pas, au lecteur de se faire son avis.

Toujours aussi direct donc, sans prendre de gants, Jean Baret continue, après “Bonheur™, son déboulonnage en règle de notre société et de ses excès. Moins immédiat mais paradoxalement globalement plus facile d’accès (car plus drôle, moins noir, en tout cas moins “visiblement” noir), “Vie™ est une vraie expérience. De celles qui marquent. Vivement le troisième et dernier volume de sa trilogie. Allez, “à plus on se suce !”. 😉

 

Lire aussi les avis de Gromovar, Lune, Célindanaé, Dionysos, Le chroniqueur, Chut Maman lit, Touchez mon blog, Le chien critique, Yuyine, Feyd Rautha, Le vaisseau-livres

 

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La nature de l’exécuteur, de Rachel Tanner https://www.lorhkan.com/2020/05/02/la-nature-de-lexecuteur-de-rachel-tanner/ https://www.lorhkan.com/2020/05/02/la-nature-de-lexecuteur-de-rachel-tanner/#comments Sat, 02 May 2020 06:00:39 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12309 Encore une nouvelle gratuite, encore offerte dans le cadre du confinement actuel. Cette fois, en réaction à son annulation, le festival des Imaginales a décidé d’offrir à la lecture gratuitement plusieurs nouvelles issues des différentes éditions de son anthologie officielle. Le texte ici présent est celui de Rachel Tanner (paru...

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Encore une nouvelle gratuite, encore offerte dans le cadre du confinement actuel. Cette fois, en réaction à son annulation, le festival des Imaginales a décidé d’offrir à la lecture gratuitement plusieurs nouvelles issues des différentes éditions de son anthologie officielle. Le texte ici présent est celui de Rachel Tanner (paru dans l’anthologie “Elfes et Assassins”, correspondant à l’édition 2013 du festival), que j’ai lu un peu un hasard parmi tous ceux disponibles (au nombre de onze, même si je n’ai reçu des lines que pour 10 d’entre eux…).

 

Quatrième de couverture :

Y en n’a pas !

 

Elfes militants

Choisir un texte au hasard, sans même avoir lu le moindre début d’indice sur le contenu, c’est toujours un peu risqué. Ça peut être une bonne surprise, ou un désagréable raté. Ça peut aussi être tomber un peu entre ces deux extrêmes. C’est un peu le cas ici. Parce que le texte, même si son contexte n’a rien de très original (le monde des feys, des elfes notamment, se mélange à la société des humains, dans un monde contemporain) ni de quoi faire rêver (le dossier très politisé de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes à proximité de Nantes), est plutôt bien écrit, avec même une ambiance réussie, mêlant un brin de fantastique (avec son héroïne mi-elfe mi humaine et ses capacités afférentes, et quelques manifestations surnaturelles) avec un ton froid et détaché, digne des récits d’espionnage (l’héroïne, Juliette, en est d’ailleurs une, d’espionne, ceci explique cela).

Sauf que derrière son intrigue là encore pas vraiment renversante (notre espionne métissée est chargée par les services secrets d’éliminer une figure du militantisme anti-aéroport et qui se trouve être son propre oncle), on trouve un message politique asséné sans grande finesse. Qui plus est, cette nouvelle entre clairement dans la catégorie des textes trop courts pour leur propre bien. Une nouvelle repose bien souvent sur une idée forte, un concept suffisamment captivant pour tenir le récit à lui seul. Mais le concept qui donne son sel à “La nature de l’exécuteur” (le mélange de deux mondes) et qui lui permet de ne pas être un simple texte militant comme un autre, n’est pas exploré ici, et le lecteur ressort du texte avec trop de questions sans réponse.

Car après les évènements décrits, qui semblent n’être qu’un élément d’un canevas plus vaste, what’s next ? Le monde des feys va réagir comment ? Idem pour les services secrets ? Pourquoi Juliette, qui n’est pas une tueuse professionnelle, a-t-elle vraiment été choisie pour cette mission, au-delà de ce qu’on pourrait comme un test ? Quel est le plan des services secrets la concernant ? Oui, ce texte mériterait d’être développé, pour densifier un univers qui a du potentiel et surtout pour lui donner du corps, alors qu’ici il en manque cruellement.

Soyons clair, ça se lit bien, c’est bien écrit, ça fonctionne (malgré une ou deux facilités scénaristiques), mais il lui manque un truc pour ne pas être rapidement oublié. Dommage.

 

Critique écrite dans le cadre des challenges “Le Projet Maki” de Yogo.

 

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Thin air, de Richard Morgan https://www.lorhkan.com/2020/04/29/thin-air-de-richard-morgan/ https://www.lorhkan.com/2020/04/29/thin-air-de-richard-morgan/#comments Wed, 29 Apr 2020 05:30:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12293 Richard Morgan est surtout connu pour ses romans de SF, notamment la trilogie “Carbone modifié” qui a eu les honneurs d’une adaptation Netflix. Il avait pourtant un peu abandonné la SF ces dernières années au profit d’une trilogie de fantasy dont j’ai lu le premier tome (“Rien que l’acier”), sans...

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Richard Morgan est surtout connu pour ses romans de SF, notamment la trilogie “Carbone modifié” qui a eu les honneurs d’une adaptation Netflix. Il avait pourtant un peu abandonné la SF ces dernières années au profit d’une trilogie de fantasy dont j’ai lu le premier tome (“Rien que l’acier”), sans toutefois aller au-delà, ne l’ayant pas trouvé suffisamment convaincant. Mais le revoilà aux affaires, dans cette SF-thriller hard-boiled lorgnant sur le cyberpunk qui l’a fait connaître. Un retour gagnant ?

 

Quatrième de couverture :

Hakan Veil est un ex-agent de sécurité haut de gamme, dont le corps équipé de technologies militaires fait de lui une véritable machine à tuer. Ses anciens employeurs l’ont abandonné sur une planète Mars troublée, où les institutions terriennes se battent pour l’argent et le pouvoir sur fond de luttes d’indépendance. Mais Veil rêve de retourner sur Terre – ce que lui offrent les autorités terriennes, s’il accepte d’assurer la protection de l’une de leurs employées. Une mission facile pour un expert comme lui… jusqu’à ce que tout bascule.

Lorsque sa cliente se met à enquêter sur la mystérieuse disparition d’un gagnant de la loterie, elle dévoile un nid d’intrigues et de meurtres. Veil reprend ces investigations à son compte, déterrant de terribles secrets enfouis sous la surface martienne. La machine à tuer devient alors la cible de puissants ennemis prêts à tout pour l’éliminer…

 

Embrouille politico-socio-économique sur Mars

“Thin air”, dont le titre fait ouvertement référence à l’atmosphère très ténue de la planète rouge, se déroule donc sur Mars, environ trois siècles après le début de la colonisation. Mars qui n’est, une nouvelle fois, qu’une reproduction de tous les travers des sociétés basées sur la recherche du profit à tout prix : énormes écarts financiers entre les plus riches et les plus pauvres, corruption à presque tous les étages, esclavage moderne, billet de retour vers la Terre hors de prix, paix sociale plus que branlante mais qui tient plus ou moins malgré tout, crime organisé, mainmise économique (de manière plus ou moins discrète) de la nation-berceau (la Terre en l’occurrence) sur la société martienne, etc… Rien de très nouveau sous le faible soleil reçu sur Mars.

C’est dans ce contexte que nous faisons la connaissance de Hakan Veil, ancien agent de sécurité “amélioré” (biologiquement et cybernétiquement avec notamment une IA d’assistance nommée Osiris), licencié par son employeur à l’issue d’une intervention qui a mal tourné, et envoyé sur Mars sans grand espoir de pouvoir rejoindre la Terre un jour. Il vivote de petits boulots, en chasseur de primes, retrouvant des “qualpros” (professionnels qualifiés, les travailleurs envoyés sur Mars par leur employeur terrien pour quelques années, motivés par un gros salaire mais qui finissent par craquer sous la pression engendrée par cette planète à la terraformation inachevée, à la fois si proche et si éloignée de la Terre), ce qui lui permet de payer son loyer. Un loyer qu’il doit prévoir à l’avance puisque sa constitution, modifiée depuis son plus jeune âge, l’oblige à entrer en “hibernation” quatre mois par an, pour régénérer son métabolisme. Il a réussi, pour gérer cet inconvénient, à se procurer un petit module d’habitation armé jusqu’aux dents.

Et un beau jour (ça dépend pour qui…), la Terre, via la LINCOLN (l’Initiative Coloniale, vaste entité à mi chemin entre une administration et une entreprise aux dents longues, et par qui passe tout ce qui concerne la colonisation spatiale, notamment son aspect financier), décide de venir mettre son nez dans les affaires martiennes avec un audit de grande envergure, histoire de faire un peu le ménage dans la classe politico-économique martienne quelque peu corrompue. Et Hakan Veil, tout juste “réveillé”, va se retrouver chargé de protéger l’un de ces auditeurs, en l’occurrence une femme, Madison Madekwe, dont le rôle est d’enquêter sur la disparition d’un homme qui a eu la chance d’obtenir un ticket de retour sur Terre via une grande loterie (les jeux, l’opium du peuple ? Ou en tout cas un maigre espoir qui fait vivre…).

Vous connaissez la suite : rien n’est simple, les apparences sont trompeuses, personne n’est ce qu’il semble être, les différentes factions martiennes ont toutes un agenda qui entre en conflit avec celui des autres, le truc derrière tout ça est bien plus énorme que ce que le début laisse présager, etc… Veil va devoir se débrouiller avec ce panier de crabes complexe (je ne vous ai pas parlé des Rocheux, désirant l’indépendance martienne, des Sacranistes, incarnant le socialisme martien, des triades chinoises qui ont elles aussi colonisé Mars de leur côté, ou bien des différents groupes intervenant dans l’intrigue, la police bien sûr, les Marshals aussi, ainsi qu’un paquet de personnalités telles le gouverneur de Mars, le préfet, etc…) mais remarquablement décrit par Richard Morgan qui a su garder une belle clarté dans une intrigue qui a pourtant largement le potentiel pour paumer son lecteur. Chose qui n’arrive jamais, et cela relève vraiment de la gageure vu le nombre de personnages et leurs buts qui ne cessent de se télescoper.

Bien sûr, en bon thriller-SF hard-boiled qui se respecte (Hakan Veil en parfait anti-héros, taciturne et n’hésitant pas à recourir à la violence, société sombre gangrenée par la corruption, scènes d’action bien musclées, scènes de sexe bien explicites, etc…), l’intrigue, digne héritière de celle des romans noirs, n’hésite pas à jouer sur les rebondissements et les faux-semblants mais toujours de manière limpide, sans jamais perdre le fil.

Et puis il y a ce concept de “Haute Frontière”. A travers elle, “Thin air” tient également du western futuriste avec ces Uplands, lieux éloignés de la capitale “civilisée” Bradbury (façon de parler, vous l’aurez compris), soit parce que l’orientation de la colonisation a changé en cours de route, soit parce qu’il s’ y trouve une forme de richesse possible (mais jamais pour ceux qui s’y tuent à la tâche bien sûr…). Des Uplands qui ont tout de la petite ville du Far West, celle qui voit le shérif local galérer avec les bandits venus faire leur loi. On y voit entre autre ce qui tient lieu de saloon, dans lequel le justicier solitaire peut mener son enquête en rencontrant la faune locale.

Alors disons-le très clairement, “Thin air” n’invente pas grand chose, il ne fait que marcher sur les traces de ses prédécesseurs, réutilisant une recette certes un peu éculée mais qui, menée de main de maître par un Richard Morgan en très grande forme, fait toujours mouche. Haletant, punchy, badass même, mais sans jamais oublier d’être malin, avec un worldbuilding aux petits oignons et un sous-texte politique loin d’être simpliste, le tout plongé dans une intrigue tortueuse à souhait et vraiment captivante, “Thin air” est une grande réussite. J’ai quand même un regret qui m’a poursuivi tout le long du roman, le choix de traduire le mot “headgear” (sorte de lunettes améliorées, permettant entre autre d’analyser le comportement de ses interlocuteurs, en plus d’être dotées d’autres fonctions diverses, sortes de Google Glass ++) par “lorgnon”… Le côté SF du roman en prend un sale coup… Au-delà de ça, même si “Thin air” ne sera sans doute pas à même de contenter tout le monde puisque mené à la première personne avec un protagoniste très… masculin dirons-nous (mais la plupart des femmes du roman n’ont rien à lui envier côté cojones), le récit saura pourtant sans aucun doute marquer le lecteur qui se laissera happer par son univers. Des thrillers SF-cyberpunk de cette trempe, on n’en rencontre pas tous les jours et celui-là, croyez-moi, il décoiffe et vaut son pesant de régolite martien !

 

Lire aussi les avis de Gromovar, Yogo, CultureVsNews, Artemus Dada (épisode 1, épisode 2…), Julien Fleury, Lauryn, Grigri_lit.

Critique écrite dans le cadre du challenge “Défi Cortex” de Lune (catégorie “Dans le système solaire mais pas sur Terre”).

 

Cet article Thin air, de Richard Morgan est apparu en premier sur Lorhkan et les mauvais genres.

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Les Tiges, de Thomas Geha https://www.lorhkan.com/2020/04/26/les-tiges-de-thomas-geha/ https://www.lorhkan.com/2020/04/26/les-tiges-de-thomas-geha/#comments Sun, 26 Apr 2020 06:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12297 Les textes offerts gracieusement par les éditeurs ou les auteurs eux-même pleuvent en ce moment, et la chronique de Célindanaé m’a rappelé que Thomas Geha, un auteur très discret qui n’a pas, à mon humble avis, la place qu’il mérite au sein des auteurs de SFFF francophones, y est aussi...

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Les textes offerts gracieusement par les éditeurs ou les auteurs eux-même pleuvent en ce moment, et la chronique de Célindanaé m’a rappelé que Thomas Geha, un auteur très discret qui n’a pas, à mon humble avis, la place qu’il mérite au sein des auteurs de SFFF francophones, y est aussi allé de son petit cadeau, à savoir la nouvelle “Les Tiges”, téléchargeable sur son site et faisant partie du cycle des “Planètes Pirates” dont j’ai lu les très bons (et ma foi très différents) “La guerre des chiffonneurs” et “Sous l’ombre des étoiles”.

 

Quatrième de couverture :

Y en n’a pas !

 

Symbiose et mimétisme

Le cycle “Planètes Pirates” de Thomas Geha est-il toujours vivant ? Voilà une question que l’on peut se poser puisque le dernier texte paru, le très bon (et très vancien) “Sous l’ombre des étoiles” date de 2013… Quoiqu’il en soit, la nouvelle “Les Tiges” (initialement parue au sein de l’anthologie “Destination Univers” chez Griffe d’Encre et qui a obtenu le Prix Rosny aîné l’année suivante) en fait partie et permet de mieux connaitre ces fameuses Tiges que l’on a pu croiser subrepticement dans “La guerre des chiffonneurs” (mais mes souvenirs au sujet de ce roman restent très vagues, au-delà d’un sentiment de récit pulp très réussi). Rappelons tout de même que tous ces textes peuvent se lire de manière indépendante, donc n’hésitez pas chers lecteurs ! Les Tiges donc, une forme de vie semblant relever du monde végétal et utilisant l’espèce humaine dans une sorte de symbiose pas tout à fait parasitaire, en guerre contre les mystérieux Ailaidarlis (que personne n’a jamais vus) qui utilisent eux aussi l’espèce humaine mais de manière plus… intrusive.

Les informations sont données au lecteur au fil d’un déroulé pas complètement chronologique, donnant une narration efficace et assez captivante. Les formes de vie évoquées dans ce texte sont plutôt originales, et sont en tout cas loin d’être les plus courantes au sein de la SF. Ça c’est pour le petit vent de fraîcheur apporté par une nouvelle au récit dynamique qui laisse une jolie place à l’action, en mettant en scène quelques personnages humains, dans une station spatiale mi-humaine mi-Tige, confrontés à l’arrivée d’une flotte Ailaidarlis. C’est rythmé, c’est efficace, ça accroche bien.

Et puis il y a le côté biologique, et les théories sous-jacentes. Je ne suis pas biologiste donc je m’abstiendrais d’analyser ce que je ne maîtrise pas (après tout je ne suis pas Donald Trump😀 ), mais j’ai beaucoup aimé la relation entre symbiose et mimétisme, avec en toile de fond la théorie de la reine rouge et la nécessaire évolution (voire co-évolution) pour réussir à survivre, et la relation tri-partite (espèce modèle/espèce imitatrice/espèce dupée) qu’implique le mimétisme. La guerre nécessaire à la survie, non pas dans un but de conquête mais d’adaptation à un environnement changeant, allant même jusqu’à une volonté de faire évoluer cet environnement pour convenir à l’espèce, avec en toile de fond le devenir d’une espèce humaine plus tout à fait maîtresse de son destin. Fascinant, tout à fait réaliste, et amené par Thomas Geha à un niveau civilisationnel intelligent dans un univers SF. Moi je dis : mes respects Monsieur Geha. Et du coup, avec un tel “substrat” (histoire de filer la métaphore botanique), ce serait dommage de laisser tomber le cycle “Planètes Pirates”, hein ?

 

Critique écrite dans le cadre des challenges “Le Projet Maki” de Yogo et le “Défi Cortex” de Lune (catégorie “Bretagne”).

 

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Void star, de Zachary Mason https://www.lorhkan.com/2020/04/22/void-star-de-zachary-mason/ https://www.lorhkan.com/2020/04/22/void-star-de-zachary-mason/#comments Wed, 22 Apr 2020 05:30:00 +0000 http://www.lorhkan.com/?p=11244 Le cyberpunk, ça vous dit quelque chose ? Genre emblématique des années 80, porté par le célèbre “Neuromancien” de William Gibson et tous les auteurs qui l’ont suivi (Bruce Sterling, Walter Jon Williams, George Alec Effinger…), certains le disent mort et enterré depuis belle lurette, trop lié qu’il était à...

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Le cyberpunk, ça vous dit quelque chose ? Genre emblématique des années 80, porté par le célèbre “Neuromancien” de William Gibson et tous les auteurs qui l’ont suivi (Bruce Sterling, Walter Jon Williams, George Alec Effinger…), certains le disent mort et enterré depuis belle lurette, trop lié qu’il était à une époque très spécifique. Il a pourtant essaimé dans de nombreux romans qui, même s’ils ne s’en réclament pas totalement, lui doivent énormément (cités sur ce blog : “Dans la dèche au Royaume Enchanté” de Cory Doctorow“Le fleuve des dieux” de Ian McDonald, “Des larmes sous la pluie” et “Le poids du coeur” de Rosa Montero, “Ch3val de Troi3” de Eric Nieudan, “Station : la chute” de Al Robertson, “La cité de l’orque” de Sam J. Miller ou “Rosewater” de Tade Thompson, et tant d’autres…). Zachary Mason replace le cyberpunk dans un monde moderne, avec les problématiques de notre temps, et avec “Void star” fait carrément oeuvre d’hommage envers le maître Gibson.

 

Quatrième de couverture :

Dans un futur proche, en Californie… Tandis que les réfugiés climatiques s’entassent dans les favelas surveillées par des drones armés, les cliniques privées proposent aux plus riches des vies à rallonge. Un luxe qu’Irina peut s’offrir depuis qu’elle joue les intermédiaires entre ses clients fortunés et des intelligences artificielles devenues incontrôlables. Kern, lui, a fait de la rue son terrain de chasse préféré. Petit voleur passionné d’arts martiaux, il s’est spécialisé dans le recouvrement musclé. Quant à Thales, blessé dans l’attentat qui a coûté la vie à son père, il a fui son Brésil natal, mais sait que ses jours sont comptés car son implant cérébral se détériore inexorablement. Trois destins appelés à se croiser quand Irina surprend dans un reflet d’écran ce qu’elle n’aurait jamais dû voir, quand Kern se trompe de cible, quand une mystérieuse voix exige de Thales qu’il livre ses souvenirs. Trois personnages poursuivis par des forces insoupçonnées, et désormais en danger de mort……

 

Le cyberpunk bouge toujours, et pas qu’un peu !

Dans un monde futuriste mais non daté, les ravages climatiques que nous pressentons ont eu lieu : les eaux sont montées, de nombreuses zones côtières, voire des villes entières, ont été submergées, causant des flots massifs massifs de réfugiées climatiques fuyant les zones sinistrées. Tout ceci s’accompagne du chute plus ou moins prononcée des pouvoirs politiques et étatiques (au profit d’immenses multinationales tentaculaires), amenant les populations de nouveaux arrivants à se mêler à la population de ceux déjà sur place mais exclus car trop pauvres pour se faire une place parmi les bien-portants, tout le monde s’entassant dans des favelas délabrées.

Et puis, bien au-dessus de tout cet amas d’humains, il y a les IA. Des Intelligences Artificielles mystérieuses, capables de s’auto-répliquer et d’évoluer, qui continuent de faire ce pour quoi elles ont été conçues au départ mais que plus personne, à part quelques rares spécialistes, ne parvient à comprendre.

C’est dans ce paysage pas très optimiste que naviguent les trois personnages principaux du récit. Irina tout d’abord, l’une des rares personnes aptes à communiquer avec les IA (grâce à un implant cérébral), et qui fait payer très cher ce talent. Elle arrive d’ailleurs au début du roman à San Francisco pour honorer un contrat avec un milliardaire, ce qui lui permettra de continuer à se payer son traitement anti-vieillissement pour lequel il ne faut surtout pas rater une échéance sans quoi il devient inefficace.

Ensuite il y a Kern, jeune réfugié dans une favela de Los Angeles, passionné d’arts martiaux et qui vit de petits deals sans grande importance. Jusqu’au jour où le vol d’un simple téléphone portable va l’amener à mettre le doigt dans un engrenage qui le dépasse totalement.

Enfin, Thales, fils du Premier Ministre brésilien, qui a échappé de peu à l’attentat qui a tué son père et qui a fui à Los Angeles pour se remettre de cet évènement dramatique qui l’a obligé à se faire poser un implant pour remplacer une partie de son cerveau endommagé.

Trois personnages pour trois trajectoires individuelles qui vont inévitablement finir par se croiser, voire se percuter, dans ce monde ou dans un autre, cyberpunk oblige.

“Void star” est un roman assez excitant, reprenant toutes les habituelles thématiques du genre cyberpunk tout en les actualisant pour les faire correspondre au monde que nous connaissons aujourd’hui.

Fait de chapitres courts, jouant sur une alternance presque frénétique entre les différents personnages, le roman part sur des bases assez classiques avant de flouter les lignes en basculant à mi-récit sur quelque chose de différent, typiquement cyberpunk là encore, et qui hérite d’une part de mystère dû à ces Intelligences Artificielles incompréhensibles pour le commun des mortels. D’ailleurs, le fin mot de l’histoire n’a rien d’évident, et bien malin celui qui pourra prétendre avoir vu clair dans leur jeu…

Mêlant habilement transhumanisme et cyberpunk dans un récit ou différents niveaux de réalité se mélangent, jouant avec les perspectives apportées par les évolutions technologiques (qu’elles soient numériques ou non), Zachary Mason est parvenu à faire oeuvre d’hommage, à William Gibson avant tout bien sûr, tout en écrivant une oeuvre très personnelle, moderne et qui fait écho à notre société et nos préoccupations d’aujourd’hui.

Rythmé, dynamique, un brin exigeant mais résolument captivant, abordant les notions de mémoire et d’immortalité, deux concepts qui se font écho mais de manière bien différente en fonction des personnages, “Void star” est tout cela à la fois et récompensera le lecteur qui saura s’accrocher (un peu) avant d’accrocher (beaucoup) à ce futur imaginé par Zachary Mason. En espérant tout de même que notre vrai futur ne soit pas tout à fait comme celui-ci…

Lire aussi les avis de Gromovar, Alias, Yogo, Xapur, Nicolas, Victor Montag, Jean-Louis Dragon, Hilaire Alrune, Callysse.

 

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La voie de la liberté, de Tang Fei https://www.lorhkan.com/2020/04/19/la-voie-de-la-liberte-de-tang-fei/ https://www.lorhkan.com/2020/04/19/la-voie-de-la-liberte-de-tang-fei/#comments Sun, 19 Apr 2020 06:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12278 Confinement encore et toujours, et cette fois ce sont les éditions Jentayu (qui publient la revue du même nom et des livres mettant en avant des écrivains asiatiques peu connus en France) qui nous offrent une nouvelle gratuite issue du dernier numéro (le 10) de la revue dont le thème...

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Confinement encore et toujours, et cette fois ce sont les éditions Jentayu (qui publient la revue du même nom et des livres mettant en avant des écrivains asiatiques peu connus en France) qui nous offrent une nouvelle gratuite issue du dernier numéro (le 10) de la revue dont le thème était “l’avenir”. Il n’en fallait pas plus pour avoir un peu de SF asiatique, avec donc au programme “La voie de la liberté” de la jeune autrice chinoise Tang Fei.

 

Quatrième de couverture :

Y en n’a pas !

 

Le confinement poussé à l’extrême

Voilà un texte dont la période actuelle de confinement fait un étrange écho… Je ne saurais dire s’il est visionnaire (l’avenir nous le dira, nous n’en sommes pas encore sortis…), mais les éditions Jentayu ne pouvaient pas manquer de faire le parallèle avec l’actualité en le rendant disponible gratuitement en ce moment.

Car “La voie de la liberté” parle de confinement. Une femme, une des premières malades d’un genre nouveau, sent le vent tourner et décide donc de rester cloîtrer chez elle, avec ses deux enfants. Une décision étonnante alors que le monde n’a pas encore conscience de ce qui va arriver. Et finalement, la catastrophe sanitaire arrive (il s’agit ici d’une pollution de l’air particulièrement néfaste), et la société finit par s’écrouler. Du moins c’est ce qu’il semble du point de cette famille confinée, alors que la femme et ses enfants (et plus tard ses petits-enfants, l’un d’entre eux (fille ou garcon, le mystère demeure) étant le narrateur du texte) n’ont absolument aucun contact avec l’extérieur.

Isolement total, sur un temps long (plusieurs années), “La voie de la liberté” nous montre que le retranchement prolongé, s’il est au départ salvateur, conduit finalement à un repli sur soi duquel il est impossible de sortir. Tang Fei, jouant plus sur la parabole que sur le réalisme (notamment scientifique, mais aussi sur le plan un peu bancal de la cohérence narrative), utilise pour cela un thème éculé de la littérature fantastique, proche de la manière de faire d’un Richard Matheson (pris à l’envers, mais je ne détaille pas… 😉 ). C’est un brin déstabilisant, surprenant, mais le discours est limpide.

On pense donc inévitablement à la situation que nous vivons en ce moment, mais en se détachant de la période actuelle, le texte peut avoir (surtout qu’il vient d’une autrice chinoise) une portée beaucoup plus sociétale, voire économique et donc aussi politique. Pas mal pour un texte d’une vingtaine de pages, joliment traduit par Coraline Jortay.

 

Critique écrite dans le cadre des challenges “Le Projet Maki” de Yogo et le “Défi Cortex” de Lune (catégorie “Asie”).

 

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Pirates, de Michael Crichton https://www.lorhkan.com/2020/04/13/pirates-de-michael-crichton/ https://www.lorhkan.com/2020/04/13/pirates-de-michael-crichton/#comments Mon, 13 Apr 2020 05:30:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12268 Une fois n’est pas coutume, pas de fantasy ni de fantastique ni de SF au programme du jour, mais plutôt un pur roman de divertissement sur le thème des pirates, signé par l’un des géants (au moins en termes de vente) de la littérature moderne, décédé en 2008, Michael Crichton....

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Une fois n’est pas coutume, pas de fantasy ni de fantastique ni de SF au programme du jour, mais plutôt un pur roman de divertissement sur le thème des pirates, signé par l’un des géants (au moins en termes de vente) de la littérature moderne, décédé en 2008, Michael Crichton. Alors hissez la grand-voile, embarquez à bord du Cassandra, et en route vers la citadelle de Matanceros en compagnie d’une bande de pirates de choc !

 

Quatrième de couverture :

1665. La Jamaïque est une petite colonie britannique perdue au milieu des possessions de l’Empire espagnol. Port Royal, capitale de l’île, n’est pas un endroit où s’établir si l’on veut vivre centenaire : c’est un véritable coupe-gorge où se bousculent aventuriers, loups de mer, filles de mauvaise vie et autres repris de justice. Du point de vue du capitaine Edward Hunter, cependant, la vie sur l’île est riche de promesses. Il faut juste s’y entendre un peu en matière de piraterie…
La rumeur circule justement qu’un navire chargé d’or est à quai dans le port voisin de Matanceros. Gouvernée par le sanguinaire Cazalla, l’un des chefs militaires favoris du roi d’Espagne, l’île est réputée imprenable. Qu’à cela ne tienne ! Hunter met rapidement sur pied une équipe pour s’emparer du galion. Une femme pirate, fine gâchette dotée de la meilleure vue des Caraïbes, un ancien esclave, muet doué d’une force herculéenne, un vieillard paranoïaque expert en explosifs, et le plus remarquable barreur du Nouveau Monde seront ses compagnons de voyage…

 

Taillé pour devenir un blockbuster hollywoodien

Michael Crichton a vendu un gros paquet de romans (plus de 200 millions nous dit Wikipedia, une paille quoi !), et pourtant je n’en ai lu qu’un seul, le fameux “Jurassic park” (dans mes souvenirs plus développé que le film et que j’avais beaucoup aimé, mais j’étais ado à l’époque…). Mais Michael Crichton était aussi en contact étroit avec le cinéma d’Hollywood, en témoignent ses nombreux récits qui ont été adaptés en longs métrages (“Jurassic park” et “Le monde perdu” bien sûr puis toute la ribambelle de films basés sur ce qui est devenu une franchise, mais aussi “Sphere”, “Le 13ème guerrier”, “Harcèlement”…). Et voilà que l’envie de lire un roman de pirates me fait croiser la route de ce récit publié à titre posthume (décédé en 2008, Michael Crichton travaillait toujours sur ce roman qui finit par paraître en 2009). Avec ce qui est dit plus haut, mon ressenti ne sera pas une véritable surprise…

Car comme l’indique le titre de cette chronique, “Pirates” est en effet un festival d’action, d’actes héroïques et abracadabrantesques, de batailles navales et de trahisons, le tout avec une galerie de personnages très typés. Autant d’aspects dont se nourrit le cinéma hollywoodien et “Pirates” a en effet tout ce qu’il faut pour être adapté en un bon gros blockbuster (Steven Spielberg s’est d’ailleurs déclaré intéressé) qui tiendrait la dragée haute à un “Pirates des Caraïbes”, la loufoquerie en moins.

Revenons un moment sur l’intrigue. Tout commence avec le gouverneur de Port Royal, Sir James Almont, nommé par le roi d’Angleterre, qui découvre au cours d’une coucherie avec une de ses employées de maison qu’un galion espagnol semble avoir jeté l’ancre non loin d’ici, dans une baie au large de l’île de Matanceros, une zone extrêmement bien protégée par une forteresse espagnole réputée imprenable. S’il est à l’arrêt à cet endroit, c’est qu’il est en difficulté, les galions espagnols ayant l’habitude, pour éviter les attaques de pirates, de naviguer en groupe. Dès lors, si celui-ci n’a pas levé l’ancre  après avoir réparé, c’est forcément que ses cales sont trop bien remplies pour prendre le risque de repartir seul. Donc soit il attend la prochaine vague de galions, soit il attend carrément une escorte militaire rien que pour lui. Quoiqu’il en soit, la cupidité de Almont l’amène à converser avec Edward Hunter, corsaire au service de sa Majesté (et pirate à ses heures perdues) pour tenter de s’emparer de ce galion, même si cela semble mission impossible à cause de la redoutable forteresse qui le protège. Il faut faire vite, et Hunter va donc devoir recruter une équipe de choc…

Et donc, c’est bien joli mais cela fait-il de “Pirates” un bon roman ? Hé bien pas vraiment… Ho l’honnêteté me force à dire que le récit est très bien mené, l’exposition du roman est efficace (quoiqu’un poil longuette peut-être compte tenu de la taille restreinte du roman, 300 pages), les péripéties se succèdent à un rythme élevé amenant le lecteur dans un grand huit duquel il est difficile de décrocher. Mais ça finit par aller tellement vite qu’on ne se soucie plus vraiment des personnages, persuadé que Hunter finira forcément par triompher. A un point tel que cette succession de scènes parfois “over the top” (mais vraiment hein, on parle d’une soixantaine de prisonniers qui s’échappent au nez et à la barbe de tout l’équipage, bien plus nombreux et armé, d’un vaisseau de guerre grâce au talent d’un seul homme par exemple) laisse à penser qu’en effet Crichton, plutôt habitué des pavés volumineux, n’avait pas fini de faire gonfler son texte, ce qui lui aurait permis d’espacer un peu ses scènes d’action pour permettre au lecteur de souffler un peu.

Parce que là, en l’état, la densité du roman est telle qu’on a l’impression que l’écrivain américain a voulu cocher toutes les cases du bingo des pirates en un minimum de pages… Bataille(s) navale(s) : check, trahison : check, trésor caché : check, attaque d’une place forte : check, échouage sur une île : check, méchants indiens cannibales : check, tempête dévastatrice : check, et j’en passe. Tout y est. Avec en prime la scène de recrutement de l’équipage (très hétéroclite, chaque membre ayant ses points forts, du maître timonier qui fait aussi office de médecin au petit génie des explosifs, en passant par le colosse noir et ancien esclave mais aussi par la femme-vigie à la vue perçante que la fainéantise de Crichton a doté d’une histoire personnelle plus qu’inspirée de celle de Mary Read, etc…) dont la plupart des membres importants auront leur heure de gloire, à la manière d’un film de casse. L’auteur pousse même le vice jusqu’à l’apparition d’un kraken surgi de nulle part (et n’amenant strictement rien au récit…), comme s’il avait voulu refaire un “Pirates des Caraïbes” à sa sauce. Stop, n’en jetez plus. Certes, il est difficile de concevoir un roman de piraterie sans une bataille navale, mais voir tous ces poncifs, ces passages (un peu trop) obligés, être alignés sans guère de surprise, même si ça se lit bien, au bout d’un moment ça fait vraiment beaucoup…

Et donc, au terme du roman qui se voudrait être haletant de bout en bout mais qui ne l’est que par intermittence et qui finit par devenir fatigant à trop vouloir en faire, on en arrive à se dire que même si c’est incontestablement bien mené (la preuve, je l’ai lu en deux ou trois jours tant les pages se tournent toutes seules) et même par moment franchement agréables (les batailles navales encore une fois), ça fait un peu le même effet qu’un Big Mac : sur le coup ça cale bien, ça se mange vite, et puis on finit par se dire que ça manque franchement de finesse. Mais un Big Mac de temps en temps, ça fait aussi du bien par où ça passe, si oublie la culpabilité qui vient après. 😀

 

Lire aussi les avis de Koyolite Tseila, Olga, Folfaerie, Skritt.

 

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La Suriedad, de Estelle Faye https://www.lorhkan.com/2020/04/11/la-suriedad-de-estelle-faye/ https://www.lorhkan.com/2020/04/11/la-suriedad-de-estelle-faye/#comments Sat, 11 Apr 2020 06:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12262 Je commence à avoir lu quelques nouvelles de Estelle Faye, dispersées ici ou là puisqu’elle n’a pour l’instant pas eu les honneurs d’un recueil qui lui serait dédié. En attendant, voici un autre texte, “La Suriedad”, daté de 2008, et exclusivement disponible en numérique.   Quatrième de couverture : Il...

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Je commence à avoir lu quelques nouvelles de Estelle Faye, dispersées ici ou là puisqu’elle n’a pour l’instant pas eu les honneurs d’un recueil qui lui serait dédié. En attendant, voici un autre texte, “La Suriedad”, daté de 2008, et exclusivement disponible en numérique.

 

Quatrième de couverture :

Il est toujours dangereux de rencontrer les dragons…

« J’écris pour ne pas oublier. J’ai déjà perdu la mémoire, une fois, et maintenant je vis dans la crainte que cela se produise à nouveau. Je ne peux pas me le permettre. Je ne peux plus.J’écris dans un petit port de l’archipel des Galantes, il fait une chaleur étouffante. Ici, aujourd’hui, c’est la fête des morts, et c’est peut-être ce qui m’a décidé à coucher sur le papier cette histoire. »

La première nouvelle d’Estelle Faye, parue en 2008, en version numérique exclusive.

 

Corsaires et dragon

Comme on peut le voir juste au-dessus, l’éditeur de ce texte, Les Moutons Électriques, indique que ce texte est la première nouvelle de Estelle Faye, parue en 2008. Il se trouve qu’en cherchant un peu, il s’agit plutôt du deuxième texte paru de l’autrice, le premier étant “Menthe sauvage” paru dans l’anthologie “Dieu reconnaîtra les siens…” en 2006. Quant à la nouvelle ici présente, “La Suriedad”, elle est apparu pour la première fois dans l’anthologie “Dragons” chez Calmann-Lévy, non pas en 2008 mais en 2009… Hum. A ces quelques approximations près, disons que Les Moutons Électriques veulent nous indiquer qu’il s’agit là d’un texte d’une Estelle Faye “débutante”. 😉

“La Suriedad” commence avec à homme arrivé à un tournant de sa vie et qui éprouve le besoin de coucher sur le papier tout ce qu’il a vécu. Du moins tout ce dont il se souvient puisque sa mémoire remonte au moment où il a été repêché par un navire faisant la chasse aux corsaires. Avant, rien, le néant. “La Suriedad” est donc le récit des deux dernières années de sa vie, depuis cet évènement jusqu’à l’écriture de ses mémoires.

On avait déjà remarqué l’amour qu’Estelle Faye voue à l’océan et qui transparaît dans plusieurs de ses écrits (“Hoorn” et “Les nuages de Magellan” pour ne citer que ceux que j’ai lus). “La Suriedad” en est un autre exemple. On est en effet devant un pur récit maritime de fantasy, se déroulant dans un monde très proche du nôtre, les noms des lieux, peuples ou même certains noms propres étant directement inspirés de ce que nous connaissons sans correspondre tout à fait (océan du Ponant, archipel des Galantes, les Phaenicians, les Fjordmen, les Néderlands, Mitgard…).

On pourrait dès lors imaginer un récit haletant fait de batailles navales, de trésor, de mutinerie, de beuveries dans les ports, etc… Et pour être honnête il y a un peu de ça, mais sur un ton très éloigné du récit maritime classique basé sur l’aventure au grand air avant tout. Ici, le ton se fait beaucoup plus mélancolique, du fait des questionnements amenés par le personnage principal et des évènements dont il est témoin. Cela amène un vrai plus pour l’atmosphère du récit, relativement calme et introspectif, sans pour autant négliger l’intrigue et l’aventure en elle-même.

“La Suriedad” est donc un texte sympathique qui permet de passer un bon moment, notamment aux amateurs de récits de pirates/corsaires, le tout dans un monde fantasy où la mythologie n’est jamais bien loin (n’oublions que le texte est a au départ été publié dans une anthologie intitulée “Dragons”…). Entre mythe fondateur et fardeau mythologique, le récit (disponible sur le site de l’éditeur pour 1,99€), sans dévoiler totalement tous ses mystères, parvient à laisser une belle petite trace dans l’esprit du lecteur. 

 

Critique écrite dans le cadre du challenge “Le Projet Maki” de Yogo.

 

 

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Je suis fille de rage, de Jean-Laurent Del Socorro https://www.lorhkan.com/2020/04/06/je-suis-fille-de-rage-de-jean-laurent-del-socorro/ https://www.lorhkan.com/2020/04/06/je-suis-fille-de-rage-de-jean-laurent-del-socorro/#comments Mon, 06 Apr 2020 05:30:04 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12233 De Jean-Laurent Del Socorro, j’avais déjà lu et grandement apprécié “Royaume de vent et de colères”, roman de fantasy historique sur une période mal connue de l’histoire de France (et de Marseille). L’auteur étant un peu notre Guy Gavriel Kay à nous, il a poursuivi dans cette veine historique avec...

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De Jean-Laurent Del Socorro, j’avais déjà lu et grandement apprécié “Royaume de vent et de colères”, roman de fantasy historique sur une période mal connue de l’histoire de France (et de Marseille). L’auteur étant un peu notre Guy Gavriel Kay à nous, il a poursuivi dans cette veine historique avec “Boudicca” (que je n’ai pas encore lu) puis avec le présent “Je suis fille de rage”, vaste fresque à mi chemin entre roman et documentaire sur la guerre de Sécession.

 

Quatrième de couverture :

1861 : la guerre de Sécession commence. À la Maison Blanche, un huis clos oppose Abraham Lincoln à la Mort elle-même. Le président doit mettre un terme au conflit au plus vite, mais aussi à l’esclavage, car la Faucheuse tient le compte de chaque mort qui tombe. Militaires, affranchis, forceurs de blocus, politiciens, comédiens, poètes… Traversez cette épopée pour la liberté aux côtés de ceux qui la vivent, comme autant de portraits de cette Amérique déchirée par la guerre civile.

Après Royaume de vent et de colères et Boudicca, Jean-Laurent Del Socorro nous propose une nouveau récit historique et fantastique.

 

Poignant panorama de la guerre de Sécession

“Je suis fille de rage” est un roman ambitieux puisqu’il prétend couvrir toute la guerre de Sécession (et même un peu plus, en couvrant les années 1861 à 1865) au sein de ses 500 et quelques pages. Un pari risqué pour Jean-Laurent Del Socorro tant ce conflit, période évidemment charnière de l’histoire des USA (et par voie de conséquence du monde), a eu des répercussions allant bien au-delà de l’état fédéral américain. L’esclavagisme et son abolition sur le sol américain y sont bien sûr au coeur, mais c’est aussi un conflit qui a vu la guerre passer d’un style “napoléonien” vers quelque chose de plus moderne, y compris dans les moyens techniques (premiers bateaux cuirassés, première victime d’un sous-marin, premières mitrailleuses). Un conflit complexe donc (politiquement, économiquement, socialement), long, avec de multiples personnages à l’importance primordiale et nombre de batailles cruciales, qu’il paraît bien difficile d’aborder de manière claire et surtout exhaustive en 500 pages. Et pourtant…

Allez, disons-le, même si Jean-Laurent Del Socorro n’explore pas la guerre de Sécession dans son entièreté, l’essentiel y est. Fait de très nombreux (et très courts) chapitres centrés sur de multiples points de vue (unionistes comme confédérés (même si ces derniers sont moins nombreux), simples soldats aussi bien que généraux, acteurs ou personnalités publiques d’importance, hommes ou femmes, à travers des récits de fictions inspirés de faits réels mais aussi de traductions de lettres réellement écrites, textes “à grande échelle” et d’autres beaucoup plus intimes et personnels), “Je suis fille de rage” force le respect.

Certes, le cahier des charges du roman (explorer le conflit sous de nombreux aspects) rend difficile l’attachement aux nombreux personnages rencontrés. Pourtant, la plume de l’auteur fait parfois merveille et quelques belles envolées (notamment sur la fin, rien de plus normal alors qu’arrive le dénouement personnel pour de nombreux personnages) ne peuvent que toucher le lecteur, notamment par le biais de ces “petites gens” broyés par la guerre et qui donnent l’essentiel de l’émotion du roman alors que les “grands de ce monde” sont au-dessus de la mêlée, parfois (souvent ?) froids et distants, voire cruellement “comptables”. Un lecteur qui ressortira forcément du roman (à moins d’être déjà très au point sur le sujet) plus connaisseur d’une période, il faut bien le dire, assez peu enseignée il me semble en France.

Alors on hurle devant les hésitations du général McClellan (qui aurait pu en finir avec cette guerre plus rapidement), on est pétrifié devant le froid réalisme politique d’un Lincoln qui tarde à faire de l’abolition de l’esclavage le sujet même de la guerre (alors qu’il n’en est au départ qu’un élément parmi d’autres, notamment économiques, ce que Jean-Laurent Del Socorro aborde peut-être un peu trop succinctement au début du récit), on suffoque devant un général Grant qui fait certes basculer le conflit avec ses victoires mais à quel prix, on est étonné de voir la droiture de certains généraux sudistes (Robert E. Lee au premier chef), on souffre avec l’ancienne esclave Minuit qui donne tout (et son espoir avec) pour l’Union, on admire le courage de Caroline, cette “fille de rage” qui quitte sa famille sudiste (dont le père et le frère sont engagés chez les Confédérés) pour rejoindre les rangs de l’Union, etc… De multiples aspects, présentés comme un kaléidoscope de cette guerre terrible qui n’en finit pas, alors que les incapables semblent se succéder parmi les dirigeants militaires. Et puis il y a le seul élément fantastique du récit, les dialogues entre Abraham Lincoln et la Mort (“personnage” qui pourrait tout aussi bien être le fruit de l’imagination de Lincoln, une personnification de sa conscience) qui fait les comptes des victimes de cette guerre à la craie sur les murs du bureau du Président des Etats-Unis d’Amérique.

J’ai longuement hésité avant de me plonger dans cet épais volume, dont les premières pages intriguent et peuvent éventuellement effrayer ceux qui goûteraient peu les récits de guerre (cartes des USA et emplacement des principales batailles, dramatis personae, un petit guide pour comprendre les en-têtes de chapitre qui sont plein d’indication sur les lieux de l’action et l’allégeance des personnages, etc…), alors qu’il n’y a pas de quoi être effrayé. Car “Je suis fille de rage” n’est pas un récit documentaire décrivant par le menu les stratégies et tactiques de chaque camp (chose qui aurait peut-être malgré tout mérité d’être un peu abordé pour mieux saisir l’évolution du conflit au fil des mois). Et que d’une part le roman n’est pas aussi long que ce que sa taille laisse imaginer et que d’autre part la petite gymnastique intellectuelle nécessaire à chaque début de chapitre (identification des lieux et de l’allégeance, chaque personnage-narrateur est introduit par une même phrase à chaque chapitre qui le concerne, tel le Général Grant avec “Le Général qui ne compte pas ses morts” ou pour Sherman “L’Officier qui lutte contre la folie”) est vite acquise. Et les pages (et les années de cette guerre, chacune nommée de façon détournée par une lettre de l’alphabet, jusqu’à ce magistral “Haine comme nation” pour l’année 1865, j’applaudis des deux mains !) se mettent alors à défiler toute seule tant on a du mal à lâcher le roman (que j’ai lu en quatre jours).

Alors que dire de plus ? Pas grand chose à vrai dire, tant “Je suis fille de rage” semble irréprochable sur bien des points. La prose de l’écrivain est très élégante, la documentation qu’il a forcément dû accumuler pour écrire le roman force le respect, et le panorama sans concession qu’il propose (chaque camp en prend pour son grade, et les “héros” paraissent parfois en dessous de tout…) sur la guerre de Sécession est tout simplement remarquable, sans cesse replacé dans le contexte de son époque et abordant de thématiques riches et toujours d’actualité (malheureusement pour certaines…). Par ailleurs, on ne peut qu’admirer l’objet-livre en lui-même, avec grosse reliure type “vieux roman”, tranchefile et signet, c’est superbe. On regrettera juste quelques boulettes durant le récit (confusion entre Fort Donelson et Fort Donaldson, une erreur de date, une erreur d’allégeance, des lettres du Général Lee adressées à son épouse Julia alors que celle-ci s’appelait en réalité Mary (à moins qu’un détail ne m’ait échappé…)…) mais au fond rien de très grave.

Il faut donc saluer la prouesse de Jean-Laurent Del Socorro d’avoir mené à son terme un tel projet, à l’envergure un peu folle, mais qu’il a parfaitement maîtrisé de bout en bout. “Je suis fille de rage” est un roman certes, mais ne serait-il pas également la lecture parfaite pour qui souhaiterait connaître, à hauteur des hommes et des femmes qui l’ont faite ou qui l’ont vécue, l’essentiel du déroulement de la guerre de Sécession ?

 

Lire aussi les avis de Tigger Lilly, Anne-Laure, Elhyandra, Xapur, Célindanaé, Dionysos, Dup, Nanet, Nicolas, Yuyine, Le chroniqueur, Dreambookeuse, Aurore, Redbluemoon, Sometimes a book, Miss Chatterton, Fungilumini, Les lectures d’A, Nathalie Z., Thomas Riquet, Vincent Degrez

 

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Le col et la courtisane, de Emmanuel Chastellière https://www.lorhkan.com/2020/04/03/le-col-et-la-courtisane-de-emmanuel-chastelliere/ https://www.lorhkan.com/2020/04/03/le-col-et-la-courtisane-de-emmanuel-chastelliere/#comments Fri, 03 Apr 2020 06:00:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12250 Le confinement actuel a au moins un avantage : celui de multiplier les initiatives des uns et des autres pour proposer de la lecture gratuite aux personnes obligées de rester chez elles. Emmanuel Chastellière y est allé de sa bonne action en proposant la nouvelle “Le col et la courtisane”...

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Le confinement actuel a au moins un avantage : celui de multiplier les initiatives des uns et des autres pour proposer de la lecture gratuite aux personnes obligées de rester chez elles. Emmanuel Chastellière y est allé de sa bonne action en proposant la nouvelle “Le col et la courtisane” en téléchargement gratuit.

 

Quatrième de couverture :

Y en n’a pas !

 

Vous ne passerez pas !

Au départ écrite à destination d’une anthologie dédiée au mouvement “silkpunk” (une fantasy d’inspiration asiatique pour simplifier à l’extrême), anthologie qui n’a jamais vue le jour puisque les Editions de l’Instant ont mis entre temps la clé sous la porte, “Le col et la courtisane” est une courte nouvelle qu’Emmanuel Chastellière a décidé de mettre à disposition gratuitement, le temps du confinement.

Le récit nous conte l’histoire d’un homme pressé qui, pour aller au plus court, est obligé de passer un col montagneux chargé d’une sombre légende. Avant de le franchir, notre homme va en rencontrer un autre, isolé dans un vieille cahute, qui va lui conter cette légende.

 

 

Silkpunk donc, ce récit en a les atours. Du moins en surface, puisqu’il faut bien avouer que son intrigue pourrait être transposée sans trop de problèmes dans n’importe quel univers de fantasy, en changeant les noms (qui ont une consonance asiatique bien sûr, le côté silkpunk (plutôt silk que punk d’ailleurs) reposant essentiellement sur eux, si ce n’est un grand classique du genre chinois apparaissant en conclusion du texte dont je ne dirai évidemment rien ici). Et même si le procédé “d’asiatisation” du texte paraît un peu mécanique, comme un vernis, il faut bien avouer qu’il fonctionne malgré tout et que l’ambiance orientalisante qui se dégage du texte change avantageusement des trop classiques fantaisies médiévales occidentales.

 

 

Le récit n’a rien de foncièrement original, mais fonctionne bien jusqu’à sa conclusion, qu’on sent quand même venir de loin. “Le col et la courtisane” n’est donc à l’évidence pas un chef d’oeuvre mais fait son office durant la vingtaine de minutes de lecture qu’il offre. Mission évasion réussie donc puisque Emmanuel Chastellière transporte le lecteur dans des montagnes “fantasiatiques” pendant un petit moment, permettant d’oublier le confinement.

 

Critique écrite dans le cadre du challenge “Le Projet Maki” de Yogo.

Illustration en une de Valentina Phillips. Les illustrations suivantes sont, dans l’ordre, les oeuvres de inetgrafx et de MLeth.

 

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Zapping VOD, épisode 52 https://www.lorhkan.com/2020/03/30/zapping-vod-episode-52/ https://www.lorhkan.com/2020/03/30/zapping-vod-episode-52/#comments Mon, 30 Mar 2020 05:30:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12145 Et voilà, les vacances scolaires que Mini-Miss passe dans la famille pendant que les parents travaillent, c’est aussi pour ces derniers un peu les vacances. Trois nouveaux films donc, pour autant de temps de lecture en moins mais surtout pour un peu de détente fort agréable comme on le constate...

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Et voilà, les vacances scolaires que Mini-Miss passe dans la famille pendant que les parents travaillent, c’est aussi pour ces derniers un peu les vacances. Trois nouveaux films donc, pour autant de temps de lecture en moins mais surtout pour un peu de détente fort agréable comme on le constate ci-dessous… 😀

 

Your name, de Makoto Shinkai

Cela faisait bien longtemps que je voulais regarder ce film, et c’est enfin chose faite. Il est parfois dangereux d’être appâté par les commentaires des uns et des autres, avec à la clé un risque de déception non négligeable, surtout quand, comme ici, les avis étaient très majoritairement laudatifs. Aucune déconvenue ici, les film tient toutes ses promesses.

Sur le plan artistique tout d’abord, réussite totale. Pas tant sur les personnages, relativement classiques pour un film d’animation japonais (quoique l’animation soit de très bonne qualité), que sur les décors absolument splendides. Qu’ils soient urbains ou ruraux, c’est magnifique, le soin apporté aux détails est impressionnant, chaque décor relevant presque du tableau de maître. Superbe.

Mais le fond est lui aussi tout à fait réussi. Cette histoire d’amitié/amour entre deux personnages que tout sépare, si elle n’a elle non plus rien de particulièrement original au départ, le devient de par la manière dont elle s’installe, c’est à dire à travers le temps et l’espace avec ces deux personnages qui se réveillent successivement dans le corps de l’autre. C’est plutôt fin, drôle autant qu’émouvant, avec aussi un peu d’action quand il le faut.

Ici ou là, la critique d’une société japonaise un peu sclérosée et victime de son attachement aux vieilles traditions au détriment de l’avenir de sa jeunesse se fait sentir. L’intrigue du film n’est pas sacrifiée sur l’autel de la simplicité et s’il peut être considéré comme un long-métrage sur les amours adolescents mêlés aux affres que cet âge amène souvent avec lui, “Your name” est avant tout un film pour tous, pour qui a envie de rire et de pleurer, car c’est souvent quand les deux sont habilement mêlés que la magie opère. Et c’est bien le cas ici.

 

Europa report, de Sebastián Cordero

Petit film tourné en 18 jours pour moins de 10 millions de dollars, “Europa report” est une vraie réussite. Narrant les évènements vécus par une équipe d’astronautes en route vers Europe, un des gros satellites de Jupiter, pour tenter d’y découvrir une éventuelle vie extraterrestre, le film du réalisateur équatorien Sebastián Cordero, basé essentiellement sur des vidéos délivrées par les différentes caméras du vaisseau, étonne par sa maîtrise.

Scientifiquement tout à fait crédible et réaliste quant à ce qui relève de l’exploration spatiale, le film délaisse les effets tape à l’oeil pour plus de retenue, ce qui sert à 100% son sujet, à savoir une mission spatiale qui ne va pas être une sinécure. Du coup, le suspense fonctionne, et la crédibilité de l’ensemble s’en trouve renforcée.

Sans s’éterniser (le film dure 1h30), “Europa report” joue donc efficacement sur plusieurs tableaux : thriller, found-footage, science-fiction, et ce mix fonctionne très bien. Certes, sur le plan purement narratif, on pourra trouver que les vidéos présentées dans le désordre ne sont là que pour entretenir par moment un faux suspense, notamment avec ces vidéos post-mission qui montrent très bien que le déroulé de la mission est connu des protagonistes mais pas du spectateur, cet aspect “déchronologique” est donc un pur artifice de narration qui n’est à aucun moment justifié. Un petit écueil qui n’entache en rien la qualité de l’ensemble. Une belle réussite donc pour un petit film qui mérite sa bonne réputation. Vivement conseillé !

 

Dernier train pour Busan, de Yeon Sang-Ho

Ceux qui me connaissent savent que je ne suis pas grand amateur de zombies. Mais là encore, “Dernier train pour Busan”, avec ses critiques très positives, m’a intrigué. Le fait qu’il ne soit pas un film américain (avec un balisage narratif mille fois vu) n’y est sans doute pas pour rien…

Et j’ai bien fait de m’y mettre car pour tout dire j’ai vraiment apprécié. On dit souvent que les zombies ne sont qu’un prétexte pour parler de l’humanité et de ses travers, de notre société et de ses maux. C’est ce que fait “Dernier train pour Busan” avec cette épidémie qui est la conséquence d’une spéculation financière qui ne cherche rien d’autre que le profit à tout prix, et avec ses personnages attachants (le père et sa fille, donnant lieu à de touchantes réflexions sur la parentalité et l’entraide entre différentes strates de la population) ou révoltants (le cadre dirigeant, un brin caricatural malgré tout).

On a donc droit à une critique sociale et politique couplée à des enjeux humains qui embarquent le spectateur dans une crispante (Madame était à fond dans le film ! 😀 ) course effrénée vers un point de sauvetage peut-être illusoire. Le tout illustré par une belle réalisation (lisibilité totale de l’action, c’est assez rare pour être souligné) qui se joue des contraintes de mise en scène imposées par le train pour en faire un point fort.

Socialement fort, politiquement engagé à sa manière, avec un suspense savamment dosé (reprenant les passages obligés du genre, mais de belle manière) et une réalisation au poil (malgré quelques artifices un peu “cheap” ici ou là), on aurait tort d’éviter le film sous prétexte qu’il n’est qu’un simple film de zombies. “Dernier train pour Busan” est bien plus que cela, et c’est notamment un très bon film tout court.

 

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Concours Ken Liu / Pocket / Outrefleuve : les résultats ! https://www.lorhkan.com/2020/03/28/concours-ken-liu-pocket-outrefleuve-les-resultats/ https://www.lorhkan.com/2020/03/28/concours-ken-liu-pocket-outrefleuve-les-resultats/#comments Sat, 28 Mar 2020 06:30:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12225 Oyez, oyez, le concours Ken Liu / Pocket / Outrefleuve étant clôt, il est temps de proclamer les résultats ! Avant toute chose, merci aux participants d’avoir, euuuuh… participé ! 😀 Et aux éditeurs Pocket Imaginaire et Outrefleuve d’avoir mis ces livres à disposition pour ce concours. Dans l’idéal, ils...

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Oyez, oyez, le concours Ken Liu / Pocket / Outrefleuve étant clôt, il est temps de proclamer les résultats !

Avant toute chose, merci aux participants d’avoir, euuuuh… participé ! 😀 Et aux éditeurs Pocket Imaginaire et Outrefleuve d’avoir mis ces livres à disposition pour ce concours. Dans l’idéal, ils auraient fait un parfait palliatif au confinement actuel mais envoyer un colis ne fait pas vraiment partie des premières nécessités et je vais donc repousser un peu l’expédition des lots…

Mais malgré tout, nous avons deux gagnants ! Avant de hurler leur glorieux nom à la face du monde, je reviens sur les questions du concours.

A la question du lieu de naissance de Ken Liu, presque tout le monde a eu la bonne réponse, qui était la Chine. Oui presque, car un des participants a considéré qu’il était péruvien. Je table malgré tout sur une erreur d’inattention… 😀

La deuxième question proposait quatre récits de l’auteur sont l’un a été adapté en court-métrage. Il fallait répondre “Souvenirs de ma mère”, texte dont j’avais déjà parlé dans l’article consacré au Bifrost 91, le court-métrage ayant aussi eu droit à quelques lignes dans un autre article. Très exactement 21,6% d’erreurs tout de même sur cette question.

Et enfin, question numéro trois qui demandait un petit peu de recherche, je vous demandais de m’indiquer de la montée au pouvoir de quelle dynastie chinoise dans notre histoire s’est inspiré Ken Liu pour l’écriture de “La grâce des rois”. La bonne réponse était la dynastie Han (qui a émergé après la chute de la dynastie Qin), comme il l’a indiqué dans plusieurs interviews ou articles (un exemple parmi de nombreux autres). 37,8% d’erreurs sur cette question, qui a vraiment fait un écrémage parmi les participants.

Et donc, restait la question subsidiaire servant à départager les bonnes réponses. A l’issue des trois questions précédentes, il ne restait que 45,9% des participants qui avaient tout juste.

Parmi ceux-ci, nous avons Cornwall qui avait estimé le nombre de participants au concours à 35 personnes, concours qui en aura réuni 37. Elle est donc la plus proche et remporte le premier lot, à savoir “La grâce des rois” (en poche), “Le goût de la victoire” (en grand format) et “Le mur de tempêtes” (en grand format également). Bravo à elle !

Le deuxième lot, “La grâce des rois” (en version poche), revient à MarionK dont l’estimation était de 42 personnes, bravo à elle également. Chose amusante, si tous les participants avaient donné de bonnes réponses à chaque question, les résultats auraient été les mêmes, pas de regret donc pour ceux qui ont fait des erreurs, d’inattention ou non.

Je contacte les deux gagnantes rapidement pour récupérer leur adresse, le confinement faisant le reste pour le délai avant l’expédition…

Encore merci à tous, et surtout lisez Ken Liu (et #RestezChezVous 😉 ).

 

    

 

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Abimagique, de Lucius Shepard https://www.lorhkan.com/2020/03/26/abimagique-de-lucius-shepard/ https://www.lorhkan.com/2020/03/26/abimagique-de-lucius-shepard/#comments Thu, 26 Mar 2020 06:30:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12215 Je me rapproche du but : être (presque) à jour des parutions de la collection “Une heure-lumière”. “Abimagique” est l’avant-dernière étape. Et quelle étape puisque Lucius Shepard (déjà au catalogue de la collection avec “Les attracteurs de Rose Street”), auteur singulier s’il en est, est un des chouchous des éditions...

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Je me rapproche du but : être (presque) à jour des parutions de la collection “Une heure-lumière”. “Abimagique” est l’avant-dernière étape. Et quelle étape puisque Lucius Shepard (déjà au catalogue de la collection avec “Les attracteurs de Rose Street”), auteur singulier s’il en est, est un des chouchous des éditions du Bélial’, à juste titre.

 

Quatrième de couverture :

« C’est la fille coiffée style Halloween. Coupe Morticia Addams, teinture noir de jais, mèches orangées asymétriques. Elle a vingt-quatre ou vingt-cinq ans. Une femme-enfant, songes-tu, qui dévore des biographies d’empoisonneurs célèbres et s’est affublée des piercings les plus douloureux du marché. De la chair à goth typique. Pourtant, une fois passé les cheveux, les robes vintage, la bague-araignée au ventre de perle, les tatouages sur les mains (un crâne de vampire, un cœur humain) et le maquillage outrancier, tu remarques que son visage est empreint d’une douceur et d’une sensualité maternelles qui semblent trop vulnérables pour participer de ce monde moderne… »

Elle a pour nom Abi — diminutif d’Abimagique. Elle est volupté, sensualité, violence aussi, parfois.  Le monde court à sa perte, elle en est convaincue, mais elle dit avoir le pouvoir de sauver ce qui peut l’être… Elle est impénétrable. Possible qu’elle soit Cybèle, Magna Mater, femme sorcière tellurique. Possible aussi que le temps soit venu ; celui du sacrifice…

« Lucius Shepard est incomparable… » THE TIMES

 

Tu tenteras le tantra

Lucius Shepard, en écrivant cette novella, a fait un pari, un peu sur un coup de tête comme il s’en explique dans une courte postface. Un pari sacrément casse-gueule : utiliser la deuxième personne du singulier. D’autres l’ont fait avant lui bien sûr, mais le risque est élevé. L’intérêt d’une telle technique narrative est d’impliquer le lecteur, et ici ça fonctionne à la perfection. Il faut dire que l’identification du lecteur au personnage principal, qui n’est d’ailleurs pas nommé, fonctionne à plein alors qu’il sont l’un comme l’autre ballottés au gré d’évènements qui les dépassent et qu’ils sont bien en peine de comprendre. A moins qu’il ne s’agisse d’une personne qui s’adresse à elle-même, avec donc une forte dose de subjectivité, ce qui correspond là aussi tout à fait à l’esprit du récit…

Car Abimagique, cette femme voluptueuse et mystérieuse que croise pour la première fois notre homme dans un restaurant, semble être bien plus qu’une “simple” femme. Qui est-elle réellement ? Que cherche-t-elle, ou plutôt contre qui lutte-t-elle ? Le personnage principal (le lecteur ?) n’est-il pas en train de se faire manipuler, d’être un simple objet utilitaire sous l’emprise d’une femme fascinante et hypnotisante aux buts et aux pratiques obscures, portant de mystérieux tatouages, étrangement proche de la nature, à la sexualité tantrique débridée ? Autant de questions qui n’auront guère de réponses à l’issue d’un texte à la conclusion ouverte, et dont on sent bien que l’histoire se poursuit au-delà de la dernière page. De fait, il appartiendra au lecteur d’imaginer ses propres explications à partir des maigres informations délivrées au cours du récit, se demandant si ce qu’il a lu (ou vécu…) est une réalité pleine de surnaturel ou bien le fruit d’une imagination déchaînée…

Pour magnifier ce récit troublant et fascinant, on peut bien sûr compter sur la plume de Lucius Shepard, toujours aussi précise, poétique, chatoyante. Les mots sont justes, les descriptions tout comme les pensées du personnage principal sont une merveille stylistique (qui doit bien sûr beaucoup à la qualité de la traduction de Jean-Daniel Brèque, traducteur attitré de Lucius Shepard, auquel l’auteur fait d’ailleurs un bref clin d’oeil dans le texte). On ne sera donc pas étonné de constater que l’utilisation de la deuxième personne du singulier semble être une formalité pour un écrivain aussi talentueux.

Je ne m’étalerai pas plus sur un texte qui n’en sera que meilleur si le lecteur en sait le moins possible. Tout juste pourrai-je conclure sur le fait que ce récit, puissamment érotique (mais dans un tout autre genre que “Les attracteurs de Rose Street”) et à l’ambiance troublante, poisseuse et sensuelle tout autant que captivante (à l’image du personnage d’Abimagique, qui échappe à toute classification), exerce une réelle fascination longtemps après avoir tourné la dernière page. N’est-ce pas la marque des grands ?

 

Lire aussi l’avis de Gromovar, Feyd Rautha, Célindanaé, Artemus Dada, Yuyine, Ombre Bones, Fantastinet, Boudicca, Stéphanie Chaptal, Mélie

Critique écrite dans le cadre du challenge “Le Projet Maki” de Yogo.

 

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L’enfance attribuée, de David Marusek https://www.lorhkan.com/2020/03/23/lenfance-attribuee-de-david-marusek/ https://www.lorhkan.com/2020/03/23/lenfance-attribuee-de-david-marusek/#comments Mon, 23 Mar 2020 06:30:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12190 “Une heure-lumière”, encore et toujours, histoire d’être à peu près à jour sur les sorties de la collection (encore qu’avec le confinement, la dernière sortie en date au moment où j’écris ces lignes, à savoir “Le temps fût” de Ian McDonald, attendra un peu, d’autant que j’ai du coup un...

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“Une heure-lumière”, encore et toujours, histoire d’être à peu près à jour sur les sorties de la collection (encore qu’avec le confinement, la dernière sortie en date au moment où j’écris ces lignes, à savoir “Le temps fût” de Ian McDonald, attendra un peu, d’autant que j’ai du coup un peu l’esprit ailleurs…), avec un autre auteur peu connu en francophonie, Dave Marusek.

 

Quatrième de couverture :

« Le 30 mars 2092, le ministère de la Santé et des Affaires sociales nous délivra un permis, à Eleanor et moi. Le sous-secrétaire d’État à la Population nous fit part de la nouvelle avec les félicitations officielles. Nous étions abasourdis par tant de bonne fortune. Le sous-secrétaire nous invita à contacter l’Orphelinat National. Dans un tiroir se trouvait un bébé à notre nom. Nous étions fous de joie. »
En cette fin de siècle surpeuplée, quand les traitements anti-vieillissements rendent chaque individu virtuellement immortel, avoir un enfant relève du luxe le plus extrême. Sam Harger, artiste spécialisé en design intérieur, ne s’attendait pas à tant de bonne fortune lorsqu’il rencontra l’ambitieuse Eleanor Starke. Couler le parfait amour, puis obtenir l’autorisation d’avoir un bébé… une chance inouïe pour le couple, qui ne cache pas son bonheur. Mais dans ce monde surveillé à l’extrême, dominé par l’informatique et les intelligences artificielles, est-on jamais à l’abri des bugs ?

 

Grandeur et décadence…

David Marusek n’est pas publié ici pour la première fois en France puisque cette novella, déjà publiée chez le Bélial’ dans le millénaire précédent (en 1999), est donc une réédition (la première de la collection “Une heure-lumière”). En sus, il avait déjà bénéficié de la publication de deux de ses nouvelles dans les revues “Etoiles vives” et “Fiction”, et d’un roman, “Un paradis d’enfer”, aux Presses de la Cité, roman dont “L’enfance attribuée” dont il est question ici est en fait l’introduction.

Et donc, “L’enfance attribuée” nous présente un futur fin de 21e siècle où l’humanité a pour ainsi dire atteint l’immortalité et donc a drastiquement restreint les naissances. Ce futur, richement doté en hautes technologies avec les applications qui vont avec (assistant personnel très évolués dotés de proto-personnalité (pour une novella écrite en 1995, on admirera l’aspect visionnaire avec ce vers quoi tendent les Siri, Alexa, Cortana et consorts…), hologrammes permettant d’assister à distance à n’importe quel évènement ou bien un simple dîner entre amoureux, bases lunaires, clones génériques chargés des “basses besognes”, etc…), est bien décrit, d’une manière très positive à travers le couple au centre de l’histoire, Sam Harger et Eleanor Starke, l’un artiste designer bien implanté dans la jet-set, l’autre politicienne en pleine ascension, deux personnages qui ont l’heureuse surprise de se voir attribués, sans l’avoir demandé, un bébé. Don du ciel ou cadeau  empoisonné ?

Car quand la machine s’emballe, après une longue introduction nous montrant la rencontre des deux personnages, leur mise en couple malgré leurs emplois du temps bien remplis et des vies finalement assez différentes, David Marusek nous montre l’envers du décor et l’implacable rouleur compresseur d’une société faite pour les plus riches et qui, pour ceux qui s’écartent du droit chemin, quelle qu’en soit la raison, avérée ou non, ne fait preuve d’aucune clémence, méprisant même les droits les plus basiques.

Oui la première partie de “L’enfance attribuée”, disons quasiment les deux premiers tiers, est un peu plan-plan et longuette, certes loin d’être inintéressante dans ce qu’elle présente de cette société du futur, mais laisse un peu à désirer sur le plan de l’intrigue. Mais tout cela sert en fait à mieux mettre en relief le dernier tiers (ou peut-être est-ce l’inverse…) qui brise le rêve et cette douce langueur qui s’était installée auparavant. Le choc est violent, pour le lecteur comme pour les protagonistes.

Et même si David Marusek se garde bien de tout révéler, notamment sur les causes et les personnes derrière les évènements touchants Sam et Eleanor (mais dont les réponses existent dans la “version longue”, à savoir le roman “Un paradis d’enfer” ? Je ne saurais dire…), il n’en reste pas moins que le texte est, ça commence à devenir rengaine, une nouvelle belle réussite dans la collection. Sans doute pas un chef d’oeuvre mais incontestablement un texte qu’on lit avec un grand plaisir.

 

Lire aussi l’avis de Gromovar, Vert, Fantastinet, Célindanaé, Yogo, Le chien critique, Aelinel, Boudicca, PatiVore, Yossarian, Un bouquin sinon rien

Critique écrite dans le cadre du challenge “Le Projet Maki” de Yogo.

 

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Acadie, de Dave Hutchinson https://www.lorhkan.com/2020/03/19/acadie-de-dave-hutchinson/ https://www.lorhkan.com/2020/03/19/acadie-de-dave-hutchinson/#comments Thu, 19 Mar 2020 06:30:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12176 Allez hop, on continue (dans un parfait désordre mais on s’en fiche) d’écluser le retard pris sur les sorties de la collection “Une heure-lumière”, avec cette fois une novella d’un parfait inconnu, Dave Hutchinson.   Quatrième de couverture : Il y a la Colonie, une constellation d’habitats spatiaux cachée au...

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Allez hop, on continue (dans un parfait désordre mais on s’en fiche) d’écluser le retard pris sur les sorties de la collection “Une heure-lumière”, avec cette fois une novella d’un parfait inconnu, Dave Hutchinson.

 

Quatrième de couverture :

Il y a la Colonie, une constellation d’habitats spatiaux cachée au sein d’un système stellaire isolé et sans intérêt. Et puis il y a Duke, le Président de ladite Colonie, élu au poste car il était précisément le type qui le désirait le moins. Essentiellement honorifique, le job s’avère toutefois offrir certains avantages. En temps normal… Car voilà qu’une sonde terrienne franchit les limites du système. La pire des nouvelles au regard des membres de la Colonies, eux qui, sous la houlette d’Isabel Potter, généticienne de légende, ont élaboré une utopie contrainte de fuir l’autorité du Berceau depuis plus de cinq siècles. Or, en ce qui concerne le viol des strictes lois bioéthiques terriennes, il n’existe aucune prescription, et la Colonie n’encourt rien moins que l’annihilation. Sauf à ce que Duke, contre toute attente, ne se révèle l’homme de la situation…

 

Twist and shout

Dave Hutchinson, c’est qui ça ? On peut se poser la question puisque l’auteur britannique de bientôt 60 ans voit avec “Acadie” sa première traduction en francophonie. Un petit défi pour le Bélial’ et sa collection “Une heure-lumière” tant on sait que lancer un nouvel auteur n’est jamais simple. Mais un défi déjà relevé par l’éditeur avec Geoffrey Landis (qui avait certes déjà été publié mais il y a bien longtemps, l’éditer de nouveau c’est donc un peu recommencer de zéro) ou bien Victor LaValle.

Et voici donc Dave Hutchinson qui débarque avec cette novella se déroulant dans un futur lointain (que le lecteur pourra approximativement dater à plus de cinq siècles après notre époque), un futur qui a vu l’humanité essaimé à travers la galaxie, sous l’égide de l’Agence. Mais “Acadie” nous montre la dissidence avec Duke (de son vrai nom John Wayne Faraday, vous voyez la référence ? 😉 ), le Président (non volontaire, puisque ne sont élus que ceux qui ne veulent pas le pouvoir) de la Colonie, sorte d’agrégat d’habitats spatiaux, issus de la fuite d’Isabel Potter, géniale généticienne, et de ses disciples qui ont donc fondé cette Colonie hors de la juridiction de l’Agence.

Mais l’Agence, malgré les cinq siècles passés depuis cette acte de dissidence initiale, reste toujours à la recherche de Potter, et la Colonie est donc toujours sur le qui-vive, avec notamment une “ligne d’alerte” composée de machines de von Neumann chargées de signaler toute intrusion étrangère.

Mené tambours battant, avec un juste dosage d’humour, de référence geek (les Écrivains, fondateurs historiques de la Colonie et grands utilisateurs d’une génétique sans limite, sont un mélange hétéroclite de toute une pop culture très actuelle : elfes, vampires, Klingons, etc…), et de haute technologie (la génétique bien sûr mais aussi les voyages spatiaux relativistes et les habitats extra-terestres), “Acadie” est un sympathique récit de SF space-opera, vif et enlevé mais qui il faut l’avouer, ne semble rien amener de réellement original ou surprenant.

Jusqu’à ce qu’on en arrive au twist majeur, remarquablement amené, déroutant, inattendu. Je n’en dirai rien de plus bien sûr mais c’est le genre de twist qui donne envie de relire le texte pour voir si des indices étaient bien présents. Ça n’en fait pas un texte révolutionnaire pour autant mais ça lui donne une réelle plus-value et amène il faut bien le dire une bonne grosse dose de plaisir quand on le découvre.

Space-opera transhumaniste, abordant la génétique dans ses avantages comme ses mauvais côtés, “Acadie” est donc un récit, à défaut d’être incontournable, tout à fait à même de divertir le lecteur durant deux heures. Et c’est bien là l’essentiel.

 

Lire aussi l’avis de Feyd Rautha, Gromovar, Yogo, Vert, Acaniel, Hellrick, Elhyandra, Célindanaé, Pativore, Yossarian, Dionysos, Bad Tachyon, François Schnebelen, Nicolas, Allan, Yuyine, Un bouquin sinon rien, Noé Gaillard, Vincent Degrez, Stéphanie Chaptal, Sylvain Bonnet

Critique écrite dans le cadre des challenges “Le Projet Maki” de Yogo et le “Défi Cortex” de Lune (catégorie “Europe occidentale”).

 

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Concours Ken Liu / Pocket / Outrefleuve https://www.lorhkan.com/2020/03/16/concours-ken-liu/ https://www.lorhkan.com/2020/03/16/concours-ken-liu/#comments Mon, 16 Mar 2020 06:30:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12133 Oyez, oyez, ce n’est pas courant par ici, mais voici qu’arrive un concours ! Un concours qui respecte la distanciation sociale imposée actuellement ( 😉 ) et consacré à un auteur sino-américain bien connu des fans de SF et de fantasy puisqu’il s’agit de Ken Liu en personne. Et un...

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Oyez, oyez, ce n’est pas courant par ici, mais voici qu’arrive un concours ! Un concours qui respecte la distanciation sociale imposée actuellement ( 😉 ) et consacré à un auteur sino-américain bien connu des fans de SF et de fantasy puisqu’il s’agit de Ken Liu en personne.

Et un concours pour gagner non pas un, non pas deux, non pas trois mais bien quatre livres répartis en deux lots, le premier constitué des trois premiers tomes (traduits par Elodie Coello) de sa série “La Dynastie Dent de Lion” (aux titres français très circonflexes ! 😀 ) à savoir “La grâce des rois” (en poche), “Le goût de la victoire” (en grand format) et “Le mur de tempêtes” (en grand format également, tout juste sorti le 6 février 2020), et le deuxième de “La grâce des rois” en poche (avec, histoire d’être très honnête, quelques petits accrocs sur la couverture dus aux aléas des transports, mais ça reste minime…). Oui, rien que ça. Le (ou la) gagnant(e) du premier lot repart quand même avec à peu près 2000 pages de lecture…

 

 

Le tout organisé suite à un concours (haha !) de circonstances avec Fleuve éditions (et sa collection Outrefleuve) et les éditions Pocket (et sa collection Pocket Imaginaire), que je remercie chaleureusement (et vous aussi n’est-ce pas ? 😉 ).

Pour participer, c’est simple, vous répondez au trois questions ainsi qu’à la question subsidiaire EN SUIVANT CE LIEN, en laissant votre mail et votre pseudo (ou votre nom) pour que je puisse énoncer les vainqueurs et les contacter à la suite (ces informations sont ensuite supprimées, je ne les revends à personne ni ne les utilise à des fins obscures… 😀 ). Pour l’envoi des lots, je n’ai pas de date à vous promettre, ça va bien évidemment dépendre des évènements sanitaires actuels…

Vous avez jusqu’au dimanche 22 mars, 20 heures pétantes ! Bonne chance à toutes et à tous ! 😉

 

    

 

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Zapping VOD, épisode 51 https://www.lorhkan.com/2020/03/09/zapping-vod-episode-51/ https://www.lorhkan.com/2020/03/09/zapping-vod-episode-51/#comments Mon, 09 Mar 2020 06:30:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12103 Neuf mois sans zapping ! La gestation de ce nouveau numéro aura été longue… Mais les vacances scolaires et un enfant qui passe du temps chez mamie nous auront permis de rattraper (une petite partie de) notre retard cinématographique, plus ou moins récent.   Parasite, de Bong Joon-Ho Là clairement,...

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Neuf mois sans zapping ! La gestation de ce nouveau numéro aura été longue… Mais les vacances scolaires et un enfant qui passe du temps chez mamie nous auront permis de rattraper (une petite partie de) notre retard cinématographique, plus ou moins récent.

 

Parasite, de Bong Joon-Ho

Là clairement, le film ayant tellement fait l’actualité ces derniers mois avec rien de moins que la Palme d’Or à Cannes et quatre Oscars aux US, tout le monde en a entendu parlé et tous ceux plus ou moins intéressés par le film l’ont sans doute déjà vu… Sauf peut-être ceux qui ont des enfants… 😀

Toujours est-il que, pour faire court, le film mérite à 100% sa renommée et les prix qu’il a reçus. Il est varié, inventif, intelligent, surprenant, corrosif. Bong Joon-Ho a eu la riche idée de mélanger les genres, faisant de son film tour à tour une comédie, un thriller, un film social. Jouant avec les sentiments que les spectateurs auront à l’égard de cette famille pauvre tentant de jouer les parasites auprès d’une famille riche en profitant habilement de leur niveau de vie, le réalisateur coréen nous les présente sous un jour sympathique avant de progressivement révéler l’envers du décor, un envers bien moins reluisant qu’il n’y parait.

Mais chacun a ses torts dans ce film incisif et complexe sur le plan relationnel, où l’intrigue prend progressivement une tournure très radicale. Imprévisible, passant du rire aux larmes, parfois terrifiant, “Parasite” est une réussite totale.

 

Gatsby le magnifique, de Baz Luhrmann

Posons les choses d’emblée : je n’ai pas lu le roman de Francis Scott Fitzgerald, dont est tiré le film de Baz Luhrmann. Voilà qui est dit, ce qui m’empêche de faire quelque comparaison que ce soit et de ne prendre le film que pour ce qu’il est : un film.

Un film pas désagréable, même si, Baz Luhrmann oblige, tout cela est très clinquant, très coloré. On aimera ou non, j’avoue pour ma part avoir frôlé l’overdose devant cette débauche d’effets visuels numériques omniprésents et très tape-à-l’oeil, mais qui donnent aussi au film une identité visuelle unique… Idem pour la partie musicale où les anachronismes sont une marque de fabrique mais participent là aussi à lui donner un charme indéniable.

Pour le reste, le film dispose d’un casting très réussi avec notamment un Leonardo DiCaprio au top, comme d’habitude, et un Tobey Maguire à qui l’innocence et la naïveté de son personnage conviennent très bien. La fragilité du personnage interprété par Carey Mulligan est également parfaite.

Mais le film ne parvient malgré tout jamais à décoller complètement, peut-être un peu plombé par cette mise en scène grandiosement kitsch (mais très réussie dans son genre) et un peu indigeste qui étouffe une histoire qui aurait mérité un peu plus de délicatesse.

 

Ad Astra, de James Gray

“Ad Astra” nous emmène aux confins de Neptune pour étudier en profondeur les états d’âmes d’un astronaute à la recherche de son père (héros de la conquête spatiale) qu’il croyait mort et dont les autorités lui indiquent qu’en plus d’être vivant, il pourrait bien être une menace pour l’humanité…

Le film est en fait très psychologique, et même s’il ne manque pas de scènes propres à faire se dresser les poils des amateurs de SF (sur la Lune, dans la station norvégienne, autant de scène très jolies mais qui n’ont qu’un très faible impact sur l’intrigue, ou disons plutôt qu’elles amènent de manière très mécanique quelques changements pour remettre le personnage de Brad Pitt au centre de l’attention), le fond même du film n’a rien de SF.

Pour autant, “Ad Astra” est visuellement superbe, très contemplatif dans sa mise en scène qui prend le temps de prendre son temps (un changement bienvenu par rapport aux films épileptiques qu’on nous sert trop régulièrement). On n’a certes pas droit au célèbre morceau “Ainsi parlait Zarathoustra” mais Max Richter et Lorne Balfe ont fait un excellent boulot sur la partie musicale.

Tout cela nous donne un très beau film, à la fois dense et aérien, intime et spatial, une sorte d’épure psychologico-SF existentialiste qui nous emmène infiniment loin dans l’espace pour affronter ce qui est là, tout près, dans notre coeur. Mais il manque peut-être un tout petit peu d’émotion pour totalement emporter l’adhésion malgré l’excellente prestation toute en retenue de Brad Pitt. Remarquable malgré tout.

 

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Isabel des feuilles mortes, de Ian MacLeod – Hors-série 2019 “Une heure-lumière” https://www.lorhkan.com/2020/03/06/isabel-des-feuilles-mortes-de-ian-macleod-hors-serie-2019-une-heure-lumiere/ https://www.lorhkan.com/2020/03/06/isabel-des-feuilles-mortes-de-ian-macleod-hors-serie-2019-une-heure-lumiere/#comments Fri, 06 Mar 2020 06:30:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12165 Mon dernier article sur la collection “Une heure-lumière” du Bélial’ remonte à… juin 2019 ! Le Projet Maki étant l’excuse idéale (si tant est qu’il en faille une) pour s’y mettre, on commence avec le hors-série 2019, offert pour l’achat de deux ouvrages de la collection (offre maintenant périmée, désolé...

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Mon dernier article sur la collection “Une heure-lumière” du Bélial’ remonte à… juin 2019 ! Le Projet Maki étant l’excuse idéale (si tant est qu’il en faille une) pour s’y mettre, on commence avec le hors-série 2019, offert pour l’achat de deux ouvrages de la collection (offre maintenant périmée, désolé pour les retardataires…) qui contient une nouvelle de Ian Macleod, déjà à l’affiche d’UHL avec “Poumon vert”.

 

Quatrième de couverture :

Une Heure-Lumière, c’est la distance que parcourt un photon dans le vide en 3600 secondes, soit plus d’un milliard de kilomètres… C’est aussi le nom d’une collection réunissant vingt-deux titres à ce jour, un espace éditorial inédit, unique, tant par le fond que par la forme, qui ambitionne de faire voyager vite et loin le lecteur. C’est enfin l’une des plus belles réussites de ces dernières années dans le champ hyper balisé des littératures de genre, ici fêtée avec ce hors-série 2019, le deuxième du genre, qui propose une longue novelette inédite du britannique Ian R. MacLeod, auteur dans cette même collection du très remarqué “Poumon vert”
Une heure-lumière… avec les étoiles pour horizon !

 

L’amour au-delà du dogme

Ian Macleod revient donc dans la collection “Une heure-lumière” après y être déjà apparu avec “Poumon vert”, récit qui ne m’avait pas vraiment (ou vraiment pas…) convaincu et qui partage d’ailleurs le même univers que le récit dont il est question ici. Lire ce hors-série, c’est donc un peu quitte ou double concernant l’auteur. Mais je fais confiance à l’équipe éditoriale du Bélial’ (à laquelle Olivier Girard, le grand manitou de cette maison d’édition, rend hommage dans son avant-propos), alors je tente le coup sans trop d’a priori.

“Isabel des feuilles mortes” se présente sous la forme d’une chronique retraçant la vie d’Isabel sur Gezira, “mégapole insulaire”, sorte de bulle de Dyson autour de l’étoile Sabil. Isabel est une banale jeune femme de la rue ayant rejoint, après la guerre des Lys qui a vu s’opposer les différentes Eglises de Gezira, l’Eglise de l’Aube dans laquelle elle va gravir les échelons pour devenir Chanteuse de l’Aube, c’est à dire plus ou moins l’une des nombreuses prêtresses chargées, tout en étant attachées à un grand crucifix tout en haut d’un minaret, de chanter la venue de la lumière alors que de gigantesques miroirs orientent la lumière de Sabil pour éclairer la surface.

Le dogme de l’Eglise de l’Aube est strict, et même particulièrement violent et malsain puisqu’en plus d’attacher les Chanteuses de l’Aube sur ce fameux crucifix, elle les rend aveugle (littéralement) pour qu’elles ne soient concentrées que sur leur sacerdoce. Mais Isabel parviendra miraculeusement à échapper à cette mutilation, ce qui lui permettra, alors qu’elle remarque un miroir mal aligné en haut du minaret, à rencontrer Genya, une bibliothécaire de la Cathédrale du Mot. Naîtra une histoire parfaitement platonique mais qui verra les deux jeunes femmes commettre des impairs mineurs que leur communauté respective ne va pourtant pas apprécier du tout.

La charge de Ian MacLeod contre la religion est très claire, sans en viser une en particulier d’ailleurs : le crucifix fait bien sûr référence au christianisme, les minarets à l’islam. Dogme strict, aliénation par la mutilation, violence extrême pour “faire un exemple” suite au non respect des règles, puis réutilisation de la figure du même martyr pour renforcer son influence sur les peuples, le discours est limpide.

Par ailleurs, Ian MacLeod met à nouveau sa belle plume (magnifiquement servie par l’impeccable traduction de Michelle Charrier) au service d’un récit qui se veut touchant et émouvant (l’histoire entre Isabel et Genya est simple et belle), dur aussi. Mais bizarrement, comme pour “Poumon vert”, le côté touchant de “Isabel des feuilles mortes” n’a pas totalement fonctionné, la faute peut-être à cet aspect “chroniques d’une vie” qui installe une certaine distance avec les faits, qu’ils soient doux ou violents…

Malgré tout beaucoup plus satisfaisant (et plus accessible) que “Poumon vert”, “Isabel des feuilles mortes” n’est donc pas tout à fait, malgré ses nombreuses qualités, le chef d’oeuvre attendu et ce n’est encore pas avec ce récit que ma rencontre avec un texte de Ian MacLeod tournera à l’épiphanie. Mais on s’en rapproche… Et comme Olivier Girard émet l’idée d’un recueil contenant les autres récits de l’auteur situés dans le même univers que les deux textes sus-cités, je garde espoir que ça finisse par arriver.

 

Lire aussi l’avis de Vert, Feyd-Rautha, Nicolas, Acaniel, Célindanaé, Lutin, Dionysos, Yuyine, Aelinel, Ombre Bones, Le Scribouillard.

Critique écrite dans le cadre des challenges “Le Projet Maki” de Yogo et le “Défi Cortex” de Lune (catégorie “Hors du système solaire”).

 

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Lumières noires, de N.K. Jemisin https://www.lorhkan.com/2020/03/03/lumieres-noires-de-n-k-jemisin/ https://www.lorhkan.com/2020/03/03/lumieres-noires-de-n-k-jemisin/#comments Tue, 03 Mar 2020 06:30:00 +0000 http://www.lorhkan.com/?p=11753 Triple vainqueur du Prix Hugo (et consécutivement, une première !) avec sa trilogie de “La Terre fracturée”, N.K. Jemisin “compte” dans le monde de la SF contemporaine. Et voilà qu’a débarqué sur nos étals en septembre 2019 un recueil de nouvelles au volume plutôt conséquent (22 nouvelles pour 450 pages)....

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Triple vainqueur du Prix Hugo (et consécutivement, une première !) avec sa trilogie de “La Terre fracturée”, N.K. Jemisin “compte” dans le monde de la SF contemporaine. Et voilà qu’a débarqué sur nos étals en septembre 2019 un recueil de nouvelles au volume plutôt conséquent (22 nouvelles pour 450 pages). Pourquoi se priver de ce moyen d’explorer une nouvelle facette d’une autrice qui ne mâche pas ses mots et qui ne laisse clairement pas indifférent ?

 

Quatrième de couverture :

À La Nouvelle-Orléans, des dragons hantent les rues inondées après le passage de Katrina ; dans les États esclavagistes du Sud, une mère noire tente de sauver sa fille d’impossibles promesses ; tandis que, dans cette autre réalité, les monstres et les héros créés par l’humanité survivent à la mort de celle-ci, mais pour combien de temps encore, et dans quel but ?

Recueil de nouvelles sombres et engagées, Lumières noires donne à voir notre société contemporaine à travers le prisme d’une myriade de miroirs déformants mais terriblement réels.

 

Rien à jeter !

Le recueil n’est pas forcément simple à aborder puisque les deux premiers textes, s’ils ne manquent pas de qualités, font dans l’abstrait, dans le sens où il n’ y a pas de véritable intrigue. “Ceux qui restent et qui luttent” est un dérivé de “Ceux qui partent d’Omelas” de Ursula Le Guin. Ici, Jemisin présente avec la ville de Um-Helat une, je cite, “utopie post-colonialiste” dans laquelle tous les citoyens (“y compris le pauvre, le paresseux, l’indésirable”) sont importants. Mais à l’instar du récit de Le Guin, maintenir l’utopie d’Um-Helat implique aussi des côtés plus sombres, mais nécessaires.

La ville à nouveau avec “Grandeur naissante” et cette cité de New-York qui, d’une étrange manière, finit par prendre vie et s’incarner dans un avatar, représenté par le narrateur. Noir, celui-ci est confronté à la fois à une invisibilité sociale mais aussi à un racisme quotidien. Un récit très métaphorique mais aussi très puissant. Deux premiers textes d’un abord assez rude mais qui montrent déjà l’écriture incisive, engagée et revendicatrice de l’autrice.

Puis on touche au superbe avec “La sorcière de la terre rouge” qui mêle fantasy, magie et ségrégation à travers la vie d’une femme noire, Emmaline, et ses trois enfants, confrontés à l’incarnation de la soif de pouvoir, d’ascendance et de colonialisme à travers les Dames Blanches. Un texte à la fois beau et rude, touchant dans l’amour que cette mère porte à ses enfants et triste dans la manière qu’elle a de leur apprendre à baisser la tête devant les dominants. La fin nous montre heureusement que les choses changent peut à petit.

Revenir précisément sur chaque nouvelle individuellement reviendrait à écrire un article d’un kilomètre de long, donc j’irai vite sur les textes suivants. On a donc avec “L’alchimista” un joli rapport entre magie et cuisine, “Le moteur à effluent”, l’un des plus réussis textes du recueil, magistral et virevoltant récit d’aventures que n’aurait pas renié Jules Verne, nous donne un superbe mélange entre uchronie steampunk et révolution haïtienne, avec un message fort là encore.

“Nuages dragons” oscille entre post-apo et cyberpunk en confrontant une humanité revenu à une technologie pré-industrielle et une autre humanité hyper-technologique, “La fille de Troie” est en revanche à fond dans le cyberpunk mais humanise des intelligences artificielles tentant de rester cachées des humains. Intelligences artificielles également dans “Major de promotion”, texte post-apo lui aussi (à cause des IA) qui voit une enfant essayer de sortir d’une voie toute tracée.

“Le remplaçant du conteur” fait plutôt dans le conte de fées, mais penche du côté obscur de la chose. “Epouses du ciel” met en scène, sur une lointaine planète, une société uniquement composée de femmes que l’interprétation divergente qu’elles font de la religion va profondément bousculer. “Les évaluateurs” aborde le classique thème du premier contact avec une autre civilisation. Un premier contact à propos duquel on sent bien qu’il y a quelque chose qui ne va pas. Jusqu’à ce que l’on comprenne l’ultime vérité… “Vigilambule”, sur le même thème, est tout aussi terrible dans ce qu’il décrit, et sur ce qui est nécessaire pour se défaire d’une domination violente et meurtrière.

“La danseuse de l’ascenseur” est un texte poétique sur le rêve comme étant la dernière liberté dans un monde ultra répressif. “Cuisine des mémoires” revient sur la cuisine, à travers un récit insistant sur le fait de ne pas ressasser éternellement le passé. “Avide de pierre”, texte qui pourrait faire office de préquelle à la trilogie de “La Terre fracturée”, m’a moins convaincu même s’il aborde lui aussi des thèmes importants.

“Le narcomancien” est un superbe texte de fantasy d’inspiration africaine dans lequel la fécondité des femmes est une arme de pouvoir. Peut-être le seul qu’elles ont, mais peut-être le plus puissant de tous les pouvoirs. “Trop d’hiers, manque de demains” est un récit futuriste sur des univers parallèles. Un récit quantique où forme et fond se complètent habilement. “MétrO” est un récit fantastique qui même hallucinations et légendes urbaines (la ville, comme au début du recueil), celles-ci finissant par vraiment prendre corps. Ou pas.

Dans “Probabilités non nulles”, nouveau récit urbain, les lois du hasard semblent décidément très… hasardeuses ! Enfin, “Pécheurs, saint, spectres et dragons – la cité engloutie sous les eaux immobiles” mélange joliment les suites de l’ouragan Katrina et des dragons dans un magnifique récit très shepardien.

Si je n’ai pas à proprement parlé donné un avis sur chaque texte, c’est tout simplement parce qu’à l’évidence, et c’est suffisamment rare pour le souligner, il n’y a pour ainsi dire rien à jeter dans ce recueil. On oscille entre le bon et le somptueux, et chaque texte a toujours a minima un fond pertinent ou une forme qui lui donne un aspect original.

N.K. Jemisin touche ici à tous les genres de l’imaginaire et le fait avec un imagination et une diversité qui forcent le respect. Les narrations sont variées (première, deuxième ou troisième personne), les structures sur lesquelles elles reposent sont elles aussi diversifiées (rapports scientifiques, mails, chapitres mélangés, légendes racontées, etc…) pour un résultat, soyons clairs, époustouflant.

Autant dire qu’on tient là un recueil essentiel, varié, passionnant, féministe, anti-raciste, parfois dur (y compris “visuellement”), fortement engagé mais qui n’oublie jamais de raconter des histoires. Tout simplement indispensable.

 

Lire aussi l’avis de Gromovar, Tigger Lilly, Cédric, Alaric, Le Chroniqueur, Boudicca, Georges Bormand.

 

Critique écrite dans le cadre du challenge “Défi Cortex” de Lune (catégorie “Amérique du Nord”)

 

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La fin de l’hiver, de Laurent Genefort https://www.lorhkan.com/2020/02/28/la-fin-de-lhiver-de-laurent-genefort/ https://www.lorhkan.com/2020/02/28/la-fin-de-lhiver-de-laurent-genefort/#comments Fri, 28 Feb 2020 06:30:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12121 Puisque “Sauvagerie” de J.G. Ballard ne convenait pas pour le Projet Maki, je me suis tourné vers une des quelques nouvelles isolées qui végètent sur ma liseuse. Place donc à un texte de Laurent Genefort qui a dépassé les vingt ans d’âge (le texte, pas Laurent Genefort. Enfin si d’ailleurs,...

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Puisque “Sauvagerie” de J.G. Ballard ne convenait pas pour le Projet Maki, je me suis tourné vers une des quelques nouvelles isolées qui végètent sur ma liseuse. Place donc à un texte de Laurent Genefort qui a dépassé les vingt ans d’âge (le texte, pas Laurent Genefort. Enfin si d’ailleurs, mais bref, vous voyez ce que je veux dire… 😀 ).

 

Quatrième de couverture :

Canyon, monde clos sur lui-même, sombre peu à peu dans un hiver éternel. Mais les fables ne parlent-elles pas d’un lieu au-delà de la muraille polaire, où au temps jadis l’on pouvait quitter Canyon à bord de grands navires ? À bord d’un dirigeable, l’équipage de Gustav va tenter d’atteindre cet endroit mythique, et peut-être mettre fin à l’hiver…

 

La vie dans une boîte de conserve gelée

Canyon est un monde étrange, sorte de cylindre traversé par un moyeu appelé le Kern. L’hiver y est constant, la lumière constamment crépusculaire quand il ne fait pas une nuit nuire qui dure des semaines…

C’est dans ce lieu ma foi fort accueillant que vit Gustav, un homme bien décidé à rejoindre le Kern, lieu à partir duquel les légendes disent qu’il est possible de quitter Canyon dans de grands navires. Pour cela, il décide de monter une petite opération, en s’associant avec des pirates et un savant. S’en suit un récit riche en action qui voit la petite troupe tenter de rejoindre le Kern, ce qui n’a rien d’une sinécure, et ce qu’il vont y trouver sera bien évidemment très différent de ce qu’ils imaginaient.

Texte tout à fait sympathique datant de 1998, “La fin de l’hiver”, toujours situé dans le monde des Portes de Vangk (univers commun à de très nombreux textes de Laurent Genefort), n’a pas d’autre ambition que de divertir le lecteur. En ce sens, il est tout à fait réussi.

On pourra peut-être regretter une certaine difficulté à bien visualiser tout ce qui est décrit par l’auteur, mais cette petite aventure (certes pas follement originale dans son déroulement) dans un monde très particulier (dont la structure rappelle le Rama de Arthur C. Clarke, revisité à la sauce Genefort) est un petit bonbon tout à fait appréciable.

 

Lire aussi l’avis de Baroona, Philémont.

Critique écrite dans le cadre du challenge “Le Projet Maki” de Yogo.

 

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Sauvagerie, de J.G. Ballard https://www.lorhkan.com/2020/02/24/sauvagerie-de-j-g-ballard/ https://www.lorhkan.com/2020/02/24/sauvagerie-de-j-g-ballard/#comments Mon, 24 Feb 2020 06:30:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12074 Au départ, j’ai lu cette novella d’un peu plus de 100 pages pour le Projet Maki. Et puis je me suis aperçu qu’elle n’avait pas grand chose pour la relier au genre SF, tout juste une très hypothétique et très légère anticipation. Mais qu’importe le flacon, etc… Exit le Projet...

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Au départ, j’ai lu cette novella d’un peu plus de 100 pages pour le Projet Maki. Et puis je me suis aperçu qu’elle n’avait pas grand chose pour la relier au genre SF, tout juste une très hypothétique et très légère anticipation. Mais qu’importe le flacon, etc… Exit le Projet Maki pour cette fois, mais place tout de même à cette “Sauvagerie”

 

Quatrième de couverture :

Pangbourne Village est un enclos résidentiel de luxe près de Londres, où une dizaine de familles aisées vivent en parfaite harmonie et sécurité. Jusqu’au jour où l’on découvre que tous les enfants viennent d’être kidnappés et leurs parents sauvagement massacrés. Deux mois après les faits, les enlèvements ne sont toujours pas revendiqués. Les enquêteurs sont dans l’impasse. La police décide de faire appel à un psychiatre, le docteur Greville, pour reprendre l’enquête.

 

L’ultra-sécurité a un prix…

C’est le massacre de Hungerford qui a inspiré J.G. Ballard pour l’écriture de cette novella. Il en fait d’ailleurs mention au début du récit lorsque le narrateur, Richard Greville, un psychologue appelé pour aider la police dont l’enquête sur le meurtre de 32 personnes et la disparition de 13 enfants dans une résidence fermée piétine, affirme avoir soumis un rapport sur la “fameuse” tuerie de 1987 (le texte de Ballard a été publié en 1988).

Une résidence fermée donc, constituée d’une dizaine de maisons, toutes étroitement surveillées (caméras, gardiens) et habitées par les citoyens les plus aisés du pays. Tout leur est possible, et leurs enfants bénéficient du meilleur, en plus d’avoir toute l’attention de leurs parents qui font tout pour qu’ils obtiennent le même succès qu’eux. Et cela passe donc par un maximum d’activités pour les éveiller au plus d’opportunités possibles que peut offrir un vie de riche. Une vie bien remplie, à l’abri des dangers du dehors, dans un cocon familial hyper “secure” et avec des voisins qui sont dans la même situation. La vie idéale ?

Et pourtant, un matin c’est l’horrible hécatombe. 32 morts, assassinés. Tous les adultes de la communauté, en plus de quelques employés. Mais les enfants ont tous disparu. Où sont-ils ? Qui les a enlevés ? Et pour quelles raisons ? Autant de questions restées sans réponse deux mois après les faits.

Le texte se présente comme un compte-rendu écrit de Richard Greville, qui va permettre au lecteur de voir factuellement la progression de l’enquête du psychologue. Son métier n’est pas anodin : le dossier que le lecteur lit est un rapport circonstancié, officiel en quelque sorte, d’où une froideur clinique du texte. Bien sûr, Ballard en joue à plein pour dépeindre ce microcosme censé être favorisé mais qui fait finalement peur de par son repli total sur lui-même, son environnement aseptisé où les apparences sont trompeuses.

Les descriptions sont précises, cliniques là encore. Le style de Ballard, habituellement plutôt riche, s’efface ici au profit d’un récit quasi documentaire qui ne s’attache qu’aux faits, aussi bruts (et brutaux) soient-ils. Cette froideur du texte, paradoxalement, l’enrichit, lui donne une substance qui rend l’affaire plus terrible encore.

Surtout quand le fin mot de l’histoire, à savoir le, la ou les coupables (suspense…), est dévoilé à mi-récit. Là encore, il y a une raison à ça. Car le point culminant de cette histoire n’est pas tant de savoir qui a commis les crimes que de comprendre ce qui s’est passé, le pourquoi et le comment. Et l’effarement du lecteur est alors en lutte avec un implacable sentiment de malaise, au fur et à mesure de l’avancée de l’enquête du psychologue qui met au jour de dramatiques mécanismes sociaux (auxquels certains pourraient ne pas adhérer, c’est peut-être le point un peu litigieux du récit).

Il est évidemment difficile d’en dire plus sous peine de gâcher la découverte, alors je préfère en rester à ce constat : “Sauvagerie” est un récit terrible. Visionnaire à sa manière, car il montre que Ballard, à travers cette étude sociale d’une petite communauté en cercle fermé, avait déjà senti les dérives de notre société tendant à l’ultra-sécurité, et dont la pression constante ne peut qu’amener la violence, la violence comme la dernière liberté possible. Fascinant. Et glaçant.

 

Lire aussi l’avis de Nebal, Le Tigre, Marcelline, Manu B., Philémont, Nawakulture, Stuntmanmat.

 

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Nuits cristallines, de Greg Egan https://www.lorhkan.com/2020/02/19/nuits-cristallines-de-greg-egan/ https://www.lorhkan.com/2020/02/19/nuits-cristallines-de-greg-egan/#comments Wed, 19 Feb 2020 06:30:00 +0000 https://www.lorhkan.com/?p=12071 Dans le cadre du Projet Maki, me voilà qui me (re)frotte à Greg Egan, un auteur à la fois fascinant sur le plan des idées et un brin rébarbatif sur le plan du style. Plongeons donc dans un monde virtuel dont le rythme d’évolution a passé la surmultipliée…   Quatrième...

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Dans le cadre du Projet Maki, me voilà qui me (re)frotte à Greg Egan, un auteur à la fois fascinant sur le plan des idées et un brin rébarbatif sur le plan du style. Plongeons donc dans un monde virtuel dont le rythme d’évolution a passé la surmultipliée…

 

Quatrième de couverture :

« Il était un créateur juste, mais pas omnipotent. Ses élagages circonspects représentaient la seule solution. » Daniel Cliff veut créer une IA de niveau humain, dans des buts rien moins qu’égoïstes. Mais quel est le moyen le plus éthique pour y parvenir ?

Avec « Nuits cristallines », nouvelle récompensée par le Prix des lecteurs de Bifrost 2015, Greg Egan donne son avis sur la question de l’intelligence artificielle…

 

Un monde dans un monde

Un riche patron, Daniel Cliff, a un rêve : développer une intelligence artificielle consciente. Un but lointain, tant la recherche avance à pas comptés. Mais Cliff a de larges ressources financières qui lui ont permis de développer un processeur optique très nettement plus puissant que tous les autres. Et avec ce processeur, il décide non pas de faire progresser la recherche fondamentale sur les intelligences artificielles mais plutôt de faire confiance à l’évolution en simulant un monde virtuel (et les créatures qui l’habitent) dont il peut modifier à loisir les paramètres, jusqu’à l’émergence d’une véritable conscience. Les créatures de ce monde vont donc évoluer à toute vitesse, en fonction des orientations dictées par Daniel Cliff, qu’elles soient plaisantes ou non. Quant à Cliff lui-même, son but n’est pas seulement purement scientifique…

Egan, hard-SF et IA, tel est le cocktail de “Nuits cristallines”, nouvelle lauréate du Prix des lecteurs de Bifrost en 2015. Le résultat est, comme souvent avec l’auteur australien, à la fois de haute volée sur le plan des idées et assez peu consistant sur le style ou les personnages. Mais s’agissant d’une nouvelle, ce n’est pas bien grave d’autant qu’ici Egan se fait assez accessible même si la science infuse une grande partie du récit.

On a donc des IA “humanisées” puisque vivant dans un monde certes virtuel pour nous mais bien réel pour elles. Le récit s’intéresse ainsi autant à la science en elle-même (IA et évolution bien sûr, avec un monolithique clin d’oeil visible en couverture, mais aussi quelques débordements physiques et linguistiques) qu’aux dérives qu’une absence d’éthique peut amener. Daniel Cliff, à jouer à Dieu avec ces IA, risque d’ailleurs bien de s’en mordre les doigts… À la vitesse où évolue le monde virtuel que Cliff croit maîtriser, il suffirait de peu pour qu’il finisse par lui échapper totalement… Mais pour quel résultat ? Car parfois, d’un mal peut naître un bien, en tout cas pour un homme de son ambition…

Un nouvelle réussie donc, assez vertigineuse dans ce qu’elle présente malgré une froideur qui colle décidément à la plume d’Egan. Mais bon, la SF est une littérature d’idée, n’est-ce pas ? Et sur ce point, “Nuits cristallines” tape en plein dans le mille.

 

Lire aussi l’avis de Feyd Rautha, Philémont, O comme Colomb.

Critique écrite dans le cadre du challenge “Le Projet Maki” de Yogo.

 

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Aurora, de Kim Stanley Robinson https://www.lorhkan.com/2020/02/14/aurora-de-kim-stanley-robinson/ https://www.lorhkan.com/2020/02/14/aurora-de-kim-stanley-robinson/#comments Fri, 14 Feb 2020 06:30:07 +0000 http://www.lorhkan.com/?p=12017 Kim Stanley Robinson, devenu célèbre grâce à sa trilogie martienne (“Mars la rouge”, “Mars la verte”, “mars la bleue”), est une voix importante dans le milieu de la SF. Je n’avais pourtant jamais lu l’auteur américain, même si ce n’est pas faute d’avoir tourné autour de sa fameuse trilogie. mais...

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Kim Stanley Robinson, devenu célèbre grâce à sa trilogie martienne (“Mars la rouge”, “Mars la verte”, “mars la bleue”), est une voix importante dans le milieu de la SF. Je n’avais pourtant jamais lu l’auteur américain, même si ce n’est pas faute d’avoir tourné autour de sa fameuse trilogie. mais cette fois c’est la bonne, hypé par les bonnes critiques de ce roman datant de 2015 en VO.

 

Quatrième de couverture :

Notre voyage depuis la Terre a commencé il y a des générations.

À présent, nous nous approchons de notre destination.

Aurora. 

Brillamment conçu et merveilleusement écrit, un roman majeur d’une des voix les plus puissantes de la science-fiction moderne. Aurora raconte l’histoire incroyable de notre premier voyage au-delà du système solaire, pour trouver un nouveau foyer.

 

Space, the final frontier…

Après un voyage de 170 ans à 10% de la vitesse de la lumière (avec tout de même plusieurs années d’accélération à l’aide d’un laser tiré depuis Saturne et autant d’années de décélération), les 2122 occupants d’un vaisseau générationnel (qui n’a pas de nom, chose rare) arrivent à destination : l’étoile Tau Ceti, dans la constellation de la Baleine, et notamment la planète E, située dans la zone habitable et dotée d’un satellite (nommé Aurora) qui pourrait être éligible à l’installation d’une colonie humaine.

Mon introduction donne le ton : Kim Stanley Robinson écrit de la hard-SF, “Aurora” ne fait pas exception, et même si les quelques chiffres qui apparaissent dans cette entrée en matière n’ont rien de très effrayants, le roman dans son ensemble est basée sur les sciences, “dures” avant tout (astronomie, biologie, physique…), mais aussi humaines (sociologie et politique). En fait, il est frappant de voir à quel point ce roman est une sorte de roman “total” : tout est réfléchi, tout fait sens, tout est cohérent, dans tout les aspects qu’il aborde. Et comme j’ai envie de dire qu’il aborde tous les aspects, je me permets d’affirmer que tout y est.

 

Les choses qui fâchent d’abord…

Alors c’est vrai, pour évacuer les tares du roman, car il y en a, il faut parler du style de Kim Stanley Robinson. L’auteur n’est certes pas connu pour sa prose lyrique, et effectivement ici c’est sec comme un coup de trique. Très factuel, sans doute un peu froid, avec quelques passages narratifs explicatifs qui relèvent plus du documentaire que du roman.

Mais Robinson a été suffisamment malin pour donner une explication à ce style, qui fait partie du processus narratif du roman puisqu’on s’aperçoit rapidement que le récit nous vient de l’intelligence artificielle qui régit le vaisseau. Celle-ci a en effet été mandatée par Devi, l’ingénieure en chef (née sur le vaisseau puisqu’on parle bien d’arche générationnelle) pour raconter le voyage. Ce n’est pas un détail, puisque ce processus va amener l’IA à appréhender le langage humain sous un angle très analytique mais va surtout la conduire à s’humaniser, à “réfléchir” à son statut, à s’interroger sur la conscience et, le cas échéant, à prendre des décisions.

L’autre défaut du texte est la relative faiblesse de ses personnages, qui manquent clairement d’éclat et qui ne portent pas le récit. On pourrait arguer que c’est une mauvaise chose, et si ces personnages ne sont pas un point fort du récit, il va falloir pour emporter l’adhésion du lecteur que Robinson mette les bouchées doubles sur le reste…

 

Et ensuite, ce qui est bon (c’est à dire tout le reste !)

Et bon sang c’est le cas, mille fois oui ! “Aurora” est un voyage interstellaire époustouflant, reprenant certains thèmes classiques des romans de ce type pour en faire un tout qui, à la condition d’être sensible à ce type de récit bien sûr, va vous faire chavirer plus d’une fois. C’est bien simple, j’ai eu des étoiles plein les yeux à de multiples reprises, le “sense of wonder” est à son sommet quasiment du début à la fin. Le récit est d’une rare ampleur, aborde de manière magistrale des éléments pourtant explorés à de multiples reprises (la colonisation d’une nouvelle planète par exemple), mais il le fait avec un souci du détail et du réalisme saisissant.

Il m’est difficile d’aborder de plus près les différentes étapes du voyage qu’offre ce roman, car expliquer ce qui le rend merveilleux serait spoiler éhontément, et “Aurora” mérite d’être découvert sans connaître ces détails. Alors je tairai les éléments clés de l’intrigue pour insister sur les aspects scientifiques, qui d’ailleurs peuvent donner un piste sur ce que va vivre l’équipage du vaisseau.

 

Syndrome de l’insularité

Robinson, très au fait des sciences, n’ignore pas qu’un long voyage en vase clos pose de sérieux problèmes. Le vaisseau du roman, constitué de deux vastes anneaux (eux-mêmes constitués de douze “biomes” de plusieurs kilomètres de long, recréant différents climats de la Terre, avec la faune et la flore correspondants à ces habitats et susceptibles d’être introduits sur Aurora) reliés à une structure centrale cylindrique, a bien du mal à amener ses occupants à bon port.

Au bout de 170 ans de voyage, malgré un recyclage systématique de la matière (quelle qu’elle soit), le métabolisme de ses biomes souffre de déséquilibres graves, mettant en danger l’existence même de l’équipage. Ce syndrome de l’insularité, couplé au fait que les bactéries qui peuplent ces habitats évoluent beaucoup plus vite que les organismes plus complexes, rend les longs voyages délicats. Il est amusant de constater que c’est cette raison qui a amené Liu Cixin, dans “Terre errante”, à déplacer la Terre plutôt que de construire des vaisseaux, aussi gigantesques soient-ils… Le côté biologique et génétique des choses est donc abordé de près, l’occasion pour Robinson d’étudier de près le fonctionnement du vaisseau du point de vue écologique.

 

Les robinsons suisses humains

Le roman s’intitulant “Aurora”, on a bien sûr droit au débarquement sur ce satellite de la planète E. Un monde fascinant, pas follement original en soi, mais l’installation de la colonie y est décrite avec minutie. Tout comme les précautions prises par les colons. Installation des premiers baraquements, des premiers véhicules, puis premiers déplacements vers ce qui pourrait constituer le premier véritable lieu d’habitation, etc… Cette volonté de réalisme chevillée au corps de Robinson (malgré une utilisation un peu trop intensive pour être tout à fait honnête des imprimantes “à tout faire”, jusqu’à imprimer des imprimantes…) rend cette expédition fascinante, car on y croit. Et inévitablement, l’auteur finit par nous montrer que l’Homme vient de la Terre, et que les autres mondes ne sont pas vraiment faits pour lui.

Enfin l’aspect politique et social est loin d’être négligeable. Car après tout, pour gérer plusieurs générations de voyageurs et une odyssée de près de deux siècles, il faut bien un système. Assez léger malgré tout tant que les occupants du vaisseau, disséminés dans les biomes, mènent leur vie tranquillement vers un objectif qui reste encore lointain, il va devenir critique dès lors que les problèmes font leur apparition et que la population se scinde en plusieurs factions aux avis différents. Il en va de la survie du vaisseau, de la réussite ou non de la “mission”.

 

Une épopée renversante !

Constitué de sept longs chapitres, le roman est donc absolument captivant. Jamais à court d’idées, relançant constamment la machine de chapitre en chapitre pour rendre l’épopée du vaisseau toujours plus palpitante et ambitieuse (ce fabuleux sixième chapitre, vertigineux à souhait, et décrivant une fuite en avant basée sur une navigation gravitationnelle au millimètre près… J’en rêve encore !), et s’inscrivant de manière spectaculaire sur un temps long d’une manière similaire à ce qu’avait fait Poul Anderson avec “Tau zéro” (sans toutefois être aussi extrême), “Aurora” est un spectacle quatre étoiles. Solide scientifiquement, il fait vivre au lecteur une épopée époustouflante.

Et du coup, le dernier chapitre, sur un ton très différent du reste, plus personnel, plus introspectif, détonne un peu. Il a certes son intérêt, avec notamment une conclusion frappante (peut-être amenée de façon un peu trop maladroite…), mais après ce splendide voyage on était en droit d’attendre une fin en apothéose. C’est sans doute pour mieux nous surprendre et mieux faire passer son message que Robinson a procédé ainsi et malgré ce petit bémol, à l’évidence le but est atteint.

Je crois donc que grandiose est un qualificatif qui sied parfaitement à “Aurora”. Les amateurs de grandes épopées spatiales ne pourront qu’être scotchés par ce récit. Certains disent que c’est le meilleur roman écrit par Kim Stanley Robinson. Puisque c’est le premier roman que je lis de cet auteur, je ne peux évidemment pas me prononcer, mais il me donne en tout cas très très envie d’aller voir de plus près le reste de sa bibliographie. Splendide !

 

Lire les avis de Gromovar, Feyd-Rautha, Yogo, Terenceblack, Charybde2, Gepe, Léa Touch Book, Culture vs news, Post Tenebras Lire, Christophe Dasse, Gloubik.

 

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Eugénie grandit, de Ketty Steward https://www.lorhkan.com/2020/02/11/eugenie-grandit-de-ketty-steward/ https://www.lorhkan.com/2020/02/11/eugenie-grandit-de-ketty-steward/#comments Tue, 11 Feb 2020 06:30:43 +0000 http://www.lorhkan.com/?p=12019 France Culture a proposé en fin d’année dernière un cycle de trois fictions radiophoniques, proposé par Stéphane Michaka, et relevant pleinement du genre science-fictionnel. Retour sur l’une de ces fictions, “Eugénie grandit”, signée Ketty Steward.   Quatrième de couverture : 2043, quelque part en France, Eugénie, 15 ans et demi,...

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France Culture a proposé en fin d’année dernière un cycle de trois fictions radiophoniques, proposé par Stéphane Michaka, et relevant pleinement du genre science-fictionnel. Retour sur l’une de ces fictions, “Eugénie grandit”, signée Ketty Steward.

 

Quatrième de couverture :

2043, quelque part en France, Eugénie, 15 ans et demi, vit avec ses parents adoptifs et se sent de plus en plus étrangère à son univers.
Les transformations attendues à l’adolescence s’accompagnent de la découverte de capacités surhumaines qui exacerbent ses questionnements sur les circonstances de sa naissance. Comme si ça ne suffisait pas, elle rate son inscription à l’université, se brouille avec sa meilleure amie et est contactée par une voix, directement dans sa tête.
Eugénie Grandit explore, de l’intérieur, le mythe du surhomme en le réalisant dans un corps vulnérable et en pleine mutation.
C’est la Cyborg d’Haraway incarnée par une adolescente et qui déploie des perspectives nouvelles d’avenir.

 

Dans la trame du réseau…

On change un peu de support avec “Eugénie grandit”, une fiction radiophonique signée Ketty Steward et diffusée sur France Culture au cours du cycle “Mythe d’un futur proche” (proposé par Stéphane Michaka et constitué de trois fictions indépendantes) mettant la science-fiction à l’honneur sur la radio publique. D’une durée d’un peu moins d’une heure, “Eugénie grandit” nous montre la France en 2043, et plus précisément le personnage d’Eugénie, jeune fille de 15 ans, noire et adoptée (par des parents originaires de Martinique, issus d’une classe moyenne de plus en plus reléguée vers les plus défavorisés et qui n’aura sans doute jamais les moyens d’aller sur les traces de leurs ancêtres), pétrie de talent mais qui a du mal à trouver sa voie. La recherche de ses propres origines va la mener à quelque chose de proprement extraordinaire, et qui pourrait radicalement influer sur le destin de l’humanité toute entière.

On attend bien évidemment Ketty Steward sur le terrain de la diversité, de l’engagement pour la cause des personnes racisées, de l’afrofuturisme. Toutes ces cases sont cochées ici, au sein d’un récit résolument SF, s’inspirant ouvertement d’une autre autrice engagée, Octavia Butler et son roman “Le motif”. Dans une France du futur toujours pas débarrassée de ses vieux démons racistes, Eugénie va incarner l’émergence d’une nouvelle humanité et à travers elle Ketty Steward va mettre l’auditeur face à ce qui est régulièrement vécu par les personnes racisées : le rejet, le racisme (ordinaire ou non, peu importe, c’est du racisme). Eugénie est une adolescente qui se cherche, elle cherche sa place, elle cherche ses origines, et les inévitables questionnements liés à cet âge charnière sonnent comme une métaphore de l’apparition de cette nouvelle humanité désireuse de se débarrasser du carcan d’une société à bout de souffle. Et cette mutation, fruit de recherches scientifiques privées où l’éthique et la moralité ont cédé la place à la rentabilité, offre rien de moins que la possibilité de voir ce qui se rapproche d’une dystopie devenir, peut-être, une utopie concrète.

De son côté la narration, découpée en chapitres, fait sens et si certains passages très explicatifs sur cette France de 2043 peuvent détonner dans une fiction qui se veut “vivante”, ils sont en fait parfaitement justifiés narrativement et partent de notre situation actuelle (réchauffement climatique, ingénierie génétique, intelligences artificielles…) pour mieux l’extrapoler. Ces passages en voix off démontrent le pourquoi de leur présence sous cette forme à la toute fin du récit, jusqu’à y inclure l’auditeur lui-même.

Si le rapport avec le roman de Balzac n’apparaît pas clairement (du moins je ne l’ai pas vu mais ma lecture de “Eugénie Grandet” remonte au collège… Le titre permet malgré tout de faire surgir une certaine signification au vu du patronyme de l’héroïne, Eugénie Petit), cette fiction atteint malgré tout pleinement son but. Revendicatrice, engagée, féministe, “Eugénie grandit” est une nouvelle preuve de l’importance que peut avoir la SF sur les réflexions liées à notre monde d’aujourd’hui. Sur la forme, tout n’est certes pas parfait (quelques réactions pas tout à fait naturelles venant des acteurs), mais le fond est très pertinent. On regrettera tout de même que la volonté de mettre en avant des personnages noirs, notamment Eugénie elle-même, n’ait pas été poussée jusqu’au choix de l’actrice qui lui prête sa voix, Louise Legendre (dont la qualité du travail n’est malgré tout pas à remettre en cause) n’étant absolument pas noire…

 

Lire aussi l’avis de Karukerament.

Critique écrite dans le cadre du challenge “Le Projet Maki” de Yogo.

 

Post scriptum : suite à la réclamation de Ketty Steward en personne, l’autrice de “Eugénie grandit” souhaite préciser aux lectrices et lecteurs de ces lignes qu’elle ne se considère pas comme appartenant au mouvement afrofuturiste, contrairement à ce qu’avait présenté Michael Roch dans une conférence aux Utopiales 2019. Par ailleurs, ses écrits abordent de nombreuses thématiques, la diversité et le racisme en font partie mais pas de manière exclusive.

 

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Semiosis, de Sue Burke https://www.lorhkan.com/2020/02/06/semiosis-de-sue-burke/ https://www.lorhkan.com/2020/02/06/semiosis-de-sue-burke/#comments Thu, 06 Feb 2020 06:30:35 +0000 http://www.lorhkan.com/?p=11989 Le besoin de lire de la SF d’évasion, c’est à dire non pas nécessairement un truc pour se vider la tête mais plutôt quelque chose qui parle d’un ailleurs inconnu, de planètes lointaines, etc… m’a fait me tourner vers “Semiosis” de Sue Burke. Un petit groupe de Terriens a fui...

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Le besoin de lire de la SF d’évasion, c’est à dire non pas nécessairement un truc pour se vider la tête mais plutôt quelque chose qui parle d’un ailleurs inconnu, de planètes lointaines, etc… m’a fait me tourner vers “Semiosis” de Sue Burke. Un petit groupe de Terriens a fui la Terre pour reconstruire un monde meilleur, un monde sur lequel ils vont découvrir des choses étonnantes, notamment du côté des formes de vie…

 

Quatrième de couverture :

Ils sont cinquante – des femmes, des hommes de tous horizons. Ils ont définitivement quitté la Terre pour, au terme d’un voyage interstellaire de cent soixante ans, s’établir sur une planète extrasolaire, qu’ils ont baptisée Pax. Ils ont laissé derrière eux les guerres, la pollution, l’argent, pour se rapprocher de « la nature ». Tout recommencer. Retrouver un équilibre définitivement perdu sur Terre. Construire une Utopie. Mais avant même de fonder leur colonie, des drames mettent à mal leur idéal. Avarie sur une capsule d’hibernation, accident d’une des navettes au moment de l’atterrissage. Du matériel irremplaçable est détruit. Les morts s’accumulent. La nature est par essence hostile et dangereuse ; celle de Pax, mystérieuse, ne fait pas exception à la règle. Pour survivre, les colons de Pax vont devoir affronter ce qu’ils ne comprennent pas et comprendre ce qu’ils affrontent.

 

Faire mieux, ailleurs…

Pour fuir la Terre devenue un lieu de violences (de toutes sortes) et de tourments, un petit groupe décide de prendre le large et de partir pour un long voyage en hibernation de plus d’un siècle en direction de la lointaine planète baptisée Pax. Leur ambition : repartir sur des bases saines et créer une meilleure société. Mais rien ne sera aisé puisqu’à peine arrivés, une série d’accidents coûtera la vie à plusieurs voyageurs, privant les survivants de matériel important.

 

Burke-Tchaikovsky, même combat ?

Ainsi donc, à peine plus d’une trentaine de voyageurs débarquèrent sur Pax. Et c’est l’histoire et le développement de cette installation humaine que nous décrit “Semiosis”, sur plusieurs générations, avec plusieurs narrateurs, et avec bien évidemment la rencontre avec des formes de vie inattendues. Le lecteur connaisseur de SF fera sans doute assez rapidement le rapprochement avec “Dans la toile du temps” de Adrian Tchaikovsky, mais mettons tout de suite les choses au point :  les deux romans ont finalement peu de choses en commun. Tchaikovsky et Burke ont en effet décidé de s’intéresser au même thème mais aux deux extrémités du spectre, Tchaikovsky sur un temps très long et géographiquement très vaste, Burke sur un temps assez court (107 ans pour être précis) et géographiquement très restreint (le camp humain, grosse modo, et un peu les alentours).

Deux manières d’aborder le sujet, deux façons de faire qui ont chacune leur intérêt. Sue Burke a décidé de rester “plus humaine” sur l’échelle du temps, permettant au lecteur de voir défiler les personnages et leurs descendants au fil des chapitres (et des années), alors que sur ce point Tchaikovsky avait “triché” en utilisant la cryogénisation pour garder les mêmes personnages humains tout au long de son récit, et un nom conservé au fil des générations d’araignées. Le procédé d’identification du lecteur n’est donc pas tout à fait le même dans les deux cas. Mais trêve de comparaison, puisque les qualités propres de “Semiosis” ne se mesurent pas à l’aune du roman d’Adrian Tchaikovsky.

 

Once upon a time in the west

“Semiosis” a en effet largement de quoi satisfaire le lecteur : une planète inconnue, des formes de vie étonnantes, voilà qui ne peut qu’intriguer le lecteur de science-fiction. Et bien sûr, ce nouveau départ pour ce groupe d’hommes et de femmes qui arrivent sur Pax avec les meilleures intentions. Intentions qui finiront forcément pas se fracasser sur le mur de la réalité. Mais peut-être pas totalement… Sue Burke nous refait donc un peu ici la découverte du Nouveau Monde et l’installation des premiers colons. Si ce n’est que les colons de Pax ont une vraie ligne de conduite, basée sur le respect. Respect de soi-même, respect des autres, y compris de ceux qu’ils ne connaissent pas. Comme d’éventuelles formes de vie intelligentes, radicalement différentes de celles auxquelles nous sommes habitués sur Terre. Le message écologique est donc évident, et le nom de la planète est un indice fort sur le socle de cette nouvelle société.

 

Le bambou, un végétal qui nous veut du bien

“Semiosis” est donc aussi un roman sur l’altérité, l’acceptation d’un autre, très différent. Et si je n’en dis pas plus sur cet (ou ces…) autre(s), c’est pour préserver le suspense, même s’il y aurait beaucoup à en dire. Mais tout de même (parce que c’est plus fort que moi…), l’intelligence végétale, ce n’est pas si courant, même si on pourrait parfois regretter un mode de pensée un peu trop comparable au nôtre (alors que métaboliquement/physiologiquement/biologiquement c’est excellemment bien pensé). Mais après tout, qui suis-je pour juger une espèce que je ne connais pas, née sur une planète beaucoup plus ancienne que la Terre et dont les formes de vie ont forcément évolué différemment et plus longuement ? Qui sait comment se comporteront les bambous terrestres dans un milliard d’années ?… 😉

 

Fin, moyens, etc…

Récit d’une nouvelle micro-société perpétuellement en lutte pour la survie au sein d’un écosystème étonnant, “Semiosis” aborde également, sur un plan plus politique, la façon de gérer cette communauté, aux buts nobles mais aux moyens qui peuvent l’être beaucoup moins. A ce titre, le deuxième chapitre est assez édifiant et ne manquera pas de rappeler le magistral “Kirinyaga” du regretté Mike Resnick.

 

La perfection n’est pas de ce monde

Le roman joue donc sur des thématiques dans l’air du temps, et le fait de manière efficace. Le seul vrai bémol tient sans doute aux personnages. Avec des narrateurs différents à chaque chapitre, il est un peu difficile de s’attacher, l’implication émotionnelle en prend donc un coup. Avec en plus une petit baisse de rythme au début du dernier tiers, pourtant temporellement plus restreint, c’est cette fois l’attention qui faiblit. Mais l’intérêt revient vite quand Sue Burke se décide à lancer un sprint final potentiellement dévastateur.

 

107 ans d’utopie

Sans doute imparfait, “Semiosis” a pourtant bien des arguments pour lui. Politique, social, écologique, abordant l’utopie et l’altérité, il traite de thèmes forts et même si son cadre “restreint” pourrait jouer en sa défaveur, ce serait sans doute oublier un peu vite que micro-société ne veut pas forcément dire micro-roman. Gabriel García Márquez et son “Cent ans de solitude” en sont la preuve la plus éclatante.

 

Lire les avis de Gromovar, Lune, Yogo, Le chien critique, Cédric, AnudarFeyd-Rautha, Anne-Laure, Célindanaé, Boudicca, Nicolas, Le chroniqueur, Yuyine, Mélie, Lisou, Lutin82, Sophie, Touchez mon blog Monseigneur… 

 

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Schémas artificiels, Journal d’un AssaSynth tome 2, de Martha Wells https://www.lorhkan.com/2020/02/03/schemas-artificiels-journal-dun-assasynth-tome-2-de-martha-wells/ https://www.lorhkan.com/2020/02/03/schemas-artificiels-journal-dun-assasynth-tome-2-de-martha-wells/#comments Mon, 03 Feb 2020 06:30:49 +0000 http://www.lorhkan.com/?p=12005 Suite de la très bonne novella “Défaillances systèmes”, “Schémas artificiels” remet en scène l’androïde émancipé imaginé par l’autrice américaine Martha Wells. Toujours sur le format novella (le cycle en compte pour le moment quatre, et un roman est à venir en 2020 en VO), le récit poursuit les aventures d’un...

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Suite de la très bonne novella “Défaillances systèmes”, “Schémas artificiels” remet en scène l’androïde émancipé imaginé par l’autrice américaine Martha Wells. Toujours sur le format novella (le cycle en compte pour le moment quatre, et un roman est à venir en 2020 en VO), le récit poursuit les aventures d’un “assasynth” en quête de lui-même et d’une place au sein d’une société à laquelle il n’est pas censé appartenir.

 

Quatrième de couverture :

Les SecUnits se moquent pas mal des actualités. Même après avoir piraté mon module superviseur et débloqué mes accès, je n’y ai jamais prêté grande attention. D’abord, parce que les téléchargements de contenu multimédia risquent moins de déclencher les alarmes éventuelles des réseaux locaux et satellitaires, mais surtout, parce que les informations sont d’un ennui mortel et que je me fiche éperdument des querelles entre humains tant que je n’ai pas 1) à y mettre un terme, 2) à nettoyer après eux.

AssaSynth se fait passer pour un humain augmenté et embaucher comme consultant de sécurité auprès de trois scientifiques en litige avec leur employeur…

Entre voyage dans la galaxie et exploration de mine abandonnée, Schémas artificiels sonde davantage la conscience émergente du narrateur. Ses relations avec d’autres intelligences artificielles dessinent une fresque de personnages non-humains d’une grande profondeur, rappelant le cycle de « La Culture » de Iain Banks. Et à se mettre au service d’humains, AssaSynth découvre à quel point il est délicat de ne pas s’attacher émotionnellement à ceux qu’on protège.

Défaillances systèmes, la première des quatre novellas qui forment « Journal d’un AssaSynth », a reçu les prix Hugo, Nebula, Alex et Locus.

 

What a feeling

Suite directe de “Défaillances systèmes”, “Schémas artificiels” poursuit l’intrigue lancée par Martha Wells, à savoir la recherche par l’androïde narrateur de sa place au sein de la société humaine, elle qui justement n’en donne aucune aux androïdes, a fortiori quand ils parviennent à pirater leur module superviseur. Pensez donc, un androïde “hors de contrôle”, notamment un SecUnit, c’est à dire un androïde de sécurité doté de nombreux systèmes de piratages et de combat, c’est intolérable !

Pourtant notre “AssaSynth” n’est pas un danger public. Il est même régi (de lui-même) par une certaine droiture, une certaine conscience (professionnelle ou non, allez savoir), qui le poussent à d’une part éviter les carnages (après tout, vu sa condition, il vaut mieux rester discret), et d’autre part à particulièrement veiller sur les humains faisant appel à lui.

 

Voyage, voyage

Car il y en a des humains qui ont besoin de lui, même si ces derniers ne savent pas forcément à qui ils s’adressent réellement. C’est le cas dans “Schémas artificiels” puisqu’un petit groupe de jeunes scientifiques a besoin d’un garde du corps pour superviser (au cas où…) la négociation qu’ils s’apprêtent à mener avec leur patronne soupçonnée de leur avoir volé leur travaux. Un contrat qui tombe bien puisque qu’il va permettre à notre androïde (toujours aussi fan de séries télé, s’il pouvait il y passerait tout son temps !) de revenir sur les lieux qui l’ont vu pirater son module superviseur au cours d’une mission qui a mal tournée (et qui a causé la mort de 57 personnes…).

 

EVE, lève-toi

Scindée en deux parties bien distinctes (la première étant plutôt introspective avec l’interaction entre l’androïde et l’IA d’un vaisseau de transport plutôt bavarde  (que l’AssaSynth va surnommer EVE pour Emmerdeur de Vaisseau Expéditionnaire (en VO : ART pour Asshole Research Transport)) mais importante puisque rapprochant encore un peu plus, ne serait-ce que physiquement, l’androïde de l’espèce humaine, la seconde lançant l’intrigue proprement dite), la novella de Martha Wells capitalise sur ce qui avait fait le succès de “Défaillances systèmes” : intrigue resserrée (même si elle joue sur plusieurs tableaux), de l’action, de l’humour (un peu moins que dans le volume précédent ceci dit), et quelques thèmes plutôt classiques de la SF repris de belle manière sans que cela ne soit particulièrement renversant.

C’est incontestablement efficace, finalement (sans qu’on y prenne garde) hautement sympathique et suffisamment bien mené (y compris dans la méta-intrigue qui court sur les quatre novellas) pour donner envie au lecteur de plonger dans le troisième volume. Je n’y manquerai d’ailleurs pas !

 

Lire aussi l’avis de Dionysos, Anne-Laure, Zina, Lullaby, Un bouquin sinon rien.

Critique écrite dans le cadre du challenge “Le Projet Maki” de Yogo.

 

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Message trouvé dans un exemplaire de Terreplate, de Rudy Rucker https://www.lorhkan.com/2020/01/31/message-trouve-dans-un-exemplaire-de-terreplate-de-rudy-rucker/ https://www.lorhkan.com/2020/01/31/message-trouve-dans-un-exemplaire-de-terreplate-de-rudy-rucker/#comments Fri, 31 Jan 2020 06:30:17 +0000 http://www.lorhkan.com/?p=11997 Le Projet Maki risque de faire apparaître sur ce blog une critique de nouvelle par semaine… Peut-être pas chaque semaine mais en tout cas, c’est avec plaisir que je m’y soumets à nouveau aujourd’hui, cette fois avec Rudy Rucker qui nous permet de revenir sur “Flatland”, cet excellent roman de Edwin...

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Le Projet Maki risque de faire apparaître sur ce blog une critique de nouvelle par semaine… Peut-être pas chaque semaine mais en tout cas, c’est avec plaisir que je m’y soumets à nouveau aujourd’hui, cette fois avec Rudy Rucker qui nous permet de revenir sur “Flatland”, cet excellent roman de Edwin Abbott que je ne saurais trop vous conseiller de lire…

 

Quatrième de couverture :

Toutes mes tentatives de remonter le tunnel ont échoué. Il va m’être nécessaire de continuer mon chemin et de trouver une autre issue. Mais avant de partir, je vais toutefois rédiger un compte-rendu de mes tribulations jusqu’à maintenant.
L’année dernière, je croyais encore que 
Terreplate, le roman de Edwin Abbott, était une œuvre de fiction. Maintenant, je le sais, Terreplate est réelle. Que je lève les yeux et je la vois tandis que j’écris.

Un professeur d’université, parti à Londres sur les traces d’Edwin Abbott Abbott, va découvrir que ce monde bidimensionnel n’est peut-être pas qu’une fantaisie mathématique…

 

Au fond d’un trou vivaient… des figures géométriques !

Courte nouvelle (une petite vingtaine de pages), “Message trouvé dans un exemplaire de Terreplate” vaut surtout pour le fait de retourner sur Flatland, cet étrange monde en deux dimensions qui a donné lieu au récit du même nom de Edwin Abbott, en lui donnant une existence réelle et en justifiant par là même l’étonnante (pour ne pas dire extraordinaire, et pour cause…) qualité du récit de Abbott, auteur qui n’a pourtant pas vraiment fait de vagues, ni avant ni après “Flatland”.

Le texte de la nouvelle est en fait le récit écrit par Robert Ackley, universitaire sur les traces du “mystère” Abbott, dans la marge d’un exemplaire du roman “Flatland”, décrivant la découverte qu’il fait à Londres sur l’ancien emplacement de la City of London School, quand Abbott en était le directeur. Ce qu’il observe fait de “Flatland” autre chose qu’une simple allégorie…

La nouvelle de Rudy Rucker est évidemment un hommage plus qu’appuyé à l’oeuvre d’Abbott et lui permet de jouer avec certaines caractéristiques typiques du monde de Flatland. Au fond, ça ne va guère plus loin, mais par défaut tout ce qui permet de s’amuser et de (re)découvrir “Flatland” trouve forcément grâce à mes yeux… 😉

Quant à savoir pourquoi un traducteur breton officiant à Saint Mammès, lieu ô combien ténébreux et maison mère des démons du Bélial’, a eu l’idée saugrenue de traduire Flatland par Terreplate, il faudra lui demander. L’avantage de ce choix est qu’il semble avoir mis sur les rails une version bretonne de Flatland, et ça, ça vaut de l’or !* 😀

 

* Ceci est bien sûr une private joke, qui peut être décryptée via Twitter😉

 

Lire aussi l’avis de Philémont.

Critique écrite dans le cadre du challenge “Le Projet Maki” de Yogo.

 

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L’incivilité des fantômes, de Rivers Solomon https://www.lorhkan.com/2020/01/27/lincivilite-des-fantomes-de-rivers-solomon/ https://www.lorhkan.com/2020/01/27/lincivilite-des-fantomes-de-rivers-solomon/#comments Mon, 27 Jan 2020 06:30:47 +0000 http://www.lorhkan.com/?p=11982 Le roman “L’incivilité des fantômes” de Rivers Solomon semble avoir fait son effet là où il est passé. Politique, engagé, dénonciateur, voilà des qualificatifs qui s’appliquent bien à la SF dès lors qu’elle donne des textes qui s’intéressent à l’aspect social des choses. Ce roman est de ceux-là.   Quatrième...

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Le roman “L’incivilité des fantômes” de Rivers Solomon semble avoir fait son effet là où il est passé. Politique, engagé, dénonciateur, voilà des qualificatifs qui s’appliquent bien à la SF dès lors qu’elle donne des textes qui s’intéressent à l’aspect social des choses. Ce roman est de ceux-là.

 

Quatrième de couverture :

Aster est une jeune femme que son caractère bien trempé expose à l’hostilité des autres. Son monde est dur et cruel. Pourtant, elle se bat, existe, et aide autant qu’elle le peut, avec son intelligence peu commune, ceux et celles qu’elle peut aider. Mais un jour, un type la prend en grippe. Et Aster comprend qu’elle ne peut plus raser les murs, et qu’il lui faut se tenir grande. Sa rébellion est d’autant plus spectaculaire qu’elle est noire, dans un vaisseau spatial qui emmène les derniers survivants de l’humanité vers un éventuel Eden, un vaisseau où les riches blancs ont réduit en esclavage les personnes de couleur.

Un premier roman qui prend pour prétexte la science-fiction pour inventer un microcosme de l’Amérique, et de tous les maux qui la hantent, tels des fantômes.

 

Perdus dans l’espace

Le Matilda est un vaisseau générationnel en partance vers un monde meilleur. Ayant abandonné une Terre devenue hostile à la vie (du moins c’est ce qu’on devine puisque le lecteur n’en saura guère plus sur le sujet), le vaisseau a pour but de trouver une nouvelle terre promise, propice à l’établissement d’une nouvelle colonie. Si je parle bien de colonie, ce n’est pas un vain mot puisque Rivers Solomon utilise le Matilda (dont le nom est dérivé du Coltilda, dernier navire négrier à avoir accosté aux Etats-Unis) comme c’est souvent le cas dans les récits de SF dystopique “en vase clos” (que cela soit d’immenses immeubles dans “Les monades urbaines” de Robert Silverberg ou bien des silos enterrés dans le bien nommé “Silo” de Hugh Howey, les exemples sont très nombreux), à savoir comme une allégorie d’une situation sociale propre à être dénoncée.

 

L’esclavage du futur, le même qu’avant

Et ici Rivers Solomon frappe fort sur le racisme et l’esclavagisme. Mais pas seulement. Le Matilda n’est en fait rien d’autre qu’une transposition des plantations de canne à sucre du temps de l’esclavage. Le vaisseau abrite les “hauts-pontiers” qui vivent, comme leur nom l’indique, sur les ponts supérieurs. Riches, blancs et bien portants, voire même oisifs, ils se reposent de façon violente et totalitaire sur les “bas-pontiers” chargés des cultures et de tout le travail manuel et harassant nécessaire à la vie de tout le vaisseau. Ce n’est rien de moins que de l’esclavage, et l’analogie avec les plantations est encore plus marqué quand on se rend compte que les bas-pontiers sont toutes des personnes racisées. La transposition et la dénonciation sont dès lors très clairs et prennent en plus une tournure très actuelle si on y ajoute un aspect LGBTQIA+ important.

 

Des personnages torturés

Aster est une des ces bas-pontiers. Orpheline depuis le suicide de sa mère plusieurs années en arrière et à l’identité sexuelle pas vraiment définie, elle a du mal à se faire une place, y compris auprès de ses compagnons d’infortune. Elle ne manque pourtant pas de talent, notamment sur le plan médical, c’est d’ailleurs ce qui lui a permis de fraterniser avec Theo, Chirurgien-Général du vaisseau et accessoirement (ou pas) fils illégitime du Souverain (le dirigeant principal) du Matilda. Mais lui aussi est ostracisé : métis et homosexuel, il ne doit sa situation qu’à son père. Une amie d’Aster, Giselle (femme à fleur de peau, à la psychologie ravagée par les sévices subis depuis l’enfance), va mettre notre jeune héroïne sur la piste du mystère entourant le suicide de sa mère, un mystère qui pourrait bien venir perturber la routine bien rodée de la plantation du Matilda.

 

Une violence omniprésente

“L’incivilité des fantômes” touche donc un sujet fort, un sujet sensible. Et pour bien marquer les esprits, Rivers Solomon, autrice non-binaire, n’épargne pas le lecteur. La première scène est frappante : rien de moins que l’amputation du pied d’une petite fille des bas-ponts. Une scène pas du tout écrite de manière voyeuriste ou gore, mais plutôt pour bien montrer la situation du vaisseau et des bas-pontiers : ces derniers sont en bas de l’échelle, n’ont aucune valeur, et ne peuvent compter que sur eux-mêmes pour survivre.

Et Rivers Solomon de poursuivre sa démonstration avec force : Aster se passe de l’onguent sur les parties intimes pour moins souffrir en cas de viol, elle a subi une hystérectomie pour ne pas tomber enceinte suite à un viol, brimades régulières, exécutions sommaires (y compris sur des enfants), couvre-feu, inspections, la vie dans les plantations le Matilda est un enfer pour les plus démunis. La violence est omniprésente, c’est en fait une caractéristique de la société du Matilda. Une violence qui n’est pas forcément montrée de manière frontale au lecteur (quoique…) mais qui imprègne pourtant chaque page du roman.

Le personnage d’Aster est bien sûr au centre du roman. Personnage complexe, torturé (sur bien des plans…), Aster se débat au sein du Matilda, cherchant tout d’abord une place sans vraiment la trouver avant qu’une cause qui la dépasse ne finisse par la faire grandir. Mais le prix à payer est rude… Pourtant, jamais Aster ne baisse les bras, jamais elle ne se laisse aller à l’abandon, et c’est avec un autre personnage torturé, Theo, qu’elle trouvera la possibilité d’avancer (leur relation est importante, pleine de justesse et loin des clichés habituels), jusqu’à un dénouement doux-amer que je ne dévoilerai évidemment pas.

 

Un roman militant

Alors le féru de SF pourra trouver que le contexte du roman n’est qu’un prétexte et que le fond du récit aurait pu trouver sa place dans un tout autre monde sans que cela ne fasse une grosse différence. C’est vrai (même si Rivers Solomon a pris le soin de donner quelques éléments purement SF comme ces champs de cultures se déplaçant autour d’une étoile artificielle, source d’énergie du vaisseau, une énergie qui d’ailleurs manque aux ponts inférieurs non chauffés…), et ce n’est pas important.

L’important est bien sûr le propos du roman qui, dans un autre contexte aurait pu donner un roman hors du champ de la SF, mais un bon roman est un bon roman, quel que soit son genre. C’est ce qu’est “L’incivilité des fantômes”, un récit sur l’oppression, sur la différence, féministe, âpre, dur, violent, marquant, avec des scènes chocs, militant bien sûr et (malheureusement…) encore nécessaire de nos jours.

 

Lire les avis de Gromovar, Lune, Yogo, Feyd-RauthaNicolas, Chris, Vincent DegrezBonnes feuilles et mauvaise herbe, Vincent Sorel, Jean-Paul Degache.

 

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Le porteur d’eau, de Jean-Marc Ligny https://www.lorhkan.com/2020/01/23/le-porteur-deau-de-jean-marc-ligny/ https://www.lorhkan.com/2020/01/23/le-porteur-deau-de-jean-marc-ligny/#comments Thu, 23 Jan 2020 06:30:59 +0000 http://www.lorhkan.com/?p=11978 Le Projet Maki de Yogo est en route, et c’est l’occasion rêvée d’écluser un certain nombre de nouvelles isolées qui traînent sur ma PAL numérique. Avec au bout du compte, de belles découvertes comme c’est le cas ici avec ce texte de Jean-Marc Ligny.   Quatrième de couverture (ou plutôt...

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Le Projet Maki de Yogo est en route, et c’est l’occasion rêvée d’écluser un certain nombre de nouvelles isolées qui traînent sur ma PAL numérique. Avec au bout du compte, de belles découvertes comme c’est le cas ici avec ce texte de Jean-Marc Ligny.

 

Quatrième de couverture (ou plutôt le début du texte) :

C’est une vallée désertique, terre craquelée, arbres morts, pelade d’herbes jaunes moribondes. Sur les flancs ravinés des collines, des souches calcinées, de la caillasse, des broussailles épineuses et revêches, de la poussière qui volute au moindre souffle de vent. Les empreintes d’anciens champs, des vestiges de clôtures. Au creux de la vallée, quelques fermes en ruines gisent le long de routes défoncées, dont l’asphalte est réduit à l’état de plaques noirâtres. Sur les rives pierreuses d’une rivière asséchée s’étend un village, dont le centre est enclos d’une grossière palissade de tôles. Hors de l’enceinte, les maisons sont abandonnées, écroulées ou incendiées. Une zone artisanale en friche arbore les carcasses dénudées de bâtiments industriels, entourés de traces de parkings envahis de moisine, où achèvent de pourrir deux ou trois épaves de voitures sableuses et mangées de rouille. Au milieu du village, un pont effondré, rafistolé de bric et de broc, enjambe la rivière. Quelques panneaux solaires décatis s’étalent sur les toits des maisons. Quatre éoliennes de guingois tournent en grinçant. Surgissant au-dessus des collines pelées, le soleil se lève sur cette désolation, énorme, boursouflé. La journée s’annonce torride, comme d’habitude.

 

L’espoir s’en est allé…

Ce récit m’en a rappelé un autre, “Exodes”, roman lui aussi signé Jean-Marc Ligny et paru en 2012, soit trois ans après “Le porteur d’eau”, nouvelle parue quant à elle en 2009 dans le numéro 56 de la revue Bifrost. Et pour cause : “Le porteur d’eau” pourrait faire office d’introduction au roman, puisqu’il en partage l’univers, avec les mêmes problématiques mais aussi la même noirceur.

Comme dans “Exodes” donc, le texte se situe dans un avenir relativement proche de nous (en 2080 précisément), dans une France ravagée par le changement climatique. La description du petit village qui ouvre le récit pose le décor : vous qui entrez ici abandonnez toute espérance… Les habitants survivent à peine, doivent quémander (et payer) l’eau potable au village voisin dirigé par un tyran, et subissent les assauts d’un soleil qui brûle tout. C’est dans ce village au bord du délabrement le plus total que Cédric, le maire (ou disons celui qui fait plus ou moins office d’autorité pour prendre certaines décisions), va faire le choix risqué mais nécessaire de faire à pied sous un soleil meurtrier les 15 kilomètres le séparant du village voisin pour ramener de l’eau potable, alors que son épouse Clara est rongée par un cancer de la peau et que les autres habitants meurent eux aussi à petit feu. Les plus riches, eux, sont à l’abri dans des villes sous dôme, à l’abri du danger, à l’abri du climat. Davos est une de ces enclaves, dans laquelle vit la soeur de Clara, Mélanie. Cette dernière va tenter de faire accepter un rapprochement familial pour mettre Clara à l’abri.

Descriptions précises et terribles (les deux extrêmes que sont le village de Cédric et Clara et l’enclave de Davos sont frappants), personnages touchants au bord du chaos, Jean-Marc Ligny met en scène ici ce qui reste de l’humanité après son effondrement dû au réchauffement climatique. Une humanité qui cherche à survivre à tout prix, en s’entraidant (mais pas toujours…), ou en se repliant sur ses privilèges, voire carrément en cédant à la violence la plus meurtrière.

Evidemment, et les lecteurs du roman “Exodes” ne seront pas surpris, le texte est noir, très noir. Cruel même, avec ses personnages, ce qui n’empêche pas “Le porteur d’eau” d’être un excellent récit (Jean-Marc Ligny semble être l’auteur français qui s’est le mieux approprié la problématique du réchauffement climatique sur le plan des conséquences pour les populations), pour ceux qui n’ont pas peur de sombrer dans le désespoir. Est-ce ainsi que cela se passerait si nous en arrivions à une telle situation ? Il est glaçant de le penser, mais peut-être naïf de le nier…

 

Critique écrite dans le cadre du challenge “Le Projet Maki” de Yogo.

 

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Membrane, de Chi Ta-Wei https://www.lorhkan.com/2020/01/17/membrane-de-chi-ta-wei/ https://www.lorhkan.com/2020/01/17/membrane-de-chi-ta-wei/#comments Fri, 17 Jan 2020 06:30:23 +0000 http://www.lorhkan.com/?p=11969 Je suis en ce moment dans un tunnel de SF asiatique puisqu’après deux textes de Liu Cixin (“Terre errante” et “Boule de foudre”), je m’attelle à “membrane”, novella du Taïwanais Chi Ta-Wei. Récipiendaire du Prix United Daily News en catégorie novella, “membrane” est considéré comme l’un des textes fondateurs de...

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Je suis en ce moment dans un tunnel de SF asiatique puisqu’après deux textes de Liu Cixin (“Terre errante” et “Boule de foudre”), je m’attelle à “membrane”, novella du Taïwanais Chi Ta-Wei. Récipiendaire du Prix United Daily News en catégorie novella, “membrane” est considéré comme l’un des textes fondateurs de la littérature queer à Taïwan.

 

Quatrième de couverture :

Momo, une jeune esthéticienne réputée mais solitaire et marginale, vit dans une ville sous-marine d’un monde futur à l’écologie bouleversée. Ayant contracté enfant un virus d’un genre nouveau, il semble qu’elle ait subi de multiples transplantations d’organes artificiels.
Dans ce monde où les corps, les identités et les sexes se métamorphosent et se réinventent, les humains sont-ils encore maîtres de leur mémoire et de leur avenir ? Quel est le véritable passé de Momo ? Les prodigieuses membranes dont elle fait usage dans sa clinique auraient-elles une fonction insoupçonnée ?

 

Ville sous cloche et personnage complexe

Année 2100. La Terre est devenue quasiment inhabitable à cause de la couche d’ozone à tel point dégradée que les rayons UV du Soleil brûlent tout. La solution pour se prémunir de ce danger mortel : aller vivre sous les mers, l’eau étant une barrière naturelle infranchissable. La société s’est donc transformée, au gré d’une technologie qui repousse les limites du vivant : les androïdes sont devenus courants et permettent de s’offrir de nouveaux organes dès lors que la nature ne tient plus la route.

C’est à T-ville, dôme sous marin au large de Taïwan, que travaille et vit Momo, esthéticienne très recherchée par les habitants les plus fortunés. Momo est un personnage marquant, façonné par une vie compliquée : relations conflictuelles avec une mère absente, graves problèmes de santé alors qu’elle avait sept ans l’ayant conduit à trois ans d’hospitalisation, forte amitié avec Andy durant cette hospitalisation jusqu’à ce qu’Andy disparaisse subitement à la fin du traitement de Momo… Tout cela laisse des traces. Momo vit donc en recluse dans son petit appartement jouxtant son cabinet d’esthéticienne.

 

Un texte bien de son époque

“Membrane” a été écrit en 1995, et on s’en aperçoit rapidement, le contexte dans lequel vit Momo ne cesse de la rappeler, certes transposé dans le futur mais quand on parle de trou dans la couche d’ozone, de visiophones, de discolivres, du SIDA ou bien du réseau Gopher (réseau né en même temps que le Web et très largement écrasé par ce dernier depuis), on sent bien le passage des années. Pour autant, l’intérêt de ce texte ne réside heureusement pas dans son utilisation de technologies so nineties.

Son intérêt réside essentiellement dans le personnage complexe de Momo, qui semble n’entrer dans aucun cadre. Genre incertain (garçon d’abord, fille ensuite), difficulté à se situer dans la société, recluse et refusant le contact humain (un comble pour une esthéticienne) mais souffrant de cette mise à l’écart volontaire, Momo semble être en effet une illustration parfaite du mouvement queer qui émergeait alors à Taïwan (comme nous l’indique le traducteur Gwennnaël Gaffric dans sa très éclairante postface sur le mouvement queer et plus spécifiquement sur ce mouvement dans la littérature taïwanaise).

 

Intrigue fragmentée ou fragments d’intrigue ?

Mais l’autre intérêt du récit réside dans une intrigue certes minimaliste (après tout cette novella fait 190 pages relativement aérées, le but n’est pas d’avoir une intrigue ultra fouillée) mais qui réserve bien des surprises, d’autant qu’elle est menée de façon assez originale sur le plan narratif. En effet les trois premiers quarts du récit sont une sorte de récapitulatif de la vie de Momo, tout en introspection et en flashbacks à différentes époques (comme une mémoire fragmentée), très agréable à lire et donnant au lecteur tous les éléments nécessaires au dernier quart qui est le coeur même de l’intrigue (dont je ne dirai rien ici, pour ne rien dévoiler, si ce n’est que tout commence avec la venue de la mère de Momo, qu’elle n’a pas vue depuis vingt ans). On pourrait trouver ça déséquilibré, et ça l’est sans doute, mais pourtant le texte se tient très bien ainsi, intéressant de bout en bout.

Par ailleurs, même si certains éléments de contexte peuvent paraître datés comme je l’indique plus haut, d’autres sont tout à fait étonnants, comme la M-skin, cette membrane utilisée par Momo durant ses prestations d’esthéticienne permettant de vivre par procuration, un moyen de combler le manque affectif qu’elle subit.

 

SF-queer

Texte surprenant, abordant plus ou moins ouvertement les questions d’homosexualité, d’identité et d’appartenance à un genre, de relation à son corps et de ce qu’on en fait, librement ou non (le corps appartient-il vraiment à son propriétaire ou bien est-il utilisé par d’autres, de différentes manières ?), “Membrane” fait mouche. L’intrigue est certes minimalistes mais la chute est surprenante (sans qu’elle soit follement originale). Régulièrement touchant et d’une grande sensibilité malgré un ton narratif assez froid, le texte de Chi Ta-Wei, mélangeant cli-fi, cyberpunk, altération de la réalité et théorie queer, se révèle être un récit de SF tout à fait pertinent, qui mériterait d’être plus connu en francophonie. Une très belle découverte !

 

Lire les avis de Lhisbei, Vert, BrizeLutin rêveur, Stelphique, Ann, Lettres de Taïwan.

Critique écrite dans le cadre du challenge “Le Projet Maki” de Yogo.

 

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Boule de foudre, de Liu Cixin https://www.lorhkan.com/2020/01/14/boule-de-foudre-de-liu-cixin/ https://www.lorhkan.com/2020/01/14/boule-de-foudre-de-liu-cixin/#comments Tue, 14 Jan 2020 06:30:16 +0000 http://www.lorhkan.com/?p=11955 On continue avec Liu Cixin après l’excellente piqûre de rappel de “Terre errante”. Car Liu Cixin n’est pas l’auteur chinois de SF le plus connu dans le monde pour rien : il est doué. “Boule de foudre” le confirme. Il faut clairement que je lise rapidement les tomes 2 et...

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On continue avec Liu Cixin après l’excellente piqûre de rappel de “Terre errante”. Car Liu Cixin n’est pas l’auteur chinois de SF le plus connu dans le monde pour rien : il est doué. “Boule de foudre” le confirme. Il faut clairement que je lise rapidement les tomes 2 et 3 de sa célèbre trilogie du “problème à trois corps”.

 

Quatrième de couverture :

Lorsque ses parents sont réduits en cendres devant ses yeux, le soir de son quatorzième anniversaire, par l’explosion d’une boule de foudre, Chen jure de consacrer sa vie à l’élucidation de ce phénomène naturel resté une énigme pour la science. Il entreprend des études en physique atmosphérique et, lors d’une mission d’observation sur une montagne, il rencontre une jeune femme mystérieuse et séduisante, le major Lin Yun qui, elle, s’intéresse au potentiel militaire de cette foudre si particulière. Son horizon : élaborer l’arme de destruction absolue.

À mesure que ses recherches avancent, Chen est amené à collaborer avec Lin Yun. Leur quête commune les emmène au sommet de montagnes battues par la tempête, dans des laboratoires militaires d’armes expérimentales et dans une station scientifique soviétique désaffectée en pleine Sibérie. Ils pressentent bientôt que la foudre en boule est peut-être bien plus qu’un simple phénomène météorologique de notre monde…

Comme dans la trilogie du Problème à trois corps, Liu Cixin excelle à donner une forme romanesque aux concepts les plus abscons de la physique, au service d’une intrigue qui ne cesse de questionner le monde dans lequel nous vivons. Boule de foudre est un page turner d’exception.

 

Coup de boule ?

Étonnant roman que ce “Boule de foudre”. J’y suis allé non pas à reculons, parce qu’il s’agit de Liu Cixin et que “Terre errante” m’avait rappelé à quel point l’auteur sait écrire de la SF de qualité, mais c’est vrai que le pitch ne me faisait pas rêver. Oui la foudre, bon c’est sympa mais on a vu plus vertigineux. Ok, la foudre en boule est un phénomène qui commence à peine à être compris et recèle encore pas mal de mystères mais de là à en faire un roman de presque 450 pages… Grave erreur ! Car ce roman est un vrai page-turner, du genre qui vous prend dans ses filets rapidement pour ne plus vous lâcher. Certes il prend son temps dans son premier tiers pour dévoiler son potentiel, un potentiel que Liu Cixin se garde bien de dilapider trop rapidement, en faisant monter la sauce de manière régulière.

 

Coup de foudre ?

En effet, après une première scène frappante, sorte “d’origin story” dramatique du narrateur dont on ne connaît que le nom de famille, Chen, le roman déroule l’histoire personnelle de ce dernier, alors qu’il n’a de cesse d’aller vers le but qu’il s’est fixé (à l’instar de ce que lui recommandait son père), c’est à dire étudier le phénomène de la foudre en boule. Jeunesse, études scientifiques, premiers contacts avec le monde la recherche, premiers mentors, la formation du jeune Chen est assez classique mais démontre surtout que le roman semble assez proche de la réalité du terrain de la recherche scientifique en Chine (du moins d’après ce que moi, européen assez éloigné à la fois de la Chine et du monde scientifique, peut en juger). Et puis Chen fait une rencontre décisive : alors qu’il tente de rencontrer une personne ayant été témoin d’une boule de foudre, il croise le chemin de Lin Yun, une jeune militaire qui étudie elle aussi le phénomène, mais dans un but plus… guerrier.

Cette rencontre, aussi courte soit-elle, sera fondamentale pour Chen, et le charisme de Lin Yun faisant le reste (non, n’allez pas imaginer une histoire d’amour, Liu Cixin nous épargne ce poncif), les deux personnages se retrouveront rapidement à travailler ensemble, l’un cherchant à crever l’abcès du drame qui a frappé son adolescence, l’autre montrant une certaine fascination malsaine envers les armes, notamment les armes “nouvelles”, issues des dernières avancées scientifiques. A partir de là, Liu Cixin déroule un récit assez vernien dans le fond (Liu indique en postface que les romans de Verne et Wells ont longtemps été les seuls romans de SF traduits en Chine) dans lequel la recherche scientifique est étroitement liée à ses débouchés technico-technologiques. On pourra certes trouver dérangeant que la science ne soit développée quasiment qu’au travers des applications militaires mais rappelons-nous que nous sommes en Chine… Et donc, on suit les avancées de la science, les découvertes, les surprises même, puis les différentes possibilités techniques qui en découlent. Le tout est assez prenant, pour peu qu’on adhère à une forme parfois un peu trop didactique.

 

Obsessions scientifiques

Et puis, et puis… Liu Cixin s’amuse avec la science, et la boule de foudre ne restera bien vite pas qu’un “simple” phénomène météorologique. Dès lors, les concepts utilisés, même si d’après un certain scientifique Harkonnen ils sont scientifiquement douteux, commencent à flirter avec un certain “sense of wonder” typiquement SF. On pourra regretter que Liu Cixin ne s’aventure pas plus dans des perspectives résolument vertigineuses, préférant rester sur le plancher des vaches, il n’empêche que sa manière de s’emparer de la mécanique quantique pour la mettre en scène sur le plan macroscopique a quand même quelque chose d’assez grisant.

Mais les personnages ne sont pas en reste, au premier rang desquels s’illustrent particulièrement Chen et son obsession de jeunesse, Lin Yun et son obsession des armes et le scientifique Ding Yi et son obsession d’en découvrir scientifiquement toujours plus. Des personnages vivants, crédibles, touchants par moments, parfois glaçants aussi, voire terrifiants quand on constate qu’ils ne vivent qu’à travers leur obsession, oubliant tout le reste, oubliant jusqu’à leur propre vie. À ce titre, le roman est scindé en trois parties, les deux premières se soldant par un constat d’échec et des séparations, alors que la troisième est contée sous forme de flashbacks, comme si le deuxième échec signait la fin de partie pour Chen, qui sort du décor “qui compte” de la science liée à la foudre en boule.

 

Science sans conscience…

Parlant de science et d’armée, le roman n’évite bien sûr pas la réflexion sur le rôle (et la responsabilité) des scientifiques dans le développement des armes de destruction massive, Ding Yi navigant à ce titre sur le fil du rasoir, à moins que lui-même ne sache pertinemment où il met les pieds et ne l’accepte sciemment.

Spoiler !
Je me contente d’assumer mes quelques misérables responsabilités, voilà tout. Tu imagines vraiment que j’en ai quelque chose à faire de tout le reste ? Je n’en ai rien à faire. Aucun physicien n’en a jamais rien eu à faire ! Au siècle dernier, les hommes qui ont remis aux ingénieurs et aux militaires les équations et les méthodes de libération de l’énergie atomique, avant de prendre des mines naïvement attristées devant Hiroshima et Nagasaki… quelle bande d’hypocrites ! Moi, je te dis qu’ils mouraient d’envie de voir ça, ils mouraient d’envie de voir les effets de l’énergie qu’ils avaient découverte ! C’était dans leur nature, ou plutôt dans notre nature. La seule différence entre eux et moi, c’est que je ne suis pas un hypocrite ! Moi aussi, je meurs d’envie de voir ce qui se passe si on mêle deux cordes composées de singularités. Tu crois que le reste m’intéresse ? Quelle blague !

En tout cas, “Boule de foudre” est une belle illustration de la recherche scientifique d’aujourd’hui, celle qui est le fruit de collaborations, celle qui ne peut se faire seul dans son coin, celle qui dès qu’elle répond à des questions s’empresse d’en soulever d’autres, celle qui nécessite du temps (parfois sans obtenir de résultats probants) et de l’argent, celle qui se nourrit des avancées techniques qu’elle amène et qu’elle réutilise pour aller encore plus loin. C’est en ce sens que le roman est vernien, dans une sorte d’ode à la science et aux techniques, quand bien même elle peuvent être détournées à des fins militaires.

Mais le côté militaire ne possède-t-il pas lui-même une ligne jaune à ne pas franchir ? La fin du roman est à ce sujet un bel (?) exemple d’une science au service de l’armée et qui finit par en être le frein, pour le bien de l’humanité (même si la conclusion est peut-être un brin optimiste en ne rentrant pas dans le détail de ce qui découle du dernier acte…) alors que la guerre fait rage entre la Chine et… l’ennemi (que l’on devine sans peine être les USA même s’ils ne sont pas nommés).. Jusqu’à la prochaine découverte…

 

Coup de foudre en boule !

Ainsi donc, “Boule de foudre” est un nouvelle réussite de Liu Cixin, datant de 2004 en VO (2019 chez Actes Sud en français) et donc antérieure à la trilogie qui l’a rendu célèbre mais qui n’en reste pas moins extrêmement plaisante à lire. Des personnages crédibles, une illustration de la recherche scientifique réaliste, un sense of wonder qui répond présent, il y a finalement peu de choses à dire sur un roman qui m’a parfaitement tenu en haleine. Il est fort ce Liu Cixin !

 

Lire les avis de Gromovar, Feyd Rautha, Blackwolf, Anne-Laure, Gepe.

 

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Terre errante, de Liu Cixin https://www.lorhkan.com/2020/01/09/terre-errante-de-liu-cixin/ https://www.lorhkan.com/2020/01/09/terre-errante-de-liu-cixin/#comments Thu, 09 Jan 2020 06:30:08 +0000 http://www.lorhkan.com/?p=11941 Pour inaugurer ma participation au challenge de ce cher Yogo (challenge dont je ferai une présentation plus détaillée ultérieurement, je manque de temps pour l’instant), consistant à lire des textes courts tout au long de l’année, j’ai jeté mon dévolu sur la novella “Terre errante” de Liu Cixin, à paraître...

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Pour inaugurer ma participation au challenge de ce cher Yogo (challenge dont je ferai une présentation plus détaillée ultérieurement, je manque de temps pour l’instant), consistant à lire des textes courts tout au long de l’année, j’ai jeté mon dévolu sur la novella “Terre errante” de Liu Cixin, à paraître le 15 janvier prochain chez Actes Sud dans la collection “Exofictions”, nouvelle à l’origine du film chinois “The Wandering Earth” qui a fait un carton au box-office mondial en 2019. 

 

Quatrième de couverture :

Dans un futur proche, le Soleil se transforme progressivement en géante rouge. La Terre se meurt. Pour contrer cette extinction programmée, les Nations se regroupent pour mettre en branle un projet d’une ambition folle : transformer la planète bleue en un vaisseau spatial à part entière…

Novella écrite en 2000, Terre errante manifeste déjà tout le talent et l’imagination de Liu Cixin. L’adaptation cinématographique (2019), disponible sur Netflix, a été l’un des plus gros succès au box-office mondial.

 

Oubliez le film (sauf les belles images) !

Novella de moins de 80 pages, “Terre errante” est parue en Chine en 2000. Liu Cixin devenant particulièrement populaire dans nos contrées occidentales depuis quelques années (notamment depuis son prix Hugo en 2015 pour le roman “Le problème  à trois corps”), les éditions Actes Sud, à la faveur du film “The Wandering Earth” sorti en 2019 (mais dont le succès fut inattendu sans quoi on aurait pu parier sur une sortie simultanée film-novella…) décident donc de sortir ce texte, avant l’édition des nouvelles complètes de l’auteur en deux volumes en 2021.

Le film ne manquait pas de qualités, notamment sur le plan visuel avec quelques fulgurances pleines de sense of wonder, le tout malheureusement boursouflé d’un héroïsme à faire pâlir les blockbusters américains, et semé de “passages obligés” dans un film de ce type, avec sacrifice, musique retentissante qui n’hésite pas à jouer sur le larmoyant lorsque ce qui fait office de scénario le demande, etc… Bref, avec un fond scientifique tout sauf crédible et des acteurs qui sur-jouent à tel point que ça en devient risible (et exaspérant) “The Wandering Earth” était un film superbe, mais creux et terriblement formaté.

Bonne nouvelle, à la lecture de “Terre errante”, on s’aperçoit vite que les qualités du film sont directement héritées du récit de Liu Cixin, alors que tout ce qui le plombe sont le fait de la production pour en faire un film de deux heures plein de grand spectacle fracassant. Certes, le côté scientifique est toujours à la ramasse, mais vous enlevez tout le côté héroïque du film pour le remplacer par quelque chose de plus posé, de plus intime et de plus poétique et vous obtenez “Terre errante”.

 

Techniquement irréaliste mais tellement vertigineux !

Sur le plan scientifique/technique, ok, on n’y croit pas une seule seconde. Devant la transformation prochaine du soleil en géante rouge, il a été décidé de déplacer la Terre (puisqu’aller avec un vaisseau vers une planète habitable connue, plus éloignée encore, n’est pas envisageable pour des raisons de durée de voyage dans un petit vase clos) vers l’étoile la plus proche, Proxima du Centaure. Pour ce faire, la rotation de la Terre est arrêtée avec de gigantesques réacteurs, avant que ceux-ci ne servent à propulser la planète hors du système solaire. Oui c’est énorme, oui c’est totalement irréaliste.

En plus, au-delà du simple aspect technologique complètement over-the-top, Liu Cixin ne prend pas la peine par exemple d’expliquer comment peut bien vivre l’espèce humaine sur une planète régulièrement ravagée par des cataclysmes dûs à sa “préparation” à ce que l’humanité appellera “l’Ère de la Fuite”, à savoir une succession de glaciations et de chaleur insoutenable au fil de l’orbite de plus en plus elliptique de la Terre avant sa sortie du Système Solaire, ravageant de facto la végétation et la faune. Mais alors, comment se nourrissent les quelques milliards d’êtres humains vivant essentiellement sous terre ? Pas d’infos.

Et figurez-vous… qu’on s’en fiche ! Parce que ce n’est pas le propos de Liu Cixin, il n’a pas la prétention de faire de “Terre errante” un récit réaliste, donc il est difficile de lui reprocher quoi que ce soit sur ce sujet. Tout comme on ne reprochait pas à Arthur C. Clarke d’inventer une faune dans l’atmosphère de Jupiter (dans “Face-à-face avec Méduse”), tout comme on ne reprochait pas à Ken Liu d’inventer une manière de revisiter le passé (dans le somptueux “L’homme qui mit fin à l’histoire”). La SF n’est pas que science, elle est aussi fiction, et c’est très bien ainsi. Et puis quand même, faire sortir la Terre de son orbite avec des milliers de propulseurs de 10 kilomètres de hauteur, traverser la ceinture d’astéroïde puis frôler l’orbite jovienne avec une Jupiter qui s’étend sur l’intégralité du ciel, ça a quelque chose de fabuleux pour l’amateur de SF.

 

Homme ordinaire vs situation extraordinaire

Il y a donc du grand spectacle plein de sense of wonder, avec nombre d’images absolument renversantes, comme dans le film. Mais on oublie le côté héroïque à outrance pour s’attarder sur la vie du narrateur, un homme qui n’est pas nommé et qui est né après le début de “l’Ère du Freinage” (la période durant laquelle la rotation de la Terre est ralentie jusqu’à l’arrêt total, avant le début d’un voyage qui doit durer… 2500 ans, soit une centaine de générations !). On suit sa vie, et en parallèle l’évolution de ce grand projet, le plus vaste et le plus complexe entamé par l’humanité.

C’est donc à la fois un récit vaste et intime, qui décrit la vie et les sentiments d’un homme, par petites touches pleines de pudeur. On y découvre aussi une nouvelle manière de vivre pour une humanité qui, contrairement à nous, a peur du soleil, ce dernier constituant dorénavant un danger mortel. Héliophobie, fête de l’aphélie, peur du périhélie, moeurs résolument tournée vers la survie délaissant le côté affectif, c’est une nouvelle société qui n’est pas épargnée par les catastrophes qui se met en place. Et le narrateur évolue en son sein, lui aussi confronté à des joies et des peines. L’espoir succède aux drames et vice-versa. La vie, en somme, différente et pourtant tellement classique.

 

Court mais marquant !

Ainsi, “Terre errante” est un texte remarquable, simple, doux, terrible. L’histoire d’un basculement, d’un changement majeur sans retour en arrière possible. Liu Cixin ne donne pas dans la surenchère d’action et de tension dramatique mais utilise au contraire une manière simple et belle de mettre l’humanité face à son destin au travers de ce projet titanesque, en utilisant le contrepoint de la vie de son narrateur, secoué par les turbulences traversées par notre planète. Un projet fou, irréaliste bien sûr, mais qui à sa manière illustre bien le fait que nous, à notre époque, n’avons pas de plan B, et que si l’explosion du soleil peut être vue comme une métaphore du dérèglement climatique, nous n’avons pas d’autre possibilité que de prendre soin de notre belle planète et de la chérir.

Un texte fort donc, dont j’étais loin d’imaginer les qualités au vu du film qui en a été tiré. Pour ceux qui n’accordent pas trop d’importance à la vraisemblance scientifique (mais rappelons que Liu Cixin ne fait que déplacer la Terre là où Ken Liu, encore lui, faisait de l’ingénierie stellaire avec des propulseurs Shkadov dans “Sept anniversaires” !…) et savent se laisser porter par les mots et les images dépeintes par l’auteur, “Terre errante” est un court récit chaudement recommandé, qui n’aurait absolument pas dépareillé dans la fameuse collection “Une heure-lumière” du Bélial’. Et quand on connait la qualité de cette dernière, c’est un gage de qualité. Superbe !

 

Lire les avis de Lune, Anudar.

Critique écrite dans le cadre du challenge “Le Projet Maki” de Yogo.

 

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The Witcher, saison 1 https://www.lorhkan.com/2020/01/06/the-witcher-saison-1/ https://www.lorhkan.com/2020/01/06/the-witcher-saison-1/#comments Mon, 06 Jan 2020 06:30:01 +0000 http://www.lorhkan.com/?p=11937 S’il y avait bien une série qui était attendue au tournant en fin d’année 2019, c’était “The Witcher”, l’adaptation de Netflix des romans de l’auteur polonais Andrzej Sapkowski. Une adaptation qui, au fil des images et des trailers dévoilés en amont de la diffusion, avait soufflé le chaud et le...

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S’il y avait bien une série qui était attendue au tournant en fin d’année 2019, c’était “The Witcher”, l’adaptation de Netflix des romans de l’auteur polonais Andrzej Sapkowski. Une adaptation qui, au fil des images et des trailers dévoilés en amont de la diffusion, avait soufflé le chaud et le froid. J’avoue ne pas avoir suivi de très près la campagne de communication de Netflix, donc je ne saurais pas me prononcer sur ce point mais au vu des réactions limites épidermiques de certains, de nombreuses craintes se faisaient sentir. Mais ces réactions étaient aussi la preuve des attentes autour de cette série, de nombreux spectateurs fans de fantasy et orphelins de “Game of Thrones” ne sachant plus vers quel saint se vouer…

 

    

    

 

Une adaptation très fidèle

Sur le fond, il faut saluer la volonté de la production, menée par Lauren Schmidt Hissrich, de coller le plus possible aux textes de Sapkowski. Pour ce qui est du background, je vais éviter de faire une redite et vous enjoins d’aller lire mes articles concernant les livres de la saga littéraire. Le show n’est certes pas une adaptation à la lettre près mais le fond est très proche, et on peut voir la série et les livres comme deux manières de raconter une seule et même histoire. Cette première saison pioche dans les nouvelles des deux premiers volumes, tout en épaississant l’histoire personnelle de certains d’entre eux (notamment Yennefer), à moins que cette histoire ne soit contée dans les tomes postérieurs au troisième (puisque j’en suis pour le moment à ce point de la saga). L’essentiel de la série est donc tiré de différentes nouvelles, quasiment une par épisode, avec en fil rouge le développement de deux personnages très importants (en plus de Geralt de Riv, le sorceleur) dans l’intrigue globale, Yennefer et Ciri, et quelques points de détail qui vont a priori au-delà du tome 3, ou bien modifiés/transformés pour les besoins du média télévisuel.

 

    

    

 

Une fidélité qui a ses défauts

Le revers de la médaille de cette fidélité basée sur des récits indépendants est une certaine confusion (voire une confusion certaine) dans la narration. Ni tout à fait procédurale, ni tout à fait feuilletonnante (ou plutôt un peu des deux à la fois), la série donne le sentiment de ne pas vraiment savoir sur quel pied danser. Autre problème, plus gênant encore : trois trames temporelles distinctes (une pour chaque personnage : Geralt, Yennefer et Ciri) se partagent l’écran, avec très peu d’indices pour que le spectateur s’en rende compte. Résultat : on s’y perd vite, d’autant que la série se doit également de présenter les forces en présence et l’échiquier géopolitique puisque c’est là que se situe le point important : l’invasion de Cintra et potentiellement des autres royaumes par l’empire de Nilfgaard. Quand on remet les choses en place, ça passe déjà beaucoup mieux mais à l’évidence (et je dis ça en connaissance de cause : ma moitié était régulièrement perdue…) les non-lecteurs de la saga risquent de galérer un peu…

 

    

    

 

Un casting qui fait débat

Parmi les points épineux de la série, relevé bien avant la diffusion, se trouvait le casting. Qui en a surpris (et inquiété) plus d’un. Tout d’abord Henry Cavill. Bien sûr, Cavill n’est pas le sorceleur des jeux vidéo (jeux vidéo qui, rappelons-le, n’adaptaient pas les livres mais se passaient après ceux-ci). Mais peut-être que le sorceleur des jeux vidéo n’est pas non plus le sorceleur des livres… Peu importe. Cavill est-il bien dans son rôle ? La réponse est oui… la plupart du temps. Oui ses marmonnements peuvent lasser (il est vrai qu’en roman on ne les entend pas), oui parfois sa belle gueule n’est pas assez “dark” pour le personnage, oui son regard (au-delà de sa couleur jaune particulière) a un petit quelque chose qui ne colle pas tout à fait, mais je préfère laisser la parole à l’auteur des romans lui-même :

I was more than happy with Henry Cavill’s appearance as The Witcher. He’s a real professional. Just as Viggo Mortensen gave his face to Aragorn [in The Lord of the Rings], so Henry gave his to Geralt — and it shall be forever so.

Voilà qui a le mérite d’être clair.

D’autres choix ne font pas non plus l’unanimité. J’avoue que la Yennefer que j’ai imaginée n’est pas celle de la série. Je la voyais plus âgée, plus “femme” que “jeune femme”. Mais j’avoue aussi que l’actrice Anya Chalotra fait le job de belle manière. Triss Merigold (jouée par Anna Shaffer) aussi est transformée : la rousse flamboyante n’est plus, la voilà beaucoup plus “sage” et discrète. Ce sont des choix de production, des choix dont on pourra débattre éternellement. Mais des choix qui finissent par faire leur chemin dans l’esprit du spectateur, et les acteurs sont malgré tout convaincants (avec une mention pour Freya Allan qui incarne Ciri, alors que son rôle dans cette saison est pourtant réduit à une fuite constante).

 

    

    

 

Des thématiques bien présentes, sans lourdeur

La saga littéraire du sorceleur, très divertissante, n’oublie pas d’aborder des thématiques plus “sérieuses”. La série, vu sa fidélité aux textes, aurait eu mauvais goût de les avoir éludées. Ce n’est heureusement pas le cas, et on retrouve donc cette notion du “moindre mal” dès le premier épisode mais aussi, et c’est bien logique puisque cela fait partie intégrante du monde de “The Witcher”, la colonisation et le racisme subis par les “anciens peuples” (les elfes notamment). On soulignera d’ailleurs le fait que de nombreux personnages issus de ces minorités opprimées sont des personnages racisés. Cela résonne forcément avec notre présent bien à nous…

 

    

    

 

Un budget qui n’est pas celui de “Game of Thrones”

Evidemment, qui dit série de fantasy dit “Game of Thrones”. La comparaison est pourtant injuste : d’une part ce sont deux types de fantasy bien différentes (plus de politique dans “Game of Thrones”, plus de magie et de monstres dans “The Witcher” (la politique n’ayant ici pas (pas encore…) montré ses mauvais côtés…), ce qui conduit inévitablement à une sorte de snobisme injuste de la part de certains spectateurs), d’autre part les budgets sont sans doute bien différents. Et donc oui c’est vrai, les batailles de “The Witcher” ne sont pas spectaculaires comme pouvaient l’être celles de “Game of Thrones”, il n’y a pas autant d’acteurs et de figurants, les effets spéciaux ne sont pas aussi réussis (sans que ce soit résolument catastrophique comme certains le crient, simplement parfois un peu trop voyants, dans le mauvais sens du terme), etc… Mais comparer “The Witcher” à “Game of Thrones” n’a pas lieu d’être : elles n’ont pas les mêmes prétentions, les même discours. Deux séries distinctes, la réussite de l’une, sur bien des plans, ne devant pas nécessairement éclipser l’autre qui ne réussit pas dans les mêmes domaines.

Car “The Witcher” a aussi des aspects plus réussis que GoT. Qui se souvient de combats à l’épée bien chorégraphiés dans GoT ? Pas moi. Plus réalistes peut-être côté GoT, mais tellement plus classes dans “The Witcher”.

 

    

    

 

C’est confus mais tout s’éclaire

La série navigue donc un peu à vue, avec des premiers épisodes pas tout à fait convaincants, à cause de sa narration confuse mais aussi tout simplement car certains sont presque ratés… Le deuxième épisode par exemple est à peu près incompréhensible… Pourtant, elle se bonifie au fil des épisodes, le temps pour le spectateur d’apprivoiser la narration et à travers elle, le monde de “The Witcher” et ses personnages. En jouant sur les styles (aaaaaah, cet épisode 3, qui donne en plein dans le style horrifique…) et sur les ambiances (on trouve régulièrement de superbes paysages naturels, y compris des paysages typés “montagnes désertiques” et c’est finalement assez rare en fantasy à l’écran), elle montre qu’elle est capable du meilleur. Et vient un moment, dans l’épisode 7 où tout se regroupe et où l’on comprend que la narration, malgré son manque de limpidité, n’était pas faite au hasard. Un très bel épisode, un modèle du genre même, pour ce qui est de la réunification des intrigues.

 

    

    

 

Verdict

C’est vrai, “The Witcher” est une série bardée de défauts. Qui peuvent d’ailleurs être rédhibitoires pour un certain nombre de spectateurs. Combien de non-lecteurs vont arrêter la série car ils n’y comprennent pas grand chose ? Un certain nombre sans doute. Combien ne vont pas accrocher à cette fantasy “pas très sérieuse” avec des magiciens qui font des sorts et des monstres dans tous les épisodes ? Un certain nombre peut-être. Et pourtant, la série est généreuse et à de quoi offrir un bon moment de fantasy parfois très dark (et violente), comme on n’en voit trop peu à l’écran. D’autant qu’encore une fois, elle ne peut pas et ne doit pas être jugée sur ses deux premiers épisodes, sans doute les moins bons de la saison. Alors c’est vrai que sa manière de narrer l’histoire est un peu curieux, voire même risqué, mais c’est une manière de faire finalement assez rare et plutôt culottée, ce qui mérite d’être salué en ces temps où tout est très maîtrisé, voire formaté. Cette saison 1 n’est à l’évidence qu’une vaste introduction (la scène finale le montre bien) pleine de défauts mais aussi régulièrement enthousiasmante. Largement de quoi attendre la saison 2 de pied ferme.

 

    

    

    

 

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Le sang des elfes, Le sorceleur tome 3, de Andrzej Sapkowski https://www.lorhkan.com/2020/01/03/le-sang-des-elfes-le-sorceleur-tome-3-de-andrzej-sapkowski/ https://www.lorhkan.com/2020/01/03/le-sang-des-elfes-le-sorceleur-tome-3-de-andrzej-sapkowski/#comments Fri, 03 Jan 2020 06:30:01 +0000 http://www.lorhkan.com/?p=11880 La série “The witcher” de netflix arrive ! Pas question pour moi de me laisser distancer car j’ai toujours préféré lire les romans avant les adaptations. Et puisque les deux premiers tomes (1 et 2) m’avaient laissé une bonne impression, autant continuer, histoire d’être sûr de ne pas me faire...

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La série “The witcher” de netflix arrive ! Pas question pour moi de me laisser distancer car j’ai toujours préféré lire les romans avant les adaptations. Et puisque les deux premiers tomes (1 et 2) m’avaient laissé une bonne impression, autant continuer, histoire d’être sûr de ne pas me faire spoiler les romans par la série. Alors hop, le tome 3 !

 

Quatrième de couverture :

Le royaume de Cintra a été entièrement détruit. Seule la petite princesse Ciri a survécu. Alors qu’elle tente de fuir la capitale, elle croise le chemin de Geralt de Riv. Pressentant chez l’enfant des dons exceptionnels, il la conduit à Kaer Morhen, l’antre des sorceleurs. Initiée aux arts magiques, Ciri y révèle bien vite sa véritable nature et l’ampleur de ses pouvoirs. Mais la princesse est en danger. Un mystérieux sorcier est à sa recherche. Il est prêt à tout pour s’emparer d’elle et n’hésitera pas à menacer les amis du sorceleur pour arriver à ses fins…

 

Geralt de Riv et compagnie

Ce tome 3 est la suite directe de la dernière nouvelle du tome 2, et est donc le premier roman de ce qui est qualifié de “La saga de Geralt”, même si après la lecture, il apparaît évident qu’avoir lu les deux premiers recueils est un plus non négligeable, si ce n’est tout simplement un passage nécessaire et obligé. Difficile en effet de faire l’impasse sur des récits qui ont introduit des personnages et un contexte qui commence ici à prendre toute son importance. On retrouve donc Geralt qui décide d’emmener Ciri à Kaer Morhen, la forteresse en ruines des sorceleurs, pour la protéger de ceux qui sont prêts à tout pour retrouver l’héritière du trône de Cintra.

Alors certes, ce volume lance vraiment les hostilités, mais sur un mode piano-piano… C’est pourquoi le pitch du roman est réduit à peau de chagrin. Comme Si Andrezj Sapokowski avait voulu, à nouveau, introduire un certain nombre de choses en douceur, pour les éventuels nouveaux lecteurs. Les évènements ne se précipitent donc pas, le récit prend son temps, mais jamais l’ennui ne s’installe. Car on continue à prendre plaisir à partager la vie de ces personnages consistants, plein de failles, de doutes. Des personnages travaillés, avec notamment des femmes régulièrement mises en avant. Et quelles femmes ! Entre la jeune et plein d’assurance Ciri et les magiciennes pleines de caractère Triss Merigold et Yennefer, on peut dire que Geralt a trouvé du répondant ! D’ailleurs, Sapkowski n’hésite à faire passer son héros au second plan, les autres personnages prenant alors toute leur importance (notamment au début du roman, où Geralt est peu présent, idem à la fin).

 

Un roman pas tout à fait roman

Le récit, tout roman qu’il est, a bien du mal à se départir de la structure des deux tomes précédents. Sapkowski change de lieux régulièrement d’un chapitre à l’autre, et les ellipses temporelles ne sont pas rares. Un chapitre fait donc parfois office de récit quasi indépendant, inséré dans un contexte plus vaste qui ne cesse de prendre de plus en plus de sens au fil de la lecture. Ainsi, les chapitres sur l’escorte du convoi des nains ou bien l’apprentissage de Ciri avec Yennefer sont presque “hors cadre” sans jamais manquer d’intérêt. On pourra toutefois trouver surprenant d’avoir placé la scène CiriYennefer en toute fin de roman, ce dernier se retrouvant du coup littéralement sans climax, le gros de l’action se déroulant au chapitre précédent. Mais encore une fois, sur le strict plan de la construction d’une intrigue plus globale et du worldbuilding (voire du character bullding), cela ne gène en rien.

 

Des thématiques pertinentes

On retrouve dans ce roman certains des thèmes déjà abordés dans les volumes précédents, comme cette approche du “moindre mal” et de cette neutralité affichée à laquelle s’accrochent les sorceleurs. L’arrivée fracassante de la magicienne Triss Merigold à Kaer Morhen est à ce titre remarquable : son coup de gueule plein d’émotion sur le recul volontaire que prennent les sorceleurs par rapport aux évènements qui bouleversent le monde et son engament personnel au sein de la guerre en cours est une des meilleures scènes (si ce n’est LA meilleure scène) du roman, du genre marquante et qu’on n’oublie pas de sitôt. On pourrait aussi citer cette intéressante approche des discriminations avec les minorités autrefois puissantes (elfes et nains en tête) désormais opprimées par les humains arrivés plus tardivement dans ce monde, avec pour résultat le soulèvement de quelques représentants de ces peuples anciens, un phénomène qui pourrait bien avoir de l’importance dans la trame globale.

 

La vitesse supérieure pour le tome 4 ?

Alors c’est vrai, tout cela se lit avec un plaisir certain mais on ne peut objectivement pas passer sous silence le fait que même s’il se passe des choses (les intérêts des uns et des autres et les machinations et négociations afférentes commencent à apparaître), le roman ne présente pas encore d’évènements significatifs, en tout cas pas à la hauteur de ce qu’on attend alors qu’on nous dit que la guerre gronde (après tout Cintra a été envahit et le monde est sur le point de basculer sous le joue des légions de Nilfgaard). Oui, “Le sang des elfes” résonne lui aussi comme une grosse introduction à la suite. Introduction agréable, très agréable même, mais à un moment il va falloir entrer dans le vif du sujet. On notera également quelques grosses facilités narratives, comme le fait de rendre Triss Merigold malade (sans réelle cause apparente…) à un moment opportun pour Sapkowski, là ou sa puissance aurait pu faire la différence. À ce moment précis, la présence de Triss Merigold a semblé gêner l’auteur, et sa manière de se débarrasser de cette difficulté est un peu trop facile et voyante.

Ceci dit, je ne boude pas le plaisir pris à la lecture du “Sang des elfes”, qui continue de densifier un monde qui a décidément beaucoup à offrir et d’étoffer des personnages intéressants, variés et faisant la part belle aux personnages féminins d’importance. Arpenter ce monde en leur compagnie est un vrai bonheur, et j’ai déjà hâte de plonger dans la lecture du volume suivant. Voilà bien une série que je n’imaginais pas me plaire à ce point. La surprise n’en est que meilleure. Mais avant de passer au “Temps du mépris” (le tome 4), il y a la série Netflix, ce dont je vais vous parler très prochainement. 😉

 

Lire aussi les avis de Mr K, Christophe H., Les pages qui tournent, Shoop.

 

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Bonne année 2020 ! https://www.lorhkan.com/2020/01/01/bonne-annee-2020/ https://www.lorhkan.com/2020/01/01/bonne-annee-2020/#comments Tue, 31 Dec 2019 23:00:18 +0000 http://www.lorhkan.com/?p=11874 Allez hop, on remet le couvert ! Noël est à peine passé que nos estomacs crient encore famine. Mais pas question de se goinfrer comme des porcs hein, un peu de classe ne fait pas de mal. Je m’associe donc avec Geralt de Riv, sur les devants de la scène...

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Allez hop, on remet le couvert ! Noël est à peine passé que nos estomacs crient encore famine. Mais pas question de se goinfrer comme des porcs hein, un peu de classe ne fait pas de mal. Je m’associe donc avec Geralt de Riv, sur les devants de la scène en ce moment et qui s’est mis sur son 31 pour l’occasion (par l’intermédiaire du talentueux cosplayer Taryn, sous l’objectif de Daniele Cosenza), pour vous souhaiter à toutes et tous une bonne et heureuse année 2020. Qu’elle soit enrichissante en toutes choses, qu’elle vous apporte santé, bonheur et projets concrétisés.

Pour le reste, as usual, plein de bonnes lectures c’est bien aussi. 😉

Bonne année ! 🙂

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Joyeux Noël ! https://www.lorhkan.com/2019/12/25/joyeux-noel-7/ https://www.lorhkan.com/2019/12/25/joyeux-noel-7/#comments Wed, 25 Dec 2019 09:19:06 +0000 http://www.lorhkan.com/?p=11862 Ho et puis hé, comme ça en passant vite fait, Monsieur Spock et le Capitaine Kirk se joignent à moi (même s’ils se demandent bien ce qu’ils font là dans cet accoutrement… 😀 ) pour vous souhaiter à toutes et tous un très joyeux Noël ! Profitez bien ! 😉...

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Ho et puis hé, comme ça en passant vite fait, Monsieur Spock et le Capitaine Kirk se joignent à moi (même s’ils se demandent bien ce qu’ils font là dans cet accoutrement… 😀 ) pour vous souhaiter à toutes et tous un très joyeux Noël !

Profitez bien ! 😉

 

 

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L’effondrement de l’Empire, L’Interdépendance tome 1, de John Scalzi https://www.lorhkan.com/2019/12/19/leffondrement-de-lempire-linterdependance-tome-1-de-john-scalzi/ https://www.lorhkan.com/2019/12/19/leffondrement-de-lempire-linterdependance-tome-1-de-john-scalzi/#comments Thu, 19 Dec 2019 06:30:51 +0000 http://www.lorhkan.com/?p=11849 Je commence à être client de la prose de John Scalzi, même si je n’ai toujours pas abordé sa série phare “le vieil homme et la guerre” composée de six tomes en VF. Mais j’ai tout de même adoré “Les enfermés” (lisez-le bon sang ! ) et bien aimé “Prise...

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Je commence à être client de la prose de John Scalzi, même si je n’ai toujours pas abordé sa série phare “le vieil homme et la guerre” composée de six tomes en VF. Mais j’ai tout de même adoré “Les enfermés” (lisez-le bon sang ! ) et bien aimé “Prise de tête”. De quoi aborder sereinement son nouveau roman “L’effondrement de l’Empire”, premier volume d’une trilogie. Encore du grand Scalzi ?

 

Quatrième de couverture :

L’Interdépendance : un empire de quarante-huit systèmes stellaires presque tous inhospitaliers, où l’humanité s’est implantée et dont la survie repose sur une étroite collaboration.
L’Interdépendance : un millénaire de règne des grandes familles marchandes, dont la première occupe le trône de l’emperox.
L’Interdépendance : le réseau des courants du Flux, seul moyen de voyager plus vite que la lumière, unique lien des mondes de l’empire entre eux.
Le Flux est éternel mais il n’est pas statique. S’il se déplaçait, réduisant les colonies à l’isolement, l’humanité serait au bord du gouffre.
Un jeune scientifique, une commandante de vaisseau spatial et la toute nouvelle emperox devront affronter la catastrophe annoncée.

“L’Interdépendance” : le nouveau space opera de John Scalzi, dont “L’Effondrement de l’empire” est le premier livre.

Il a reçu en 2018 le prix Locus de meilleur roman de science-fiction et a été finaliste du prix Hugo.

 

John Scalzi revient au space-opera

L’auteur ne s’est certes jamais totalement éloigné d’un genre qu’il affectionne et qui l’a rendu célèbre (sa série “Le vieil homme et le guerre” est déjà un classique de la SF moderne), mais le roman “L’effondrement de l’Empire” signe son retour dans ce domaine avec une nouvelle série, après “Les enfermés” et “Prise de tête”, deux thrillers situés sur notre plancher des vaches, ou bien n’y être revenu qu’avec des one-shots (“Redshirts”, prix Hugo 2013 tout de même et “La controverse de Zara XXIII” qui tient plus du planet-opera).

“L’effondrement de l’Empire” est donc le premier tome d’une trilogie, et c’est aussi le premier roman paru après la signature d’un énorme deal avec Tor d’un montant de 3,4 millions de dollars pour l’écriture (on pourrait presque parler de production…) de 13 romans sur dix ans. Un lancement important pour Scalzi donc, pour son éditeur aussi. Précisons d’emblée que l’auteur a déjà écrit le deuxième volume (qui paraîtra en France en février 2020), mais que le troisième n’arrivera en VO qu’en avril 2020 (et donc sans doute pas avant mi-2021 chez nous…).

 

Go with the flow

Dans ce roman, l’humanité a essaimé sur différents systèmes stellaires, mais pas de manière réellement choisie. Car il ne faut pas compter sur les voyages plus rapides que la lumière, la constante C reste indépassable. Autant dire que les systèmes lointains sont inaccessibles de manière classique. Heureusement, elle a pu compter sur le Flux, phénomène physique qui n’est pas sans rappeler les trous de vers, qui permet de voyager d’un point A à un point B certes pas instantanément mais tout de même très rapidement.

Seul problème, le Flux n’est pas contrôlable, c’est à dire que l’humanité ne peut pas choisir où elle peut aller, elle est tributaire de ce que le Flux lui permet de faire. Ainsi donc, le Flux lui a permis de s’installer sur des sytème éloignés physiquement tout en étant proches en terme de temps de trajet, mais des systèmes qui ont l’inconvénient de ne pas être très appropriés à la vie humaine. Il a donc fallu s’adapter, soit avec des stations spatiales, soit avec des habitats souterrains.

Tous ces systèmes sont liés, par le Flux donc (qui ne relie pas tous les systèmes à la fois, il faut suivre les chemins “balisés”, ce qui, pour aller d’un bout à l’autre de l’Empire, prend un certain temps), mais aussi d’une manière purement économique : c’est ici qu’entre en scène l’Interdépendance, cette ploutocratie dirigée par l’Emperox qui voit de grandes familles contrôler les ressources disponibles sous forme de monopoles et qui sont en luttes constantes (luttes essentiellement économiques mais qui n’empêchent pas quelques coups bas) pour conforter leur assise.

Tout irait (presque…) pour le mieux si le Flux ne montrait pas quelques signes de faiblesse, avec des courants du Flux qui disparaissent, menaçant d’isoler purement et simplement des planètes du reste de l’Interdépendance, signant par là même leur arrêt de mort (c’est par ainsi que l’humanité a perdu la trace de la Terre un millénaire avant l’action du roman), alors que dans le même temps l’Emperox Attavio IV décède, laissant sa place à sa fille qui n’avait pas vraiment prévu de prendre une telle responsabilité, et qu’à l’autre bout de l’univers la guerre civile fait rage sur la seule planète habitable en surface : le Bout (sic !).

 

Les femmes prennent le pouvoir

Au sein de cet univers plutôt consistant mais finalement tracé à gros traits, laissant faire l’imagination du lecteur (le roman ne visite que deux planètes), John Scalzi donne la part belle aux femmes. La première d’entre elles, Cardenia, nouvelle Emperox en titre, a la rude charge de diriger l’Interdépendance, une responsabilité qu’elle n’était pas censée endosser (son frère aurait dû être le successeur de son père, mais il a eu la riche idée de mourir dans un accident avant d’accéder au pouvoir), alors que son père lui avoue sur son lit de mort qu’elle va être confrontée à un évènement pour lequel elle n’est pas prête : l’effondrement du Flux, et donc l’effondrement de l’Empire. Cardenia est un personnage qui doute, mais qui a surtout un bon fond. Elle est “humaine”, dans le sens où elle place le bien-être de ses sujets avant tout le reste. Ce qui ne manquera pas de poser quelques problèmes au sein d’une Interdépendance qui prône la valeur argent par dessus tout.

Un autre personnage important est Kiva Lagos, déléguée de l’armateur sur le vaisseau Si tu veux faire mon bonheur, c’est à dire représentante de sa riche famille sur ce vaisseau commandé par un capitaine recruté pour assurer des voyages commerciaux. Quel femme ! Le verbe fleuri, la sexualité libre et débridée, elle n’est pas du genre à se laisser marcher sur les pieds. Et quand elle va se voir confronter à toute une série de gênes commerciales sur le Bout qui semblent n’avoir pour seul but que de détourner une forte somme aux bénéfices d’un Duc dont le siège de dirigeant de cette planète en proie à la guerre civile ne tient plus qu’à un fil, son sang ne va faire qu’un tour. Mais c’est surtout une vaste machination qu’elle va mettre à jour.

Le dernier protagoniste d’importance est Marce Claremont, le fils du contrôleur fiscal de la planète du Bout. Mais son père cache bien son jeu, et devant une machination commerciale qui se fait jour et l’imminence de l’effondrement du Flux, c’est son fils Marce qui va devoir affronter bien des dangers pour tenter d’avertir les personnes concernées, si tant est qu’elles en aient quelque chose à faire… Marce Claremont a clairement du mal à éveiller l’intérêt du lecteur face aux deux personnalités du dessus, la faute à un caractère plus effacé, moins fort, ce qui a certes une certaine logique pour un personnage ayant vécu toute sa vie sur le Bout (c’est à dire l’Interdépendance profonde… 😉 ), mais joue en sa défaveur auprès du lecteur.

 

Du fun, du rythme !

Après un premier chapitre qui démarre à cent à l’heure à bord du vaisseau Tu m’en diras tant (oui les vaisseaux ont des noms très particuliers, on pourra également citer le Franchement, ma chère ou bien le Wham ! Bam !), le roman calme le jeu et il s’avère rapidement que “L’effondrement de l’Empire” ne sera pas un roman d’action pure mais plutôt fait de complots, de trahisons, de machinations d’arrière-cour. Ce qui ne nuit nullement au rythme du récit, bien au contraire.

John Scalzi garde la cadence tout du long, relançant constamment son intrigue, jouant avec les différents personnages pour surprendre le lecteur qui découvre doucement ce qui se trame, avec parfois un peu d’avance sur les protagonistes qui doivent compter avec les temps de trajet pour que les nouvelles des évènements se propagent d’un bout à l’autre de l’univers. L’auteur joue de ça assez finement, tout en s’amusant des fausses routes que ses héros peuvent prendre, ce qui les conduira immanquablement  à devoir le payer à un moment ou à un autre. À moins que…

On est donc face à du John Scalzi pur jus, rythmé, inventif, efficace. Aucun ennui pour un roman qui souffre tout de même de quelques défauts qui pourront gêner aux entournures, notamment quelques facilités scénaristiques qui font tiquer (le scientifique qui travaille tout seul dans son coin et qui met à jour un évènement à même de faire basculer l’Interdépendance, évènement qu’aucun autre scientifique n’est capable de prévoir) ou bien une base scientifique qui tient plus de la magie que d’autre chose (mais bon, on peut ne rien en avoir à faire : la vitesse de distorsion dans Star Trek tiens aussi au moins un peu de la magie…).

En dehors de ça, avec ses personnages hauts en couleurs, son univers typé mais qui reste malgré tout volontairement au second plan (là encore, ce pourrait être un défaut pour certains), un humour omniprésent sans être toutefois la composante principale du récit, des dialogues enlevés, des machinations over-the-top et des situations à la fois dramatiques et cocasses traitées sur un ton décalé et allégeant cet aspect qui aurait pu devenir lourdingue, “L’effondrement de l’Empire”, traduit par Mikaël Cabon et sous une couverture illustrée par le frenchie Sparth (entre autres choses directeur artistique de la célèbre saga vidéoludique “Halo”, rien que ça !), se révèle être une nouvelle réussite pour John Scalzi. Ne reste plus qu’à attendre la suite. Février 2020, la date est entourée en rouge sur mon agenda. 😉

 

Lire aussi les avis de Gromovar, Anudar, Bad Tachyon, Lutin82, Lianne, Yogo, Blackwolf, Un bouquin sinon rien.

 

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Bifrost 96, spécial William Gibson https://www.lorhkan.com/2019/12/16/bifrost-96-special-william-gibson/ https://www.lorhkan.com/2019/12/16/bifrost-96-special-william-gibson/#comments Mon, 16 Dec 2019 06:30:07 +0000 http://www.lorhkan.com/?p=11842 Dernier numéro du Bifrost en date, le numéro 96 s’intéresse à un auteur majeur de la SF, le “pape du cyberpunk”, j’ai nommé William Gibson. Un auteur important donc, dont les ouvrages sont pour le moins difficiles à se procurer. Le pourquoi du comment est dévoilé dans le dossier qui...

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Dernier numéro du Bifrost en date, le numéro 96 s’intéresse à un auteur majeur de la SF, le “pape du cyberpunk”, j’ai nommé William Gibson. Un auteur important donc, dont les ouvrages sont pour le moins difficiles à se procurer. Le pourquoi du comment est dévoilé dans le dossier qui lui est consacré, mais le fond du problème est à rapprocher de ce que pointe Olivier Girard dans l’édito, à savoir que les éditeurs de poche (les grands groupes avant tout) font de moins en moins bien leur boulot, qui est (avant tout ?) de faire en sorte que le “fonds”, les oeuvres importantes du genre SF, soient disponibles à la vente.

Gibson est un exemple illustrant ce problème, on pourrait sans doute citer d’autres auteurs (on parlait de Theodore Sturgeon dans le numéro qui lui était consacré). Le constat est assez sévère, tout en étant juste. À la décharge des éditeurs de poche, je me permettrais quand même de signaler que le fonds s’enrichit d’années en années et qu’il est sans doute bien difficile pour les éditeurs poche de reprendre les parutions grands formats âgées d’un ou deux ans et de faire vivre un fond de plus en plus important, tout en faisant suffisamment de ventes pour assurer la pérennité de la structure. Un vrai travail d’équilibriste pour lequel je ne suis pas sûr qu’il y ait une solution miracle…

 

Les rubriques habituelles

Du côté des critiques, tellement nombreuses que tout ne tient pas dans le format papier (il faut donc se tourner vers le site du Bélial (ici et ) ou bien, à vos risques et périls, vers le format numériques de la revue), BEAUCOUP de parutions intéressantes. Trop sans doute pour la santé de nos portefeuilles d’une part mais aussi pour notre temps disponible. Impossible de tout lire, des choix s’imposent. Mais à l’évidence, la qualité des nouveautés est bel et bien là !

On passera rapidement sur le coin des revues animé par un Thomas Day moins incisif que d’habitude (ça fera des crises de nerfs en moins chez les éditeurs de ces périodiques, Thomas Day a vraiment l’esprit de Noël !) pour s’intéresser à l’interview de Alain Sprauel, le gentil psychopathe responsable des bibliographies des auteurs mis en avant dans les Bifrost ainsi que dans certaines parutions du Bélial’. Un fan de rangement donc, et qui aime aussi la généalogie. Deux passions qui vont certainement bien ensemble. Bon, je dis qu’il est gentil mais si ça se trouve, si vous allez chez lui et que vous vous amusez à déplacer quelques bouquins d’une étagère à l’autre (sachant qu’il en a une tripotée !), il ne va peut-être guère apprécier… 😀

Enfin, dans “Scientifiction”, Roland Lehoucq nous donne un petit court de “matière dégénérée”. Partant d’un comics (“The Atom”), c’est l’occasion de s’intéresser à des états un peu extrêmes de la matière, en commençant doucement par une naine blanche avant d’aller sur des étoiles à neutrons. Un excellent article, qui expose notamment très clairement le cycle de vie d’une étoile et sa fin de vie, avec en plus quelques exemples de matière “bizarre” utilisée en SF. Passionnant !

Pour terminer, quelques news du secteur de la SF, avec notamment un rappel pour signaler que les votes pour le Prix des lecteurs de Bifrost 2019 sont ouverts, et ce jusqu’au 20 décembre. Il est donc plus que temps que je m’y mette, et vous aussi (si vous êtes abonnés).

 

Le dossier Gibson

De manière générale, les dossiers Bifrost c’est du solide. Là, disons-le tout net, c’est moins réussi. La faute en incombe sans doute avant tout à l’auteur lui-même, qui ne semble pas être du genre à s’épancher dans les médias pour donner suffisamment de matière à d’éventuels biographes. L’équipe du Bifrost a donc dû se rabattre sur deux articles écrits par un journaliste américain, Gary Westfahl, en 2013. Le premier s’intéresse essentiellement aux jeunes années de Gibson, c’est à dire pré-“Neuromancien”, l’autre regardant de plus près ses parutions en fanzines, là aussi dans sa prime jeunesse. Dans l’absolu ce n’est pas inintéressant, quoique l’article sur les fanzines nous met face à des récits que nous n’avons aucun moyen de récupérer, même en VO, et parle à plusieurs reprises des dessins de Gibson qui ne sont pas présents dans l’article (sans doute pour des raisons de droits, mais c’est frustrant). Et donc tout ça est très bof, et donne surtout l’impression de n’approcher l’auteur que par la bande.

Heureusement, une belle interview fait suite à ces deux articles. Une interview réalisée par Larry McCaffery qui date de… 1988 ! Décidément, ce William Gibson est insaisissable ! Qu’on se rassure, elle est extrêmement intéressante. Reste  à espérer que son état d’esprit n’ait pas changé depuis pour se dire qu’on a enfin une idée de ce que pense l’écrivain, mais disons qu’on a au moins une belle vision de ce qu’il était en 1988, peu après sa “trilogie Neuromantique”.

Arrive ensuite un guide de lecture qui revient sur les oeuvres d’un auteur finalement pas très prolifique. Un guide qui donne très envie de se replonger dans des textes qui ne m’avaient pas franchement convaincu au premier abord, notamment “Gravé sur chrome” ou bien le fameux “Neuromancien” dont la critique fait attendre la nouvelle traduction (fin 2020) avec la bave aux lèvres (bien plus que l’extrait de la dite traduction d’ailleurs, disponible dans ce numéro, j’y reviens un peu plus loin…). On remarquera tout de même que cette critique est écrite par Laurent Queyssi, l’homme qui s’occupe de cette nouvelle traduction, on le voit donc mal dire que ce roman est mauvais… Juge et partie, tout ça… Mais bon, il adore et c’est son droit, tout comme c’est son droit de nous le dire.

Mais donc, comme je le disais en introduction, les oeuvres de Gibson ne sont plus guère disponibles. Heureusement, les éditions Au Diable Vauvert sont là ! Elles ont en effet racheté les droits et vont donc rééditer tout Gibson dans les années qui viennent, en romans simples et en intégrales. Marion Mazauric, la patronne, nous dit ce que représente Gibson pour elle comme pour la littérature SF (et littérature tout court). Gibson va donc revenir sur les étals, et c’est une bonne nouvelle.

Reste au final un dossier en demi-teinte donc, qui ne convainc qu’avec une vieille interview et un guide de lecture qui donne furieusement envie de s’y (re)mettre (et bien sûr une bibliographie dressée par Alain Sprauel). Le reste est malheureusement plus anecdotique… Déjà que Gibson n’est pas mis en valeur par une couverture qui le fait passer pour un Talosien😀

 

Les nouvelles

Bon, le dossier n’est pas tout à fait convaincant, mais les nouvelles vont changer la donne, n’est-ce pas ? Ben non, pas vraiment. On peut commencer par le bon, le récit de Tim Pratt, “Rêves impossibles”, une belle histoire sur une (et même plusieurs) uchronies cinématographiques avec ce cinéma venu d’une dimension parallèle dans laquelle un certain nombre de films jamais réalisés chez nous ont finalement trouvé leur chemin jusqu’aux salles obscures. Ça parle au fan de ciné, c’est mignon, c’est doux, les personnages sont touchants et crédibles, c’est une belle histoire de romance, c’est réussi (et on trouvera une belle adaptation en court métrage ICI).

Claude Ecken, que j’ai peu lu mais dont j’ai adoré “En sa tour, Annabelle”, est au sommaire avec “Fidèle à soi”. L’introduction par Olivier Girard le compare à Greg Egan. Si on parle de personnages froids et sans saveur, c’est en effet assez vrai ici, mais c’est peut-être le but avec cet homme qui suit une “stimulation magnétique transcrânienne répétitive” à la demande de sa petite amie, pour le sortir de ses dérives alcooliques. Un traitement qui va changer son comportement. Pour le meilleur ou pour le pire ? Et donc c’est long, parfois très (trop !) introspectif sans que cela ne donne plus de vie aux personnages, jamais je ne suis parvenu à entrer dans le récit.

Ce n’est guère mieux avec “L’express des étoiles” de Michael Swanwick, qui pêche par l’effet inverse de la nouvelle de Claude Ecken : il y a ici à l’évidence pas mal de choses à explorer dans cette nouvelle qui reste malheureusement trop courte pour donner toutes les clés au lecteur. Le texte aurait gagné à être un peu plus étoffé. Reste un récit qui se veut touchant mais qui n’y parvient qu’à moitié. Dommage.

Et donc, la dernière nouvelle n’en est pas une puisqu’il s’agit d’un extrait de la nouvelle traduction de “Neuromancien” de William Gibson, par Laurent Queyssi et à paraître fin 2020 aux éditions du Diable Vauvert. Un extrait qui lâche le lecteur sans contexte, en plein chapitre 3. Voilà un texte qui arrive dans ce numéro comme un cheveu sur la soupe. Sans doute aurait-il été préférable de commencer par le premier chapitre (en général c’est ce que font les éditeurs pour donner envie aux lecteurs…), ce qui nous aurait aussi permis de voir comment le célèbre incipit de la traduction de Jean Bonnefoy a été retouché. Mais ici, j’avoue ne pas avoir eu d’accroche avec le texte, sans élément pour “m’orienter”. De fait, la critique du roman donne bien plus envie que cet extrait qui me paraît au contraire assez contre-productif. D’ici un an, espérons que les éditions du Diable Vauvert sauront appâter le lecteur de manière plus efficace, Gibson le mérite certainement.

 

Pour conclure

Bon allez, je tape, je tape, mais qui aime bien châtie bien. Et puis on ne peut pas toujours faire des dossiers bétons comme pour les numéros consacrés à Theodore Sturgeon ou Edmond Hamilton… Ce sera sûrement mieux la prochaine fois, avec un dossier consacré à Alfred E. Van Vogt, un auteur qui ne m’attire pas plus que ça, mais que je connais en fait très peu. Avec un bon dossier, j’espère me mettre à niveau. ^^

 

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La mort ou la gloire, Wyld tome 1, de Nicholas Eames https://www.lorhkan.com/2019/12/12/la-mort-ou-la-gloire-wyld-tome-1-de-nicholas-eames/ https://www.lorhkan.com/2019/12/12/la-mort-ou-la-gloire-wyld-tome-1-de-nicholas-eames/#comments Thu, 12 Dec 2019 06:30:18 +0000 http://www.lorhkan.com/?p=11786 On va faire court : un roman de fantasy s’inspirant ouvertement du monde du rock, une couverture à l’avenant reprenant elle aussi l’attitude caractéristique des poseurs metalleux, et un lobbying de l’Ours Inculte qui a fait monter la pression avant la sortie du roman chez Bragelonne, il n’en fallait pas...

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On va faire court : un roman de fantasy s’inspirant ouvertement du monde du rock, une couverture à l’avenant reprenant elle aussi l’attitude caractéristique des poseurs metalleux, et un lobbying de l’Ours Inculte qui a fait monter la pression avant la sortie du roman chez Bragelonne, il n’en fallait pas plus pour que je me jette sur “La mort ou la gloire”, premier tome de la trilogie “Wyld” de Nicholas Eames.

 

Quatrième de couverture :

Clay Cooper et ses hommes étaient jadis les meilleurs des meilleurs, la bande de mercenaires la plus crainte et la plus renommée de ce côté-ci du Coeur du Wyld – de véritables stars adulées de leurs fans. Mais ils sont loin, leurs jours de gloire : les redoutables guerriers se sont perdus de vue, ils ont vieilli, grossi et abusé de la bouteille – pas forcément dans cet ordre, d’ailleurs.

Quand, un beau jour, un de ses anciens compagnons se présente à la porte de Clay et le supplie de l’aider à sauver sa fille, prisonnière d’une cité assiégée par une horde de monstres sanguinaires. Une mission qu’il serait inconscient d’accepter…

Le temps est venu de reformer le groupe et de repartir en tournée.

 

Rock N’ Roll Train !

La fantasy, genre qui, s’il n’est pas écrit avec “ce petit truc en plus”, tend à rapidement tourner en rond si son auteur se cantonne à un monde médiéval-fantastique classique, tient avec “La mort ou la gloire” de Nicholas Eames quelque chose de très original. Et aussi très classique. C’est toute la dichotomie du roman.

D’une part, on a un récit à l’intrigue ultra simple : différents personnages se regroupent pour aller sauver la fille de l’un d’entre eux, coincée dans une ville assiégée et éloignée. Pour aller la secourir, il va falloir franchir le Coeur du Wyld, une vaste forêt qui abrite toutes sortes de monstres. Ça c’est pour le côté classique. Oui, dit comme ça, ça ne donne pas forcément très envie. Mais, car il y a un mais. Vous avez vu la couverture ? Vous avez vu ces poseurs, avec le signe du metal ? “La mort ou la gloire” est un hommage constant au monde du rock. Plus que ça, le roman est conçu là-dessus, c’est à dire que l’auteur a construit son univers en y faisant constamment référence, et en intégrant tout ça au worldbuilding de son monde. Ça c’est pour le “petit truc en plus”.

Clay Cooper, ancien mercenaire qui coule maintenant des jours paisibles avec sa femme et sa fille dans la petite ville de Coverdale, reçoit la visite d’un vieil ami, Gabriel, qui lui demande de l’aider à retrouver sa fille. Gabriel et Clay se connaissent de longue date, depuis qu’ils ont fondé la “roquebande” Saga (avec Matrick Skulldrummer, Arcandius Moog et Ganelon), un célèbre groupe de mercenaires adulé par ses fans et chargé, comme toutes les roquebandes, de l’élimination des monstres qui pullulent dans ce monde. Mais Saga est à la retraite depuis presque 20 ans… Aller sauver la fille de Gabriel ressemble fort à une mission suicide, et pour avoir le moindre espoir de s’en sortir il va falloir reformer le groupe, alors que le monde a changé, que les roquebandes ne sont plus ce qu’elles étaient (elles qui ne courent plus le monde mais se contentent d’affrontements joués d’avance dans des arènes), et surtout que les membres de Saga ont vieilli et ne sont plus vraiment au top de leur forme…

Et donc voilà, on a ces fameuses roquebandes, des groupes gérés par des managers qui partent en tournée (et sous contrats) pour combattre des monstres, des groupes aux noms évocateurs, Saga bien sûr mais aussi les Silk Arrows, les Screaming Eagles, les Stormriders, les Sisters in Steel, etc… Très rock ‘n roll tout ça ! D’autant plus que Nicholas Eames parsème son récit de références plus ou moins explicites au monde du rock, que l’amateur s’amusera à retrouver. Parmi les plus évidentes on a un kobold nommé Fender, le fils de Barret, leader de la roquebande Vanguard, appelé Syd, le compagnon d’un membre de Saga, décédé d’un longue maladie, prénommé Freddie, ou bien la redoutable mercenaire Sabbatha. C’est un festival ! Et d’ailleurs, à propos de festival, on a aussi un regroupement de roquebandes qui a lieu une fois par an : la Route du Roque ! Bref, tout est fait pour que rock et fantasy se confondent dans le roman, avec certains moments qui s’approchent du frisson que doivent ressentir certains groupes avant d’entrer en scène, comme ce passage où les membres de Saga doivent entrer dans une arène surchauffée dont le public hurle le nom du groupe, prélude à un concert combat de folie !

Car Nicholas Eames n’oublie pas qu’il écrit un roman de fantasy épique, on a donc droit à des combats, parfois dantesques, qu’il maîtrise d’ailleurs plutôt bien : les descriptions sont claires et précises, l’action se suit sans problème. Qui dit fantasy épique dit forcément action et aventures parfois rockambolesques, mais on a aussi droit à des personnages bien typés et bien caractérisés. Ils ont chacun leurs failles et faiblesses, et le roman distille régulièrement quelques passages émouvants et touchants qui fonctionnent d’ailleurs là encore étonnamment bien, j’avoue que je ne m’attendais pas à ce que ce soit un des points forts du récit. Épique donc, mais aussi parfois très classique : l’intrigue est finalement réduite au plus simple, et la succession d’évènements qui parsèment cette quête lasse parfois un peu (dangereuse rencontre avec une redoutable chasseuse de primes, fuite, disparition d’un membre du groupe, rencontre avec des cannibales, etc…). Oui, le roman est une quête menée par un groupe de mercenaires. De ce côté-là, ça ne va pas chercher bien loin…

Heureusement, l’auteur parvient à aérer son récit en le parsemant de renseignements sur le passé de son monde (je ne m’étendrai pas sur ce point, mais sachez qu’il est plutôt original avec des créatures (à forme humaine mais avec des oreilles de lapin !) issues d’une autre dimension qui ont réduit l’humanité en esclavage et utilisé des hordes de monstres pour dominer le monde, ce qui a fini par se retourner contre eux et explique la diversité et le nombre de créatures diverses et variées dans le texte, tout droit sorties d’un bestiaire de Donjons&Dragons : kobolds, gnolls, chimères, trolls, manticores, ettins, lamias, vouivres, ixils, et j’en passe des dizaines d’autres !), ou en s’attardant sur le passé, parfois (très…) douloureux de l’un ou l’autre de ses personnages.

“La mort ou la gloire”, avec ses personnages forts (en muscles, en gueule ou en bedaine…), ses moments d’action intense mais aussi ses passages très émouvants, est ainsi un roman fort sympathique. On pourrait penser que les références incessantes au monde du rock, si elles peuvent amuser un moment, finissent par lasser mais l’auteur a eu l’intelligence de faire d’elles ce qui constitue l’essence même de l’univers du roman, même si au fond il ne s’agit que d’un groupe d’aventuriers sur le retour partis sauver une jeune fille. Et oui tout cela est par ailleurs très masculin, voire même parfois très testostéroné, une sorte de bromance fantasy à cinq. Il en faut pour tous les goûts, cela ne m’a pas gêné mais il faut le savoir.

Le roman n’évite donc pas certains défauts (son classicisme dans le fond malgré un univers original, une longueur sans doute un peu trop conséquente et qui nuit au shot de rock ‘n roll qu’il voudrait être, un peu comme quand on écoute un double-album qui aurait mérité de n’être qu’un simple, ou bien un traducteur, Olivier Debernard, qui ne sait pas toujours s’il faut traduire les noms des groupes ou non, syndrome “Trône de Fer” avec ses lieux pas toujours traduits en français…) mais ses qualités finissent par l’emporter (ses personnages, ses allusions constantes et amusantes au rock (ok, si vous préférez le rap ou le R’n’B, ça va poser un problème…), son ton mêlant cynisme et beaucoup d’humour, la superbe couverture de Pierre Santamaria qui a seulement loupé les cheveux blonds de Gabriel…). On n’est certes pas ici devant un chef d’oeuvre, mais dans le genre fantasy de divertissement il accumule suffisamment de sympathie pour avoir l’envie d’ouvrir le deuxième tome (car il s’agit bel et bien d’une trilogie mais ce premier tome est tout à fait autosuffisant) qui paraitra en janvier, toujours chez Bragelonne. Let’s rock !

J’en profite pour signaler que l’auteur ne pouvait pas se passer de dresser une playlist Spotify, elle se trouve ici.

 

Lire aussi les avis de l’Ours Inculte, Xapur, Bouch’, Alfaric, Lianne, Espai, Célindanaé, Ombre Bones.

 

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Collection les vaisseaux Star… Ha ben non, cette fois c’est Battlestar Galactica ! https://www.lorhkan.com/2019/12/09/collection-les-vaisseaux-star-ha-ben-non-cette-fois-cest-battlestar-galactica/ https://www.lorhkan.com/2019/12/09/collection-les-vaisseaux-star-ha-ben-non-cette-fois-cest-battlestar-galactica/#comments Mon, 09 Dec 2019 06:30:58 +0000 http://www.lorhkan.com/?p=11824 Hop, gros changement ! A la faveur d’une promotion, j’ai fini par craquer sur une collection que je regardais avidement depuis son lancement, toujours chez Eaglemoss. La collection Star Trek laisse donc la place, ou plutôt cohabite dorénavant avec la collection Battlestar Galactica. Et comme je n’ai pas fait les...

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Hop, gros changement ! A la faveur d’une promotion, j’ai fini par craquer sur une collection que je regardais avidement depuis son lancement, toujours chez Eaglemoss. La collection Star Trek laisse donc la place, ou plutôt cohabite dorénavant avec la collection Battlestar Galactica. Et comme je n’ai pas fait les choses à moitié, ce sont deux vaisseaux, par ailleurs très différents, qui se partagent l’affiche aujourd’hui.

Le premier d’entre eux, un peu par défaut mais pas tout à fait quand même, c’est le Battlestar Pegasus. Par défaut parce que je visais le Battlestar Galactica en priorité bien sûr, mais il était en rupture de stock au moment de ma commande. Je me suis donc rabattu sur un autre vaisseau du même type, à savoir le Pegasus, qui apparaît dans les saisons 2 et 3 de la série télévisée des années 2000 ainsi que dans le téléfilm “Razor”. Plus récent que le Galactica, le Pegasus est plus puissant et une fois et demi plus gros que l’iconique vaisseau qui donne son nom à la série.

 

    

 

Et en le sortant de la boîte, wow, impressionnant ! 27 cm de long, ultra détaillé (un effet renforcé par le look radicalement différent et beaucoup plus “roots” des vaisseaux de la série par rapport à ceux plus doux, plus épurés, plus futuristes de Star Trek), il en impose ! Les détails sont partout : des canons ici ou là (sous la partie avant, derrière et sur les côtés des nacelles, ces dernières, servant de pistes d’atterrissage pour les chasseurs Viper lancés par le Pegasus, étant d’ailleurs traversantes), le nom bien visible, le logo également (mais dont le tampon a malencontreusement été légèrement appliqué une deuxième fois à côté du bon emplacement, le seul vrai défaut de cet exemplaire), et plein d’autres petits détails qui font plaisir à parcourir des yeux.

 

    

  

 

Au niveau du design, c’est massif et ça respire la puissance, il suffit pour s’en convaincre de regarder la partie arrière et ses volumineux moteurs couplés. On est loin du design lisse et pur de Star Trek, mais ça fait là aussi son petit effet, dans un autre style donc. On n’est pas ici pour faire joli, le Pegasus est un vaisseau de guerre, pas une oeuvre d’art pour les esthètes. La preuve également avec ce côté sale visible ici ou là (peinture marron).

 

    

 

Côté réalisation de la miniature, on est devant un mélange de parties métalliques (la partie centrale du vaisseau) et de parties plastiques (les côtés du vaisseau, les deux nacelles avec les hangars). La miniature est lourde mais bien équilibrée, ce qui vaut mieux puisque contrairement à la collection Star Trek, le support ne “tient” pas le vaisseau. En effet celui-ci est simplement posé sur le support plastique transparent. C’est moins intrusif pour l’aspect visuel mais peut-être moins “safe”. La peinture est correctement appliquée (à l’exception du double logo comme expliqué plus haut), malgré quelques menus défauts si on y regarde de plus près, des défauts qui s’effacent devant la précision de la sculpture, majoritairement dans les tons gris (avec quelques touches rouges ici et là, et des bavures maronnasses pour bien montrer que l’entretien et la maintenance parfaite du vaisseau s’effacent devant la gestion du péril auquel la flotte est confrontée). Les détails fourmillent de partout, même si Eaglemoss n’a pas poussé le vice jusqu’à sculpter les tubes de lancement des Vipers sur le côté des hangars. Mais on leur pardonne, ceux-ci auraient été minuscules… Et d’ailleurs, cela n’entache en rien la grande qualité de la miniature. Du très beau travail.

 

    

  

 

Le deuxième vaisseau, celui qui a lancé la collection chez Eaglemoss, c’est le Viper Mark II du capitaine Kara Thrace, alias Starbuck. Le Viper Mark II est un petit chasseur polyvalent, équivalent de nos avions de chasse actuels alors que les Battlestars seraient plutôt les porte-avions. Un vaisseau sans équivalent dans la collection Star Trek puisque l’univers Star Trek fait la part belle aux gros vaisseaux type Enterprise en mettant totalement de côté ce genre de petits chasseurs. Seul les navettes pourraient se rapprocher du Viper en terme de taille. Sauf qu’ici pour sa miniature, Eaglemoss a vu les choses en grand !

 

    

    

 

27 cm à nouveau, ce qui nous donne une échelle beaucoup plus grande que pour le Pegasus puisque le Viper fait 8.4 mètres en taille réelle. Pas de foisonnement de détails ici donc, du moins pas de la même manière que sur le Pegasus : la miniature nous donne vraiment l’impression d’avoir dans la main un petit avion fort bien réalisé. La précision est bien présente : on y voit des inscriptions de type “mode d’emploi” pour la maintenance (de genre “Ne pas se tenir face aux canons”, un conseil plein de bon sens ! 😀 ), le nom et le surnom du pilote (et c’est quand même la classe d’avoir le Viper de Starbuck, non ? 😉 ), un écusson d’escadron, etc…

 

    

    

 

Là aussi le modèle utilise le métal et le plastique (métal sur la partie avant et centrale, plastique pour la partie supérieure et arrière), là aussi l’équilibre est bien géré avec une miniature d’un bon poids qui se pose parfaitement sur un support qui ne fait que… supporter (!!) le Viper. Côté peinture, pas de défaut, tout est bien positionné, sans anicroche. On a même droit à quelques traces de poussière sur les parties soumises à rude épreuve durant un vol (pas seulement dans l’espace puisque le Viper sait aussi faire du vol atmosphérique). Incontestablement de la belle ouvrage.

 

    

  

 

En résumé, deux gros morceaux imposants, qui montrent que quand Eaglemoss s’en donne la peine, ils peuvent nous sortir des modèles d’exception (mais en même temps, il n’y a pas de petits hublots à gérer donc pas de problème d’ajustement entre sculpture et peinture… 😀 ). Pour un prix plus contenu que les modèles XL de Star Trek mais avec une taille similaire, cette collection (malgré tout forcément plus restreinte puisque la série ne met pas en avant ses vaisseaux comme le fait Star Trek, sans compter qu’en terme d’itérations télévisuelles, elle ne joue pas non plus sur le même tableau) a incontestablement un fort potentiel.

 

 

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Chiens de guerre, de Adrian Tchaikovsky https://www.lorhkan.com/2019/12/04/chiens-de-guerre-de-adrian-tchaikovsky/ https://www.lorhkan.com/2019/12/04/chiens-de-guerre-de-adrian-tchaikovsky/#comments Wed, 04 Dec 2019 06:30:51 +0000 http://www.lorhkan.com/?p=11773 Après le très réussi “Dans la toile du temps”, il aurait été étonnant (et décevant) de ne pas revoir Adrian Tchaikovsky sur les étals des librairies francophones. le revoilà donc avec “Chiens de guerre”, un récit nettement plus court que son histoire d’araignées mais qui ne délaisse pas le monde animal...

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Après le très réussi “Dans la toile du temps”, il aurait été étonnant (et décevant) de ne pas revoir Adrian Tchaikovsky sur les étals des librairies francophones. le revoilà donc avec “Chiens de guerre”, un récit nettement plus court que son histoire d’araignées mais qui ne délaisse pas le monde animal pour autant avec Rex, ce chien génétiquement modifié et cybernétiquement amélioré. mais Rex n’est pas seul puisqu’il est accompagné de Dragon, de Miel et de Abeilles

 

Quatrième de couverture :

Je m’appelle Rex. Je suis un bon chien.

Rex est un bon chien. C’est un biomorphe, un animal génétiquement modifié, armé de fusils-mitrailleurs de très gros calibre et doté d’une voix synthétique créée pour instiller la peur. Avec Dragon, Miel et Abeilles, son escouade d’assaut multiforme, il intervient sur des zones de combat où les humains ne peuvent se risquer.
Rex est un bon chien. Il obéit aux ordres du Maître, qui lui désigne les ennemis. Et des ennemis, il y en a beaucoup. Mais qui sont-ils réellement? Se pourrait-il que le Maître outrepasse ses droits? Et si le Maître n’était plus là?
Rex est un bon chien. Mais c’est surtout une arme de guerre hautement mortelle. Que se passerait-il s’il venait à se libérer de sa laisse?

Après les araignées du futur lointain de Dans la toile du temps, Adrian Tchaikovsky crée un personnage de chien intelligent aussi dangereux qu’attachant. Il met ainsi en lumière les conséquences, notamment éthiques, des recherches en biotechnologie.

 

Bon chien !

Après l’évolution sur plusieurs millénaires d’araignées “augmentées” par un rétrovirus dans “Dans la toile du temps”, Adrian Tchaikovsky se penche avec “Chiens de guerre” sur l’évolution sur plusieurs années d’un chien génétiquement augmentée et cybernétiquement amélioré. “Dans la toile du temps” utilisait l’imagination débordante et remarquablement “réaliste” de l’auteur pour finalement confronter une humanité au bord de l’extinction à une toute autre civilisation, radicalement différente et qui a pourtant vécu les mêmes crises que la société humaine durant son histoire. À la lecture de “Chiens de guerre”, on finit vite par s’apercevoir que la canevas du récit est à peu près le même, avec tout de même un contexte différent.

Point de millénaires qui passent, toute l’action du récit se déroule ici sur quelques années, dans un futur relativement proche dans lequel les manipulations génétiques et cybernétiques ont donné aux militaires la possibilité d’utiliser des animaux améliorés (appelés biomorphes) lors des missions à risque. Rex est un de ces animaux-armes. Capable de se dresser et de marcher sur deux pattes, haut de plus de 2 mètres, avec tout un tas d’amélioration faisant de lui l’arme parfaite (parfaite car puissante, produite à la chaîne et donc aisément sacrifiable, c’est d’ailleurs tout l’enjeu du récit mais j’y reviendrai), comme une musculature upgradée, une peau plus résistante, une vitesse de mouvement bien au-delà des capacités humaines, deux fusils-mitrailleurs montés sur les épaules, etc… Et Rex pense. Car il est doté de quelques fonctions communications et d’analyses elles aussi améliorés et d’un module de rétroaction augmentant son instinct de récompense. Ainsi Rex obéit au Maître, et fait tout pour le contenter, sur un mode bon chien/mauvais chien. Il est le chef d’une équipe “multiforme” composée également de Dragon, un gros lézard furtif et maître dans l’art du sniper, Miel, une énorme ourse particulièrement intelligente (et puissante, forcément) et Abeilles, un essaim d’abeilles à l’intelligence distribuée, expert en reconnaissance et en frappes multiples.

L’escouade de Rex, au sein d’une compagnie privée de mercenaires, est engagée dans une guerre civile au Mexique à la demande du gouvernement mexicain pour mater la rébellion des Anarchistas. C’est dans cette zone de guerre que Rex et son escouade vont devoir faire face à une coupure de communication de grande ampleur, les laissant esseulés, sans les ordres du Maître pour les guider. Que faire ? Ne rien faire ? Prendre des décisions sans savoir si c’est ce qu’aurait voulu le Maître ? C’est le début d’un récit qui va atteindre des niveaux au départ insoupçonnés. Car les premières pages du texte, sur un ton très militaire, mettent en scène la guerre, avec tout ce qu’elle amène d’atrocités. Et puis Rex et son équipe découvrent la liberté, de façon douloureuse. Car il est bien difficile d’être libre quand on a été prisonnier toute sa vie. Et que son seul souhait c’est de retrouver le Maître et ses ordres, pour redevenir un bon chien.

La narration du roman oscille donc entre les pensées de Rex (on est projeté dans la tête du chien, avec une manière de penser très “canine” et docile, un peu comme dans “Blues pour Irontown”, l’humour en moins) et celles d’autres protagonistes humains, liés d’une manière ou d’une autre aux actions de Rex, ce qui permet d’élargir le point de vue, d’informer le lecteur sur le contexte général, et de l’amener ensuite à un autre niveau. Car cette guerre au Mexique n’est que le début d’un récit qui se veut beaucoup plus ambitieux qu’un “simple” récit martial.

Evolution de la société, intelligence artificielle, statut légal que l’on pourrait accorder à des êtres cybernétiques (ne sont-ils que des armes de guerre sacrifiables, ou sont-ils des être vivants intelligents, conscients d’eux-mêmes et des autres, avec des droits fondamentaux ?), mélanges de vivant et d’électronique de haute technologie, impacts sociétaux, juridiques et sociaux d’une telle décision, avec en toile de fond une singularité technologique qui ne dit pas son nom, telle est la substantifique moelle d’un texte qui cache bien son jeu mais qui finit par faire mouche et par captiver le lecteur. Et au-delà de ces thématiques, c’est aussi le racisme qui est abordé, la peur de l’humain face à “l’autre”, à l’inconnu, à celui qui est différent, ou bien la critique de la recherche du profit à tout prix de la part des entreprises et des gouvernements, sans un regard pour les populations impactées, quelles qu’elles soient, sans oublier la notion de dérive technologique, touchant jusqu’à l’être humain, au mépris des droits les plus élémentaires. La réflexion poussée par Adrian Tchaikovsky est remarquable à plus d’un titre : elle est d’une part technologiquement crédible (la cybernétique bien sûr, et plus généralement les biotechnologies, et cette fascinante démonstration par l’exemple de ce qu’est une intelligence distribuée avec Abeilles), et éthiquement et moralement tout à fait pertinente, avec un aspect social/sociétal important pour faire contrepoint à l’aspect “hard-SF” (pas très hard mais disons très technologique) du texte. C’est passionnant et l’évolution de la société imaginée par l’auteur sonne juste, pose le doigt sur les points délicats, ne fait pas dans l’angélisme (loin s’en faut !) et s’avère tout à fait perspicace et convaincante.

On pourrait reprocher à Tchaikovsky de reprendre le schéma narratif de “Dans la toile du temps” (alternance de points de vue araignées/humanité au fil des millénaires dans “Dans la toile du temps”, alternance Rex/humains au fil des années dans “Chiens de guerre”, pour dans les deux cas décrire une ou des évolutions de sociétés, confrontant l’humanité à l’inconnu), mais ce serait lui faire un  mauvais procès. Car “Chiens de guerre” est avant toute chose un excellent roman, qui impose un personnage “différent”, Rex (comme les différentes itérations de Portia, Bianca ou Fabian toujours dans “Dans la toile du temps”), le fait évoluer au fil des chapitres, pour en faire le porte-étendard d’une cause qui le dépasse et va bien au-delà de ses seuls congénères. À ce titre, la dernière partie du récit pose les bases d’une révolution encore plus importante, qui n’aurait eu aucune chance d’espérer se produire si Rex n’avait pas existé. Alors oui, on s’attache à lui, quand bien même il ne pense pas tout à fait comme nous, n’est pas tout à fait un personnage “aimable” (quoique, et c’est aussi là tout le sel du récit, en lien avec les thématiques explorées).

Mission une nouvelle fois accomplie donc pour Adrian Tchaikovsky qui nous livre ici un roman riche, bien plus profond que ce qu’on pouvait imaginer de prime abord, tenant autant de la prospective technologique que sociétale. C’est fort, c’est prenant, c’est remarquable.

 

Lire aussi les avis de Feyd Rautha, Cédric, Artemus Dada, Hilaire Alrune, Aelinel, Cédric.

 

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