Deus in Machina, de John Scalzi

Posted on 6 juillet 2011

J’avais été frappé par le pitch de ce bouquin, et par sa petite taille (pensez-vous, moins de 150 pages !). Et du coup, je me suis dit : de la dark-SF, un roman court, percutant, au thème accrocheur, pourquoi ne pas se laisser tenter ? Après tout, sur une si petite longueur, je ne risque pas grand chose… Verdict un peu plus loin…

Quatrième de couverture :

« L’heure était venue de fouetter le dieu. Le capitaine Ean Tephe entra dans la chambre divine, un coffret en filigrane laqué dans les mains. Il découvrit un acolyte qui perdait son sang et le dieu à plat ventre sur son disque de fer, les chaînes tendues à bloc. La bouche écrasée contre le métal, le dieu ricanait en se passant la langue sur ses lèvres rougies. Un prêtre se tenait au-dessus de lui, à l’extérieur du cercle de confinement. Deux autres acolytes étaient adossés à la paroi, terrifiés.  »

Voici le dieu dans la machine. Vous pouvez dire vos prières.

Par l’auteur du « Vieil Homme et la Guerre », un étonnant roman de science fantasy noire.

 

Un brulot anti-religion ?

Sur un si court format, l’auteur se doit d’être accrocheur immédiatement, de happer le lecteur pour ne plus le lacher jusqu’à la fin, sans s’éparpiller outre mesure, aller directement à l’essentiel. A ce titre, la première phrase d’accroche fait immédiatement son petit effet, à l’instar de la célèbre « J’avais atteint l’âge de mille kilomètres » de Christopher Priest dans « Le Monde inverti ».

Ici c’est « L’heure était venue de fouetter le dieu ». On a vu pire comme première accroche. C’est immédiatement intrigant. Remarquez également le mot dieu, qui ne comporte pas de majuscule. Ce n’est évidemment pas anodin, car ici les dieux sont nombreux. L’un d’entre eux a triomphé de tous les autres, et ces autres dieux sont donc des sous-êtres, des avilis comme les appellent les humains. Utiles pour faire avancer les vaisseaux spatiaux, mais rien de plus. Bien entendu, l’absence de majuscule peut avoir un sens plus profond, puisque les dieux ici présents ne sont pas du tout des déités « propres » comme on peut le voir dans les mythologies, on a plutôt affaire à des divinités primitives, païennes, qui usent de leurs pouvoirs pour influencer/mystifier/tromper les hommes. Et c’est ainsi que John Scalzi entre dans son processus de désacralisation, que dis-je ! de dénonciation de la religion.

Et à travers les doutes qui s’immiscent dans la tête du héros, l’auteur nous montre que la religion, sous prétexte de vouloir les bien des hommes et de promettre monts et merveilles après la mort est capable du pire : crimes, génocide, tromperie, etc… Les thèmes de réflexion sont nombreux : la foi, l’aveuglement, l’aliénation mentale, l’obéissance… Sur 150 pages, c’est tout de même une sacrée performance !

Alors bien sûr, on aurait aimé plus de détails sur cet univers très sombre, dirigé par des extrémistes religieux (le parallèle avec le jeu de figurine Warhammer 40000 est assez net, l’atmosphère générale est très semblable je trouve), mais finalement le but de ce « petit » livre n’est pas de développer un univers complet. C’est un roman coup de poing, critique, percutant, et à ce titre très réussi !

 

Chronique réalisée dans le cadre du Summer Star Wars Episode V, de Lhisbei.

  
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