Destination Ténèbres, de Frank M. Robinson

Posted on 2 août 2011

Il en aura fallu du temps pour voir arriver ce roman de l’auteur américain Frank M. Robinson, sorti en 1991 au pays de l’oncle Sam. Méconnu chez nous, Robinson est l’auteur d’une quinzaine de romans, celui dont il est sujet ici n’est que le deuxième traduit en France… Alors, l’attente valait-elle le coup ?

 

Quatrième de couverture :

En mission d’exploration sur Séthi IV, le jeune Moineau dévisse d’une falaise. Très grièvement blessé, il est rapatrié sur son vaisseau-génération, l’Astron, pour être soigné. Alors qu’il se remet lentement de ses blessures à l’infirmerie, on tente sans succès de l’empoisonner. Guéri, mais amnésique, Moineau ne peut que redécouvrir le monde où il est né : un vaisseau délabré, hanté par un équipage indifférent, voire hostile. Le capitaine de l’Astron est prêt à répondre aux questions de Moineau. Mais cet immortel semble avoir perdu la raison : il veut traverser la Nuit, une partie de la galaxie totalement dénuée d’étoiles, pour aller chercher des signes de vie extraterrestre de l’autre côté. Un voyage de cent générations, qui semble bien impossible pour un vaisseau aussi abîmé que l’Astron. Fresque spatiale écrite comme un thriller, « Destination ténèbres », souvent comparé à « Moby Dick », s’est imposé dès sa parution, en 1991, comme un classique de la science-fiction américaine.

 

Voyage sans issue ?

Je dois bien avouer qu’au début j’ai eu peur. Peur du procédé utilisé par l’auteur pour son personnage principal : la perte de mémoire. Cela me semblait vraiment trop artificiel, et ressemblait beaucoup à la solution de facilité pour introduire son univers auprès du lecteur grâce à son héros devenu un vrai candide. Et puis, je me suis aperçu que Frank M. Robinson a bien su mener sa barque, et éviter les lieux communs tout en distillant petit à petit les indices qui font progresser l’intrigue. On en vient à comprendre donc assez rapidement que l’amnésie du héros fait partie intégrante de cette intrigue, et là j’ai été totalement rassuré. Et même plus, j’ai été happé.

La quatrième de couverture nous parle d’un thriller, et pour une fois ce n’est pas de la publicité mensongère, c’est vraiment d’une écriture typée thriller qu’est constitué ce roman. Le suspense est particulièrement bien géré, les révélations et rebondissements sont régulièrement distillées pour garder toute notre attention, sans être victime du syndrome du « toujours plus jusqu’à l’abracadabrantesque ». Et moi qui suis assez réfractaire à la hard-science, j’ai été heureux de voir que l’aspect scientifique, bien que présent (notamment à travers la confrontation entre l’équation de Drake qui donne une estimation du nombre de civilisations extraterrestres, et le paradoxe de Fermi qui dit que si les extraterrestres existent, compte tenu de l’âge de l’univers, nous aurions déjà dû les rencontrer), n’est pas le moteur principal du roman. Non, le moteur du roman c’est l’Homme.

En effet, l’auteur analyse le comportement d’un groupe vivant en cercle fermé depuis des générations dans un vase clos, avec tout ce que cela implique sur l’aspect génétique, l’aspect social, communautaire, etc… Les personnages se confrontent, s’observent, se défient parfois, au gré des évènements, qui ne cessent de s’amplifier. La foi de certains s’en retrouve souvent ébranlée. Cette foi, si importante en fin de compte, cœur du roman, sur laquelle repose l’avenir du vaisseau, voire de l’humanité… Au final l’auteur parvient vraiment à maintenir l’intérêt du lecteur tout au long de la lecture, sans que l’on sache comment tout cela va se terminer… Jusqu’à la révélation finale (qui n’a jamais aussi bien portée son nom !), que j’ai trouvé particulièrement excellente !

« Destination Ténèbres », toujours grâce à son style « thriller » ainsi qu’à l’écriture efficace de l’auteur (et à la qualité de la traduction de Jean Daniel Brèque) est donc un roman malin, passionnant, intelligent et facile d’accès. Sans aucun doute une belle porte d’entrée pour les éventuels réfractaires à la science-fiction prêts à revoir leur jugement, encore qu’il ne faut pas être totalement opposé au space-opéra. Les thèmes de réflexions sont nombreux, l’histoire passionnante, etc… Mais là, je crois que je commence à me répéter !…

 

Lecture commune avec Efelle, Val et Gromovar.

Chronique réalisée dans le cadre du challenge Summer Star Wars Episode V, de Lhisbei.

 

  
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