Mysterium, de Robert Charles Wilson

Posted on 28 octobre 2011

Couronné d’un prix Phillip K. Dick en 1995, ce roman est un des premiers écrits par celui que beaucoup considèrent comme le meilleur écrivain de science-fiction en activité. Nombre de chefs d’œuvre jalonnent en effet sa bibliographie : « Spin » et « Les chronolithes » étant les deux plus célèbres. C’est donc avec une réelle attente qualitative que je me suis penché sur ce roman, qui représente donc ma première lecture du monsieur. Hé oui…

 

Quatrième de couverture :

À Two Rivers, rien ne vient jamais troubler la petite vie paisible des habitants, jusqu’à ce qu’un laboratoire de recherches militaire s’installe sur les rives du lac Merced. Les spéculations les plus folles naissent alors, et la crainte d’un accident nucléaire hante tous les esprits. Aussi, lorsqu’un incendie se déclare sur le site, Dexter Graham envisage déjà le pire. Pourtant, son destin, ainsi que celui de Two Rivers dans sa totalité, vient de basculer d’une manière qui dépasse de très loin son imagination. En effet, la petite ville semble avoir été transportée… ailleurs.

 

La SF humaine aurait-elle trouvé son maître ?

Le roman commence par un prologue assez particulier dans la forme, en tout cas particulier pour moi qui n’avait jamais lu de Wilson jusqu’ici. Alors que je lisais à peu près partout que l’auteur écrit de manière très humaine, plus sur les personnages que sur les faits, me voici devant un prologue certes intrigant (un mystérieux artefact est découvert en Turquie, avec des propriétés semble-t-il assez spéciales), mais très froid, très factuel, limite journalistique. Ca ne dure que quelques pages, et c’est pour la mise en place de l’intrigue, mais j’ai été décontenancé. Cela dit, ça n’a à aucun moment eu un effet négatif, l’intérêt pour ce mystère allant croissant au fil de la lecture de ce prologue.

Puis le roman commence réellement. Tout part d’un évènement simple : une ville et ses habitants se retrouvent soudainement, suite à une explosion dans le nouveau labo de recherche proche de la ville (étudiant le fameux artefact turc), dans un monde qui leur est totalement étranger. Au même endroit géographique, mais… ailleurs, comme le dit si bien la quatrième de couverture. Mais plutôt que de s’attarder sur le pourquoi du comment, Robert Charles Wilson préfère s’intéresser aux personnages. Comment vivent-ils ce bouleversement, comment s’y adaptent-ils ?

Car le nouveau monde est bien différent du nôtre : ici règne l’obscurantisme religieux, le gouvernement est une théocratie qui est plutôt du genre expéditive avec ceux qu’elle considère comme des blasphémateurs, des hérétiques. Et il en faut peu pour être classé de la sorte… Alors certains luttent malgré le danger, d’autres font profil bas, d’autres abdiquent et changent de camp, etc… Le parallèle avec la Résistance est assez évident, mais sans sombrer dans le manichéisme. La réflexion sur la collusion religion-pouvoir est également bien amenée.

La domination de la religion sur la société a ralenti les évolutions scientifiques par rapport à notre monde. Les ordinateurs sont par exemple totalement anachroniques. On imagine donc bien que les documents scientifiques et technologiques du laboratoire intéressent au plus haut point les chercheurs de ce nouveau monde. Mais dans quel but ? Car ce petit bout de terre apparu on ne sait comment dans ce monde autoritaire et religieux n’est-il pas profondément blasphématoire ? S’en suit une course contre la montre où chacun devra faire un choix. Ainsi on découvre au fil du récit les différents personnages avec leur caractère, leurs failles, leur histoire : Dexter, le professeur d’histoire, hanté par des évènements tragiques, le gamin débrouillard Clifford, l’ethnologue Linneth, chargée par les autorités d’étudier ces étonnants nouveaux venus, ou bien Evelyn, la maîtresse de Dexter, résignée à son sort et à celui de la ville… Ils verront bien évidemment leur existence bouleversée par tous ces évènements, certains de manière tragique, d’autres de manière plus… étonnante.

La fin est à ce titre plutôt réussie. Non par son exactitude scientifique (et encore, qui suis-je pour porter un jugement sur des réflexions scientifiques poussées à leur extrême, à tel point qu’elles s’entremêlent à des réflexions religieuses, mystiques et métaphysiques ?), mais par la conclusion douce-amère qu’elle amène. Une vraie fin pour certains personnages, un renouveau pour d’autres…

Alors certes, on aurait aimé en savoir un peu plus sur ce monde gouverné par la religion, son histoire à partir du point de divergence avec notre monde (assez loin dans le passé), mais Wilson a choisit de s’en tenir à sa ligne de conduite : raconter une situation donnée, à travers les personnages. Il n’a jamais été question de faire une étude complète de ce monde uchronique.

En tout cas, ce fut un réel bonheur pour moi de me plonger dans ce roman passionnant, à l’intrigue simple et complexe à la fois, avec ses personnages attachants, ses thèmes de réflexions intelligents, l’écriture de Wilson étant par ailleurs d’une très belle fluidité, permettant au lecteur de ne pas se perdre dans des réflexions parfois un poil ardues. Pas de doute, je reviendrai à Wilson !

Chroniques à lire également chez Khatovar, Noosfere, Cafard cosmique, Yozone, Maas Biolab.

  
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