Nouvelles, tome 1, 1947-1953, de Philip K. Dick

Posted on 20 janvier 2012

Il y a pas mal de Philip K. Dick en ce moment sur le blog… Entre ses romans, ses « fils spirituels », ses adaptations, etc…, force est de constater que l’influence du Maître sur la littérature (mais pas que) de l’imaginaire n’est pas le fruit du hasard. Intéressons-nous à un livre que j’avais trouvé par hasard dans une librairie bretonne, et qui m’avait mis en joie lors de son achat. Qu’en est-il à l’issue de la lecture ?

 

Quatrième de couverture :

Une ville qui se modifie au gré des désirs d’un de ses habitants, androïdes plus humains que les hommes… Des extraterrestres capables de se confondre avec l’objet le plus anodin… Des machines à tuer qui ressemblent à un soldat blessé… Des morceaux de musique célèbres transformés en animaux… Un enfant qui a peur de son père, depuis que celui-ci a été  » truqué « … Métamorphoses, dissimulations et camouflages Rien n’est ce qu’il semble être dans les  » nouvelles de jeunesse  » de Philip K. Dick, soixante-huit textes courts, souvent percutants, qui annonçaient déjà ses chefs-d’œuvre à venir (Ubik, Le Maître du haut château, Substance Mort, Blade Runner).

 

Dick, ou comment avoir une idée par page !

Bon, ok, j’exagère un peu, mais ce qui frappe à la lecture de ce recueil, première partie de l’intégrale de ses nouvelles, reprenant ici ses nouvelles de jeunesse (essentiellement car Dick, une fois sa réputation installée, s’est attelé à l’écriture de romans), c’est le foisonnement d’idées. Alors loin de moi l’idée de faire un inventaire exhaustif (ce volume regroupe tout de même 68 nouvelles !), mais revenons tout de même sur quelques éléments fondamentaux de son travail de novelliste.

Première constatation : Dick touche à tout. De la SF bien sûr (et essentiellement), mais aussi du fantastique, et même une pointe de fantasy (dans « Le roi des elfes »). Dans ce volumineux recueil, tout n’est pas de grande qualité bien sûr (mais comment pourrait-il en être autrement sur une si grosse quantité de nouvelles écrites en si peu de temps : par exemple, 37 nouvelles écrites entre fin 1952 et fin 1953, soit une moyenne de 3 par mois!), mais la diversité des thèmes abordés force le respect. Du voyage dans le temps (« Le crâne ») au space-opéra (« Les braconniers du cosmos »), de la réalité altérée (« Une petite ville ») au questionnement sur ce qui fait un être humain (« Etre humain c’est… »), du renversement de perspective (« Le problème des bulles ») au récit purement horrifique (« Le père truqué »), de l’évolution des espèces (« L’homme doré ») à la nouvelle humoristique (« A vue d’œil », hilarant !), difficile de trouver un thème non abordé par l’auteur. Dans le lot, on trouvera donc déjà les prémices des grands thèmes dickiens, thèmes qu’il reprendra en les développant dans ses romans ultérieurs. On sent également que Dick était fortement influencé par son époque. Parmi les situations rencontrées, celle de la Terre ravagée par la guerre nucléaire par exemple, guerre froide oblige donc souvent issue d’un affrontement américano-russe, revient très fréquemment, lui permettant d’imaginer toutes sortes de situations mettant l’être humain face à ses contradictions.

Nouvelles à chute, nouvelles d’action, nouvelles plutôt basées sur la réflexion, il y en a pour tous les goûts. L’avantage des nouvelles c’est qu’elles permettent de ne pas nécessiter d’autres supports que le seul concept sur lequel elles reposent. Il a parfois été reproché à Dick de ne pas savoir écrire sur la longueur. Un roman n’est pas une nouvelle et vice versa (Dick le décrit d’ailleurs fort bien dans une lettre écrite en 1968, reproduite dans ce recueil). Les contraintes de l’un et l’autre ne sont pas les mêmes. Ne cherchez pas ici des personnages développés, ce n’est pas le sujet. Mais si vous êtes à la recherche d’idées, de pistes de réflexion, de concepts parfois vertigineux, vous y trouverez votre bonheur. Ce volumineux recueil (1500 pages tout de même !) reste définitivement pour moi une lecture incontournable pour qui souhaite mieux connaître l’œuvre de Philip K. Dick. Nul doute qu’il en est de même pour le second volume, qui attend tranquillement dans ma PAL que je le picore au gré de mes envies, comme je l’ai fait pour celui-ci.

 

Chronique réalisée dans le cadre du challenge « Les chefs d’œuvre de la SFFF » de Snow, et du challenge « Fins du monde » de Tigger Lilly.

  
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