The box, de Richard Kelly, Le jeu du bouton, de Richard Matheson

Posted on 1 février 2012

Toujours dans le thème des adaptations, intéressons-nous cette fois à « The box », un film issu d’une très courte nouvelle d’un des auteurs phares de ce format : Richard Matheson. Sacré challenge que d’adapter à l’écran une nouvelle qui ne fait même pas dix pages…

 

Synopsis du film (et de la nouvelle d’origine) :

Norma et son époux mènent une vie paisible dans une petite ville des Etats-Unis jusqu’au jour où une mystérieuse boîte est déposée devant leur domicile. Quelques jours plus tard, se présente l’énigmatique Arlington Steward qui leur révèle qu’en appuyant sur le bouton rouge de la boîte, ils recevraient 1 000 000 $, mais cela entraînerait la mort d’un inconnu…

 

« Le jeu du bouton » (« Button button » en V.O.), trouvable dans pas mal de recueils, est donc une nouvelle de moins de 10 pages… Autant dire qu’elle va droit au but, sans oublier au passage de surprendre le lecteur par un final inattendu. Peu de choses à en dire sans la déflorer, le synopsis du dessus étant déjà bien suffisant. Tout au plus peut-on signaler que c’est une sorte de relecture du mythe de la Génèse (Adam et Eve, le Fruit Défendu), mise en parallèle avec le mythe de Pandore (et sa fameuse… Boîte !). Court, efficace et surprenant, l’archétype parfait d’une nouvelle-coup de poing réussie.

Mais alors comment adapter un format aussi court au cinéma, alors que tout pourrait être dit en long, en large et en travers au bout de dix minutes ? En prenant des risques, quitte à se casser la figure. Car si le premier tiers du film reprend de belle manière l’intrigue de la nouvelle (en épaississant tout de même le caractère et l’environnement des personnages, chose dont la nouvelle peut fort bien se passer), avec les questionnements qui se posent à cette famille, et au spectateur en même temps, à la suite du marché qui leur est proposé (d’autant plus que leur situation financière est délicate), en installant une ambiance assez particulière, plutôt inquiétante et déroutante (grâce notamment au défiguré Arlington Steward, joué à merveille par Frank Langella), découlant directement de l’incertitude dans laquelle sont placés les personnages, les deux tiers suivants sont issus du cerveau du réalisateur, qui est ici également scénariste. Et là, ça passe ou ça casse. Voire même un peu des deux. Et je suis bel et bien dans ce dernier cas.

En effet, autant j’approuve l’idée de densifier l’intrigue, surtout quand les idées amenées pour cela sont intéressantes, autant à un moment donné la mise en scène et le traitement de ces idées m’a complètement déboussolé. Voire même totalement perdu, ceux qui ont vu la scène de la bibliothèque me comprendront peut-être. Alors cela vient peut-être de moi, ne possédant pas toutes les clés pour décoder la symbolique de certaines scènes ou les pistes lancées par le cinéaste, mais même si je n’ai rien contre la métaphysique, trop de métaphysique tue la métaphysique ! Surtout quand arrivé à la fin du film, j’en arrive à me dire : tout ça pour ça ! Et du coup, toutes les images, toutes les scènes vécues ou imaginées par les personnages qui me sont passées au dessus de la tête m’ont simplement parues être au mieux un gigantesque foutraque compréhensible uniquement par le réalisateur, au pire totalement inutiles, malgré certaines scènes vraiment réussies et/ou poignantes, notamment sur la fin…

Et pourtant, avec le recul, le film me paraît toujours intéressant, avec :

  1. des questionnements moraux,
  2. en y ajoutant une couche de SF mystico-divino-métaphysiquo-extraterrestre,
  3. des réflexions sur la nature humaine dans ce qu’elle a de moins bon,
  4. mais également sur la rédemption.

Mais si c’est le 1 qui vous intéresse, sachez que vous retrouverez la même chose dans la nouvelle, lue en un quart d’heure… Alors « The box », raté ? Non, juste trop brouillon, trop déroutant, ou trop référencé pour moi, sur un scénario qui n’a rien de compliqué, mais que Richard Kelly a dilué dans une mise scène un brin « what the fuck ?? »…

Donc bof. Dommage pour moi. Mais le film a de bonnes idées, pose des questions pertinentes dont les réponses sont parfois lourdes de conséquences, touche à des thèmes intéressants, et finalement a quand même piqué mon intérêt pour le réalisateur, et je vais donc m’intéresser de près à ses autres films, « Southland Tales » et « Donnie Darko », car oui, je n’ai vu ni l’un ni l’autre…

Un mot sur les acteurs : comme dit plus haut Frank Langella est vraiment excellent dans ce personnage énigmatique et inquiétant. Quant aux deux personnages principaux, joués par Cameron Diaz et James Marsden, ça fait du bien de les voir jouer dans des rôles un peu moins « typés » que d’habitude. Et puis voir Cameron Diaz ne jouer ni la nunuche ni la super-héroïne-lollypop-karaté-woman, ce n’est pas tous les jours. Et finalement, elle est plutôt bonne dans son rôle.

Chronique réalisée dans le cadre du challenge « Adapte-moi si tu peux« , des Murmures d’A.C. de Haenne.

  
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