Le sérum de la déesse bleue, de Roger Zelazny

Ça va commencer à se savoir par ici, j’apprécie beaucoup Roger Zelazny. « L’île des morts » lu il y a peu, il est donc logique d’attaquer la suite, « Le sérum de la déesse bleue ». Zelazny a-t-il réussi à maintenir la qualité du premier volume ? Réponse…

 

Quatrième de couverture :

Heidel von Hymack fut jadis géologue. Mais il est désormais H, l’être le plus dangereux de la galaxie, à la fois porteur du virus de toutes les maladies, et seul capable de guérir ces fléaux. Alors que des épidémies foudroyantes ravagent des planètes entières, nombreux sont ceux qui aimeraient lui mettre la main dessus…

A commencer par le docteur Pels, en quête désespérée d’un remède au mal incurable qui le ronge. Le commandant Miles, vétéran et dernier habitant de la Terre, souhaiterait, lui, utiliser H comme arme vivante, pour relancer une guerre perdue depuis des années. Quant à Francis Sandow, le faiseur de mondes, qui peut savoir pourquoi est-il aussi à sa recherche ?

 

Francis Sandow, le retour

Premier constat : par rapport au premier volume du « cycle Francis Sandow« , on reste dans le format court, symptomatique d’une époque ou le délayage n’était pas de rigueur, ou les auteurs allaient droit au but, ou le « worldbuilding » était moins important que l’histoire ou les personnages. Et s’il est une constante chez Zelazny, c’est l’importance accordée aux personnages de ses romans.

Ce roman ne fait pas exception. Qu’il s’agisse de Heidel von Hymack, porteur de multiples maladies mais tout aussi capable de les soigner grâce à un « contact » privilégié avec une divinité strantienne (pour bien comprendre cet aspect, il est plus que souhaitable d’avoir lu « L’île des morts »), de Malacar Miles, vieux commandant d’une armée vaincue mais qui continue sa guerre et qui voit en H une arme potentiellement dévastatrice capable d’enfin lui donner la victoire, de Jackara, jeune prostituée portant le commandant Miles comme héros personnel et qui sera plus qu’honorée de pouvoir l’aider dans sa quête, du docteur Pels, chercheur qui a (littéralement !) cessé de vivre au seuil de la mort et qui cherche un remède à la maladie qui l’affecte ou bien évidemment de Francis Sandow, le célèbre faiseur de mondes (qui n’est plus le personnage principal), qui se retrouve au coeur de ce conflits d’intérêts divergents, tous sont intéressants (le docteur Pels étant tout de même il faut l’avouer le moins développé, c’est peu de le dire).

Quant au contenu, c’est sans doute là que la bât blesse quelque peu. Oh, bien sûr, ce roman se lit sans aucun déplaisir. Je dois même dire qu’il se lit d’une traite, l’écriture est remarquable de clarté, et la taille du roman fait le reste : vite lu certes, mais pas vite oublié ! En revanche, l’ambition du roman semble en baisse par rapport à « L’île des morts », alors que le concept d’arme bactériologique humaine semblait au départ extrêmement prometteur. Bien sûr, avec Zelazny, il ne fallait pas s’attendre à un traitement classique de la chose. La narration mise encore une fois plus sur l’évocation que la description, plus sur l’introspection que sur des faits. Mais les réflexions sur les conditions et les questionnements des personnages sont moins poussées que dans le roman précédent. En revanche, l’intrigue, sans être exceptionnelle, est un peu plus consistante, rendant finalement la lecture plus aisée : les personnages ont des motivations claires, et toutes leurs histoires, séparées au départ, se rejoindront pour un final évidemment explosif. Mais lors de ce qui aurait pu outrageusement ressembler à la conclusion de « L’île des morts », Zelazny a été suffisamment malin pour changer le point du vue du spectateur de la scène, misant là encore sur l’évocation, laissant toute latitude à l’imagination du lecteur. Très efficace !

Moins ambitieux que son prédécesseur dans les thèmes abordés, « Le sérum de la déesse bleue » n’en reste donc pas moins un roman très agréable alliant divinités et questionnements très humains, du Zelazny pur jus en somme ! Et pour ma part, mon intérêt envers l’auteur américain ne fait que croître…

 

Chronique écrite dans le cadre du challenge « Summer Star Wars, épisode VI » de Lhisbei.

  
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