Le prophète et le vizir, de Yves et Ada Rémy

Un roman qui m’intéressait et que la chance a mis entre mes mains ! En effet, grâce à un concours proposé par Imaginelf, j’ai eu l’occasion de découvrir ce livre qui, il faut le dire, présente vraiment bien : couverture superbe, douce au toucher, sans quatrième de couverture, voilà qui a de quoi attirer ! Mais le fond est-il à la hauteur de la forme ?

 

Quatrième de couverture :

Pas de texte sur la quatrième de couverture.

 

Visions vs Destin

Yves et Ada Rémy sont des auteurs rares. Notamment connus pour le recueil « Les soldats de la mer », qui date de 1968, leur dernier roman, « La maison du cygne » date quant à lui de 1978 ! C’est dire si ce recueil constitué de deux novellas était attendu au tournant ! Et c’est un joli coup pour le petit éditeur Dystopia.

Dans la première novella, baptisée « L’ensemenceur », nous suivons Kemal bin Taïmour, un pêcheur de perles qui, doté du don de prescience, sera fait prisonnier par un émir souhaitant connaître l’avenir. Pour cela il fait enlever un grand nombre de devins. Au contact de toute cette puissance divinatoire, le pouvoir de Kemal va s’accentuer, et ses visions lui offriront des images des siècles futurs. Des visions bien trop lointaines et bien trop farfelues pour un émir qui ne souhaite connaître que son avenir personnel. Il sera donc vendu à un marchand d’esclave. Au fil de cette novella, notre héros devin va se retrouver à voyager dans tout le bassin méditerranéen.

Jolie parabole sur le destin, « L’ensemenceur » est une petite merveille ! Questionnant le lecteur sur la notion de responsabilité, de destinée, et sur l’influence de nos actes sur les évènements futurs, on suit avec plaisir Kemal qui tente de vivre au mieux avec ses visions et essaie de faire le maximum pour prévenir ceux qu’ils rencontrent des éventuelles tragédies futures. Mais tout n’est pas si simple, et on en vient à se demander si Kemal a finalement une quelconque influence sur les évènements qu’il a « vus », ou bien si ce ne sont pas ses propres actes qui vont finalement les faire survenir. La fin du récit est à ce titre une merveille d’écriture et de questionnement.

Ce qui frappe à la lecture, c’est le ton. On se sent comme dans un conte philosophique oriental, l’influence des « 1001 nuits » se fait sentir, et j’avoue être rapidement tombé sous le charme ! L’écriture des époux Rémy est très agréable, très fluide, pleine de finesse. Un régal !

La deuxième novella, « Les huit enfants du vizir Fares ibn Meïmoun » est un prolongement de la première. On retrouve le vizir Fares ibn Meïmoun qui tente de contrer la vision que lui a livré Kemal : la mort de ses enfants, à cause de son comportement méprisable dans une ville de Tunis tout juste conquise.

Changement dans ce court récit : tout se fait beaucoup plus théâtral, avec cette sensation d’une partie d’échecs entre le Destin et le vizir qui fomente un plan pensé dans les moindres détails. Encore une fois rudement bien écrit, les époux Rémy se permettent même une fin superbement ambigüe laissant le lecteur dans l’expectative, et ça j’adore !

Au final, comment ne pas conseiller ce recueil ? Délicieusement écrit, délicieusement présenté, délicieusement dépaysant, j’en viens maintenant à attendre fermement la réédition d’ores et déjà annoncée des « Soldats de la mer » pour 2013 ! Merci Imaginelf et merci Dystopia !

Lire aussi chez Imaginelf, Lhisbei, Blackwolf, Tigger Lilly, le pendu, les singes de l’espace, Efelle.

  
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