Épées et démons, tome 1 du cycle des épées, de Fritz Leiber

Posted on 11 janvier 2013

Dans la catalogue des cycles emblématiques du genre fantasy, « Le cycle des épées » de Fritz Leiber figure en bonne place. L’auteur a travaillé une bonne partie de sa vie sur ce cycle, les premières nouvelles ayant été écrites en 1934. On touche donc là à un des fondements de l’heroic-fantasy. Mais parfois, les récits fondateurs, c’est comme la beauté (ou les vins, ou les fromages, ou…) : ça vieillit plus ou moins bien… Qu’en est-il ici ?

 

Quatrième de couverture :

Par-delà les abîmes du temps et les dimensions inconnues rêve le monde antique de Nehwon, avec ses tours, ses crânes et ses joyaux, ses cavaliers, ses sortilèges et ses épées. C’est là que, loin au sud, aux bouches sableuses du fleuve Hlal, entre la Mer Intérieure et le Grand Marais Salé, se dresse la métropole de Lankhmar, aux murs massifs, aux rues sinueuses, pleine de voleurs, de prêtres tondus, de magiciens maigres et de marchands bouffis. La Cité de la Toge Noire était un lieu de rencontre approprié pour Fafhrd et le Souricier Gris, ces deux crapules fantasques. A travers le brouillard, à la lueur des torches lointaines, ils se jetèrent un regard de défi. Fafhrd, un barbare des Déserts Froids, on le voyait bien. Le Souricier, plus mystérieux, mais qui faisait penser à des espaces brûlés de soleil. Deux fragments d’un même héros. Leur amitié serait plus longue que mille quêtes. Mais ils ne le savaient pas encore.

 

Laurel et Hardy en fantasy ?

Composé de trois longues nouvelles (ou peut-être sont elles des novellas, au moins pour deux d’entre elles…), écrites dans le désordre (1970 pour la première et la troisième, 1962 pour la  deuxième), mais remise dans l’ordre chronologique de l’histoire, le recueil débute, après une introduction de l’auteur lui-même revenant sur son oeuvre (permettant de noter que réduite Fritz Leiber à son « Cycle des épées » est vraiment trop réducteur) puis une courte introduction au cycle, par les origines de Fafhrd dans le récit « Les femmes des neiges ».

Au sein d’un peuple dans lequel l’emprise des femmes sur les hommes est particulièrement castrateur, Fafhrd va profiter du passage d’une troupe d’acteurs pour tenter de s’émanciper de cette société rigide et découvrir ce qui le fascine depuis longtemps : la civilisation. Mais cela ne se fera pas sans mal, sa mère ne l’entendant pas de cette oreille… C’est un récit sympathique, mais pas particulièrement passionnant. Il est vrai qu’il est chronologiquement le premier du cycle, et pourtant j’ai eu le sentiment que ne pas connaître le protagoniste principal plus avant à travers ses aventures ultérieures le désavantage. Peut-être une nouvelle qui aurait tout intérêt à être lue comme une préquelle à un cycle déjà bien installé.

La deuxième nouvelle, « Le rituel profané », présente les origines du deuxième personnage principal du cycle : le Souricier Gris. Plus nerveuse, beaucoup plus courte, gardant une certaine part de mystère concernant le héros, j’ai nettement plus accroché à ce récit, même si là encore l’intérêt en serait peut-être décuplé une fois quelques aventures du duo avalées.

Et enfin, point d’orgue de ce premier volume du cycle, la novella « Mauvaise rencontre à Lankhmar » qui a récolté le prix Nebula de la novella en 1970 et le prix Hugo dans la même catégorie en 1971. Fritz Leiber réunit ici les deux héros pour la première fois. Et j’ai adoré cette histoire. Il y a de l’humour à travers ces deux personnages qui vivent de petits larcins, leur rencontre ne manquant pas de piquant. Il y a de l’action bien sûr, de l’aventure, et il y a un contexte que l’on sent déjà saisissant : la cité de Lankhmar. Sombre, glauque, dangereuse, ne faisant pas de cadeaux à ses habitants, on a un peu là l’archétype de la civilisation décrite par Robert  E. Howard et dont son personnage Conan a horreur : c’est la décadence à tous les étages. Et c’est justement là qu’on peut pointer une différence fondamentale en Conan et Fafhrd, alors qu’au premier abord ils se ressemblent. Car Fafhrd est fasciné par cette civilisation, il a toujours voulu la découvrir. Et ce malgré les déboires qu’il va vivre. Et c’est un autre point fort du récit : la dichotomie entre le ton léger personnifié par les deux héros, et la noirceur du drame qui va les unir par des liens indéfectibles. Ce drame qui arrive sans prévenir, et qui frappe par sa force et par l’évocation qu’il suscite dans l’esprit du lecteur.

Une lecture prometteuse donc ! Malgré un début sympathique mais parfois un peu poussif, ce premier volume est illuminé par une superbe troisième novella. C’est donc un bon début de cycle, et je n’ai pas l’intention de m’arrêter là !

 

Lire aussi chez Aphrael, Efelle (4 tomes).

Chronique écrite dans le cadre du challenge « JLNN » de Lune.

  
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