La nef des fous, de Richard Paul Russo

Posted on 17 juillet 2013

Bon allez, le Summer Star Wars étant de retour, il est plus que temps de se remettre à chroniquer de vrais livres de SF, des purs et durs !^^ Place donc à un roman qui doit beaucoup au « Rendez-vous avec Rama » d’Arthur C. Clarke, en reprenant notamment le concept du « big dump object », ce mystérieux vaisseau spatial vraisemblablement d’origine extraterrestre…

 

Quatrième de couverture :

L’Argonos est un immense vaisseau qui abrite des milliers d’êtres humains depuis des générations. Tous ont oublié depuis longtemps le but de leur voyage. Bartolomeo Aguilera, handicapé, enferré dans un exosquelette, mais doté d’une intelligence hors du commun, est le conseiller du capitaine. Il sera ses yeux au sein de l’équipe d’exploration d’Antioche, une planète qui émet une transmission probablement humaine. Une colonie ? Sans doute. Mais ils sont tous morts, massacrés avec barbarie. Que s’est-il passé sur Antioche ? Pourquoi une telle atrocité ? Et surtout, commise par qui ?

 

Un cocktail connu mais toujours efficace

La-Nef-des-fous-RussoRien de nouveau en effet avec ce roman, qui reprend à son compte de nombreux éléments déjà vus ici ou là, mais le mélange fonctionne parfaitement bien !

L’action prend place à bord de l’Argonos, un immense vaisseau générationnel dont tout le monde a oublié le but originel. Il détecte un signal provenant d’une planète que l’équipage baptise Antioche. L’Argonos ne s’est pas arrêté sur une planète depuis trop longtemps au goût de ses hôtes, une étape s’avère donc essentielle pour lâcher un peu du stress et de la tension qui l’habitent. L’origine de ce signal s’avère bien mystérieux, et l’affaire vire même au morbide lorsque des centaines de cadavres atrocement mutilés sont découverts dans un bâtiment. Elle se corse même quand le signal semble émettre vers une zone bien particulière du système planétaire…

A cette intrigue typiquement space-opera s’ajoute une dimension plus « humaine » avec la lutte d’influence que se livrent le capitaine Nikos, commandant du vaisseau, et l’évêque Soldano, pour tenter de prendre le pouvoir. La narrateur, Bartolomeo Aguilera, conseiller du capitaine, devra de son côté faire au mieux pour éviter le drame qui semble inéluctable…

Richard Paul Russo sait incontestablement comment faire monter la pression au fil de ce roman. Entre explorations, mauvaises surprises, questionnements, mystères insolubles, tout est rassemblé pour que le lecteur ne lâche pas le récit. Et ça marche ! Certes les personnages sont parfois un peu caricaturaux (notamment l’évêque), certes certains passages sentent le déjà-vu, mais l’auteur mène sa barque au mieux notamment grâce à un fin dosage des révélations. Et c’est là que la référence à « Rendez-vous avec Rama » prend tout son sens. Car parfois la littérature fonctionne comme le cinéma : moins on en dit plus c’est intéressant. Et à la manière du chef d’oeuvre d’Arthur C. Clarke, Richard Paul Russo se garde bien d’apporter toutes les réponses au lecteur. La part de mystère est essentielle, et a pour moi fonctionné exactement de la même manière que pour « Rama » : elle a fait pleinement appel à mon imagination. Et là, ça en devient merveilleux.

Je vais m’arrêter là avec les compliments, d’une part parce que ce n’est pas non plus le roman du siècle, et d’autre part parce que « Rendez-vous avec Rama » lui reste supérieur, notamment grâce à son ancrage réaliste qui fait prendre pleinement conscience de la petitesse de l’homme dans l’univers. Le fonctionnement est le même ici, mais l’impression finale reste en deçà, et son aspect horrifique n’apporte finalement pas grand chose. Mais comparer « La nef des fous » uniquement à « Rendez-vous avec Rama » serait trop réducteur puisque l’auteur a la bonne idée d’apporter un récit plus varié que son illustre ancêtre, l’exploration de ce fameux « big dump object » n’étant pas l’unique objet du roman (notamment dans la première partie où les luttes d’influence mèneront à la sécession, l’aspect sociétal du roman occupant, vaisseau générationnel oblige, une place non négligeable et rappelant par certains côtés le très bon  « Destination ténèbres » de Frank M. Robinson). Avec de belles phases d’exploration, un suspense bien mené, des thèmes intéressants et intelligemment traités, une narration maîtrisée, on obtient donc un fort bon roman de space-opera dont il serait bien dommage de passer à côté.

 

Lirfe aussi les avis de Guillaume, Gizeus, Lesendar, BlopromptuCherry livres, les chemins de Khatovar, le blog des bouquins.

Chronique écrite dans le cadre du challenge « Summer Star Wars, épisode 1 » de Lhisbei.

Summer Star Wars épisode 1

  
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