Les contrées du rêve, de Howard Phillips Lovecraft

Mon premier Lovecraft ! Il n’est jamais trop tard… La lecture commune du mois de juin sur le Cercle d’Atuan (oui oui je sais, je suis encore en retard…), associée à la sortie en poche du recueil des histoires (nouvellement traduites) des Contrées du Rêve m’en a donné l’occasion. Le maître de l’horreur, plutôt axé ici sur son côté onirique, est-il à la hauteur de sa réputation ?

 

Quatrième de couverture :

« Cette cité, il le savait, avait été autrefois pour lui d’une suprême importance. Mais il ne savait dire en quel cycle ou en quelle incarnation il l’avait connue, ni si c’était en rêve ou éveillé. Elle lui rappelait vaguement sa lointaine petite enfance, depuis longtemps oubliée ; cette époque où les mystères des jours sont une source perpétuelle d’émerveillement et de plaisir ; où l’aube et le crépuscule se parent d’accents prophétiques lorsque résonnent les mélodies enjouées des luths et des chants ; où des portails flamboyants s’ouvrent vers de plus intenses et de plus surprenantes splendeurs ».

 

Un peu d’horreur et beaucoup d’onirisme

contrée du reve - LovecraftCe recueil est constitué de quatorze nouvelles, toutes plus ou moins rattachées à cet univers onirique créé par Lovecraft, les Contrées du Rêve, ce lieu improbable où certains dormeurs parviennent à se rendre, à leurs risques et périls car cet lieu magique, hors du monde n’est pas peuplé que de créatures bienveillantes. Quatorze nouvelles, parfois très courtes (moins d’une dizaine de pages), parfois plus longues, dont la célèbre « Quête onirique de Kadath l’Inconnue » qui dépasse les 150 pages.

Si l’on s’en tient aux textes courts, il y a, comme souvent, du bon et du moins bon, mais quand c’est bon c’est très bon. Ainsi, au rang des grandes réussites, citons « La quête d’Iranon » qui ouvre le recueil, et sa chute très réussie qui ouvre le bal de la folie, un thème récurrent dans ce recueil, « Hypnos », là aussi sur la folie d’hommes ayant voulu aller trop loin, au mépris d’un danger qui les dépasse largement, « Le bateau blanc » et « Celephaïs », à l’onirisme pur, à l’imagination grandiose, et leur chute mélancolique, la très courte mais géniale et terrible « Les chats d’Ulthar » (vous ne regarderez plus jamais les chats de la même façon !).

Citons également « Le témoignage de Randolph Carter », relativement classique et sans doute un peu cousue de fil blanc, mais pourtant tellement prenante et à l’ambiance très réussie (ou la démonstration par A+B qu’évoquer fait bien plus frémir que tout montrer), ainsi que « La malédiction qui s’abattit sur Sarnath », ces deux récits relevant plus de l’horreur que de l’onirisme des autres nouvelles. Et enfin la perle du recueil, « La clé d’argent », somptueux récit mélancolique et bien construit. En revanche, sa suite directe, « A travers les portes de la clé d’argent », d’une rare lourdeur au milieu du récit, est bien décevante…

Ces courtes nouvelles, montrent donc un Lovecraft qui sait aller à l’essentiel, avec des descriptions riches et évocatrices, sans se départir d’un certain don pour installer des ambiances oniriques et plonger le lecteur dans un monde magique, fait à la fois de rêves et de cauchemars.

Le gros morceau de ce volume reste bien évidemment « La quête onirique de Kadath l’Inconnue ». Et là j’avoue être plus partagé. Difficile de nier le souffle qui anime ce récit, l’incroyable imagination de l’auteur qui nous transporte dans un monde surréaliste. Beaucoup d’idées superbes, mais la lourdeur du récit a eu raison de moi. Aucun dialogue (j’ai bien dit aucun !) en plus de 150 pages, et des descriptions évocatrices, parfaites pour créer une ambiance, mais bien trop redondantes (on aura vite compris que ce monde est fait de choses insondables, indicibles, terrifiantes, abominables, etc…) forment un récit à la fois génial et absolument indigeste.

Il n’en reste pas moins que ce recueil reste agréable à lire, et que le « Mythe de Cthulhu » me tend les bras, surtout que les deux nouvelles réellement horrifiques ici présentes sont deux belles réussites. Et quand en plus, on commence à discerner dans tous ces récits une sorte de cohérence mythologique, cela n’en devient que plus alléchant. Je n’en ai donc pas fini avec Lovecraft.

 

Lire aussi les avis de Rana Toad, Place to be.

Chronique écrite dans le cadre du challenge « JLNN » de Lune.

 

  
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