Croisades, de Jack Vance

Posted on 18 octobre 2013

A la faveur d’un concours organisé par Cornwall, qui gère également le défi Jack Vance, me voilà en possession d’un nouveau recueil de cet auteur disparu cette année. Quatre longues nouvelles au programme, sur le thème des croisades personnelles, comme l’indique son titre.

 

Quatrième de couverture :

Destins hors du commun que ceux d’Alan Robertson, l’inventeur de la porte entre les mondes, victime de sa propre création, de Luke Grogatch, engagé dans un marathon au cœur des plus hautes sphères de la bureaucratie et du pouvoir, de Sam Salazar, qui, pour sauver l’humanité, redécouvre la science, jadis abandonnée au profit de la magie, et de Dyle Travec dont la terrible vengeance s’abat sur le monde qui a réduit sa famille en esclavage. Quatre héros pour qui rien n’est impossible, quatre «croisés» qui se dressent face à l’ordre établi, l’injustice et la mort, quatre aventures à la démesure de l’immense talent d’un des derniers grands maîtres de la science-fiction et de la fantasy mondiales.

 

Croisades en tout genre

Croisades - VanceLe fil directeur de ce recueil est donc la croisade. Fil directeur assez mince finalement, mais qu’importe. Quatre nouvelles tournant toutes autour de la centaine de pages sont au programme, dans des genres bien différents. Mais toujours, quel que soit le récit, Jack Vance parvient à captiver le lecteur. Sans doute pas de chefs d’oeuvre parmi les récits proposés ici, mais de l’évasion à la Jack Vance, et finalement des histoires qui se lisent d’une traite.

La première d’entre elles, « La Grande Bamboche » nous place dans un monde dans lequel Alan Robertson a découvert le moyen de passer dans des mondes parallèles. Ainsi, chaque citoyen ou presque peut s’il le souhaite avoir accès à un chez soi qui n’est rien d’autre qu’une planète vierge. Mais un jour, Gilbert Duray, petit fils de l’inventeur, se retrouve dans l’impossibilité de rejoindre sa famille car les portes menant à son monde ont été fermées…

Oui, il y a un sacré lien de parenté avec « La Longue Terre » du duo BaxterPratchett, mais le traitement et le propos ne sont pas du tout les mêmes. Ici, de manière surprenante, Jack Vance se penche sur ce qu’il est possible de faire lorsque l’on manipule une infinité de mondes parallèles, notamment en utilisant avec ironie pas mal de personnages historiques. Bien qu’un peu brouillon dans la narration, le récit s’avère plutôt malin, et n’oublie pas de réserver quelques effets de surprise. Sympathique.

La deuxième nouvelle, « Les oeuvres de Dodkin », peut paraître surprenante venant de Jack Vance. Dans une veine plutôt sociale, on s’intéresse à Luke Grogatch qui, excédé par une décision bureaucratique insensée, décide de remonter la voie hiérarchique jusqu’à la source de cette décision. C’est un long voyage administratif qui débute…

Quand Jack Vance fait du Kafka, ça donne « Les oeuvres de Dodkin » ! On suit avec plaisir ce récit un brin cynique, qui mêle situations ubuesque et lourdeurs bureaucratiques. Une réussite.

Avec « Les faiseurs de miracles », Vance mêle habilement SF et fantasy. Sur une planète qui a vu s’échouer l’équipage de plusieurs vaisseaux spatiaux, le temps a passé, et la technologie est tombée dans l’oubli. Maintenant c’est la magie qui domine. Dans ce contexte, Lord Faïde se dirige avec son armée vers la forteresse de son rival pour l’assiéger. Mais avant cela, il devra franchir une zone dans laquelle vivent les autochtones de cette planète.

Un récit typique du genre science-fantasy, dans lequel l’auteur a astucieusement renversé les rôles de la science et de la magie. Rondement mené, une plaisante lecture !

Enfin, avec « Les Maîtres de Maxus », on assiste à la lutte d’un homme, Dyle Travec, qui tente de retrouver les membres de sa famille, réduits en esclavage. Mais il n’est pas simple de faire bouger les lignes quand tout le système est dirigé par ceux qui profitent de cet asservissement. Pourtant, l’esclavagiste responsable de l’enlèvement de la famille de Travec se révèle être plus complexe que prévu.

Cette fois, Vance s’interroge sur l’esclavage, les révolutions, le poids des masses à travers son héros qui ira de déconvenues en surprises pour tenter de sauver sa famille, et même plus que ça : démanteler tout un système. Un peu trop rapide par moment, cette nouvelle offre tout de même son lot de rebondissements, et interroge finement le lecteur sur les thèmes qu’elle traite.

Et donc voilà : pas de récits réellement inoubliables, mais de belles aventures et de l’évasion, le tout écrit avec intelligence et même un brin de finesse dans les thèmes traités. Je n’en demande pas plus quand je lis du Vance.

 

Lire aussi les avis du Littéraire, du Criquet infernal.

 

Chronique écrite dans le cadre du challenge « JLNN » de Lune et du « Défi Jack Vance » de Cornwall.

JLNN  Défi Jack Vance

 

  
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