Sous d’autres soleils, de Mike Resnick

Après la grosse baffe reçue à la lecture du splendide « Kirinyaga », je ne pouvais que revenir à la lecture de récits de Mike Resnick. « Sous d’autres soleils » reprend d’autres histoires d’inspiration africaine de l’auteur américain, démontrant une nouvelle fois son amour pour ce continent.

 

Quatrième de couverture :

Que se serait-il passé si l’Afrique avait été colonisée par d’autres occidentaux que les Anglais, les Français ou les Belges ? Si Theodore Roosevelt, par exemple, s’était lancé dans la noble mission d’apporter au Congo le savoir et les principes démocratiques américains ?

Et si l’Ouganda, décimé par le Sida, recelait en même temps le secret de la guérison de ce terrible fléau ?

Longtemps après l’extinction de l’espèce humaine, qu’est-ce que la gorge d’Olduvaï, en Tanzanie, peut avoir à apprendre à une civilisation d’outre-espace hyper-évoluée venue se pencher sur ce que l’on dit être le berceau de l’humanité ?

Huit « impressions d’Afrique » dans le prolongement du cycle de « Kirinyaga », le chef-d’œuvre de Mike Resnick. De la table humaniste à la vision d’ampleur cosmique, un voyage sur un continent que l’auteur juge « plus beau, plus sauvage, plus évocateur et certainement plus dépaysant que Mars ou Proxima du Centaure ».

 

Afrique, terre de l’imaginaire

Sous d'autres soleils - ResnickAu sommaire de ce recueil, huit nouvelles, toutes se passant en Afrique ou bien inspirées par ce que l’auteur a pu vivre là-bas. L’introduction de Resnick lui-même tente de répondre à la question « Pourquoi l’Afrique ? », et donne pour réponse :

(…) c’est un pays plus beau, plus sauvage, plus évocateur et certainement plus dépaysant que Mars ou Proxima du Centaure III.

Alors forcément ça donne l’eau à la bouche et on a envie de se jeter sur les nouvelles réunies ici. Et ça commence par « Le Dieu pâle », un récit ultra court (1200 mots en VO, 4 pages ici) et une énorme charge anti-religieuse avec une rencontre entre dieux africains plutôt maléfiques et ce dieu catholique coupable des crimes de miséricorde, de compassion, d’amour, etc… Percutant !

Le nouvelle suivante, « Épatant ! », part sur des bases historiques (l’expédition africaine de Theodore Roosevelt de 1909-1910), puis se met à joliment dériver sur un récit uchronique avec le même Roosevelt qui décide de bouter les Belges hors du Congo pour y fonder une vraie démocratie. Malgré toute sa bonne volonté (et quelques éclairs de clairvoyance de Mike Resnick qui fait dire à l’ancien Président des USA :

– Tous les hommes se ressemblent plus ou moins, si on leur donne les mêmes chances, déclara Roosevelt.

– Je ne suis pas d’accord, fit Boyes. Je suis devenu le Roi des Kikuyus, et vous allez certainement devenir Président du Congo. Vous n’imaginez pas des noirs devenant les rois ou les présidents de pays blancs, quand même ?

– Laissez leur le temps, John, ça viendra.

– J’attendrai de voir ça pour y croire.

-Vous ne vivrez peut-être pas assez longtemps pour le voir, et moi non plus. Mais tôt ou tard, cela finira par arriver, vous pouvez me croire.

Roosevelt aura bien du mal à instaurer le régime qu’il souhaite pour le bien du pays, confronté à une culture ancestrale qui est totalement étrangère au concept de démocratie, et à des habitants qui n’ont que faire du droit de vote quand ils n’aspirent qu’à vivre à leur manière. Resnick retombe d’ailleurs joliment sur ses pattes en toute fin de récit, en rejoignant l’Histoire, la vraie. Un joli tour de force, malgré certains passages sentant curieusement un peu la condescendance de l’occidental sur l’africain…

« Mwalimu et la quadrature du cercle » s’intéresse à un fictif match de boxe entre Julius Nyerere, le président tanzanien, et Idi Amin Dada, son alter-ego ougandais, match arbitré par Mohammed Ali. Très belle parabole sur le pouvoir et sur le maigre espoir que même une défaite ne peut éteindre, c’est une autre réussite du recueil, basée elle aussi sur des faits historiques (la guerre Tanzanie-Ouganda de la fin des années 70).

« La fine équipe » est sans doute la moins intéressante du lot, ressemblant plus à une pochade qu’autre chose. Dispensable.

Dans « Bibi », écrite en collaboration avec Susan Shwartz, c’est le SIDA qui est au centre du récit. Et le remède pourrait bien venir d’un lointain passé. « L’exil de Barnabé » fait fortement penser à « Des fleurs pour Algernon » en version animalière. Barnabé est un gorille qui a bénéficié d’un programme scientifique visant à étudier la communication des grands singes. Il est tout à fait apte à communiquer par le langage des signes, et des liens affectifs forts se créent entre les scientifiques et lui. Mais les crédits sont stoppés, et Barnabé se retrouve relâché dans son environnement naturel. Dur retour auprès de ses congénères… Une nouvelle intelligente et poignante.

Les deux dernières nouvelles du recueil relèvent, quant à elles, pleinement de la science-fiction. Avec « Les 43 dynasties d’Antarès » (prix Hugo de la nouvelle en 1998), l’auteur retrace la visite, par des touristes, de la planète Antarès III qui autrefois a dominé la galaxie entière. Maintenant déchue, cette civilisation et ses ruines sont devenues un haut-lieu touristique et leurs descendants doivent souvent, pour continuer à survivre, faire avec les comportements outranciers et manquant totalement de respect de certains touristes galactiques. Toute ressemblance avec l’Egypte et ses guides plus cultivés que les touristes qui l’arpentent n’est absolument pas fortuite…

Quant à la dernière nouvelle, « Sept vues sur la gorge d’Olduvaï », très certainement le chef d’oeuvre du recueil, elle nous narre les découvertes faites par un groupe d’extraterrestres chargés d’étudier la planète Terre, quelques quarante siècles après l’extinction de l’Homme. Une superbe nouvelle qui ne manque pas d’interroger sur la nature humaine à travers ces reliques de l’histoire de l’humanité, depuis ses origines (la gorge d’Olduvaï n’est pas un choix anodin) jusqu’à des périodes fastes qui l’ont vue conquérir la galaxie puis enfin son extinction… Un récit sensible, subtil, intelligent, qui met le doigt là où ça fait mal, mais qui met aussi en exergue la grand force des Hommes : cette volonté de vivre, qui ne s’éteint pas, et qui lui permet de soulever des montagnes au mépris de l’adversité. Les deux faces d’une même pièce, magnifiquement mises en lumière par Mike Resnick qui montre une nouvelle fois que les récits humanistes, basés sur des thèmes universels sont souvent les meilleurs. Un récit qui a fort justement remporté les prix Nebula de la novella en 1994 et Hugo dans la même catégorie en 1995.

Au final, sans atteindre la maestrai de « Kirinyaga », Mike Resnick touche une nouvelle fois au but avec ces récits africains. Intelligents, sensibles, ils composent un recueil qui mérite sa présence dans toute bonne bibliothèque, les prix remportés par deux d’entre eux le montrent à merveille.

 

Chronique écrite dans le cadre du challenge « JLNN » de Lune.

 

  
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