De bons présages, de Terry Pratchett et Neil Gaiman

L’association de deux auteurs (Terry Pratchett et Neil Gaiman) qui ont toujours faits dans l’original, l’inattendu, le drôle, et surtout la qualité ne pouvait que m’intéresser, quand bien même je reste un peu réservé quant à mon attrait des romans ouvertement comiques. La lecture commune du mois de novembre du Cercle d’Atuan va me permettre de faire un jugement définitif sur ce roman très connu des deux auteurs anglais.

 

Quatrième de couverture :

L’Apocalypse ! Depuis le temps qu’on en parle… Eh bien, c’est pour demain. Enfin, dans onze ans, très exactement. Depuis que Dieu créa le monde et Satan l’enfer, chacun des deux cherche à tirer la couette à lui. Pour défendre leurs intérêts respectifs, ils ont leurs envoyés spéciaux sur terre. Côté Bien : Aziraphale (ange de son état, bibliophile et libraire à mi-temps). Côté Mal : Rampa (démon, lunettes noires et boots en peau de serpent, propriétaire d’une Bentley). Et l’Apocalypse, ça ne les arrange pas du tout. Parce que, vous savez ce que c’est, quand on vit quelque part depuis des siècles, on a ses petites habitudes. Alors ange et démon vont doubler leurs patrons et tout mettre en œuvre pour faire capoter l’Apocalypse.

 

L’Apocalypse selon Saint Pratchett et Saint Gaiman

De bons présages-Pratchett-GaimanCette fois ça y est, c’est sûr : l’Apocalypse est sur le point de produire ! Tout le monde s’est mis d’accord, le jour est arrêté : ce sera le jour des onze ans de l’Antéchrist, un petit garçon « livré » sur Terre par les forces supérieures. Mais en fait, tout le monde n’est pas d’accord. Tout d’abord, on n’a pas demandé l’avis des êtres humains, mais ça ce n’est pas grave. Non, le plus grave, c’est le sort d’Aziraphale et de Rampa, un ange et un ange déchu (mais pas vraiment déchu, juste trébuché…). En effet, ces deux-là, censés être ennemis puisque travaillant pour deux camps différents, ont plutôt un bon paquet de points communs, le moindre d’entre eux n’étant pas de se sentir bien sur Terre. Ils y ont leurs petites habitudes, et ne veulent pas vraiment en changer sous prétexte que les Grands là-haut en ont décidé ainsi. Ils vont donc s’arranger pour s’occuper de l’Antéchrist, de telle manière qu’à aucun moment il ne se dirige vers le bien ou le mal. Le neutre parfois, ça a du bon. Sauf que ce qu’ils ne savent pas, c’est qu’une sage-femme religieuse sataniste étourdie (!!) a échangé l’Antéchrist avec un autre enfant à la naissance. Dès lors, c’est la course contre la montre pour retrouver le vrai Antéchrist et éviter la catastrophe, alors que les Cavaliers de l’Apocalypse commencent déjà à se rassembler…

Je n’ai pas l’habitude de faire de longs résumé pour les livres chroniqués ici, mais celui-ci le mérite bien, pour se rendre compte à quel point ce roman est vraiment barré ! Car on est ici à fond dans la dérision. Entre les personnages hauts en couleurs (ceux cités plus haut bien sûr, mais on pourrait y ajouter l’occultiste Anathème Bidule, l’inquisiteur Shadwell et son accent à mourir de rire, Madame Tracy, le Molosse des Enfers, les Eux, un groupe de quatre gamins, et tout un tas de personnages qui font une courte mais marquante apparition comme des Tibétains perceurs de tunnels, des extraterrestres, etc…), les situations cocasses, burlesques, drôles tout simplement, on est servi !

L’intrigue est simple, et il faut le dire, avance à pas comptés, mais les auteurs ont laissé courir leur imagination pour nous faire sourire ou rire à toutes les pages ! De digressions en apartés en passant par d’imposantes notes de bas de pages, on tourne les pages du roman à une vitesse folle, pour savoir ce que les auteurs nous ont concocté. J’ai pourtant eu du mal à m’immerger dans le roman, la faute à tout ce que je viens de dire, car je me suis retrouvé plongé sous un déluge de digressions, ça part dans tous les sens, les personnages sont relativement nombreux, tout cela m’a un peu perdu. Mais après une petite centaine de pages, le temps que tout se mette en place, la lecture est devenue un vrai plaisir, et je n’ai plus lâché le roman jusqu’à la fin.

La galerie de personnages y est pour beaucoup bien sûr, et les nombreux clins d’oeils, références et traits d’humour (parfois au détour d’une simple phrase en apparence anodine) lancés ici ou là font bien souvent mouche, à tel point qu’on pourrait sortir un tas de petites citations qui ont tout pour devenir immédiatement cultes. De nombreuses petites saynètes parcourent le récit (au hasard, celle qui concerne le Molosse des Enfers, qui en a marqué plus d’un !), lui donnant de l’épaisseur, toujours dans la bonne humeur. Mais Pratchett et Gaiman n’ont pas oublié de disséminer de ci de là quelques réflexions bien senties sur notre monde moderne.

Je ne saurais dire, ne connaissant pas suffisamment les deux auteurs, ce qui est du Pratchett et ce qui est du Gaiman, tout juste puis-je m’avancer en disant que le style ressemble à du Pratchett et qu’un certains nombre d’idées sont très gaimaniennes, comme la réutilisation des mythes en les replaçant dans le monde moderne (ici les Cavaliers de L’Apocalypse, avec toujours un certain sens de l’humour : ils sont maintenant motards, et Pestilence a pris sa retraite après la découverte de la pénicilline, et s’est vu replacé par Pollution), idée qu’on retrouve dans « Sandman » mais surtout dans « American Gods ».

Ainsi donc, « De bons présages » est clairement un roman qui donne le sourire. Un grand moment de génial absurde, qu’il serait dommage de laisser passer, à condition de ne pas être rebuté par l’humour anglais et les situations parfois complètement farfelues. Mais si moi, pas forcément client de ce genre de choses, ai réussi à l’apprécier, il n’y a pas de raisons de s’en faire ! Ce n’est sans doute pas un grand chef d’oeuvre, mais incontestablement un très bon moment.

 

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