Imaro, de Charles Saunders

Posted on 13 janvier 2014

J’aime les récits africains. Jusqu’ici, j’avoue n’avoir lu que quelques textes issus de l’imagination de l’écrivain Mike Resnick (un recueil et un roman chef d’oeuvre), alors quand les éditions Mnémos ont édité sous forme d’intégrale classieuse les récits d’Imaro écrits par Charles Saunders, un romancier afro-américain, en insistant sur la forte inspiration africaine de ces récits de fantasy, j’ai sauté sur l’occasion (merci papa Noël !).

 

Quatrième de couverture :

Le diamant noir de la fantasy.

L’intégrale Imaro : quatre romans pour la première fois traduits en France.

Dans cet univers, l’Afrique s’appelle Nyumbani et des horreurs sans nom se tapissent sous le couvert de ses jungles et dans l’océan herbeux de ses savanes. C’est une terre sauvage et dure pour les tribus humaines qui y vivent, en proie aux attaques d’êtres malfaisants et surnaturels, une terre sur laquelle il faut être un guerrier accompli pour survivre. Et le plus grand d’entre eux se nomme ImaroImaro de la tribu des Ilyassai, Imaro le banni, Imaro le légendaire héros d’un continent mythique !

Né en 1946 aux États-Unis, Charles Saunders a acquis la nationalité canadienne en 1975. La quasi totalité de son oeuvre concerne le cycle d’Imaro. Il est le seul auteur noir à avoir abordé la Fantasy par l’angle des cultures et des mythes africains. Mais la richesse de la série vient aussi  de ses personnages et de son histoire haletante. Imaro est un individu redoutablement complexe, un héros avec sa force et sa fragilité intérieure qui prend l’aventure à bras-le-corps.

Saunders nous offre une saga épique où le « vécu » d’un Rider Haggard s’allie à la fougue d’un Robert Howard pour donner l’une des œuvres les plus attachantes de l’heroic-fantasy et propulser son auteur parmi les meilleurs écrivains actuels du genre.

« Imaro » est une série d’une richesse et d’une originalité rares qui mérite d’être enfin découverte en France.

 

Imaro, un Conan noir ?

Imaro - SaundersAvant d’entrer dans le vif du sujet, un mot sur l’objet-livre. Grand format, relié, couverture rigide, signet, tranchefiles, dos légèrement arrondi, papier de qualité, on a là un fort beau volume d’un peu plus de 600 pages réunissant pas moins de quatre romans (je ne m’intéresserai dans le présent article qu’au premier). Seul bémol, les romans n’étant pas spécialement courts, les réunir en 600 pages a nécessité l’utilisation d’une typographie assez voire très réduite… Mettez vos lunettes ! C’est néanmoins un livre qui vaut sans doute ses 35 €.

La quatrième de couverture fait donc référence à Henry Rider Haggard et Robert E. Howard. Et même si je n’ai pas lu le premier cité (créateur du personnage d’Allan Quatermain), ces noms nous permettent de situer à peu près ce dans quoi on va se plonger. On peut donc s’attendre à de l’exotisme, et certainement à de la sword&sorcery un brin lovecraftienne. Parfois les quatrièmes de couverture sont à côté de la plaque, mais ici il faut dire qu’elle a tapé dans le mille ! La postface de Patrice Louinet trace d’ailleurs plusieurs parallèles avec les oeuvres de ces auteurs.

Imaro est donc un guerrier noir, de la tribu des Ilyassai, une des nombreuses tribus qui peuplent le continent de Nyumbani. Le premier roman nous permet de suivre sa destinée, depuis l’âge de cinq ans jusqu’à… la suite nous le dira ! On a donc là une première différence fondamentale avec le personnage de Conan, auquel Imaro fait incontestablement penser : le cycle d’« Imaro » suit un ordre chronologique, qui rend le personnage plus tangible que le cimmérien de Howard. Il est moins nihiliste que son alter-ego barbare, et les drames qui parsèment sa vie n’en ont que plus de résonance.

Pour le reste, et même s’il est sans doute un peu injuste de faire un tel raccourci, Imaro reprend certaines caractéristiques de Conan : c’est un guerrier imbattable, parfois vraiment trop d’ailleurs : le sentiment qu’il ne peut rien lui arriver lors des combats nuit parfois au suspense. Mais c’est sans doute un effet voulu, démontrant qu’il a beau être un guerrier surpuissant, la force est parfois peu de chose face à la perfidie de ses ennemis. Car des drames, il va en en vivre, et c’est là que son caractère non-nihiliste le rend encore plus attachant que Conan. Il prend les choses à coeur, la trahison et la méchanceté lui font mal là où Conan aurait à peine bronché (encore que ceux qui trahissent le célèbre barbare aient souvent à le regretter…).

Prenant donc place dans une Afrique imaginaire, parfois de manière très transparente (les Ilyassai sont évidemment des Massai, jusque dans leurs traditions, mais Saunders ne s’est pas toujours embarrassé de noms imaginaires, ainsi pour les Turkhanas il suffit d’enlever le « h »…), le premier roman nous offre donc la jeunesse du héros, traité en quasi-paria à cause de ses origines pas totalement Ilyassai (sa mère ayant quitté la tribu avant de revenir avec Imaro bébé), en passant par son passage à l’âge adulte à travers une épreuve redoutable, puis son acceptation et son ascension au sein d’un groupe de hors-la-loi, les Haramias.

Sans être un roman particulièrement exceptionnel (c’est même plutôt un fix-up de nouvelles), « Imaro » est une approche intéressante de la sword&sorcery grâce à un background pour le moins inhabituel, prenant ses sources dans le folklore et/ou l’histoire africain(e)s et un personnage charismatique, conçu au départ, aux dires de l’auteur lui-même « pour être le Noir qui botte le cul de Tarzan ». Genre oblige, le roman offre son lot de confrontations avec des créatures particulièrement monstrueuses, sorties de dimensions inconnues, tout en mettant l’accent sur un fil rouge qui conduira sans doute le lecteur tout au long des quatre ouvrages du cycle. L’écriture de Saunders est agréable, sans être particulièrement notable, et n’atteint pas les fulgurances qui traversaient les récits d’Howard.

Un premier volume sympathique donc, une bonne mise en jambes pour la suite.

 

  
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