Fiction n°18

Posted on 24 mars 2014

Le voici donc ce premier numéro de la nouvelle formule du magazine « Fiction », nouvelle formule lancée à grand renfort de communication sur internet. Mais que trouve-t-on à l’intérieur ? Pas mal de choses, mais ce sur quoi le magazine se concentre le plus, ce sont les nouvelles.

Avant d’en parler, attardons nous un peu sur ce qui vient avant. Tout d’abord, eux interviews croisées. La première, entre Ayerdhal et Norman Spinrad, s’attarde principalement, et ça n’étonnera pas ceux qui connaissent ces deux auteurs, sur des aspects politiques et sociaux de leur carrière, sur le genre SF, sur les différences culturelles entre France et États-Unis, etc… Intéressant, mais j’avoue avoir été beaucoup plus passionné par l’interview croisée entre Justine Niogret et Jean-Philippe Jaworski. Il faut dire que ce sont deux auteurs que j’apprécie, et que leurs centres d’intérêts rejoignent les miens, donc forcément… L’histoire, notamment des Celtes, les sources de l’imaginaire, les processus d’écriture, etc… Passionnant !

Fiction 18Les articles de fond valent le détour également, sur les mutants, les labyrinthes (physiques ou mentaux, sur le fond comme sur la forme) et la très bonne bibliographie qui accompagne cet article ou bien les perspectives d’avenir sur l’identification des citoyens par les machines. En revanche, la « nouvelle-photo » (en référence au roman-photo) de Catherine Dufour et Patrick Imbert m’a laissé de marbre…

Et puis donc, les nouvelles. Au nombre de onze, elles occupent tout de même 210 pages sur les 270 que compte ce « Fiction » ! Pas de réel chef d’oeuvre à mon goût, mais quelques jolies pépites malgré tout. Parmi elles, la plus belle sans doute, « Trajectoire » de Ken Liu (auteur que je souhaitais ardemment découvrir) sur la vie de cette femme qui tente d’approcher l’immortalité à travers un processus appelé plastination. L’intérêt de cette nouvelle ne se situe pas dans cet argument SF mais plutôt dans la façon dont la femme voit s’écouler sa longue vie, ses réussites, ses échecs, ses amours, ses envies (notamment de mère), etc… Un récit très doux, sensible, un brin amer aussi, mais surtout une très belle réussite. Voilà qui me donne envie d’en découvrir plus sur Ken Liu !

On trouve également « La rive d’en face » de Elizabeth Hand, où le drame le dispute à la poésie sur fond de « Lac des cygnes ». Très onirique, et une belle ambiance qui n’aurait pas renié un Stephen King de retour dans le Maine… Je pourrais également parler de « L’éternité dure longtemps » de Sonia Quémener et ses fantômes (dont celui de Richard Feynman) qui tentent de comprendre ce qui leur arrive et de trouver leur place, mais aussi de « Quatre cent millions d’années de réflexion » de Steven Utley sur ces voyageurs « spatio-temporels » se retrouvant sur une Terre parallèle restée à l’ère du paléozoïque ou bien de « DynaCostume » de M.K. Hobson et cette anticipation sur le monde du travail et les intelligences artificielles en forme d’assistants personnels. Pas mal de jolies choses en somme.

Au rang des déceptions, « Pique-nique à Pentecôte » de Rand B. Lee m’a vraiment laissé sur place, sans que je ne comprenne grand chose, alors que la nouvelle « Les djinns funèbres » de Timothée Rey (que je me faisais une joie de retrouver après « Des nouvelles du Tibbar ») m’a paru trop embourbée dans un récit pétri de néologismes farfelus, alors que le fin mot de l’histoire reste plutôt amusant. Timothée Rey est-il arrivé au bout de sa formule ?

Bref, sous une maquette très réussie (et en couleurs !), ce « Fiction 18 » offre donc de beaux moments de lecture. Si vous êtes de ceux qui privilégient les nouvelles sur les dossiers de fond, il y a sans doute de quoi trouver son bonheur avec cette revue. En tout cas, j’en sors plutôt convaincu et j’attends déjà le numéro suivant.

  
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