Mordred, de Justine Niogret

Posted on 25 juillet 2014
Justine Niogret est une auteure que j’apprécie, pour son écriture raffinée, sondant les affres de l’âme humaine. N’évitant pas certains écueils (comme « Gueule de truie » qui ne fonctionne qu’à moitié), c’est avec une certaine appréhension que je me suis lancé dans « Mordred », conscient d’être face à un roman qui ne s’intéresse qu’à une seule chose : le personnage de Mordred et lui seul, délaissant tout le reste pour approfondir au maximum la psychologie de ce personnage arthurien majeur mais méconnu.

 

Quatrième de couverture :

La légende veut que Mordred, fruit des amours incestueuses d’Arthur et de sa sœur Morgause, soit un traître, un fou, un assassin. Mais ce que l’on appelle trahison ne serait-il pas un sacrifice ?

Alité après une terrible blessure reçue lors d’une joute, Mordred rêve nuit après nuit pour échapper à la douleur. Il rêve de la douceur de son enfance enfuie, du fracas de ses premiers combats, de sa solitude au sein des chevaliers. Et de ses nombreuses heures passées auprès d’Arthur, du difficile apprentissage de son métier des armes et de l’amour filial. Jusqu’à ce que le guérisseur parvienne à le soigner de ses maux, et qu’il puisse enfin accomplir son destin.

 

Mordred l’injustement méconnu

Mordred - NiogretSi la légende arthurienne, récit fondateur s’il en est, est connue de beaucoup, avec ses nombreux personnages célèbres, et reprise de nombreuses fois dans des récits plus ou moins anciens, romançant le mythe ou bien en tentant d’y percer l’aspect historique, le personnage de Mordred n’a quant à lui pas eu le droit à une vraie caractérisation.

C’est donc ce à quoi s’attelle Justine Niogret, en s’approchant au plus près de ce personnage finalement uniquement connu sous son aspect de traître et de meurtrier. Et l’auteure de dépeindre un personnage extrêmement complexe à travers ce récit ou l’introspection est reine (la marque de fabrique de la romancière).

Mordred est blessé au dos, gravement. Au point d’à peine pouvoir se lever, de faire quelques pas, au prix d’une extrême et invalidante douleur. Il passe donc ses journées à penser, à rêver. Rêver de ce qu’il a été notamment, et ce sera donc l’occasion pour le lecteur d’en apprendre plus sur sa vie, son passé. Son enfance heureuse avec sa mère, éloigné de la civilisation et au plus proche de la nature. Sa rencontre avec Arthur. Ses premiers défis, ses premiers combats. Jusqu’à cette blessure.

Quand je parle d’introspection, ce n’est pas à la légère. Dans ce récit, Justine Niogret a décidé de se centrer uniquement sur Mordred. Le lecteur vit Mordred, le lecteur pense Mordred. Un personnage mystérieux qui se dévoile au fil du temps, prenant un aspect complexe, torturé, nostalgique, intrigant, fascinant en somme.

Tout en puisant l’essence même de la légende arthurienne, l’auteure prend ce personnage pour le rendre consistant, ce qui passe aussi par le retrait de tout l’aspect mythique du récit arthurien. Pourtant, certains « passages obligés » sont présents (Avalon, Camelot, Camlann), mais sans forcément être nommés, ce qui rend le tout plus réel, moins légendaire. Il ne faut d’ailleurs pas s’attendre à un récit ultra fidèle à la légende bien connue (encore que cette même légende varie selon les sources), Justine Niogret n’a de toutes façons pas pour but de réécrire cette légende. Mordred, toujours Mordred, uniquement Mordred. Mais aussi Arthur, un peu, qui là encore diffère de ce que l’on pourrait attendre de ce fier roi bien connu.

Et on atteint là sans doute la limite du procédé : à trop vouloir s’intéresser à son personnage principal, la romancière finit par diluer le cadre, jusqu’à en oublier de faire baigner son roman dans une atmosphère qui, pour le coup, n’existe pas. Les personnages sont là, mais entourés de vide et c’est bien dommage. C’est le seul regret que j’ai avec ce roman, mais un regret de taille puisque qu’au delà des personnages fouillés, l’auteure n’a pas su me captiver à tel point que j’ai eu l’impression d’avancer dans un brouillard. Dommage, alors que l’écriture est toujours aussi raffinée, élégante. Ce dernier point n’étonnera d’ailleurs pas les connaisseurs de l’auteure.

Pas le meilleur roman de Justine Niogret donc. Il réussit, en évitant le symbolisme trop pesant, là où « Gueule de truie » se cassait les dents, mais ne parvient pas à mon sens à retrouver le délicat équilibre que l’auteure avait trouvé dans « Chien du heaume » entre la profonde introspection de son personnage principal et la superbe atmosphère dans lequel le roman baignait. C’est ce dernier point qui m’a manqué dans « Mordred ». Il n’en reste pas moins que Justine Niogret a trouvé dans ce personnage le réceptacle parfait pour son étude approfondie des douleurs de l’âme humaine. Un roman concis mais bien mené jusqu’à cette inéluctable conclusion qui reste pour le coup ce que l’auteur à fait de mieux dans le genre jusqu’ici.

 

Lire aussi les avis de Xapur, Gromovar, Tigger Lilly, Lhisbei, Lune, Julien, Efelle, Cachou, Blackwolf, Doris, Cornwall, Nymeria, Lullaby, Lilou, Sandrine, e_maginaire, Phil Becker.

 

Chronique écrite dans le cadre du challenge « SFFF au féminin » de Tigger Lilly.

SFFF_au_feminin

 

  
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