Le cercle de Farthing, de Jo Walton

Posted on 12 mars 2015
Après le succès de « Morwenna », on attendait le retour de Jo Walton avec une certaine impatience. « Le cercle de Farthing » a donc la lourde charge de succéder (alors qu’il a été écrit et publié avant en VO) à un roman qui a eu un joli succès, et va tenter d’imposer définitivement la romancière galloise auprès du lectorat français.

 

Quatrième de couverture :

Huit ans après que «la paix dans l’honneur» a été signée entre l’Angleterre et l’Allemagne, les membres du groupe de Farthing, à l’origine de l’éviction de Churchill et du traité qui a suivi, fin 1941, se réunissent au domaine Eversley pour le week-end. Bien qu’elle se soit mariée avec un Juif, ce qui lui vaut d’habitude d’être tenue à l’écart, Lucy Kahn, née Eversley, fait partie des invités. Les festivités sont vite interrompues par le meurtre de Sir James Thirkie, le principal artisan de la paix avec Adolf Hitler. Sur son cadavre a été laissée en évidence l’étoile jaune de David Kahn. Un meurtre a eu lieu à Farthing et un coupable tout désigné se trouvait sur les lieux du crime. Convaincue de l’innocence de son mari, Lucy trouvera dans le policier chargé de l’enquête, Peter Antony Carmichael, un allié. Mais pourront-ils ensemble infléchir la trajectoire d’un Empire britannique près de verser dans la folie et la haine?

 

Un subtil changement

Le cercle de Farting - Walton« Le cercle de Farthing » constitue le premier volume d’une trilogie intitulée « Le subtil changement » (tellement subtil que ce n’est mentionné nulle part dans ce roman, ce qui n’est pas gênant en soi puisque « Le cercle de Farthing » se suffit à lui-même). L’intrigue principale se situe sur un fond d’uchronie : en 1941, l’Angleterre a conclu la paix avec l’Allemagne, cette dernière gardant la mainmise sur le continent européen, laissant l’Angleterre tranquille. Le roman se situe en 1949, et la guerre n’est tout de même par totalement terminée, car même si les Etats-Unis ne sont pas entrés dans le conflit (avec Charles Lindbergh en tant que Président, ceci explique cela), le front Est avec la Russie reste ouvert et source d’une bataille acharnée. C’est dans ce contexte que les membres influents du gouvernement anglais, ceux qui ont conclu la paix (mettant Churchill au placard), se réunissent au domaine familial de Farthing (d’où le cercle) pour y passer le week-end. Un week-end qui ne sera pas si tranquille que prévu, puisque l’artisan de la paix, Sir James Thirkie est retrouvé assassiné. Scotland Yard envoie l’inspecteur Carmichael pour enquêter sur ce crime qui semble ouvertement pointer vers David Kahn, l’époux juif de Lucy Eversley, fille d’un membre influent du cercle, d’autant plus que l’antisémitisme fait son chemin dans cette Angleterre qui semble basculer l’air de rien dans la noirceur la plus absolue.

Jo Walton adopte dans ce roman deux points de vue différents : celui de Lucy, raconté à la première personne (après « Morwenna », on peut dire que l’auteure maîtrise parfaitement ce procédé narratif), un point de vue interne au cercle de Farthing, et celui de l’inspecteur Carmichael, à la troisième personne, extérieur au cercle donc, mais prenant cette enquête à coeur et refusant de céder à la facilité pour sa résolution. C’est avec Carmichael que le lecteur tentera de comprendre ce qui a pu se passer, tandis que le point de vue de Lucy apporte un éclairage différent sur les événements voire les indices glanés par l’enquêteur. Une construction parfaitement huilée et très efficace, alliée à des personnages qui sonnent justes, de Lucy Kahn, cette jeune femme farouchement indépendante et faisant fi des préjugés qui prévalent dans cette société d’ores et déjà gangrenée, à Carmichael, cet inspecteur plus complexe qu’il n’y paraît et qui, lui aussi, sent bien le vent des libertés tourner, en passant par David Kahn, éternel optimiste qui ne veut pas voir en face ce qui menace son pays, sans oublier les personnages secondaires, toujours crédibles.

Au delà de ça, le roman est une enquête relativement classique, qui ne manquera pas de rappeler Agatha Christie par certains aspects. Bien construite, bien narrée, elle se suit avec beaucoup de plaisir. Mais ce qui fait toute la saveur du récit, c’est son contexte, étroitement lié au meurtre et à son mobile. L’uchronie n’est pas qu’un simple background, elle évolue au fil de la lecture pour devenir une vraie réflexion sur l’histoire dans ce qu’elle offre de plus sombre. L’histoire se répète souvent, nous le savons bien, et Jo Walton fait ici un parallèle avec la montée au pouvoir d’Hitler. L’Angleterre est en paix certes, mais à quel prix… Reste à savoir où cela nous mènera dans les tomes suivants, alors que le roman se clôt sur une conclusion plutôt ouverte.

Jo Walton avait déjà montré avec « Morwenna » qu’il fallait compter avec elle sur la scène SFFF, « Le cercle de Farthing » le confirme de manière éclatante.

 

Lire aussi les avis de Gromovar, Lune, Cornwall, Philémont, Blackwolf, Nanet, Julien, MarieJuliet.

 

 

  
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