L’échange, de Alan Brennert

Posted on 30 mars 2015
Quand je disais que « Le guide de l’uchronie » de Karine Gobled et Bertrand Campeis était une mine d’or pour les idées de lectures uchroniques, ce n’était pas du flan. « l’échange » de Alan Brennert en faisait partie. Alors quand le roman est devenu la lecture commune du mois de mars sur le forum du Planète-SF, je n’ai pas hésité bien longtemps.

 

Quatrième de couverture :

Richard Cochrane avait un rêve : quitter Appleton, sa petite ville natale, et faire carrière sur la scène de Broadway. Un rêve qu’il a concrétisé mais, chaque fois que le rideau tombe sur un spectacle, il remâche l’échec de sa vie privée.
Dans une autre réalité, Rick Cochrane, lui, n’a jamais quitté Appleton. Employé dans une compagnie d’assurances, il a deux beaux enfants, une épouse adorable, mais il étouffe, rongé par le regret d’avoir renoncé à sa passion du théâtre.
Deux vies séparées par le temps et le hasard, et qui pourtant, un soir de pluie, vont se rejoindre. L’occasion unique pour Richard et Rick d’échanger leurs rôles, d’explorer les les voies qu’ils n’ont pas prises, de découvrir que dans un monde ou un autre, le prix du bonheur reste le même…

 

Vis ma vie

Le « prétexte » SF de « L’échange » est tout simple : deux hommes, qui ne sont en fait qu’une seule et même personne ayant fait un choix différent à un moment décisif de leur existence, se retrouvent et échangent leur vie. D’un côté Richard, acteur reconnu mais qui souffre d’une vie personnelle plutôt vide, de l’autre Rick, qui a la chance d’avoir une vie familiale riche mais qui, ruminant une carrière d’acteur qu’il n’a pu faire fructifier et un job tout sauf stimulant intellectuellement, risque bien de tout faire exploser… Voici donc l’acteur qui se retrouve au sein d’une famille avec laquelle il va devoir recoller les morceaux cassés par Rick, et ce dernier se retrouve sur le devant de la scène à Broadway. Mais il n’est pas si simple de se glisser dans la peau d’un autre…

« Le guide de l’uchronie » m’avait donc fait découvrir le genre de l’uchronie personnelle (ce n’est pas l’Histoire avec une majuscule qui est modifiée, mais l’histoire personnelle des protagonistes), « L’échange » y étant présenté comme l’un de ses représentants les plus réussis. Et c’est peu de dire que c’est le cas ! Avec une écriture à la fois fine et dynamique, renforcée par des dialogues particulièrement réussis (Alan Brennert est scénariste, ceci explique sans doute cela, et certains dialogues me resteront longtemps en mémoire), l’auteur nous offre deux portraits à la fois touchants, réalistes, et vraiment prenants. Il est difficile de rester de glace devant cette histoire résolument humaine qui va au-delà des passages obligés des « échanges de vie ». Il parvient même, alors que l’un des deux personnages, au travers de ses actions, nous apparaît beaucoup sympathique que l’autre qui plonge dans des dérives toujours plus inquiétantes, à justifier et à donner un sens à l’aventure de ces deux hommes, quand bien même l’un des deux semble avoir eu bien du mal à s’intégrer.

Roman sur les conséquences de nos choix, l’inéluctabilité de certains événements, la responsabilité aussi, « L’échange » relève très clairement plus de la littérature générale que de la littérature de genre. Brillant de bout en bout, porté par deux personnages (mais aussi tous les personnages secondaires qui gravitent autour) parfaitement réalistes et à la psychologie travaillée (tout juste pourrais-je reprocher au roman de leur faire échanger leur vie un peu rapidement, sans trop se poser de questions…), ce roman intimiste mérite vraiment d’être plus connu, et de franchir les barrières des seules littératures de genre. Encore un roman idéal pour initier en douceur à l’imaginaire !

Une excellente découverte donc, et si tous les conseils du « Guide de l’uchronie » sont de la même teneur, ça promet !

 

Lire aussi les avis de Lune, Vert, LhisbeiPedro Mota.

 

 

  
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