L’océan au bout du chemin, de Neil Gaiman

Posted on 20 mai 2015
Neil Gaiman saura-t-il faire mieux que le superbe « American gods » ? Pas simple, tant la barre est haute. Mais lire du Neil Gaiman, c’est de toutes façons l’assurance de passer un joli moment, même si le chef d’oeuvre attendu n’est pas là. Dans quelle catégorie se classe « L’océan au bout du chemin » ? Verdict.

 

Quatrième de couverture :

De retour dans le village de sa jeunesse, un homme se remémore les événements survenus l’année de ses sept ans. Un suicide dans une voiture volée. L’obscurité qui monte. Et Lettie, la jeune voisine, qui soutient que la mare au bout du chemin est un océan…

Fidèle à son imaginaire merveilleux, Neil Gaiman explore le monde de l’enfance et des contes anglo-saxons pour nous procurer une émotion toute nouvelle, dans ce roman élu par les lecteurs Book of the Year 2013.

 

Souvenirs d’enfance

Océan au bout du chemin - GaimanJ’ai eu des hauts et des bas avec ce roman. Le prologue met bien les choses en situation : un drame familial, duquel le narrateur s’évade pour inconsciemment rejoindre un lieu très lié à son enfance, un lieu synonyme de bien-être et de bons souvenirs. Quoique… C’est après cette mise en place que la narrateur se remémore ses souvenirs d’enfance. Et là, on plonge en plein roman young adult (alors qu’il ne l’est en réalité pas du tout, j’y reviendrai), pas si éloigné par moment du ton de « L’étrange vie de Nobody Owens » (sympathique roman mais qui ne m’a pas laissé un grand souvenir). Sans doute le changement très marqué entre le narrateur adulte et le même enfant m’a-t-il un peu dérouté.

Et puis la sauce a fini par prendre parce que j’ai moi-même retrouvé dans ces souvenirs d’enfance certaines des choses que j’ai pu vivre (ou imaginer ?) étant petit. On nage en plein émerveillement de l’enfance, de cette époque de la vie où tout nous paraît magique, ou tout est prétexte à l’évasion et la surprise, où la magie règne en maître dès qu’on s’éloigne un peu des sentiers balisés de la vie (c’est à dire dès qu’on sort dans le jardin en fait !), mais aussi où le danger rôde…

Ceci dit, même si le roman est plutôt court (autour de 300 pages), j’ai à un moment à nouveau décroché, la faute à certains passages un peu longuets et, il faut bien le dire, parfois assez enfantins (ce qui n’est pas vraiment ma tasse de thé). Pourtant, on ne peut pas enlever à Neil Gaiman une belle imagination (combien a-t-il mis de lui-même dans ce roman dont le narrateur n’a pas de nom ?), et une belle finesse de l’écriture (Gaiman et les personnages, c’est une longue histoire d’amour, il maîtrise ce point à la perfection). Mais le fait que ce roman semblait être au départ une nouvelle (comme le dit l’auteur lui-même dans les remerciements) se sent peut-être un peu.

Et puis à nouveau, je raccroche les wagons avec un dernier quart absolument superbe, plein de subtilité, d’amertume et de joie tout à la fois. Je n’en dirai pas plus mais la couverture, aussi étrange qu’on puisse la juger au premier abord, a une vraie signification. L’épilogue finira de parachever une fin de roman parfaitement maîtrisée dans laquelle l’émotion est vraiment à fleur de peau.

Roman sur le désenchantement des adultes, sur l’émerveillement de la jeunesse, sur la mémoire et comment le passage à l’âge adulte peut transformer les souvenirs, roman terrifiant aussi (certains passages sont très violents physiquement ou psychologiquement et font froid dans le dos, raison pour laquelle le roman n’est définitivement pas young adult), « L’océan au bout du chemin », malgré certaines faiblesses, peut parler à tout un chacun (là encore, le fait que le narrateur ne soit pas nommé n’est pas anodin), à condition d’avoir gardé une petite part d’enfance en soi pour vraiment voir l’océan au bout du chemin.

 

Lire aussi les avis de Lune, Xapur, VertGromovar, Cédric, Blackwolf, Lelf, Plume, Julien, Anudar, le Bibliocosme, et bien d’autres…

 

  
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