Mad Max Fury Road, de George Miller

Posted on 25 mai 2015

30 ans ! Cela fait 30 ans que la série « Mad Max » avait délaissé le grand écran (et tout autre média d’ailleurs, à peu de choses près). La voir revenir au cinéma était un peu inespéré, une idée qui trainait depuis une dizaine d’années, entre rumeurs, annonces, désistements, revirements de situation, etc… Mais George Miller n’a jamais lâché le morceau, et il a finit par convaincre les studios Warner de lui octroyer un budget conséquent (150 millions de dollars) pour enfin donner cette suite tant attendue à la série.

 

Mad Max Fury Road 17

 

Je dis suite, mais ce n’est pas tout à fait le cas, ou si c’est bel et bien une suite, elle ne nécessite en tout cas aucunement d’avoir vu les films précédents, tout au plus le spectateur novice manquera-t-il quelques références qui tiennent plus du clin d’oeil qu’autre chose (mais qui font évidemment plaisir aux fans). Et pour cette suite, reboot ou un peu des deux, George Miller a donc mis les petits plats dans les grands, en revenant à ce qui est la quintessence de la saga « Mad Max », à savoir le post-apocalyptique, le désert, les gangs, les grosses cylindrées, les courses-poursuites, bref, tout ce qu’avait mis en place la fameux « Mad Max 2 : le défi ». En poussant à fond, on pourrait même trouver que l’équilibre entre référence au deuxième épisode et redite pure et simple est assez précaire.

 

Mad Max Fury Road 03

 

Mais quand bien même, car on est ici devant un film survitaminé, une réappropriation de l’imagerie et du maigre scénario du deuxième opus boostés au nitrométhane, une gigantesque course-poursuite pleine de bruit et de fureur (oui le film porte bien son nom) qui fait dresser les poils, un truc de furieux qui donne ENVIE DE PARLER TRÈS TRÈS FORT TELLEMENT C’EST BEAU, JOUISSIF, ET QU’ON PREND SON PIED DEVANT CE TRUC QUI MET À GENOUX LA PLUPART DES FILMS D’ACTION PARUS CES DERNIÈRES ANNÉES !!!

 

Mad Max Fury Road 23

 

Hum, reprenons nos esprits, et revenons au scénario. Comme je le disais plus haut, c’est une gigantesque et dantesque course-poursuite, entrecoupée de quelques moments de calme. Comment ça, ce n’est pas un scénario ça ? Il faudra pourtant vous en contenter, le reste n’a guère d’importance. Bon, ok, un grand méchant despote dégénéré nommé Immortan Joe (on retrouve là, comme dans de nombreux autres ennemis des héros, toute l’outrance voire le grotesque de George Miller, tel ce Bullet Farmer qui se sert de ses dents, qui ne sont rien d’autres que des balles, pour recharger ses armes, etc…) se jette avec ses troupes à la poursuite de l’un de ses bras droits, l’Imperator Furiosa (fantastique Charlize Theron qui rejoint instantanément au panthéon des grandes héroïnes de SF au cinéma la célèbre Ellen Ripley) qui a emmené avec elle les femelles reproductrices de Joe pour les libérer en rejoignant une terre mythique. Et Max dans tout ça ? Comme dans le deuxième film pour ceux qui s’occupent de la raffinerie, sa rencontre avec Furiosa est purement fortuite, et l’alliance sera certes de circonstance, mais c’est l’humain qui est toujours au fond de Max (via son passé qui le hante) qui le poussera à prendre parti.

 

Mad Max Fury Road 13

 

Ce n’est d’ailleurs pas si surprenant, au regard de cette intrigue, que le véritable héros du film soit Furiosa et non pas Max, presque repoussé au rang de second rôle (élément accentué par son profil de taiseux, pour qui les dialogues se font rares). Il faut dire que si Tom Hardy, nouveau venu en remplacement de Mel Gibson (dont le charisme manque un peu il faut bien le dire), tient le rang correctement, il est totalement éclipsé par la grande prestation de Charlize Theron, bien loin de la blonde qui aime l’or… Toute en rage contenue, elle campe un personnage déterminé, habité par le seul but qu’elle s’est fixée, un personnage féminin enfin libéré de toute tension sexuelle avec son acolyte masculin. Le duo Furiosa/Max fonctionne d’ailleurs à merveille, tel deux personnes venant se prêter main forte sans autre arrière-pensée. Et ça, ça fait du bien.

 

Mad Max Fury Road 15

 

Au-delà (non, pas du dôme du tonnerre !^^) de ses personnages, ce qui fait la grande force de ce « Mad Max Fury Road », ce sont bien entendu ces stupéfiantes courses-poursuites, longues, toujours lisibles et bigrement inventives, en plus de bénéficier là aussi de toute la folie créatrice et un peu barrée de George Miller (le camion sono, tel un orchestre accompagnant les troupes, fait d’énormes tambours à l’arrière et d’un guitariste un peu fou à l’avant !). Avec un montage nerveux, lisible, des cascades ahurissantes, une musique de Junkie XL au diapason, on en reste scotché à son siège. De l’adrénaline à l’état pur !

 

Mad Max Fury Road 02

 

Toute l’atmosphère du film bénéficie d’une somptueuse photographie, dans des tons ocres accentuant la sécheresse du désert, alors que les scènes de nuit utilisent la technique de la nuit américaine, là encore en donnant au film un vrai cachet, beau (certaines images sont époustouflantes, telles la tempête de sable) et irréaliste, tel le futur improbable (on l’espère !) qu’il nous dépeint. Avec un univers pas si creux qu’on pourrait le penser, décrit par petites touches (néologismes, mythologie, etc…), on obtient un film qu’il ne faudrait pas prendre pour ce qu’il n’est pas (oui il y a des incohérences, non le scénariste n’est pas venu aux réunions, etc…), mais qui pourtant est marquant, que dis-je, frappant à plus d’un titre. George Miller donne là une belle leçon de cinéma à un paquet de blockbusters pourtant mieux dotés, mais qui trop souvent tournent à vide.

 

Mad Max Fury Road 20

 

Je ne vous ferai pas l’affront de revenir sur la ridicule polémique sur le film. En fait si. Oui « Mad Max Fury Road » offre une place centrale aux femmes, oui Furiosa est au moins l’égale de Max, non il n’y a pas de tension sexuelle entre eux, non Furiosa ne vit pas pour plaire à Max, oui les jeunes femmes du film tentent de devenir autre chose que des objets sexuels, de se libérer de la tyrannie d’un homme. Mais tout ça, au fond, c’est un peu normal, non ? Au fond « Mad Max Fury Road », sous ses allures de gros blockbuster qui tâche, gonflé à la testostérone, ne serait-il pas une parabole sur l’égalité des sexes ?

 

Mad Max Fury Road 24

 

Quoiqu’il en soit, ce long-métrage pourrait bien marquer son époque, comme l’avait fait « Mad Max 2 : le défi » avant lui, et ce ne serait que justice car il donne une vraie leçon de cinéma tout en pointant du doigt la frilosité de l’industrie cinématographique sur certains points sociétaux. Venant d’un blockbuster, ça peut paraître étonnant, et pourtant…

 

 

Mad Max Fury Road 06

 

Mad Max Fury Road 15

 

Mad Max Fury Road - affiche 1

 

  
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